CHAPITRE XXIV
De quelques monuments antiques relatifs à la suite
des affaires criminelles
A côté des documents nombreux, livres juridiques^ textes littéraires, récits de martyres qui nous renseignent sur la conduite des affaires criminelles dans le monde romain, se placent un certain nombre de monuments d'art dignes d'être examinés à ce même point de vue. Des peintures murales, des miniatures, des ivoires, des marbres sculptés mettent sous nos yeux une large part des actes accomplis par ordre du magistrat armé du redoutable jus gladii. Ceux auxquels nous devons ces tableaux ont vu les scènes qu'ils retracent et, s'ils se sont souvent bornés à les reproduire en raccourci, les quelques renseignements qu'ils nous apportent n'en gardent pas moins toute la valeur d'un témoignage direct. C'est la série de ces images que je me suis proposé de réunir, en les accompagnant de notes sommaires.
Des bas-reliefs sculptés vers la fin du IV* siècle nous montrent d'abord l'arrestalion de plusieurs personnages : l'un, qui parait être saint Paul, a une corde passée au cou, bien qu'il n'oppose aucune résistance '. C'est lit une des premières marques de ces violences que, chez les vieux Romains, on exerçait contre les inculpés '.
Les monuments qui relraceiil des scènes de tribunal appartiennent à deux Ages différents. Le premier de tous est antérieur à l'an 79 ; les autres sont contemporains des premiers empereurs chrétiens. Je m'occuperai d'abord de la représentation la plus antique.
Une découverte récente nous a donné l'image d'ua tribunal tel qu'on le voyait avant la fin du i" siècle. A Fompci, dans la huitième région, on a retrouvé, en 1883, une fresque oh figure une scène rappelant celle du jugement de Salomon. Sur une large estrade carrée est assis un vieillard à longue barbe, tenant un sceptre : deux assesseurs siègent à ses cdtés. Derrière lui et à sa droite sont des gardes armés de lances ; au pied de l'estrade, tino femme à genoux tend les bras vers le juge el l'Implore; à la gauche, une autre femme tient sur un billot un enfant qu'un soldat va frapper d'un large couperet. Le tableau tout entier est traité en caricature : les tètes et les corps des personnages sont monstrueux et leurs membres fort grêles. On a discuté sur cette fresque qu'entourent des paysages représentant la vallée du Nil, avec pygmées, crocodiles et hippopotames, comme dans les peintures du columbarium de la villa Pam-