LES SOURCES EXÉGÉTIQUES DE VOLTAIRE
et de géographie qui abondent dans tous ces ouvrages dont l'inspiration est attribuée à l'Esprit saint ; il battait en brèche les prophéties et les miracles mentionnés dans l'Ancien et dans le Nouveau Testament ; il opposait à la doctrine de Paul, qu'il jugeait contre nature, la doctrine de Jésus qui lui paraissait un excellent résumé des prescriptions delà loi naturelle.
A Woolston et à Bolingbroke, il faut joindre Jean Meslier, leur contemporain, souvent cité par Voltaire. Meslier était un curé champenois d'une charité infatigable, l'ami de tous les malheureux, le bienfaiteur de tous les pauvres. La lecture de Montaigne et de Bayle lui inculqua l'esprit d'examen . Il se mit à comparer entre eux et les écrits des Pères et surtout les quatre évangiles: il fut frappé de différentes contradictions, telles que celles qu'on remarque dans les deux généalogies de Jésus, dans les récits de saint Mathieu et dans les récits de saint Luc ; à côté des affirmations inconciliables il en distingua un grand nombre d'incroyables ; enfin, il abjura en son cœur le christianisme, et il laissa un testament où, dénonçant longuement ce qu'il appelait ses erreurs et ses folies, il demandait pardon à Dieu d'avoir enseigné le dogme chrétien
Ce dont il avait surtout à demander pardon, c'était de cette lâcheté qui lui fit attendre l'heure de la mort pour dévoiler le secret de ses convictions.
Dans son écrit posthume, où se trahissent des froissements personnels qui peut-être ne furent pas étrangers à son apostasie, il soumettait à la plus âpre censure tout ce qui touche au catholicisme, hommes et choses. Les faits surnaturels admis par les chrétiens lui parais-
saient aussi peu dignes de foi et beaucoup plus ridicules que les fables du paganisme. Les miracles évangéliques, tels que le changement de l'eau en vin aux noces de Cana, la multiplication des pains, l'enlèvement de Jésus transporté par le diable sur une montagne, étaient à ses yeux « des contes absurdes qui furent ignorés pendant trois cents ans de tout l'empire romain et qui enfin passèrent de la canaille au palais des empereurs, quand la politique obligea ceux-ci d'adopter les folies du peuple pour le mieux subjuguer ».