LA CONDAMNATION AUX BÊTES FÉROCES
Autre chose était pour les condamnés d'être livrés aux bêtes féroces, liés à un poteau dans le cirque; autre chose était de pouvoir les attendre lefer àlamain. Pour les premiers, la mort était certaine, car les gladiateurs égorgeaient ceux que les fauves avaient épargnés ou seulement blessés *. Une chance de salut restait aux combattants assez heureux pour vaincre leurs terribles adversaires. C'est de ceux-là que parle un texte autrement incompréhensible, puisqu'il présente comme inférieure au summum supplicium ladalio ad besiias: « Quicumque nummos aureos partim raserint, parlim tiii- « xerint vel finxerint, si quidem liberi sunt ad bestias dari,
1. Mefl chapitres XIV, XVIH, et ci-dessous, p. 224. Aux traits merveilleux que je signale, il faut joindre une mention consignée dans Thistoirc de saint Polyrarpe mort sur le bûcher. On y lit qu'au lieu de l'affreuse odeur de chair brûlée dont il est parlé dans le célèbre martyre de Lyon (Euseb. Ilisi. eccles. ]j. V, c. ï), un parfum exquis, une délicieuse senteur d'encens et de myrrhe .«e répandit autour du saint. « Peut-être » dit M. Renan, « les sarments et les bois légers y furent-ils pour quelque chose ». (L'Eglise chrétienne^ p. 460). Ci'est là, j<.' crois trop se réduire à la recherche d'une explication matérielle. Je ne saurais voir, dans la mention de cette merveille, qu'une autre marque de la tendance des chrétiens à présenter, à voiler sous de riantes couleurs les détails répugnants ou tristes. ^Cf. ci-dessous p. 248, 249). C'est par un même amour pour de gracieux tableaux que le narrateur poursuit en nous montrant l'âme du martyr s'échappant de son corps sous la forme d'une colombe. {Ecclesiae Smyrn. Epist, de martyrio s. Polycarpif § 15 et i6. Ada sincera, p. 43 ; cf. p. 35).
2. Passio 8, PerpetusBy § 21. Euseb. Mart. PataesL^ C. XI ; cf. Tacit. Hisior. L. II, c. LXI.
« si ser\'î, summo suppHcio affici debent »\ In ludum vena^ torium damnari^ in ludum venatorium dari, ad pugnam besiiarum datus, telles sont les expressions qui désignent les hommes condamnés à combattre les animaux féroces', et dont les plus vigoureux, les plus adroits étaient envoyés à Rome pour le divertissement du peuple ^.
Plus effroyable encore était le sort de ceux qui, je le répète, liésdansTamphitéàtreàun poteau surune estrade, m /?o;i/e, 5W- ]9er/>tf//îî7wm*,n*avaienlpasmènicrespoirdesedéfendre. Ainsi en fut-il pour un secrétaire de TempereurAurélien, Mnestheus, « qui surrectus ad stipitem bestiis objectus est » \ Si, comme on Ta pensé, les mots objici, objectus^ s'appliquent à ceux qui ont été livrés ainsi aux bétes du cirque, sans armes ' et parfois même, parait-il, inhumainement blessés à Tavance^ tel aurait été le supplice des parricides % des assassins •, des séditieux *°, de certains prisonniers de guerre contre lesquels la fureur était ardente : le Boïen Mariccus **, les deux rois francs que Constantin fit déchirer sous ses yeux ^^ et quelques captifs Isauriens dont Ammien Marcellin raconte lamorf .
Ainsi périssaient les grands coupables, ceux pour les crimes desquels la décollation semblait ôtre une peine trop douce**; ainsi moururent de nombreux martyrs: à Lyon,
1. L. 8, De legc Cornelia de falsii^ (Digesl^ L. XLVIIL tit. x).
2. L. 8, § Il et 12, De pœnis [Ibid. L. XLVIII, tit. xix); AulugelL L. V.