‹ Les persécutions et la critique moderneChapitre 2 sur 22 · CHAPITRE PREMIER · texte numérisé non relu

CHAPITRE PREMIER

Exposé de la question.

En présence des variations, des brusques changements de front, de l'évolution continuelle de la critique, on se demande quelquefois avec inquiétude ce qu'il y a de solide dans l'histoire. A peine une conclusion a-t-elle été établie, et paraît-elle acceptée, de nouvelles découvertes ou de nouvelles hypothèses viennent la remettre en question. Personne n'a plus le droit de dire, comme l'abbé de Vertot : « Mon siège est fait. » Le siège est à recommencer chaque jour, ou plutôt l'édifice est à reconstruire sans cesse. S'il en est ainsi même de l'histoire moderne, dont il semble que tous les éléments se trouvent réunis sous nos yeux, à

plus forte raison cette instabilité se fait-elle sentir dans le domaine plus lointain de l'histoire ancienne. A la longue, elle pourrait devenir décourageante, et conduire au scepticisme, si l'on n'arrivait à discerner des points fixes que la critique essaierait en vain de remuer, et qui suffisent à empêcher le sol historique de se dissoudre en sables mouvants.

J'en ai fait souvent l'expérience en étudiant l'histoire des persécutions antiques. Rien de plus simple, à première vue, que le récit des persécutions dont l'Empire romain a, pendant près de trois siècles, accablé les chrétiens. Ce récit, le croyant ne se lasse pas de le relire avec admiration : l'incroyant l'écoute avec surprise et respect. Très légitimement, à son tour^ l'apologiste tire argument de la patience des martyrs, triomphant, contrairement aux vraisemblances et aux prévisions humaines, des forces réunies du monde paien. Ce serait, en effet, le plus paradoxal des rêves, si ce n'était la réalité môme de l'histoire. Quand on l'envisage dans son ensemble, cette histoire peut paraître inexplicable. Mais elle est si certaine

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