PARIS
'Ernest ler;oux, éditeur
!8, RUE BONAPABTE
Plus que je ne l'avais fait jusqu'à cctto liiniro, jo mn suis parfois référé, dans les pages qui vont suivre, h des pièces exclues par Ruinart d<» son recueil des Acta sincern. Le plus grand nombre des érudits qui ont étudié, à des points de vue divers, les premiers siècles chrétiens ont suivi une autre méthode, s^abstenant de rechercher, comme !e voulait faire
le savant religieux, si d'autres Actes ne pouvaient Irnv fournir dés renseignements de quelque valeur. (îe n'i'st i»oint par goût d'innover, ni par manque de d'''liance pour des textes suspects ajuste litre, que j'ai fait autreintMit. I^a lectun» des pièces contenues dans Ténorme recueil des Hollandisles, dans celui de Surius et ailleurs m"a convaincu que [du<i<'urs d'entre elles ont gardé, quoique remaniées, inItM-polées dans des mesures diverses, des parties saines |)rovenant de documents originaux. J'ai, il y a quelque temps déjà, dévdofipé celle thèse dans un mémoire spécial, en essayant de faire voir que, malgré des retouches trop évidentes, certaines Pf/ssl'uirs, certains Àcia parvcEius entre nos mains pouvaient (»nron' nous renseigner utilement sur plus d'un point '. T(»lle est la
1. Les Actes des marltp'x, supplément aux Acta sincera de Dom. liuinarli Paris, Imprimerie natiuii.iie. 1S82, in-l.
persuasion dans laquelle j'ai cru pouvoir en faire ici un très discret usage.
Mieux que toute autre preuve, sans doute, une découverte faite à Rome dans ces dernières années montrera quels traits de vérité peut contenir un texte dédaigné par la critique.
C'est sur la maison même de sainte Cécile qu'a été construite, comme on le sait^ la basilique dédiée à sa mémoire. Une tradition de même nature s'attache à une église du Célius, celle des martyrs saint Jean et saint Paul. Elle avait été, croyait-on, élevée sur le lieu môme où habitaient ces fidèles, exécutés et ensevelis secrètement dans leur maison, au temps de Julien l'apostat. On en avait pour garants ces mots de leur Pa^5fo insérés, sous la date du 26 juin, dans le recueil des Bollandistes : « Tertia hora noctis transacta, « Terentianus, volens placere Juliano, sine slrepitu famœ « puniri eos fecit ; foveamque fieri jussit inlra domum eorum ; iK in qua cum decollari jussisset, statim involvi et reponi eos a jussit, faciens hanc famam quod jussu Caesaris missi fuis- « sent in exilium ; nullum enim nec signum intcrfectionis « eorum inventum est super terram » *. Plus loin est cette mention qui nous reporte au règne de Jovien, alors que les restes des saints avaient été recherchés et découverts : « Cum manifeste eos invenisset Vizantius cum filio suo « Pammachio, gratias agens Deo, renunliavit Joviauo « iniperatori ; quibus gratias agens ita pra»cepil dicens : Deus « omnipotens bonum donum donavit nobis ; accipe consilium : « Utere digne sanctis Do mini et fac fieri ecclesiam in domo
« sanctorum * ».
Une autre particularité se lit encore dans Thistoire des martyrs Jean et Paul. Des fidèles qui, dès le temps de Julien^ étaient parvenus à découvrir le lieu de leur sépulture, furent saisis pour ce fait et condamnés à mort ; c'étaient le prêtre Grispus, le diacre Crispinus et une femme vénérable nommée Benedicta ^
Peu de crédit s'attachait à un texte procédant en partie,
croyait-on, d'Actes originaux, mais corrompu par Tintro-
duction de certains détails insoutenables ^ La tradition du
martyre subi par les deux saints dans leur maison était
cependant restée vivace. Elle désignait même le point précis
où ils avaient été décapités et Ton avait, au seizième siècle,
placé, vers le milieu du pavé de Téglise, un marbre portant les
mots suivants :
LOCVS MARTYRII
SS lOAiNNIS ET PAVLI
IN AEDIBVS PROPRIIS
L'un des religieux Passionistes qui desservent ce sanctuaire, le R. P. Dom Germano, dont on ne saurait trop louer rintelligente initiative, voulut savoir si la disposition des lieux s'accordait avec la croyance dont témoigne cette inscription. Il fouilla, explora le sous-sol de l'église et ses premiers efforts rouvrirent, sous le grand autel, deux chambres d'une maison qui, par ses matériaux de construction, par sa décoration intérieure, devait être attribuée au commencement du quatrième siècle, si ce n'est à la fin du troisième. L'église était donc bien, comme le dit la Passio^ construite sur une
2. Baronius, Annales dfi 362, n» 251 ; Tillemont, Mémoirei pour iervir à VhUtoire eccUsias tique, T. VU, p. 719, 721.
habilatioD antique. On déblaya, en poursuivant, une large salle pavée de grosse mosaïque et dont la voûte, comme les murs, sont ornés de fresques semblables, par l'exécution et les sujets, à celles des catacombes romaines.
Poussées jusqu'au point correspondant à Tinscription encastrée, comme je Tai dit, dans le pavé de Téglise, les fouilles ont ouvert un couloir étroit arrêté, en cet endroit précis^ par une cloison percée d'une petite ouverture, V a,nlique fenestra qui permettait de jeter un regard dans le réduit obscur où les deux saints avaient été mis à mort. Dans le nombre des peintures qui décorent le fond et les parois de ce couloir, il en est une dont le sujet présente un intérêt particulier. On y voit deux hommes et une femme accroupis, les bras liés sur le dos et les yeux bandés. Ce sont des victimes attendant le coup du glaive. Au-dessus d'elles, on aperçoit les jambes d'un personnage dont le corps a disparu et qui ne peut être que le bourreau. Il s'agit donc là, sans aucun doute, des trois fidèles, Grispus, Grispinus, Benedicta exécutés après les saints Jean et Paul, et ce tableau de facture antique confirme, dans Tune de ses parties les plus importantes, l'exactitude du texte qui nous garde l'histoire des martyrs du Gelius.
Ainsi pourront, j'en ai la confiance, se dégager parfois encore certains traits de vérité contenus dans des Acta défigurés par des interpolations de basse époque. Les fouilles et do patientes études mèneront à ces intéressantes conquiUes de riiagiographic.
LES PËRSÉCUTËDIIS ïï LES MARTYRS