‹ Les persécuteurs et les martyrs aux premiers siècles de notre èreChapitre 180 sur 307 · Inst. divin. ^ II · texte numérisé non relu

Inst. divin. ^ II

par une image réelle cette parole mystique*. L'homme doit respecter dans son être l'hôte divin qui Tennoblit et ne pas souiller la demeure où TEsprit-Saint a daigné descendre. L'homicide, l'idolâtrie, la fraude, Tapostasie, le blasphème, l'adultère, Timpureté constituent d'irrémissibles violations du « temple de Dieu *. »

Chercher, dans cette persuasion même, un moyen d'action contre les chrétiennes, ajouter à l'horreur de la violence subie la crainte d'être, par une souillure, séparées de l'époux céleste, telle était, me paralt-il, la visée des païens et, bien que des Acta suspects soient seuls à le montrer, je n'hésite pas à m'incliner devant la concordance et l'absolue netteté de leur témoignage.

Trois documents tirés des procès des martyres peuvent être invoqués à ce sujet.

« Où est le temple de ton Christ, demande le juge à sainte Sérapie, et quel sacrifice lui offres-tu ?» — a C'est ma pureté, dit la chrétienne, c'est mon zèle à faire croire en lui. » — « Ainsi donc, tu es toi-même le temple de ton Dieu? » — Sérapie répond : « Si, par son secours, je demeure pure, je suis son temple, car il est écrit : Vous êtes les temples du Dieu vivant et l'Esprit-Saint habite en vous. » — « Si donc on te viole, poursuit le païen, tu cesseras d'être le temple de ton Dieu. » — « Il est écrit », dit la martyre menaçante à son tour : « Dieu perdra celui qui violera son temple'. »

Dans une autre relation, même trait, même échange de pensées. Â sainte Seconde qui vante la gloire de la virginité, le préfet dit : « Et si on te l'enlève par force, que feras-tu avec ton Christ? » — « C'est l'innocence du cœur qui nous fait vierges, répond la sainte ; le consentement au mal peut seul faire

1. Marangoni, Acta s, Victorini^ p. 102 ; De Rossi, Roma sotterranea^ t. II, p. 323.

2. Tertull., De pudicilia, XIX ; S. Cyrill., Calech. IV, 63 ; cf. Epicleli DisserlationeSf II, 8.

3. Passio ss. Serapiœ et Sabinas^ § 4 (Bolland., 29 aug.). cf. I, Cor,^ III 16 et 17.

perdre la pureté. La violence implique le martyre et le martyre nous prépare la palme*. »

Une troisième scène du tribunal nous montre plus complètement encore renchaînemeiit de l'idée chrétienne. Au juge qui lui dit que les tourments la feront taire, sainte Lucie répond hardiment : « On n'arrête pas la parole de Dieu. » — « Tu es donc Dieu ? », lui dit le juge. — « Je suis sa servante et ma parole a été la sienne, car il est écrit : Ce ne sera pas vous qui parlerez devant les magistrats ; mon Esprit-Saint s'exprimera par votre bouche. » — « Ainsi donc, c'est l'Esprit- Saint lui-même qui parle en toi? » — Lucie répond: « L'Apôtre l'a dit : Ceux qui vivent chastement sont le temple du Seigneur et l'Esprit divin habite en eux. » — « Je vais te faire jeter au lupanar et, lorsque tu auras été souillée, TEsprit- Saint t'abandonnera*. »

Telle fut, selon moi, la pensée qui inspira aux païens une violence infâme ; mais, sur ce point comme sur tant d'autres, comme l'atteste l'histoire des martyrs, tous les magistrats n'épuisèrent pas les mesures extrêmes et je crois téméraire d'écrire, comme on Ta fait, que celle dont je parle ait été mise en œuvre contre toutes les vierges chrétiennes. Du caractère des juges, dit Lactance, dépendit leur degré de rigueur^ et plus d'un d'entr'eux, nous le savons, s'efforça d'épargner, de sauver les fidèles *.

Descendus au dernier degré de l'infamie dans la violence, les gentils n'avaient point fait un pas vers la victoire impatiemment souhaitée ; une résignation inébranlable % l'espoir

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