‹ Les pères du désertChapitre 25 sur 41 · LA BIENHEUREUSE MARCELLE · texte numérisé non relu

LA BIENHEUREUSE MARCELLE

Vulgate.On comprend que la direction spirituelle de ces dames exposa le grand saint Jérôme à des railleries, à des blâmes, à des critiques et à des calomnies. Toute sa vie démontre dans quel esprit il accepta cette direction, et combien Marcelle et ses compagnes en étaient dignes. Il répondait froidement à ses détracteurs que la faute n'en était point à lui, si les Romains étaient moins soucieux du salut de leurs âmes que les Romaines. Après tout, il n'y avait là rien de nouveau : sous la croix, il y avait eu trois Marie, et seulement un Jean. Marcelle était de race consulaire, de la maison des Furius, très-riche, trèsdistinguée, très-considérée. Elle était jeune, lorsque son père mourut, sa mère restée veuve donna une très-bonne éducation à ses deux filles, Aselle et Marcelle. Les deux sœurs étaient encore très-jeunes, quand saint Athanase vint à Rome. Il leur donna des détails sur saint Antoine, sur la vie des anachorètes d'Egypte, sur saint Pacôme et sur les règles qu'il avait données aux couvents de frères et à ceux de sœurs. Les paroles d'Athanase excitèrent dans ces deux enfants un grand désir de faire leur salut en marchant sur les traces des anachorètes; il fut si vif dans Aselle, qui n'avait que dix ans, qu'elle fit vœu de chasteté, et qu'à douze ans, elle se construisit une cellule dans la maison de sa mère. Un abri, voilà tout ce qui lui restait alors des aisances de la vie ! Elle était exposée 5 tous les vents ; elle couchait sur la dure ; elle retranchait même, toute l'année, du pain et de l'eau dont elle se nourrissait ; et, en carême, elle passait plus d'un jour sans prendre aucune nourriture. Elle ne quittait sa chère cellule que pour visiter les églises des martyrs, et seulement aux heures où elles étaient solitaires. Là, Aselle, tranquille et soustraite à tous les regards, priait avec la plus profonde attention. Dans sa cellule aussi, elle se livrait de toute son ame à la prière et à la méditation, tellement qu'elle avait sans cesse l'ame unie à Dieu. Elle s'occupait aussi constamment des travaux manuels propres à son sexe, pour venir en aide aux pauvres et aux

infirmes. Le silence faisait sa joie, et nonobstant cela, ou plutôt à cause de cela, chaque mot qu'elle prononçait édifiait. Toujours en santé, toujours gaie, toujours douce quoique réservée, elle vivait dans cette immense Rome voluptueuse en se mortifiant et se séquestrant, comme les anachorètes dans l.a solitude. Jamais elle n'admettait dans sa retraite des hommes même les plus pieux, à moins que ce ne fût par la plus absolue nécessité : alors même, elle les recevait avec la plus grande répugnance. Sa sœur Marcelle elle-même, qui l'aimait si tendrement, avait rarement le bonheur de la voir, tant son ame pure s'était profondément et totalement absorbée en Dieu.

Marcelle se maria, mais six mois après elle perdit son mari. Elle résolut alors de mener la vie d'une veuve chrétienne avec autant de perfection que sa sœur menait celle dune vierge chrétienne. Elle était d'une beauté ravissante ; aussi était-elle recherchée par l'homme le plus riche et le plus considéré de Rome. Céréalis, — tel était son nom, — était allié à la maison impériale ; il avait été préfet et consul. Comme il n'était plus jeune, il voulait, en cas de mort, léguer à Marcelle toute sa fortune. Il y avait d'innombrables nuances entre la vie chrétienne telle que la pratiquaient les héroïnes et les perfections de l'ascétisme, et celle que menaient les femmes chrétiennes de nom, que leur esprit et leur conduite ne distinguaient guère du paganisme ; ces nuances s'apercevaient à tous ces degrés qui séparent la forme extérieure de la religion et la perfection sublime de lame. Albine, la mère d'aussi saintes filles, occupait, un de ces degrés intermédiaires et aurait vu avec plaisir que Marcelle contractât ce brillant mariage. Marcelle cependant, quoique soumise h sa mère au point de lui obéir même en ce qui allait h l'encontre de ses goûts, ne put se résoudre à accomplir une seconde fois les désirs d'Albine, en écoutant les propositions de Céréalis et le prenant pour époux. Et les choses en restèrent là. Son refus en cette cir- . constance fut si catégorique, qu'aucun prétendant ne se ha-

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