‹ Les persécuteurs et les martyrs aux premiers siècles de notre èreChapitre 145 sur 307 · Apolog. c. V · texte numérisé non relu

Apolog. c. V

DANS LE SYSTÈME DES POlIRSllTES 16î>

martyrs mettent le plus souvent sous nos yeux. Une dénonciation anonyme saisit Pline d'une affaire d'espèce nouvelle : des gens sont accusés d'être chrétiens ; il les appelle et les interroge ; sur un aveu qu'il leur fait renouveler à plusieurs reprises, il les condamne pour désobéissance aux lois ' ; quelques-uns, citoyens romains, sont réservés pour être envoyés à Rome. Aucune contrainte, nous le voyons, n*est exercée sur eux pour les faire abjurer; ils sont chrétiens, ils doivent périr ; la torture qui jouera plus tard un si grand rôle dans les procès des saints, n'est appliquée qu'à deux filles esclaves et pour leur faire révéler les pratiques de l'association incriminée. La marche suivie est toute du droit commun : punition de ceux qui refusent d obéir ; envoi des citoyens à Rome, comme au temps de saint Paul, torture appliquée aux soûls esclaves et dans le seul but d'arracher des aveux, voilà le détail du procès et l'empereur approuve, dans sa réponse, la conduite de l'affaire. Un seul point a déplu au grand cœur de Trajan : la dénonciation était anonyme. Cela, dit-il, est de mauvais exemple et tout à fait indigne de notre âge ; les chrétiens ne doivent pas être recherchés; mais, s'ils sont accusés ouvertement et convaincus, il faut les punir.

Telle est la règle demeurée en vigueur au temps de Tertullien qui en discute le principe et Tatlaque avec sa verve accoutumée. Mais une grande iniquité avait alors pris place dans les procès des martyrs. « Vous violez contre nous, écrit-il, toutes les formes de l'instruction criminelle. Vous torturez les autres accusés pour leur arracher un aveu ; les chrétiens seuls sont mis à la question pour leur faire nier ce qu'ils confessent à grands cris '. »

Comment et quand s'est introduit ce moyen de contrainte que ne mentionnent ni la lettre de Pline^ ni la réponse de Trajan*. Je ne saurais le dire. Tout ce que je puis noter ici,

1. « Neque enim dubitabam qualecumque esset quod faterenturt pervicaeiam certe et iofleubilem obstinationem debere puniri. »

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