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LA CONFERENCE DE

Un rapprochement ridicule

Dans son discours de bienvenue aux ministres qui ont cru devoir accepter son invitation, M. Mercier a fait allusion à la conférence de 1864. Ses organes ont comparé à cet événement mémorable la réunion du mois d'octobre.

Certes, il faut ignorer l'histoire politique de notre pays pour faire un semblable rapprochement.

La première démarche que firent les auteurs de la conférence de 1864 fut de demander et d'obtenir l'assentiment du représentant de la Reine et de Sa Majesté elle-même.

Ce fut le gouverneur-général du Canada qui adressa les invitations aux lieutenants-gouverneurs des provinces maritimes :

*' Suivant la recommandation du cabinet canadien, le gouverneur-général avait engagé les lieutenants-gouverneurs des provinces-maritimes, y compris Terreneuve, à envoyer des délégués à une convention devant être tenue à Québec le 10 octobre. Sa demande avait été favorablement accueillie." (Gray, Confédération of Canada.)

Plus encore, les membres au gouvernement canadien, avant d'aller rencontrer les hommes publics des provinces maritimes réunis à Charlottetown pour discuter l'opportunité d'une union entr'elles, crurent se devoir munir de l'autorité du gouverneur-général :

" Le départ de certains membres du gouvernement canadien qui avaient été délégués par le gouverneur-général pour assister à la convention ayant, été annoncé par dépêche, etc." (Même auteur.)

La date même de la conférence fut laissée au représentant de la Couronne.

Aussitôt que possible après l'ajournement de la conférence et avant de soumettre au parlement les résolutions qui y avaient été adoptées, elles furent transmises au gouvernement impérial. lies premiers paragraphes de la réponse de M. Cardwell à lord Monk ont une signification décisive dans les circonstances :

" Downing Street, 3 déc. 1864.

<k Milord — Le gouvernement de Sa Majesté a reçu, avec la satisfaction la plus cordiale, la dépêche de votre Seigneurie du 7 du mois dernier, transmettant à sa considération les résolutions adoptées par les représentants des diverses provinces de l'Amérique Britannique du Nord, qui se sont réunis à Québec,

Avec la sanction de la couronne, et sur l'invitation du gouverneur-général, des délégués de chaque province, choisis par les lieutenants - gouverneurs respectifs sans distinction de partis, se sont réunis afin de considérer des questions de la plus haute importance pour tous les sujets de la Reine, de quelque race et religion qu'ils soient, qui résident en ces provinces, et en sont arrivés à une conclusion qui doit avoir une influence des plus grandes sur le bien-être futur de toute la société.

Animé par les sentiments les plus chaleureux de loyauté et de dévouement envers la Souveraineté, désirant ardemment assurer à leur postérité, dans les temps à venir, les avantages dont ils jouissent comme sujets de la couronne anglaise, inébranlablement attachés aux institutions sous lesquelles ils vivent, ils ont conduit leurs délibérations avec une grande sagacité, et sont arrivés à des conclusions unanimes sur des questions pleines de difficultés et propres, sous des auspices moins favorables, à donner lieu à une grande divergence d'opinions.

Un tel événement fait le plus grand honneur à ceux qui ont pris part à ces délibérations. 11 doit inspirer de la confiance dans les hommes au jugement et à la sagesse desquels on doit ce résultat, et il restera toujours consigné dans les documents publics comme un témoignage de l'influence salutaire exercée par les

institutions sous lesquelles ces qualités se sont produites et développées d'une manière si signalée.

Le gouvernement de Sa Majesté a donné à votre dépêche et aux résolutions de la conférence, sa plus sérieuse attention. Il les a considérées en général comme devant, dans la pensée de ceux qui les ont dirigées, établir une union de toutes les provinces en un seul gouvernement aussi complète et aussi parfaite que les circonstauces et l'examen sérieux des intérêts peuvent le permettre.

11 les accepte, en conséquence, comme étant, dans le jugement réfléchi de ceux qui étaient les plus compétents pour délibérer sur un tel sujet, la meilleure charpente d'une mesure qui doit être adoptée par le parlement impérial pour atteindre ce résultat très-désiré."

Nous n'avons pas besoin d'insister sur la différence des méthodes suivies par M. Mercier et ses collègues.

Ils se sont réunis inconstitutionnellement, sans autorité autre que leur volonté individuelle, sans l'assentiment de la Couronne de laquelle les provinces tiennent leurs pouvoirs, du gouverneur-général-en conseil auquel elles sont subordonnées de la même manière que le pouvoir fédéral est subordonné à Sa Majesté la Reine.

M. Mowat, qui a assisté à la conférence de 1864, qui était membre du gouvernement qui en a pris l'initiative et dirigé la marche, a accepté la présidence de l'assemblée informe, irrégulière, qui s'est donnée à elle-même le titre de conférence interprovinciale. Ce sera l'un des actes les plus repréhensibles de sa carrière.

En 1864, le Canada et les provincessœurs, avec le concours, l'approbation, les encouragements de la Couronne, se donnèrent la main pour travailler aux fondations d'une Puissance, unie par les liens d'une constitution soigneusement élaborée et approprié aux besoins de ses progrès et de ses destinées.

Hier, des ministres, venant des diverses provinces, se concertaient dans l'ombre, hors la connaissance des autorité*

auxquelles ils doivent allégeance et respect, pour trouver les moyens d'embarrasser le fonctionnement des institutions communes, de les vouer au discrédit des populations, de jeter et propager parmi elles des idées de désunion, la haine de la constitution qui a fait de nous un pays libre et fort.

En 1864, les représentants des provinces, mettaient au service de la patrie l'autorité considérable dont le Souverain revêt ceux qui gouvernent en son nom.

Messieurs Mowat, Mercier, etc. ont détourné de son objet légitime cette autorité, confiée à leur honneur et à leur serment, ils s'en sont servis pour saper la constitution.

S'ils eussent voulu de bonne foi travailler au bien public, pourquoi n'auraient-ïls pas au moins tenté d'obtenir l'assentiment de la Couronne à leur réunion ? Ils n'ont fait aucune démarche dans ce sens, et ils entendent persister dans la voie illégale qu'ils ont suivie dès le début.

Ils ont adopté des résolutions qui doivent être soumises aux législatures, invitées d'avance à prendre les moyens d'obtenir du parlement impérial les modifications suggérées.

Le mode constitutionnel serait d'obtenir l'approbation de Sa Majesté en premier lieu et de s'adresser aux législatures ensuite.

M. Mercier et ses collègues ne songent à rien de tel, car, sachant qu'ils ont agi sans autorité, sans droit, inconstitution nellement, ils se garderont bien de se mettre en rapport avec le gouvernement impérial qui les rappellerait à leur devoir. Ils feront endosser leur action par leurs dociles majorités de partisans, et ils iront à Londres. Il n'y a que les plus incompétents d'entr'eux qui ne soient pas sûrs de la réponse qui les attend. Mais le refus de prendre connaissance de leur série d'illégalités sera un prétexte pour soule-

ver, si possible, l'opinion contre le gouvernement du Canada, contre l'Empire.

C'est en agitateurs qu'ils ont commencé leur œuvre, c'est en agitateurs qu'ils la veulent conduire jusqu'à la fin.

Les délégués de 1864 se rendirent en Angleterre sur invitation spéciale du gouvernement de Sa Majesté. Ce tut aussi sur invitation des autorités impériales que les résolutions furent mises devant les législatures.

(M. Cardwell à lord Monh)

" Il lui semble, en conséquence, que vous devriez prendre des mesures immédiates, de concert avec les lieutenantsgouverneurs des diverses provinces, pour soumettre aux législatures respectives ce projet de la conférence, et si, comme je l'espère, vous pouvez faire rapport que ces législatures sanctionnent et adoptent le projet, le gouvernement de Sa Majesté vous prêtera tout l'appui en son pouvoir pour le mettre à effet.

Vous reconnaîtrez probablement qu'il sera très convenable que, de concert avec les lieutenants-gouverneurs, vous choisissiez une députation des personnes les plus compétentes pour être envoyées en ce pays, afin qu'elles puissent être présentes pendant que l'on préparera le projet de loi, et afin de donner au gouvernement de Sa Majesté le bénéfice de leurs conseils sur toutes les questions qui pourront s'élever pendant que la mesure sera soumise à l'approbation des deux chambres du parlement."

Nos " conférenciers " du jour y mettent moins de façons. Ils se sont délégués d'eux-mêmes à Québec et ils se proposent bien de se déléguer eux-mêmes à Londres.

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