‹ Les PerraultChapitre 36 sur 60 · ORIGINE TOURANGELLE L'ENLAMEANTIEPERPERR AULT · texte numérisé non relu

ORIGINE TOURANGELLE L'ENLAMEANTIEPERPERR AULT

La plupart des biographes des Perrault affirment que cette famille était originaire de Touraine, mais n’en fournissent aucune preuve. Dans le voyage qu'il fit en 1660, Claude Perrault passa par Tours et voici ce qu’on lit dans son journal :

« … Nous rencontrâmes M. et M# Robichon à une lieue de la ville qui venaient au-devant de nous dans le carrosse de M. de Fontenailles chez qui nous dinâmes. Après le diner toute la compagnie fut à Marmoutier, excepté mon frère qui demeura avec M. de Fontenailles... De Marmoutier nous passâmes à /4 Péraudière! pour avoir la belle vue, maisil était trop tard, et en revenant nous fimes la plus grande partie du chemin à pied, à cause qu il est si étroit que nous Jugeâmes qu'il ne faisait pas sûr de passer à quatre chevaux sur un précipice dans l'obscurité. Nous nous servimes ce jour et le lendemain du carrosse de M. de Fontenailles afin de faire reposer nos chevaux... MM. du Laurent, de Gomont et

1. Le manuscrit de la Bibliothèque nationale porte bien la Péraudière et non la Béraudière, comme il a été imprimé par erreur dans l’édition du Voyage à Bordeaux que M. Paul Bonnefon a publiée en 1909.

Abraham furent coucher à l'hôtellerie de Sainte-Marthe où était logé notretrain, etmon frère et moi demeurâmes chez M. de Fontenailles. Après souper, M#° Robichon fut fort malade d’une colique qui la tourmenta toute la nuit, je la fus conduire chez elle et y demeurai fort tard. »

Il nous semblait que ces quelques lignes nous devaient aider à résoudre le petit problème des origines de la famille. Ces Robichon et ce M. de Fontenailles qui offrait son carrosse et sa maison aux voyageurs, étaient-ils parents des Perrault? Qu'était-ce que cette Péraudière ?

Nous nous sommes adressés à M. L. de Grandmaison archiviste du département d’Indre-et-Loire, et qui de tous les Tourangeaux est celui qui sait le mieux l’histoire de sa province; voici ce qu'il nous a très obligeamment répondu :

«... J'ai dressé des généalogies de tous les Perrault (assez nombreux) rencontrés par moi dans les documents tourangeaux du xvi° siècle et du commencement du xvir. Malheureusement, bien que la parenté soit certaine, je n'ai pu ercore souder entre eux tous ces fragments généalogiques, ni trouver quel était le père de Pierre Perrault avocat au Parlement de Paris, père lui-même des quatre Perrault connus : Pierre, Nicolas, Claude et Charles. À signaler toutefois que les prénoms Pierre, Nicolas et Charles sont portés par des Perrault Tourangeaux. Par ailleurs une note laissée par mon père indique (du reste sous une forme dubitative) que la Péraudière ou la Perraudière, commune de Saint-Cyr-Sur-Loire près Tours, aurait reçu son nom de Pierre Perrault, père de l’architecte... On peut aller de Marmoutier à la Péraudière en faisant seulement un léger détour. Enfin un Nicolas Perrault, sieur de la Péraudière, est parrain à Bourgueil, le 17 décembre 1680.

« M. de Fontenailles doit être identifié avec Étienne Bouault seigneur de Fontenailles et de la Cantinière, conseiller et secrétaire du Roi en 1666. Cet Étienne doit être probablement le même qu’Étienne Bouhault, baptisé à Saint-Cyr-sur-Loire, le 23 juillet 1640, fils de René Bouault, commissaire ordinaire des guerres et de Marie Perrault, que je crois sœur de David Perrault, sieur dela Lande (fief de la commune de Saint-Cyr), conseiller du Roi et contrôleur général des guerres en Poitou. David est parrain, en 1630, d’un autre enfant du mariage Bouault-Perrault.

« Je n'ai rien trouvé me permettant de rattacher les Robichon aux Perrault.

« Quoi qu'il en soit des précisions généalogiques, il semble qu’en rapprochant les divers renseignements cidessus, on puisse sans témérité affirmer que les Perrault sont originaires de Touraine. »

Faut-il aller plus loin et voir dans la Péraudière le berceau de la famille Perrault? Nous n’en avons pas encore la preuve indiscutable. Néanmoins, d’après de nouveaux renseignements recueillis par M. de Grandmaison, il paraît très probable que Pierre Perrault avocat au Parlement de Paris, était le fils d’un Perrault, brodeur du Roi, qui vivait à Tours au xvr° siècle, et celui-ci aurait donné son nom au domaine qu'il avait acquis sur la hauteur de Saint-Cyr.

Le propriétaire actuel de la Péraudière a Eu voulu nous accueillir chez lui.

Une partie de la construction remonte au xv° siècle, le reste est moderne. La pente du coteau qui fut jadis plantée de vignes, est maintenant recouverte par les ombrages d’un parc magnifique. De la terrasse qui précède la façade de la maison, l’on découvre « la belle vue » que Claude Perrault était venu contempler par de si

mauvais chemins. Or cet admirable tableau des vallées de la Loire et du Cher a été décrit par Honoré de Balzac dans une émouvante nouvelle intitulée /4 Grenadière. Cette maison de la Grenadière où Balzac a lui-même séjourné, est voisine de la Péraudière; sa situation est la même, et voici ce qu'aurait vu Claude Perrault s'il était arrivé à la Péraudière avant le crépuscule :

« La Loire est à vos pieds, vousla dominez d’une terrasse élevée de trente toises au-dessus de ses eaux capricieuses ; le soir vous respirez ses brises venues fraîches de la mer et parfumées dans la route par les fleurs des longues levées... De là, les yeux embrassent d'abord la rive gauche de la Loire depuis Amboise; la fertile plaine où s'élèvent Tours, ses faubourgs, ses fabriques, le Plessis; puis une partie de la rive gauche qui, depuis Vouvray jusqu’à Saint-Symphorien, décrit un demi-cercle de rochers pleins de joyeux vignobles. La vue n’est bornée que par les riches coteaux du Cher, horizon bleuâtre, chargé de parcs et de châteaux... »

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Dans l'avertissement qui précède le livre de Nicolas Perrault, La morale des Jésuites extraite fidèlement de leurs livres imprimés avec la permission et l'approbation des supérieurs de leur Compagnie par un docteur en Sorbonne, livre qui ne fut publié qu’en 1667, six ans après la mort de l’auteur, on trouve ce portrait de Nicolas Perrault :

« Il avait un esprit aisé, clair et solide ; une douceur et une modération tout à fait charmantes, et une humilité ingénieuse au delà de tout ce qu’on peut penser, à dérober l’éclat de ses autres vertus aux yeux mêmes de ses plus intimes amis. Son éducation avait été admirable et n'avait pas peu contribué à la beauté de son esprit, à la pureté de sa doctrine et à l’innocence de ses mœurs. Car il était né d’un père qui avait eu un soin tout particulier de fortifier de bonne heure ses enfants contre les erreurs populaires, de leur inspirer les maximes les plus pures de l'Évangile et de leur ouvrir l'esprit aux plus belles connaissances. »

Comme cette dernière phrase se retrouve mot pour mot dans les Mémoires de Charles Perrault, on en peut conclure que cet « avertissement » était de sa plume. La vivacité avec laquelle il traite les casuites de la compagnie de Jésus, prouve qu'il partageait les opinions jansénistes de son frère.

Les Mémoires de Godefroi Hermant (Tome V) contiennent les lettres écrites par Claude Perrault à son ami Haslé, supérieur du séminaire de Beauvais, pour le détourner de signer le Formulaire : elles sont d’une dialectique ferme, claire et passionnée.

Godefroi Hermant transcrit aussi une lettre de Haslé à l’un de ses amis au sujet de la mort de Nicolas Perrault:

« Monsieur, il est juste que je me console avec vous de la mort de notre très cher ami... La perte que nous avons faite en ce décès est irréparable; mais l'exemple de la générosité de ce cher défunt peut vivre éternellement dans notre cœur,etnous soutenir danstoutes les faiblesses qui nous peuvent arriver ou du dehorsoude nous-mêmes. Je pense que l’on aura soin de ses papiers...‘ Voici quelle fut la fin de M. Perrault qui eût rendu de grands services à l'Église, et se serait distingué parmi les plus célèbres théologiens de son siècle s’il eût vécu plus longtemps. Mais on peut dire de lui ce que David disait de Jonathas après sa mort : que sa flèche n’est jamais retournée en arrière, et ce que l'Écriture dit de Samson : qu’il avait fait plus mourir de Philistins en mourant que pendant sa vie, parce que le public lui est redevable de la découverte et de la réfutation de la pernicieuse morale des Jésuites qu'il avait extraite de leurs livres avec un grand soin, et examinée avec une pénétration profonde. Le juste volume que nous avons de lui survivra toujours aux flammes que ces Pères ont eu le crédit de faire allumer pour le consumer en cendres; et cette injuste flétrissure lui sera éternellement glorieuse devant le tribunal de toute la postérité. »

1. Des brouillons du traité de la Résidence des évêques se trouvent à la Bibliothèque nationale, ainsi que le manuscrit de l'étude sur la Blanque (f. fr. n° 24713).

PACA SONDE EVTR Y

Comment cette maison était-elle devenue la propriété des Perrault? Nous ne nous flattons pas de pouvoir l’établir. Voici cependant quelques indications qui pourront peut-être aider les chercheurs.

Au xvi° siècle Viry appartient à une famille Piedefer. Jean Piedefer, chevalier de Jérusalem, mort vers 1560, est enseveli dans l’église du village. Anna Piedefer épouse en 1560 Jean Huault dif le Président de Vaire qui sera garde des sceaux sous Louis XIII‘. Or une nièce de ce Président, Françoise Leclerc, épouse de L’Héritier de Villaudon ?, est apparentée (nous ignorons à quel degré) à Paquette Le Clerc, épouse de Pierre Perrault, et mère de tous nos Perrault. En attendant que lesliens de parenté entre les Piedefer et les Perrault soient mieux déterminés, remarquons que Viry semble bien avoir appartenu à Madame Perrault, car, après la mort de son mari, elle en resta propriétaire. C'est seulement après son décès, en 1667, que la maison passe à l’ainé desesfils, Pierre Perrault, receveur des finances.

1. Lebeuf. Histoire de la Ville et du Diocèse de Paris,t. III, p. 282. 2. Voir appendice XIII.

- Tout n'a point disparu de cette « maison des champs. » Les bâtiments ont été transformés et augmentés au xix° siècle, surtout à l'époque où, propriété du Prince d'Eckmühl, Viry a été habité par le maréchal Jourdan. Le dessin du parc qui s'étend sur le flanc du coteau, a été modifié à plusieurs reprises ; mais on y voit encore de beaux ombrages et des sources abondantes y forment un charmant ruisseau.

Que reste-t-il des travaux exécutés par les Perrault? Faut-il attribuer à ceux-ci une jolie salle, dont les parois sont faitesde rocailleset de coquillages, et qui subsiste dans la seule partie ancienne des bâtiments d'habitation ? Peut-être; mais la maison fut, au commencement du xvu° siècle, la propriété de Michel Poncet de la Rivière, évêque d'Uzès qui « a agrandi et embelli les jardins qui sont très vastes et remplis de pièces d’eau à la faveur de la colline, avec des rochers». Ce prélat fastueux pourrait bien avoir créé la salle des rocailles.

En face de la maïson s'élève une construction qui sert aujourd'hui d'orangerie : les voûtes en sont appareillées avec l’art le plus délicat, et trois niches creusées dans le mur du fond semblent faites pour recevoir trois groupes de sculptures. On dirait une réduction de cette Grotte de Thétys, une des merveilles disparues du premier Versailles,etpour laquelle Claude etCharlesfirent desprojets. Ne serait-ce pas l'un de ces « embellissements » de Viry qui furent signalés à Colbert et lui inspirèrent confiance dans le goût des Perrault? Elle devait être à l’origine, revêtue d’un décor de coquillages. Qui sait si Poncet de la Rivière n'en a pas utilisé les débris pour orner les murailles d'une des salles de sa maison ?

Cette hypothèse est assurément fragile. Mais après

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