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OBSERVATION XV

À. G..., garçon d'hôtel, âgé de 26 ans, entre le 1°’ septembre 1906 à l'hôpital du Bastion 29, pour fièvre typhoïde.

Rien à noter dans les antécédents personnels et héréditaires. Le malade n’a présenté aucune affection antérieure ; on n’apprend rien qui puisse déterminer le mode de contagion de la maladie actuelle.

Dès l’arrivée, l’interrogatoire nous révèle que l'affection a débuté le 26 août par de l'inappétence, de la céphalée avec courbature et faiblesse générale qui force le malade à s’aliter. Il n’y a pas eu d'’épistaxis, pas de douleur de ventre, mais quelques nausées et une diarrhée très légère, de l’insomnie et une température assez élevée.

À l'examen on constate la persistance de ces différents symptômes ; la prostration n’est pas excessive et le malade répond parfaitement aux questions qu'on lui pose. Le foie paraît normal : la rate est un peu grosse. Les poumons et le cœur sont

en bon état.

Il n'y a pas de taches rosées et le séro-diagnostic est négatif.

3 septembre, — Un nouvel examen nous révèle l'apparition de quelques taches rosées. Le séro-diagnostic est positif cette fois à 1/30. Les symptômes du début persistent, sans aggravation. On institue le traitement habituel, auquel sont soumis les typhiques soignés à l'hôpital du Bastion 29 : bains froids à 28 degrés toutes les trois heures, si la température rectale dépasse 39 degrés.

Lait, bouillon et jus de viande.

La fièvre typhoïde, de gravité moyenne semble évoluer normalement avec son cortège de symptômes habituels.

6 septembre. — Température moyenne 38°4.

Pouls : 78 régulier, bien frappé.

On fait une injection sous-cutanée de sérum Chantemesse, (V gouttes).

Le lendemain et les jours suivants, l’évolution est la même, l’état général ne varie pas. Cependant la température monte peu à peu et le ro septembre elle atteint 40c6, Le pouls suit également une marche ascendante jusqu’à 135, mais il reste régulier.

Le malade se plaint de douleur à la gorge et à l'examen on constate une rougeur diffuse du voile, du pharynx et des

amygdales. Rien du côté de l'abdomen.

16 septembre. — L'état général semble s’aggraver subitement. La céphalée s’accentue : l’insomnie a reparu, et dans la journée surviennent des nausées fréquentes.

La gorge est remplie de fausses membranes ou plutôt d’un

exsudat ; l'examen extemporané montre simplement des cocc

qui.ne prennent pas le Gram, quelques staphylocoques, des tétragènes et des levures.

Température moyenne : 38°6.

Pouls : 130.

Un ictère par rétention apparaît ; pigments dans les urines, selles un peu décolorées.

17 septembre. —L'’état général s'aggrave encore. Le malade est abattu, prostré et ne répond que péniblement aux paroles qu'on lui adresse. On constate en outre de l’œdème des jambes.

Les ailes du nez battent.

Le pouls est à 150, petit et irrégulier.

Dans la région épigastrique apparaît une distension considérable due au côlon ou à l'estomac et en même temps une douleur sourde, puis vive et plus intense, prend naissance à ce niveau et s'irradie bientôt à tout l’abdomen : la palpation et la pression l’exaspèrent.

On fait un sondage : aucun gaz, l'estomac est vide, le côlon seul est distendu.

Le malade a des nausées, pas de vomissements. Le facies devient péritonéal, le nez pincé, les yeux excavés. La langue et les extrémités restent chaudes cependant. Le ventre a perdu sa souplesse et présente de la défense musculaire dans la région hépatique vers le point cystique :

On administre des injections d’huile camphrée et de spartéine. On appelle le chirurgien de garde, M. Auvray, qui, après une longue discussion, conclut à une intervention :

Incision dans la région hypogastrique droite, sur le bord externe du muscle droit. Issue d’une certaine quantité de séro-

sité citrine. L'intestin est congestionné. Les plaques de Peyer

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de l'iléon sont vues par transparence ; elles ont déterminé à leur niveau une réaction péritonéale assez intense : plaques violacées et congestionnées.

Enormes ganglions mésentériques.

Un examen minutieux ne fait pas découvrir de perforation. On referme la plaie, mais le malade meurt trois heures après l'opération.

À l’autopsie on trouve dans le péricarde un épanchement de liquide citrin de 200 grammes environ. Les poumons présentent un peu d’œdème aux deux bases. Le foie est normal, mais la vésicule est dilatée et un ganglion comprime le cholédoque. La rate est énorme (640 gr.) et comprime l’angle du côlon. L'intestin examiné de nouveau minutieusement ne présente pas de perforation : les plaques de Peyer sont saillantes et deux ou trois sont ulcérées dans la partie terminale de l’iléon. La cavilé péritonéale renfermait un peu de liquide d’exsudation et l'on constatait sur le péritoine viscéral les mêmes lésions que l'on avait vues durant l'intervention, c’est-à-dire dépoli de la séreuse et congestion intense par places, principalement au

niveau de l’iléon.

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