‹ Les persécuteurs et les martyrs aux premiers siècles de notre èreChapitre 119 sur 307 · CHAPITRE XII · texte numérisé non relu

CHAPITRE XII

L'apostasie

Une lettre de saint Denys d'Alexandrie, écrite au temps de Décius, nous montre Tapostasie sous ses formes diverses : facilement consentie ou longuement disputée. « Quand parut l'édit de Tempereur, Tépouvante, dit-il, fut extrême. Beaucoup de ceux qui occupaient à Alexandrie le premier rang accoururent frappés de terreur. Les hommes revêtus d*emplois publics vinrent où les appelaient les devoirs de leurs charges. D'autres^ amenés par leurs familiers, par leurs proches, et personnellement cités, s'approchèrent des autels maudits. Quelques-uns, pâles, tremblants^ semblaient être plutôt des victimes que des gens venus pour sacrifier. La foule raillait ces malheureux qui ne savaient trouver ni la résolution de se soumettre, ni le courage de mourir. Il en était qui couraient aux idoles, jurant avec audace que jamais ils n'avaient été chrétiens. Il en était qui s'enfuyaient et dont quelques-uns étaient repris. Plusieurs de ces derniers supportaient pendant quelques jours les misères de Temprisonnement, puis abjuraient avant même d'être conduits devant le juge. On en voyait qui, courageux d'abord au milieu des tortures, fléchissaient sous la menace de nouveaux supplices ^ »

i. Euseb. Hi$L eccL L. VI, c. xu.

Cent fois inébranlables devaient être ceux qui résistaient jusqu'à la dernière heure, car, à la violence des tourments, les païens savaient joindre d'autres angoisses. On faisait venir au tribunal, sous les yeux du chrétien, sa femme, ses enfants, ses parents éplorés et, devant le désespoir de ces Atrcs chéris, plus d'un sentit fléchir son âme *. A cette épreuve venait souvent s'ajouter des essais de tromperie ; lorsqu'on ne pouvait montrer au chrétien un apostat sacrifiant aux Dieux, on lui af&rmait faussement que ses frères avaient faibli ^

Parfois le juge tentait d'autres voies ; il adoucissait sa parole, il multipliait les promesses et feignait de plaindre l'accusé, « aie pitié de son âge, » disait-on aux jeunes gens ainsi qu'aux vieillards ^ Puis venaient des exhortations dont quelques-unes, je le noterai ailleurs, ne faisait qu'affermir le chrétien en lui rappelant les commandements du Maître : « Songe à toi-même ; sauve ta vie ; garde-toi de la mort ; évite les supplices*. » Comme le firent plus tard les Ariens, on insinuait à Taccusé qu'il ne saurait être coupable d'obéir par contrainte*. « Quel mal vois-tu à sacrifier pour sauver tes jours, à saluer du nom de Seigneur l'empereur qui est notre maître*. »

A qui voulait montrer quelque semblant de soumission, les juges étaient d'ailleurs faciles. Chez des hommes pour qui l'accomplissement matériel des cérémonies avait une importance si haute', le sentiment intérieur de celui qui s'y sou-

1. Paëêio ê. Irenœij § 4 (Acta sincera, p. 403) ; S. Au^ust. Sermo CCLXXXIV, lu natali martyrum Mariani et Jacobi, § 2.

2. Passio s, Pioniif § 20 ; Acla dispulaiionis s, Achatii, § 4 {Acta sincera, p. 150 et 154). Victor Vitensis, Persec. vandal, V, xiv ; Acta ss, Theodutfi et Agapiti, § 7 (BoUand. 4 april.).

3. Euseb. Uisl. eccl. IV, xv ; Mort, Patœst. X ; Episl. Smym, EccL de martyrio 8. Polycarpiy § 2 ; Acta ss. Marciani et Nicandri, § 1 [Acta sincera^ p. 40 et 551).

Page 1