PRÉFACE
Nous offrons au public une nouvelle série de tableaux tirés des annales de l'Eglise, nous déposons au pied de la sainte Croix une nouvelle couronne de fleurs de la passion. Les temps ont changé : des jours heureux, des jours prospères ont lui pour le christianisme. Le chrétien n'est plus exposé au martyre extérieur, mais il l'a remplacé par un martyre intérieur. Sans martyre, en effet, l'amour divin ne saurait vivre : c'est là son privilège et sa marque distinctive. Aussi, la scène de ses exploits est-elle différente : ce n'est plus l'amphithéâtre courroucé, avec son arène ensanîïlantée, avec son luxe de tortures homicides, avec ses animaux avides de victimes, avec ses spectateurs ivres de carnage. Oh! non! la scène est complètement changée! Le cœur solitaire de l'homme dans une cellule silencieuse et entourée du silence du désert : tel est le théâtre de cette nouvelle passion. Dans la première, le chrétien suivait Jésus-Christ sur le Golgotha; ici, il le suit dans l'étable de Bethléem, dans la fuite en Egypte, dans l'atelier du
VI l'UÉFACE.
charpentier ;i Nazareth, sur la montag-iie des Oliviers, — vraies stations de sa passion mystique, que les saints héros de la solitude, les pères du désert, partagent avec leur Sauveur. Ils marchent dans la voie du ciel, que Jésus- (^hrist a parcourue dans le temps de sa sainte humanité, pour nous rendre éternellement heureux par sa divinité; ils suivent spontanément le chemin de la souftrance, fille de l'amour divin. 11 y a dans la vie de ces solitaires, je ne sais quels charmes inexprimables, voilés, pour ainsi dire, par l'humilité, par le silence et par la solitude avec ses combats, ses afflictions, ses sacrifices et ses douleurs. Ce voile transparent brille aux yeux du monde, se déroule au-dessus de lui, et s'attache aux voûtes de l'Eglise, comme un arc-enciel, comme le signe de la réconciliation entre la créature et le Créateur, formé, d'un côté, par Jésus-Christ, «le soleil de justice, )) et, de l'autre, par le ciel nuageux de notre triste vie, et l'effusion intérieure de notre sang, qui n'est autre que ces larmes qu'on appelle larmes de pénitence, de repentir et d'amour. On éprouve je ne sais quelle sympathie indicible pour ces héros pacifiques, dont les blessures sont cachées, dont les victoires ne sont récompensées que par le Roi de l'éternité! Le cœur de l'homme, pensons-nous, ne pourrait quitter impassible ces combats spirituels, qui se livrent dans les hautes régions, pour conquérir le royaume des cieux, tandis qu'ici- bas on se consume souvent en efforts déplorables pour atteindre un but vil et méprisable. On voit dans la vie de ces solitaires comment l'œil de la foi envisage et apprécie les biens de la terre ; comment la main de l'espérance les repousse pour atteindre aux biens éternels ; comment l'amour trouve l'abnégation au fond" d'une coupe amère, et comment cette abnégation