‹ Les persécuteurs et les martyrs aux premiers siècles de notre èreChapitre 127 sur 307 · Bpist, LIV § 4, ad Comelium, De pace lapais danda · texte numérisé non relu

Bpist, LIV § 4, ad Comelium, De pace lapais danda

\:\2 LA FUITK

sur une montagne d'où il apercevait un grand troupeau de brebis ; au milieu d'elles étaient deux chaudières bouillantes dans lesquelles on les précipitait après les avoir égorgées, et tout le troupeau fut détruit. Un autre chrétien dit: J'ai vu sur la montagne de Ziqua un personnage de taille gigantesque et qui criait à sa droite et à sa gauche : « Fuyez ! Fuyez ! ' » N'était-ce point un envoyé du Christ, le Christ lui-même répétant les paroles qu'il avait dites à ses disciples : « Lors- « qu'on vous persécutera dans une ville, retirez vous dans « une autre * ».

Pour ceux que la tempête venait surprendre et qui voulaient garder la foi chrétienne, trois voies étaient ouvertes: pour les hommes sans peur, le martyre ; pour d'autres, la fuite ou l'achat du repos à prix d'argent. Contre ces derniers, TertuUien s'emporte avec sa rigueur ordinaire. « C'est aux Apôtres, et ce n'est point à nous, dit-il, que le Seigneura commandé de fuir de ville en ville ; la retraite ne vaut guère mieux que l'apostasie. Payer pour ne pas être livré au juge, en croyant se couvrir par la parole : « Faites-vous des amis de Mammon » (Luc. XVI, 19), c'est se refuser lâchement au sacrifice, c'est se rendre complice des vils agents qui vont tendant la main, c'est s'abaisser au rangdes voleurs, des joueurs, des entremetteurs qu'ils rançonnent ». Puis proclamant, comme on le faisait alors, l'infériorité chrétienne (lu riche ^ il répèle avec le Seigneur : « Bienheureux sont les pauvres, car le royaume des cieuxleur appartient » ; ceux-là, dit-il, ne sauraient se racheter, car ils ne peuvent payer qu'avec leur sang* ».

Tel n'était point le sentiment de tous. De grands chrétiens, des martyrs mêmes considéraient la fuite comme un acte d'obéissance à Dieu : Saint Genesius d'Arles, saint Quirinus, sainte lulitta et tant d'autres, invoquant les paroles du Christ

I. Victor \'iten:5i<, Uisloria persecufionis vandalicœ. L. !1, C. VI.

± Matlh. X, 23.

:{. Voir ci -dessin chapitre IV.

'». De l'uga in pevsccutione, C. IV, XII, XIII ; Ad uxorem^ Lib. I. C. 3.

DEVANT LA PERSÉCUTION i:;»

et de saint Paul •/Origène *, saint Jean Chrysostorae % saint Gyprien aux yeux duquel celui qui renonce à tout pour sauvegarder sa foi est « un bon soldat du Seigneur » \ saint Pierre d'Alexandrie qui loue le sacriBce de ceux qui s'exilent ou qui achèlent à prix d'or la permission de vivre en paix\

TertuUien, si sévère envers ceux qui fuyaient devant les persécuteurs, ne nous dit pas ce qu'un tel acte leur coûtait d'afflictions et de souffrances. Pour eux, le premier des sacrifices était l'abandon de leur pays, de leur maison, de leur famille^ de leurs biens que confisquait la loi romaine \ Puis commençait une vie haletante et pourchassée. Inscrits sur la liste des criminels, les chrétiens étaient recherchés par la force publique * ; il leur fallait errer de retraite en retraite, vivre dans les lieux déserts, les monts, les forêts, les cavernes qu'ils jonchaient de leurs cadavres; endurer le froid, la faim, la soif, la maladie, se garder de l'assaut des brigands, des bétes sauvages, de la poursuite des païens, de la main des barbares toujours en quête d'esclavesj. Au premier rang des victorieux s'éle-

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