CLI.TK CHUÉTIKN
i\ ces réjouissances. Les évéques voisins , ceux môme de résidences éloignées, se liûtuienl de venir mêler leurs voix à celles de leur troupeau. Quelle était donc la véritable cause de cette union dans des réjouissances communes ? Quelle joie confondait tous ces cœurs? Un bel édilice. des colonnes de marbre, des calices d'or, peuvent-ils provoquer une telle manifestation? sont-ils dignes d inspirer une telle joie? Oh non ! cette joie a une toute autre cause. Dans le chapitre de la mystérieuse révélation, qui est lu chaque année h la fête de la Dédicace, il est dit : « Voici le tabernacle de Dieu avec les hommes, et il demeurera avec eux (1). » Dans le chapitre de l'Evangile du même jour , on lit : « Il était allé loger chez un pécheur (2). » Et voilà cette cause! la foi au mystère de la présence réelle de Dieu dans la sainte Eucharistie, la foi en ce Dieu qui vit au milieu des enfants des hommes d'une vie pleine de mystères, de bonté, et de grâces. C'est pourquoi on considérait les églises comme des lieux saints et respectables ; on les regardait réellement comme la maison du Seigneur, parce qu'il reposait sur l'autel, afin de se trouver près des enfants qu'il avait sauvés, et à la faiblesse desquels son secours était si nécessaire. Cette croyance remplissait d'une sainte joie les cœurs des chrétiens; car ils voyaient, par les yeux de la foi, et sous le mystérieux voile de l'hostie, « le Dieu caché (3) » qui prenait possession de la terre et faisait de chaque autel son trône et sonGolgotha. Sans le mystère de la présence réelle, une église n'eût été qu'un bâtiment sans cause! En effet, pour penser à Dieu ou pour lui parler, la campagne, les bois, une chambre solitaire, eussent été des lieux j)lus propres à la prière, qu'un temple qui, bien que large et élevé, est néanmoins un espace borné. Mais, « le Roi de gloire entra, w et, « les Princes lui ouvrirent les portes (4), »
(l)MATrH.,XXI, 3. ' (2) I.uc, XIX. 7.
(3)Is.,XLV, iD. (4) Ps. XXIH, 7.
1 G LES l'ÈKES DU DÉSERT.
et son Eglise visible, sortant glorieuse des catacombes, s avança dans le monde chrétien, adorant Jésus-Christ ; c'était la présence réelle et l Eylise visible. Là, l'homme trouvait une entière satisfaction au double besoin qu'il éprouve comme être spirituel et matériel ; la faculté la plus noble de son esprit, la foi, y trouvait son objet, et le désir de l'homme d'offrir à cet objet l'expression la plus parfaite possible de la prière, s'y trouvait pleinement satisfait. Le culte catholique, si significatif, si immensément riche pour l'esprit, si inépuisablement doux au cœur, se déployait dans le saint Sacrifice de la messe, semblable à une (leur qui, rayonnante de beauté, sort du bouton dans lequel elle a attendu pendant trois siècles, à l'ombre des catacombes, l'heure de son éclosion. La religion intérieure osait alors se manisfester à l'extérieur; plus entraînante, plus riche d'amour que tout autre culte, elle avait en sa puissance mille moyens d'agir sur tous. Elle devait, selon l'expression du grand apôtre et dans sa plus large acception, « se faire tout à tous, » et dans la célébration de ses mystères, attirer du monde céleste les forces nécessaires à ceux qui habitent encore le monde terrestre.
Voilà les motifs de cette joie ineffable, à la dédicace des maisons du Seigneur, soit qu'elles fussent relevées de leurs ruines, soit qu'elles fussent nouvellement édifiées plus grandes et plus somptueuses. Eusèbe parle de l'enthousiasme qui régna dans une fêle qui eut lieu à l'occasion de la dédicace d'une église à Tyr, fête qui avait mis toute la Palestine en émoi.
Tyr est située sur la côte syrienne, au nord du mont Carmel, et Césarée, résidence de l'évêque Eusèbe, sur la côte méridionale : deux à trois journées de marche séparaient ces deux villes qui régnaient alors avec la magnificence, le luxe, et tous les plaisirs qui affluaient de l'Empire d'Orient et de celui de Rome. Cependant, alors déjà Tyr n'avait
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plus la splendeur ni la glou'e do ses anciCMis jours, conune ville principale des Phéniciens. Actuellement, Césarée n'est plus qu'un monstrueux amas de murs, et pour Tyr s'est accomplie la propiiélie d'Isaie : « ïu seras oubliée, Tyr, toi jadis couronnée (1) ; » elle a même perdu son nom : ce n'est plus que Sur. Son aspect triste et solitaire est celui d'une ville abandonnée : contre la coutume qui règne sur ces côtes, elle n'a aucun de ces jardins qui, de leur luxueuse parure , entourent partout les villes orientales. Aussi, ces villes ressemblent-elles plus ou moins à une fraîche et riante oasis au milieu du désert ; on dirait des émeraudes entourées d'un cercle d'or, avec leur brillante verdure qui se détache du fond jaunâtre du sable pierreux, au milieu duquel elles se trouvent. Tels sont Bevrouth et Sidon, de ce côté-ci du Liban ; telle est, et avant tout, sur la côte opposée, la ville de Damas que ses poètes nomment « la pudeur odorante du Paradis. » Tyr seule, triste et dépeuplée, contemple cette magnificence du haut de la côte qui s'avance dans la mer, dont elle fut autrefois la reine.
Nous voyons dans la description qu'Eusèbe fait de cette église, quel bon goût présidait à la construction des maisons de Dieu , et quelle richesse les chrétiens y déployaient. D'abord un parvis large et spacieux, entouré d'une colonnade couverte et à quatre faces, s ouvrait vers l'Orient par un haut portail, que 1 œil découvrait à une grande distance et qui semblait inviter à entrer au temple. Dans le milieu du parvis, se trouvaient des sources d'eau vive, qui servaient au rafraîchissement de l'air et à l'embellissement du lieu, en même temps qu'aux ablutions. Yis-à-vis du portail extérieur s'ouvraient trois fortes portes dont celle du milieu, haute et majestueuse, donnait accès dans l'église. Les vantaux de cette porte étaient en bronze et les ornements en étaient
(1) l's. XXIli, 2r).
p. Dr D. 2
18 LES PÈRES DU DliSERT.
Iravuillés avec beaucoup d'art. L'intérieur de l'église était partagé, par deux rangs de hautes colonnes, en trois nefs appelées vaisseaux, comnie emblèmes de la barque de Pierre. Le vaisseau du milieu, plus haut et plus large que les vaisseaux latéraux, répondait h la grande porte d'entrée. A l'autre bout de ce vaisseau, se trouvait le chœur, élevé de quelques degrés, et fermé par une grille artistement travaillée; au milieu du chœur s élevait l'autel, dont les abords étaient libres de tous côtés. Les parois du chœur étaient bâties semi-circulaires, et cette enceinte se nommait l'abside. Là, se trouvaient le siège épiscopal et les sièges élevés de chaque côté pour les prêtres, le tout sculpté avec le plus grand art. Le plafond était en bois de cèdre ; le plancher, en parquet de marbre de diverses couleurs et de divers dessins. Les murs étaient recouverts de pierres diversement nuancées. La lumière et l'air se répandaient à l'intérieur par d'élégants grillages, placés en guise de fenêtres au-dessus des colonnes du vaisseau du milieu. Des portes, placées dans les vaisseaux de côté, conduisaient à la sacristie, où se gardaient les vases sacrés et les ornements des prêtres. Par ces portes on entrait aussi dans les salles, où l'on instruisait les catéchumènes, et dans le baptistère, où se trouvaient les fonts baptismaux, qui, par suite de l'usage où l'on était alors de baptiser par immersion, ne pouvaient être une simple coupe, mais bien un bassin large et profond. L'église, les bâtiments qui y attenaient, le parvis étaient ensuite entourés d'une muraille pour en éloigner, autant que possible, l'agitation du monde. Au mur près, l'église de Saint-Clément, à Rome, est encore aujourd'hui, bien qu'en moindres proportions, le modèle exact de cette église de Tyr, dont toute trace a disparu. Et dans le fait, la forme actuelle de nos églises et leur disposition sont restées les mêmes que celle qu'Eusèbe nous a décrite, il y a quinze siècles.
On donnait souvent une pieuse destination à des temples
païens, presque toujours construits dans d'étroites proportions, à cause du peu de monde qu'ils devaient contenir. De grands bâtiments, réservés aux affaires judiciaires et nommés basiliques, devenaient fréquemment des lieux de prière : c'est depuis lors que toutes nos grandes églises ont pris le nom de basiliques. D'abord leur forme était celle d un vaisseau divisé en trois parties ; mais insensiblement la forme en croix prévalut ; c est-à-dire qu'entré le chœur et la nef s'étendaient de chaque côté deux bras qui formaient un vaisseau transversal. Quelquefois, mais rarement, on adoptait la figure octogone, surtout pour la construction des fonts baptismaux, qui admettaient aussi la forme circulaire. Cette partie de l'édifice, la plupart du temps séparée de l'église même, devenait une espèce d'aile ornée avec beaucoup de soin.
Au dehors des portes d'entrée que l'on nommait « grandes portes, ou portes royales, w se trouvait une galerie soutenue par des colonnes, sous laquelle se tenaient les catéchumènes, les pénitents et les gentils, pendant le service divin. Les fidèles se plaçaient dans la nef, les hommes d'un côté et les femmes de l'autre; et près de celles-ci, dans une place réservée h cet effet, se trouvaient les veuves et les vierges consacrées. Non loin de la balustrade du chœur, quelquefois dans la nef même, s'élevait de quelques degrés, l'ambon, d'où l'on faisait des lectures au peuple. Le chœur, nommé aussi presbytère, plus ou moins élevé, mais toujours séparé de la nef par une grille, ne s'ouvrait qu'aux prêtres. Outre le trône dressé pour lui dans le fond du chœur, l'évêque avait encore, près de l'autel, un siège élevé d'où il adressait la parole aux fidèles. Au-dessus de l'autel placé dans le chœur, et dont tous les abords étaient libres, on plaçait dans les grandes églises, soit un baldaquin, soit l'image du Saint-Esprit sous la forme d'une colombe. Nuit et jour brûlaient devant l'autel des lampes, dont le feu ne s'éteignait jamais, symboles de la prière et des adorations dues au
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Dieu iinniu;il)le cl loul-puiss;inl. Ix's chnHiens des premiers siècles n'avaient pas voulu, à cause du culte des idoles, admettre dans les temples aucune espèce d'images, car leur vue eôl pu devenir un danger pour les nouveaux convertis, et un sujet de discussion avec les païens. Au reste, la longue durée des persécutions avait fait jeter un voile sur l'apparence extérieure de la foi, et l'aspect de ses syml)oles en disait plus à l'esprit chrétien que tous les tableaux. Cependant, on trouve quelques images dans les catacombes. Après la chute du paganisme, la crainte de toute fausse interprétation des images et de tout rapport avec les idoles cessa ; et avec elle, celle de scandaliser les convertis. On figura, tout d'abord et en première ligne, la croix qui remplaça le signe de la malédiction et de la punition extérieure, par le signe du salut et de l'amour. La croix n'orna pas seulement les autels et les murs des églises, elle orna aussi les habitations particulières, elle triompha sur les toits, sur les vaisseaux, sur le sommet des montagnes, sur les bâtiments, sur les armes; partout et toujours, elle rappelait au chrétien le but de sa vie : souffrir pour l'amour de Dieu, et, par les souffrances, parvenir à la gloire de Jésus-Christ. Ce signe de la rédemption était alors l'objet du respect et de la vénération de tous ; c'est pourquoi les païens accusaient volontiers les chrétiens d'être les adorateurs de la croix : accusation qui signifiait tout simplement qu'on n'avait pas d'autre reproche à leur adresser. Bientôt il y eut des images représentant l'histoire biblique, Jésus-Christ, la sainte Vierge, les apôtres saint Pierre et saint Paul; des tableaux représentaient les martyrs, dans les églises qui leur étaient consacrées. De grands docteurs, de saints évoques recommandèrent chaudement cette pratique, parce qu'ils trouvaient dans les images et les tableaux un enseignement excellent, surtout pour le peuple , qui ne pouvait s'instruire dans les livres. Tels furent Grégoire de IN ysse, Paulin de Noie, et le pape Gré-
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goire-le-Grand. Ce dernier rapporte, comme étant établi de son temps (i), l'usage de se prosterner devant l'image du Christ ; tant était loin la crainte du culte des idoles. Au V" siècle, on avait déjà la coutume d'ofTrir des ex-voto en or ou en argent, figurant un membre quelconque, ou un objet qui eût quelque rapport avec la guérison obtenue par l'intercession des martyrs, soit que cette guérison eût délivré le fidèle d'un mal physique, soit qu'elle l'eût affranchi d'une douleur morale; ces ex-voto se suspendaient dans l'église consacrée à ces martyrs.
Au IV'' siècle, Rome comptait quarante basiliques. Sept d'entre elles avaient été fondées, achevées et ornées par Constanlm.La principale et la plus antique est celle de Saint- Jean-de-Latran. Le palais de Latran avait d'abord appartenu à une famille romaine du même nom, et il était ensuite devenu la propriété de Fausta, seconde femme de Constantin. Cette demeure somptueuse vit alors s'élever à ses côtés, la basilique qui porte son nom, et, pendant plusieurs siècles, ce palais fut la résidence des papes et le lieu où se tinrent les conciles. De nos jours, le silence et la solitude régnent aux abords de cette église. Toute Rome, ancienne et moderne, lui tourne le dos; rien de ce monde n'arrive jusqu'à elle. Le regard plonge sans obstacle à travers ces gigantesques galeries et découvre la campagne si mélancolique, qui l'entoure, avec ses aqueducs renversés. Des montagnes, dont le front, couronné par l'azur et le pourpre des nuages, reflets du soleil, la bordent à l'est du côté de l'Albanie et de 1 ancien Latium. On voit dans cette basilique des fonts baptismaux remarquables: ils sont, comme tous les autres, consacrés à saint Jean-Baptiste, car c'est de lui qu ils tirent leur nom. Constantin, pour honorer le tombeau du Prince des apôtres dans les catacombes du Mont-Vatican, bàlit sur ses ruines
fl) Grégoiio-lc-Giariil niourul rn 601.
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la basilique de Saint-Pierre ; ensuite celle de Saint-Paul, sur la place où ce saint fut martyrisé, sur la route d'Ostie ; celle de Sainte-Agnès, à laquelle il joignit des fonts baptismaux, que le saint pape Sylvestre consacra, à la prière de la fille et de la sœur d'Agnès; celle de Saint-Pierre-et-Saint- Marcellin, dans laquelle fut enterrée l'impératrice Hélène, mère de Constantin ; celle de Saint-Laurent, sur la route de Tibur ; et enfin celle de la Sainte-Croix de Jérusalem, qui doit son nom à une partie de la vraie croix qui y est conservée. Cette basilique se trouve non loin de Latran, dans une espèce de solitude. Constantin donna à ces églises des terres sises en Italie, en Sicile, en Afrique, en Egypte et dans l'Asie-Mineure, et qui rapportaient à ces églises environ 280,000 florins. L^église des Saints-Pierre- et-Marcellin possédait à elle seule toute l'île de Sardaigne. Celle de Saint- Pierre avait des maisons à Tyr, à Alexandrie, et des biensfonds près de Tarse, en Cilicie, et près de l'Euphrate. En outre, 1 Orient leur fournissait annuellement 20,000 livres des parfums les plus précieux pour leurs encensoirs et pour leurs lampes, tels que le nard, le balsame, le storax, la cannelle, et d'autres substances aromatiques. Les encensoirs et les lampes y brûlaient des encens précieux et des huiles de grand prix. On se servait de calices d'or pour le saint sacrifice. J)e lourds candélabres d'argent qui soutenaient des cierges, entouraient l'autel ; quelquefois aussi, des couronnes de même métal étaient suspendues au-dessus du lieu où s'accomplissaient les saints mystères. Rien ne semblait trop beau, trop riche, trop précieux pour donner de l'éclat à cette mystérieuse et étonnante solennité, dans laquelle le sang de Jésus-Christ est perpétuellement offert en expiation au Père céleste, et est répandu pour purifier l'homme et le sanctifier.
Les plus anciens documents démontrent que, dès le principe, l'Eglise eut une liturgie, ou ordre dans les prières et les
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cérémonies du service divin, dont le centre, le noyau et la source, est le saint sacrifice de la messe ; et que les Eglises des divers peuples et des divers pays étaient d'accord sur la partie essentielle de cette liturgie. Saint Justin, martyr en 107, donne, dans sa première apologie, un exposé concis du saint sacrifice, qui est, quant à l'essence, conforme à celui de nos jours. Des prières plus ou moins longues, plusieurs invocations, des actes particuliers, ou un autre ordre suivi dans les mêmes cérémonies , établissait cependant quelque différence extérieure dans les diverses liturgies dont se servaient les principales Eglises. Ces liturgies portaient le nom du fondateur ou d un des évêques les plus célèbres qui y avaient gouverné. Ainsi, à Jérusalem et en Syrie, on faisait usage de la liturgie de saint Jacques ; à Alexandrie, de celle de saint Marc ; à Constantinople, de celle de saint Jean-Chrysostôme ; dans le Milanais, de celle de saint Ambroise ; d'autres liturgies étaient adoptées en Orient. La liturgie romaine dérive des traditions apostoliques. Il est certain que la partie de la messe la plus importante et la plus sainte, le Canon, est presque textuellement aujourd'hui ce qu'elle était au V"" siècle, et que, depuis le pape Grégoire-le-Grand, pas le moindre changement n'y a été apporté. Ce saint Père de l'Eglise assigna seulement une autre place au Pater et intercala la prière : « Donnez-nous la paix. » Depuis plus de douze siècles, ce canon est, dans tout le monde catholique romain, inséparable de ce soleil qui vivifie la terre et qu'on appelle le saint sacrifice de la messe.
Ce sacrifice, offert publiquement par l'évêque aidé des prêtres et des diacres, l'était pour la communauté entière, et le peuple y prenait une part efficace par l'oblation et par la communion. L'oblation consistait dans l'offrande du pain et du vin, nécessaires au saint sacrifice; la partie consacrée était consommée dans la communion ; la partie non consacrée était mise de côté pour les clercs et pour
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les pauvres ; dans mainte église , on la bénissait cl elle était (lislrihuée aux laïques qui , alors , ne s'approchaient plus de la sainte table à celte messe ; cette distribution se faisait en signe de communauté et de charité, chrétienne. Le pain ainsi consacré se nommait Eulogie, et dans certains endroits, on a gardé depuis la coutume de casser, le dimanche vers la fin de la messe, du pain bénit en petits morceaux et de le distribuer aux assistants. Certaines productions nouvelles de la terre, apportées pour l'oblation, étaient offertes par les fidèles pendant la messe et bénites par l'évcque : mais ce ne pouvait être que des choses qui eussent un certain rapport avec l'autel et le sacrifice, tels que des raisins frais, des épis, de l'huile cl de lencens. En offrant ces dons, le fidèle remettait au diacre son nom écrit, et le prêtre le mentionnait dans la secrète. L'usage de ne plus faire d'offrande que le dimanche, s'établit au VL siècle ; et au VIL, il se répandit partout l'Occident, parce que les clercs préparaient alors eux-mêmes le pain sans levain. L'offrande en nature fut remplacée j)ar l'oblation en argent ou ce que nous nommons maintenant le stipendiuîii .
Cependant, il arrivait aussi qu'un prêtre célébrait la sainte messe sans que des laïques y participassent ; ainsi cela avait lieu à la campagne, dans de petites chapelles dédiées aux martyrs, dans des oratoires, dans des maisons particulières, et, au temps des persécutions, dans les prisons. L'évêque Paulin de Noie, se trouvant au lit de mort, fit dresser un autel près de son ht et y fit célébrer la messe. On célébrait dès lors la messe à des intentions particulières; telles étaient les messes votives pour la santé des fidèles, pour obtenir de la pluie, pour obtenir des récoltes ou pour remercier Dieu de quelque bienfait particulier ; telles étaient aussi les messes dites pour les fidèles défunts, et répétées à chaque anniversaire, d après une liturgie particulière. Il y avait encore des messes pour honorer le souvenir des martyrs, en fêtant le jour de leur
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tnoinplio; ce jour-là, on luisait des lectures Urées particulièrement des actes de leur martyre, on prononçait des discours à leur louange et à leur gloire, et bientôt cet usage s'étendit à d'autres saints. Si l'objet du culte catholique n'excitait pas à lui seul l'adoration des anges et des hommes, l'antique liturgie de ce culte mériterait déjà le respect de tous, car ce ne peut être qu'une sainte chose que celle qui traverse, immuable, la vicissitude des temps pendant une longue suite de siècles et de races.
Au VIP siècle, avant l'invention des cloches, un coup de marteauv donné sur un métal quelconque, appelait les fidèles aux prières du matin et du soir, de môme qu'à la célébration du saint sacrifice. Tous, attentifs à cet appel, accouraient, et chacun se rendait silencieusement à la place qui lui était destinée. La messe était partagée en deux parties principales : celle des catéchumènes, et celle des fidèles. Les païens, les juifs, les pénitents, les hérétiques même pouvaient assister à la première ; elle commençait par le chant des psaumes, exécuté par le peuple, soit à l'unisson, soit à deux chœurs, chantant alternativement les antiennes et les répons. L'évéque ou le prêtre se préparait à monter à l'autel par une confession de tous ses péchés en général, et le psaume chanté lorsqu'il franchissait les marches de l'autel, était l'Introït, commencement de notre messe actuelle. Suivait la prière pour implorer miséricorde, — Kyrie Eleison, — prière si bien appropriée aux enflints de la poussière, surtout lorsque leurs lèvres vont chanter les louanges et la gloire du Tout-Puissant dans le Gloria. « La paix soit avec vous ! » disait alors l'évéque en se tournant vers le peuple, et, comme père spirituel de tous, il rassemblait les intentions et les pensées de chacun dans une courte prière, — Collecte, — toujours adressée au Père céleste, et terminée par une invocation à son divin Fils ; ensuite l'évéque prenait place sur son trône, le lecteur montait à l'ambon, et faisait une lecture tirée des Epîtres des
apôtres ou de l'Ancien Testament, quelquefois des lettres ou des écrits d'hommes d'une piété remarquable, mais ce dernier usage cessa au IV" siècle. A la fin de cette lecture, on chantait un psaume, — Graduel , — puis le diacre lisait un extrait de l'Evangile, que le peuple écoulait debout et avec un grand respect. Après l'Evangile, révèque,soit de son trône, soit de l'autel, donnait des explications sur ce que l'on venait d'entendre, et y joignait des remarques pratiques, ou faisait un discours ou sermon.
Ainsi se terminait la messe des catéchumènes. Sur l'invitation des diacres, ils quittaient avec les infidèles et les pénitents la nef de l'église et se retiraient dans le porche ; alors on fermait les portes et l'on disait le Credo; car ce n'était qu'à la clarté de cette foi que le fidèle pouvait comprendre le sublime mystère, accompli par Dieu à la voix du prêtre. Enflammés d'un saint amour pour celui qui s'est fait chair, pour faire des hommes un peuple de frères, les assistants se donnaient le baiser de paix; l'évéque embrassait d'abord le diacre, celui-ci son voisin, et ainsi chacun embrassait son voisin le plus proche, chose rendue possible par la séparation des sexes, et par la grande humilité qui régnait parmi les chrétiens relativement au rang et à la position. Après ce salut fraternel, avait lieu cette offrande des fidèles dont nous avons déjà parlé, et de laquelle le diacre et le sous-diacre séparaient ce qui était nécessaire à la communion. L'évoque récitait sur ce qui lui était présenté les prières de Y oïïrande, Y Offertorre du sacrifice propitiatoire, c'est-à-dire, de cette victime qui, sous les apparences du pain et du vin, descend sur l'autel à la consécration. Après l'offrande, le diacre apportait à l'évéque de l'eau pour se laver les mains, et ce dernier adressait alors à Dieu une prière secrète, afin que le Seigneur accueillît favorablement ses dons, et qu'il rendît même les fidèles dignes de lui être offerts comme un sacrifice très-agréable. Dans la Préface, si admirable, il exhorte les croyants à élever leurs
cœurs vers Dieu dont la JMajeslé infinie, la puissance et la gloire, qu'il laisse briller pour notre félicité h travers les mystères impénétrables de son amour, sont louées par toute l'armée céleste, et à se joindreà cette sainte milice pour chanter les louanges du Très-Haut. Cette hymne, si indiciblement belle et sublime, changeant d'après les temps et les fêtes de l'Eglise, se termine par le chant des séraphins : sanctus ! SANCTUS ! qu'entonne. tout le peuple. Les anges, descendus du ciel à cette VOIX, assistent, en prières, au très-saint sacrifice, et le prêtre commence la partie la plus importante de la messe, le Canon, qui contient des prières pour toute l'Eglise militante, et en premier lieu pour notre saint-père le Pape. Le canon se termine par une invocation à l'Eglise triomphante, à la sainte Vierge, mère de Dieu, aux apôtres et aux martyrs, dont la charité, l'intercession et la protection dans le combat, nous sont assurées. Puis vient une invocation au Tout-Puissant, afin qu il veuille accomplir la merveille de son amour. L'évêque faisait la consécration du pain et du vin en répétant les paroles sacramentelles, prononcées par Jésus-Christ lui-même et qui renferment en elles toute la force que doit avoir, « le Verbe, qui était au commencement, et qui était Dieu (1), » et la transsubstantiation e^t accomplie. L'évêque élevait ensuite, l'un après l'autre, la sainte hostie et le calice, s'agenouillait et implorait la victime vivante, présente sur l'autel. Le peuple suivait son exemple, et au moment de Y Elévation, il se prosternait et priait. Avec l'amour qui ne se trouve que dans le cœur d une mère, la première pensée de l'Eglise, dans ce moment sublime, est pour ses enfants absents, qui dorment dans la grâce du Seigneur, et qui, souffrant dans le lieu de purification, désirent ardemment le ciel. La première prière du prêtre est pour eux; les premières gouttes du sang de l'Agneau tombent sur eux ;
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jamais l'amour de ceux qui ne sont plus, n'a eu d'expression plus émouvante, plus sublime. Et tandis que tous les enfants du Père éternel, dispersés dans leurs diverses demeures, le ciel, la terre et le piirgatoire, mais intimement unis par la grâce sanctifiante, sont appelés à prendre leur part au sacrifice , le prêtre récite le Pater, implore la miséricorde de l'agneau de Dieu, — Agnns Dei, — se prépare humblement à la communion et la reçoit. On avait alors coutume, en donnant au peuple la sainte communion, de s'écrier : « Les choses samtes sont pour les saints. » A quoi il répondait : « Amen. » Après que l'évêque ou le célébrant avait communié, il distribuait le pain céleste aux prêtres d'abord, à l'autel même, ensuite aux ascètes, aux moines, aux religieuses, et enfin au reste des fidèles. Le prêtre disait à chacun des communiants : « Le corps de Jésus- Christ, le sang de Jésus-Christ; » ou « Que ton ame reçoive le corps du Seigneur! y> Pendant la Communion, enchantait des psaumes. Suivait l'action de grâces, la bénédiction du peuple par l'évêque, et enfin le congé donné par le diacre, — missa, dimissio ; — de 15 le mot : « Messe. » Dans les fêtes publiques, la communion se donnait ordinairement sous les deux espèces ; cependant, on croyait toujours que la substance du sacrement était aussi parfaitement contenue dans une espèce, comme déjà l'avait dit l'Apôtre : « Celui qui boit ou qui mange (1). ;) Au temps de la persécution, dans de longs voyages, particulièrement sur mer, dans ceux des solitaires à travers les déserts, il était permis, de même qu'aux moines dans leurs cellules séparées, de prendre avec eux la sainte Eucharistie, sous les apparences du pain ; car, à cette époque, on n'avait pas encore à craindre qu'en dehors du service divin, le corps de Jésus-Christ fût traité sans respect et qu'il pût être insulté; cet usage imprimait dans l'esprit des croyants, sans
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laisser place ù la moindre ê(|uivui|iie . la foi à la |)réseiice réelle sous une espèce. Pleins d'un saint respect et d une sainte frayeur, ils recevaient la sainte communion l\ jeun: bientôt cet usage fut transformé en règle par l'Eglise, pour prévenir tout outrage aux saintes espèces.
Nous voyons dans les antiques constitutions apostoliques (1 ) que les fidèles étaient en outre appelés à venir six fois par jour, lorsqu'ils le pouvaient, prier Dieu dans son temple. D'abord au chant du coq, pour remercier Dieu du jour qui allait paraître; au lever du soleil, pour le louer de ce nouveau jour; à la troisième heure, parce que à cette heure Jésus- Christ avait été condamné à mort ; h la sixième, parce qu'à pareille heure il avait été crucifié ; à la neuvième, parce que c'était celle de sa mort; le soir, en souvenir de son repos dans le tombeau et en vue du véritable et éternel repos, après une vie remplie de bonnes œuvres. Le premier amour des chrétiens pour leur Sauveur s'étant refroidi, peu h peu 1 empressement des masses pour la prière se ralentit également. Cependant, 1 Eglise n'abandonna pas cette coutume; seulement, elle s'adressa à ceux qui se vouent de préférence à une vie de prière ; aux religieux et aux religieuses, qui ont coutume de s'assembler à des heures régulières, dans le chœur de leuréglise, pour y faire des prières prescrites; aux chanoines et aux prébendiers, enfin à tous les ecclésiastiques, depuis le sous-diacre, qui sont obligés de réciter leur bréviaire, non en commun mais chacun à part. C'est ainsi qu à travers les siècles, l'encens de la prière,
(I) Dans les premiers temps, l'Eglise ne fut p^s gouvernée d'après des lois écrites, mais bien d'après les traditions des apiMres et de leurs disciples les plus distingués. Les six premiers livres de ce que l'on appelle « les Constitutions apostoliques » , forment un ouvrage de la plus haute antiquité chrétienne ; on y expose en détail les lois, l'enseignement, les usages de l'Eglise, les devoirs des prêtres et des laïques, les bonnes œuvres, le culte divin, les fêtes et les dogmes de la foi. Il est probable que l'auteur de cet ouvrage a été un évêque ou un prêtre syrien, qui vivait vers la fin du IV siècle. Il est écrit dans le genre des épîtres des apôtres.
couvniiil DOS j)échcs, s'élève sans cesse de ce monde racheté vers le Créa leur et environne le trône mystique du Très-Haut dans son tabernacle. La foi à la présence réelle entraîne tout naturellement la prière : l'amour parle au Bien-Aimé.
ni
FETKS ET PENITENCES.
Le dimanche. La fèto de Pâque. L'Ascension. Les jours de rogations. L'a Pentecôte. La Noël. L'E|)iphanie. Les fêtes de la sainte Vierge et des Saints. L'esprit de pénitence. La confe.ssion secrète et la confession publique. Le.^ quatre degrés de la pénitence publique. Refroidissement de l'amour de la pénitence.
D'anciens auteurs ecclésiastiques , tels qu'Origène et Clément d'Alexandrie, envisagent la vie chrétienne comme une fête continuelle. Ils ne voulaient pas parler d'une fête qu'il faille célébrer pardes banquets, des festins et des réjouissances mondaines, mais d'un jour de sainte joie, parce que la rédemption a chassé les ténèbres du péché, parce que la réconciliation avec Dieu a versé dans l'ame une douce paix et une véritable joie, et parce que personne n'est exclu de cette paix, si ce n'est celui qui s éloigne volontairement de Dieu. C'est pour cela que les anges chantèrent dans la nuit de Noël ce cantique d'allégres.se : « Gloire à Dieu au plus haut des cieux, et sur la terre paix aux hommes de bonne volonté (1). )) Le « Prince de la paix, » — comme Isaïe l'appelle, — vint sur la terre, et fit descendre du ciel la paix et la joie, que saint Paul compte au nombre des « fruits du
(I) Luc, TL 14.
Saint-Esprit (1). » Afin que Jésus-Christ s'identifie d'une manière d'autant plus certaine avec le chrétien, et que celui-ci « porte » , d'une façon d'autant plus vraie et plus parfaite, « l'image de l'homme céleste, après avoir porté celle de l'homme terrestre (2), » le chrétien doit continuellement se pénétrer des mystères salutaires du christianisme, se sanctifier par ces mystères, suivre pas à pas, en méditant, la vie du Sauveur, et avancer l'heure de son salut, par celte méditation. C'est dans ce but que furent institués les jours de fêtes, qui, comme des messagers fidèles, reviennent constamment tous les ans rappeler l'œuvre de la rédemption, réveiller et vivifier l'esprit et les sens de l'homme par des cérémonies appropriées à ce but, élever lame vers le ciel et la préparer à cette fête qui n'aura pas de fin.
La fête qui revenait le plus souvent, parce qu'elle ne saurait être assez célébrée, était le dimanche, ou, comme on l'appelait plus communément, le jour du Seigneur, — Dominica, — consacré, dès les temps apostoliques, au souvenir de la résurrection de Jésus-Christ. Ce jour n'était troublé par aucun travail, l'esprit devait rester pur des faiblesses et des misères de la vie humaine, car alors trônait la vie éternelle. 11 en était tout différemment du mercredi et du vendredi. Le jour que Judas vendit son maître, et le jour que le Seigneur mourut sur la croix, étaient consacrés au jeûne jusqu'à trois heures, et à de ferventes prières dites en commun. Ces jours étaient appelés jours de station, jours auxquels les soldats du Christ veillaient à leur poste. Rome a conservé le souvenir de ces antiques jours de station ' il y a station, c'est-à-dire pieux concours de fidèles, dans toutes les églises chaque jour du carême, et dans certaines églises très-fréquemment à d'autres époques de l'année, d'après des règles établies par le pape Grégoire-le-Grand. Il est accordé
(i) Gal., V, 2-2. (2) I Coi;., XV, 49.
3'2 I.RS l'ÈHF.S Dr DlisERT.
une indulgence pour les pnèi-es ililes dans ces églises, aux jours de sliition.
Les plus anciennes fêtes annuelles furent la PAque et la Pentecôte. Jésus-Christ crucifié et Jésus-Christ glorifié, formait les bases du christianisme. Mourir avec lui, être glorifié avec lui, telle était l'idée [)ralique des chrétiens en imitant amsi Jésus-Christ, — et celte idée avait mille rapports avec la vie des fidèles. Un temps de pénitence, long mais indéterminé alors, et aujourd'hui limité aux quarante jours du carême, — Quadragesiuta, — précédait la célébration et la méditation des souffrances et de la mort de Notre-Seigneur, dans la grande semaine; — c'est ainsi qu'on appelait la semaine sainte. L'heure avancée du repas, qui ne se prenait qu'au coucher du soleil, l'abstinence de viande et de vin, tel était le caractère général du jeûne de l'Eglise, durant lequel on ne célébrait ni mariage, ni naissance. Le zèle des fidèles se traduisait en priviitions rigoureuses, surtout dans l'Orient, où l'on se contentait généralement d'eau et de pain ; au moins ne prenait-on que quelques légumes et quelques fruits secs. En Occident, ces pratiques n'étaient prescrites que pour le Vendredi-Saint; on n'en était que plus ardent à raffermir l'ame dans la voie du salut, et c'est ainsi qu'il y avait des sermons chaque jour du carême, tels que ceux prêches h Constantinople par saint Jean Chrysoslôme. Les sujets de ces sermons étaient presque toujours l'un ou l'autre de ceux qu'indique Origène : « Fuir tout péché ; ne pas prendre la nourriture de l'impiété; ne pas s'asseoir au banquet de la concupiscence, et ne pas boire le vin des plaisirs ; s'abstenir de toute action, de toute parole et de toute pensée perverses; se priver du pain des fausses doctrines, et rejeter les jouissances d'une philosophie trompeuse, qui s'éloigne de la vérité. » Il ne suffisait pas que le corps se refusât les plaisirs des sens; lame aussi devait s'efforcer de triompher d'elle-même. La mortification des sens procurait plus facilement la victoire
spirituelle , puisqu'elle tenait constamment l'homme en haleine, par l'habitude de la lutte contre les passions grossières.
Le jeudi de la grande semaine était consacré à remémorer l'institution de 1 Eucharistie. Le matm de ce jour, on se livrait h une sainte joie. Depuis le V*" siècle, l'évéque procédait, en ce jour, à la bénédiction des saintes huiles pour le baptême, la confirmation et l'extréme-onction. Dans la nuit, on célébrait la veille du jour de la passion, du jour de la croix, — diesêrucis. On s assemblait dans l'église, et l'on écoutait la lecture de l'histoire de la passion. Le vendredi se passait dans la prière, le travail, la mortification et le jeûne, et non dans l'oisiveté et la dissipation. C est au V siècle, que remontent les prières pour les infidèles, les juifs, les hérétiques et les schismatiques, suivies de l'adoration de la croix. Ces prières que nous redisons encore, sont empreintes de l'esprit de celui qui mourut pour tous sur la croix, qui voulait appliquer à tous les bienfaits de la Rédemption, et qui fit celte prière pour ses ennemis et ses bourreaux : « Mon père, pardonnez-leur, car ils ne savent ce qu'ils font. »
Le samedi soir, commençaient les grandes vigiles dePâque, qui se prolongeaient jusqu'à l'aube du dimanche, de sorte que les fidèles restaient constamment dans l'église pendant douze heures. Alors avait lieu la bénédiction du cierge pascal, comme symbole de la Résurrection ; la bénédiction de l'eau se faisait ensuite. Ces cérémonies étaient accompagnées de belles prières et d'admirables lectures prises de l'Ancien Testament. On procédait au baptême des catéchumènes, qui était suivi de la messe de la Résurrection. Le jour de joie avait lui. Les fidèles s'abordaient en disant : « Le Seigneur est ressuscité ! Il est réellement ressuscité ! » Les néophytes célébraient la résurrection de leur libérateur, et en même temps leur propre résurrection de la nuit mortelle du péché, leur renaissance « par l'eau et l'esprit. » Et ces fêtes ne duraient pas seulement pendant la fête de Pàque, mais elles se prolon-
^i4 LES PÈUES DU DÉSERT.
geaient encore jusqu à la Pcnlecôte, h tel j)ou)l que Terlullien les invoquait pour prouver que les cliréliens avaient plus de fêtes que les païens.
Le chant d'allégresse, l'alleluia, retentissait de nouveau au jour de l'Ascension du Seigneur. Depuis sa résurrection, il avait passé avec ses disciples quarante jours pleins de mystères et de miséricorde, et il leur avait promis l'Esprit d'en-haut, qui les consolerait de ce qu'il ne restait plus visiblement avec eux, et de ce qu'ils n'entendraient plus les paroles de sa bouche. Il les avait, pour ainsi dire, spiritualisés, de manière non-seulement à souffrir cette séparation sans douleur terrestre, mais encore à accepter, dans leur ame sanctifiée, cette épreuve comme une faveur. Les quarante jours qu il a passés dans, le désert, avant d'apparaître dans lé monde comme le Messie promis, et les quarante jours qui précédèrent sa séparation d'avec le monde, sont couverts d'un voile. Le mystère de son triomphe sur le monde et de sa glorification divine doit être médité et invoqué dans le silence et dans la foi.
Depuis le V'' siècle également, la fêle de l'Ascension était précédée de trois jours de prières, pendant lesquels on appelait la bénédiction divine sur les champs et les fruits qui commençaient à germer. En effet, toute la nature a été arrêtée, dans son développement, par la chute de nos premiers parents, à la suite de leur péché; comment pourrait-elle dès lorslleurir et prodiguer ses fruits sans la rosée et le soleil de miséricorde ? Puisque Ihomme a entraîné la nature dans sa chute, il doit chercher dans la prière le moyen de détourner la malédiction divine. Mamert, évoque de Vienne en France, fut le premier qui prescrivit cesjours de prière, et qui ordonna en même temps des processions dans les champs, après qu'en 4G9, sa ville épiscopale eût été éprouvée par une disette et un tremblement de terre. De là, la coutume s'en répandit par toute la chrétienté.
Dix jours après l'Ascension, venait cette fête chérie des
tidèles, la Pentecôte, qui met le comble aux grâces du Sauveur, donnant en ce jour le Saint-Esprit, le fruit de son amour. Sans cet Esprit, il n'y aurait pas d'Eglise ; il est son ame et sa vie ; il est son cœur, le centre unique de toutes ses actions. La descente du Saint-Esprit marque la naissance de l'Eglise dans le monde.
C'est un fait remarquable que la naissance de Jésus-Christ, cette fête de la sanctification de la nature humaine, cette « mère de toutes les autres fêtes, » comme l'appelle saint Jean Chrysostôme, soit d'une date plus récente que les fêtes de Pàque, de l'Ascension et de la Pentecôte. Nous devons probablement en chercher la cause dans l'incertitude existante au sujet du jour de la naissance du Seigneur. D'après ce qu'on présume, ce fut à Rome que cette fête fut d'abord fixée, au 25 décembre, afin de donner une signification et un caractère chrétien à la fête païenne du solstice d'hiver : on célébra en ce jour le lever du soleil du christianisme. Dès le milieu du V*" siècle, la fête de Noël s'était répandue de l'Occident dans tout l'Orient. Le jeûne de quatre semaines qui préparait le monde pécheur à la miséricordieuse arrivée du Seigneur, témoigne combien on tenait à célébrer dignement cette fête. La couronne des souvenirs religieux alla se complétant, dans les siècles suivants, durant lesquels l'Eglise put, sans obstacle, se montrer dans le inonde, et y vivre de sa vie propre.
Une des plus anciennes fêtes est celle de l'Epiphanie, c'està-dire, de l'apparition ou de la manifestation du Seigneur. Elle se célébrait le 6 janvier. L'Epiphanie rappelle le souvenir du triple événement par lequel le Seigneur s'est fait connaître au monde : l'adoration des mages, qu'une étoile conduisit à l'étable de Bethléem ; le baptême dans le Jourdain, qui vit le ciel s'ouvrir sur Jésus-Christ, et les noces de Cana, où il fit son premier miracle.
Peu à peu, la piété et l'amour des fidèles assignèrent aussi aux fêtes de la sainte Vierge leur place parmi les solennités
religieuses. Déjà, en 542, l'empereur Juslinien ordonnait que la fête de la Purification de Marie, ou de la Présentation de Jésus au temple, ne serait célébrée à d'autre date qu'au 2 février. Environ cent ans plus tard, nous trouvons, au 25 Mars, la fête de l'Annonciation de Marie, comme nous l'appelons, mais qui est proprement celle de l'Annonciation du Seigneur.
A ces fêtes commémoratives, s'en joignirent d'autres non moms importantes pour la chrétienté. Telles sont celles qui rappellent l'épiscopat de saint Pierre, à Rome, qui se célèbre le 1 8 Janvier, sous le titre de Chaire de saint Pierre ; le martyre de saint Pierre et de saint Paul, marqué au 29 Juin; la naissance de saint Jean-Baptiste : c'est le seul saint qui, comme le Sauveur et sa sainte Mère, soit honoré le jour de sa naissance sur la terre, tandis que la fête de tous les autres saints et martyrs se célèbre le jour de leur naissance dans le ciel, c'est-à-dire le jour de leur mort.
Ainsi donc ce calendrier, dans lequel nous consultons si indifféremment les dates, ou que nous parcourons parce que nous avons fixé telle ou telle entreprise à tel ou tel jour, n'est autre chose que la réunion des monuments delà vie surnaturelle, d'après lesquels nous devons régler et diriger notre vie quotidienne.
Le but que se propose le chrétien ne peut être atteint au milieu des joies folles et superticielles, mais dans l'allégresse surnaturelle d'un cœur, qui se repose entièrement en Dieu, et dans une vie exclusivement sanctifiée en Dieu, Aussi le zèle du chrétien pour cette sanctification, doit-il se développer dans tous les sens, et de toutes les manières. Prières ardentes, participation assidue aux offices, accomplissement exact des prescriptions de l'Eglise concernant le jeûne, l'aumône et les diverses mortifications, tels étaient les fruits d'un autre zèle, qui constitue une partie essentielle des efforts vers la perfection. Les chrétiens pensaient que l'amour ardent delà péni-
tence servait de base à la perfection, parce qu'il les conduisait, par la contrition et le repentir, à l'humilité, et l'humilité est ce sol, foulé aux pieds, qui ne demande que l'ombre et l'obscurité, et qui produit cependant la plus riche moisson. En se faisant chrétien, on ne devenait pas sur-le-champ maccessible au péché ; oh non ! Le tentateur suivit le divin Sauveur dans le désert, pour exciter en lui la révolte des sens, l'orgueil, la soif de dominer. Devenir chrétien, c'était recevoir, par les sacrements, et d'abord par le baptême, la grâce de combattre les tentations et de pouvoir en triompher. Le chrétien restait homme, et l'homme, pauvre et fragile, ne devait pas toujours soutenir le combat avec ce courage et cette persévérance, qui seuls assurent la victoire. L'homme tombe; l'homme tombe par sa faute, parce qu'ii méprise la grâce, qui est toujours prête à venir à son secours, avec l'aide de Dieu ; il tombe du royaume du salut dans le royaume du mal. Plus une ame a d'horreur du péché, plus elle est sensible aux aiguillons de la conscience, plus elle voit clairement, après une chute, la perte immense qu'elle a faite de son bonheur, et plus elle implore ardemment son salut du fond de l'abîme. Dieu entend ce cri de détresse, et offre aussitôt une main paternelle au coupable, pour le conduire au sacrement qu'on pourrait appeler le. sacrement de la miséricorde , au saint sacrement de Pénitence, que les Pères de l'Eglise ont coutume de comparer à la planche qui sauve les naufragés.
La nécessité d'avouer en secret au prêtre tous les péchés graves, cachés ou publics, sans exception, était reconnue par tous et regardée comme le principe de la sanctification des âmes. Cette nécessité reposait sur la foi chrétienne en la puissance qu'a le prêtre de lier ou de délier , puissance qui a son fondement inébranlable dans la Sainte Ecriture : « La paix soit avec vous ! Comme mon père m'a envoyé, moi aussi je vous envoie. » Lorsque Jésus-Christ eut parlé ainsi, il souffla sur eux (les Apôtres], et leur dit : « Recevez le
Saint-Esprit. Les péchés seront remis à ceux à qui vous les remettrez, et ils seront retenus à ceux h qui vous les retiendrez (i). »
Le Sauveur posa cet acte solennel, après sa résurrection, au moment où il conférait à ses Apôtres une suprême consécration, au moment où il leur donnait une connaissance plus étendue de sa mission et de la manière dont ils devaient l'imiter. Le Fils investit ses apôtres de la toute-puissance que le Père lui avait donnée pour absoudre et sanctifier les hommes ; en la donnant à ses apôtres, il la donna à leurs successeurs, parce que la nécessité d'être absous et sanctifié ne devait pas cesser ici-bas. Le souffle du Seigneur figurait la transmission du Saint-Esprit, de Jésus-Christ dans ses apôtres, comme force réelle et active de Dieu, qui anime uniquement ses vrais envoyés et représentants dans la sainte magistrature des consciences, qui les éclaire et qui rend leurs sentences efficaces. Cette force est une grâce du sacerdoce, en dehors duquel elle s'éteint, comme la flamme disparaît lorsque la mèche est brûlée. Le prêtre catholique seul, revêtu de la puissance de Dieu, peut réellement conférer l'absolution.
Les plus anciens écrivains ecclésiastiques ont constaté la nécessité de la confession. Tertullien compare cen^x qui ne veulent pas accomplir cette obligation ., h des malades qui dépérissent misérablement, parce qu'une fausse honte les détourne de montrer au médecin les plaies secrètes de leurs corps. Le grand saint Cyprien, archevêque de Carthage (f 258) remar-. que que la seule pensée de se sauver la vie en sacrifiant aux idoles, est coupable et doit être dévoilée au prêtre. Pacien, évêque deBarcelonne, vers 370, avertit ceux qui essaient de tromper le prêtre ou de ne lui faire connaître leurs péchés qu'à demi, et blâme sévèrement ceux qui avaient confessé tous leurs péchés, mais qui n'accomplissaient pas la pénitence
(1) JoAN., XX, 2I--23. ■
imposée. Chrysoslume, patriarche de Constantinople (-J- 407), fait remarquer que le prtHre n'exerce pas, comme les princes du monde, une puissance qui se limite aux corps, mais une puissance qui s'étend jusque dans le ciel, puisque ce qu'il accomplit sur la terre par le pouvoir de lier et de délier, a ses effets dans le ciel même : c'est là, dit le patriarche, une prérogative spéciale du sacerdoce. Ambroise, archevêque de Milan (y 397), détend contre les hérétiques l'exercice de cette puissance, comme une dignité confiée au prêtre. Basile-le- Grand, archevêque de Césarée en Cappadoce (7379), écrit : « 11 en est de la confession des péchés, précisément comme de l'aveu des infirmités corporelles. On dévoile celles-ci au médecin habile ; on découvre ceux-là à celui qui peut les guérir. » Et Grégoire, évêque de Nysse (7400), exhorte à faire connaître sans hésitation au prêtre ses fautes cachées, et à lui confier les secrets de son ame. « Le prêtre, dit-il, prend soin de notre guérison et de notre honneur. »
La confession des péchés avait lieu de différentes manières; quelquefois elle était publique, devant l'assemblée du clergé et des fidèles, ou devant le clergé seulement; quelquefois, elle était reçue secrètement par l'évêque ou par un prêtre. Les fautes que leur nature ou les circonstances qui les avaient accompagnées, avaient rendues publiques, devaient, en général, être confessées publiquement. Souvent aussi, il arrivait que les pénitents confessassent publiquement des péchés secrets; en cela, ils suivaient les conseils du prêtre, auquel ils s'étaient déjà confessés en secret, et qui jugeait cet acte d'humiliation utile. La confession publique n était pas imposée à la légère, lorsqu'il pouvait en résulter quelque scandale ou quelque suite préjudiciable dans la vie civile: Cependant, la discipline de l'Eglise ne fut pas la même dans tous les lieux ni dans tous les temps ; elle était le plus sévère au 11*" siècle et au commencement du III". Le grand pécheur
regardait l'accès du sacrement de Pénitence comme une grâce. On l'envisageait comme une guénson lenle et douloureuse, qui opérait une conversion sérieuse et durable, et nui fournissait, dès cette vie, au pécheur l'occasion de satisfaire h la justice divine d'une manière aussi complète que possible, et de purifier son ame des moindres taches du péché. Par ces pénitences rigoureuses, l'Eglise inspirait une salutaire terreur, non-seulement au pécheur lui-même, mais encore aux autres fidèles par son exemple, et les remplissait d'une horreur profonde pour les péchés. Aussi, ceux-là seuls pouvaientils commencer à faire pénitence, pour se réconcilier avec l'Eglise et ses sacrements, qui imploraient cette faveur avec persévérance, avec ardeur, avec humilité. Aussi longtemps qu'ils ne l'avaient pas obtenue, leurs noms, — si la faute était grave, — étaient rayés du nombre des fidèles, et ils ne pouvaient pas prendre part à la célébration des offices. La pénitence était un acte solennel et religieux ; elle commençait communément dans la première semaine du carême, au milieu des prières et avec l'imposition des mains de l'évêque et de tout le clergé. Le pénitent se rendait à 1 assemblée, les cheveux rasés, la tête couverte de cendres, les pieds nus et les vêtements déchirés. S'il était marié, sa femme devait consentir à ce qu'il acceptât la pénitence publique, car aussi longtemps que celle-ci durait, il devait non-seulement s'abstenir de toute jouissance, mais encore vivre dans sa maison con^me un étranger. Prosterné le front contre terre, on lui communiquait la sentence prononcée contre lui d'après les lois de l'Eglise, et qui, souvent pendant des années entières, l'éprouvait et le purifiait par la mortification, le repentir et l'humilité. S'il devait parcourir les quatre degrés de la pénitence, il commençait par rester hors de l'église, sous le parvis, implorant l'intercession des fidèles qui entraient, auprès de Dieu et de l'évêque. Au deuxième degré, il pouvait se tenir à la porte de l'église, dans le vestibule, assister aux prières, mais non à la
messe des catéchumènes. Le troisième degré seulement était, à proprement parler, le commencement de la pénitence, les deux autres n'étaient considérés que comme une préparation à celui-ci, afin d'éprouver la constance du coupable. Ce degré était le plus long à parcourir. Le pénitent qui y était parvenu pouvait, avec les catéchumènes et les énergumènes (possédés), entrer dans la nef du temple jusqu'à l'ambon du lecteur; il assistait à la messe des catéchumènes et quittait l'église avec eux, "quand la messe des fidèles commençait. Immédiatement avant de quitter la troisième classe, il recevait de nouveau l'imposition des mains de l'évêque, et il écoutait à genoux la prière spécialement dite pour lui. Comme pénitent de la quatrième classe, il lui était permis de prendre part à toutes les prières et à toutes les solennités de l'Eglise, et même d'assister à tout le sacrifice de la messe ; mais il lui restait interdit de faire des offrandes et de recevoir la communion. Cette double interdiction n'était levée qu'après que le pénitent avait complètement exécuté sa sentence et obtenu sa réconciliation solennelle de l'évêque.
Ce n'étaient certes pas des sentiments vulgaires qui pouvaient faire naître un pareil repentir, qui produisaient une soumission aussi humble , qui foulaient aux pieds d'une manière aussi absolue, tout orgueil et tout amour-propre. Au IV^ siècle, le saint zèle de la pénitence se relâcha beaucoup dans la grande masse des fidèles, et on recula toujours de plus en plus, devant les peines sévères qu'imposait l'Eglise. La confession publique et les pénitences publiques cessèrent ainsi d'elles-mêmes (1), et il ne fut plus nécessaire d'un confesseur spécialement chargé d'entendre les confessions des pénitents, de déterminer le degré et le mode de pénitence, de
(I) On trouve des exemples de pénitence publique jusque dans le xiv siècle. Aujourd'hui encore, l'absolution de certains péchés est réservée au Souverain Pontife; aussi, existe-t-il encore à Rome un grand- pénitencier , et chaque évêque a également son péniti^'ncier.
surveiller leur conduite, qui décidait du passage d'un degré à l'autre dans la ])énitence, et finalement de leur admission à la sainte communion. Il fut désormais permis aux pénitents de se confesser h un prêtre choisi par eux et muni des pouvoirs nécessaires par l'évoque diocésain, et on laissa à leur conscience le soin de remplir, plus ou moins ponctuellement, . la pénitence imposée par le confesseur. Le pape Léon-le- Grand (-j- 461) contribua beaucoup à répandre cette manière de se confesser : il donna des règles générales pour éviter que le prêtre suivît des idées à lui dans la confession. L'audition des confessions était d'abord un droit des évêques, mais comme ils ne pouvaient y suffire seuls, ils déléguèrent la juridiction nécessaire pour les remplacer dans l'administration de ce sacrement, d'abord, aux prêtres de leur diocèse, et plus tard aux moines. C'est pour ce motif qu'aujourd'hui les prêtres ne peuvent entendre de confession que dans les diocèses où ils ont reçu leurs pouvoirs ; ils ne peuvent le faire dans d'autres diocèses, sans l'autorisation de l'évêque diocésain.
Byziinre : sa situation, ses environs, sa grandeur, sa beauté; splendeur de ses édifices, ricliesses de ses églises, ses trésors artistiques. Le Nil et ses bords.
Lorsque le Verbe éternel se fit chair, il unit l'humanité à sa divinité; il entra réellement dans le domaine de l'humanité, en revêtant une forme visible. 11 commença le combat qui devait produire l'œuvre delà Rédemption, combat dans lequel
il triompha en mourant pour l'univers entier comme pour chaque homme en particulier. La société qu'il établit sur le fondement de la foi chrétienne, et qui recueillit sa succession, c'est-à-dire, la mission de continuer l'œuvre de la Rédemption parmi les hommes et pour les hommes, devait donc être visible et militante. Elle devait être continuée dans chaque homme en particulier, cette œuvre pour laquelle le Sauveur, engagé h sa créature, tient à la disposition de celle-ci nonseulement toutes les forces du monde surnaturel, mais encore et surtout sa propre personne. Il en est de l'ame comme de l'estomac. Celui-ci n'est pas rassasié pour toujours, parce qu'il a été nourri une fois à la table royale ; il ressent la faim tous les jours et cherche à l'apaiser. L'ame aussi n'est pas sauvée, pour toujours, parce que le Sauveur est mort une fois pour elle, mais le péché, pour lequel il est mort, doit mourir tous les jours en elle. Là est le combat. Tous, en général, et chacun en particulier, ont à le soutenir; il apparaît inexorable à tous les instants de notre vie sur cette terre. Son but est l'affranchissement du mal; sa fin, le triomphe sur le mal ; sa récompense, la jouissance éternelle dii bien éternel.
Tous cependant ne combattent pas avec un égal courage, une égale persévérance, une égale bonne volonté, dans cette immense communauté composée des hommes et pour les homnjes, qui, par la confession d'une seule et même foi, forment l'Eglise visible. L'œuvre de la Rédemption ne reste pas inactive ; mais la révolte de l'esprit ne s'arrête pas davantage. Elle cause la chute d'un grand nombre, du plus grand nombre peut-être, et l'apostasie de plusieurs. Cependant, ceux qui sont tombés et ceux qui ont abjuré peuvent reconquérir la liberté des enfants de Dieu. L'esprit du mal, ennemi acharné de cette réconciliation, produit, par le péché, un esclavage qui pousse à de nouveaux péchés. Ceux qui se laissent ainsi graduellement asservir, deviennent les esclaves du mal, parce que leurs passions effrénées remplissent leur cœur d'une
volonté perverse, et leur esprit d'une science qui le trouble. Cet esclavage fait la matière de l'histoire de l'humanité, pendant les quatre mille ans qui séparent le paradis terrestre du calvaire. Cet esclavage, quelque peu modifié dans sa forme et dans ses attributs, se retrouve encore, même dans l'Eglise visible, durant les siècles qui nous éloignent du calvaire. Ceux qui se soumettent à cet esclavage ne combattent plus pour l'esprit de Dieu, mais contre cet esprit ; ils ne sont plus des membres vivants, mais des membres morts du corps mystique de Jésus-Christ ; mais aussi longtemps que, de leur propre mouvement, ils ne se séparent point de la foi révélée, sur laquelle l'Eglise visible est bâtie, et qu'ils ne rejettent point ses doctrines, l'Eglise attend patiemment leur conversion parce que cette foi peut encore les sauver à leur dernière heure, et que Dieu s'est réservé à lui seul le droit de séparer l'ivraie du bon grain.
Les hommes suivent ainsi dans l'Eglise deux impulsions, conduisant à des fins diamétralement opposées ; l'impulsion de la grâce, ou celle de la nature. Sous l'une, il faut combattre, afin de se réunir à Dieu par la pureté et la perfection ; sous l'autre, tous les effets tendent à entraîner l'homme dans les voies mondaines, qui conduisent au large torrent des plaisirs matériels. "Né de la nature, vivifié par la grâce, il dépend de chacun de suivre l'une ou l'autre impulsion ; chacun est libre de choisir le chemin qu il veut suivre.
11 est des jours de douleur indicible et générale, oii les joies de cette vie passagère, déjà misérables en elles-mêmes, se présentent, comme entourées d'épines et de ronces; où une tranquillité parfaite, et un bonheur sans nuage ne sont le partage de personne ; où la prison, les mauvais traitements, le pillage, l'exil, les tourments et la mort menacent la personne et la famille de chaque citoyen. Dans ces jours, l'esprit détaché de la terre s'élève plus facilement aux choses célestes, et le néant des joies, des biens et des jouissances de la terre s'offre même aux
cœurs inconstants. Il est plus facile alors de n'attacher aucun prix à la rich^se et au bien-être, aux honneurs et aux distinctions. Un édit de l'empereur paraissait, et tout ce bonheur qu'on avait bâti sur le sable de la vie, s'en allait en poussière, et s'évanouissait dans le sang. Mais, lorsque la calamité, et surtout l'ivresse de la joie sont passées, et que les relations sociales ont soudamemenl pris une tournure favorable, alors il en est beaucoup, qu'un doux penchant pour les biens de la terre, fait tomber dans un état de relâchement, et qui s'abandonnent à une langueur spirituelle, dans laquelle l'enthousiasme pour les biens spirituels disparaît aisément. On se met à l'aise, on cherche la tranquillité et le plus de mollesse possible, et l'on s'efforce d'atteindre un bien-être qui compense de longues et pénibles privations. Et quand l'idée, poursuivie et persécutée jusque-là, vient à prévaloir, à être appréciée, à commander ; quand elle obtient du pouvoir et de la déférence, et que des protecteurs puissants lui prêtent un certain éclat extérieur, alors même cette idée n'influe pas toujours d'une manière décisive sur ses anciens partisans, et elle traîne souvent après elle tout un bagage de considérations et de vues qui lui sont étrangères. Pour ses nouveaux adhérents, ces oripeaux sont maintes fois l'objet capital, et ils s'inquiètent à peine de l'idée, pourvu qu'elle entre dans ces considérations et ces vues personnelles.
C'est ce qu'éprouva le christianisme, lors qu'il monta sur le trône avec Constantin, dans sa ville impériale de Byzance, Le torrent du monde l'y suivit, et bientôt le christianisme offrit tous les phénomènes qu'engendre l'esprit du monde dans ceux qui écoutent et suivent cet esprit, de préférence à l'esprit de Dieu. La soif des honneurs et du pouvoir, l'orgueil et le faste, l'avarice et la sensualité, la vanité et l'amour-propre, l'arrogance et la présomption s'emparèrent aussi des chrétiens, bien que, comme nous l'avons dit, chacun eût le choix de combattre pour Jésus-Christ ou pour Lucifer. Le danger était
46 r-ES PÈRES DU DKSEKT.
le plus i^rund sur le trùne el autour du trône, surtout dans le voisinage de l'influence impériale, [)arceque la Citation de se mondaniser y était plus prochaine. La magnificence de la cour de l'empereur, la splendeur des établissements et des constructions de la ville, l'admirable beauté de sa situation, et son climat favorable contribuaient aussi puissamment à ces résultats. Là se trouvait réuni tout ce qui peut éblouir et enivrer l'homme.
Si, de la mer Noire agitée et orageuse, on passe dans le Bosphore, qui communique avec la Propontide (mer de Marmara) par sept passages tortueux entre les côtes de l'Europe el de l'Asie, on aperçoit un tableau d'un effet magique, el dont la beauté va toujours croissant jusqu'au point où les eaux du Bosphore se mêlent à celles de la Propontide, et où l'antique Byzance, comme la reine des deux parties du monde, trône sur ses sept collines. La ville forme un triangle : un côté est baigné par les flots de la Propontide ; un autre est longé par la Corned'Or, port formé par un bras profond du Bosphore ; le troisième côté enfin, est borné par la terre ferme : c'est de là que l'on atteint les monts Balkan, par les hauteurs de la Thrace. De ce dernier côté, se trouvait la porte d'Or, par laquelle Constantin et ses successeurs entraient en triomphe. Lorsque Byzance marchait vers sa décadence, et plusieurs siècles déjà avant que les Turcs l'eussent métamorphosée en Stamboul, la porte d'Or avait été murée, dans la crainte que les peuples de l'Occident, — les Latins, — la franchissent aussi triomphants. Le palais de l'empereur Constantin s'élevait à l'extrémité la plus lointaine vers la mer, où la Corne-d'Or, le Bosphore et la Propontide mêlent leurs eaux. C'était un palais colossal, composé d'innombrables bâtiments, appartements, portiques, colonnades, avant-cours, bains, jardins, entourés de murs, de tours et déportes. Ce palais formait, dans une grande ville, une petite ville qui pouvait contenir six mille habitants. Maintenant, on appelle k flèche du sérail, » celte partie de Byzance