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OBSERVATION XIV

(Prise dans le service de M. le professeur Chantemesse.)

J..., femme K..., âgée de 37 ans, entre à l'hôpital du Bastion 29, le 17 août 1902 pour fièvre typhoïde.

Rien à noter dans les antécédents personnels ou héréditaires. Gette femme qui exerçait un métier très pénible, se sentait fatiguée depuis quelque temps lorsque vers le 15 ou 16 juillet elle fut prise tout à coup de malaises, vertiges, bourdonnements, maux de tête. Elle s’alite en proie à une fièvre assez vive. Bientôt apparaît de la diarrhée avec douleur dans la fosse iliaque droite, douleur assez intense, qu'on calme par des cataplasmes

laudanisés. On met la malade à la diète lactée. Au bout de

quelques jours les phénomènes douloureux s’amendent, mais la malade reste très abattue, sans force, la fièvre toujours très élevée. Cet état persiste pendant près d’un mois sans amélioration sensible : le médecin traitant fait prendre des cachets et une potion ; pas de bains, pas de lotions. Il y eut quelques vomissements à cinq ou six reprises. Âu bout d'un mois l’état restant toujours grave, le médecin envoie la malade à l’hôpital et elle entre dars le service le 17 août au soir.

Examen. — Le facies est pâle, les conjonctives et les lèvres décolorées. Ta langue est sèche, saburrale, rouge sur les bords et à la pointe. Les yeux battus sont tenus le plus souvent clos. La malade est dans un léger état de torpeur. Elle répond lentement, péniblement aux questions posées. Pas d'angine, pas de toux ni d'expectoration.

Le ventreest normal, souple.

C'est tout au plus si à la pression on découvre une légère sensibilité au niveau du creux épigastrique et dans la région ombilicale. Pas de taches rosées. La rate est légèrement hypertrophiée. La température au moment de l'admission est de ho degrés. Le pouls est rapide à 116. Le séro-diagnostic est positif à 1/50. On conclut à une fièvre typhoïde trainante, datant de quelque trente jours. Le traitement ordinaire des typhiques traités à l'hôpital du Bastion 29 est institué.

Dans la soirée du 18 août, la malade a une légère épistaxis,

19 août. — Température moyenne : 40° 2. Pouls : 116.

Les urines sont rares. À l’analyse on découvre un peu d’albumine ; la diazoréaction est intense. On a fait à la malade une injection hypodermique de sérum Chantemesse.

À 2 heures de l’après-midi la malade a une température égale

à 388, On ne lui donne pas de bain.

: À 5 heures du soir le thermomètre est remonté à 4o°r, mais un bain froid fait baisser la température à 38°2.

Vers 8 heures du soir, la malade a une selle liquide peu abondante mais légèrement hémorragique. La température est à ce moment de 39°5. Le pouls a conservé ses caractères habituels.

Injection de 20 centimètres cubes de sérum gélatiné. Suppression des bains. À 11 heures du soir: température : 4oor.

20 août. — Température moyenne: 3904. Pouls: 120 à 9 heures du matin. De 2 heures à 11 heures du matin la température se maintient à 4o degrés. À 9 h. 45 au moment de la visite, la malade se plaint d'une douleur vive, spontanée, dans le bas-ventre à droite. Cette douleur serait survenue brusquement, d'emblée, aussi aiguë, vers 5 heures du matin.

L'exploration de la fosse iliaque droite permet de noter que la douleur est nettement localisée au niveau de l’angleiléo-cæcal. Il y a de la défense musculaire en ce point et le ventre semble très légèrement ballonné.

La température est un peu plus élevée que la veille. La respiration est pressée (26 mouvements respiratoires par minute); air anxieux, inquiet, un peu agité.

Tout cela survenant après une hémorragie, fait porter le diagnostic de perforation intestinale survenue à 5 heures du matin.

Le chirurgien, prévenu aussitôt, arrive et la laparotomie est pratiquée à 11 heures, c’est-à-dire six heures après le début des accidents.

A l'ouverture de la cavité péritonéale, pas de pus, pas de liquide, mais par places la séreuse est dépolie, ce qui semble indiquer une réaction péritonéale. L'intestin est examiné avec

soin ; on ne trouve pas de perforation ; l'iléon dans sa partie,

terminale est violacé, congestionné et parsemé de marbrures foncées répondant aux plaques de Peyer ulcérées.

Le ventre est refermé ; dans la plaieon laisse un gros drain.

La fièvre typhoïde continue à évoluer, avec une température élevée, un pouls un peu rapide, quelques incidents comme selles hémorragiques, délire nocturne, doux, continuel. Puis peu à peu la malade semble se remettre ; mais au bout de quelques jours apparaissent des signes alarmants d'infection péritonéale,

et la malade meurt le 9 septembre en hypothermie.

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