TRAITEMENT. — SORTIES
Il va de soi qu’il n’existe pas de traitement spécialement dirigé contre cette forme particulière de psychose dégénérative qu'on appelle la folie des querelles et des procès. Ce genre de malades, lorsque leur délire est confirmé, deviennent un fléau de famille et souvent un danger social. Leur séquestration s'impose donc comme une mesure nécessaire de sécurité. Mesure de précaution, l'isolement de la maison de santé, en extrayant le malade de son milieu habituel, constitue aussi le meilleur mode de traitement.
Et, à ce propos, qu’il nous soit permis d'ajouter, en ce qui concerne les aliénés criminels, que la solution la plus conforme aux données de la science et à l’intérêt public consisterait à les placer pour le temps nécessaire et avec les garanties médico-judiciaires légales dans l’un de ces asiles d’aliénés criminels dont certains pays, comme l'Écosse et l'Angleterre, sont depuis longtemps pourvus et que la majorité des spécialistes réclame en France comme un intermédiaire indispensable entre la prison et l'asile proprement dit. « Ainsi, dit le docteur Régis, cesseraient à tout jamais ces controverses et ces conflits qui divisent depuis tant d'années la science et la justice, controverses et conflits qui ont pour résultat, dans un siècle comme le nôtre, de livrer au dernier supplice un régicide aliéné, comme Guiteau, ou de le jeter à perpétuité,
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comme Passamante, dans une prison où il donne au monde le spectacle d’un forçat parvenu au dernier terme de la dégradation et de la démence (1). » (Régis.)
Les persécuteurs processifs réclament très fréquemment leur sortie quand ils sont internés dans une maison de santé ; ils adressent des réclamations à tous leurs parents et à toutes les autorités, et cela avec une si grande insistance que le médecin est souvent consulté sur la possibilité de leur mise en liberté. Quelle conduite devra tenir le médecin? Nous ne saurions mieux faire que de nous en rapporter aux sages conseils que donne à ce propos le D' Campagne dans son traité de la Manie Raisonnante (9). ,
« Obligé, nous dit cet aliéniste distingué, obligé de se prononcer carrément sur cette question, il réfléchit, il hésite, et nous avouerons volontiers que ses hésitations sont bien léoitimes. D'un côté, il sait pertinemment que ces aliénés ne sont pas en état de jouir longtemps de leur liberté, d'un autre côté, il sait que les personnes appelées auprès d’eux par affection, par intérêt ou par devoir, sont disposées à les croire raisonnables et à se joindre à ces infortunés pour se plaindre d’une séquestration réputée arbitraire. Dans cette singulière alternative, il subitune pression qui, ajoutée au vif désir qu'il a lui-même de se débarrasser d’un être tracassier, importun et mauvais sujet, finit par le décider à faire un certificat favorable à la sortie. Nous ne le blämons pas de prendre cette mesure qui, parfois, est un peu forcée, mais nous l'engagerons à résister autant que possible à toutes ces influences, et, dans tous les cas, nous lui conseillerons de chercher à mettre sa responsabilité à couvert...
» On le voit, notre opinion sur cette question est claire et
(1) Régis, Des régicides dans l’histoire et dans le présent. (In Revue
d'anthropologie criminelle, 1890, p. 33.)
(2) Campagne, Loc. cit., p. 386.
E nette au point de vue de la science, tandis qu’au point de vue de l'application, elle se ressent des idées regrettables répandues depuis quelque temps contre les asiles d’aliénés. Tout préjugé social, du moment qu’il est généralement accepté, a, en quelque sorte, force de vérité, surtout quand :il roule sur des points de première importance. Celui qui a trait aux séquestrations arbitraires, malgré son absurdité, est dans ce cas. Aussi pensons-nous que, sans partager cette erreur, l'homme de l’art doit en tenir compte dans les limites de sa conscience et de ses convictions. »