Peristeph, Hynin. III, s. Eulalise, v
poitrine et mettre fin à son supplice '. Après Tàge des persécutions, je retrouve encore la même croyance à ce moyea d appeler la mort : « Un miracle parmi tant d'autres^ dit saiot « Chrysostome, s*est produit quand les trois jeunes hébreux « ont été jeté dans la fournaise ; c*est qu'ils ont pu y parier « sans mourir ; car personne, ajoute-t-il, n'ignore que Ion « résiste un moment à la flamme si Ton ferme les lèvres, mais « Tàme s'envole dès qu'on les ouvre *. »
Je viens de dire l'art abominalbc avec lequel les persécuteurs s'ingéniaient à prolonger l'agonie de leurs victimes. A cet égard, comme pour la croyance au moyen de hâter la mort sur le bûcher, un passage du Talmud de Babylonc trouve naturellement ici sa place. G est un texte sur lequel mon savant confrère, M. Derenbourg, m'a fait Thonneur de me consulter et dont l'explication se trouve dans ceux-là même que je viens de réunir. Le trait qu'ils relatent nous reporte aux derniers jours du règne d'Hadrien, lorsqu'après la prise de Bettaz, les écoles rabbiniques furent fermées et Télude de la Loi interdite. « En revenant (de Tenterrement de R. Jôs(^ bon Kismà), les autorités romaines virent R. Haninà ben Teradiôn assis et occupé de l'étude de la Loi. Il se trouvait avec beaucoup de gens et un rouleau de la Loi était dans son sein. On Tenimena, puis l'enveloppant dans le rouleau, on l'entoura de sarments et on y mit le feu. Des flocons de laine trempés dans Tenu furent placés du côté de son cœur, afin qu'il n'expirât pas trop vite. Sa fille lui dit: « Mon « père, devais-je te voir ainsi? » — « Sij'avais été brûlé seul, « répondit lianînà, je me serais mal résigné ; mais, puisque ff l'on brûle avec moi le rouleau de la Loi, celui qui punira « cette ofi'ense punira de môme, je le sais, le mal qui m'est « fait. » Puis ses disciples lui dirent : « Que vois-tu ? » — « Je vois, dit Ilaninâ, les peaux se consumer et les caractères
\, Prudent. Hymn. H, s. Laurentii, v. 333-348; Euseb. Mari
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LES GRANDS SUPPLICES 2il
« qui y sont tracés voler en Tair. » Ils reprirent : « Eh bien, w ouvre la bouche, pour que la flamme y entre également. » « — ♦< Mieux vaut, répliqua le maître, que l'auteur de la vie « nous la reprenne. » Le bourreau dit alors : « Mon maître, « me promets-tu la vie future si j*enlève de ton cœur les « étoupes de laine? » — « Je te la promets. >; — « Jure-le « moi ! » Le supplicié prêta serment. Le bourreau fit ce qu'il avait promis et aussitôt le Rabbi expira. Le bourreau se précipita dans le feu et on entendit une voix céleste disant : « R. Hanînà ben Teradiôn et son bourreau sont prêts pour le « monde futur \ >
Un mot encore sur ce supplice du feu que bravèrent tant de fidèles. Aux mentions qu'en font si souvent Tertullien, Minutius Felix^ saint Cyprien, aucun fait merveilleux ne se mêle. Pour ces hommes, contemporains des premières persécutions; le sacrifice des chrétiens s'est entièrement accompli*. Il en est ainsi dans les Actes les plus dignes de confiance : ceux des saints Polycarpe, Pionius, Fructueux, de sainte Afra, qui tous furent brûlés vifs ^ Pour voir, chez les bagiographes , les iidèles miraculeusement sauvés des flammes, il faut descendre jusqu'au temps où Eusèbe, dont je texte, je dois le dire, me laisse sur ce point quelques doutes, aurait parlé, comme plus tard Prudence, du bûcher de saint Romain noyé par des torrents de pluie*, jusqu'à Tàge où des narrateurs de seconde main paraphrasèrent au gré de leur fantaisie; l'histoire des combats pour le Christ ^
«. Talmtid de Babylone, Traité Abôdah-Zàrâh, f» 18 A.
2. TerluU. Apolog. c. L ; Ad Scapulam, § 5 ; De spectaculis, c. xxx ; De aninuL, c. I ; Minut. Félix, c. xii ; S. Cyprian. De lapsis^ § 13 ; Epist, XXXV, ad clerum et plebem.
3. De martyrio s. Polycarpi Ecclesiœ Smijmensis epistola, § 15 ; Passio s. Pionii, § 21 ; Acla s. Fructuosi, § 4 ; Passio s, Afrœ, § 3 {Acta sincera, p. 43, 150, 221, 456).
4. Prudent. Hymn, X, s. Romani, v. 856-865. Dans son traité De resun^ec- Hone et ascensione (Lib. U, p. 94, éd. de Sirmond), Eusèbe parle bien, comme le fera Prudence, de l'orage empochant te supplice de saint Romain ; mais il o*eD dit rien dans le chapitre consacré à ce martyr dans son livre historique De marlyribus PalœsUnœ (ch. H). C'est là une dissemblance que je ne puis m*expliquer.
5. Acta 8, Dominiez, § 18, 19 (Acta sanctonim, T. II jul. p. 276).
Il en est de môme pour la plupart d'autres mentions de cette sorte : les vierges chrétiennes miraculeusement défendues contre Toutrage, les ténèbres fétides des cachots illuminées et embaumées par Tapparition d'un ange, les bétcs féroces s*inclinant caressantes devant les martyrs *. Les témoins des persécutions, ceux du moins que n'ont pas emportés trop loin rimagination et Tenthousiasme, n'ont rien noté de ces traits si fréquents dans les écrits postérieurs au triomphe de rÉglise.