URANISME MODERNE
Etude sociale.
Il est absolument impossible de connaître exactement le nombre des uranistes ni le chiffre qu'ils représentent par rapport à la population entière. Les autorités mêmes ne peuvent nous donner sur ce point que des renseignements sans précision, car elles ne se trouvent en rapport qu'avec ceux des uranistes qui tombent sous l'application de la loi, c'est-à-dire avec ceux qui sont accusés d'outrages aux mœurs. Beaucoup d'autres par contre restent tout à fait inconnus et échappent entièrement à la police et aux tribunaux. D'après les chiffres que j'ai puisés à différentes sources, il y aurait à Berlin près de 4,000 hommes dont on peut acheter les faveurs, mais je crois ce nombre exagéré. Ce que je puis dire, c'est qu'à Berlin j'ai vu pour ma part 3 à 400 uranistes, et que j'ai entendu parler de 100 à 200 autres. D'après cela, il y aurait approximativement à Berlin, au moins 500 uranistes ; mais il est très probable que ce chiffre est au-dessous de la vérité. En tout cas il m'est impossible de dire s'il existe à Berlin 3,000 ou 10,000 uranistes ou même plus, ce qui ne me semble pas démontré.
Cette incertitude dans les chiffres provient de ce fait qu'un grand nombre d'individus atteints de ces tendances sexuelles
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maladives échappent à tout contrôle, et même au contrôle médical. Tel est le cas des enfants, qui, si l'on s'en rapporte aux biographies des uranistes, présentent en grand nombre des phénomènes de perversion sexuelle.
Dans certaines villes les uranistes indiquent combien ils en connaissent eux-mêmes. Ainsi, un uraniste m'a dit qu'à Magdeburg il en a connu 70 au moins ; mais il est probable que le nombre en est plus élevé. Il m'est difficile de dire si Furanisme est plus répandu dans les grandes villes que dans les petites et à la campagne plus qu'à la ville. La plupart des malades sur lesquels on possède des observations scientifiques ont toujours habité la ville plus ou moins longtemps ; mais il n'en ressort nullement que leur passion était le résultat du mauvais exemple. V. Krafft-Ebing nous donne également quelques renseignements sur le nombre des uranistes de certaines villes. Un de ses malades lui a dit qu'il connaissait 14 uranistes dans une ville de 13,000 habitants, et 80 dans une autre qui comptait, une population de 60,000 âmes. V. Krafft-Ebing ne met pas en doute la sincérité de son malade, mais il croit qu'il ne différencie pas suffisamment Furanisme congénital et Furanisme acquis.
D'après Ulrichs (Gladius Furens, Cassel, 1868), il y avait à cette époque 25,000 uranistes adultes en Allemagne, dont 10 à 12,000 vivant en Prusse et 500 à 1000 habitant Berlin. En moyenne il compte un uraniste sur 2,000 âmes ou 500 hommes. Ulrichs était lui-même uraniste et tous ses travaux en gardent le reflet ; mais il est évident que, relativement au nombre des jranistes, il devait avoir plutôt une tendance à le diminuer \\xk l'exagérer.
D'une façon générale il ne faut pas prendre à la lettre tout ;e que les uranistes racontent. Un grand nombre d'entre eux sont plutôt portés à exagérer les chiffres. J'en connais qui, sur trois personnes, et même sur deux, trouvent toujours un
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uraniste, et qui font des récits fantaisistes sur leurs relations sexuelles. Ce sont de préférence les personnes en vue que les uranistes revendiquent comme étant des leurs, en sorte qu'il faut procéder avec la plus grande prudence quand il s'agit de contrôler les assertions.
Tout comme l'amour de l'homme pour la femme, l'inversion sexuelle n'est le privilège d'aucune classe et se rencontre à tous les degrés de l'échelle sociale. Pourtant mon impression générale est que le phénomène morbide en question est plus fréquent parmi les classes élevées de la société. Ceci n'a rien d'étonnant quand on songe que la prédisposition nerveuse est une condition très favorable au développement de la perversion sexuelle et que cette prédisposition existe surtout dans les milieux cultivés. Mantegazza insiste avec raison sur ce fait que l'uranisme ne se rencontre pas exclusivement dans ce qu'on appelle la lie de la société, mais bien plus souvent parmi les individus réputés au point de vue de l'instruction, de la richesse et de la position sociale. C'est ainsi qu'il y a beaucoup d'uranistes, sans aucun doute, dans la noblesse de naissance.
Les uranistes que j'ai connus appartenaient aux professions les plus diverses. J'en sais qui sont avocats, médecins, théologiens, philologues, commerçants, officiers, écrivains, acteurs, ouvriers, jardiniers, artisans, etc. Certaines professions fournissent pourtant un plus grand nombre d'uranistes que d'autres, sans que l'on puisse toutefois établir une statistique précise à cet égard. Parmi ces professions je citerai notamment les acteurs, les écrivains, les fleuristes, les tapissiers, les décorateurs, les cuisiniers, les coiffeurs, les tailleurs pour dames.
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Il semble que, cédant à la nature efféminée, beaucoup d'uranistes se sentent portés vers des professions qui sont plutôt du ressort des femmes, en raison de leur habileté dans la décoration des appartements, la confection des vêtements de dames, etc. On comprend du reste pourquoi les uranistes affectionnent le métier de tailleurs pour dames ; ils y remportent de nombreux succès das à leur voix de fausset et à la grâce avec laquelle ils exécutent les mouvements féminins.
E. v. Hartmann 1 a fait observer que, parmi les spirites et les médiums en particulier, on trouve un grand nombre d'individus présentant les phénomènes de perversion sexuelle. On m'a cité le nom d'un spirite qui, l'année dernière, avait eu de grands succès et qui était atteint de cette maladie 2.
Si certaines professions attirent particulièrement Jes uranistes, il ne faut pourtant pas s'attendre à trouver les phénomènes de perversion sexuelle chez la plupart des membres de telle ou telle profession. Si nous admettons, par exemple, que sur 100 uranistes on trouve 10 tailleurs pour dam s, il ne faut pas oublier, d'un autre côté, que, sur 500 habitants, on compte en moyenne un tailleur pour dames ; de cette façon le nombre relatif des uranistes tailleurs pour dames n'aura rien d'exagéré. Il n'y a qu'une seule profession qui me semble suspecte sous le rapport de l'uranisme, c'est celle de l'acteur travesti en femme ; les hommes qui se chargent de préférence de rôles de femmes 3 dans lesquels ils réussissent si bien, grâce
1 Nachträge zur Phänomenologie des Unbewussten.
2 Dans une lettre qui se rapporte à cette personne et qui a été gracieusement mise à ma disposition, la chose est présentée comme s'il s'agissait d'un hermaphrodite physique ; mais, comme l'a démontré Krafft-Ebing, l'hermaphrodisme physique n'a rien à faire avec la perversion sexuelle.
3 Inutile de dire que les rôles de femmes sont souvent joués et avec succès par des hommes qui ont une vie sexuelle des plus normales. Il faut donc se garder de généraliser d'une manière par trop absolue. Comp, à ce sujet un écrit de Göthe intitulé : « Frauenrollen auf den Römischen Theater durch Männer gespielt. » Gothe y dit notamment ceci : « Le jeune acteur a étudié
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à leur voix de soprano ou d'alto, paraissent souvent atteints de perversion sexuelle.
Pour ce qui est de l'uranisme parmi les soldats, je tiens d'un uraniste que ses compagnons aiment rarement le métier des armes et que, lorsqu'ils s'y sont fait un nom, c'est plutôt dans la partie théorique du métier. Cette opinion n'est pourtant pas générale. Il nous suffit de mentionner, parmi les grands capitaines, Jules César, Charles XII, Tilly et bien d'autres que les uranistes revendiquent comme étant des leurs. Toutefois, pour quelques-uns, et pour Tilly en particulier, je n'ai rien trouvé qui pût confirmer cette accusation, lancée du reste par les uranistes. Tilly évitait, il est vrai, tout rapport avec les femmes ; mais il serait faux de considérer cette particularité comme une preuve de ses habitudes uranistes. Le prince Eugène était également accusé de pratiquer l'amour à la manière des anciens Grecs *.
Il aurait été également intéressant de connaître exactement dans quelle proportion les Juifs figurent parmi les uranistes. J'en connais plusieurs qui pratiquent l'amour homosexuel. Pourtant, d'après une communication d'une personne très compétente en la matière, le nombre de Juifs uranistes serait plutôt inférieur, étant donné leur proportion dans la population tôles particularités de la femme dans sa façon d'être ; il les connaît et les reproduit en artiste ; ce n'est plus lui qui joue, c'est un troisième personnage d'une nature tout à fait différente.
1 Comp, aussi sous ce rapport le travail de J. D. E. Preuss (Friedrich der Grosse. Vol. 1. Berlin, 1832) où la même accusation se trouve portée contre Frédéric-le-Grand. Voltaire, qui lui était très hostile, de même que Formey et Büsching, ont largement contribué à propager ces bruits contre le grand roi ; Preuss ne se prononce pas sur la question de savoir si Frédéric-le-Grand était pédéraste ou non. Il est certain que le roi avait un grand nombre d'en nemis qui se faisaient un plaisir de soulever contre lui toutes sortes d'accusations mensongères. De plus, si l'on considère la manie de clabauder particulière à cette époque, et, comme le dit avec raison Preuss, les œuvres littéraires même de Frédéric-le-Grand, on acquiert la conviction que tous les bruits soulevés à propos de la pédérastie du roi étaient faux.
taie. Ceci ne concorde pas avec les données de Gock s et de M. N. N. Je crois que les uranistes se rencontrent dans une même proportion chez la race juive que chez les autres races.
Quant à l'âge des uranistes, je dirai que le plus jeune que j'ai eu l'occasion d'observer avait 16 ans et le plus âgé 64 ans. Pourtant, des uranistes que j'ai connus m'ont dit que leur perversion s'était réveillée vers 10 ou 12 ans et même plus tôt. J'en connais un chez lequel la perversion sexuelle remonte à l'âge de 3 ans ; il éprouvait à cet âge un penchant extraordinaire pour les hommes. Il est donc certain que l'on doit encore trouver actuellement un grand nombre d'uranistes parmi les jeunes gens âgés de moins de 16 ans. Il faut ajouter que, précisément dans les cas de perversion sexuelle, l'instinct génital se réveille de meilleure heure que chez les individus normaux. Mais il m'est impossible de ■dire si la perversion sexuelle s'éteint plus tôt que l'instinct génital normal. Par exemple, ce vieillard de 68 ans dont je viens de parler n'entretient plus aujourd'hui de rapports sexuels avec un homme qu'une fois par semaine, au lieu de deux fois et davantage. Je sais, d'autre part, sans connaître les personnes en question, que certains individus d'un grand âge continuent à satisfaire à leurs instincts pervers. Un individu âgé de 82 ans, mort dernièrement, avait conservé jusqu'au dernier moment ses habitudes d'inversion sexuelle ; dans le monde des uranistes, il était connu sous le sobriquet féminin de « la grand'mère ».
1 Gock a été frappé de ce fait que les deux cas de perversion sexuelle qu'il avait observés se rapportaient à des Israélites (un homme et une femme), et il attribuait ce phénomène à l'origine orientale des Juifs. Les faits qui ont été publiés depuis ont montré l'inexactitude de cette suppoition. D'après l'expérience personnelle de M. N. N., il n'existe aucune différence entre les Juifs et les Germains par rapport ^ <r-,ur population respective. D'après lui; les uranistes se rencontrent uniformément dans toutes les ciasses de la sa ciété, sans que l'une soit plus favorisée que l'autre à cet égard.
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Bien que la perversion sexuelle se manifeste chez l'homme par des phénomènes psychiques et surtout sexuels anormaux, l'individu est généralement parfaitement normal au point de vue physique et anatoinique. On a néanmoins cherché si le corps de ces individus ne présentait pas certaines modifications pouvant avoir des rapports avec la perversion sexuelle. On aurait ainsi trouvé certaines anomalies dans la conformation du pénis. Chez certains uranistes le membre viril n'atteindrait que la dimension de celui d'un petit garçon. Dans d'autres cas, le pénis a été trouvé démesurément long. Un uraniste observé par V. Krafît-Ebing 1 lai affirmait qu'à l'état d'érection son pénis mesurait 24 cm. de long sur 11 de circonférence. Mais, dans la plupart des cas, on ne trouve de ce côté, chez les uranistes, aucxme anomalie. Les testicules ne présentent pas non plus de modifications appréciables, du moins par nos moyens actuels d'investigation. Dans un cas observé par Westphal, les testicules étaient de dimension moyenne et pouvaient être facilement repoussés dans le canal inguinal : mais, même dans ce cas, il ne pouvait être question d'établir une relation entre cette anomalie et la perversion sexuelle du malade.
Les érections des uranistes sont en général bonnes et vigoureuses, et, à l'état d'érection, le membre viril présente chez eux la même direction que chez les individus sains. On comprend facilement que, chez ceux qui ont abusé de la masturbation, l'érection peut quelquefois manquer, tout comme chez les hommes qui ont abusé du coït normal avec la femme. Un médecin qui a communiqué à Krafît-Ebing l'histoire détaillée de sa propre maladie, lui affirmait qu'il avait eu des rapports avec plus de 600 uranistes, sans jamais trouver chez eux aucune malformation du côté des organes génitaux.
i Observ. 80.
Autant que je sache, les poils des parties génitales sont bien développés chez les uranistes, D'autre part, certains d'entre eux ont peu de poils sur le corps, tout en possédant une barbe bien fournie. D'autres ont la barbe très clairsemée. J'en connais un qui touche à la trentaine et qui n'a presque pas de poils au menton ; du reste, dans sa famille, dont les membres ne paraissent pas suspects de perversion sexuelle, la barbe est généralement très peu fournie.
On a dit encore que les uranistes présentent un développement considérable des glandes mammaires. Dans une de ses observations, V. Krafft-Ebing rapporte l'histoire d'un uraniste qui affirmait avoir eu dans les seins, à l'âge de 13 à 15 ans, du lait qu'un de ses amis avait bu. Chez certains uranistes j'ai rencontré, au niveau de la région mammaire, une accumulation de tissu adipeux qui donnait aux seins l'aspect arrondi de ceux d'une femme ; mais jamais je n'ai observé de développement bien typique des glandes. Quelques-uns se font remarquer par un très petit pied de femme.
Souvent les uranistes se distinguent par leur passion, active ou passive, pour la musique et les arts. Coffîgnon citait déjà cet amour pour la musique comme l'une des particularités du caractère des uranistes.
Les natures artistiques sont très fréquentes parmi les uranistes ; on trouve souvent chez eux un remarquable talent d'acteur. On ne sait trop comment expliquer cela ; je crois pour ma part qu'il faut attribuer ce talent, en grande partie, à l'habitude du mensonge qui poursuit les uranistes pendant toute leur vie. 3e pense aussi que cette facilité qu'ils ont de se figurer dans une autre situation et d'entrer complètement dans leur rôle dépend encore d'une certaine disposition du système nerveux central, comme la perversion sexuelle ellemême.
Il ne faut pas croire que ies uranistes n'excellent que dans
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les choses qui répondent à leur fantaisie. Il 3^ en a qui sont des savants, honorablement connus dans le monde scientifique, mais je m'empresse d'ajouter que de pareils cas ont rarement été observés.
On rencontre encore parmi les uranistes des poètes quelquefois très remarquables. Ils excellent surtout dans les poèmes d'amour adressés à des hommes. Le besoin qu'ils éprouvent est celui-là même qui pousse l'amant à chanter les perfections de sa belle.
Les sentiments religieux des uranistes dont parle Ulrichs, et qui se manifestent surtout à l'époque de la vieillesse, quand, après une vie de péchés, ils cherchent à se raccrocher à quelque chose, ne sont pas aussi fréquents que le dit cet auteur.
Dans certains cas, à l'époque où se déclare la perversion sexuelle, on observe un changement complet dans la façon d'être, l'allure, le caractère et le costume, qui prennent alors un cachet tout féminim. Ce phénomène est connu sous le nom d'efîémination. Déjà Ramdohr avait observé que certaines personnes, qui, d'aprèsles signes extérieurs, appartiennent au sexe féminin, ont une nature plus masculine que d'autres qui pourtant sont du sexe masculin. Le cas du comte Cajus, observé et décrit par Casper, est intéressant à ce point de vue ; Gasper fut frappé de la façon d'être tout à fait féminine du comte, accusé de pédérastie. Tardieu insiste également sur le caractère efféminé des pédérastes. Le désir de se sentir entièrement femme va si loin chez ces individus, qu'un malade observé par Hammond 1 voulut à différentes reprises se couper les organes génitaux.
* W. A. Hammond. L'impuissance chez l'homme et chez la femme, édité en allemand par Léo Salinge, Berlin, 1889.
l'inversion sexuelle 80 Du reste, si Ton se rapporte aux données de la physiologie et de la psychologie, on ne sera pas étonné de voir des tendances féminines se développer sur un fond de perversion sexuelle. Longet a raison de dire qu'à mesure que de nouveaux organes et de nouvelles fonctions se développent, apparaissent aussi de nouvelles idées. Il est donc facile do comprendre comment on voit apparaître chez les uranistes, en même temps que l'amour pour les hommes, des idées nouvelles, la coquetterie, la recherche du costume, etc., idées que l'on trouve chez toute femme qui éprouve pour l'homme un penchant normal. La tendance à l'effémination apparaît quelquefois dès l'enfance. Voici un exemple qui le prouve d'une façon assez évidente. X., aujourd'hui âgé de 28 ans, n'a jamais rien éprouvé pour la femme. Etant tout petit, il aimait à jouer avec des poupées, à se promener habillé en fille, à s'occuper d'ouvrages de dames. Aujourd'hui encore, au lien de s'occuper de ses affaires, il voudrait faire la cuisine, tricoter, etc. ; il se promènerait volontier, habillé en femme. X. ne porte pas la barbe et la tient en horreur à ce point qu'il a un coiffeur spécial pour lui enlever jusqu'à son dernier poil. Quand il le veut, il parle avec une voix de fausset. Il en a fait un jour l'expérience devant moi, et j'ai trouvé en effet qu'il avait un organe tout à fait féminin. Il joue très souvent la comédie, et choisit les rôles de femmes, dans lesquels il obtient un vif succès.
Ulrichs insiste sur ce point que les relations, le milieu, la situation sociale, obligent les uranistes à prendre artificiellement des manières masculines. « Nous jouons l'homme dans la vie, dit-il comme nous jouons la femme au Théâtre ». Enfants, les uranistes voient avec chagrin qu'on les tient à l'éca:t des jeux des filles et qu'en leur interdit les ouvrages de dames* Il est en effet surprenant de constater la -puissance avre laquelle la nature feminine se manifeste chez ies uranistes.
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Quand on songe que l'éducation qu'ils ont reçue est pourtant la môme que celle d'autres garçons, on est tout étonné de voir avec quelle force les tendances féminines apparaissent dans leur caractère. Et ceci est d'autant plus surprenant, que, en premier lieu, les uranistes aiment peu les hommes efféminés et sont plutôt portés vers les hommes vigoureux, normaux ; et qu'en second lieu, grâce à leurs manières féminines, ils se font mépriser par les hommes ordinaires ; malgré tout, ils s'habituent à leur efîémination comme s'ils y étaient poussés par une force intérieure invincible.
Les manières féminines des uranistes apparaissent surtout quand ils sont habillés en femmes. Le costume masculin donne, même au type féminin, un aspect type viril qui, par une association involontaire, réveille en nous l'idée de l'homme. Mais si, par hasard, on rencontre des uranistes habillés en femme, ou qu'on en regarde la photographie, on se laisse facilement tromper et on croit effectivement avoir sous les yeux une femme. Je connais un cas de ce genre où un juge d'instruction très sagace s'imagina ainsi, pendant assez longtemps, avoir affaire à une femme.
Une observation, publié par Taylor dans le « Médical jurisprudence, 1873, vol. II » et reproduite par Tarnowsky, montra jusqu'à quel point peut aller cette tendance des uranistes à s'approprier les manières de la femme et à en porter le costume. Il s'agit dans cette observation d"une célèbre actrice anglaise, Elise Edwards qui joua sur plusieurs scènes d'Europe, et ne fut reconnue pour un homme qu'après sa mort. Dès sa plus tendre jeunesse cette personne avait adopté les manières féminines et aimait à s'habiller en femme. Ses organes génitaux étaient fixés au corps par un appareil spécial, de sorte qu'on devait les reconnaître à première vue. Cette pratique peut s'observer aujourd'hui encore parmi les uranistes, si j'en crois un individu qui fréquentait leur milieu.
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H. Frœnkel 1 a publié vers 1850 l'histoire d'un homme qu'il désignait sous le nom de « homo mollis ». Cet individu éprouvait le désir de s'habiller en femme chaque fois qu'il pouvait le faire. S'adonnant sans cesse à des occupations d'ordre féminin, il avait Uni par acquérir une certaine coquetterie féminine. 11 avait grand soin de s'appliquer des seins et des hanches postiches. Ce qui d'abord n'était qu'un jeu devint plus tard une irrésistible passion. La démarche, la voix, tout prit chez lui un caractère féminin ; il finit par se donner un prénom de femme. Il a été démontré, de plus, que cet homme était un pédéraste passif. Westphal, auquel j'emprunte ce fait, attribue une partie de ces phénomènes à la faiblesse d'esprit de l'individu en question, et, pour soutenir cette hypothèse, il s'appuie sur cette idée du malade de s'affubler d'un nom de femme. Je crois pourtant que le cas actuel doit être interprété d'une façon tout à fait opposée. L'homme avait probablement commencé par avoir des goûts féminins, qui se manifestaient par ses occupations féminines et son désir de s'habiller en femme. Ce goût devint assez violent pour amener peu à peu le malade à s'identifier complètement avec la nature d'une femme, ce qui du reste aurait pu arriver, même sans :ju'il y eût chez lui aucune faiblesse d'esprit.
Les dispositions sexuelles de ce même individu étaient anormales, et leur anomalie était lié étroitement à sa manière d'être. Du reste Westphal croit lui-même que Frœnkel a confondu la cause avec l'effet en supposant que le type féminin s'était développé chez son malade à la suite des occupations éminines auxquelles il s'était livré.
Voici, maintenant, un cas que j'ai observé personnellement k Berlin, tout dernièrement, il y a deux mois à peine. Il s'agit l'un uraniste qui se sent une nature toute féminine, et n'a de
1 Journal de médecine, édité par l'association pour hygiène en Fruste, roi. XXII, p. 102.
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rapports sexuels qu'avec des hommes ; il s'habille de préférence en femme. Je l'ai observé un jour de près, assisté d'un agent de la sûreté, dans un endroit privé. Il s'était habillé en femme. Je fus tout étonné de le rencontrer dans la Friedrichstrasse, quelques jours plus tard, dans le même costume.
La police a un grand intérêt à interdire les déguisements de ce genre. Il arrive en effet, assez souvent, que des voleurs, en prenant un costume féminin, parviennent plus facilement à mettre la police sur une fausse piste. — Aussi les hommes qui, par leur déguisement, provoquent le scandale, encourent parfois de graves punitions, qui cependant, il faut bien le reconnaître, n'arrivent pas à réprimer cette passion du travesti.
L'uraniste dont je viens de parler ne se sent à son aise qu'habillé en femme ; et bien plus, il est obligé de s'habiller en femme pour pouvoir satisfaire à ses besoins sexuels. Il a de commun avec un grand nombre d'autres uranistes l'absence de tout penchant pour les uranistes eux-mêmes. Ce qui l'attire plutôt, c'est un homme ordinaire vigoureux, à la barbe puissante. L'acte sexuel qu'il devra accomplir est le suivant : membrum alterius in os proprium suscipere et en même temps applicare membrum suum alicui parti corporis alterius. Comme il trouve rarement des hommes qui consentent à ce genre d'accouplement, il a recours à un subterfuge. Il cherche à attirer l'attention des hommes qui lui plaisent ; ceux-ci, d'un autre côté, le voyant vêtu comme une femme, croient réellement avoir affaire à une femme. Lorsque la connaissance est faite, et les pourparlers engagés, l'uraniste persuade à l'autre que le coitus vulgaris non tantam voluptatem offert quantam immissio membri in os. Ensuite, membrum suum occidit en le retenant entre ses
» C'est-à-dire un homme normal au point de vue sexuel.
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cuisses, tant que l'érection n'est pas complète, et par surcroît de précaution, il le recouvre avec sa chemise ou avec les mains. Deux seins postiches en caoutchouc achèvent de tromper son partenaire.
Il est certain que beaucoup d'uranistes procèdent de la même façon, lorsqu'il s'agit de satisfaire leur passion. Je tiens d'une source absolument certaine 1 qu'un uraniste berlinois a longtemps servi dans un hôtel comme femme de chambre, trouvant ce moyen très commode pour jouer jusqu'au bout son rôle de femme.
Nous venons de voir qu'un grand nombre d'uranistes se complaisent à porter le vêtement féminin complet. Mais, même lorsqu'il en, est autrement, certaines particularités de leur costume témoignent suffisamment de leurs tendances féminines. C'est ainsi qu'ils aiment à porter leurs cheveux bouclés, ou à s'arranger une coiffure de femme. D'autres se peignent les sourcils, se parent de bijoux, de bracelets ; souvent ils portent des boucles d'oreilles, surtout quand ils se trouvent dans la société d'autres uranistes. Toutefois ils se font rarement percer le lobe de l'oreille ; la plupart du temps, leurs boucles sont fixées à l'aide d'un ressort.
Beaucoup aiment à se montrer en décolleté ; d'autres tiennent, comme les femmes, un mouchoir à la main. L'éventail joue chez eux un grand rôle ; ils ont, à le manier, une grâce toute particulière. Certaines parties de leur toilette sont directement empruntées à la garde-robe de la femme. J'en connais qui ne portent que des bas très longs, et se trouvent véritablement mal à leur aise lorsqu'ils ont de^ chaussettes. D'autres encore portent des souliers, non seule-
1 On m'a même cité le nom de cet individu. La personne qui m'a fait cettocommunication est un des hommes connaissant le mieux le monde uraniste de Berlin.
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ment à talon haut, niais encore rappelant absolument la forme de souliers de femmes.
Les uranistes se plaisent aussi à porter un corset et à le serrer de façon à se faire paraître la plus fine taille possible. J'en connais un qui a toujours sur lui un mètre, afin de pouvoir à l'occasion montrer aux autres la finesse de sa taille. Le tour de taille de cet individu, quand il est bien serré, ne mesure que 54 centimètres. Quelques-uns se serrent si fort qu'ils tombent en syncope quand ils dansent. Pour se faire une taille très fine, les uranistes se suspendent par les mains pendant qu'on lace leur corset.
Quand les uranistes vont en société, au bal par exemple, ils se poudrent volontiers, et s'arrangent la figure comme les femmes. On ne saurait croire jusqu'où ils peuvent pousser cet art; leur habileté àse rajeunir est parfois inimaginable. Naturellement, tout comme les femmes, les uranistes se défendent d'avoir recours à tous ces artifices. Un uraniste qui m'a fourni un grand nombre de renseignements précieux sur Le mode d'existence de ses compagnons, et auquel j'avais fait part de mon intention d'écrire un livre sur ce sujet, m'a affirmé que rien ne pourrait contrarier davantage les uranistes que de me Voir dévoiler leurs artifices de toilette. « Dites d'eux, me disait cet individu, qu'ils ont mauvais caractère, qu'ils sont voleurs et capables des pires actions : vous les froisserez moins qu'en dénonçant publiquement leur coquetterie ».
Rappelons ici un passage du Banquet de Xénophon où il est question d'hommes qui aiment à s'oindre avec des onguents parfumés ; ajoutons toutefois que Socrate considère cette habitude comme indigne de l'homme.
Beaucoup d'uranistes emploient, pour écrire, du papier parfumé.
Quand ils le veulent, les uranistes arrivent à cacher assez, men leurs habitudes efféminées pour qu'un étranger ne s'en
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cloute même pas : ils ne les montrent que l'orsqu'ils se laissent aller. Par contre, d'autres font ostensiblement montre de leur effémination.
Un grand nombre d'uranistes dont le type rappelle beaucoup le type féminin, se font complètement raser la barbe et la moustache, moins pour réveiller la passion des autres uranistes que pour se rapprocher 1 le plus possible de l'extérieur de la femme. Nous verrons en effet plus loin que les uranistes se trouvent bien moins attirés vers leurs semblables que vers des hommes présentant nettement le type masculin. Un grand nombre d'entre eux n'hésitent pas à se faire épiler, et à employer tous les artifices de toilette qui les feront ressembler davantage à une femme.
L'intérieur des uranistes, leur ameublement, ressemble beaucoup à celui d'une femme. Une personne bien au courant de leurs habitudes m'a dit qu'ils avaient des lits avec un ciel, des tables à toilette garnies comme- celles des femmes. Souvent ils ornent leur appartement de tableaux et de statues réprésentant de beaux jeunes gens ; Casper déjà l'avait remarqué. Ils affectionnent d'une façon toute particulière, parait-il, la statue d'Apollon du Belvédère.
Tandis que la plupart des hommes n'aiment pas la danse, les uranistes ont pour cet exercice une véritable passion. Ils dansent avec une élégance toute féminine et préfèrent, comme l'a déjà fait observer V. Kraft-Ebing, danser avec les hommes
1 « Voici ce que dit Darwin : « chez l'homme, comme chez les animaux de toute espèce, les signes distinctifs du sexe ne se développent complètement qu'à l'époque de la maturité sexuelle et disparaissent; quand l'individu est châtré. La barbe, par exemple, est un signe sexual secondaire, et les enfants n'ont pas de barbe, etc.. » On comprend de suite l'analogie qui existe entre un homme à perversion sexuelle recherchant tout ce qui est anti-masculin et un individu impubère ou châtré chez lequel le cai'actère anti-masculin existe déjà anatoniiquement.
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qu'avec les femmes. On le constate surtout dans certains bals où les hommes dansent entre eux.
Une des particularités des uranistes, c'est leur habileté pour les ouvrages dits à l'aiguille. Les uns savent tricoter, d'autres font du crochet. Et ce qui est curieux, ce n'est pas l'habileté dont ils font preuve dans ce genre d'occupation, mais l'inclination qui les portes à s'en occuper. S'ils évitent de s'y abandonner complètement, c'est par crainte de se trahir. Les cadeaux de ce genre, résultat de leur travail personnel \ jouent un grand rôle dans le monde uraniste.
L'écriture des uranistes rappelle quelquefois celle de la femme, et j'ai pu le constater dans deux cas. J'avoue toutefois que mes connaissances en graphologie ne sont pas assez étendues pour pouvoir me prononcer d'une façon décisive sur ce sujet.
On dit encore que les pervertis sexuels ne fument pas beaucoup ; mais je sais d'un autre côté que les uranistes s'appliquent à dessein à devenir de forts fumeurs, afin de ne pas se trahir.
On a dit également qu'ils s'abstenaient de boire des liqueurs fortes.
La voix et le langage des uranistes jouent un très grand rôle. On sait qu'à l'état normal la voix de la femme possède un autre timbre et une autre tonalité que la voix de l'homme, particularités qu'on désigne sous le nom de voix de fausset. Or, ce genre de voix est quelquefois très accusé chez les uranistes, et pour deux d'entre eux j'aurais certainement cru, à les entendre parler, que je me trouvais en présence d'une femme, si je n'avais su d'avance qu'il s'agissait d'hommes. Lorsque les uranistes prennent cette voix pour
1 Jai vu personnellement de ces cadeaux offerte en signe d'amour par un uraniste à un autre.
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parler, ils le font sans aucune peine ; et même, quand ils se trouvent en société, ils ont de la difficulté à parler convenablement, tant la voix de fausset leur vient facilement et naturellement.
Mais, tandis que, chez certains uranistes, la voix prend spontanément un caractère féminin, d'autres se donnent une peine énorme pour l'acquérir. On ne comprend pas facilement pour quelle raison. Ce n'est certainement pas pour attirer d'autres uranistes puisque, comme nous l'avons dit, les uranistes ne recherchent pas la voix de fausset chez les hommes normaux et vigoureux vers lesquels ils se sentent attirés. Ce qui me paraît plutôt probable, c'est l'existence d'une sorte d'impulsion instinctive 1 qui les pousse vers l'effémination, pour la voix comme pour les autres particularités du caractère féminin.
La contagion morale peut aussi jouer ici un certain rôle, en ce sens que l'uraniste est amené à prendre une voix de fausset par la fréquentation de ses semblables.
On sait que c'est vers l'époque de la puberté que la voix de Thomme acquiert de la virilité et qu'avant cette époque
i Parmi les signes d'effémination qu'on trouve chez l'uraniste, il en est qu montrent d'une façon très nette les rapports entre le phénomène en question et l'instinct sexuel. On aurait pu croire que celui-ci n'a rien à voir directement avec la voix. Mais, lorsque nous trouvons chez les uranistes la voix changée ou seulement en train de se modifier, nous devons nous demander quels sont les rapports entre la voix de fausset et la perversion sexuelle. Je ne sais s'il existe en même temps des modifications sensibles du coté du larynx : dans tous les cas, ce serait une étude très intéressante à faire. On sait que les cordes vocales de l'homme sont d'un tiers plus longues que celles de la femme ou de l'enfant. Or, Owen (Anatomy of Vertebrates) et Darwin (L'origine de l'homme) insistent sur ce fait, que la castration a pour effet d'arrêter l'accroissement du cartilage thyroïde, qui accompagne l'allongement des cordes vocales. L'influence de la vie sexuelle sur le larynx se manifeste encore, chez les enfants, par les modifications de la voix qui, à l'époque de la puberté, prend les caractères de celle de l'homme. Darwin fait dépendre cette modification de l'usage immodéré que les êtres vivants font de leur voix à l'époque des amours et de la transmission, par hérédité, des rapports artificiels entre la voix et la vie sexuelle.
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sa voix est semblable à celle d'une petite fille. Chez quelques uranistes la voix paraît avoir les caractères masculins normaux, seulement le timbre profond n'apparaît que tardivement, vers l'âge de 18 ans, et quelquefois encore plus tard. Chez quelques-uns la voix prend encore quelque chose de particulièrement affecté, de pathétique.
C'est surtout quand ils se trouvent sous l'influence des boissons alcooliques que les uranistes présentent avec netteté celte voix de fausset. Dans les réunions intimes où ils prennent du café, ils parlent de préférence avec cette voix. Quelquefois leur voix ne se distingue en rien de celle d'un homme normal, seulement elle est extraordinairement lente et basse.
Dirons encore que, d'après Ulrichs, les uranistes, comme les femmes, ne savent pas siffler et ont beaucoup de difficultés à l'apprendre. Je n'ai pu constater ni confirmer ce fait : j'ai interrogé sous ce rapport un grand nombre d'uranistes et j'ai acquis la conviction qu'ils savaient aussi bien siffler que les hommes normaux.
La démarche des uranistes est souvent typique : ils se balancent sur les hanches et marchent en se déhanchant, tout à fait comme les femmes. En marchant, ils font de petits pas et lèvent assez haut les genoux, ce qui leur permet même de se reconnaître dans la foule.
Il existe encore une position des bras qui, fréquente chez les femmes, se rencontre aussi parmi les uranistes. Cette position, difficile à décrire, consiste à appliquer la partie antérieure du dos de la main contre la joue et à éloigner l'avant-bras du corps, tout en contenant en même temps légèrement le coude.
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Si Ton considérait Furanisme pour une manifestation et une preuve de mauvais caractère, il serait tout à fait inutile d'étudier les rapports du caractère avec les tendances sexuelles des uranistes. Toutefois, nous qui étudions cette question à un point de vue tout à fait objectif, nous ne pouvons rien trouver de vicieux dans les penchants homo-sexuels. Et même en admettant comme possible l'existence d'un penchant homosexuel, il ne faudrait pas considérer la satisfaction de ce penchant comme la manifestation d'un mauvais caractère. L'uraniste recherche la satisfaction de son penchant avec la mémo passion que l'homme qui recherche le coït avec une femme. C'est là un processus intime, indépendant de la volonté et des motifs ethniques, et qui n'a rien à faire avec le bon ou le mauvais caractère. Pour juger l'uraniste, nous autres psychologues et naturalistes, nous devons nous défaire du mépris dont on le couvre ordinairement.
Mais, d'un autre côté, si nous ne voulons pas nous prononcer absolument sur la moralité de l'uraniste, nous ne pouvons cacher que son caractère présente certains côtés peu recommandables et même franchement méprisables. L'envie, la lâcheté, que Gyurkovechky 1 considère comme des particularités du caractère des impotents en général, ne se retrouvent pas toujours chez les pervertis sexuels atteints d'impuissance. On peut même se demander si ces faits, relevés par Gyurkovechky, existent réellement chez des individus atteints d'impuissance génitale. Il est certain toutefois, comme nous l'avons déjà dit plusieurs fois, que le caractère de l'uraniste ressemble bien plus à celui de la femme qu'à celui de l'homme,
Parmi les particularités du caractère des uranistes, il faut citer en premier lieu l'indiscrétion et le bavardage, le caprice et la tendance au mensonge. S'il est difficile d'étudier
* Victor Gyurkovechky. Etude pathologique et thérapeutique de l'impuissanco chez l'homme, Leipzig, 1889.
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le caractère des uranistes, c'est précisément parce qu'ils mentent à tout propos. Aussi n*ai-je attribué à mes observations un caractère d'authenticité de fait, que lorsque j'étais absolument certain de la source d'information ou lorsque j'étais en mesure d'observer personnellement *. M. N.N. m'écrit ceci : « Croyez-moi, les femmes les plus hystériques et les plus menteuses se trouvent parmi nous autres uranistes ; car femmes nous le sommes et nous ne le nions pas. » Comment expliquer cette tendance à la dissimulation ? C'est peut-être que les uranistes sont obligés de se débattre toute leur vie dans un tissu de mensonges, car il est rare qu'ils veuillent confier leur secret à une personne étrangère. Même quand ils se trouvent entre eux, ils ne sont pas sincères sur ce qui touche leur vie sexuelle. Ils avouent bien se sentir attirés par un sentiment psychique vers tel ou tel individu, mais ils nient énergiquement entretenir avec lui des rapports sexuels. Il faut croire que ce mensonge journalier les habitue à dire toujours des choses invraisemblables. Mais cela n'expliquerait pas encore tout. Je crois plutôt que la raison de cette dissimulation doit se trouver dans des tendances vraiment hystériques et féminines % de l'uraniste.
Mais, comme toutes les femmes ne sont pas menteuses, et qu'un grand nombre d'hystériques aiment passionnément la vérité, nous devons aussi admettre — et le fait est certain — qu'il y a des uranistes qni ne sont pas menteurs. J'en connais qui,
1 La vie intime des uranistes est très curieuse, et j'ai pu l'observer grâce à l'obligeance d'un ageut de la sûreté très expérimenté.
2 On rencontre assez souvent chez les uranistes certains traits de caractère qu'on trouve chez certaines femmes hystériques ; d'autre part, les signes hystériques, tels que douleurs dans le bas-ventre, contractures, migraines, boule hystérique, etc., ne sont pas plus fréquents parmi les uranistes que parmi les hommes normaux. Je tiens à relever ce point car, ordinairement l'hystérie est cousidérée comme le privilège particulier du sexe féminin. Canv-
att considère les hommes hystériques comme ramollis et efféminés.
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tout en ne confiant à personne les secrets de leur vie sexuelle, sont absolument dignes de foi, et j'ajoute que leurs communications m'ont été de la plus grande utilité. Le mensonge se rencontre du reste principalement chez les uranistes qui appartiennent au demi-monde masculin ; aussi leurs communications, même lorsqu'elles paraissent être faites avec la plus entière sincérité, doivent-elles être contrôlées avec la plus grande rigueur.
Coffignon 1 attire l'attention sur une certaine politesse affectée qui serait un signe commun à tous les uranistes. Elle existe réellement. Ce qui caractérise encore les uranistes, ce sont certaines manières douceâtres cachant le plus souvent dïie fausseté raffinée.
La vanité des uranistes est souvent incroyable. Dans les bals et les réunions où ils se rencontrent chacun cherche à éclipser l'autre. J'en connais un qui, après chaque réunion de ce genre, demande partout s'il n'a pas été « la plus belle » dans son costume. Il possède des costumes très variés et se montre tantôt en bohémienne, tantôt en danseuse, etc.
L'uraniste nous rappelle une femme vaniteuse, et nous retrouvons chez lui tous les mauvais côtés du caractère des femmes vaniteuses, Son envie et sa jalousie portent sur de petites choses, comme chez la femme, qui éprouve, par exemple, un sentiment de satisfaction pour avoir la taille plus fine que les autres.
L'uraniste passe des heures entières devant son miroir pour juger de l'effet -de ses costumes, pour voir s'il est bien habillé, etc.
Rudolf Schultze dit avec raison, dans son livre « Folie de la mode, » que le respect religieux de la mode est bien un trait du caractère de la femme ; c'est pour cela que nous considé-
* A Coffignon, La corruption à Paris. Paris, E. Kolb, éditeur.
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rons comme efféminés les nigauds et les petits-maîtres qui suivent servilement tous les caprices de la mode. Le même auteur fait également cette autre remarque très juste, que les gens « chic » appartiennent à des professions qui sont tout aussi accessibles aux hommes qu'aux femmes. Ce fait concorde avec ce que nous avons dit de la préférence des uranistes pour certaines professions.
Mentionnons aussi d'une façon particulière la passion des uranistes pour les bijoux.
La vanité des uranistes se manifeste encore sur d'autres points ; un certain air fanfaron, dans lequel leurs aventures amoureuses jouent un grand rôle, est assez fréquent parmi eux.
Touo ceoi constitue un tableau très défavorable du caractère de l'uraniste ; il ne faudrait pas en conclure que les traits de caractère que nous venons de décrire se rencontrent chez tous les uranistes. Au contraire, je tiens à dire qu'il existe des hommes atteints de perversion sexuelle, et dont le caractère est sans défaut.
Parmi les propriétés qui distinguent la femme de l'homme, il faut citer la pudeur, Or, il est intéressant de noter que, suivant certains auteurs, la pudeur est bien plus développée chez l'uraniste que chez l'homme normal. Il y a des uranistes qui avouent que pendant leur enfance et même pendant la puberté ils se distinguaient parmi leurs camarades par leur pudeur. D'après Tarnoswsky la pudeur des uranistes, quand ils sont encore enfants, se manifeste d'une façon anormale. C'est ainsi que ce sentiment se manifesterait surtout devant un homme étranger : d'un autre côté les enfants à prédisposition uraniste éprouvent plus de gêne à se déshabiller devant un homme que devant une femme.
Il ne faudrait pas croire que tous les uranistes possèdent des traits de caractère propres à la femme. Au contraire, il
existe de « véritables » uranistes qui, abstraction faite de leur perversion sexuelle, se comportent en tout comme des hommes ; ils n'aiment pas s'habiller en femme, ont des goûts d'homme, montent à cheval, se passionnent pour la gymnastique, les sports, etc.
Il faut distinguer de ces derniers ceux qui, par habitude et nécessité, jouent le rôle d'homme normal quand ils se trouvent en société. Mais aussitôt qu'ils se retrouvent avec leurs compagnons en comité intime, surtout sous l'influence de la boisson, leur nature féminine apparaît immédiatement.
Un malade de Kraflt-Ebing soutenait que 10 0/° seulement des uranistes ont des préférences pour les occupations féminines. Seulement cette assertion ne doit pas être acceptée à la lettre, d'autant plus que le même malade soutenait que la plupart des uranistes étaient des pédérastes actifs. Or, mes recherches personnelles, d'accord avec celles des auteurs modernes, montrant plutôt que les uranistes sont le plus souvent des pédérastes passifs.
Il faut se garder soigneusement, de considérer tout trait d'effémination comme une preuve certaine de tendances uranistes. On trouve des hommes présentant telle ou telle habitude féminine et qui sont pourtant absolument normaux au point de vue sexuel *.
Il existe toute une série d'hommes qui, pendant leur enfance, se conduisent comme de petites filles, aiment leur poupée, n'aiment pas jouer au soldat ou à la guerre ; plus tard, ils deviennent normaux à tous les points de vue. D'un autre côté on observe aussi des garçons qui, principalement
* On m'a cité le cas d'un homme qui présente certains signes d'effémination et qui pourtant est absolument normal au point de vue sexuel et ne peut avoir de rapports qu'avec des femmes. Sa mère avait désiré avoir une ûlle et donna à son fils l'éducation d'une fille, le faisant jouer à ]a poupée, ui apprenant à coudre, etc. Aujourd'hui encore, ce monsieur a conservé une grande habileté aux ouvrages à l'aiguille.
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vers l'époque de la puberté, sont pris d'un véritable amour pour leurs camarades ; plus tard ils n'ont des sentiments que pour la femme et il est impossible de découvrir chez eux des traces de tendances homo-sexuelles.
Il nous faut maintenant étudier l'influence que la perversion sexuelle exerce sur les rapports de l'uraniste avec les hommes moraux. Voyons tout d'abord ce que l'uraniste lui-même pense de son état.
Certains uranistes cherchent longtemps à se tromper sur leur véritable état en attribuant l'attraction sexuelle qu'exercent sur eux les hommes à un sentiment d'amitié. Ils cherchent à trouver chez l'homme, en question des qualités capables d'expliquer le penchant qu'ils éprouvent et oublient qu'ils ne font que se leurrer. Contrairement à Westphal, V. Kraflt-Ebing pense que la perversion sexuelle ne rend pas l'uraniste malheureux, et qu'il n'est malheureux qu'en tant que les convenances sociales et la loi s'opposent à la satisfaction de sa passion. Je partage entièrement cet avis et je crois que c'est en effet cette répression qui empêche l'uraniste d'être heureux. Il est également vrai que, dans beaucoup de cas, ainsi que le constate Krafft-Ebing, la perversion sexuelle, en tant que maladie, ne rend pas ces individus malheureux.
Un uraniste qui se rend compte de son état ne se regarde pas comme normal, tout en étant loin de se considérer comme malade !. Souvent il lui est impossible de saisir la rela-
i II me parait très intéressant de rapporter ici la conversation de deux uranistes, M. N.N., nature froide et tranquille, et M. X. « Si l'on pouvait seulement obtenir, disait N.N., que la perversion sexuelle soit considérée,
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tion entre les appréciations des autres et son propre état.
Certains uranistes, comme Ulrichs par exemple, reconnaissent l'insuffisance de leur amour comparé à l'amour /normal. Un grand nombre d'entre eux sont réellement peinés de ne pouvoir se créer une famille par le fait de leur passion malheureuse, et considèrent leur vie comme manquée. J'en ai connu parmi eux qui étaient certainement plus aptes à jouer le rôle de chef de famille que bien des hommes normaux.
Certains uranistes mariés éprouvent un réel chagrin d'être obligés, pour satisfaire à leur passion, d'avoir de temps en temps des rapports sexuels avec des hommes : ils considèrent cela comme une infidélité faite à leur femme.
Quelques-uns se sentent longtemps malheureux et misérables, se croyant seuls atteints de cette passion anormale. Ceci s'observe surtout dans les classes élevées de la société et dans les petites villes, où les uranistes arrivent moins facilement à se reconnaître et à échanger leurs confidences. Ils mènent alors une existence véritablement malheureuse : car ils se rendent fort bien compte de leur état sans savoir qu'il existe des centaines et des milliers de leurs semblables. On comprend aussi que la conscience de leur impuisance à maîtriser leur passion aggrave encore leur tristesse. Aussi un grand nombre d'entre eux sont-ils dans un état de dépression très accusé.
Chez les uranistes qui considèrent leur état comme un malheur et s'en chagrinent continuellement, on rencontre encore d'autres troubles psychiques et physiques, parmi lequels on peut citer l'hypochondrie, la mélancolie, la dyspepsie, etc.
non pas comme un crime, mais comme un phénomène pathologique !» « Ce n'est pas mon avis, répliqua X., et j'aime encore mieux l'état de choses actuel. Aujourd'hui on nous pourvoit d'un conseil, tandis que si la perversion sexuelle devenait une maladie, on nous fourrerait dans une maison d'aliénés ».
Ces troubles s'observent surtout quand l'uramste est pris d un amour malheureux ; par contre, Turaniste qui arrive à être heureux avec l'homme qu'il aime, devient aussitôt gai et dispos.
Bien que, comme nous venons de le voir, l'uraniste se plaigne souvent et très sincèrement de son sort, sa passion malheureuse le conduit rarement au suicide. Personnellement je ne connais pas de cas de suicide ni de tentatives de ce genre parmi les uranistes. Mais, indirectement, un amour malheureux pour un homme, la crainte du chant âge ou la crainte de figurer dans un procès, peuvent pousser l'uraniste au suicide. Je tiens de bonne source qu'un savant bien connu se suicida il y a quelques années pour éviter la honte d'un procès dans lequel il devait être question de sa passion anormale. Le suicide par suite de perversion sexuelle fut discuté en 1883 à la société médico-psychologique de Berlin à l'occasion d'une observation de Hutchinson rapportée par Hirschberg.
Par contre Tarnowsky 1 voit les choses un peu trop en noir. Il pense que les uranistes se suicident soit par faiblesse d'esprit, soit dans un accès de mélancolie consécutif à un amour malheureux. Pourtant je connais des uranistes approchant de la soixantaine et dont personne ne pourrait dire qu'ils se trouvent dans un état de faiblesse mentale, bien qu'eux-mêmes considèrent leur vie comme manquée.
1 L'esprit du livre de Tarnoivskij ne correspond pas aux observations que j'ai eu l'occasion de faire. 11 semble que les matériaux qui ont servi à ce livre ont été recueillis dans un monde uraniste particulier, ou bien qu'en Russie, et plus spécialement à Saint-Pétersbourg, les mœurs des uranistes ne sont pas les mêmes qu'en Allemagne. En Allemagne on ne rencontre pas celte fréquence de la pédérastie dans la perversion sexuelle. Puis il est impossible d'accepter cette confusion que fait Tarnowsky entre la perversion sexuelle et le demi-monde masculin qui vend ses faveurs, car à Berlin, comme on a pu le voir, l'homosexualité et la prostitution masculine sont deux choses tout à fait distinctes.
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Pour satisfaire leur instinct sexuel, les uranistes sont obligés d'avoir des rapports avec des hommes ; il y en a chez qui cet acte provoque le dégoût et le repentir; ils le considèrent comme immoral. Néanmoins ces sentiments ne les protègent pas contre une nouvelle satisfaction de leur passion, de même que la crainte du remords ne retiendra pas un homme normal d'un coït avec telle ou telle femme. Ici nous nous trouvons en face d'un phénomène bien connu qu'Ed. v. Hartmann 1 avait essayé de préciser en disant que la non satisfaction d'un penchant est un plus grand mal pour l'individu que sa satisfaction excessive.
Scholz a publié un cas intéressant, parce qu'il rapporte les expressions textelles du malade, montrant bien en quelle horreur il tenait l'acte sexuel vers lequel il était irrésistiblement poussé. J'ai fait souvent la même constatation chez un grand nombre d'uranistes qui, malgré tout, ne pouvaient rien contre leur passion.
Voyons maintenant comment les uranistes se comportent envers la femme. Il y en a qui pendant très longtemps ne se rendent pas comte de leur état ; ils essaient d'avoir des rapports avec des femmes et sont tout surpris de voir qu'ils restent impuissants devant elles ; d'autres ont très nettement le dégoût de la femme, ne cherchent pas à avoir de rapports avec elle, et s'étonnent de voir leurs semblables si puissamment attirés vers le sexe féminin ; toutefois ils ne se rendent pas encore compte que leurs sensations sexuelles sont tout autres que celles des hommes normaux. Je connais des cas où les individus n'ont été fixés sur leur état que vers l'âge de 20 ans, et précisément à l'occasion d'un amour passionné pour un autre homme. C'est ainsi du reste qu'il faut expliquer
1 Ed. v. Hartmann, Philosophie des Unbewussten. Berlin, 1878.
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les cas publiés en 1791 dans le « Magasin für Erfahrungssee lenkender ».
Je connais un homme qui, jusqu'à l'âge de 22 ans, est resté tout à fait normal, en ce sens qu'il n'avait pas de rapports avec les femmes, sans toutefois éprouver une passion pour les hommes. Un jour il se rencontra en société avec un homme, dont l'image, à partir de ce jour, le poursuivit jour et nuit ; il avait des érections en pensant à lui, et éjacula un jour qu'il parvint à l'embrasser. A partir de ce moment le malheureux comprit son état, et je crois que c'est bien plus souvent de cette façon que par l'impuissance envers la femme, que les uranistes se rendent compte de leur perversion sexuelle.
La découverte de leur perversion, c'est-à-dire de leur aversion pour la femme, retentit d'une façon très variable sur l'esprit de l'uraniste ; les uns acceptent leur nouvelle situation assez facilement et l'on ne trouve pas chez eux cet esprit vieilli avant l'heure qu'un auteur attribue aux impuissants précoces. Le degré d'aversion que l'uraniste éprouve pour la femme peut être très variable et aller de la simple antipathie à l'horreur la plus vive. Pour certains d'entre eux l'idée seule d'une femme nue a quelque chose de repoussant, de hideux, même quand il n'est pas question d'attouchement. Je connais des uranistes qui ont essayé le coït avec la femme et que le dégoût du contact a fait quitter la chambre. Par contre, il y en a d'autres qui entretiennent des relations 1 avec les femmes, bien qu'au point de vue sexuel ils n'aient de rapports qu'avec les hommes.
Certains uranistes affectent de se complaire dans la société des femmes, et j'en connais qui, à Berlin, ont la réputation d'hommes à bonnes fortunes. En effet, les uranistes préièrent
* Relations toutes platoniques, bien entendu.
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acquérir cette renommée plutôt que de laisser soupçonner leur véritable passion. Par leurs rapports purement psychiques et intellectuels avec les femmes, ils parviennent facilement à tromper leurs amis, les personnes de leur entourage. On m'a raconté l'histoire d'un jeune berlinois qui, tous les jours, se montre avec une autre femme de moralité plus que douteuse, et, qui pourtant pourrait dire ce que Tilly a dit de lui-même, que de sa vie il n'a touché une femme.
Par contre d'autres uranistes évitent soigneusement toute société féminine et passent à cause de cela pour des jeunes gens modèles. En effet, il ne leur est pas difficile, avec leurs goûts pour l'homme, de conserver la chasteté envers la femme. Il est fort possible que plus d'un personnage historique 1 célèbre par sa chasteté doive sa renommée simplement à sa perversion sexuelle.
Disons du reste qu'il existe un grand nombre d'uranistes qui sont mariés 2. Quelques-uns d'entre eux sont des hermaphrodites psychiques qui ont des rapports tantôt avec leur femme, tantôt avec un homme ; d'autres n'ont des rapports qu'avec des hommes. Je connais un ménage à Berlin, dont le mari est uraniste déclaré ; la femme prend sa revanche en entretenant, sans trop se gêner, des rapports avec des hommes. Ces ménages ne sont du reste pas toujours mal-
1 Charles XII de Suède, par exemple, sur la pureté des mœurs duquel on insiste si souvent, est revendiqué par les uranistes comme étant des leurs.
2 Ce fait peut induire en erreur, quand il s'agit des personnages historiques, et cacher leurs tendances uranistes. Tel, par exemple, Frédéric I, roi de Wurtemberg, qui régnait de 1797 à 1816. 11 fut marié deux fois et eut plusieurs enfants dont un lui succéda ; une de ses filles épousa Jérôme, roi de Westphalie. Et pourtant il parait certain que Frédéric I était pédéraste. « Des gens indignes, comme le célèbre comte von Dillen, se servaient de la passion du roi pour de beaux garçons afin de le dominer. Ce comte faisait venir de Mecklembourg de jeunes nobles pauvres qui absorbaient tout ce que l'entretien de la cour pouvait laisser des revenus du pays (Meyers Conversations lexieen).
heureux, car souvent un lien moral et très étroit s'établit entre le mari uraniste et sa femme. Quelquefois même ils ne restent pas stériles. Pour pratiquèr le coït avec sa femme, Furaniste utilise les érections accidentelles ou bien il les provoque en se représentant un homme et en éjaculant dans le vagin.
Bien que le coït soit ainsi rendu possible, les uranistes n'en usent pas beaucoup à cause de la fatigue qu'il leur occasionne. Lorsque, en se représentant un homme nu, ils se sont mis en érection, et sont arrivés à éjaculer, ils se sentent très fatigués et nullement satisfaits. Un uraniste dont l'histoire a été publiée par Scholz, et qui fut marié à une femme qui était loin d'être laide, n'eut que deux fois des rapports sexuels avec elle, malgré une longue vie en commun. Il disait que le contact charnel avec la femme provoquait chez lui du dégoût ; c'est ce que disent aussi certains malades de V. Kraiït-Ebing.
Voici ce que m'écrit un uraniste sur ses rapports sexuels. « Je puis résumer mes rapports sexuels avec les femmes en disant que j'y ai toujours joué un rôle passif. La curiosité, l'amour-propre, la vanité, l'ignorance de mon cœur, m'ont poussé de temps en temps à essayer la chose. J'espérais toujours guérir de mes tendances maladives en pratiquant l'amour normal. Après une excitation provoquée par des boissons 1 alcooliques, j'arrivais fort bien à accomplir l'acte sexuel, et pourtant le moment suprême, la jouissance sexuelle proprement dite, manquait toujours. La beauté de la femme me laissait froid. Du reste, je n'ai pas devant moi pendant le coït l'image d'un homme ; j'entre un érection par des frottements
1 Tarnovosky admet qu'un individu qui, à l'état normal, s'opposerait à l'accomplissement d'un acte sexuel contre nature, y consentirait facilement à l'état d'ivresse, quand il ne se possède plus et que sa curiosité sensuelle se trouve réveillée. Je connais plusieurs cas analogues à celui que je rapporte, où des individus, incapables d'accomplir un acte sexuel normal dans l'état ordinaire, en deviennent parfaitement capables sous l'influence de l'alcool.
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énergiques contre la femme et par des mouvements mécaniques, et l'éjaculation suit bientôt. Plusieurs fois mes tentatives n'ont pas réussi. Depuis six ans je n'ai plus de rapports sexuels avec la femme ; j'en retire peu de chose, et du reste cela ne sert à rien ».
Cette lettre prouve, dans tous les cas, que la perversion sexuelle ne doit nullement être confondue avec l'impossibilité du coït. Les uranistes peuvent même laisser des enfants en grand nombre, puisque leur sperme est tout à fait normal.
Certains uranistes sont très bien vus par des femmes tout à fait convenables et passent même pour des « lions ». S'ils réussissent si bien auprès des femmes, c'est certainement à cause de cette prédisposition morbide, grâce à laquelle ils savent mieux que les hommes ordinaires comprendre la conversation des femmes et y répondre. Quelquefois ils doivent leur succès à s'occuper beaucoup, comme me l'ont avoué certains d'entre eux, des dames ordinairement délaissées, des vieilles filles qui intéressent peu les hommes ordinaires pour des raisons qui it' existent pas chez les uranistes.
Souvent l'uraniste se sent attiré vers la femme, sans que cette attraction ait rien à voir avec le penchant sexuel. Il sait fort bien apprécier la beauté de la femme, il aime causer avec des femmes intelligentes, mais dans tout ceci le côté sensuel fait complètement défaut. 11 est aussi désagréable à un uraniste d'embrasser une jolie femme qu'à un homme normal d'embrasser un autre homme, si beau qu'il soit. 11 arrive encore souvent qu'une femme s'amourache d'un uraniste, ce qui met ce dernier dans une position fort difficile, dans l'impossibilité où il se trouve de répondre à cet amour. Il y a des femmes très perspicaces qui devinent en quelque sorte les véritables tendances de l'uraniste sans toutefois s'en rendre compte exactement. C'est ainsi qu'une femme très instruite et très intelligente disait à M. N. N. qu'elle le jugeait
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incapable d'éprouver un amour pour une femme. La môme observation fut faite à un autre uraniste aujourd'hui très
âgé.
J'arrive maintenant à un point fort intéressant, à savoir les rapport des uranistes entre eux et la façon dont ils font connaissance les uns avec les autres. Ils disent ordinairement qu'il se reconnaissent à première vue 1 dans la rue et ailleurs. C'est là une de ces légendes qui ont cours parmi les uranistes et auxquelles ils croient très sincèrement. Un grand nombre d'entre eux se reconnaîtraient par une sorte de langage des yeux. Il est certain que les uranistes arrivent très souvent à entrer en relations en se dévisageant dans la rue.
Lorsqu'un homme suit une femme qui lui plaît, il essaye, en la dévisageant, d'attirer sur lui son attention ; de même, si un uraniste A rencontre un homme B qui lui plaît, il se retourne, le regarde et force son attention ; si B est aussi uraniste, il s'apercevra des manœuvres de A, et répondra en conséquence ; il n'y a dans tout cela rien de mystérieux ni de surnaturel. Un uraniste médisait que par des mouvements et d'autres signes ils savaient très bien se faire comprendre au sujet de leurs désirs et de leurs tendances. Les uranistes et surtout des individus du demi-monde masculin se font encore reconnaître entre eux dans la rue en demandant l'heure, un verre de bière, du feu pour allumer leur cigare, etc.
A Berlin les uranistes choisissent des endroits publics où ils se retrouvent de préférence. Je connais à Berlin cinq de ces endroits, des restaurants dont Tun compte parmi les brasseries les plus renommés et les plus fréquentés de Friedriciistadt.
1 On trouve cette assertion reproduite dans presque tous les livres s'occupant de la perversion sexuelle et elle est notée dans les diverses autobiographies des uranistes. Comme me le disait M. NN., c'est une sorte de dogme parmi les uranistes que cette l'acuité de se reconnaître à première vue. N.N. lui-même considère cette assertion comme absolument fausse.
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Quelquefois, lorsque, sous l'influence de la boisson, ils se sont compromis en parlant de leur voix de fausset ou en s'appelant de noms de femme, ils changent de brasserie. Mais ordinairement leur conduite dans les cafés ne laisse rien à désirer, surtout lorsqu'on se rappelle ce qui se passait il y a encore peu de temps. On n'a plus à craindre aujourd'hui la conduite ignoble de certains individus, qui provoquèrent il y a quelques années un procès retentissant dans lequel furent impliqués le restaurateur et ses clients. Celui qui n'est pas initié ne reconnaîtra pas les uranistes au milieu des clients habituels ; mais, une fois prévenu, il lui sera facile d'observer leurs manières, leur façon de parler, les œillades qu'ils se lancent d'une table à l'autre.
Les uranistes forment souvent de petits cercles de 3 à 12 personnes, qui entretiennent entre eux des relations d'amitié. Mais, comme on le pense, cette habitude n'est pas générale, car un grand nombre d'entre eux n'ont aucune sympathie l'un pour l'autre en dehors même des rapports sexuels. Dans leurs réunions on fête souvent très sérieusement des « fiançailles » officielles.
Les uranistes aiment encore avoir des réunions intimes où ils ne se sentent pas gênés ; quelquefois ils donnent même des bals. Mais ce qu'ils préfèrent avant tout, ce sont de petits « cafés » auxquels sont invitées ordinairement une douzaine de personnes. C'est dans les réunions de ce genre que le caractère féminin de l'uraniste se manifeste avec le plus de netteté. Les faits que je vais rapporter paraîtront incroyables, cependant je les tiens d'uranistes dignes de foi. Tout d'abord, dans ces réunions, comme le montre déjà le nom sous lequel on les désigne, on ne prend que du café, et cette habitude purement féminine met déjà un peu en évidence le caractère particulier de l'uraniste. « Autour de la table étaient assis des hommes coiffés d'un bonnet hambourgeois, quelques-uns même
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en tablier. Chacun avait apporté son ouvrage : l'un tricotait, l'autre cousait, un troisième faisait du crochet, et ainsi de suite 1 ». La conversation ne ressemble en rien à celle des hommes et on n'y parle ni politique, ni science, etc. : c'est un véritable bavardage où il n'est question que d'histoires d'amour, de jalousie, etc. Dans ces réunions, les uranistes se laissent aller entre eux à une certaine expansion ; on en vient quelquefois aux attouchements, sans toutefois dépasser les bornes de ce qui est permis.
Comme nous venons de le dire, les uranistes donnent aussi de grands bals auxquels assistent quelquefois une centaine de personnes. L'élément féminin 2 y est très peu représenté, par contre la plupart des hommes sont habillés en femmes, bohémiennes, danseuses espagnoles, chinoises, etc. Le costume debal est pour l'uraniste un sujet de grands soucis, car chacun désire éclipser l'autre. C'est ainsi qu'un uraniste, après avoir pris conseil sur le costume à mettre pour aller à un de ces bals, disait : «Vous verrez que mon costume fera fureur ». A ces bals, les hommes dansent entre eux et c'est alors qu'on peut voir leurs mouvements revêtir une grâce toute féminine.
Les uranistes adorent ces bals, parce que, comme me disait l'un deux, ils sont las de jouer éternellement la comédie, pour ne pas se trahir. Là du moins ils sont libres et peuvent se laisser aller à leurs penchants.
Dans le monde uraniste on trouve très nettement marquées des différences d'état. Jamais un uraniste ne considérera un de ses compagnons comme lui étant supérieur, mais toujours il méprisera un peu l'uraniste dont la position sociale est inférieure
1 Ces faits m'ont été communiqués par un uraniste dont je suis absolument sûr; d'autres m'ont raconté des faits tout à fait idenliques, sans savoir que je les connaisais déjà. Du reste, je connais des uranistes qui prêtent très obligeamment leurs appartements pour les réunions de ce genre.
s Les femmes qui vont a ces bals sont ordinairement des tribades, dont il sera question plus loin.
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à la sienne. Un uraniste juif m'a déclaré qu'il n'existait pas de courant antisémite parmi les uranistes ; un autre m'a dit avoir eu souvent des rapports avec des nobles, sans trouver chez eux ce qu'on appelle la noble fierté. Le même individu considérait pourtant comme inférieurs les uranistes peu fortunés, les ouvriers par exemple, et parlait d'eux avec un sensible mépris. Mais d'un autre côté leur passion fait quelquefois disparaître complètement, ou pour un certain temps, l< s différences sociales. C'est ainsi qu'on voit un uraniste occupant une haute situation se trouver attiré, par suite d'une perversion particulière, vers un uraniste sortant des classes inférieures.
Les sobriquets dont se servent les uranistes sont assez intéressants à étudier. Disons d'abord qu'ils ont des expressions assez bizarres et pittoresque. C'est ainsi qu'on les entend souvent se servir du mot de « sage ». Ils diront, par exemple, que V est sage parce qu'il pratique l'uranisme. Si Y n'est pas sage, c'est qu'il n'est pas uraniste. Pour se différencier des autres classes de la société, ils disent, en parlant d'euxmêmes, qu'ils sont «vrais», c'est-à-dire qu'ils se sentent exclusivement attirés vers l'homme. La même éphitète de «vrai » leur sert encore pour se distinguer des membres de la prostitution masculine, ces derniers n'étant ordinairement pas atteints de perversion sexuelle. Quand ils disent «c'en est encore un », c'est pour désigner une personne qui a le penchant à l'amour masculin.
Souvent, surtout à Berlin, les uranistes s'appellent mutuellement « tantes » ou « sœurs ». D'après un malade de V. Krafft- Ebing, cette dernière expression est la plus usitée parmi les uranistes de Vienne. D'après Coffignon, le mot «tante » est également très usité à Paris, seulement d'après cet auteur 1
1 Le livre de Co f fi gnon: « La corruption à Paris », contient des données nombreuses sur la pédérastie à Paris. V. Krafft-Ebing en cite cruelaues-unes
l'inversion sexuelle
le mot en question ne se rapporte généralement qu'aux pédérastes passifs et plus spécialement à ceux d'entre eux qui en font métier et s'en servent dans le but de chantage ; quelquefois ils entretiennent des rapports intimes avec des prostituées. A Berlin on fait du mot « tante » un adjectif « tantiste », et au lieu de dire de quelqu'un qu'il est uraniste, on dit qu'il est « tantiste ».
Pour distinguer entre elles ces tantes, on les appelle Lisette, Marthe, et ainsi de suite. Ensuite, pour distinguer les Lisette assez nombreuses entre elles, chacune porte encore un sobriquet tiré soit d'un trait particulier au caractère, soit d'une habitude de l'uraniste. C'est ainsi qu'un uraniste s'appelle Lisette l'Anse à cause de l'habitude qu'il a d'appuyer ses mains sur ses hanches. Les noms féminins dont s'affublent les uranistes n'ont du reste pas de signification particulière. 11 est pourtant à noter que les uranistes juifs portent les noms de femmes juives et s'appelent Sarah, Rébecca, etc. Quelquefois les uranistes donnent une tournure féminine 1 même au nom de famille. C'est ainsi qu'on peut les entendre parler de la Müller, de la Schultze, etc., pour désigner l'uraniste qui s'appelle Müller ou Schultze.
Les uranistes de Berlin et des autres grandes villes se connaissent du reste fort bien. Môme ne se connaissant pas tous personnellement, ils apprennent par leurs conversations quelles sont leurs nouvelles recrues.
Vis-à-vis des hommes normaux, les uranistes gardent une réserve très rigoureuse pour tout ce qui se rapporte à leur
dans son livre. Dans le travail de Coffignon on trouve des sobriquets en usage parmi les pédérastes parisiens ; quelques-uns portent le sobriquet de » Jésus », d'autres s'appellent « petit Jésus, » etc.
1 Quelquefois le nom est tiré de la personne avec laquelle l'uraniste a ou a eu des rapport sexuels. Un uraniste qui avait eu des rapports avec le baron X, a été longtemps appelé « madame la baronne ».
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vie en général et à leur vie sexuelle en particulier. Il est très difficile de gagner leur confiance à cause du mépris qu'ils rencontrent généralement quand ils avouent leur prédisposition morbide. Ceci explique suffisamment la méfiance des uranistes, méfiance qui, pour des causes analogues, s'observe aussi chez les sourds-muets. Et, comme le sourd-muet, l'uraniste va très loin dans ses confidences et ses aveux quand il croit avoir trouvé un ami sûr.
Il est évident que lorsqu'un uraniste va trouver le médecin pour lui raconter sa vie et lui demander de le débarrasser, si c'est possible, de sa maladie, il est évident, disons-nous, qu'il n'éveille pas le sentiment de dégoût qu'il provoque quelquefois par ses manières dans la rue ou les lieux publics. J'ai vu des uranistes pleurer à chaudes larmes, de désespoir, dans mon cabinet de consultation.
Tarnowsky est d'avis que certains pédérastes, les pédérastes périodiques en particulier, se laissent, plutôt que d'autres, aller à des confidences. J'ai pu confirmer cette remarque et j'ai constaté que ce sont surtout les individus à perversion sexuelle accidentelle qui parlent à cœur ouvert de leur passion. D'après Tarnowsky > dans les grandes villes, les uranistes, dans les cas d'infection génitale qui se rencontrent chez eux de temps en temps, s'adressent à un seul médecin, toujours le même. Je ne puis dire si le même fait existe aussi à Berlin. On m'a bien cité le nom d'un de ces médecins*, mais la source d'où je tiens cette information ne me paraît pas très sûre.
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