‹ Les persécuteurs et les martyrs aux premiers siècles de notre èreChapitre 183 sur 307 · CHAPITRE XIX · texte numérisé non relu

CHAPITRE XIX

La torture

Je viens de toucher aux questions que soulève l'emploi de la torture ; on me permettra de revenir en quelques mots sur ce sujet.

En expliquant au peuple assemblé un passage des Psaumes^ saint Augustin distingue deux parts dans Thistoire des persécutions. « D*abord, dit-il, les princes de ce monde croyant c pouvoir faire disparaître par la violence le nom du Christ « et celui des fidèles, ont ordonné de mettre à mort ceux qui « se déclareraient chrétiens. Or, écoutez ce qui advint enc( suite. Quand nos ennemis virent la foule se précipiter au « martyre et le nombre des croyants augmenter avec celui « des victimes, ils se dirent : « Si nous les tuons tous, ce sera « dépeupler la terre. • Après donc avoir ordonné la mort de « ceux qui se confesseraient chrétiens , ils décrétèrent : n Quiconque Taura fait sera torturé, et il subira les tourments « jusqu'à ce qu'il ait renié le Christ ^ »

Quand se produisit ce changement dans les ordres donnés

1. In Psalm, XC enarratio^ Sermo I, § 8. Cf. Terlull. Ad Scapulam, § 4 : « Sed nunc a prœside Legionis et a prseside Mauritaniœ vexatur hoc nomen ehrif tianoram) sed gladio tenus, sicut et a primordio mandatum est animad- 9êrH in hyju$modU »

aux magistrats ? Quand leur fut-il prescrit d'employer la torture, non plus suivant les règles du droit commun^ c'està-dire comme un moyen d'enquête, mais pour contraindre i lapostasie ? C'est là un point qu*eût éclairé sans doute le livre où Ulpien avait réuni les rescrits impériaux déterminant les supplices que devaient subir les adorateurs du vrai Dieu K

 défaut de ce recueil, par malheur disparu, la question me semble des plus troubles ; mais si Ton ne peut espérer la résoudre, du moins ne sera-t-il pas inutile d'interroger, à cet égard, les quelques documents qui nous sont parvenus.

En référant à l'empereur de la procédure suivie contre les chrétiens de la Bithynie, Pline lui parle de plusieurs fidèles qu'il a fait mettre à mort, d'autres qui, comme citoyens romains, ont été envoyés au prince pour être soumis à son jugement ; de la torture, il n'est rien dit, si ce n'est que, suivant la coutume, elle a été appliquée à deux femmes esclaves et afin de connaître ce qui se passait dans la communauté chrétienne ^ 11 n'en est rien dit dans les Actes des martyrs Scillitains décapités en ^80^ ni dans la touchante Passio de sainte Perpétue et de ses compagnons, qui périrent pour le Christ en Tannée 202 *.

C'est plus tard que se montre couramment l'emploi de la torture pour contraindre à apostasier. Minutius Félix, Tertullien reprochent alors aux juges, comme le fera plus tard saint Cyprien, un telle dérogation aux principes de la justice criminelle. (( Vous torturez, disent-ils, non pour obtenir l'aveu de quelque forfait caché, mais pour arracher un mensonge à qui dit vrai en se confessant chrétien ^ » Tertullien va pins

Page 1