‹ Les persécuteurs et les martyrs aux premiers siècles de notre èreChapitre 306 sur 307 · Pontius, VUa a, Cyprianij · texte numérisé non relu

Pontius, VUa a, Cyprianij

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ordonne qu'il ail la tète tranchée. » Pendant qu'on le menait au supplice, Matthieu Gàm remarque que le crieur chargé, suivant Tusage, de proclamer la sentence, ne la lisait qu'à voix basse : « Parle haut, lui dit-il, pour que tout le monde t'entende ! i. » L'âme des grands év^^ques d'autrefois, Denys, Cyprien, était passée, en ce moment, dans le cœur de l'humble fidèle. La sentence d'ignominie qu'avaient voulu dicter les idolâtres, devenait un titre de gloire qu'on ne pouvait trop hautement faire entendre.

C'est ainsi que Tesprit des temps antiques reparaît à chaque instant, chez les chrétiens de nos jours, chez ceux qu'anime le souffle de Dieu. Une inspiration d'en haut, telle est, me répètent les missionnaires, le secret de pareilles rencontres entre les martyrs d'autrefois et les nouveaux apôtres du Christ. L'un d'eux, M. Bonnard, mort pour la foi, il y a quelques années, avait ressenti devant le tribunal Tassistance de l'Esprit-Saint. « Dans mes interrogatoires, « écrivait-il à son évêque, j'ai éprouvé, d'une manière très « visible, l'efficacité des paroles de Jésus-Christ à ses « disciples : « Ne vous inquiétez pas de ce que vous répondrez «aux princes de ce monde; TËsprit-Saint répondra par « votre bouche. » En ciïet, ajoute le saint prêtre, je n'éprou- « vais, devant le mandarin, aucun étonnement, aucune a crainte ; jamais je n'ai parlé annamite ni mieux, ni si « facilement ^ »

Dans ces pays lointains, le christianisme suit pas à pas les voies que le Seigneur lui traça dans notre hémisphère ; là aussi les enfants, les vierges acceptent le sanglant sacrifice : Annam, la Chine, le Japon, Corée ont leurs Perpétues, leurs Céciles, et leurs Agnès ; devant le supplice de leurs fils, des femmes trouvent la force qui anima la mère de saint Symphorien ; des épouses encouragent leurs maris à résister

'îa/Zc des martyrs, p. 322.

). 343 ; Acta s. Acacii, § 12 ; Acla s, Trophimi^ § 12 ; Acla s. Lucite^ d. 8 maii et 19 sept. Surius, 13 dcc). Cf. ci-dessus, chapitre XVU.

jusqu'à la mort '. A voir ces merveilles de notre croyance, la foule païenne s'étonne, admire et souvent môme s'émeut de la cruauté des magistrats. Déjà; comme au temps de saint Paul, la foi chrétienne a fait des prosélytes jusque dans le palais impérial ^

Aucune des voies douloureuses suivies par les anciens martyrs n'épouvante les missionnaires.

De même qu'eux et au prix de leur sang, nos prêtres doivent garder leurs frères de toute poursuite, de tout péril. « Quels « lieux avez-vous habités dans le pays? Chez qui avez-vous « reçu asile? Quels sont ceux qui, au mépris des lois, vous « ont écoutés et cachés? » Voilà ce que tout d'abord on leur demande, et les plus cruelles violences sont impuissantes à faire livrer les noms de ceux que voudraient atteindre les idolâtres. « Frappez, » disait au mandarin Jean Louis Bonnard, « frappez ; mais n'espérez pas m'arracher « un mot qui puisse nuire aux chrétiens. C'est pour faire du « bien à vos compatriotes et non pour leur faire du mal que a j'ai tout quitté en Europe. Je suis venu ici pour les servir « jusqu'à la* mort ^ ».

La torlure punit le plus souvent le généreux silence du missionnaire, el parfois même le dévouement à la sécurité des indigènes vient commander un plus grand effort. L'Eglise défend, dans sa prudence, de présumer de ses forces en se livrant de soi-même à la colère des persécuteurs. Telle a été, telle est la loi presque absolue enseignée par la bouche des grands docteurs et consacrée par les conciles. Si

1. Passio s. Symphoriani^ %1 ;Acla ss. Marciani el Nicandri, § 1 (Acla sincera, p. 82 et 552). La Salle des marlyrs, p. 58, 124, 182; Vie de Th. Vénard, p. 254.

2. Ep. ad Philipp.^ IV, 22 ; Libelles chinois conlre les chrétiens .

3. La Salle des martyrs^ p. 341 ; Vie de P. Dumoulin Borie^ p. 257» 258, 260 ; voir, pour un inr^me refus de compromettre les chrétiens, les Acla ss. Agapes^ Irenes, § 5 [Acla sincera^ p. 394.)

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le fidèle doit être inébranlable quand Dieu l'appelle à confesser son nom, il ne doit point affronter follement des épreuves qui dépasseront peut-être la mesure de sa constance*. Et cependant, pour les apôtres de rExtrême-Orient, cette règle doit parfois fléchir; quand la persécution va s'étendre sur une contrée, quand Tévôque juge que les chrétiens sont en péril et que le sacrifice d'un seul peut assurer le repos de tous, il appelle un de ses missionnaires et lui ordonne de se livrer, afin que la tourmente s'appaise. Trois français dont je trouve les noms dans les annales des Missions étrangères, Etienne Devant, Jean-Baptiste Delpont et Gabriel Dufresse ont accepté joyeusement un sacrifice inconnu à ces saints des anciens jours dont les nouveaux apôtres espèrent, disent-ils humblement, se montrer les dignes successeurs *.

Païens et chrétiens subissent l'ascendant de ces hommes sans crainte. J'ai montré, dans les tableaux peints de la main des artistes indigènes, les bourreaux s'ouvrant une blessure pour s'inoculer le courage en faisant passer dans leurs veines quelques gouttes d'un sang généreux. Un trait remarquable de ces images témoigne encore, sous une autre forme, du respect inspiré, dans ces contrées lointaines, par l'énergie des soldats de Dieu. Tandis que les apostats y figurent, devenus tout-à-coup petits et difformes dès qu'ils ont foulé aux pieds la croix, le martyr est représenté d'une taille supérieure à celle des autres hommes et déchiré par des bourreaux qui semblent de misérables pygmées s'acharnant sur le corps d'un géant impassible.

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