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LES SOURCES DE VOLTAIRE DANS SA LUTTE CONTRE LE DOGMATISME CATHOLIQUE

Dès le xvie siècle, les sociniens, disciples de Lélius et de Fauste Socin, rejetaient la trinité et l'incarnation, le péché originel et la rédemption, la prédestination et la grâce, et ne voyaient dans le fils de Marie quuahomme incomparable, mort pour confirmer sa doctrine.

Le socinianisme plus ou moins mitigé fît de grands progrès en divers pays de l'Europe et spécialement en Angleterre. Les Locke, les Milton, les Newton, les Clarke, les Priestley, les Price, les Toland ne paraissent pas avoir cru en la divinité de Jésus- Christ. Ils se contentaient d'honorer en lui un être privilégié à qui est échue la mission de semer dans le monde la charité et de régénérer les âmes par son enseignement, non moins que par ses exemples. Leur foi, tempérée par la philosophie, rentrait dans les cadres de ce christianisme raisonnable dont Locke entreprit, avant Kant, de tracer les grandes ligaes.

A côté de ces esprits qui, tout en se séparant du vulgaire, ne le heurtaient pas de front, il y en eut qui firent vigoureusement la guerre aux doctrines reçues. Parmi

ces derniers se trouvent deux hommes à qui Voltaire emprunta beaucoup, Woolston et Bolingbroke.

Thomas Woolston, docteur de l'Université de Cambridge, fut condamné à l'amende et à la prison à cause de son audacieuse critique du Nouveau Testament. Il se réclamait des Pères de l'Église pour opposer le sens spirituel au sens littéral; il ne voulait voir dans les récits merveilleux des évangiles que des allégories ou des fables; et il voilait sous des interprétations mystiques les hardiesses de sa controverse rationaliste. L'incarnation, la résurrection, la divinité de Jésus étaient présentées par lui comme des impostures évidentes. Les prodiges attribués à Jésus lui paraissaient ou naturellement explicables ou pas dignes de foi. A son avis, si la fille de Jaïr, le fils de Naïm et Lazare eussent été réellement rappelés de la mort à la vie, une telle merveille eût ému non seulement la Judée, mais l'univers ; Pilate en eût certainement fait un rapport exact à Tibère qui entendait être informé de tout; on eût de toutes parts voulu voir et entretenir les ressuscités; on eût partout publié leur résurrection. Tout au contraire : ni Josèphe, ni Philon, ces savants contemporains, ni aucun historien grec ou romain, ne parlent de tout cela ; et c'est au bout de cent ans seulement qu'ont circulé, dans le secret, des écrits d'origine douteuse relatant ces miracles.

Le vicomte de Bolingbroke, à son tour, consacra à l'examen des Ecritures sacrées un long ouvrage, très célèbre, mais peu lu. Il discutait l'authenticité et la véracité des récits bibliques ; il mettait en doute l'existence même de Moïse ; il s'appliquait à prouver que les livres mosaïques ont été écrits à l'époque de la captivité de Babylone; il insistait sur les fautes de chronologie

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