HISTORIQUE
Il est classique d’attribuer à CLAIRMONT et VON HABE- RER l’observation première d’un épanchement biliaire intra-péritonéal sans perforation apparente des voies biliaires, mais bien avant eux, en 1897 BARGELLINI, puis en 1901, BARïELD, en 1906 Davis, QUENIN, en 1909 KARIL- LON, KUTINER, ROUTIER qui publia à nouveau en 1910, rapportèrent des observations de cholépéritoines généralisés ou enkystés.
Cependant, ces auteurs, encore qu’ils n’aient point observé de perforation apparente pensèrent qu’elles leur avaient échappé et l’observation que publia ROUTIER en 1910 à la Société Nationale de Chirurgie est très instructive. A l’occasion d’un syndrome abdominal aigu cet auteur, ayant porté le diagnostic d’appendicite trouva un épanchement biliaire, l’exploration des voies biliaires de l’estomac et du duodénum resta négative mais cependant il crut n’avoir point reconnu une perforation et ne sut point tirer de cette observation tout l’intérêt qu’elle comportait. En 1911, au contraire, CLAIRMONT ét VON HABERER intervenant chez un ictérique trouvèrent un épanchement péritonéal très abondant, une coloration ictérique intense
Tite
du péritoine et des organes abdominaux, une distension du choledoque obturé par un calcul. On a depuis reproché à ces deux auteurs d’avoir qualifié de cholépéritoine une ascite ictérigène, il n’en est pas moins vrai que leur attention fut éveillée par ce fait paradoxal d’un épanchement biliaire intra-péritonéal ne s’accompagnant pas de perforation des voies biliaires et qu’ils furent les premiers à rechercher la pathogénie de cette affection. Depuis 1911, de nombreuses observations ont été publiées, nombreux sont ceux qui ont cherché à établir avec sûreté la pathogénie de ces épanchements.
En 1911, après la publication des deux auteurs allemands : SHIELVEBEIN, JOHANSSON, BERTHELSMANN rapportent à leur tour de nouvelles observations.
En 1912, l’intérêt soulevé par cette question atteint son apogée, à l’étranger RIEDEL, DOBERAUER, VON KUT- SCHKA, Fritz WoLr ; en France CHALIER et FAYOL, LERI- CHE et COTTE rapportent de nouvelles observations. Notre maître le professeur LENORMANT, S. JOHANSSON, GRYNFELDT font l’analyse des observations déjà connues et des expériences entreprises et montrent déjà combien est difficile l'explication de ce phénomène.
En 1913 la discussion continue, MACHEFER, dans une thèse inspirée par son maître FAVREUL qui venait d'observer un cas de cholépéritoine. GUIBÉ, LERICHE et CRÉMIEUX, SALAGER et ROQUES publient de nouvelles observations. Celles de ces deux derniers auteurs entraîne une importante controverse. S. JOHANSSON, HUGEL, MADLENER, LEVIN, NAUVERCK et LUBKE, SICK et
ni
FRANKEL, étudient la question sous un angle pathogénique et anatomo-pathologique.
En 1914, GUIRÉ dans la Revue de Chirurgie, analyse les travaux parus jusqu’à ce jour, étudiant surtout la pathogénie de ces épanchements.
Puis, de 1914 à 1918, si l’on excepte les observations de FENSCH en 1915, de FINSTERER en 1917, la discussion est close; mais dès 1918 de nombreux travaux sont entrepris de nouvelles observations publiées. Bucxa- NA puis BLAD étudient leur pathogénie cette même année.
En 1919, Louros fait paraître une thèse, Kônic et SHOEMAKER publient le résultat de leurs travaux.
En 1920 paraissent les travaux de FiBicx ; en 1921 de HOEPPNER, de RITTER, de CUMSTON ; en 1922 de KUMMER, de Dominic ; en 1923 de LERICHE, qui revient sur son observation de 1913, de RABAZZANI, BRUGNA- TELLI, NEUBER, SANTY, en 1924 de MEYER-MaAY dans la Presse Médicale, de DUPONCHEL, MAC GREERY, KäLLE- NARK ; en 1925 de LEGRAND ; en 1926 de PuxL et DESs- JACQUES, WANGENSTEEN, CHENUT et GUÉRIN, MAITRE ; en 1927 de GAREVITCH, BUNDSCHUH, de KORTE, ZUCCOLA.
En 1928, ARVISET, dans un travail sur l’ensemble des affections d’origine biliaire étudie les cholépéritoines à l’occasion d’une observation de BrocQ. RuP- PANER, GARRE, HELVESTINE publient leurs travaux expérimentaux.
De 1929 à 1932 de nombreuses observations et travaux étrangers sont publiés. En France, ROUILLARD et
to
ScawoB, BroDIN sont les seuls à rapporter de nouveaux Cas.
En 1933, 1934 à propos des observations d’OBER- THUR, de SABADINI, rapportée par le professeur LENRO- MANT, de BAUMANN et PADOVANI, de WELTI et ROUSSET, de nombreuses controverses s’engagentt à la Société de Chirurgie.
Nos maîtres, P. BrocQ, MouLONGUET et Monpor interviennent à cette occassion.
En 1935, un important travail de SABADINI et CUR- TILLET, la thèse de CoTi, inspirée par ces auteurs ; une observation de SALMON, rapportée par notre maître Moxpor montrent que l'intérêt de la question n’est pas
épuisé.
ETIOLOGIE
Les observations que nous avons recueillies sur les cholépéritoines sans perforations apparentes des voies biliaires, montrent qu’ils sont peut-être plus fréquents chez la femme que chez l’homme, que la notion d’âge est indifférente. Il est plus intéressant de constater que ces épanchements ne représentent pas une entité clinique, mais qu’ils apparaissent comme un épi-phénomène dans de nombreuses et diverses lésions des voies biliaires extra-hépatiques.
La lithiase biliaire paraît être la lésion la plus fréquente puisqu'on l’observe dans à peu près la moitié des cas publiés. Cette lithiase s’accompagne parfois d’obstruction de la voie biliaire principale ou accessoire, mais ce fait est loin d’être fréquent, il ést surtout assez rare de constater, préexistant à l’apparition de l’'épanchement biliaire, un ictère.
Les accidents lithiasiques peuvent être d'apparition ancienne. C’est ainsi que dans les observations rapportées par RITTER, ROUTIER, BROCQ, CURTILLET, KUMMER, les malades étaient connus comme des lithiasiques depuis nombre d’années : 10 dans le cas de ROUTIER et
de RITTER, 8 dans le cas de BRocCQ, 7 dans l’observation de CURTILLET, 5 dans celle de KüMMER. D’autres fois, au contraire, la lithiase était restée cliniquement muette. Dans une observation de SABADINI et CURTILLET, le cholépéritoine fut le premier symptôme d’une lithiase.
Le nombre de calculs importe peu'‘dans la production de l’épanchement biliaire, certains, tels ROUTIER, THÉBAULT et DAYOT, SABADINI et CRUTILLET en trouvent le premier 375, les autres plus de cent ; d’autres au contraire, ne constatent l’existence que de quelques calculs, parfois d’un seul.
D’autres part, la lithiase cholédorienne suffit à provoquer l’épanchement biliaire puisque ROUTIER chez un malade cholecystectomisé depuis un an, réintervint au cours d’un syndrome abdominal aigu pour découvrir à l’intervention un cholépéritoine, une obstruction calculeuse du choledoque.
En dehors de toute lithiase, la péritonite biliaire peut apparaître lors de l’évolution d’une cholecystite banale. Il s’agit parfois de cholecystite chronique, parfois de cholecystites aigües évoluant parfois comme complications d’une maladie infectieuse en évolution.
Très rarement, il n’en existe que trois cas dans la littérature, ceux de PoPPER, de GUIBÉ et de FAVREUL, une lésion pancréatique est découverte à l’intervention, soit à caractères néoplasique, soit à caractère banal.
Enfin dans un cas, l’épanchement biliaire est consécutif à un traumatisme.
L’étiologie de ces cholépéritoines reste donc obscure, si en effet, ils sont plus fréquents chez les lithiasiques, ils apparaissent aussi chez les malades présentant des lésions de cholécystite aiguë ou chronique et en tout cas l’obstruction ou la compression cholédocienne restent des phénomènes relativement rares.
Le polymorphisme étiologique explique la difficulté d'affirmer une hypothèse pathogénique, de chématiser un ensemble symptomatologique.