U0 LES MARTYRS DE L'EXTRÊME-ORIENT
qui m'a fourni les premiers éléments de ce travail; accusent tout d*abord la dissemblance \
Fidèles à leurs vieilles traditions, les peuples de l'Orient apportent dans les tortures, dans les exécutions capitales, une mesure de cruauté qui dépasse les plus atroces conceptions des Occidentaux. Les horribles albums de supplices qui nous viennent de ces pays lointains et dont nous détournons les yeux, sont chez eux chose de vente courante et se fabriquent par milliers. C'est à cette race impitoyable qu'appartient le supplice des cent plaies dans lequel Thomme, attaqué, déchiré de toutes parts, ne doit mourir que lentement, sous la main d'un bourreau habile. C'est leur imagination sauvage qui inventa de désarticuler successivement chaque membre de la victime ; le Lang-Tri ou « cruauté lente » tel est le nom de ce supplice dont le Code Annamite règle l'application *. Parfois, la mort revêtira chez ces peuples, une forme étrange. Abandonné au bras militaire, le martyr se place à genoux sur le sol ; des hommes d'armes, des chevaux, des éléphants de guerre forment autour de lui un large cercle. Au travers de chacune de ses oreilles une flèche est passée et demeure suspendue ; puis on lui mouille la face et l'on y jette do la poussière de chaux ; alors, au commandement donné par le porte-voix du mandarin, au signal sourd et vibrant du gong, commence un de ces combats simulés dont les peintures chinoises nous offrent souvent l'image. Des soldats passent et voltigent autour de la victime et chacun, en courant, lui décharge un coup de sabre. La mort viendra quand il plaira à Dieu. L'art suprême est de la faire attendre ^.
Avant que d'arriver à ce dernier acte du drame, le chrétien a dû subir d'incroyables tortures. On Ta bâtonnné, puis longuement souffleté avec la redoutable semelle de cuir dont
1. La Salle des martyrs du Séminaire des Missions étrangères, Paris, 1866, iD-12.
2. Aubaret, Code annamite, liv. III, secl. i. (T. 1 p. 93): « La trahison envers son propre pays ou la révolte contre Tautorité royale seront punies de la mort lento, saiii» distinction pour le principal coupable et pour ses complice$«. »
3. La Salle des martyrs du Séminaire des Missions étrangères, p. 238 et 318.
ET LES PERSÉCUTIONS ANTIQUES Ul
un seul coup met le visage en sang ; on Ta suspendu par la tète, par les mains, dans ia claie supérieure d'une cage dont ses pieds ne peuvent toucher la base. De lourdes chaînes rattachent par les extrémités, comme une bête dangereuse ; une cangue de bambou longue de trois mètres, passée à son cou dès l'heure de l'arrestation, meurtrit, ensanglante ses épaules et l'écrase de son poids insupportable ; on ne la retirera qu'au moment de la mort. L'esprit méchamment inventif des idolâtres a encore imaginé un supplice qui réclame, dans l'exécution, une adresse des plus accomplies ; c'est la courbure des os et, l'habileté consiste à les ployer en arc sans les briser.
Chez ces nations, l'extrême dureté s'accuse dès le bas-àg(». En Chine, au Tong-King, les têtes des chrétiens décapités servent de jouets à des enfants et, comme dans ces fresques de Pompei où Ton voit de petits génies s'amusant à s'effrayer entre eux avec de grands masques tragiques, de jeunes Tongkinois s'égayent à épouvanter les passants en leur montrant la tête d^un missionnaire \
Comme autrefois sous la main de Rome païenne, la rigueur des lois et des coutumes s'aggrave d'une haine folle contre le christianisme. Inventés par le besoin de nuire, acceptés par une stupide ignorance^ des bruits étranges circulent sur les fidèles. Ceux qui écoutent ces hommes, deviennent, dit-on, à jamais leurs esclaves ; si les étrangers recherchent des prosélytes, c'est pour en tirer profit * ; au moment même du baptême, l'àme du malheureux néophyte, soigneusement empaquetée^ est envoyée au dieu des barbares, « le Seigneur du ciel^ » qui l'achète et la paie ; quand meurt un indigène converti, les « Pères noirs » qui épient sa dernière heure, lui arrachent les yeux pour en tirer une liqueur qui leur