‹ Les persécuteurs et les martyrs aux premiers siècles de notre èreChapitre 225 sur 307 · SINE IMPEDIMENTO IN VITA REDIRE · texte numérisé non relu

SINE IMPEDIMENTO IN VITA REDIRE

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ET MORTVOS] '

Ainsi donc, dans la pensée de ceux que rappelait cette épitaphe, les cadavres privés de sépulture ou arrachés de leur tombe avant l'heure du jugement. dernier, n'avaient point part à la résurrection.

Plus d'un pourtant, parmi les Pères, s'était élevé contre une telle pensée. Nous l'avons vu pour notre Grégoire de Tours ; avant lui, Tatien, Athénagore, saint Chrysostome, saint Au-

l.LeA mots plac^^s ici entre crorbcts !>ont tirés du manuscrit de Peiresc. Deux copies informes de ce qui ro^tu aujourd'tiui de cette inscription ont été données par llovclli, Storia di Como, t. I, p. 329, et Allegranza, De sepulcris chrislianis in ledibas sacrit, p. ICti. IJue autre transcription de la partie existante du nion-jiiient se trouve dans l'intéressant recueil publié par M. Bei uasconi et intitulé : Le anliche lapidi cristiane di Como, Como, 1861, iu-8°, p. 29.

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guslln, s'étaient prononcés dans le même sens. Le défaut de sépulture, la destruction du cadavre, disaient-ils, sont chose indilTérente et n'empêchent pas la renaissance promise* ; mais renseignement même du saint évêque d'IIippone laissait quelque place au préjugé : « Les soins qu'on rend aux morts, « écrivait-il, témoignent de la foi en la résurrection. » Un lien commun s'établissait ainsi entre Tensevelissement et la renaissance future, et je doute qu'en lisant ces paroles tous les chrétiens aient su dégager, dans Tacte recommandé à la piété des survivants, Tintention purement symbolique de la raison d'être attribuée par la foule à la mise au tombeau.

Le petit nombre pouvait seul s'élever à des conceptions mystiques dont les rêves de Tascétisme dépassèrent plus tard la mesure. Au vi* siècle, en effet, des pénitents demandaient comme une grâce de ne pas être ensevelis ainsi qu'il convient à des hommes, mais jetés, comme des bêtes mortes, dans les champs ou dans le cours des fleuves*; vœu bizarre, quelquefois exaucé, et dans Texpression duquel Textrême humilité chrétienne et la forfanterie de Diogène le Cynique venaient se rencontrer et se confondre ^

Aux temps où me reporte mon étude, Theure de ces renoncements exaltés n'était pas encore venue ; les instincts de l'humanité guidaient les masses, et, chez le plus grand nombre des fidèles, les âmes restaient ouvertes aux anciennes terreurs. Les païens en avaient été frappés. La forme même des pratiques funéraires adoptées par l'Eglise appelait déjà d'ailleurs leur attention ; dans des temps, dans des lieux où l'incinération était exclusivement en usage, les chrétiens confiaient à la terre les restes de leurs morts. La formule DOMVS AF^TERNA,

1. Tatian. Oralio adversus Grœcos, § 6 ; Athenag. Deresurr. § 4 ; QusBsliones Grœcœ ad chrislianos^ § 15, à la suite des œuvres de saint Justin ; Job. Chrysost. HomiL in s. Drosid. § 6 ; S. Aug. De civ. Dei^ I, xii.

2. Joh. Ciimac. Scala paradisî^ Grad. v. éd. Paris. 1633, p. 123 : *Oîcy)vixa Ti; avT&v Èv xta TcavTt èOE(ûp£i eaurov toOto 5ià toO irposortcoTo; auTôw louTomei |uO* opxcov TÔv tisyav, toO (if, xaTa^ici>6f,vat aOtov oiv^pci>mviQc Taqpf,; * àXXà à/ôyou, ?) h Tw psiOpo) ToO 7ioTa(jLoO, 7^ év T(t> oiypco to?; QiQpioTç 7capafto6r;vai.

3. Diogen. Laert. Diogen. ïn fine : *Evtoi £é çaai TsXeux&vTi auxbv, xai (vTeîXaaOai axaf ov ^i^ai, co; nâv Oï)piov avxoO (uxàv^oi.

2v/t LES MAR-n'RS

si souvent gravée sur les tombes des gentils, avait fait place à une parole nouvelle : inscrit sur la couche mortuaire^ le mot DEPOSITIO proclamait que le fidèle y reposait en passant et que la tombe devait rendre un jour le dépôt qui lui avait été conlié*. Les païens en raillaient leurs adversaires. « Ils imaa ginent, disaient-ils, qu'ils renaîtront plus tard et que leurs « restes reprendront une nouvelle vie ; aussi répudient-ils le « bûcher et l'incinération des corps. — Vous vous trompez, <' leur répondait Minutius Félix; aucun mode de sépulture ne « saurait nous empêcher de renaître ; nous suivons, en inhn- « mant les morts, l'ancienne coutume, qui est la meilleure*. >» Mais cette réplique, sortie d'une bouche savante, n'était pas, nous venons de le voir, l'expression de la pensée commune. La terreur inspirée à la foule des fidèles par le défaut do sépulture, leur empressement à recueillir malgré d'immenses périls, à inhumer les restes des saints, étaient trop connus pour que la méchanceté païenne ne cherchât pas dans la destruction des cadavres un moyen d'intimidation. Le récit du grand martyre de Lyon nous en fournit la preuve. « Accablés d'où- « Iragcs sans nombre, dit la lettre transcrite par Eusëbe, les « restes des sainls furent exposés pendant six jours aux injures a de l'air; puis on les brûla, et leurs cendres furent jetées dans « le Rhône, afin que rien n'en subsistât plus. Les insensés « croyaient ainsi vaincre la volonté du Très-haut et priver les « martyrs de la résurrection ; tout espoir de renaissance serait, « disaient-ils, enlevé à ces hommes qui s'en encouragent et « introduisent dans l'empire une religion étrangère, méprisant « les tortures et courant joyeusement à la mort. Voyons s'ils « pourront ressusciter, si leur Dieu leur prêtera secours et les « arrachera de nos mains '. »

1. Deux épitaphes entr'autres, Tune païenne, l'autre chrétienne, montrent nettement ici Tantagonisme. La preirièrc se termine par ces paroles : HÂEC' DOM VS • AETERNA EST • HIC • SVM • SITVS • HIC • ERO • SEMPER {Olivieri, Marmara Pisaurentia, p.33\ tandis qu'on lit, sur ta seconde, cette paraphrase du mot si fréquent, rf^/)05i7io ; TEM PORALIS TIBI DATA REQVETIO (Marini, Arvali, p. 266) .

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