‹ Les persécutions et la critique moderneChapitre 16 sur 22 · CONCLUSION · texte numérisé non relu

CONCLUSION

leur faire rendre tous les renseignements qu'ils contenaient. Et en même temps qu'il ouvrait à la science l'immense perspective des catacombes, M. de Rossi créait pour ainsi dire l'épin-raphie chrétienne, tout à la fois en découvrant ses plus beaux textes et en lui donnant une chronologie, des règles, une méthode. La connaissance des siècles de persécution a été renouvelée par ces acquisitions d'une critique supérieure. Des découvertes moindres, mais d'une grande importance encore, ont accru ses trésors. Si la critique biffait impitoyablement des textes douteux, elle rendait plus sûre l'autorité des textes authentiques, en retrouvait des versions meilleures, parfois même découvrait des textes nouveaux, comme cet incomparable procès d'Apollonius, qu'on avait perdu avec le recueil de Passions formé par Eusebe, et que nous a rendu un manuscrit arménien (1). Si la critique effaçait des traits qui avaient longtemps faussé l'image vraie des siècles antiques, elle mettait en lumière des découvertes

(1) Voir Histoire de> persécutions pendant les deux premiers siècles, p. 4G6-nO.

qui font toucher du doigt, en quelque sorte, les temps où sévit la persécution, comme ces certificats de sacrifice donnés à des renégats de celle de Dèce qui ont été récemment déchiffrés en Egypte (1).

Je résume d'un mot les pages qu'on vient de lire. L'histoire des persécutions^ telle que la tradition nous l'avait transmise, s'est trouvée aux prises avec la critique moderne : celle-ci l'a examinée de près, et, si l'on peut dire, retournée dans tous les sens : elle a, sur plus d'un point, émondé une végétation parasite, arraché le lierre qui cachait les lignes simples et la belle nudité de l'arbre : mais, en définitive, ce qu'elle a enlevé à celui-ci de fausse et d'inutile parure, elle le lui a rendu en sève nouvelle, qui a garni le tronc de rameaux plus jeunes et plus forts. Il y a deux cents ans, le sévère Tillemont avait commencé l'œuvre de critique scrupuleuse et sagement destructive : le siècle qui vient de finir a continué cette œuvre, mais il l'a complétée, en remplaçant

(I) On trouvera la photograpliie d'un de ces papyrus dans Naoï'O BuUettino de archeoLogia c/'istiana, 1S05, pi. \'III. Voir le Christianisme et l'Empire romain, p. i>7, 2'JU-2!)7.

CO\CLL!SIO\ ('»!

chaque destruction par une acquisition nouvelle. Tillemont, Jean-Baptiste de Rossi, ces deux noms si dissemblables symbolisent, à mes yeux, le double travail de la critique sur l'histoire des persécutions, et, en général, sur toute l'histoire des premiers siècles chrétiens.

Page 1