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VOLTAIRE ADVERSAIRE DES THÉOLOGIENS

Malheureusement, c'est la loi que partout la superstition s'établisse et soit soutenue par les spéculations des théologiens. Pas de religion dont les préceptes ne soient dun sage et dont les dogmes ne soient d'un fou.

D'après Voltaire, les grands législateurs s'étaient contentés de donner des préceptes raisonnables et utiles. Mais des disciples et des commentateurs ont voulu enchérir. Ils se sont dit : « Nous ne serons pas assez respectés si le maître dont nous nous réclamons n'a quelque chose de surnaturel et de divin » ; et alors ont apparu les fictions de la légende religieuse et les subtilités du dogmatisme théologique.

Un moment vient où le peuple s'aperçoit qu'il a été trompé sur la doctrine. Et alors il se dit : « On pourrait bien m'avoir trompé aussi sur les maximes qui contredisent mes passions. » Aussitôt voilà secoué le joug. Le peuple ne croit plus à la vertu parce qu'il ne croit plus à ses prêtres ; il ne croit plus à Dieu parce qu'il voit bien que l'idole de ses prêtres n'est pas Dieu.

Dès lors, quel est le devoir de la philosophie ? Combattre les rêveries des théologiens et défendre la religion naturelle. « Votre sotte voisine et votre voisin encore plus sot vous reprochent de ne pas penser comme on pense à la rue Saint-Jacques. — Voyez, vous disent-ils, quelle foule de grands hommes a été de notre avis, depuis Pierre Lombard jusqu'à l'abbé Petit-Pied. Tout l'univers a reçu nos vérités; elles régnent dans le faubourg Saint- Honoré, à Ghaillot et à Etampes, à Rome et chez les Uscoques. — Prenez alors une mappemonde ; montrezleur l'Afrique entière, les empires du Japon, de la Chine, des Indes, de la Turquie, de la Perse, celui de la Russie, plus vaste que ne le fut l'empire romain ;

faites-leur parcourir du bout du doigt toute la Scandinavie, tout le nord de l'Allemagne, les trois royaumes de la Grande-Bretagne, la meilleure partie des Pays-Bas, la meilleure de l'Helvétie; faites-leur remarquer dans les quatre parties du globe, et dans la cinquième qui est encore aussi inconnue qu'immense, ce nombre prodigieux de générations qui n'entendirent jamais parler de ces opinions, ou qui les ont combattues, ou qui les ont en horreur ; enfin, opposez l'univers à la rue Saint- Jacques. Peut-être alors auront-ils quelque honte d'avoir cru que les orgues de Saint-Séverin donnaient le ton au reste du monde. »

Pourquoi tant d'esprits crédules ne voient-ils pas qu'il est inadmissible que Dieu affirme ou réalise les contradictoires? On peut, avec de la bonne volonté, admettre ce qui est obscur. Mais comment admettre ce qui est impossible ? Dieu veut que nous soyons vertueux, et non pas que nous soyons absurdes.

Rien de commun, selon Voltaire, entre la religion vraie et les disputes théologiques, dont il vise à résumer l'histoire dans l'apologue suivant : « Quelqu'un répand dans le monde qu'il y a un géant haut de soixante et dix pieds; bientôt après, tous les docteurs examinent de quelle couleur doivent être ses cheveux, de quelle grandeur est son pouce, quelle dimension ont ses ongles ; on crie, on cabale, on se bat ; ceux qui soutiennent que le petit doigt du géant n'a que quinze lignes de diamètre font brûler ceux qui affirment que le petit doigt a un pied d'épaisseur. « Mais, messieurs, votre géant existe-t-il » ? dit modestement un passant. « Quel doute horrible ! s'écrient tous ces disputants ; quel blasphème!

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