‹ Les persécuteurs et les martyrs aux premiers siècles de notre èreChapitre 101 sur 307 · Epist. IV, Ad presbyteros et diaconos · texte numérisé non relu

Epist. IV, Ad presbyteros et diaconos

AU MARTYRE il9

Tout ce qui pouvait adoucir les maux d'une captivité rigoureuse, les chrétiens l'apportaient à leurs frères. Les idolâtres, les hérétiques s'étonnaient de ce pieux empressement. Lucien le poursuivait de ses railleries. « Dès le matin, dit le « satirique de Samosate, les vieilles femmes, les veuves, les « orphelins se pressaient aux portes de la prison. Les princi- « paux d'entre les chrétiens corrompaient les geôliers et pas- « saient la nuit près du captif. On apportait des mets de toute « sorte. Rien ne s'épargne alors et la détention valut beau- « coup d'argent à Pérégrinus, qui se créa un revenu consi- «dérable^ » Les donatistes disaient de même. A écouter leurs calomnies, plusieurs, dans la persécution, se faisaient emprisonner pour amasser de l'argent et profiter des jouissances dues à la charité des chrétiens '. Dans sa rigueur de montaniste, Tertullien s'irritait des soins pieux qui, disaityil, amollissaient le martyr, et le portaient, en l'énervant, à la faiblesse plutôt qu'à la constance.

Si Ton fait largement la part de ses exagérations et de ses colères, il est intéressant de suivre, avec l'illustre africain, les dernières phases du sacrifice sanglant qu'acceptèrent tant de fidèles. C'est dans son livre Du jeûne que ce grand esprit^ si tristement tombé, nous montre, en même temps que le martyr puisant ses forces dans les maux qu'il accepte, le spectacle d'un chrétien amolli par les soins dont on l'a entouré et perdant ainsi l'honneur de confesser le Christ. La pratique du jeûne, dit Tertullien, c'est la rude école où doit se préparer le fidèle. « Voilà comment on s'endurcit à la prison, « à la faim^ à la soif, aux privations et aux angoisses ; voilà « comment le martyr sortira du cachot, tel qu'il y est entré, « n'y rencontrant point des douleurs inconnues, mais ses « macérations de chaque jour ; certain de vaincre dans le « combat, parce qu'il a tué sa chair et que sur lui les tourte ments ne trouveront point à mordre. Son épiderme desséché « lui sera comme une cuirasse, les ongles de fer y glisseront

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