‹ Les pères du désertChapitre 4 sur 41 · INTRODUCTION · texte numérisé non relu

INTRODUCTION

Le Christianisme prend possession du monde : par renseignement de ce qui peut seul rendre heureux; par le rapport existant entre les prophéties et leur accomplissement ; par des bases scientifiques ; par la civilisation des hommes ; p;ir les œuvres de la charité.

La foi que le Fils de Dieu a apportée du ciel pour la rédemption et le bonheur de l'humanité, cette foi marquée au sceau des miracles de sa vie et de sa mort, cette foi qu'il a donnée pour conserver la pureté et pour faciliter l'extension d'une sainte institution que lui-môme, dans sa divine sagesse, îT fondée et coordonnée, cette foi fut arrachée à l'oppression et protégée contre les persécutions païennes, par l'empereur Constantin que Dieu s'était choisi pour instrument. Cette foi cependant ne prit pas place parmi les autres enseignements religieux en vertu d un droit de naissance, mais, se regardant comme la seule juste, parce qu'elle est l'œuvre de l'éternelle Sagesse, elle revendiqua l'empire surnaturel du monde, l'empire des âmes. D'autres systèmes religieux, tels que ceux des Egyptiens, des Grecs, des Indiens, des Perses, des Romains, celui des Israélites même, appartenaient toujours,

à un pays, h un peuple déterminé ; ils étaient séparés l'un de l'autre par des montagnes et par des fleuves , hmilés par des langues étrangères, resserrés par les idées des peuples qui les entouraient. La divinité, objet de l'adoration des habitants de la côte septentrionale de la mer, était inconnue à ceux de la côte méridionale; et sur le penchant occidental d'une montagne, s'élevaient des temples et des autels voués h un culte ignoré ou méprisé du côté oriental. Ces peuples mettaient un certain orgueil h n'avoir que des divinités qui ne fussent pas celles d'autres nations. Car, abandonnés de la Sagesse éternelle, l'image de Dieu, d'après laquelle ils avaient été créés, s'était effacée en eux ; le sceau de la grûce était remplacé par celui de la nature. Attachés à ce sol de la nature par toutes les forces de l'esprit, de la volonté, de l'intelligence, ces peuples se mirent en opposition avec l'ordre de la grâce. Ils se créèrent des dieux, et ils se les créèrent tels que pouvait le faire, à cette époque, l'égoïsme sans foi ; ils se les créèrent pour eux, dans un but particulier à chaque peuple, selon ses besoins, selon ses nécessités. Ces dieux étaient le reflet de l'ame de l'homme, et l'homme servait les dieux parce qu'il croyait en être servi à son tour, parce que leur puissance et leur protection garderaient lui et son pays, tandis que ces mêmes dieux seraient des ennemis menaçants pour les peuples et pour les pays étrangers. 11 eût considéré comme une atteinte à sa propriété, comme un empiétement sur son droit, le partage des divinités de son pays avec un pays voisin. De là, les dieux indigènes comme les lois et les mœurs. Ces différentes manières de voir, si opposées, si étroites de conception, inévitables produits de légoïsme, avaient atteint l'apogée de la confusion dans le polythéisme, quand le Fils de Dieu se fît homme pour remplacer cette triste division par une heureuse unité, pour élever, dans le temps et dans l'éternité, tous les peuples et toutes les races à la dignité d'enfants d'un même père, pour en faire les adorateurs d'un seul Dieu.

I.a doctrine prêchée par Jésus, revendiquait pour elle ce à quoi, depuis iOOO ans, nul homme, nulle doctrine, n'avait prétendu ; elle se donna pour divinement infaillible, seule sanctifiante, et, par conséquent, ne se circonscrivant ni à un peuple, ni à un pays. Jésus-Christ parlait aux hommes de tous les pays, lorsqu'il disait : « Je suis la voie que vous devez suivre, la vérité que vous devez écouter, la vie dont vous devez jouir dans l'éternité. » Les premiers siècles de l'Eglise nous montrent quel retentissement eut cette parole du Christ, car alors on vit l'accomplissement de cette promesse : « Lorsque je serai élevé de terre, j'attirerai tout à moi. » Et cet attrait fut si puissant, si général, si entraînant, qu'une vie de souffrances enflammait l'ame, au lieu de l'abattre; et que la vue du martyre l'électrisait, au lieu de la décourager.

Après les trois premiers siècles qui suivirent la mort du Sauveur, le christianisme avait vaincu le paganisme ; cependant chaque chrétien en particulier n'avait pas encore, avec le divin Sauveur, a triomphé du monde, » Les privilèges que Constantin accordait publiquement aux chrétiens ; les avantages apparents dont il les favorisait ; le grand respect qu'il montrait en toute occasion aux évêques et aux prêtres ; l'extrême générosité avec laquelle il pourvoyait à l'ornementation des églises, qui étaient richement dotées; la part qu'il prenait aux fêtes célébrées en l'honneur du Roi des rois ; tout cela entraînait beaucoup de monde, tout cela encourageait le grand nombre à embrasser une religion que ce noble empereur, dont la puissance, les capacités, les victoires étaient si connues, tenait en si haute estime et à laquelle il se dévouait si ouvertement, quoiqu'il ne fût pas baptisé (1). Il régnait, en effet, à cette époque un étrange préjugé ; on

(1] Il y aurait cependant de bonnes raisons à faire valoir pour établir que Constantin n'alteniiit pas la mort pour mettre le sceau à sa conversion, mais qu'il se fit bapliseï plus tôt par le pape Sylvestre.

croyait qu'il valail mieux se faire l)a])tiscr au lil de la mort que dans le cours de la vie, parce qu'on n'était pas exposé à perdre la grâce du baptême par un péché. C'était là une idée fausse, car l'ame sans baptême est aussi privée de le grâce ; elle est doublement souillée du péché originel et de ses propres péchés; par conséquent, elle ne peut prétendre à jouir de la vie éternelle. Au reste, personne ne peut être sûr que la mort ne viendra pas le surprendre tout d'un coup, et rendre ainsi le baptême impossible. Cependant, cette erreur prouve combien on croyait 5 la dignité de ce sacrement, puisqu'on ne tardait h le recevoir que pour arriver à une parfaite pureté, pour quitter la vie revêtu de l'innocence baptismale et se présenter ainsi devant le tribunal de la justice de Dieu. Constantin parlait et agissait en chrétien, quoiqu'il ne fût pas parfait, et c'en était assez pour qu'une foule d'hommes trouvassent dans cette conduite une raison de l'imiter. Ces hommes avaient rendu les honneurs divins à des empereurs païens. Un caprice, un geste de ces divinités avait suffi pour leur faire maudire et persécuter leurs semblables ; la volonté de ces misérables couronnés avait été leur seule règle de foi. Aussi, le changement inouï qui se manifestait dans les convictions intimes et dans les idées d'un grand nombre, ce changement sincère chez les uns, n'était-il qu'extérieurement chez les autres, et ne les jetait- il qu'en imitateurs servils sur la voie que suivait Constantin. L'exemple des grands influe même dans les sphères les pjlus éloignées de la leur; mais cette influence est d'autant plus forte, plus profonde, plus entraînante, que celui qui donne cet exemple est plus saint. Constantin était donc suivi d'un torrent de personnes qui inondaient, pour ainsi dire, lEglise de Jésus- Christ, mais dont le cœur ne changeait pas, qui ne s'inquiétaient que du superficiel de la vie, qui ne s'élevaient jamais jusqu'au trésor des grâces, et n'atteignaient jamais le but, auquel les grâces nous aident à parvenir.

Mais les premiers chrétiens, qui avaient traversé les mauvais jours, et dont une grande partie avaient confessé la foi et avaient supporté les grandes épreuves des persécutions, ceux-lii se réjouissaient et célébraient les miracles que Dieu opérait en leur faveur, dans un monde jusques alors si hostile à la foi par son paganisme. Ceux qui avaient été obligés de quitter leur patrie : les uns bannis, les autres fugitifs, travaillant dans les raines deNumidie,dansles carrières de marbre et de granit de la Haute-Egypte; d'autres habitant les montagnes et les forêts, tous revenaient alors dans leur patrie, dans leur famille. Ils revoyaient avec- bonheur leur foyer domestique et les lieux sainlement chers à leur souvenir. Après de longues années de séparation, le père retrouvait enfin ses enfants , l'époux sa compagne , Tami son ami d'enfance. Le prêtre se réunissait à son évéque et tous deux reprenaient, heureux, la direction de leur troupeau. Plus d'un confesseur de la foi portait sur lui des marques d'une torture qu'il avait subie pour rester fidèle à sa foi. Les uns privés d'un œil, les autres rendus boiteux par l'application d'un fer rouge sur l'articulation du genou, avaient été envoyés aux mines dans cet état, afin de rendre leur fuite impossible; les autres avaient blanchi avant l'âge ou étaient cassés par les maladies, les mauvais traitements, et des privations inouïes ; mais tous n'en étaient que plus unis, et, se réjouissant avec leurs frères en la foi, ils pouvaient dire avec l'apôtre saint Paul : «Je n'aurai pas à rougir, car je sais en qui j'ai cru ('1 ). » Ils avaient ressenti avec lui que « si l'homme extérieur se détruit en nous, l'homme intérieur se renouvelle de jour en jour (2). « Ils savaient que la véritable vie du chrétien est toujours extérieurement l'image de la passion, intérieurement celle de la joie de la résurrection du Sauveur ; qu'elle est une mort et une résurrection de tous

{l)ïiM.,I, 12. (2) lICoFt., IV, 16.

6 LES l'ÈRES DU DÉSERT.

les jours ; et que « les aniiclions présentes qui ne durent qu'un moment cl qui sont légères, nous fraient la voie à une félicité infinie et éternelle (I). » Un reflet terrestre de cette félicité rayonnait sur la terre : la vérité triomphait! la vérité était adorée ! et les hommes considéraient comme un bonheur et un honneur pour eux de lui rendre leurs hommages. Comme leur joie avait pour objet une chose éternelle, elle était sans nuage, libre de ressentiment contre les persécuteurs, libre de toute estime de soi-même dans le triomphe actuel, car ce n'étaient pas eux qui avaient vaincu !

Alors s'accomplissaient les paroles prophétiques qu'avait chantées la grande ame du roi-prophète : « Les rois de la terre se sont levés, elles princes se sont rassemblés contre le Seigneur et contre son Christ, disant : Brisons ses liens, et rejetons son joug loin de nous! Mais celui qui habite les cieux se rira d'eux, et le Seigneur se moquera de leurs menaces. Alors , il leur parlera dans sa colère et il les épouvantera dans sa fureur. Et vous, rois, écoutez; sachez que vous êtes juges sur la terre. Servez le Seigneur avec crainte, et réjouissez-vous en tremblant. Rendez hommage à son Fils, afin que le Seigneur n'entre pas en courroux et ne vous renverse pas (2). » Ce peu de mots renferme en une courte esquisse prophétique le destin de l'Eglise dans les premiers siècles. L'empereur Constantin commença alors « à comprendre , » et cette guerre insensée que les empereurs romains avaient déclarée au Roi des rois, guerre si contraire à leurs intérêts et à leur gloire, fut terminée sous le premier empereur chrétien.

L'historien Eusèbe, évêque de Césarée, témoin oculaire et contemporain, rapporte que les chrétiens chantaient avec délices les hymnes prophétiques dans lesquelles David, quatre siècles auparavant, avait annoncé la conversion du monde.

(Ij CoK., IV, -17. 12] Vs. II.

« Chantez au Seigneur un nouveau cantique, peuples de toute la terre, louez le Seigneur. Annoncez sa gloire à tous les peuples et ses merveilles à toutes les nations (I). » « Le Seigneur règne, que la terre soit dans la joie (2). » « Le Seigneur a fait connaître sa sainteté, il a fait connaître sa justice à tous les peuples. 11 s'est souvenu de sa miséricorde et de ses promesses à la maison d'Israël. Toutes les contrées de la terre verront la sainteté de notre Dieu (3). » Car ce n'est pas comme un étranger, sans appui, sans introducteur que le christianisme marche à travers le monde. Non, une troupe de hérauts triomphants le précède, et déjà les cieux retentissent des paroles qui l'annoncent. Le Seigneur Dieu lui-même ouvrit les portes de l'espérance au couple infortuné banni d'Eden, lorsqu il dit au serpent : « Je mettrai l'inimitié entre toi et la femme, entre sa race et la tienne, et elle écrasera ta tète sous son talon (4). « Depuis cette époque, l'espérance en ce vainqueur du serpent, en ce réparateur, en ce Messie, paraît 'dans toute l'histoire du peuple d'Israël, comme un filon d'or pur et brillant à travers la couche sombre et rocailleuse du minerai. Les prophètes, inspirés par l'Esprit-Saint, jettent un regard d'aigle sur le monde, ils voient l'accomplissem.ent des promesses divines, et leurs prédictions raniment dans le cœur d un peuple infidèle, l'étincelle de l'espérance que le culte des faux dieux couvre si souvent de ses cendres, car ce culte parle plus à leurs sens que la foi en un Rédempteur. Ainsi, ces hommes choisis de Dieu consolaient la meilleure partie de la nation par l'espoir dans l'avenir; « ainsi, ils fortifiaient Jacob et le délivraient par la force de la Foi (o). » Alors, Isaïe parle, montrant la venue étonnante du Messie : « Le Seigneur lui-même nous donnera un signe : Voyez ! une vierge enfantera un fils qui sera nommé Emmanuel (Dieu avec nous) (G). «Puis il prie le Seigneur : «Seigneur,

(I) Ps. XCV. (2) Ps, XCVI. (3) Ps. XCVII.

(4) Gen., III, lli. (5) EccLEs., XLIX, 12 {6j Eccles., IV, t i.

l.hS l'EKES DU OLSIiKi.

envoyez l'Agneau, le maître de la terre (1). » IMu'sloin, il crie à ceux qui sont découragés : « Consolez-vous, et ne craignez rien ; voyez ! Dieu vient lui-même vous délivrer (2). » Puis il se réjouit : « Un enfant, un Fils nous est né ; il portera sur son épaule la marque de son empire et son nom sera : Admirable (3) ; » et il le plamt en ces termes : « Un objet de mépns, l'homme de douleurs qui porte nos misères et qui s'est chargé de nos douleurs; qui est meurtri à cause de nos crimes, et frappé à cause de nos iniquités; qui a été offert, parce que lui seul l'a voulu (4). « Puis, il entonne un chant de jubilation : « Lève-loi, Jérusalem, sois brillante; vois ! l'obscurité couvre la terre, et les ténèbres enveloppent les peuples; mais le Seigneur se lève sur toi, et sa gloire éclate en toi (5). » Ainsi parlent tous les prophètes, faisant tous allusion à l'arrivée du iMessie dans les mêmes circonstances. Plus de cinq cents ans avant Isaïe, David dit ; «Us ont percé mes pieds et mes mains, et ils ont compté tous mes os ; ils ont partagé entre eux mes vêtements, et ils ont tiré ma robe au sort (6). » Plus le temps de l'accomplissement de la promesse approche, plus les prophéties sont précises. Daniel, « l'homme du désir, » calcule exactement l'avènement du Seigneur sous le voile des semaines d'années. Aggée s'écrie : « Ainsi parle le Seigneur des armées : encore un peu de temps, j'étonnerai le ciel et la terre, la mer, les îles et tous les peuples ; le Désiré des nations viendra, et je donnerai la paix (7). » Zacharie demande : «Qu'est-ce donc que ces plaies au milieu des mains (8)? » Mais, Malachie, le dernier de ces hommes animés de l'Esprit Saint, s'écrie : «Voyez, il vient (9)! » et avec lui, la voix des prophètes s'est tue. Les païens entendaient avec ctonnement parler de ces choses, de cette merveilleuse concordance existant

(I ) EccLKs., XVI, 1 . (2) XXXV, 4. (3) IX, 0.

(l)L[I[,3-b. (5)LX, 1-2. (6) l's. XXI, 17-)!).

(7) II, 7-10. (8J XIII, G. (9j III, 1.

entre le présent et le passé, entre la destinée des homnnes et les plans de Dieu, ils écoutaient avec surprise raconter ces prophéties, sorties de tant bouches dilFérentes, et pourtant de caractères si semblables ; traversant les siècles sans éprouver les atteintes des tempêtes qui grondaient sur les peuples et les empires, sans se souiller au contact de la corruption qui dévorait l'humanité ; prophéties annonçant un Sauveur puissant, un Rédempteur pour tous. Et un grand nombre de païens convaincus, embrassèrent avec ardeur la foi en ce Messie.

La science continua ce que la grâce avait commencé ; elle s'efforça de gagner les âmes dans toutes les positions sociales. L'africain Lactance, précepteur du César Grispus, fils de Constantin, écrivit en un latin digne de Cicéron, divers ouvrages dans lesquels il démontre l'ignorance des païens, il réfute les fausses interprétations, et, en indiquant le chemin de la vérité, il fortifie et encourage ceux qui le parcourent. Il embrasse tout à la fois le but de la création de l'homme et le but final de son être : «Le monde, dit-il, a été tiré du néant, afin que nous fussions créés ; nous avons été créés afin de reconnaître et d'adorer le Créateur du monde et le nôtre : nous le reconnaissons par la prière : et nous le prions, afin de recevoir la vie éternelle pour récompense de notre sacrifice ; car la prière demande le sacrifice de toutes nos facultés. Nous recevons pour récompense la vie éternelle, afin que, semblables aux anges, nous servions à jamais le Père et Seigneur tout -puissant, et que nous formions le royaume éternel de Dieu. C'est l'ensemble de toutes choses, le secret de Dieu, le mystère du monde. » L'an 330, Lactance mourut dans le palais impérial à Trêves ; sa belle et gracieuse éloquence lui avait mérité le surnom de Cicéron chrétien. A la même époque , Eusèbe , évêque de Césarée , 1 homme le plus instruit de son temps, et l'un des plus savants du moyen âge , écrivit en grec deux ouvrages : « La Pré-

paration cvangélique, >) et la « Démostration évangélique; » ces ouvrages forment un tout, dans Iccjuel la divinité de la religion est peut-être prouvée d'une manière plus parfaite et plus convaincante, qu'en aucun autre écrit qui nous soit parvenu de l'antiquité chrétienne. Des erreurs concernant l'orthodoxie du savant Evêque jettent de l'ombre sur cet ouvrage. Il n est pas rare de voir une certaine sécheresse d'esprit unie à une érudition qui ne veut que connaître, assembler et coordonner ; mais cette sécheresse d'esprit est antipathique aux élans de l'ame, à l'entraînement de l'esprit dans le monde spirituel et dans ses divins secrets, dont le règne de la grâce et la Rédemption sont les plus profonds. (]ette obscurité du cœur a attaché Eusèbe à ce qui est superficiel. Elle a été cause que cet écrivain célèbre adhéra à cette erreur sur la nature du fils de Dieu , erreur qui est le stigmate du nom d'Anus. La doctrine fondamentale du christianisme, le mystère de la sainte Trinité, fut caché à Eusèbe. L'homme de science doit principalement être 1 homme de foi et de prière, pour ne pas se voir enlever la fleur de l'intelligence. De quelque côté que se tournât le paganisme, nulle part, il ne trouvait d'appui; partout, il trouvait des adversaires: sur le trône, Constantin et sa famille; dans le monde, les personnes de distinction, les principaux de l'Etat; dans les sciences, les plus savants. En dépit des Empereurs, les divinités païennes étaient tombées, et elles disparaissaient d'autant plus promptement que nulle main impénale ne les soutenait. Les vues et les idées chrétiennes s'implantaient peu à peu dans la vie bourgeoise ; le mariage, élevé à la dignité de sacrement, image de l'union de Jésus- Christ avec son Eglise, était sanctifié et rendu indissoluble : quelle influence morale cette dignité ne devait-elle pas exercer dans tous les rapports de la vie? Car, par elle, la femme devenait la compagne de l'homme, son égale en tous points. Elle cessait d'être une chose que l'on achète, que l'on aban-

donne, que l'on reprend. La bénédiction du prélre rendait saint le lien qui unissait deux âmes rachetées par Jésus-Clirist, afin qu'eux-mêmes et leurs enfants, enfants de Dieu, se rendissent dignes du royaume du ciel. Toute l'éducation des enfants se trouvait transplantée sur un autre terrain, dans une autre atmosphère, car la mère n'était plus considérée comme une chose ou comme une esclave. L'enfant héritait de sa part dans la réhabilitation de sa mère et dans les droits qu'elle avait perdus; l'enfant qui, jusqu'alors, n'avait été considéré que comme une chose ou comme une propriété, que le père pouvait, par le seul fait de la naissance du malheureux, abandonner ou faire mourir, l'enfant était maintenant regardé comme une créature de Dieu, et traité comme tel; il devenait membre d'une institution qui ne doit sa fondation qu'au christianisme : la famille. 11 avait dès lors ses privilèges, ses droits, ses devoirs. L'esclavage était trop fortement enraciné dans l'organisation sociale, pour être tout d'un coup et généralement exclu. La plus grande partie de la population se composait d'esclaves : par conséquent d'êtres sans fortune, sans propriété, donc sans moyens de subsistance. De plus, un grand nombre d'entre eux manquaient des talents ou des capacités nécessaires pour se créer une existence. 11 arrivait bien que des personnes riches, se convertissant au christianisme, donnaient à leurs esclaves la liberté et en même temps ce qui était nécessaire à leur subsistance. Mais d'autres ne le pouvaient ou ne le voulaient pas. C'était alors pour les Evêques, comme principaux dépositaires de l'enseignement chrétien, une sainte occasion d'appuyer fortement sur la nécessité des rapports chrétiens entre les maîtres et les esclaves, sur l'éducation et l'instruction de ces derniers, et enfin sur l'obligation de leur rendre la liberté. Leurs paroles pleines de zèle eurent un tel retentissement, qu'une multitude de lois furent promulguées en faveur des esclaves, de ces esclaves que, deux ans auparavant, leurs maîtres païens écra-

saienl comme des vers. Le soleil, qui éclairait de ses rayons ce jour nouveau, embellissait de son éclat la naissance de la Charité, la plus belle Heur du Christianisme. Jusqu'alors les œuvres de miséricorde, œuvres qui furent de tout temps si chères aux chrétiens, n'avaient pu se produire que dans les ténèbres des prisons ou des catacombes ; h peine la persécution les laissait-elle s'accomplir au sein du foyer domestique. Le souverain Juge, à la dernière heure du monde, ne demandera compte aux chrétiens que de ces œuvres; leur accomplissement donnera aux justes la récompense du royaume éternel, de même que leur oubli condamnera les coupables aux flammes de l'enfer (1). Quel devait donc être lempressement des chrétiens, devant lesquels s'ouvrait un champ si large pour ces saintes occupations ! quel devait être leur empressement à se préparer à paraître au jugement dernier, soutenus par le souvenir de cette promesse : « Bienheureux ceux qui sont miséricordieux, car ils obtiendront eux-mêmes miséricorde (2) ! « Bientôt, il s'éleva des hôtelleries pour les pèlerins, des hôpitaux pour les malades, des léproseries pour les pestiférés; les orphelins, les enfants abandonnés, si nombreux chez les païens, trouvèrent des cœurs pour les aimer et les soigner ; les infirmes, les impotents, les vieillards virent leurs jours mis à l'abri de la misère par la création d'établissements de bienfaisance. Les Evoques excitaient h ces œuvres, et en donnaient l'idée, tout aussitôt mise à exécution par les fidèles. Des sommes énormes, des fortunes entières, furent ainsi chrétiennement données aux pauvres. De saintes âmes se réjouissaient de se dépouiller de leurs biens : non contentes de ce sacrifice, elles se consacraient au Sauveur dans la personne de ses membres souffrants ; humbles et pieuses, elles se dévouaient au service des hôpitaux. Dans les petites localités, où la communauté

(I) Mattii., XV. (2) Ibifl., V, 7.

LE CnillSTlA.MSME DANS LA LIBKRTÉ. 13

des chréliens manquait cle ressources, les évèques transformaient souvent leurs propres demeures, en hospices et en hôpitaux, où ils recueillaient les pauvres malades pour pratiquer la charité, et participer ainsi ti la récompense que Dieu y a attachée. Saint Augustin, évéque d'Hippone, avait coutume de manger avec des malades. Le saint pape Grégoire servait tous les jours douze pauvres à l'heure du dîner. Lne naïve légende nous raconte qu'un jour il en trouva treize, et que bien grand fut l'étonnement du pieux Pape, lorsqu'il reconnut, dans ce treizième pauvre, le Sauveur lui-même. Autrefois, la doctrine du mérite des bonnes œuvres n'avait, pas encore été attaquée par Terreur, qui soutient que l'on doit accomplir ces œuvres sans s'arrêtera considérer leur mérite, ce qui équivaudrait à dire qu il faut les accomplir sans amour pour Dieu. Car le Fils de Dieu a dit en termes exprès, qu'il voulait « que les Bénis de aon Père, » qui lui avaient donné à manger lorsqu'il^ avait faim et à boire lorsqu'il avait soif, entrassent dans la vie éternelle (1). Il est donc évident que celui-là ne croit pas en Jésua-Christ, et par conséquent, n'aime m lui, ni son Père, qui accomplit des bonnes œuvres avec une autre intention que celle que le Fils de Dieu exige de nous, c'est-à-dire, avec toute autre que celle d'obtenir la récompense de la vie éternelle. Et en quoi consiste cette récompense? Jésus-Christ répond à cette question par ces mots : « Je serai moi-même votre infiniment grande récompense; » et celui qui promet, «est fidèle à ses promesses. » Aucun chrétien ne doute que ces exemples, que ces promesses sorties du cœur de Dieu, ne conduisent celui qui croit, vers le cœur d'où elles sont sorties. L'hospitalité même était exercée en l'honneur du divin étranger sur la terre. Pour prévenir les abus et parer aux inconvénients, il était d'usage que ceux qui voyageaient

(!) Mattu., XV.

(Jeniiindassent un cerlifical 5 leur Evoque, alin que partout, ils pussent montrer qu'ils étaient membres de l'Eglise catholique. Les églises riches partageaient avec leurs sœurs pauvres et pourvoyaient à leur entretien ; douce bienfaisance que l'Eglise de Rome exerçait de la manière la plus large. En un mot, une souiïrance, un nialheur quelconque , une nécessité, un besoin, se faisaient-ils sentir, aussitôt la bienfaisante Chanté étendait une main secourable. Tel fut le premier usage que le christianisme fit de sa jeune liberté ; il marchait ainsi h la conquête du monde.

Joie des chrétiens dans la construction des églises. Description de l'église de Tyr, d'après Eusèbe. Basiliques et leur ornementation. La croix. Images et images votives. Liturgie du service divin. Otîrande. Eulogie. Le saint Sacrifice de la messe. Messes privées, votives, de morts. Division ecclésiastique du jour.

Pendant cette terrible et dernière persécution à laquelle Dioclétien eut le triste honneur de donner son nom , un noml)re inliiii d'é2;lises furent détruites ou dévastées; cette persécution ne finit pas avec lui, elle lui survécut bien des années encore. Le rétablissement de ces maisons de prières, leur consécration publique et solennelle furent pour les chrétiens des motifs de grande allégresse. Ce n était pas seulement la localité où se célébrait la fête qui y prenait part ; ce n'était pas seulement levêque et son clergé qui chantaient l'hymne de joie et de reconnaissance; mais des multitudes de fidèles arrivaient de tous côtés pour participer

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