IV
eux, puisque jamais on n'a aimé un garçon laid ni un vieillard même bien conservé.
Jamais il n'a existé autant de célibataires qu'à l'époque da César et des premiers empereurs romains (G. Chr. Lichtenberg) Cette période est aussi celle où la pédérastie se manifeste avec le plus d'évidence. En tous cas, jamais les femmes romaines ne furent aussi dépravées qu'à ce moment.
Jules César a été souvent accusé de pédérastie : Suétone nous le rapporte. Ses premières guerres eurent pour théâtre l'Asie. Envoyé à Bithynie pour ramener la flotte, il resta très longtemps chez le roi Nicomède et ce fut le point de départ de la rumeur qui l'accusait de pédérastie et de s'être prostitué à ce roi. Cette accusation resta longtemps attachée au nom du grand conquérant et lui attira de nouibreux atïronts de la part de diverses personnes, de Calvinus Lucinius entre autres. Gurion, l'ancien, l'appelait le Lupanar, d'autres la reine de Bithynie. Cicéron dit aussi dans ses lettres que César sacrifia à Nicomède la fleur de sa jeunesse. Mais, comme César n'était pas particulièrement ennemi du sexe féminin, il ne pouvait protester contre le mot de Gurion qui disait de lui qu'il était le mari de toutes les femmes et la femme de tous les hommes. D'après Suétone, il aurait aussi eu des rapports sexuels avec Ruiion, esclave affranchi. Il est intéressant de noter ici une habitude de César que nous retrouverons plus tard, en parlant de l'effémination. Il attachait un grand prix à la beauté de son corps, se faisait soigneusement couper les cheveux et raser- la barbe, et, tout comme l'uraniste moderne, il se serait épilé pour avoir la peau aussi lisse que possible.
Octave, le premier empereur romain et le parent de Jules César, ne put également se défendre de la réputation d'aimer
■ G. C. Lichtenberg'^ Vermischte Schrifften. Göttingen, 1845, Tome VI, p-
28 l'inversion sexuelle
usa hommes. On prétendait qu'il avait eu des rapports sexuels avec César lui-même et, comme lé disait 3f arc- Antoine, ce fut îe prix de son adoption. Dans une représentation théâtrale, à i'o<:.v.t v ion d'un jeu de mots, l'expression de cinœdus fut rap- £o:tî'3 par le peuple à l'empereur. Suétone croit pourtant que la vt* ultérieure d'Octave donna un démenti formel à ces acceptions.
LVc>inion publique accusa encore pins formellement de péd£*n3i»« le second empereur, Tibère, célèbre par sa cruauté. C'c«! ?!nsi qu'il avait amené à Captée des groupes de filles et de garçon-' et imaginé des raffinements extraordinaires dans les relations sexuelles. Dans ses jardins il avait réservé des end, ils spéciaux où il incitait à la débauche les jeunes gens des denx sexes. Un jour, en offrant un sacrifice, il fut tellement exei?/- par la vue d'un garçon qu'il en abusa aussitôt après la cérémonie.
Cjligula, le successeur de Tibère, avait la même réputation de déhauche contre nature. Sans parler de certains nobles retenus à Rome à titre d'otages, il aurait eu surtout des rapports avec Valère Catulle. C'est ce dernier qui semble avoir le plus contribué à la réputation de Caligula, car il déclarait ouvertement que l'empereur l'avait rendu malade par ses excès. C'est encore à Caligula que se rapportent les vers suivants d 'Ausonc, poète du ive siècle après Jésus-Christ, et qui sont cités par Maniegazza :
Très uno in lectu : struprum'duo perpetiuntur, Et duo committunt ; quatuor esse reor.
Falleris, extremis da singula crimina, et illuvù. Bis numeres medium, qui facit et patitur.
Ce passage ne peut signifier qu'une chose, c'est que CaHyuîa pratiquait simultanément la pédérastie active et la pédérastie passive. Le successeur de Caligula sur le trône romain fut Claude. Il est certain que sous son règne la pédérastie n'était
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pas non plus inconnue. C'est ainsi que Pompée, son gendre, fut poignardé à cette époque parce qu'il fut trouvé dans les bras d'un garçon qu'il aimait lui-môme. L'empereur Néron était aussi connu par ses débauches avec les garçons. Il fit métamorphoser, par tous les moyens possibles, le jeune Sporus en femme, l'épousa ensuite et exigea pour lui les honneurs dus à la femme de César. Comme Néron était universellement connu et craint pour sa cruauté, on disait qu'il était regrettable que son père n'eût pas épousé une femme dans le genre de celle qu'il s'était choisie lui-même. Quoi qu'il en soit, Néron traitait Sporus en impératrice, l'embrassait ouvertement et l'emmenait partout avec lui.
Disons encore que Néron avait du goût pour la pédérastie passive et qu'il s'était attaché un homme nommé Doriphore. Bruno Bauer1 considère, il est vrai, comme une pure invention de ses ennemis un grand nombre de faits imputés à Néron par Suétone, Dio-Cassius et Aurelius Victor. D'autre part, Dio-Cassius reproche au philosophe Sénèque, le maître de Néron, d'avoir poussé son élève à la pédérastie.
D'après Suétone, l'empereur Galba se plaisait mieux dans le commerce des hommes que dans celui des femmes. 11 avait en core une préférence pour les hommes maigres et bien experts dans la débauche. Un jour, il embrassapubliquement et avec passion un de ses amants. Son successeur Othon était soupçonné d'avoir eu des rapports avec Néron. En tous cas il avait des habitudes efféminées, et se faisait épiler, comme Jules César.
Le doux empereur Titus, qui était toujours entouré d'un grand nombre d'eunuques, se fit ainsi une réputation de pédérastie.
Son successeur, l'empereur Domitius, paraît avoir eu des relations sexuelles avec Clodius Pol Ho. Un fait rapporté par
* Bruno Bauer, Christus und die Cäsaren, Berlin, 1079.
L IN VERSTON SEXUELLE
Suétone est d'ailleurs intér^ai-t, parce qu'il montre qu'à Cette époque pourtant si dépravée les mœurs uranktes ne p&ssaiexi pas précisément pour honorables chez les Romains. En effet, une sédition ayant éclaté sous son règne, Domitien en punit sévèrement les principaux chefs. Deux d'entre eux furent graciés ; ils avaient pu démontrer qu'ils s'adonnaient à la pédérastie et que, de ce fait, ils ne jouissaient, ni de l'estime des chefs ni de celle des soldats et par suite ne pouvaient avoir sur eux aucune influence.
Nerva, le successeur de Domitien, était aussi un pédéraste. On disait même de lui qu'il entretenait des rapports sexuels avec son prédécesseur.
Les empereurs romains suivants étaient oralement connus pour s'adonnera la pédérastie. Gomme caractéristique des mœurs de cette époque, Ferdinand Greg or ovins relève ce fait qu'un homme comme Trajan sacrifiait à l'Amour entre hommes.
Son successeur Adrien occupe sous ce rapport une oiïZè h part. Son favori était un jeune grec, d'une remarquable beauté, du nom d'Antinous, qui, pendant un voyage d'Adrien enEgypte, se donna la mort dans le Nil. On n'est toujours pas d'acocvd pour expliquer cette mort. Nul doute qu'il ne fût l'amant de l'empereur ; plusieurs romanciers tels que Georges Taylor et 0. Linke l'ont raconté. Mais les mobiles qui ont poussé Antinous au suicide ne sont pas encore élucidés. On ne sait pa> si Antinous s'était sacrifié spontanément pour éviter un malheur à Adrien très superstitieux, ou si l'empereur avait exigé de lui ce sacrifice. Les opinions des anciens auteurs, de Dio Cassius, Spartianus, Aurelius Victor, sont très divisées sur ce point. Ce qu'on sait, c'est qu Adrien vénérait le jeune homme après sa mort et, d'après Spartianus, le pleurait comme une femme (muliebriter) ; Adrien fit fonder une ville en l'honneur d'Antinous. Il semble qu'il se soit agi, dans ce cas, d'un vé»
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ritable amour réciproque. On suppose même qu'Antinous s'était suicidé à cause des chagrins que lui causait l'inconstance d'Adrien. En tous cas, Antinous mort fut honoré comme un Dieu par l'empereur, qui peut-être s'aperçut alors seulement qu'il avait perdu un véritable amour \ Hêliogabale était un uraniste bien caractérisé. Il s'habillait en femme et donnait les meilleures places à ses amants. Il voulut même, comme Néron, se marier avec l'un deux. Quand éclata l'émeute qui lui coûta la couronne et la vie, il voulut fair avec son amant, mais il fut tué par les soldats. Lampidius disait d'Héliogabale que cet empereur per cuncta cava corporis libidinem suscipiebat. Son amour pour l'eunuque Hiéroclès alla si loin ut eidem ingiâna oscularetur 2.
Je viens de passer en revue une série d'empereurs romains connus par leur pédérastie et leurs goûts d'uranistes. Mais il est évident, comme nous l'avons déjà dit, que ces mœurs n'existaient pas seulement chez les empereurs, mais aussi chez un grand nombre de leurs sujets. Du reste, les poésies et les écrits de cette époque sont très affirmatifs à cet égard.
Dans les fables de Phèdre, imitées d'Esope, la fable 15, intitulée « Prométhée » (livre IV), se rapporte d'une façon assez nette à l'uranisme des hommes :
Rogavit alter, tribadas et molles mares, Qu£e ratio procrasset ? exposait senex.
L'opposition des tribades et des molles mares ne laisse pas de doute qu'il ne s'agisse ici, sous la dénomination de « molles mares », des hemmes à sensations féminines attirés vers les rapports sexuels avec d'autres hommes. Du reste, la suite delà fable confirme pleinement notre supposition. A la question qui lui est faite de savoir comment les uranistes et les tribades furent
1 Communication de M. N. N.
* J. J. Virey, Die Ausschweifung in der Liebe, traduit du français par L. Hermann, Leipzig. 1829.
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créés, le vieillard répond par un récit dont voici le sens général. Prométhée qui, suivant certaines légendes anciennes, a créé le genre humain, a formé séparément les corps et les parties génitales. Au moment d'appliquer les parties génitales aux corps il est invité à un festin par le dieu Bacchus. A son retour, ivre et à moitié endormi, Prométhée confond les parties génitales et applique à l'homme les parties génitales de la femme et à la femme celles de l'homme :
Adplicuit virginale generi masculo,
Et mascuiina membra aclposuit feminis.
Ita nunc libido pravo fruitur gaudio.
C'est pour cela que les penchants sexuels se sont trouvés invertis.
Dans les poésies d'Horace on rencontre de nombreux passages relatifs à l'amour entre hommes. Dans l'ode dédiée à Valgius, Horace cherche à le consoler de la mort du garçon qu'il aimait. Valgius avait lui-même composé des chants funèbres pour la mort de son amoureux ; c'est à ce fait que font allusion les vers suivants d'Horace :
Tu semper urges flebilïbus modis, M)st,en ademptum, nec tibi Vespero Surgente decedunt aniores.
Nec rapidum fugiente Solem.
Horace lui-même fut accusé de pédérastie à cause de plusieurs odes qu'il dédie à des hommes. Mais, à la lecture de ces odes, on ne trouve pas de preuve convaincante de ce fait. Les poésies le plus directement incriminées ne renferment absolument rien qui puisse justifier cette assertion. La 10e ode du livre IV, adressée à Ligurinus , est, il est vrai, un peu suspecte : elle décrit Ligurinus comme un beau jeune homme, dont la beauté et la jeunesse sont pourtant destinées à disparaître plus tard. Mantegazza compte aussi Virgile au nombre des pédérastes ; sous le nom d'Alexis il aurait immortalisé
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son amour pour le jeune Alexandre. Quoi qu'il en soit, la seconde églogue de Virgile est très importante pour résoudre la question.
Il faut encore citer le roman de Pétrone « Satyricon » dans lequel l'auteur s'occupe de la pédérastie et des mœurs de la Rome impériale. V. Kraffi-JJi ing considère cet écrit comme le plus ancien roman ayant trait à la pédérastie. On trouve encore des renseignements précieux pour notre sujet chez les poètes, en particulier chez Mu f liai, Juvènal, Catulle, etc.
Tibulle, qui vivait à une époque antérieure, parle aussi sans équivoque, dans ses Elégies, de l'amour des garçons. Il demande à Priape, fils de Bacchus, comment il fait pour se procurer de si beaux garçons. Priape lui répond de se méfier des serments des garçons, car ils sont parjures en amour.
Da reste, sous les Césars, la prostitution masculine était très répandue à Rome.
En dehors des Grecs et des Romains, on retrouve aussi la pédérastie chez d'autres peuples anciens. Hérodote et IJippo- -craie ont décrit une affection particulière aux Scythes. Ils s'habillaient alors en femmes et se livraient à toutes sortes d'occupations féminines. D'après Chevalier, Michèa avait | déjà interprété cette affection dans le sens d'une aberration du sens génital. C'est aussi l'opinion de v. Krafît- Ebing.
En Macédoine, l'amour entre hommes était également connu. On dit même qu Alexandre le Grand s'y adonnait et <ju'Hépiiesiion était son amant favori â. Gregorovius rappro-
3 Comp. F .Anabase d'ArHan.
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cheles plaintes du grand, roi sur la mort à'IIéphestion de celles à9 Adrien pleurant Antinous.
D'après certains auteurs l, l'amour entre hommes au-v*t existé chez les anciens Germains. Chevalier, auquel nous devons un grand nombre d'indications historiques se rapportant à notre sujet, nous dit que Diodore avait signalé la pédérastie chezles anciens Gaulois et les peuplades Osques d'Italie:
Il est difficile de faire un historique exact des perversions sexuelles à l'époque du christianisme, au Moyen âge, et dans les temps modernes, jusqu'à la tin du xviir6 siècle. Mais il ressort d'un grand ouvrage de Paul Zacchias (Quœstio.zum medico legalium tomi III, Lib. IV), cité par E. Hoffmann, que la pédérastie était très répandue à ces époques. Suivant Manicgazza ce phénomène se serait généralisé en France après les croisades. Phillippe-le-Beau s'éleva avec vigueur contre ces pratiques, et c'est sous ce règne qu'eut lieu le célèbre procès des Templiers, contre lesquels on porta de graves accusations de débauches contre nature. Le premier délateur fut Squin de Flexiau, ancien commandeur de l'Ordre. Toutefois on ne sait pas jusqu'à quel point toutes les accusations étaient fondées. Il n'en est pas moins intéressant de noter un usage qui accompagnait la réception des néophytes. Le récipiendaire était obligé d'embrasser celui qui le recevait « sur une partie du corps extraordinaire ou inconvenante, dénudée à cet effet », et se trouvait ainsi tenu, par pudeur, de garder le silence. Hen-Am Rhyn % auquel j'emprunte ce détail, doute de la réalité de cette coutume, tout en admettant que la
r D'après Hössli on trouve chez Tac it e un passage dans lequel les mots corpore infames ne peuvent se rapporter, suivant le sens du texte, qu'à la pédérastie des Germains ; Lippius, qui considère cette accusation comme mal fondée, a modifié le texte en remplaçant le mot « corpore » par celui de « torpore. »
2 La livre des Mystères. S1 Gallen, 1869.
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débauche a dû être souvent pratiquée par les Templiers. Plus tard les Français accusèrent les Italiens d'avoir introduit la pédérastie en France, avec la suite qui accompagnait Catherine de Mèdicis.
Le reproche infamant de pédérastie fut souvent adressé au clergé et aux membres de l'église catholique. Ceci n'a rien d'étonnant, car les ennemis de l'Eglise et l'Eglise ellemême n'étaient guère difficiles sur le choix des moyens de combat.
D'après Y « Aurea Monita » de l'ordre de Jésuites, dont l'authenticité est encore douteuse, les péchés de la chair et particulièrement la sodomie figurent parmi les causes d'expulsion, avec cette restriction que les supérieurs avaient le droit d'absolution. Carl Julius Weber 1 leur reproche souvent cette passion pour l'amour vicieux. Le même auteur nous trace encore le tableau de la vie des cloîtres, vers la lîn du xvme siècle, d'après ce qu'il a vu personnellement. Au couvent d'Eberach, il y avait des castrats qui remplissaient le rôle d'enfants de chœurs. Le jeu favori des moines était de « jouer au mariage. » Ce jeu, dit Weber, était peut-être anodin ; admettons-le par charité chrétienne, puisque nous n'y avons jamais assisté. Mais ce que nous ne pouvons oublier, ce sont les regards de faune que les moines, surtout les Italiens, jetaient sur de beaux garçons qu'ils embrassaient comme Jupiter devait embrasser Ganymède et Socrate Alcibiade. » Pour Weber 2, c'est la loi du célibat édictée par Hildebrand (Grégoire VII) qui fit tomber rapidement le clergé catholique dans la plus honteuse débauche. Bien que Hegel considère le célibat du clergé catholique comme moins contraire à la nature qu'aux bonnes mœurs, il n'en est pas mom >
1 Die Möncherey. Stuttgart, 1820. III, 1. S, 314.
t Das Pabsthum und die Päbste. Stuttgart, 1834. Tomel, p.SîS
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vrai qu'un tel édit pouvait 1 favoriser le développement de l'amour entre hommes.
Il ressort du reste des ouvrages d'un grand nombre d'auteurs qu'au Moyen âge la pédérastie était très répandue. Antonio Beccadelli, de Païenne (1394-1471), plus connu sous le nom de Panormitanus, a flagellé les passions contre nature * dans son Hermaphrodite. L'Orient nous fournit aussi quelques données sur l'amour entre hommes, au Moyen âge. Sous le règne de Constantin, il aurait déjà existé à Gonstantinople des maisons publiques où l'on pouvait se procurer des hommes, aussi facilement que dbs femmes.
Sous Bajazet I (1389-1403), la pédérastie s'était généralisée dans l'Empire turc. Le vizir Ali-pacha se sentait vivement attiré vers les garçons chrétiens ; il les éleva bientôt au rang de pages, à cause de leur beauté ; ce serait là le début, ou, ce qui me parait plus juste, la manifestation ouverte de la pédérastie dans l'Empire ottoman. Beaucoup de guerres contre les chrétiens n'auraient eu d'autre but que de procurer des enfants chrétiens a la débauche des Turcs et de combler les vides survenus dans les rangs des pages. Les garçons grecs, serbes, bulgares, hongrois, devaient se prêter aux passions de leurs maîtres, mais ils parvenaient souvent aux plus hauts emplois. Ce qui est caractéristique de la façon dont la pédérastie était ouvertement pratiquée, en Orient, jusque dans les temps modernes, c'est l'ordre que donna le grand vizir, vers la fin d'avril 1771, au début d'une campagne, de chasser du camp tous les « gamins. » Cette ordonnance ne fut du reste pas exécutée 3.
Le célèbre écrit « Liber Gomorrhianus » dans lequel Damiani p*int les vices et les amours du clergé, avait paru avant l'édit d'Hildebrand.
s Renaissance und Humanismus in italien und Deutschland, par Ludwig. Geiger, Berlin, 1882.
s Joseph v. Hammer Purgstall. Geschichte des osmanischen Reiches Pesth, 1840, 4 vol.
L INVERSION SEXUELLE
On a fait souvent aux Musulmans le reproche d'immoralité, autant pour la fréquence de la pédérastie chez eux que pour l'existence des harems et d'autres institutions analogues. Pourtant Aug. Muller, qui connaît fort bien la question, croit que l'immoralité est infiniment plus rare chez les Musulmans que chez les peuples d'Occident.
Un grand nombre de poètes orientaux, turcs ou persans, ont chanté l'amour entre hommes. Hœssli a réuni dans son livre un grand nombre de poésies et de communications sur ce thème. J'emprunte une grande partie des faits suivants à cet auteur.
Le poète turc Ruscheni avait pour avocat un beau jeune homme, appelé Chysr. Le sage Ssaadi Tschelebi, réputé pour sa vertu, a laissé toute une série de poésies, entre autres les vers suivants, adressés à un garçon :
La blonde lune de ta beauté éclaire le monde ; Tes yeux noirs me font perdre la raison, etc.
Le célèbre calligraphie Ssaji passait aussi pour entretenir des relations avec un beau garçon auquel il aurait donné toute sa fortune.
En Perse, nous voyons les poètes célébrer souvent l'amour entre hommes. Le poète persan Sadi est l'auteur de plusieurs poésies dans lesquelles il adresse des supplications à un amant. Après la mort du bien-aimé, Sadi se lamente :
Que mes yeux ne voient plus le monde où n'est plus mon amant ; que ne suis-je couché avec toi sous la terre sur laquelle maintenant ma tète repose, arrosant ta tombe de mes larmes...
Au moment de -se séparer de l'homme aimé, il s'écrie :
Amer et doux est le baiser d'adieu sur la lèvre de l'ami, etc.
Ce qui donne une importance particulière à ces poésies éroti-
l'inversion sexuelle
ques, c'est que Sadi vivait vers Fan 1300. Dans toutes ces poésies ayant trait à l'amour entre hommes, le poète cherche à introduire un élément moral. C'est ainsi qu'il se pose cette question : comment se fait-il qu'un roi, des plus beaux garçons aime quelquefois le moins beau ? Tel répond que ce qui charme L'âme charme également les yeux.
Il nous reste à mentionner Hafiz, mort en 1394, l'un des plus grands poètes persans, TAnacréon de la Perse suivant l'expression de Ramdohr. La plupart de ses poèmes sont adressés à ses amants, à qui il était attaché par des liens sensuels ; on ne saurait ici mettre en doute l'existence de l'amour entre hommes :
« Si l'aimable échanson m'était favorable, je balayerais le sol de sa maison avec les cils de mes yeux. »
« Le vent eliieura les boucle de ta chevelure, et de jalousie, le monde s'est assombri sur moi. »
« 0 bien-aimé ! l'éclat de la lune brille su.' ton visage, et la fossette de ton menton recèle toute une source de passions!... Que n'est-ce ma destinée d'embrasser toujours tes lèvres de miel '•• »
Meiolaua Dschelahddin Rumi, un autre poète persan très connu, mort en 1272, a également laissé, entre autre, une poésie rappelant la pédérastie et dont voici quelques lignes, d'après la traduction de Ruckert :
La rose est le symbole suprême de l'amour,
Je veux offrir la rose à l'ami de mon cœur.
... La rose porte dans son cœur l'épine silencieuse,
Car jamais les douleurs n'abandonnent l'amour.
Le poète persan a chanté de préférence Péchaiison :
Mon œil reposait sur l'échanson, Mon oreille sur le luth...
Et plus loin .
Viens, échanson, car je voudrais bien te servir... 1 Toutes ces citations son* prises dans le livre de Ramdohr,
Dans les pages qui précèdent j'ai étudié les manifestations de l'amour entre hommes, depuis les temps les plus reculés jusqu'à la lin du xvnr3 siècle. Nous avons vu qu'en Occident la pérédastie était réprouvée comme un vice, tandis qu'en Orient elle jouissait d'une considération plus grande. La littérature occidentale ne nous fournit que rarement des données scientifiques sur la question, et ce n'est que vers la fin du xvnr9 siècle que l'on commence à envisager cet ordre de faits d'une façon plus rationnelle. Ajoutons toutefois que, même avant cette époque, on trouve déjà mentionnée l'existence de ces phénomènes. A cet égard, nous pouvons citer Boccace, Machiavel, Aretin, les mémoires de Casanova, l'Amour socratique de Voltaire dans le Dictionnaire phylosophique. Dans ces dernières années le côté scientifique de la question a été mieux mis en lumière, par exemple par Wieland, ou encore clans le Système de psychologie organique d'Hermann Klencke 1 et beaucoup d'autres ouvrages 2; mais ce sont surtout Ramdohr et Meiners 3 qui ont le plus contribué à placer cette question sur un terrain vraiment scientifique. L'homosexualité se trouve étudiée en détail dans la Venus Urania et le livre de Ramdohr que nous avons déjà eu l'occasion de citer.
1 Au lieu de parler d'amour homosexuel, Klencke parle d'amour pythagoricien. Je crois que c'est à tort, car ni chez Pythagore ni chez ses disciples, je n'ai rien trouvé qui puisse justifier cette appellation.
3 Presque tous les auteurs qui ont étudié la civilisation grecque ou parlé des Banquets de Platon ou de Xénophon, insistent sur l'existence de la pédérastie en Grèce. Je citerai, sous ce rapport, Herder, W. A. Beciïer (Charikles odes Bildes altgriechischer Sitte, 1842, 2 Bde), Schenkl, C. F. Rettig- (Erläuterungen zu Xenophons Gastmahl), W. H. Thompson (Phädrus von Plato). A. Hug. (Symposion von Plato) ; le même sujet se trouve aussi traité dans les commentaires du discours (XEschyne contre Timarque.
3 Malheureusement je n'ai pu me procurer l'ouvrage en question. Je le trouve souvent cité, sans toutefois savoir d'une façon certaine si c'est Meiners qui en est l'auteur, ou s'il ne s'agit que des œuvres d'un autre auteur, de Weingart, édité par Meiners.
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Ramdohr s'exprime très nettement sur l'amour entre hommes, faisant preuve à la fois d'une grande sagacité et d'une incontestable expérience. Non seulement il examine en détail les opinions des anciens Grecs et des autres peuples sur la pédérastie, mais encore il nous renseigne sur la fréquence de l'uranisme à son époque, à la fin du siècle dernier, et il en rapporte des exemples intéressants. Il n'admet pas que las}onpathie sexuelle doive exister seulement entre deux êtres capables de contribuer à la propagation de l'espèce. D'après lui, le penchant sexuel peut se manifester chez deux individus appartenant au même sexe.
Dans le « Magazin für Erfahrungssee lekunde » de Moritz (Tome vin. 1791) nous trouvons deux cas très nets de perversion sexuelle. Bien que, dans ces observations, la pédérastie soit fortement discutée dans les deux cas, on n'y trouve pas moins un penchant bien caractérisé pour les hommes. Chez l'un d'eux la perversion sexuelle ne se manifesta, du moins dans toute sa vigueur, que lorsqu'il eut fait la connaissance d'un autre homme. Cette particularité est du reste bien connue, et il n'est pas rare de voir la perversion sexuelle rester longtemps latente et se manifester seulement à l'occasion d'une rencontre avec un individu déterminé.
Ramdohr nous signale un auteur nommé Bœssli qui entreprit, en 1836, une campagne passionnée pour justifier l'amour entre hommes. Son ouvrage, l'Eros, que nous avons déjà cité, se compose de deux volumes ; malgré des longueurs qui en rendent la lecture difficile, il renferme, au point de vue bibliographique, des matériaux précieux.
Dans le temps, il y eut, en Suisse, un procès retentissant. Un homme très considéré avait, sans cause connue, tué un jeune homme ; il fut condamné, pour ce fait, à la peine de mort. Hœssli, qui admettait qu'il s'agissait d'un assassinat par jalousie, se donna beaucoup de peine pour débrouiller cette affaire
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très obscure. Il s'adressa alors à H. Zschocke, qui écrivit une nouvelle dans laquelle une jeune fille, déguisée en garçon, allumait une passion violente chez un homme. Mais il est évident que le célèbre nouvelliste ne comprit pas les intentions de Ilœssli, et c'est alors que celui-ci écrivit son livre, En 1844, Kaan publia un travail (Psychopathia sexualis) cù 1 étudiait la pédérastie et l'onanisme, mais plus particulièrement ce dernier penchant.
En 1847, Brierre de Boismo?it, Michèa et d'autres auteurs signalent plusieurs cas de perversion sexuelle en France. En 1849 Michèa attira l'attention sur l'amour homosexuel à l'occasion d'un cas de violation de cadavre. En 1832, Casper a fait plusieurs communications sur la pédérastie, dans le journal qu'il rédigeait. Il insiste principalement sur ce fait que cet état est souvent congénital, et que ce n'est pas toujours Vimmissio membri in anum qui satisfait les désirs. D'autre part, il montre que parfois il s'agit de manifestations dues à la décadence des mœurs. Casper donne en même temps toute une série de documents fort intéressants et des biographies d'uranistes. Une affaire de pédérastie où Casper fut appelé à titre d'expert eut alors un grand retentissement ; l'accusé principal était un comte que Casper désigne sous le nom de comte Caïus. Le même auteur a encore réuni certains matériaux dans ses Nouvelles Cliniques. Vers la même époque nous voyons, en France, Tardieu publier un ouvrage * sur la pédérastie. Il paraît avoir acquis, en l'espèce, une grande expérience, et avoir observé un nombre considérable de faits.
A côté des auteurs dont nous venons de rapporter brièvement les travaux, il faut encore citer Schopenhauer qui connaissait aussi les perversions sexuelles. On sait que, pour ce philosophe, tout, dans le monde, a un but déterminé, et, d'après
i Etude médiço-légale sur les attentats aux mœurs... 5« édit., Paris, 1867.
lui, ce but existe aussi dans la perversion sexuelle des vieillards. Gomme ceux-ci ne procréent, en général, que des enfants faibles, la nature leur a donné, d'après Schopenhauer, des penchants, non pour la femme, mais pour l'homme, afin de s'opposer à la dégénérescence physique du genre humain. Aussi, dans son livre : « Le monde comme volonté et comme représentation, » ne trouve-t-il guère à la pédérastie que des avantages.
Vers 1860, l'attention fut attirée sur un auteur qui publia une série de travaux sur les perversions sexuelles, d'abord sous le pseudonyme de « Numa Numantius » , ensuite sous son vrai nom de Carl Heinrich Ulrichs *. C'était un assesseur d'Etat qui s'était acquis une certaine réputation par d'autres travaux. Comme nous l'avons déjà dit, dans le chapitre précédent, c'est à lui que nous devons le terme d'Uraniste qu'il introduisit dans la science. Ses écrits avaient pour but l'étude de l'uranisme et sa justification. Il demandait notamment l'abrogation de tous les articles de lois qui ont trait à l'amour entre hommes. Pour lui cet amour devrait être aussi libre que l'amour entre l'homme et la femme, et la loi ne devrait intervenir pour le premier que dans les conditions où elle le fait pour les rapports sexuels normaux. Les travaux d' 'Ulrichs sont remarquables à nombre de points de vue. Ainsi que le déclare Chevalier, il a été pendant de nombreuses années seul à envisager scientifiquement la question des perversions sexuelles. Il est certain qu'il va beaucoup trop loin dans ses conclusions ; c'est ainsi qu'il demande que le mariage entre hommes soit autorisé au même titre que le mariage entre l'homme et
i Ulrichs, partisan décidé des Guelfes, fut, après l'annexion du Hanovre, arrêté et interné, pour des raisons d'ordre politique, à Minden. Pendant le transport, tous ses papiers furent confisqués. Parmi ces papiers se trouvaient aussi les listes d'uranistfs de plusieurs grandes villes. La liste de Berlin comprenait 150 noms parmi lesquels se trouvaient, d'après Ulrichs, un grand nombre de personnes occupant des situations très élevées.
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la femme ! S'il n'avait pas exprimé son opinion aussi passionnément, il eût certainement mieux servi qu'il ne Fa fait la cause qu'il défendait. Comme, de son propre aveu, il était lui-même uraniste, il parlait en quelque sorte pro domo sua et se laissait aller à des écarts de langage tels qu'il est difficile de donner toujours une sanction scientifique à ses assertions. En 1865, Ulrichs demanda avec le professeur Tewes, de Graz, au congrès de droit allemand, l'abrogation, dans tous les états allemands, des articles correspondants du Code pénal. En 1867, il reprit la même question au Congrès de Munich; mais il semble que pour éviter un scandale on fit exprès de ne pas mettre la question à l'ordre du jour. En 1870, un éditeur allemand voulut lancer une publication périodique intitulée « Uranus » qui ne devait s'occuper que des questions de perversion sexuelle. Mais il paraît qüe le premier fascicule seul de cette publication parut ; du moins, je n'en ai pas vu d'autres.
Peu de temps avant, un des plus éminents psychiatres allemands, Griesinger, traita la question de l'uranisme dans la leçon d'ouverture du cours qu'il fit en 1869 à la clinique l sy"hictrique de Berlin. Cette leçon ne parait pourtant pas avoir eu un grand retentissement. En 1869, J/. Frankel, de Dessau, mentionne aussi, dans une communication relative à la perversion sexuelle des pédérastes, d'autres troubles psychiques et des hallucinations. Peu de temps après, une nouvelle impulsion fut donnée à la question parWestphal *qui, comme nous l'avons déjà dit, introduisit dans la science le terme d'inversion sexuelle pour désigner ce phénomène. Il considérait que c'était là une affection congénitale; il en pu-
1 Maintenant que Westphal est mort, nous pouvons parler librement de son humanité. Une personne dont l'histoire constitue un des premiers cas de ce genre observés par Westphal, m'a exprimé pers-on.ifil'jment combic-n elle avait été touchée de la compassion et de l'intelligence avec lesquelles le grani psychiatre traitait dès ce moment ces malades.
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blia tout d'abord deux cas, en insistant surtout sur ce que ces malades ont parfaitement conscience du caractère morbide de leur état.
La publication de Westphal fut suivie surtout en Allemagne d'un certain nombre de travaux sur la question qui nous occupe. Ces travaux parurent1 presque exclusivement dans les Archiv für Psychiatrie rédigées par Westphal. Parmi ces auteurs nous pouvons citer ici : Scholz, Goch, Schminke, Liman, Sterz, Krueg, Ralow, Blumer, Savage, Servaes et autres. Le livre de V. Krafft-Ebing sur les psychopathies sexuelles, paru en 1891, contient des indications précises sur la bibliographie plus récente du sujet. En 1876, Stark fit au congrès des aliénistes de l'Allemagne du Sud une communication importante sur ce sujet, communication basée sur un grand nombre de nouvelles observations. Depuis cette époque, les travaux se multiplièrent aussi bien en Allemagne qu'à l'étranger. Un des cas les plus remarquables fut publié par Charcot et Magnan. En 1885, Magnan publia son travail sur la perversion sexuelle, peu de temps après les leçons faites sur le même sujet par Lacassagnc, de Lyon. En France, on désigna ce phénomène, avec Charcot et Magnan, sous le nom d'inversion de l'instinct sexuel, et ce ternie fut également adopté par un certain nombre d'auteurs italiens.
En 1886, Tarnowsky 2 fit paraître un livre contenant un grand nombre documents sur la perversion et les aberra-
1 En 1868, Westphal souleva à la société médico-psychologique de Berlin une discussion fort intéressante sur la question, discussion à laquelle^prirent part, entre autres, Skrzeczka et A. Bastian. Ce dernier fit observer que la perversion sexuelle n'est pas rare chez les peuples non civilisés chez lesquels les pervertis sexuels sont considérés comme des individus supérieurs, des saints, et l'ornuut une sorte de caste particulière.
- B. Tarnowsluj. Die Kran Kuatten Erscheinungen der Geschlechtssinne?.. Berlin, 18SG.
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tions sexuelles. Ce qui manque à ce livre, c'est une classification systématique et une différenciation suffisamment nette des diverses perversions sexuelles.
C'est à dessein que nous n'avons encore mentionné qu'en passant l'auteur qui, depuis un certain nombre d'années, a, sans contredit, le plus contribué à l'étude de cette question : nous avons nommé v. Krafft-Ebing. En 1877, il avait déjà fait paraître un travail assez complet sur la perversion sexuelle. En 1881, il publia une étude plus étendue sur le même sujet. Mais c'est surtout sa Psychopathie sexuelle qui constitue une monographie systématique de la perversion sexuelle. Par des additions successives ce livre se transforma, en quelques années, en une œuvre plus considérable dont la dernière édition parut en 1891 \ C'est à v. Krafft-Ebing que nous devons l'essai d'une classification précise des différentes formes de la perversion sexuelle. C'est lui qui établit l'existence de certaines variétés d'aberrations sexuelles telles que le masochisme, le sadisme, le fétichisme 2, tout en montrant les relations qui existent entre l'inversion sexuelle proprement dite et ces différents états. Mais ce qui donne une valeur et une importance toute particulières aux travaux de V. Krafft-Ebing, c'est la publication d'un certain nombre d'auto-biographies sincères de ses malades, qui ont considérablement enrichi ce domaine scientifique.
Il m'est impossible de citer les noms de tous les auteurs modernes qui se sont occupés de la question. Je nommerai pourtant: Morselli, Leonpacher, TlolUender, Kriese ; puis le travail complet de Chevalier: De l'inversion de l'instinct sexuel, paru en 1885. Je citerai encore Golenko, en Russie ; Ritti, Cantarano, Tamassia, Lombroso, en Italie ; Sérieux,
1 Je cite toujours d'après cette édition de 1891.
»Comp, aussi: R. v. -Krafft-Ebing, Neue Forschungen auf dem Gebiet der Psychopathia sexualis. Stuttgart, 1890.
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Kiernan, Schrenk-Notzing. Des indkaîioas bi biographiques exactes se trouvent dans la psyehopatbio sexuelle de V. Kraffi-Ebing, édition de 1891, et dans le trava-i de Chevalier.
Disons encore que dans la littérature on s'occupe parfois de l'amour entre hommes, bien qu'il s'agisse Ye pl*;.s souvent de l'inversion sexuelle chez la femme. Récemment cette question fut abordée par Tolstoï dams sa Sonate à Kreuzer. Avant lui l'amour entre hommes avait déjà été décrit par Alexandre v. Ungern-Sternberg, dans des romans qui curent leur période de célébrité, et par le poète Wiese l, dans un drame intitulé ; « Les Amis. »
II est certain que la pédérastie et l'uranisme se rencontrent non seulement chez les peuples civilisés du Nord, mais aussi dans d'autres pays. Dans certaines régions du littoral de la Méditerranée, la prostitution masculine se manifeste encore aujourd'hui d'une façon très nette. A N api es, le soir sur la via Toledo, des jeunes gens s'offrent aux passants, et les entre-
1 Th'jssli cite plusieurs passages de ce drame. Je profite de l'occasion pour rek.yer l'intolérance singulière des uranistés envers les romanciers et les poètes qui, d'une façon ou d'une autre, touchent à la question de l'amour entre hommes. Pour l'uraniste moderne, les tendances uranistés de l'écrivain
ne font alors plus aucun doute. Cependant, pour le romancier ou le poète, il suffit souvent n«j potivoir pénétrer dans l'àme de leurs personnages. Il est
on de connaître cette tendance des uranistés à généraliser leur cas pour «avoir à quoi s'en tenir sur leurs affirmations. La plupart du temps, l'uraniste est incapable d'envisager froidement tout ce qui touche à sa nature, et
peat-êirenulle part on ne trouve autant d'intolérance que chez lui,
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metteutïâ vantent 1 non seulement leur marchandise féminine, mai:] encore leur marchandise masculine. Je considère comme démontré que l'uranisrne a toujours été plus répandu en ItalÂz que dans les autres pays d'Europe. Ramdohr nous dit qu'au siècle dernier l'amour entre hommes était très fréquent en Italie. Sur l'Orient aussi nous possédons des faits nombreux relatifs à la pédérastie. Heinirch. v. Mallzahn relate dans un de ses livres que, dans les faubourgs ne Kaaba, les garçons s'offrent aux étrangers, et un autre voyageur nous raconte qu'au Caire, comme il marchandait deux es.-1 claves, le marchand lui dit ceci : « Tu comptes donc pour rien le plaisir qu'ils te procureront ! » Lenz mentionne, dans son livre de voyage, intitulé « Tomhouçtou », les mauvaises mœurs des gros personnages de l'empire qui possèdent des négrillons châtrés. Ceux-ci sont pris parmi les enfants des esclaves, et ces habitudes sont tellement générales que personne ne s'y arrête plus et que les Européens seuls s'étonnent de la publicité avec laquelle on parle ou on traite de ces affaires.
Suivant Krauss *, la pédérastie est encore aujourd'hui très répandue en Chine. D'après cet auteur, la ville de Tschang- Thcu pullule d'entremetteurs pour pédérastes, connus sous le nom de « catamiti ». En province ce sont ordinairement des esclaves qui jouent ce rôle. A Pékin, ils constituent officiellement une classe à part. Dans cette ville, du reste, il existe des établissements où des garçons de i î à 12 ans sont éduqués en vue de la prostitution. Au théâtre on voit des citoyens honorables ayant derrière eux leurs Amasii,
1 Communication orale de témoins oculaires dans ces dernières ann^zo, J. L. (Jasper fit une communication analogue en 1854. « A Naples et en Siciic les entremetteurs, dans la rua en plein jour, vous offrent un b*?llissimo r&gazzo, quand vous refusez les levâmes qu'ils vous proposent. » Casper a observé le même lait en P«.ussie et on Turquie, ce qui concorde, du reste, areo |es communications orales qui m'ont été faites.
2 A. Krauss. Die Psychologie des Verbrechens. Tübingen, 1884.
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c'est-à-dire leurs amants favoris. Les orgies bestiales qui s'y passent ne peuvent guère se comparer qu'à celles de l'ancienne Rome.
Une personne qui a longtemps habité le Japon et en connaît bien les us et coutumes nous a dit que la pédérastie était assez fréquente dans ce pays. Elle serait surtout répandue parmi les élèves des pensionnats et les soldats casernes. Toutefois, au Japon, la pédérastie n'est pas aussi publique qu'en Chine.
Tarnowsky dit que la noiabilité et la richesse du musulman s'évaluent d'après le nombre des garçons qu'il a à son service. Du reste, les faits relatifs à la pédérastie en Orient et en Afrique sont très nombreux.
Les mêmes phénomènes s'observent non seulement en Orient, comme on le croit souvent, mais encore dans bien d'autres régions exotiques. Maniegazza, auquel j'emprunte un grand nombre de détails, donne sur ce sujet des renseignements précieux dans ses Etudes anthropologiques sur l'amour chez l'homme. D'après lui, dans certaines parties du Mexique, il y avait même dans le temps des mariages entre hommes. Les communications de voyageurs sur l'existence des pédérastes en Californie et à Nicaragua sont très positives. D'après Mantegazza, au moment d e la découverte de l'Amérique, on trouva chez les habitants de Panama des pédérastes, et ce fait démontre l'existence de la pédérastie chez les peuples primitifs. Du reste, toutes les données que nous avons sur l'Amérique nous montrent que la pédérastie y était déjà connue avant l'arrivée des Européens ; il en est de même du Pérou *. A Madagascar il existe des danseurs habilles en femmes et pratiquant la pédérastie. D'après une notice de Westphal, dans
1 Pour ce qui est du Pérou, il ne faut pas oublier que les Espagnols ont attribué aux habitants de ce pays tous les vices possibles et imaginables pour justifier en partie les atrocités commises par Pizzaro et ses compagnons, pendant ia conquête de ce pays (Joh. Scherr.)
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la Zeitschrift für Ethnologie (1869. Vol. I, § 88), le même phénomène existe chez les Indiens. Il existe chez eux une classe d'hommes qui ne peuvent résister au désir de s'hahiller en femmes et se conduisent tout à fait comme des femmes. Du reste Virey, dans son histoire naturelle du genre humain, parue à Paris en 1824, raconte que les rapports sexuels entre hommes existaient chez les peuples non civilisés de l'Amérique du Nord.
Hammond, comme nous le dit V. Krafft-Ebing , rapporte un fait analogue chez les descendants des Aztèques du Nouveau-Mexique. Chaque hranche de ces familles fournirait, sous le nom de Mujerado, un des leurs pour des rites religieux où la pédérastie joue un rôle important. Le mujerado reçoit une éducation particulière : par la masturbation et les promenades continuelles à cheval, on provoque chez lui une impuissance paralityque. On obtient ainsi une atrophie du pénis et des testicules et une sorte d'effémination analogue à celle qu'on observe chez les eunuques. Les poils de la barbe tombent, la voix prend une tonalité plus élevée, de sorte qu'en dernière analyse le mujerado montre des tendances féminines et se range complètement dans la catégorie des femmes.
Je désire maintenant étudier une série de personnalités des siècles derniers, accusés de perversion sexuelle. Loin de moi l'idée de jeter, par cette étude, une ombre quelconque sur la mémoire de ces personnes. L'esprit dans lequel est conçu mon livre montre du reste que.si j'admets l'existence de la perversion sexuelle chez ces personnes, je considère ce phénomène comme purement pathologique et ne touchant en rien à leur
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caractère. Gley a eu raison de dire que, sous ce rapport, il faut être très prudent dans l'interprétation des documents historiques. Il est facile ici d'émettre une opinion, mais il n'est pas toujours facile de la démontrer. Dans tous les cas, il faut rejeter la façon d'agir de Moreau, Ulrichs et d'autres, qui négligent complètement d'appuyer par des preuves leurs assertions relatives à l'existence des perversions sexuelles et des aberrations du sens génital chez telle ou telle personne. Mais, d'un autre côté, je n'ai aucune raison pour négliger complètement les données que je possède au sujet de l'uranisme de certains personnages historiques ; une telle manière de voir serait également exclusive et s'opposerait à la compréhension de certains points de la question. Malheureusement, dans la biographie de ces personnes, on supprime presque tout ce qui se rapporte à la sphère rf-xuelle, surtout dans le cas où il y a perversion sexuelle. Toutefois j'ai, pu trouver, dans lesbiographies et les ouvrages d'histoire, bien des faits qui montrent soit directement l'existence de la perversion sexuelle chez ces personnes, soit simplement des tendances féminines.
Henri III, roi de France, qui régna 1 de 1574 à 1589, est considéré non sans raison comme un uraniste. Dans presque tous les traités d'histoire on trouve des faits qui ne laissent guère de doute sous ce rapport. Le roi était entouré d'un grand nombre de favoris, désignés sous le nom de mignons, dont l'effémination était universellement counue. Dans le palais du roi on donnait des bals et des fêtes auxquels d'ailleurs l'élément féminin ne faisait pas défaut. Le roi aimait à paraître en public habillé en femme ; du reste il ne se cachait nullement, devant
1 II est intéressant de noter que Charles XI (1560-1574), prédécesseur V Henri III, était aussi accusé de pédérastie. Gomme nous l'avons déjà dit, es Français attribuaient à Catherine de Mèdicis, la mère de ces deux rois» ,'inroduction des moeurs pédérastes en France. D'Aubigné a fourni à ce suet des détails fort précis sur Henri III.
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le monde, de sa tendresse pour ses mignons. Le roi avait aussi des tendances au sadisme *, comme le prouve la passion avec laquelle il flagellait ses mignons les jours de pénitence. Dans un tabieau qui parut peu de temps après sa mort, le roi est représenté en coutume de guerre, mais frisé comme ime femme et avec plusieurs objets faisant partie de la toilet'.e féminine.
Edcuard II d'Angleterre (1307-1327) avait aussi la réputation d'être un uraniste. Il aimait beaucoup les plaisirs et les jouissances de la vie de cour, et avait élevé ses favoris aux plus hauts emplois. Pierre de Gavesion, chevalier gascon, était son grand favori ; il avait su s'attacher le roi « par des liens enchanteurs ». Après la mort de Gaveston, les faveu/s du roi furent captivées par Hugo Spenser. On sait que le roi finit par être détrôné et que la reine, qui l'avait quitté, refusa toute réconciliation avec lui 2. Disons encore en passant que, d'après T. F. Tout, le roi était d'une bavardise extraordinaire qui P empêchait de garder même les secrets d'Etat.
Jacques I d'Angleterre (1603-1625), fils de Marie Stuart, connu aussi sous le nom de Jacques VI comme roi d'Ecosse, est réclamé par les uranistes comme un des leurs, avec plus déraison, me paraît-il, que pour ce qui concerne Edouard II. Dans le caractère de Jacques il y avait décidément des traits anormaux : l'amour de l'absolutisme, lié à la lâcheté, et la
1 Combinaison de cruauté et d'idées sexuelles ; nous revenons du reste plus loin sur le sadisme. V. Krafft-Ebing avait attiré l'attention sur les rapports qui existent entre les flagellants (au Moyen âge et plus tard) qui se fouettaient en signe de pénitence, et les penchants sexuels qui, dans certaines conditions pathologiques, sont réveillés par la flagellation. C'est justement sous le règne d'Henri 111 que les flagellants furent très nombreux à Paris (Loileau, Histoire des flagellants).
2 Weber Allgemèine Weltgeschichte, Vol. VII. J'emprunte à ce livre seulement les données générales ; on n'y trouve rien sur la nature uraniste du roi.
3 A côté de la perversion sexuelle, les uranistes présentent encore d'autres anomalies psychiques.
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faiblesse de caractère, l'intérêt pour la science en même temps qu'un pédantisme enfantin. On nous décrit le manque de tenue et l'absence de virilité de son aspect général. Bien qu'il fût marié à une princesse danoise dont il eut plusieurs enfants, sa réputation n'en fut pas moins mauvaise à cause de l'empire qu'exerçaient sur lui ses favoris. C'est surtout Georges Vil tiers, duc de Buckingham, qui fut favorise par le roi à cause de sa beauté physique, et qui exerça une influence considéra- Lie sur le gouvernement du pays. Par sa tendresse pour des favoris indignes i, le roi avait fini par éveiller chez son peuple un mécontentement général.
Il avait déjà régné auparavant en Ecosse sous le nom de Jacques VI, et là non plus il n'avait pu cacher sa faiblesse pour des jeunes gens de belle prestance. Il les attirait à lui, et les amenait ainsi à exercer une grande influence sur le pays. C'est surtout Ârran et Lennox qui dominaient véritablement le roi 2.
Une personnalité très curieuse est Rodolphe II de Habsbourg, qui a régné sur l'Allemagne de 1576 à 1612. Ti tomba progressivement dans l'apathie, et n'eut aucune énergie ni force de caractère. Il était sujet à des caprices, des fantaisies de toute sorte ; c'est ainsi que, dans son musée de Hradschin, il avait amassé un grand nombre de curiosités naturelles et artistiques, des livres, des pierres précieuses, des antiquités. L'empereur passait beaucoup de temps dans ses jardins et ses écuries, mais il avait une idée exagérée, maladive, de l'importance de ses fonctions. En réalité, c'étaient ses favoris qui exerçaient le pouvoir ; ses valets de chambre, de mœurs infâmes, étaient des personnages importants sans lesquels on ne pouvait rien obtenir, et c'est avec ces créatures indignes que
1 Karl Friedrich Bcker, Weltgeschichte, édit. par Ad. Schmidt, continué par Eduard Arnd, III Aut. Leipzig. 1869, Bd. II. * Weber, Allgemeine Weltgescùichte.
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les princes et les hommes d'État devaient entretenir des relations. Plus tard, le roi présenta des signes non douteux de perversion morale. C'est ainsi que Weber peint, dans son Histoire Universelle, le caractère de ce roi. Si j'ajoute que, suivant Ireland1, il détestait les femmes, on pourra conclure que son amour pour ses favoris était Lasé sur un fond sexuel. Sans doute on nous dit d'un autre côté que ce roi, qui n'a pas eu d'enfants légitimes, avait laissé un grand nombre de bâtards, mais nous manquons de détails précis sur ces derniers. De plus, il est impossible d'avoir des renseignements sur les femmes2 avec lesquelles il avait des relations intimes, tandis que les noms de ses favoris sont biens connus. Ireland compare du reste Rodolphe II h Louis II de Bavière dont il sera question plus loin, et leur trouve une commune aversion pour la femme.
Etudions maintenant quelques papes.
Le pape Paul II (1104-1471) constitue un phénomène vraiment curieux. Une vanité sans bornes formait le fond de son caractère. Etant cardinal, il se proposait de prendre le nom de Formosus, s'il était élu pape, à cause de sa beauté physique ; ses habits sacerdotaux ruisselaient d'or, sa tiare de diamants. Il pleurait très facilement et aurait eu une véritable passion de collectionneur surtout pour les pierres précieuses. Jamais il ne se montrait en public sans parures. C'est justement à cause de la facilité avec laquelle il versait des larmes qu'on lui avait donné ]e nom de Notre-Dame de la Pitié. Je ne vois pas qu'on l'ait considéré formellement comme un uraniste ; mais je crois
1 M, W. Ireland. Herrschermacht aud Geisteskrankheit. Stuttgart, 1887.
2 Du reste, les uranistes peuvent de temps en temps avoir des rapports avec les femmes, mais ceci n'indique pis l'absence d'amour pour hommes. Certains uranistes recherchent ostensiblement la société des femmes (avec lesquelles ils évitent d'avoir des relations sexuelles) afin de dérouter l'opinion sur leurs tendances î^eJies.
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devoir le citer ici à cause de ces traits d'effémination qui souvent, comme dans un cas de Westphal, peuvent exister sans tendance à l'uranisme. Du reste ce pape aurait laissé une tille (Weber)1.
Par contre, il est certain que le successeur de ce pape, le pape Sixte IV (1471-1484), avait des habitudes uranistes. Weber, que nous venons de citer, croit qu'un grand nombre de ses favoris furent élevés à la dignité de cardinal. Certains cardinaux auraient même demandé au pape la permission de s'adonner à la sodomie pendant la saison chaude, et cette demande fut favorablement accueillie. C'est à propos de ce pape que Weber cite les vers suivants :
Roma quod inverso delectaretur amore Nomen ab inverso nomine fecit Amor.
Le dystiqne est trop obscène pour pouvoir être traduit ; Roma représente Amor, quand le mot est lu à rebours.
Il est aussi intéressant de noter la cruauté de Sixte et son amour pour les spectacles sanglants ; il aimait surtout à voir se livrer des duels sous ses fenêtres.
Parmi les personnages historiques qui ont été accusés de pédérastie, je nommerai ensuite le pape Jules II (1503-1513). L. Geiger2 ne pense pas que cette accusation, portée par les contemporains du pape soit bien fondée, bien que, d'après le même auteur, le caractère et les manières de ce pape n'aient rien présenté'de bien édifiant. Jules II aurait fait partie des cardinaux qui demandèrent au pape Sixte IV la permission de se livrer à la pédérastie pendant la saison chaude.
Le grand sculpteur Michel Ange Buonarotti, contemporain du pape Jules //qui le fit venir à Rome, est également accusé
1 Das Pabsthum und die Päbste, œuvre posthume de Carl Julius Weber. Stuttgart, 1834, 2m° partie.
* Ludwig Geiger^ Renaissance und Humanismus in Italien und Deutschland Berlin, 1882.
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de perversion sexuelle, et non sans raison, croyons-nous.
Un fait certain, c'est que dans la vie de ce grand artiste on ne trouve pas un 'amour de femme. Sans doute, quand on recherche une femme avec laquelle il aurait eu des relations, on cite souvent le nom de Vittoria Golonna ; mais Hermann Grimm l, le biographe de Michel Ange, croit que ces relations étaient de simple amitié et que l'amour n'y entrait pour rien. Lorsqu'il connut la princesse, tous deux n'étaient plus jeunes, et Vittoria Golonna ne fut jamais pour lui que la princesse. On trouve dans les poésies du sculpteur des passages qu'on a essayé d'expliquer en faveur de son amour pour les femmes. Mais ici encore on ne doit pas conclure à l'existence de l'amour pour la femme, en se basant seulement sur des poèmes adressés à des femmes, surtout quand on ne connaît pas la femme que chante le poète ; de même que les poésies consacrées à l'amour entre hommes n'impliquent pas l'existence de l'uranisme chez le poète, si les poésies ne sont pas dédiées ou consacrées à une personne masculine bien déterminée. Les relations de Michel Ange avec To ramas o de Gavalieri me paraissent très suspectes. Ce dernier comme le raconte Hermann Grimm, était un jeune peintre noble et remarquablement beau, qui pouvait obtenir de Michel Ange tout ce qu'il voulait. Les rapports de Michel Ange déjà vieux et du jeune Cavalieri 2 on dû être très intimes, et je ne crois pas que les liens qui les unissaient fussent simplement ceux de l'amitié. On peut en juger par la poésie suivante adressée par Michel Ange à Gavalieri :
Je vois une lumière douce avec tes regards : Mes yeux ne voient pas et je suis aveugle.
1 Hermann Grimm. Vie de Michel Ange, Vol. I, p. 372. 5e éd. Berlin
2 Vasari donne des détails sur les rapports qui ont existé entre Michel- Ange et Cavalieri.
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En marchant avec toi du même pas,
Le fardeau qui m'écrase toujours me paraît léger.
Emporté sur tes ailes
Je voie avec toi jusqu'au ciel.
Comme tu le veux : je vis intrépide ou tremblant,
Ayant froid au soleil, chaud dans les jours d'hiver.
Dans ta volonté repose la mieone,
C'est dans ton cœur que naissent mes pensées,
C'est dans ton esprit que se trouve la source des mots.
C'est ainsi que je suis semblable à la lune
Que nous ne voyons dans le ciel
Que lorsque le soleil l'illumine de ses rayons de feu *.
Ce sonnet adressé à Cavalieri n'est pas l'expression d'un amour exclusivement sensuel, mais d'autre part il ne me semble pas non plus dicté par un sentiment d'amitié pure. Il y a là un état d'esprit qui rappelle celui de Socrate dans le banquet de Platon. Grimm compare du reste les rapports de Michel Ange et de Cavalieri à ceux qui ont existé entre Socrate et Alcibiade.
Anton Springer2 croit que Michel Ange a éprouvé une amitié poussée au paroxysme, analogue à celle à laquelle céda plus tard aussi Winkelmann3. Une lettre de Cavalieri à Michel Ange, que nous possédons, n'est pas en faveur d'une simple amitié : le langage en est plutôt celui d'un « favori gâté ».
En tous cas, ce serait un phénomène étrange que de ne trouver aucune sensualité chez un aussi grand artiste que Michel Ange*. Ce qui est certain, c'est que l'amour pour la femme n'a pas joué un grand rôle dans sa vie.
Un des peintres italiens les plus célèbres, Giovanni Antonio
1 Cité d'après Grimm.
2 Dans : «L'art et les artistes en Italie », édité par Robert Böhme. Vol. II, Leipzig, 1878, p. 447.
3 Nous parlons plus loin de Winkelmann qu'on peut aussi soupçonne* d'avoir été uraniste.
* Un artiste uraniste de bonne foi manifeste me dit que les œuvres de Michel-Ange révèlent souvent la nature uraniste du^Tand sculpteur; seulement, ce qui est clair pour les uranistes échappe aux non-initiés.
Razzi) 1479-1564, contemporain du pape Léon X, était connu par sa vie déréglée et sew vices, qui lui attirèrent le surnom de il Sodoma sous lequel il est aujourd'hui encore désigné dans nombre d'ouvrages. Léon X, qui n'était pas de mœurs très rigoureuses, et qui fut même accusé de pédérastie, avait élevé ce peintre à la dignité de chevalier.
Fiorillo 1 dit du reste que la légèreté et la débauche qui ont conduit ce peintre à une vie déréglée se reflètent en partie dans ses œuvres. Razzi, dont les peintures se composent principalement de fresques, n'est pas très connu en dehors de Fltalie ; mais les Italiens le considèrent comme un des peintres les plus éminents et le placent à côté de Léonard de Vinci. Un autre biographe, R. Vischer2, dit que le grand défaut des œuvres de Razzi est « un manque de virilité », sa manière serait trop « efféminée ».
Muret, l'humaniste bien connu, a vécu de 1526 à 1585 3. Les données relatives aux tendances perverses du grand savant me sont fournies par Foisset qui ne semble pas très convaincu de l'existence de ces tendances hétérosexuelles. Toujours est-il que les faits relatifs à la vie de Muret ne laissent aucun doute sur l'existence chez lui de sensations sexuelles anormales. En 1552 Muret enseignait à Paris la philosophie et le droit civil, et ses cours attiraient un nombre considérable d'élèves. C'est à cette époque qu'il fut accusé de tendances contre nature et emprisonné au Ghâtelet où, de désespoir, il se décida à se laisser mourir de faim ; mais ses amis lui rendirent la liberté. Il partit alors pour Toulouse où il fit des leçons sur le droit romain. Là encore il fut accusé de perversion morale sexuelle, et condamné à être brûlé avec son complice, un jeune homme du nom de Luc-Menge-Fremiot, comme sodo-
1 Fiorillo, Histoire de la peinture, Vol. I, Güttingen, 1798.
2 L'art et les artistes en Italie.
* Dans la Biographie universelle.
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miste, d'après l'édit de 1554. Muret réussit à se sauver en Italie, où la même accusation fut soulevée contre lui dans plusieurs villes, notamment à Venise et à Padoue. Malgré ces accusations, il réussit, grâce aux services qu'il avait rendus à la science, à faire la connaissance des hommes éminents d'Italie.
Shakespeare (1564-1616) n'échappa pas non plus à l'accusation de sacrifier à l'amour entre hommes. Comme preuves à l'appui de cette assertion on cite ses sonnets qui, bien qu'adressés à un homme (probablement le duc de Southampton), parlent un langage d'amour. Friedrich Bodenstedt 1 soutient formellement que, dans les sonnets en question, il ne s'agit pas d'amour pour les hommes, comme D. Barnstorfî le prétend dans la « Clef des sonnets de Shakespeare ». Le sonnet le plus incriminé est celui qui commence par le vers « A woman's face, with natures own hand painted ». Ce sonnet a été traduit (en allemand) par Bodenstedt de la façon suivante :
Tu as une figure de femme que la nature
Elle-même t'a peinte, maître-maîtresse de mon amour !
Un cœur doux de femme, mais sans trace
De caprices et de changements féminins dans tes désirs.
Un œil clair, et moins faux dans son rôle,
Dorant l'objet sur lequel il brille.
Et l'homme et la femme doivent t'admirer,
Car tu réunis la puissance et le charme des deux.
Tu étais destiné k être femme d'abord, mais la nature
Devenue amoureuse elle-même de toi.
T'a donné en plus ce qui porte mon espoir vers toi
Et qui m'est tout à lait inutile.
Comme elle t'a fait pour l'amour des femmes,
Consacre-moi ton cœur et donne-leur tes penchants.
Bodenstedt attribue le ton amoureux de ce sonnet et d'autres
i William Shakespeare's Sonette in deutscher Nachbildung par Friedrich Bodenstedt. Berlin, 1862.
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encore à ce que, à l'époque de Shakespeare, il existait entre les hommes un véritable culte pour l'amitié, grâce auquel on employait en parlant de l'amitié les plus tendres expressions de l'amour. Pour lui, ce fait s'explique par l'influence très puissante, à ce moment, en Angleterre, des poètes grecs et latins. Aussi m'est-il très difficile de me prononcer d'une façon définitive sur le compte de Shakespeare.
Johann Joachim Winckelmann (1717-1768), le grand critique, fut aussi à plusieurs reprises accusé d'uranisme. Comme preuve on cite ses lettres dans lesquelles cette passion est exprimée d'une façon non méconnaissable. Justi, un biographe bien intentionné cependant, est lui-même obligé d'admettre, comme le dit Ulrichs, que les lettres de Winckelmann témoignent souvent d'une certaine sensualité.
Je suis convaincu que si des lettres comme celles de Winckelmann étaient adressées à une femme, on n'aurait pas hésité un moment à affirmer que des relations d'amour devaient exister entre les deux correspondants. Si nous admettons qu'il existe aussi un amour entre hommes, on est obligé d'avouer que les lettres de Winckelmann étaient l'expression de ses sensations amoureuses, d'autant plus que rien dans sa vie ne vient à l'encontre de cette supposition. Joh. Fried. Vagt, l'éditeur de ces lettres *, dit ceci dans sa préface : « Les lettres nous peignent bien la façon de penser et les sensations de Winckelmann ; il faut les bien connaître avant de songer à écrire sa biographie »... Ces lettres sont adressées au conseiller Friedrich Reinhold von Berg, de Livonie. L'amitié que Winckelmann éprouvait pour v. Berg datait du moment où il l'avait vu pour la première fois. Le grand artiste avait adressé à von Berg les paroles suivantes : « J'ai trouvé chez vous, dans un beau corps, une âme créée pour la vertu ;
* Lettres de J. "Winckelmann à un ami de Livonie. Coblenz, 1784.
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le jour où je me suis séparé de vous a été un des plus douloureux de ma vie. » Quiconque lira ces lettres sera amené à partager notre opinion 1 sur Winckelmann. Dans la lettre datée du 9 juin 1762, Winckelmann écrit ceci : « Comme une tendre mère pleure inconsolable son enfant chéri, ainsi je déplore, mon doux ami, notre séparation avec toutes les larmes de mon âme ». Dans sa lettre du 10 février 1764, adressée à v. Berg, Winckelmann commence par l'appeler : « mon ami bien aimé et si beau », et continue sur le ton suivant : « tous les noms que je pourrais vous donner ne sont pas assez doux et n'arrivent pas à la hauteur de mon amour... J'embrasse votre image et je meurs. Votre ami éternellement dévoué et votre obéissant serviteur, Winckelmann.
L'assassinat de Winckelmann dans l'auberge de Trieste vient plutôt corroborer l'opinion qui en faisait un uraniste. 11 est certain que Winckelmann n'a connu son meurtier Àrcangeli que peu de temps avant sa mort ; ce dernier le suivait pas à pas à Trieste ; ils s'étaient liés de telle façon, qu'il semblait qu'ils devaient se connaître depuis de longues années. Il est de plus acquis que le meurtrier était un homme superficiel, sans aucune culture, qui ne pouvait offrir le moindre intérêt intellectuel au grand critique.
1 J'ai tenu un grand compte du style maniéré et doucereux qui régnait à cette époque dans toutes les correspondances et sur lequel le Dr Max Dessoir attirait mon attention. Il est difficile, en effet, de se faire un jugement si l'on s'en tient à des passages isolés de ces lettres ; mais quand on lit toute la correspondance, il est lacile de voir qu'il ne s'agit pas d'une amitié arrivée à son paroxysme, mais de quelque chose de manifestement sensuel. Du reste, dans les lettres de Winckelmann à un ami dévoué, on trouve une manière qui, bien que très tendre, ne présente rien de sensuel (comp, les lettres de THnckélmann éditées par Dandorff, ainsi que les lettres adressées à un ami dévoué, Berlin, 1781). Tout ceci montre que le ton des lettres de Winckelmann à von Berg ne doit pas être attribué à l'esprit de l'époque.
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D'après quelques-uns, le meurtrier réussit à capter entièrement la confiance de Winckeimann en affichant des goûts artistiques et en simulant un attachement tout particulier pour lui. L'assassin était un cuisinier, précédemment condamné à mort et gracié. Peut-on admettre, comme le pense un biographe l, qu'un tel individu ait pu passer avec succès, aux yeux d'un critique tel que Winckeimann, pour un connaisseur en fait d'art. On admit que le vol avait été le mobile du crime et Arcangeli fut exécuté.
A. W. Iffland, le grand acteur et poète, fut également soupçonné par ses contemporais de pratiquer la pédérastie. Un de ses biographes 1 croit que cette accusation de débauche contre nature n'était peut-être pas fondée. Toutefois ce soupçon s'est maintenu par tradition et il existe encore, du moins dans certains milieux. A l'appui de cet assertion on cite que, marié, il n'eut pas d'enfant, et que son ménage produisait aux personnes de son entourage une impression assez froide. Il y a quelques années on a publié une lettre fort intéressante de H. v. Kleist à Iffland. Kleist, ayant appris qu'Iffland avait mal jugé sa comédie: «Das Kœthchen von Heilbronn » (Catherine de Heilbronn), lui aurait écrit ceci : « Kaetchen vous aurait plu si elle eût été un garçon ». Cette lettre a été publiée il y a quelques années et on s'est donné beaucoup de peine pour expliquer ce passage d'une façon acceptable. Malheureusement il m'a été impossible d'avoir cette lettre ; je dois à M. N N., dont il fut question dans la préface, de connaître ce fait.
Le prince Henri, frère de Frédéric le Grand, fut aussi accusé de pédérastie. Dans l'Histoire secrète de la cour de Berlin, ou les Lettres d'un voyageur français [Mirabeau) parues en 1786-86
1 K. H. Jördens. Lexicon deutscher Dichter und Prosaisten, Ve Band Leipzig, 1810.
^Heinrich Döring in Erschund Gruber's Encyclopodio.
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(traduction allemande de 1789), on trouve, notamment dans le second volume, des passages très concluants. Voici ce qu'on lit à la page G9 : « Un ancien serviteur du prince Henri, habile à servir la passion de son maître pour la pédérastie, devint tout d'abord son favori et fut fait ensuite chanoine à Magdebourg où le prince était évèque. » Puis plus loin, page 92 : « L'aristocratie de l'armée sait que chez le prince Henri les Ganymèdes ont toujours pris et prendront toujours toutes les décisions » . On trouve encore à d'autres sources des indications sur les penchants pédérastes du prince Henri. 11 est certain que ses relations avec sa femme étaient très tendues, qu'il en vivait séparé et que lorsqu'il la rencontrait à la cour, il ne lui parlait pas (Strekfusse « Berlin vit 500 Jahren »).
Si je m'en rapporte à certaines communications orales, le poète Byron aurait été aussi tenu pour un uraniste. Toutefois rien dans sa vie ni dans ses œuvres n'indique que cette accusation soit fondée. Peut-être est-elle basée sur ce fait que le poète était souvent accompagné d'une jeune fille 1 habillée en garçon. Du reste cette réputation est peut-être due aux calomnies auxquelles le grand poète fut en but pendant toute sa vie 2.
Parmi les poètes modernes soupçonnés de s'adonner à la pédérastie, il faut encore nommer le comte Platen dont les contemporains paraissent assez unanimes à reconnaître le fait. Les poésies qu'il dédiait aux hommes, et dans lesquelles il chantait l'ami et l'échanson, ont du contribuer beaucoup à lui créer cette réputation. Mais, d'un autre côté, on soutient 3 — principalement Karl Gœdeke, un de ses biographes — que Platen s'est inspiré dans ses poésies du génie de la poésie
1 Lord Byron par Karl Elze. 3e éd. Berlin, 18S6, p. 65.
* Comp. Lord Byron, par Edouard Euzel, Berlin, 1876, p. 120.
3 Œuvres du Comte Auguste de Platen, Stuttgart et Tübingen, 1853.
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orientale. Le fait d'avoir adressé des poésies d'amour à des femmes n'en a pas davantage modifié la réputation d'amant des hommes qu'il s'était acquise.
Platen se trouva un jour pris dans une polémique violente avec Heine auquel il avait reproché son origine juive. Heine se vengea du poète aristocrate, en l'accusant publiquement de pédérastie. Dans ses « Bains de Lucques, on trouve plusieurs passages relatifs à cette question. Heine y parle de l'amitié chaudement fraternelle du comte Platen qui adresse à « un homme » et non pas à une femme les poésies dans lesquelles il exprime ses sentiments, dont les livres exhalent un parfum bien différent de celui de Feau de Cologne, dont les amours sont contraires à la morale et dont les poésies paraissent être faites par une fille. Il le compare à Néron qui se maria avec un garçon, et l'appelle « homme de derrière » et non pas « homme de tète. » Cette polémique entre les deux poètes eut un grand retentissement en Allemagne. Strodtmann 1 lui-même, le biographe de Heine, n'approuve pas les moyens de polémique adoptés par Heine. En tous cas il est certain que cette polémique fit beaucoup de tort à Heine. Dans une lettre adressée à Varnhagen, Heine traite Platen d'insolent garçon de joie des aristocrates et des curés. Du reste, avant Heine, le comte Platen fut déjà violemment pris à partie par Ludwig Robert à cause des sujets de ses poésies. Tout d'abord Platen eut l'intention d'intenter un procès à Heine, mais il y renonça, car, de l'avis de tout le monde, Heine aurait pu fournir la preuve de ses allégations.
En terminant, nous rapporterons une des poésies incriminées de Platen :
1 Adolf Stvodtmann, La vie et les œuvres de Heine, Berlin, 1873. 2e éd. 2 vol.
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Tu m'as préparé des hernies atroces,
Mais que le ciel ne s'en venge pas sur toi,
Car, autrement, des ruisseaux de larmes devraient couler sur tes joue», Lorsque tu prononcerais mon nom.
En combattant pourtant toute illusion jusqu'à la certitude,
Je veux bien — et je le fais par faiblesse —
Te défendre, mon ami! Car je ne suis pas égaré
Par des raisons superficielles.
Il est vrai que je ne pourrais guère te servir de défenseur ; Mais tu te sers de mes deux yeux Comme de deux avocats.
Tant qu'ils seront attachés à tes regards
Ils y puiseront de l'amour.
Mais toi, lis dans leur regard ma souffrance.
Parmi les personnalités historiques manifestement uranistes, je nommerai encore Louis II, le malheureux roi de Bavière. Il est certain qu'il était violemment atteint d'inversion sexuelle. Les détails qui suivent sont empruntés à la brochure d'Ireland « Le pouvoir et la folie », basée sur un grand nombre de travaux (entre autres ceux de E. P. Evans et Franz Cari) et contenant une étude psychologique sur ce roi. Avant même que la folie de Louis ÏI ne fût constatée officiellement, il paraît qu'il avait manifestement présenté des symptômes d'inversion sexuelle. Sa froideur et môme son aversion pour les femmes étaient bien connues et s'étaient manifestées à plusieurs reprises en mainte occasion ; en même temps il écrivait à des hommes des lettres très tendres, plus tendres que celles que deux fiancés échangent entre eux. Il est certain qu'on a beaucoup parlé de son amour pour les hommes, mais ce point a toujours été passé sous silence par les gens compétents, ce qui constitue un argument, suivant Ireland, en faveur des tendances uranistes du roi. C est uans cet ordre d'idées qu'il faudrait interpréter les mauvais traitements qu'il infligeait à certaines personnes de son entou-
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rage, et qui s'expliquent peut-être par l'instinct de cruauté commun à tous les sadistes 4. Toujours est-il que, pendant les dernières années de sa vie, Louis II prenait son grand plaisir aux souffrances et»aux tortures qu'il infligeait aux autres. Les personnes qui ont joué un rôle dans la vie sexuelle de ce roi vivent encore en partie. Il paraît, du reste que l'amour psychique que le roi vouait à certaines personnes du sexe masculin était tout à fait indépendant de la satisfaction physique donné par l'acte sexuel.
On pourrait élargir encore ce chapitre sur les uranistes historiques, parmi lesquels certains auteurs comptent encore Charles YII de Suède, Guillaume d'Orange et un certain nombre d'autres personnes ayant joué un rôle dans l'histoire. Je préfère m'arrèter ici, et ne rapporterai plus qu'un cas datant du xvne siècle et ayant une signification générale, en ce sens que, comme dans bien des cas actuels, il est impossible à expliquer sans admettre l'existence de l'inversion sexuelle.
C'est à cette maladie qu'il faut rapporter bien des meurtres et bien des suicides dont la cause nous échappe. Le cas en question eut en son temps un grand retentissement et se trouve rapporté dans « Les histoires secrètes et les hommes mystérieux » de Friedrich Bulau (t. I), Il s'agit de l'assassinat de Henri Gottlob von Debschitz, âgé de 35 ans, à Languenau, en 1692. La famille de la victime appartenait aux plus honorables de la région. Nulle part il n'est dit que l'amour pour les hommes ait joué un rôle dans celte affaire. Mais comment expliquer autrement ce mystère quand on sait que l'assassin, Braun von Merzdorf, avait poignardé sa victime, qu'il voyait pour la première fois, après l'avoir embrassée et caressée dans son lit? Il est évident que v. Debschitz avait dù refuser ses
* Comp, plus loin le chap. du Sadisme.
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caresses. L'influence d'une jalousie violente et brusquement éveillée semble suffire pour expliquer le meurtre.