Blatth. X
ce n'est point renier le Christ*. Parmi les hommes qui, pour sauver leur vie, sacrifiaient aux idoles^ il en était qui espéraient effacer leur faute en reportant, par Tintention, cet hommage au vrai Dieu ; tels étaient ceux qui, forcés d'invoquer des lèvres le nom de Jupiter^ avaient au cœur celui du Très-Haut*; tels étaient, un siècle plus tard, les chrétiens d'Arménie qui, sommés d'adorer le Soleil^ adressaient mentalement leur prière à Dieu « Soleil de Téternelle justice*. » De ces protestations intimes, il est plus près de nous cl presque de nos jours dans l'histoire des persécutions subies par les fidèles de l'Extrême Orient. Des convertis que l'exercice d'une charge publique contraignait de sacrifier à une idole chinoise, tenaient entre leurs mains ou cachaient entre les fleurs de l'autel une croix et dirigeaient vers elle leurs génuflexions et leurs hommages \ Alors qu'aux temps antiques, des chrétiens devaient se courber devant les faux dieux, n'en fut-il pas de même pour ces signes secrets, pour ces poissons d'agate que nos pères portaient sous leurs vêtements et qui étaient le symbole du Christ?
Mille moyens étaient cherchés pour échapper à la pression des païens. On achetait à prix d'argent la faveur de n'être pas inquiété *; au lieu de cette renonciation écrite qu'à l'heure du jugement dernier des anges accusateurs produiraient devant le tribunal de Dieu^ on obtenait de ne remettre au magistrat que quelques lignes insignifiantes ^; pour se soustraire, au moins de sa personne, à la douleur de renier le Christ, on faisait sacrifier à sa place ou un païen ou quelque esclave parfois chrétien lui-même et désespéré d'obéir '; ainsi que l'avait fait David menacé par Saiil en fureur, on feignait
!. Tertull. Scorpiace, § 9.
2. Origen. Exhorl. ad martyr. § 46 ; Contra CeUum, L. I, p. 24.
3. Elisée Vartabed, Soulèvement national de f Arménie chrétienne au K» siècle^
4. Documenta controversiarum Missionnarium imperii sinici^ p. 9.
5^ S. ' exandriDus, Epistola canonica^ c. XII ; S. Cypr. Epist, LU,
' c )e idololatria, c. XXIII.
d'être frappé par une attaque dVpilepsie'. Dans son livre De Officiis, Cicéron examine longuement ce que peut valoir un consentement arraché par un ennemi sans foi ; est-ce s engager que de le faire sous le coup des violences, lorsque la volonté n'est pas d'accord avec la bouche * ? Tel n'était pas chez les chrétiens le sentiment du plus grand nombre, et plus d'un se croyait impeccable tout en cédant de fait aux juges païens. A ces hommes^ à de plus faibles encore, TEglise ne refusait pas la pénitence', mais la communauté chrétienne gardait son admiration et son culte pour ceux qui disaient, avec saint Gordien : « Le Christ m'a donné la parole « et ma bouche ne peut rien proférer contre celui qui l'a « créée*. »
Une malédiction proférée contre le Seigneur était, dès le temps de Trajan, de Marc Âurèle^ Tune des formes de la renonciation exigée ^. On la voulait dite à haute voix^ afin que le peuple pût l'entendre ; d'autres fois, c'était une acclamation en l'honneur des faux dieux ' ou du génie du prince \ une renonciation écrite', une formule sacramentelle répétée mot pour mot après celui qui la dictait*. Les chrétiens vaincus par la terreur devaient venir au capitole de leur ville, la tête voilée et couronnée **; ils s'avançaient pâles et défaits au milieu d'une foule ennemie* * ; arrivés près des autels païens, il leur fallait sacrifier et accepter des viandes immolées^ ces
!. Ibid. c. V.