TRAITEMENT
Nous devons à V. Krafft-Ebing de voir peu à peu disparaître l'intolérance des médecins au sujet de l'inversion, sexuelle. Grâce à ses recherches et à ses travaux, nous n'en sommes plus tout à fait au laisser-aller de l'ancien temps. Le mépris dont on couvrait l'uraniste, mépris qu'il rencontre encore actuellement chez l'homme qui n'est pas au courant de la question, tend de plus en plus à disparaître. Gyurkovechky dit avec raison que nous autres médecins, nous devons éviter les mensonges de convention et ne pas nous laisser effrayer par les mots propres dans les questions scientifiques, même lorsqu'il s'agit de sujets que le public, aussi bien que les médecins, considère comme délicats. L. Gasper fait observer avec justesse qae la vie sexuelle dont on dévoile les secrets avec une certaine fausse honte appartient dans ses aberrations au domaine médical. Mentionnons encore la remarque que fit Schuh à l'occasion d'une exploration rectale, remarque citée par Albert1. Pendant cette exploration, plusieurs de ses auditeurs ne purent retenir un mouvement de dégoût qu'ils traduisirent
1 E. Albert, « Diagnostik der chirurgischen Krankheiten II aufl. Wien,
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par des gestes de répugnance. Schuh leur dit : « Quand j'étais élève en chirurgie, la chirurgie était séparée de la médecine ; les médecins étaient des messieurs convenables, quant aux chirurgiens ils étaient traités en véritables parias. Un docteur en médecine considérait comme au-dessous de sa dignité d'introduire son doigt dans le rectum d'un malade ; on nous appelait alors et on nous commandait de faire cette exploration, puis on nous traitait comme une baguette avec laquelle on s'amuse à remuer les ordures, on nous jetait de côté : mais la chirurgie a grandi, et l'on nous traite avec respect! »
A propos de l'inversion sexuelle ce même sentiment de répugnance est encore répandu, et bon nombre de médecins qui écrivent sur ce sujet croient devoir s'excuser, auprès de leurs lecteurs, d'aborder une telle question. Nous voyons même un auteur tel que Hammond, après avoir rapporté deux cas d'inversion, déclarer qu'il en connaît plusieurs autres, mais que sa plume se refuse à décrire de tels crimes contre la morale1 et la santé. La plume d'un médecin et d'un écrivain consciencieux ne doit pas se refuser à la description de la vérité, et moins que tout autre la plume d'Hammond dans un livre qui traite de l'impuissance.
Pour ce qui est du pronostic de l'inversion sexuelle, il est loin d'être favorable, bien que l'on admette aujourd'hui que cette affection n'est pas absolument incurable comme on le croyait autrefois. Ainsi que nous l'avons déjà dit, l'inversion sexuelle est considérée comme incurable dans le monde uraniste et on trouve en effet peu de ces malades qui croient à la possibilité d'une guérison2.
1 Je considère comme criminelles toutes les actions perverses qui ns découlent pas d'une perversion de l'instinct sexuel. Mais quand cette perversion existe, l'observateur impartial a le devoir d'envisager l'acte non pas comme criminel, mais comme morbide.
- Voici ce qu'un uraniste écrit à V. Krafft-Ebing : « On nous considère généralement comme malades et c'est à tort, car s'il y a i our toutes les ma-
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Le pronostic dépend d'un grand nombre de circonstances. Ainsi, l'hermaphrodisme psycho-sexuel comporte un pronostic bien plus favorable que l'inversion sexuelle pure. D'un autre côté, le pronostic chez les hermaphrodites dépendra de l'intensité avec laquelle se manifeste chez eux le penchant hétérosexuel pour la femme, et plus ce penchant est accusé, meilleur est le pronostic. Le pronostic dépend ensuite de la durée de l'état morbide ; ainsi, quand l'inversion sexuelle date de loin, elle est enracinée et le pronostic devient moins favorable. Le milieu dans lequel vit le malade exerce également une influence considérable sur le pronostic.
L'amélioration est plus difficile à obtenir quand le malade trouve de nombreuses occasions d'avoir avec des hommes des relations sexuelles. Mais le pronostic est très aggravé lorsque l'uraniste est attaché par un amour violent à un autre homme ; dans ce cas le médecin aura de la peine à obtenir le moindre résultat, et d'ailleurs il est rare que l'on ait recours à lui, l'uraniste étant au comble du bonheur à condition que son amour soit partagé. Il est évident que la neurasthénie et les affections analogues, qui ne sont pas rares chez les uranistes, rendent le pronostic plus grave. Quant aux autres éléments qui peuvent influer sur le pronostic, je n'en parlerai pas ici, il en a déjà été question dans le chapitre qui traite de l'étiologie.
Nous devons nous demander tout d'abord s'il y a Ii u d'intervenir d'une façon quelconque, de traiter thérapeutiquement
ladies des médicaments qui peuvent guérir ou soulager, rien au monde ne débarrassera l'uraniste de ses penchants contre nature ».
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l'inversion de l'instinct sexuel, et si l'on ne risque pas de faire plus de mal que de bien à l'uraniste, en le traitant.
S'il est confirmé que, chez les homosexuels, la vie psychique toute entière est féminine, si nous trouvons que dès l'enfance toutes les pensées de l'uraniste sont portées non vers la femme, mais vers l'homme, la réponse à cette question est loin d'être facile ; toute la constitution du sujet s'est accommodée, s'est adaptée aux idées d'inversion sexuelle, dételle sorte qu'on est amené, d'après la nature du sujet, ses sensations et ses sentiments féminins, sa préférence pour les travaux de femme, son horreur des habitudes masculines, à considérer son amour pour l'homme comme naturel, bien plus que ne le serait l'amour qu'il pourrait avoir pour la femme.
Notre thérapeutique s'efforcerait donc de faire naître chez une nature essentiellement féminine, au point de vue des sentiments et des idées, un penchant qui ne serait pas en harmonie avec les autres dispositions de l'esprit.
En cherchant à faire dévier vers la femme l'instinct sexuel d'un uraniste déclaré, avec efîémination, nous produirions simplement chez lui une déséquilibration de la vie psychique. Avons-nous le devoir, ou plutôt avons-nous le droit de faire cela?
Si nous faisons la tentative de ramener à la normale, dans un cas bien tranché d'effémination, l'instinct sexuel, il me semble indispensable de chercher en même temps à modifier dans un sens plus masculin l'état psychique en général. Théoriquement il ne semble pas impossible, si l'on obtient cette modification de l'instinct sexuel, que toute la nature de l'individu reprenne spontanément le type masculin, bien que la chose paraisse peu probable, après la fin du développement l,
1 Cette modification spontanée n'est pas impossible, ainsi que le montre un cas d'inversion sexuelle acquise, publié par V. Krafft-Ebing. A vrai dire, ici c'est le contraire qui se produisit. Le sujet était originellement hétérosexuel ;
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Une autre objection que l'on peut faire au traitement est la suivante. Ne doit-on pas y renoncer, à cause du danger de. l'hérédité de la disposition nerveuse qui n'en subsiste pas moins? Si l'on se range à l'opinion de V. Krafft-Ebing, qui admet que l'inversion de l'instinct sexuel peut se transmettre dn père au fils, si l'on accepte en général l'hérédité des penchants, si Ton juge de plus que les uranistes appartiennent en grande partie au groupe des dégénérés, on ne peut écarter sans un examen préalable cette objection. Même après la disparition de l'inversion sexuelle, il n'en subsiste pas moins la possibilité de l'existence chez les descendants, et à un degré plus accentué, des signes de la dégénérescence. Doit-on, dans ces conditions, rendre aux uranistes la faculté de procréer des descendants? Je crois que le médecin peut faire part de ces réflexions au patient ; mais en réalité le médecin sera toujours forcé de se rendre au désir du malade et d'essayer de guérir un symptôme morbide pénible. Si plus tard le malade doit se marier et avoir des enfants, c'est là une nouvelle question pour la solution de laquelle le médecin peut donner son avis, mais qui ne doit pas l'empêcher de combattre comme il en a le devoir une maladie existante.
En dehors de toute analyse théorique, nous serons le plus souvent en réalité obligés de nous comporter différemment suivant les circonstances. Bien des uranistes ne se considèrent pas comme des malades et ne demandent pas à être traités : quant à ceux, moins nombreux, qui ont recours au médecin, il faut bien que nous nous en occupions. La perversion
plus tard, à l'âge de 20 ans, se manifesta chez lui la propension à l'amour entre hommes ; en même temps apparurent spontanément les caractères de l'effémination, le penchant à la toilette, la préférence pour les conversations féminines, etc. — Les pratiques de la suggestion dans l'hypnose nous apprennent que, du fait de la suggestion, il se forme des associations d'idées secondaires qui se rattachent à la suggestion primitive.
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sexuelle est pour eux une abomination, qui peut les conduire quelquefois 1 jusqu'au suicide, et dans ces conditions, en dépit de toute considération théorique, nous sommes bien obligés de tenter une intervention thérapeutique destinée à ramener à la normale la sensation sexuelle.
Il n'y a pas lieu de s'arrêter aux élucubratiotis enthousiastes auxquelles se livre Hœssli à propos de l'amour entre hommes, qu'il représente comme un bonheur pour l'Etat, et qu'il considère comme la cause de la suprématie qu'avait acquise l'ancienne Grèce dans les arts et les sciences. Il est à peine besoin d'y insister, il s'agit là d'une méprise. Il est faux d'établir dans ce cas une relation de cause à effet *. Nous ne devons donc pas nous laisser détourner, par les considérations de Hœssli, de l'obligation de combattre l'inversion sexuelle dans la mesure ou nous le permettent les progrès de la médecine et de l'hygiène. Je ne crois pas néanmoins que l'on réussisse très vite à guérir complètement l'inversion sexuelle dans le sexe masculin.
La tâche du médecin, en présence d'un cas de cette catégorie, n'est pas toujours identique ; parfois il s'agit de faire disparaître chez le malade les actes auxquels il est poussé par son penchant, mais plus tard on peut penser à modifier et même à supprimer le penchant lui-même. Certains uranistes
1 Par exemple de crainte que leur perversion ne vienne à être connue.
2 Je dois néanmoins déclarer que je trouve tout aussi fausse l'opinion de ceux qui voient un rapport causal entre la décadence de la Grèce et l'existence de la pédérastie ; cette dernière existait aussi bien au moment de l'apogée de la Grèce qu'au moment de sa décadence.
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se trouvent arrêtés par certaines restrictions sociales, voire légales, dans le libre essor de leur instinct sexuel ; Us demandent quelquefois l'assistance du médecin, surtout si leur penchant sexuel est hyperesthésié, ce qui est précisément le cas chez bien des sujets. Ils ne demandent pas, à vrai dire, à se sentir ramenés et attirés vers la femme ; la majorité des uranistes considèrent une telle modification de leur nature comme absolument impossible, mais ils désirent voir leur penchant homosexuel diminuer1, de façon à n'en être pas continuellement obsédés. L'hyperesthésie de l'instinct sexuel des uranistes peut être combattue par tous les moyens qui sont employés contre l'hyperesthésie du penchant hétérosexuel, à savoir les bromures, l'hydrothérapie, les bains, les influences psychiques, etc. Ces dernières sont très importantes, en particulier la suggestion, la suppression des préoccupations sexuelles, l'application au travail.
Je connais le cas d'un uraniste, homme cultivé, chez qui un amour trompé détermina un violent désespoir, et qui fut amené par une dure obligation de travailler à oublier ses pensées sexuelles ou du moins à s'y livrer moins fréquemment. Je crois que, dans cette voie, l'on doit pouvoir arriver à un certain résultat, grâce à une éducation systématique de l'uraniste. Il faut lui conseiller de ne jamais se livrer à l'onanisme psychique2, de ne jamais se complaire volontairement
1 D'après M. N.N. l'hyperesthésie de l'instinct sexuel chez les uranistes serait la principale raison pour laquelle un si grand nombre d'entre eux passent leur vie à « musarder » ; ils sont souvent trop ohsédés de leurs pensées sexuelles pour arriver à se livrer à des occupations régulières. Il va de soi qu'il y a des exceptions, ici comme ailleurs, à cette règle.
2 Cette expression d'onanisme intellectuel est tirée de la Biologie de Hufland « l'onanisme intellectuel est compatible avec la chasteté corporelle i il consiste en un échauffement, une excitation de l'imagination par des images obscènes et voluptueuses».
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à ses pensées, de chercher une diversion dans le travail et l'activité. Si l'on ne réussit pas à faire de l'uranisle un être normal, on n'en arrive pas moins à diminuer le penchant sexuel, à combattre l'hyperesthésie du sens génital, et l'on a rendu ainsi à maint uraniste un immense service.
Un second groupe de malades réclame la transformation directe d'un penchant pervers en un penchant normal. Cette modification ne peut être menée à bien que par un médecin habile, consciencieux et infatigable- Il faut d'abord qu'il cherche à obtenir de son malade une confiance sans restriction. Ce dernier ne trouve presque personne, en dehors de ses compagnons d'infortune, qui comprenne son état. Si le médecin lui montre de la sympathie, il ne tardera pas à exercer une influence énorme qui lui échappera au contraire s'il fait voir qu'il n'a pas saisi le caractère de l'affection.
La thérapeutique doit avoir en vue non seulement les causes occasionnelles et le symptôme morbide, mais encore la prédisposition. Comme nous savons seulement que l'on retrouve chez presque tous les uranistes une prédisposition nerveuse qui précède souvent l'éclosion de l'inversion sexuelle, nous admettons, ainsi que nous l'avons démontré déjà, que l'uranisme évolue de préférence sur un terrain nerveux ; par suite, nous devons mettre en action tous les agents thérapeutiques généraux et spécifiques qui sont employés contre la prédisposition nerveuse. 11 est évident que le traitement doit porter sur toute la constitution de l'individu ; à ce point de vue, une bonne alimentation, un air pur, la gymnastique,
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exercent une influence tonique ; mais il ne faut pas perdre de vue que ce sont là des moyens d'action accessoires qui ne peuvent qu'aider au traitement.
Au point de vue prophylactique nous devons, sans doute, tenir un grand compte de l'opinion de V. Krafft-Ebing 1 et de Tarnowsky. Ce dernier pense que, surtout dans les cas d'inversion sexuelle peu développée, il suffit de l'entourage du malade pour diriger dans telle ou telle voie l'activité sexuelle. Pour lui, les parents et les éducateurs de la jeunesse doivent se garder de prendre par le côté plaisant les tendances féminines du jeune garçon ; ils doivent se demander, au contraire, s'il n'y a pas sous ces particularités un fonds plus sérieux ; et il croit nécessaire, dans ces conditions, de réfréner aussitôt que possible, par des punitions, les tendances de ce genre, afin d'en éviter le développement, en général rapide. Ces tendances se manifestent entre autres par le plaisir qu'éprouvent certains garçons à se revêtir de vêtements de femmes. Un malade de Westphal, qui dès l'âge de huit ans prenait les vêtements de sa mère et s'en affublait, était puni sévèrement par cette dernière ; mais je doute que les punitions puissent avoir une action très efficace sur un penchant aussi violent. Tarnowsky croit qu'il est essentiel de se moquer légèrement dès le début de l'enfant, lorsqu'il présente ce goût de la toilette fémiine, et qu'il est possible d'en arrêter le développement Quant aux causes occasionnelles qui peuvent, dans certains
V. Krafft-Ebing est d'ailleurs loin de rejeter, comme le fait Tarnowsky, â valeur et l'influence de ces mesures. Je me range complètement à l'opinion du premier de ces auteurs. Naturellement, v. Krafft-Ebing est d'avis, comme oi. que l' on ne doit rien négliger pour combattre la maladie. Mais comme, d'après lui, la majorité des cas sont congénitaux, il en résulte que les mesures prophylactiques n'ont pas de raison d'être. La non-procréation de tels ividus, voilà pour V. Krafft-Ebing la prophylaxie la plus efficace. Quantin xd cas d'inversion sexuelle acquise, au contraire, la prophylaxie a, pour la même auteur, une très grande importance.
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cas, amener l'éclosion de l'inversion sexuelle, en particulier l'onanisme mutuel et la contagion morale, surtout chez l'enfant, elles sont aussi passibles de l'intervention médicale. Presque tout ce que nous pourrions dire à ce propos découle naturellement du chapitre de ce livre qui a trait à l'étiologie. Il s'agit de savoir s'il n'est pas préférable, en vue d'éviter l'onanisme réciproque, que des personnes âgées instruisent la jeunesse du danger de ces pratiques, plutôt que de le lui laisser ignorer absolument. C'est là un point de la question que je désire traiter en passant. Je sais bien qu'il est très délicat, pour un père comme pour un maître, d'aborder en présence de l'enfant les questions sexuelles. Cependant, si l'on doit réussir à faire disparaître l'inversion de l'instinct sexuel, c'est à la condition de s'y prendre aussi tôt que possible, car celui qui en est atteint rend la guérison d'autant plus difficile qu'il s'habitue davantage au commerce des hommes. Une règle thérapeutique essentielle est donc d'agir le plus tôt possible et de ne pas attendre, par exemple, la trentaine pour essayer d'enrayer l'affection. La plupart des uranistes, autant que j'ai pu m'en convaincre en causant avec eux, font peu de cas du traitement prophylactique : il n'en faut pas moins insister sur ce point. Il est important aussi, d'après Tarnowsky, dans le cas de tendances à l'inversion, d'empêcher aussi longtemps que possible le passage effectif à l'action sexuelle ; c'est là une bonne condition au point de vue du pronostic. Hartmann déclare, ainsi que la plupart de ceux qui se sont occupés du développement de l'instinct sexuel, que le point essentiel consiste à empêcher, autant que possible, l'éclosion précoce de l'inversion. Si l'on remarque que la plupart des uranistes ont vu apparaître les premières manifestations de leur affection dans l'enfance, avant la puberté, on est amené à se demander si le début précoce du développement génital (avec des idées vagues sur les différences sexuelles entre l'homme et la femme) ne
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peut faire naître chez le jeune garçon les tendances homosexuelles, grâce à la fréquentation d'enfants du même âge, et être cause peut-être d'une perversion plus durable. — A. H. Niemeyer, se basant sur son expérience personnelle, se prononce catégoriquement contre une séparation trop complète et trop prolongée des sexes ; il ne conseille pas de s'opposer trop longtemps à l'éclosion de l'amour pour les jeunes filles, pourvu que les tendances sexuelles soient enrayées autant qu'il est possible. L'opinion de Tarnowsky, qui pense que l'éducation et le milieu exercent une influence très grande sur le développement du sens génésique, qu'il évolue ou non d'une façon normale, est difficile à démontrer, et, en fait, cet auteur n'a pas apporté la preuve de son assertion. Il n'en est pas moins vrai que ces influences extérieures peuvent jouer un certain rôle et que la thérapeutique doit tenir compte des avis émis à ce point de vue.
Je crois qu'il est possible d'arriver quelquefois à un bon résultat, lorsque l'on peut intervenir de cette façon chez l'enfant. Mais il me semble douteux, comme Tarnowsky croit l'avoir observé, qu'un grand nombre de jeunes gens atteints de perversion sexuelle congénitale aient pu devenir normaux grâce à l'emploi de mesures prophylactiques.
Un milieu défavorable exerce une influence dangereuse sur les individus qui ont une prédisposition à l'inversion sexuelle; Tarnowsky y insiste et pense, en particulier, que dans les établissements d'instruction où de nombreux élèves se trouvent réunis, les sujets prédisposés peuvent être entraînés sur la pente morbide par ceux chez qui existe déjà la perversion sexuelle. Chevalier déclare aussi catégoriquement que certaines institutions, où de nombreux enfants habitent ensemble, se prêtent particulièrement au développement de l'inversion sexuelle, et que l'internat, tel qu'il existe en France, par exemple, doit, de ce fait seul, être rejeté. Mais il est aussi
tout à fait urgent de soustraire, autant que possible, l'uraniste adulte à la société d'autres uranistes, de façon à éviter pour lui les occasions de se trouver en contact avec des individus qui éveilleraient chez lui des pensées sexuelles. Sur ce point, le traitement des homosexuels échouera souvent. Je connais des uranistes qui étaient très désireux d'être débarrassés de leur affection, mais qui ne pouvaient abandonner la société où ils se trouvaient. Le traitement sera particulièrement difficile dans le cas où l'uraniste éprouve de l'amour pour un autre homme. Comme, dans ce cas, les rapports sont généralement passionnés, qu'ils dominent toute la nature de l'uraniste, il ne faut pas s'étonner de rencontrer ici plus de difficultés pour modifier l'instinct sexuel que lorsqu'il s'agit de séparer Fun de l'autre deux hétérosexuels qui s'aiment. C'est une folie de la part des parents ou des amis qui veulent séparer deux amants, de leur créer des difficultés ; les obstacles, loin de dé terminer une rupture, ne font que les lier plus étroitemen; l'un à l'autre.
Comme il s'agit, naturellement, non seulement d'étouffer chez le malade son penchant à l'amour entre hommes, mais aussi de déterminer chez lui un amour normal de la femme, il ne faudra pas négliger d'autres points d'une importance essentielle. 11 sera nécessaire, en particulier, que l'uraniste vive dans la société des femmes et qu'il fréquente une femme qui ^iura le talent de le charmer et de le captiver par des qualités bien en rapport avec sa propre nature.
Tarnowsky croit qu'il est possible de faire naître, en forçant à un coït régulier avec la femme, la fonction sexuelle normale chez des individus naturellement prédisposés à l'inversion sexuelle. Toutefois Tarnowsky néglige de nous donner la preuve de ce qu'il avance. Théoriquement, la chose pourrait s'expliquer : mais, lorsqu'il se produit des exemples de ce genre, il est fort probable que nous nous trouvons en présence,
la plupart du temps, de cas d'hermaphrodisme psychique, beaucoup moins rares sans doute qu'on ne le croit généralement.
Naturellement, nous devrons éviter en même temps tout ce qui serait de nature à maintenir l'uraniste dans ses habitudes homosexuelles, par exemple toutes les idées d'ordre sexuel se rapportant à l'homme. Pour atteindre ce but, il faudra lui donner des conseils d'une façon intelligente, et de telle sorte qu'il les accepte ; on n'ira pas lui dire tout simplement qu'il lui faut ne plus penser à l'acte sexuel entre hommes. Il est nécessaire, si l'on donne ce conseil à l'uraniste, de lui montrer en même temps comment il doit s'y prendre pour arriver à écarter ses pensées morbides.
On rencontre généralement chez les uranistes une hyperesthésie extraordinaire de l'instinct génital, et par suite leur esprit, bien plus que celui d'individus sains, est constamment hanté par les pensées sexuelles. Leur idée fixe ne les quitte pas : elle trouble leur sommeil par des rêves érotiques, où les hommes jouent tous les rôles, et au réveil ils la retrouvent aussi tenace. Au milieu même d'occupations dans lesquelles un homme normal s'absorberait complètement, l'uraniste se sent tout à coup ressaisi par l'idée sexuelle et il s'y abandonne, incapable de l'éloigner. On dirait que plus le désir du fruit défendu par les lois et les mœurs s'exaspère chez l'uraniste, plus il lui devient difficile de l'atteindre. — Cependant le malade, en s'exerçant peu à peu à combattre ses pensées, pourra obtenir un certain résultat. 11 faut, dès le dé-
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but, essayer de lui faire bien comprendre qu'en exerçant sa volonté, en la fortifiant constamment, il arrivera à se défaire sinon entièrement, du moins en grande partie, de son état d'hyperesthésie. Il devra surtout s'efforcer de fuir les idées homosexuelles et ne jamais s'y complaire volontairement. Je connais un cas d'hermaphrodisme psychique où le malade ne retombait dans son inversion que lorsque, de gaité de cœur, il se laissait entraîner par une occasion quelconque ; par exemple, il rencontrait un homme qui lui plaisait, et il cherchait à se rapprocher de lui. Mais, au contraire, lorsqu'il s'ef* forçait de se détourner de son penchant, en ayant des rapports avec des femmes qui lui plaisaient, sa perversion disparaissait, souvent au bout de quelques heures.
On aurait tort également de donner à un uraniste le conseil de pratiquer le coït avec la femme, sans lui en expliquer en même temps la raison. L'uraniste proprement dit ne saurait pratiquer ce coït sans en être saisi d'horreur. Beaucoup d'entre eux, qui en ont fait l'essai, ont dû y renoncer à cause dû dégoût insurmontable que soulevait chez eux tout contact sexuel avec une femme. J'en connais qui, au moment où la femme se déshabillait, étaient pris d'une telle horreur, à la simple idée du contact qui allait avoir lieu, qu'ils étaient bien aises de pouvoir s'enfuir de l'appartement. Dans ces conditions, si le médecin conseille, sans autre explication, de pratiquer le coït normal, l'uraniste sera en droit de croire qu'il ne se fait aucune idée de son véritable état. Il reviendrait au même, en quelque sorte, de conseiller à un homme ordinaire de pratiquer l'acte sexuel avec des hommes et non plus avec des femmes. Il y en a pour qui l'érection, auprès de la femme, ! n'est pas possible, car le contact d'un corps féminin les met dans un tel état de malaise que, même en pensant ardemment à un homme, ils ne parviennent pas à entrer en érection ; et alors, une des conditions mêmes du coït fait naturellement
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défaut. Beaucoup d'uranistes ont tenté la chose, même sans avoir consulté de médecin et, presque toujours, leurs essais sont restés sans résultat. — Ne réussissant pas à pratiquer le coït, ils tombent dans un découragement profond, et finalement se persuadent que leur inversion sexuelle est incurable. Nous avons déjà vu qu'en général l'uraniste n'est jamais bien convaincu qu'il lui soit possible de se débarrasser de son penchant contre nature, et cependant il est de première nécessité d éviter tout ce qui peut ébranler, chez le malade, la foi dans la guérison.
Si Ton veut guérir l'uraniste, c'est son penchant même qu'il faut combattre et non ses actes contre nature. Il faut chercher, tout d'abord, à remplacer un penchant morbide par un penchant normal ; quant à l'acte normal, on ne doit lui attribuer qu'une importance secondaire. On pourra sans doute faire pratiquer le coït, sans qu'il existe encore de penchant normal ; cependant, ce n'est pas le coït lui-même que l'on devra considérer comme le but essentiel. Certainement il pourrait arriver que le coït se trouvât, d'une manière secondaire, parmi les causes favorables à l'éclosion du penchant normal, et ne fût lui-même possible qu'à la condition d'employer des moyens artificiels, comme l'évocation de l'image d'un homme ; mais on aura toujours tort de conseiller à un uraniste les rapports avec la femme, tant qu'il ne paraîtra pas en parfait état de suivre ce conseil. Chaque insuccès diminuerait d'autant son courage et sa foi dans la guérison.
Il faut aussi ne pas perdre de vue que souvent des uranistes, hermaphrodites au point de vue psychique, ne peuvent pas avoir de rapports avec toutes les femmes quelles qu'elles soient ; une seule parmi toutes aura le don de les exciter *.
1 On trouve dans l'amour hétérosexuel des cas analogues : il existe des individus qui ne peuvent avoir de rapports qu'avec un certain genre de femmes. Voici ce que dit Furbringer, à propos de ces cas remarquables, à l'article
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Ce point devra être pris en sérieuse considération, d'autan! plus qu'il a été prouvé par différents auteurs que les échecs répétés, dans l'essai du coït normal, favorisent le penchant à l'inversion. Il est donc à craindre, lorsqu'il s'agit de cet hermaphrodisme psychique dans lequel la possibilité du coït est subordonnée à une femme déterminée ou à une catégorie déterminée de femmes, que le malade n'arrive à aucun résultat lorsque cette condition ne sera pas remplie, et qu'il finisse par se rebuter.
En dehors de ce sentiment de découragement et de désespoir qui succède aux échecs dans le coït, le médecin devra se rappeler que le coït avec la femme donne au véritable uranisle une fatigue extrême ; il en sort épuisé. La plupart d'entre eux déclarent que la jouissance et le bien-être résultant de la simple masturbation sont pour eux préférables au coït ; même lorsque celui-là réussit, il y manque toujours la sensation de volupté normale et l'état de satisfaction qui lui succède. Au contraire, les rapports avec un homme les satisfont entièrement et ils en sortent fortifiés.
La dépression nerveuse qui succède au coït avec la femme, chez l'uraniste, peut atteindre de telles proportions que le médecin, à mon avis, devra se consulter mûrement avant de recommander à son malade des rapports réitérés avec la femme.
Lorsque l'uraniste arrivera à pratiquer le coït, on n'aura
« impuissance » de l'Encyclopédie d'Œulenburg, 2me Éd. « Il existe certaines formes assez rares de l'impuissance, qu'il est difficile d'expliquer, et qui sont peut-être du domaine de la perversion sexuelle : on y constate un sentiment de dégoût pour la femme, sentiment qui empêche toute érection et ne peut s'expliquer ni par une imperfection physique, ni par la présence de choses repoussantes, ni par le manque de beauté de la femme. Quelquefois l'ironie du destin veut que, pour le mari, ce charme fasse précisément défaut chez l'épouse, et que des femmes galantes le possèdent. Ce sont là des cas d'impuissance relative.
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pas encore atteint, pour cela, un résultat thérapeutique ; la plupart, au contraire, se détournent avec dégoût de la femme, aussitôt l'acte accompli, et redoutent de s y livrer une seconde fois. Il en est ainsi, du reste, même lorsqu'avant le coït l'uraniste éprouvait un désir pour la femme. Pourtant il est bien plus fâcheux encore de constater cette horreur pour la femme après le coït, dans les cas où cet acte a été pratiqué sans désir, au moyen d'artifices.
Nous avons dit que certains uranistes cherchent à rendre possibles leurs rapports avec la femme, soit par l'ivresse, soit par d'autres moyens, et j'en connais en effet bon nombre à qui l'usage de l'alcool permet de se livrer au coït ; malgré cela, jamais ils n'arrivent à une complète satisfaction : la sensation de volupté leur fait défaut. D'autres uranistes cherchent à se procurer l'érection et Féjaculation, auprès de la femme, en évoquant l'image d'un homme.
Ce n'est pas seulement parce que l'uraniste n'éprouve aucun désir pour la femme, et que par conséquent le coït lui répugne, qu'il lui devient si difficile de suivre le conseil qu'on lui donne de pratiquer cet acte ; une autre difficulté réside dans la peine que l'on a à trouver des femmes qui puissent lui convenir. 11 est clair qu'aucune honnête femme ne consentira à entretenir des rapports sexuels avec un uraniste ; d'autre part, il serait dangereux de lui amener des prostituées, qui ne réussiraient peut-être qu'à exaspérer le dégoût qu'il ressent déjà pour les autres femmes. Pourtant, si l'on ne trouve pas la femme qui pourra convenir, celle qui saura amener l'uraniste à un penchant normal, il faudra désespérer de le guérir. Je crois que, dans le cas bien connu de V. Schrenk-Notzing *, l'uraniste dont il s'agit n'aurait pas guéri s'il n'avait rencontré une femme qu'il aima et qu'il
1 Wiener Internationale Klinische Rundschau, 6 Oct. 1889, n° 40.
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épousa *. C'est là un cas d'inversion sexuelle, sans doute con« génitale, guérie sous l'influence d'une suggestion psychique.
Il va de soi qu'on devra interdire, avant tout, l'onanisme aux malades atteints d'inversion sexuelle ; la masturbation avec évocation d'images d'hommes est tout particulièrement redoutable, car elle accoutume de plus en plus la nature du malade à son idée morbide. Il n'est guère besoin d'expliquer pourquoi la masturbation, en général, doit être combattue avec soin ; on sait qu'elle est un moyen infaillible d'amener des troubles nerveux et qu'elle recule indéfiniment toute chance de succès dans l'essai du coït normal.
On a songé à traiter, au point de vue psychique, l'inversion sexuelle par la suggestion hypnotique. Gela semblera naturel à tous ceux qui se sont occupés de la suggestion et qui connaissent les nombreux ouvrages de Liébault, Bernheim, Forel, V. Krafft-Ebing, Obersteiner, Max Dessoir, Sperling et tant d'autres. Il est indéniable que, dans certaines circonstances, une application patiente et intelligente de la suggestion donnera de bons résultats : les cas cités par V. Krafft-Ebing 2, V. Schreck-Notzing et Ladame 3 en four-
1 On conçoit qu'il est souvent très difficile pour le médecin, lorsqu'un uraniste le consulte à propos de son mariage, de donner un avis quelconque. On aurait tort, en effet, de considérer ici le mariage comme le remède universel, ainsi qu'il arrive pour d'autres maladies. Le mari ferait généralement son malheur et celui de sa femme, en se mariant avant d'être complètement guéri de ses tendances homosexuelles. « Je dois dire, à l'honneur de la femme et à la honte de notre sexe, que dans beaucoup de ménages malheureux, le malheur est l'œuvre du mari ». Telle est l'opinion de Most, dans son livre TJeber Liebe und Ehe., (L'amour et le mariage), 1837. — Je crois que, dans notre cas spécial, le mari aura tout à se reprocher, lorsqu'il se sera jeté dans le mariage à la légère, malgré sa disposition à l'uranisme.
2 Internationales Central blatt f. d. Physiol. u. Pathol. der Harn u. Sexual organe, Tome I, cahier 1 et 2.
3 Revue de l'Hypnotisme, 1889-90. Ces cas se trouvent aussi dans la Psychopathia sexualis de V. Krafft-Ebing, 6me Édit., où ils sont rapportés dans tous leurs détails.
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nissent la preuve. Pour ma part, je puis assurer, d'après mes propres expériences, que l'on peut, pourvu qu'il y ait sommeil hypnotique profond, diminuer au moyen de la suggestion post-hypnotique l'influence du penchant morbide, chasser en partie cette image constante de l'homme qui hante l'esprit du malade, et par suite arriver à rendre plus rare le besoin d'accomplir l'acte sexuel anormal.
J'ai pu de même provoquer par la suggestion l'éclosion d'idées hétérosexuelles. Seulement, il ne faudrait pas s'attendre à obtenir ces résultats du jour au lendemain, et de plus, comme le fait très bien remarquer V. Krafît-Ebing, on n'atteindra de bons résultats que lorsqu'on aura provoqué un sommeil hypnotique profond.
Qu'on ne s'imagine pas toutefois que, même cette dernière condition étant remplie, il soit facile de suggérer aux malades un penchant sexuel normal ; en général, ceux-ci n'ont recours au médecin que le plus tard possible, alors que leur inclination morbide est déjà tellement enracinée qu'elle domine entièrement la personnalité. Je me rappelle avoir eu à traiter un philologue atteint d'inversion sexuelle. Il était accessible à un sommeil hypnotique profond ; mais, chaque fois que je voulais lui suggérer, pendant cet état, de se rendre, une heure après, auprès d'une femme également suggestionnée, je rencontrais la résistance la plus obstinée. Si je lui expliquais alors qu'il devait s'entretenir avec une femmce que je lui montrais en rêve, j'étais à peu près certain de recevoir la réponse suivante: « Mais il n'en est pas temps encore, ce n'est que dans une heure que je dois rencontrer cette dame ». Ce subterfuge et d'autres du même genre montrent d'une manière bien caractéristique que la peur de se trouver en contact avec une femme domine l'uraniste, au point de lui faire chercher tous les moyens possibles pour éviter ce contact, même lorsqu'il est plongé dans le sommeil hypnotique.
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Les partisans les plus déclarés de la médication accorderont eux-mêmes que le traitement de l'uraniste doit se faire non pas à l'aide de médicaments, mais par des moyens psychiques. Les inclinations et les sentiments ne se combattent pas par l'acide chlorhydrique ou l'aloès ; il faut leur opposer des éléments de nature psychique comme la leur. Aurélien connaissait déjà cette vérité.
On s'est demandé quelquefois si la castration débarrassait l'uraniste de son inversion sexuelle. Meyer répond affirmativement ; Westphal, au contraire, s'élève contre cette opinion. Théoriquement, je ne crois pas que nous puissions en attendre de bons résultats. Un malade vint un jour me demander s'il devait se faire castrer et il faisait dépendre cette grave opération de ma réponse : je ne pus la lui conseiller. Tout récemment, Gustave Jœger a prétendu que ce moyen devrait être recommandé par l'Etat. Si l'Etat considère comme dangereux pour sa propre sécurité les actes contre nature des uranistes, il ne lui reste qu'à les tuer ou à les castrer le plus vite possible. Au point de vue médical, il sera permis de trouver l'un et l'autre de ces moyens un peu trop héroïques.
ÉGISLATION
La législation relative aux rapports entre hommes a varié aux différentes époques. Chez le peuple juif, la pédérastie était punie de mort. Nous ne savons pas si cette passion était réprimée dans l'ancienne Grèce, ni la peine qu'elle entraînait. D'après Ramdohr, rien ne prouve qu'à Athènes l'amour homosexuel entre citoyens libres tombât directement sous le coup de la loi : au contraire, une loi rendue par Solon et interdisant la pédérastie parmi les esclaves, semble indiquer que la législation ne réprouvait pas cette coutume chez les citoyens.
Toutefois Solon et ses successeurs punissent la séduction, la violence et la cupidité, dans l'amour entre hommes1; il
i Voici ce que disait Eschine, dans son discours contre Timarque : « Nous connaissons des vieillards et des jeunes gens qui, dans leur temps, ont été aimés pour leur beauté ou que l'on aime aujourd'hui encore; mais à ceux-là on ne peut reprocher ce que nous reprochons à Timarque. Athéniens ! vous connaissez Griton, Periclès et tant d'autres ; c'étaient de grandes beautés, et ils avaient des amants, tous gens pleins de décence et d'honneur. Je ne blâme pas un amour raisonnable, et je ne prétends pas que tous les beaux jeunes gens que nous aimons soient des prostitués ; moi-même, j'avoue avoir écrit des poèmes d'amour et avoir été amoureux. L'amour pour des jeunes
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faut que Ton prouve que cet amour a toujours été libre de part et d'autre. Le citoyen qui se prostituait perdait le droit de cité ; celui qui, par viol ou séduction, avait abusé de l'innocence déjeunes garçons, était sévèrement puni (Ramdohr). Disons encore que, chez les anciens Grecs, l'amour entre hommes, dans le peuple, n'était tenu pour méprisable quo lorsqu'il ne présentait aucun élément moral et ne comportait que des désirs charnels.
Dans l'ancienne Italie, la pédérastie était considérée comme un crime et punie de mort, à l'égal du crime de haute trahi son (Mommsen, Histoire Romaine).
Chez les Germains, avant l'introduction du Christianisme, les accouplements contre nature étaient comptés parmi les crimes méritant la mort ; on les considérait comme un signe d'abjection1, et on les punissait de mort. Après l'introduction du Christianisme, la pédérastie resta toujours passible d'une peine : l'opinion des juifs prévalut sur celle des Grecs. Le code pénal de Charles V punit la pédérastie de la mort par le bûcher. Mais, en général, la répression se fit de plus en plus douce, chez les peuples modernes, et aujourd'hui, dans certains Etats, les rapports entre hommes ne tombent même plus sous le coup de la justice, lorsqu'ils ne s'accompagnent pas de circonstances particulières, comme la violence, par exemple. C'est le cas pour la Hollande, l'Italie et la France, d'après V. Lisst \ Le code Napoléon avait abrogé toute pénalité à ce sugarçons beaux et modestes est l'indice d'une âme socisbie et humaine ; mais celui qui vend ses faveurs pour de l'argent, je le tiens pour un homme bas et débauché. Il est honorable d'inspirer un amour désintéressé ; mais il est honteux de s'en faire une source de richesse. Voyez, da reste, ce que dit la oi : elle défend de parler en public à celui qui a fiappé son père ou sa mère, qui a dissipé l'héritage paternel ou qui s'est livré peur de l'argent à un débauché.
1 Richard Schroeder. Manuel de l'Histoire du droit a'emand. — Leipzig, 18S9.
2 Frang v. Lisst, Manuel de droit pénal allemand.. 4ee EC, Berlin, C8ZL
jet, et cette situation subsista dans quelques Etats Allemands jusqu'à la fondation de l'Empire, époque à laquelle la question fat définitivement tranchée pour toute l'Allemagne. C'est ainsi, par exemple, que les pédérastes n'encouraient aucune punition en Bavière ni dans l'ancien royaume du Hanovre. En Bavière, la justice ne pouvait intervenir que lorsqu'il y avait eu violence, ou que l'on avait amené par séduction des jeunes gens à se livrer à la pédérastie D'après V. Lisst, une commission scientifique de Prusse se déclara autrefois pour l'abrogation des articles établissant une pénalité, dans l'espèce. En revanche, le droit canonique continuait à réprouver les accouplements contre nature. En Allemagne, nous voyons aujourd'hui la loi punir les rapports entre hommes ; cependant elle n'établit, pour les femmes, aucune pénalité de ce genre. Le code pénal autrichien 2, au contraire, poursuit les femmes, en vertu de l'art. 129; cependant, il nous semble que le nouveau code autrichien est tombé, avec l'art. 190, dans la même inconséquence que le code allemand.
Le code pénal de l'Empire allemand contient plusieurs paragraphes se rapportant aux uranistes. Le plus important est
i D'après Casper Liman, Manuel da médecin légiste, la pédérastie était punie de la peine de la détention., en Bavière, par l'art. 214 du Gode pénal de 1861. Pourtant Ulrichs disait, en 1867, qu'«en Bavière on ne laissait jamais aboutir les poursuites ». La citation, faite plus haut, d'un passage de la législation bavaroise, est tirée d'un ouvrage déjà ancien, le Manuel de droit pratique de D. B. Friedreich, 1843.
a Ed. R. v. Hoffmann. Manuel du médecin légiste, Vienne et Leipzig,
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e suivant : « Les accouplements contre nature, entre hommes, ou entre hommes et animaux, sont punis de prison ; ils peuvent entraîner aussi la perte des droits civils » (art. 175). On peut se demander ici ce qu'il faut entendre par ce terme accouplement contre nature. La juridiction, sur ce point, est très étendue et souvent contradictoire1. Il faut distinguer rigoureusement l'accouplement contre nature et les actions obscènes 2 entraînant, dans certaines circonstances, les peines édictées par l'art. 176 du Gode pénal. Dans les textes des anciennes lois pénales, ce terme d'accouplement contre nature avait une signification encore moins claire que dans le code actuel ; la disposition de Fart. 175 est copiée, pour le fond, sur l'art. 143 de l'ancien code prussien qui n'envisageait guère que la pédérastie. Les considérants qui motivent les dispositions du code allemand expliquent l'art. 175, au point de vue de la sodomie et de la pédérastie, de façon à ce que l'on doive adopter, pour le code allemand, la définition donnée par l'ancien code prussien.
D'après la jurisprudence des tribunaux, tous les actes sexuels accomplis entre hommes ne doivent pas être rangés parmi les accouplements contre nature ; on ne considère comme tels que les actes présentant une certaine analogie avec le coït naturel 3. Cependant il n'est pas nécessaire que membrum in anum immittitur, ni même que le pénis ait été introduit dans une cavité quelconque du corps de l'homme, pour que l'acte tombe sous l'application de l'art 175 4. Par exemple, un arrêt du Tribunal de l'Empire a déclaré que l'action de frotter son membre contre la cuisse d'un homme de-
* A. Dalcke, Droit pénal et procès de droit pénal, Berlin, 1SS0.
* Arrêt da Tribunal de l'Empire, du 24, IV, 1880.
* Arrêts du Tribunal de l'Empire en matière pénale, Tome I, p. 652.
* Arrêts du Tribunal de l'Empire du 23 avril 1880.
l'inversion sexuelle
vait être considérée comme analogue au coït1, et par consé» quent était punissable en vertu de Fart. 175. Il n'est pas non plus nécessaire qu'il y ait éjaculation : un acte peut être punissable avant même qu'il ait provoqué l'orgasme vénérien. Le tribunal a aussi établi la possibilité de ne punir qu'un seul des coupables et d'acquitter l'autre2 ; par exemple lorsque l'acte a été accompli sur un mineur ou sur une personne plongée dans le sommeil.
D'autre part, le tribunal de l'Empire a établi, d'une façon décisive, la différence entre les accouplements contre nature et les actes obscènes, différence qu'il avait été déjà question de fixer au moment où fut rédigé l'art. 175. — Ainsi, le jugement d'un tribunal de lre instance, qui avait puni, en vertu de l'art. 175, un individu qui s'était simplement masturbé aux côtés d'un autre, a été cassé par le tribunal de l'Empire, cet acte devant être considéré selon lui comme une obscénité, mais non comme un accouplement contre nature 3.
La masturbation d'un homme par un autre et la masturbation mutuelle, ne sont pas punissables, lorsqu'elles ne s'accompagnent pas de circonstances qui rappellent l'acte du coït. Dans ce cas, il est évident que la distinction est assez arbitraire ; c'est le juge qui devra apprécier si telle ou telle circonstance rend l'acte assimilable au coït. D'après Oppenheim*, les simples embrassements, dans l'onanisme mutuel,
1 Arrêt du Tribunal de l'Empire du 23 avril 1880.
* Jugement du Tribunal de l'Empire du 3 fév. 1890. s Arrêt du Tribunal de l'Empire du 24 avril 1SSÛ.
* Code pénal de l'Empire allemand, commenté par Friedr. Oppenboff, lie édifc., chez Theodor Oppenhoff, Berlin, 1888. D'après cet auteur, il est constant, d'après le jugement du Tribunal de l'Empire du 23 avril 1880, que Vimmissio pénis in cavum n'est pas nécessaire pour l'application de l'art. 175. — D'après une édition précédente de ce livre, ainsi que d'après Rudolf et Stenglein (Code pénal allemand), le considérant qui avait amené l'application de l'art. 175 était Vimmissio pénis in corpus vivum. Le fait est l'apporté par V. Krafft-Ebing.
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ne suffisent pas pour que l'acte tombe sous le coup de l'art. 175 ; par contre, le frottement du pénis contre le corps de l'individu est visé par ce même article.
Il est également certain que l'individu qui se prête volontairement à un acte contre nature encourt la même pénalité que son complice, même lorsqu'il n'a pas eu pour but la satis" faction de sa propre passion.
L'application des peines édictées par l'art. 175 peut sembler, en théorie, très simple ; mais en pratique cette application est difficile. Lorsqu'il y a eu immissio membri in anum, la question est simple à résoudre. Elle devient plus compliquée, et c'est le cas le plus fréquent, lorsque membrum appremitur alicui parti corporis alterius. Dans ce cas, l'application delà peine dépendra des frictions qui auront ou non été exercées. Le simple fait que les corps ont été couchés l'un contre l'autre entraîne, ainsi que nous l'avons vu, l'application de la peine. S'il y a eu de plus un frottement, c'est-à-dire un mouvement des deux corps ou de l'un d'eux, l'acte sera passible de l'art. 175 parce qu'il pourra être assimilé au coït.
Qu'on s'imagine maintenant l'accusé tenu de déclarer devant le tribunal s'il a fait ce mouvement ou non. Cette preuve me semble si difficile à établir dans la pratique, que je ne parviens pas à croire qu'elle puisse servir de base à un jugement équitable.
Il n'est guère possible d'interpréter l'art. 175 comme accordant l'immunité aux rapports entre hommes car dans son esprit cet article de la loi vise précisément ces rapports. Cependant, il n'y a pas, à vrai dire, d'accouplement contre nature, lorsqu'un homme atteint d'inversion sexuelle accomplit l'acte sexuel avec un autre homme. Cet acte est tout aussi naturel que celui qu'accomplira avec une femme l'homme ayant pour la femme un penchant normal.
L'art. 183 du Code pénal a aussi son importance : « Celui
qui, par des actes obscènes, aura provoqué un scandale publie, sera puni de deux ans de prison ou d'une amende de cinq cents marcks au maximum. La peine de la prison pourra de plus entraîner la perte des droits civils ». Cet article vise les attouchements auxquels se livrent publiquement les uranistes, sur les parties génitales des hommes, et dans la pratique il a souvent été interprété dans ce sens.
Dans l'art. 180 du Code pénal, il est question des entremetteurs : « Celui qui par métier ou par cupidité aura par son entremise favorisé la prostitution, ou en aura fourni l'occasion, sera puni d'emprisonnement comme entremetteur ».
Le tribunal a reconnu expressément que cet article pouvait recevoir son application à propos des rapports entre hommes. Il a été appliqué, par exemple, contre un individu qui louait une chambre à des pédérastes. L'accusé soutenait, pour sa défense, qu'il ne s'agissait que de rapports entre hommes ; le tribunal n'admit pas cette excuse.
Le Code contient encore d'autres dispositions relatives aux rapports homosexuels et sur lesquelles je n'insisterai pas, parce que leur interprétation ne présente aucune difficulté. Je citerai, entre autres, l'art. 176 qui punit les actes obscènes accomplis sur les mineurs de 14 ans.
Mais il faut nous arrêter à l'art. 51, qui est conçu dans les termes suivants : « Aucune peine ne sera requise contre celui qui, au moment où il accomplissait un acte répréhensible, se trouvait en état de démence ou était atteint d'un trouble maladif de la volonté capable de le priver de son libre arbitre ».
S'il s'agit, dans ce cas, de maladies psychiques graves, comme la démence paralytique ou bien, et c'est l'opinion de Tarnowsky, si l'on peut considérer la satisfaction du penchant homosexuel comme un équivalent psychique de l'attaque d epilepsie, il devient évident que les actes qui procurent cette satisfaction n'encourent aucune pénalité.
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Mais les cas sont relativement rares, où l'on peut assimiler l'inversion sexuelle aux troubles psychiques profonds. Sans doute, de notre temps, presque toutes les autorités médicales compétentes déclarent que l'inversion sexuelle est un cas pathologique ; V. Krafft-Ebing, Tarnowsky, Gley et beaucoup d'autres assurent même que ce phénomène fait toujours ou presque toujours partie d'un complexus symptomatique, ainsi qu'on le constate généralement chez les dégénérés. Il est en effet indéniable que, dans la plupart des cas, nous trouvons d'autres symptômes de troubles nerveux et psychiques. L'état de santé apparente de l'uraniste ne trompera jamais un médecin compétent et ne l'empêchera pas d'admettre l'existence d'autres symptômes. En particulier, il ne considérera pas comme une preuve de santé chez l'uraniste une intelligence normale ou même au-dessus de la moyenne, ni les divers talents qui peuvent orner son esprit.
V. Krafft-Ebing a dit avec raison qu'en général on est toujours en présence de troubles morbides qui, d'après l'interprétation que l'on fait communément de l'art. 51, n'ont pas le bénéfice de l'immunité. Il est vrai que cet article se prête à une interprétation extraordinairement large. Nous pouvons ne pas compter l'inversion sexuelle au nombre des troubles morbides de la volonté ; mais rien ne nous empêche de la considérer comme un état de démence, et la démence, d'après l'art. 51, peut être interprétée dans un sens très large. Les commentateurs modernes du Gode pénal ne semblent pas disposés à considérer les cas d'inversion sexuelle comme se trouvant directement visés par la loi. Dans l'esprit de la loi, le mot démence signifie seulement un trouble de la conscience. Tant que l'individu aura conscience de sa situation, tant qu'il restera capable de raisonner sur toutes choses, d'envisager les conséquences de ses actions, le médecin légiste se montrera peu disposé à admettre un troublp de la cons-
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cience. Enfin, il faudrait encore savoir si l'article 52 ne doit pas s'appliquer aux cas d'inversion sexuelle : cet article considère comme non coupables les individus qui ont accompli un acte sous l'influence d'une force irrésistible. Nous nous trouvons ici en présence d'une double difficulté : d'une part, on entendra généralement par ce mot de force irrésistible une force physique, et en effet, dans l'application qu'on a faite jusqu'à présent du Code, c'est seulement la force physique que l'on a considérée ; d'autre part, il serait impossible, lorsqu'il s'agit d'un phénomène psychique, de considérer un penchant intérieur comme une force \ puisque l'idée de force comporte précisément une manifestation extérieure.
Blumenstock 2 insiste sur la nécessité de vérifier, dans tous les cas d'inversion sexuelle, le degré de responsabilité de l'individu. A son point de vue, cette question devra toujours être posée et résolue, même lorsque les poursuites judiciaires auront pour objet non pas des actes sexuels, mais tout autre acte illégal, car l'inversion sexuelle est elle-même le symptôme d'un dérangement de l'esprit.
H faut tenir compte encore d'une question qui a été soulevée par Furstner 3 ; c'est la simulation dans l'inversion sexuelle. D'après cet auteur, il est à craindre que des individus
1 Du reste les médecins légistes se montrent fort peu disposés à considérer l'instinct génital comme une force irrésistible. 11 est très regrettable que nous ne soyons pas en état de juger de la puissance de cet instinct chez nos semblables. Nous aurions tort, dans le cas présent, de généraliser et déjuger des autres par nous-mêmes ; il serait pratique certainement d'admettre, dans le doute, une force irrésistible de l'instinct génital, mais cette considération ne doit pas nous détourner de la vérité. Casper et plus tard Liman, ont prétendu que l'instinct génital n'avait pas le caractère d'un penchant irrésistible, et d'après eux, c'est de tous les penchants celui que l'on maîtrise le plus facilement.
2 V. l'art. Inversion sexuelle, dans l'Encyclopédie d'Eulenburg, 2«»e édit.
* Cette question lut soulevée au cours d'une discussion sur l'inversion SÇ"aelle, dans un congrès de psychiatrie, en 1SS1, à propos d'un rapport de Kirn.
qui se livrent à des actes sexuels contre nature, sachant qu'ils sont passibles de poursuites judiciaires, ne simulent des troubles dont ils ont étudié d'avance les manifestations, les crises épileptiques par exemple, espérant ainsi éviter toute punition.
Le diagnostic du médecin légiste rencontre de sérieuses difficultés, lorsqu'il y a présomption d'une immissio pénis in anum. Depuis plusieurs siècles, les médecins légistes cherchent des signes qui leur permettent d'établir la preuve de la pédérastie active ou passive. Je suis bien éloigné de vouloir rabaisser leur œuvre, mais il me semble que bien rarement ces chercheurs ont eu l'occasion d'exposer des faits observés par eux-mêmes. Les signes qu'ils indiquent passent généralement du livre de l'un dans celui de l'autre, sans qu'ils disent s'ils ont eu l'occasion de les observer personnellement ou s'ils les ont empruntés à d'autres. S'il en était autrement, la plupart, j'en suis certain, se verraient forcés de convenir que tous les signes que Ton attribue à la pédérastie passive ne se rencontrent que dans un nombre de cas relativement très restreint, et que par conséquent leur absence ne saurait impliquer l'absence de la pédérastie. D'autre part, ces mêmes signes se retrouvent souvent chez des individus que ne se sont jamais adonnés à la pédérastie, de sorte qu'on ne peut légitimement rien conclure de leur présence.
Martial, dans l'antiquité, Paul Zacchias au xvne siècle, et plus récemment Tardieu, ont dit qu'à la suite de la pédérastie passive, l'anus prenait la forme d'un infundibidum ; Tardieu constate de plus un enfoncement des régions périanales,
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une dilatation de l'anus, dont le sphincter se trouve forcé. E. V. Hofmann s'élève contre la valeur diagnostique de ces signes, pour la raison que la forme en entonnoir et le relâchement du sphincter dépendent plutôt de l'état de nutrition de l'individu et de son âge ; de plus, il est hors de doute que des pédérastes passifs avérés présentent souvent un anus absolument normal. J'ai pu le constater moi-même dans un procès criminel.
Indépendamment des signes de la pédérastie habituelle, on a indiqué, pour les cas accidentels, des signes révélateurs auxquels on ne doit pas non plus accorder une trop grande valeur. Friedreich établissait son diagnostic sur ce fait, qu'immédiatement après l'acte, l'anus reste béant, et présente des rougeurs, des points tuméfiés et douloureux, quelquefois des fissures sanguinolentes. D'après lui, il faut en même temps examiner la chemise et les effets, car généralement le pédéraste passif a eu, pendant l'acte, une éjaculation soit spontanée, soit amenée par la masturbation.
Quant aux signes qui doivent révéler la pédérastie active, Casper Li man et E. V. Hofmann ne leur accordent aucune valeur. D'après ces auteurs, les déformations du gland décrites par Tardieu n'ont aucune signification au point de vue d'une constatation médico-légale. Il est à supposer que Tardieu et les auteurs qui ont décrit ces cas ont oublié qu'indépendamment de la pédérastie, la forme du gland présente, suivant les individus, de très grandes différences \
Dans certains cas, le diagnostic pourrait s'appuyer sur une
i Brouardel est d'avis que les déformations du gland décrites par Tardieu étaient probablement des malformations congénitales et que c'est par erreur que Tardieu en a attribué la cause à la pédérastie. Cependant, tout récemment, Coutagne a observé chez un pédéraste actif, pris sur le fait, un sillon circulaire à la limite du premier et du deuxième tiers du gland ; mais v. Hof« man, qui rapporte ce fait, n'a jamais observé de déformations du pénis ou du gland.
l'inversion sexuelle
affection syphilitique, peut-être même sur une gonôrrhée flu rectum. On pourra aussi constater, dans la bouche, des accidents syphilitiques dus à Yimmissio pénis in os. Un uraniste soigné par V. Krafft-Ebing prétend avoir vu plusieurs cas d'ulcérations syphilitiques de l'anus et des accidents primaires 1 de la voûte palatine chez un jeune homme dont d'autres individus ab usaient per os.
Après avoir exposé les articles de la loi se rapportant aux actes sexuels entre hommes et recherché la manière dont le médecin légiste établira son diagnostic, il nous reste à voir si les dispositions actuelles du Gode ne pourraient pas être utilement modifiées.
On s'étonnera, sans doute, de m'entendre proposer, sinon de supprimer l'art. 175, du moins de le modifier 2, en ce sens que les rapports homosexuels ne seront plus passibles d'aucune peine. Je comprends qu'il semble osé de parler en faveur d'une classe d'individus parmi lesquels j'ai trouvé les menteurs les plus effrontés qui se puissent rencontrer et qui souvent, par leur repoussante tenue dans la rue et dans les endroits publics, excitent le dégoût des honnêtes gens. Il existe en effet une catégorie d'uranistes qui ne méritent aucune sym-
1 Lorsque Gustave Jaeger, dont je dois reconnaître la compétence dans cette question, dit que « les homosexuels ont une vertu qui est de ne pas propager la syphilis, » il fait là une apologie des uranistes, à laquelle ils n'ont aucun droit.
2 L'art. 175 punit également la fornication avec les animaux ; cette question ne sera pas étudiée dans ce livre. Il s'agirait donc, au point de vue des rapports homosexuels, d'une simple modification du paragraphe et non d'une suppression totale.
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pathie et pour lesquels les peines édictées par le Code sembleront toujours trop douces. Mais ceux-là ne sont pas les seuls.
Il faut considérer aussi tous ceux qui cachent avec soin leur état et n'en laissent rien voir à leur entourage. On trouverait, en étudiant leur caractère, bien des arguments plaidant en leur faveur. Ces malheureux, bien dignes de pitié, sont très nombreux et ils ne trouvent, parmi les âmes sensibles, personne qui puisse les plaindre. L'orsque l'un d'eux s'ouvre à vous et vous fait ses confidences, il est rare qu'on ne modifie pas l'opinion que l'on se faisait des uranistes. C'est en observant ce groupe, qu'on arrive à se convaincre qu'il ne s'agit pas là de désirs vicieux que l'on peut vaincre en empêchant leur satisfaction ; l'inversion sexuelle est bien un penchant pathologique, qui s'empare de tout l'individu, et qui s'y développe plus ou moins. Il faut donc traiter ces malades avec impartialité. Il ne nous est pas permis d'édicter contre les uranistes des peines injustes, en nous laissant influencer par le caractère odieux de certains d'entre eux. En tous cas, le législateur et le médecin ne pourront se rendre compte de la question que lorsqu'ils auront connaissance de ces deux groupes d'uranistes.
Comme ceux qui font partie du groupe honorable ne s'ouvrent que très rarement aux personnes qui ne sont pas ellesmêmes uranistes, on comprend qu'on confonde habituellement avec les individus du demi-monde tous les hommes ayant un penchant anormal. C'est justement à cause de ce défaut de jugement, que les uranistes en sont réduits à l'hypocrisie. Que l'on n'oublie pas qu'il existe, aujourd'hui comme par le passé, des uranistes qui sont des hommes distingués, éminents, d'un caractère élevé : j'ai déjà cité Winckelmann, Platen et Muret.
Nous avons le droit de discuter la pénalité encourue pour ce
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que le Code appelle les accouplements contre nature, puisque, dans d'autres pa)^s, cette pénalité n'existe pas. L'antagonisme entre le médecin qui ne considère que le côté clinique et le médecin légiste a été signalé par Tarnowsky. Le médecin légiste ne voit souvent qu'un vice, là où l'autre reconnaît un état psychique morbide. Mais cet antagonisme existe plus profond encore entre la médecine clinique et le Code pénal. La médecine considère comme un penchant sexuel morbide ce que le Code frappe comme un délit ou un crime. Il faut espérer qu'un jour ces contradictions tomberont, grâce au progrès de la science et de l'humanité.
Pour toutes ces raisons, il ne me semble nullement déplacé de discuter la question et de rechercher si les dispositions du Code allemand, à l'égard des rapports homosexuels, ne sont pas susceptibles d'une amélioration quelconque. Un uraniste a proposé de faire entrer, pour la moitié, des uranistes dans la composition des tribunaux chargés de juger les affaires de cette nature.
Ce ne peut être là qu'une mauvaise plaisanterie. Tant que les accouplements contre nature seront déclarés punissables parles dispositions du Code et par les arrêts du Tribunal de l'Empire, qui s'appuient eux-mêmes sur le Code pénal, la composition des tribunaux sera absolument indifférente. Nous verrions bientôt les assassins et les voleurs réclamer, comme les uranistes, le droit de juger les voleurs et les assassins, sous un prétexte d'équité.
Les faits nous montrent qu'on ne saurait trop approfondir cette question. Voici, par exemple, le cas d'un homme âgé de, 19 ans. qui fut exécuté à Paris, pour avoir violé et tué une per tite fille de quatre ans. Je n'en veux retenir qu'une chose, c'est que plusieurs médecins célèbres, Lasègue, Brouardel et Motet, déclarèrent l'accusé entièrement responsable, et que Tarnowsky déplore cet avis, qu'il tient pour « une honte de
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la science » . — Puisque des savants ont pu émettre des opinions aussi contradictoires, il faut bien que Ton m'accorde la nécessité d'une discussion impartiale de cette question particulière.
Nous allons rechercher maintenant si, au point de vue de la philosophie du droit pénal, on doit appliquer une peine aux actes sexuels accomplis entre hommes.
Nous connaissons trois théories principales du droit pénal ; nous ne nous donnerons pas la peine d'examiner toutes celles qui ont été faites par différents jurisconsultes. Voici quelles sont ces trois théories : 1° La peine a pour but d'empêcher le crime en effravant le criminel; 2° La peine doit racheter le crime, c'est-à-dire établir une compensation du fait accompli ; 3° La peine doit rendre le criminel meilleur.
D'après la première de ces théories, on punirait les pratitiques uranistes afin d'empêcher, par la crainte même de îa punition, les uranistes de s'y livrer. Il existe incontestablement certains cas isolés, où la crainte de la punition pourra empêcher la perpétration d'un acte sexuel; mais ces cas seront relativement peu fréquents. Les désirs sexuels sont impétueux et cette considération sera généralement impuissante à les réprimer. D'autre part, il est probable que l'individu qui n'aura pas osé accomplir l'acte sexuel avec un autre homme, voudra assouvir son désir par la masturbation. Or l'onanisme présente pour l'individu des inconvénients autrement graves que les rapports sexuels entre hommes. Si l'on remplace ces rapports par la masturbation solitaire, je ne vois pas quel avantage le maintien des bonnes mœurs pourra retirer de
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cette modification. Du reste, pour peu que ce penchant, qui, en fin de compte, fait désirer un autre homme, atteigne quelque vivacité, aucune peine ne pourra être assez forte pour détourner Turaniste de l'acte homosexuel ; l'exaspération de son désir rend illusoire tout moyen de répression.
Il me semble plus difficile encore de fonder la pénalité des accouplements contre nature sur la théorie des compensations. Que doit racheter le coupable? Evidemment, un délit. Mais la notion de délit est toute relative, et nous ne pouvons considérer comme un délit l'acte sexuel de l'uraniste, lorsque nous considérons comme légitime l'acte sexuel ordinaire, accompli par une femme et un homme normal. En général, l'homme accomplit l'acte sexuel avec la femme, non pas dans le L; conscient d'avoir des enfants, mais pour la satisfaction d'un penchant auquel il ne peut résister. L/uraniste ne fait pas autre chose, et par conséquent son acte sexuel n'est pas délictueux. On n'a donc pas de données solides permettant d'établir la notion rigoureuse de délit. Aussitôt que le penchant a atteint une certaine force, il devient impossible à combattre. Le penchant homosexuel ne peut être ni déterminé par la volonté, ni réprimé par elle. L'individu qui le ressent n'en est donc pas responsable ; V. Kra, -Ebing et tous les auteurs impartiaux le déclarent hautement. Pour ceux qui se rendent un compte exact de la question, la légende du vice et de la débauche amenant ce penchant n'est plus acceptée que pour un nombre très restreint de cas. V. Krafft-Ebing dit que les uranistes sont les enfants deshérités d'une Nature marâtre. Il peut arriver que certains d'entre eux, grâce à leur force de volonté et à leurs liens sociaux, parviennent à s'abstenir de la pédérastie, ou des autres actes sexuels accomplis entre hommes ; mais toujours ils se rendent compte de leur faiblesse et ils ont conscience de l'impossibilité de résister à leur penchant, au-delà d'une certaine limite. J. C. Shaw et
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N. Ferris en ont donné, en 1883, un exemple typique. L'individu dont il s'agit déclare qu'il s'adresse au médecin parce qu'il croit qu'il n'est plus en état de résister, comme il l'avait fait jusque-là, à la force qui le pousse aux actes homosexuels. Ce malade était âgé de 35 ans, et il sentait son penchant se développer en lui avec une puissance toujours grandissante.
11 nous reste à examiner la troisième théorie, celle qui veut rendre l'homme meilleur. Or personne ne consentira à croire qu'une peine quelconque aura pour effet de délivrer de leur penchant les individus atteints d'inversion sexuelle.
11 est possible qu'on puisse améliorer en les punissant, lorsqu'il ne s'agit que d'un penchant criminel, des individus qui se livrent aux actes homosexuels, poussés non pas par l'inversion sexuelle, mais par une intention purement criminelle. Mais jamais la perte plus ou moins longue de la liberté ne pourra guérir l'uraniste de son penchant. Supposons un uraniste conduit en prison pour un délit quelconque ; il est évident que son emprisonnement ne le délivrera pas de l'uranisme. Je connais plusieurs homosexuels que la satisfaction de leur penchant a menés à la prison ; je n'en connais aucun chez qui cette peine ait supprimé la maladie, ou ait contribué dans la suite à en atténuer les effets. Le penchant sexuel est impérieux et il subsiste. Je citerai à ce propos le cas d'un malade qui était atteint d'une perversion d'un genre particulier : l'excitation sexuelle était produite chez lui par la vue de tabliers blancs. Il s'enferma dans un cloître, dans l'espoir de se débarrasser de cet état morbide à force de jeûnes et de prières. Naturellement, il n'obtint aucun résultat : ce n'est jamais de cette manière que l'on amènera une guérison.
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Considérons maintenant, l'une après l'autre, les raisons pour lesquelles on voudrait punir les accouplements contre naliire. La plus importante semble être l'outrage aux bonnes mœurs. On a prétendu, comme preuve à l'appui, que dans l'ancienne Grèce la pédérastie ne se répandit qu'au moment de la décadence. Cette opinion est erronée : on sait aujourd'hui que les rapports entre hommes existaient déjà aux époques les plus florissantes de la Grèce Antique. Il est impossible d'établir une relation de cause à effet entre la décadence des grecs et leur amour pour les jeunes garçons. Cependant Hœssli va peut-être un peu loin lorsqu'il prétend qu'une des causes de la grandeur de la Grèce a été l'habitude des rapports sexuels des hommes entre eux, et je crois qu'il a tort d'appuyer son opinion sur les idées de Sulzer, qui a dit que les artistes grecs ne doivent leur grandeur qu'à la libre expansion de tous les penchants de leur âme. On peut se demander si vraiment Sulzer voulait parler de la pédérastie, comme semble le croire Hœssli.
Le coït régulier d'un homme et d'une femme, accompli entre quatre murs, est légitime, et ne constitue pas un outrage aux mœurs ; pourquoi donc l'acte sexuel de l'uraniste, accompli dans les mêmes conditions, les outragerait-il davantage? Ce qui pour l'un est moral paraît immoral à un autre, et il est possible que l'acte homosexuel soit taxé d'immoralité pour la seule raison que c'est la minorité qui s'y livre.
On fait encore intervenir, dans cette discussion sur la moralité de l'acte homosexuel, un autre motif qui doit prouver son immoralité, et faire pencher la balance vers la nécessité d'une punition : c'est le mépris et le dégoût que cet acte soulevé chez le peuple. Ceci tient à la croyance, généralement rép t l ine, que l'acte s'accomplit par Yimmissio membri m anum ; mais cette croyance est erronée, et nous avons vu
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que, bien au contraire, ce genre de pédérastie est assez rare parmi les uranistes.
Quoi qu'il en soit, il existe dans les rapports de l'homme avec la femme certaines pratiques aussi repoussantes que les actes sexué s des hommes entre eux. La pédication, que la loi autorise, et qui n'est autre chose que ïimmissio membri in anum maliens, ne le cède en rien, à ce point de vue, à l'acte du pédéraste. Du reste, la loi permet aussi la coprophagie, qui ne saurait manquer d'exciter la répulsion, je l'espère du moins, de chacun de mes lecteurs. Le coït normal, je le répète, ne présente par lui-même rien d'esthétique, et je crois, si nous n'y étions pas accoutumés par une pratique journalière, que nous ne pourrions nous imaginer un acte plus repoussant *.
Du moment que les actes homosexuels sont punis par la loi, l'argument tiré du mépris qu'ils soulèvent dans l'opinion publique perd toute sa valeur ; car l'opinion publique se conforme, jusqu'à un certain point, à la manière dont la loi même envisage les choses. D'autre part, parmi les considérations qui ont présidé à la législation de ce point spécial, on a donné, pour motiver la pénalité, le mépris du peuple à l'égard des actes contre nature. Il n'est pas possible d'admettre qu'en abrogeant toute disposition pénale l'opinion publique fasse brusquement volte-face ; un tel revirement ne pourrait se pro-
1 On a beaucoup écrit sur les rapports de la loi avec le sens moral du peuple, et cependant on n'est jamais arrivé à s'entendre sur ce point. Ed. v. Hartmann traite longuement cette question dans sa Phénoménologie du sens moral, Berlin, 1879. « En principe, dit-il, la loi ne cons dère aucune action comme morale ou immorale ; les actions deviennent morales ou immorales devant la loi, suivant qu'elles sont permises ou défendues par elle. Ce principe est évidemment trop étroit. L'histoire nous apprend que, sauf exception, le sentiment d'équité et de moralité existe chez les peuples avant toute législation écrite ; la législation n'est que l'interprète de ce sentiment, elle ne va jamais à l'encontre. Cependant on ne peut nier que la loi, à son our, n'exerce une certaine influence sur le sens moral des peuples ».
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duire que d'une manière insensible. Cependant il est probable qu'une modification des dispositions pénales aurait pour effet d'améliorer peu à peu la situation sociale des uranistes.
Il est bien certain que l'uranisme ne sera jamais considéré comme une très belle chose, mais il est fort possible que le profond mépris dont on couvre les malheureux qui souffrent de cette maladie vienne un jour à disparaître. Il est d'ailleurs facile de constater que, même dans les pays où les actes homosexuels restent impunis, on les tient toujours pour méprisables l. Ce mépris s'est répandu sans doute par suite des rapports internationaux. Cependant je crois que le relèvement de l'uranisme dans l'opinion publique dépend d'une manière absolue de son impunité. En France, les uranistes ne se trouvent pas dans une situation sociale inférieure ; on les tolère comme on les tolérait autrefois au Hanovre, avant la fondation de l'Empire Allemand, à une époque où ils jouissaient d'une complète immunité. L'histoire de l'ancienne Grèce nous prouve d'ailleurs qu'une nation ne court, pas le danger de péricliter parce que l'amour homosexuel n'y soulève pas le mépris du peuple.
La Bible réprouve l'uranisme, mais il ne peut être question de nous conformer pour notre législation actuelle aux commandements de la Bible. Si nous nous engagions dans cette voie dangereuse, nous risquerions fort de soulever des attaques contre bien des points de notre organisation sociale. Les Mormons2, par exemple, citent, pour justifier leur polygamie,
1 Je crois que, pendant longtemps encore, l'uraniste restera un objet de mépris, surtout aux yeux des gens d'une éducation inférieure. L'impuissance, certes, n'est pas un crime ; cependant, on reproche aux impuissants leur manque de virilité et on les considère, eux aussi, avec dédain.
2 Moritz Busch, dans son Histoire des Mormons, l'apporte qu'Orson Pratt considère la polygamie comme une institution sainte ; la Bible ne l'a jamais prohibée, et dans un grand nombre de passages, elle lui donne au contraire sa sanction : Dieu a voulu que David, qui avait déjà plusieurs femmes, s'adjoignit encore celles de Saùl.
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différents passages de la Bible, et en particulier l'histoire d'Abraham, qui prit une seconde femme parce que Sarah restait stérile. Les suites fâcheuses des rapports homosexuels et en particulier de la pédérastie, ont été constatées dans un grand nombre d'anciens ouvrages, d'après lesquels les pratiques contre nature auraient pour la santé de graves conséquences. D. Dohrn 1 a recueilli les opinions de différents auteurs sur ce point spécial, et j'emprunte à son travail les données suivantes.
D'après Nicolai", les individus qui se livrent à la pédérastie souffrent, en dehors des maladies locales, d'une faiblesse générale qui atteint surtout les membres inférieurs ; la fonction sexuelle est paralysée. D'après Wildberg, la pédérastie amène la consomption. Henke prétend qu'elle a pour résultat la phtisie et l'hydropisie. Casper %, au contraire, se prononce catégoriquement contre Fopinion de ces auteurs ; à son avis, les pédérastes qu'il connaissait jouissaient presque tous d'une santé parfaitement normale.
Il est inexact de croire que la satisfaction du penchant homosexuel soit préjudiciable à la santé. Au contraire, les uranistes auxquels il est impossible de satisfaire leur penchant autrement que par un acte homosexuel, tombent malades lorsqu'ils ne se livrent pas à cet acte qui, à leur point de vue, constitue l'acte normal. Lorsqu'on les force à pratiquer le coït avec la femme, ils restent, la plupart du temps, complètement impuissants ; dans le cas contraire, ils n'en retirent au-
1 P. Dohm (Zur Lehre von der Päderastie). Revue trimestrielle de médecine légale, Berlin, 1855, vol. VII). Cet auteur va plus loin : il voit dans l'affaiblissement du système nerveux résultant de la pédéi'astie, une cause de prédisposition à la lièvre typhoïde et, dans un rapport médico-légal, il attribue aux habitudes de pédérastie d'un jeune garçon un décès survenu dans une fièvre typhoïde.
2 Voyez la réponse faite par Casper à l'article de Dohrn que nous venons de citer.
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cune satisfaction ; le coït les épuise, et sans aucun doute la répétition trop fréquente de cet acte amènerait des troubles dans leur santé. Tous ceux qui ont vu les uranistes de près,, m'accorderont qu'ils sont loin de constituer une classe de débilités ; on trouve parmi eux, au contraire, des hommes robustes et de santé vigoureuse. Lorsqu'ils paraissent malades ou nerveux, il est probable que cet état provient d'une abstinence forcée, plutôt que d'excès sexuels. De plus, leur système nerveux se ressent des conditions sociales dans lesquelles ils vivent ; ils se figurent sans cesse que leur penchant a fUé découvert, et ils supportent avec peine l'injustice du monde, qui les traite en véritables parias de la société. Il est évident que des sentiments de ce genre doivent réagir défavorablement sur la santé générale. Enfin, nous avons vu que très souvent l'uraniste est atteint d'une affection nerveuse congénitale, à laquelle il faut attribuer la plupart des malaises dont il souffre.
Lorsqu'on se trouve par hasard en présence d'un uraniste chez lequel on constate des signes graves d'affection nerveuse ou des troubles psychiques, on aurait tort de les attribuer à la satisfaction de son penchant homosexuel : ce ne sont que les symptômes spéciaux à la maladie nerveuse dont il est
tteint. V. Kraffl-Ebing croit qu'on peut trouver, parmi les uranistes, certains sujets capables de réprimer leur penchant, grâce à une très grande délicatesse de sentiments et à une force de volonté exceptionnelle. Mais le même auteur signale également le danger que courent ces individus de tomber, par suite d'une abstinence forcée, dans la neurasthénie et les troubles cérébraux. Puisqu'il est démontré que l'abstinence aggrave l'état morbide des uranistes, nous ne pouvons que les engager à se livrer aux actes homosexuels. Nous avons déjà donné les raisons pour lesquelles on aurait tort de croire qu'en s'abstenant de l'acte homosexuel l'uraniste est amené à pratiquer le coït avec la femme. Tarnowsky est même d'avis que les uranistes
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qui échouent dans leurs essais de coït normal tombent fréquemment dans l'hystérie.
11 va de soi que les excès sexuels sont tout aussi préjudiciables à la santé chez l'uraniste que chez l'homme normal. On comprendra aisément que ce pédéraste dont parle Hammond, et qui dans une même nuit renouvela onze fois l'acte contre nature, se trouvât dans un certain état de fatigue et d'épuisement. D'autre part, il n'est pas surprenant que l'uraniste ressente, immédiatement après l'acte homosexuel, un état de bien-être analogue à celui qui succède au coït accompli dans des conditions physiologiques normales.
Puisque les raisons que l'on donne généralement, et que nous avons exposées plus haut, pour justifier les peines édictées contre l'uranisme, ne sont pas de nature à établir cette justification, il faut nous demander s'il n'existe pas d'autres motifs à la répression des actes sexuels contre nature.
Nous avons vu que certains uranistes ne peuvent avoir de rapports qu'avec des hommes qui n'appartiennent pas à leur monde, et qu'ils ne sont en état de satisfaire leurs besoins sexuels qu'à cette condition. On pourrait dire alors que la peine édictée par la loi aura pour elfet d'empêcher l'abaissement moral des hommes normaux, auxquels des rapports avec les uranistes donneraient à la longue une nature d'uraniste. Ce point mérite d'être soigneusement élucidé. Il semble, d'après les données que nous avons actuellement sur cette question, qu'un homme normal adulte qui s'adonne aux pratiques uranistes n'arrive jamais à acquérir, de cette façon, un penchant homosexuel *. Un tel danger n'est pas à craindre, caries rapports de l'homme normal avec l'uraniste se
1 On aurait tort, évidemment, de prendre pour de l'inversion sexuelle l'état dans lequel se trouve un homme normal qui, après s'être livré une première ;oi» à un uraniste par esprit de cupidité, a fini par surmonter, a la longue, tout dégoût pour les pratiques homosexuelles.
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borneront généralement à satisfaire ce dernier par la masturbation, et l'accomplissement de cet acte donnera rarement à l'homme normal une excitation sexuelle artificielle. Il est clair que les hommes qui se livrent aux uranistes pour de l'argent, méritent notre mépris au même titre que les prostituées, dont le métier ne contribue guère à élever le caractère. Mais puisque nous admettons la prostitution de la femme, nous n'avons aucune raison de ne pas admettre celle de l'homme ; il n'y a donc pas lieu, pour les législateurs modernes, de réprimer la prostitution masculine. Les lois actuelles ne peuvent que favoriser son expansion, et nous verrons par la suite que la police, malheureusement, n'a sur elle aucun moyen de contrôle efßcace.
D'ailleurs, en admettant que ce danger pour l'homme normal de devenir lui-même uraniste en se livrant aux uranistes, existe réellement, et c'est là une hypothèse qu'aucun fait ne vient confirmer, l'objection ne tient plus si l'on considère les rapports des uranistes entre eux. On est alors en droit de se demander si des dispositions légales basées sur cette même hypothèse, n'auraient pas pour effet d'assurer l'impunité à l'uraniste qui satisfait son penchant avec d'autres uranistes, et de frapper celui qui le satisfait avec des hommes normaux, en le punissant soit lui seul, soit en même temps que son complice.
V. Lisst envisage la question d'une autre façon ; il demande que la loi ne frappe que les individus qui font de la pédérastie un métier, espérant mettre ainsi un frein à la prostitution masculine.
On a dit également qu'en ne mettant aucune entrave aux rapports homosexuels, on favoriserait le développement d'une sorte d'épidémie psychique de l'inversion sexuelle. Je crois ce prétexte mal fondé ; il est peu probable, en effet, qu'un homme jouissant d'un penchant sexuel normal cherche à ac-
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complir des actes homosexuels, pour la sei le ra sen que ces actes ne sont pas légalement prohibés. S'il en était ainsi, nous verrions sans doute beaucoup d'hommes normaux se livrer aujourd'hui à l'onanisme mutuel, que la loi ne poursuit pas. Ce sont là des pratiques qu'on ne recherche généralement pas, lorsqu'on n'y est pas poussé par une prédisposition à l'inversion sexuelle. Du reste, on n'a jamais constaté à l'état épidémique l'inversion sexuelle dans les pays où elle ne tombe pas sous le coup de la loi.
On pourrait dire encore que la loi tient suffisamment compte du penchant des uranistes, en tolérant certains actes homosexuels, comme l'onanisme mutuel par exemple. Mais cette objection est sans valeur : nous avons vu, en effet, que le désir des uranistes se manifeste sous des formes très variées ; il y en a, par exemple, qui ne trouveront une satisfaction que dans Yapplicatio membri ad corpus alterius, tandis que l'onanisme mutuel ne les attirera pas plus que la masturbation solitaire.
La législation actuelle manque de logique en plusieurs points. Ainsi, toutes les raisons pour lesquelles on s'élève contre les accouplements contre nature, pourraient également s'appliquer à l'onanisme mutuel que la loi tolère. Les objections tirées de la moralité ou du préjudice causé à la santé, ou d'autres considérations analogues, ont la même valeur à l'égard de tous les actes contre nature quels qu'ils soient. Mon opinion est que, au point de vue du législateur, on ne peut élever aucune objection valable, pas plus contre l'onanisme mutuel que contre les accouplements hors nature.
La législation présente du reste une autre contradiction : en Allemagne, les rapports sexuels des femmes entre elles ne sont exposés à aucune pénalité ; il leur est permis de se livrer à tous les actes sexuels qui leur plaisent. Il se peut que cette absence de toute pénalité à l'égard des
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femmes tienne à ce qu'on n'avait encore aucune donnée sur la nature de leurs rapports sexuels à l'époque où fut mise en vigueur la législation. Il n'en est pas moins vrai qu'actuellement les femmes peuvent se livrer impunément à des actes pour lesquels des hommes seraient poursuivis, par exemple lambere linguâ genitalia allerius.
Lorsqu'on discute une loi, il est nécessaire de s'assurer si, dans la pratique, son application a donné de bons ou de mauvais résultats. Puisque nous constatons que la loi qui punit les accouplements contre nature a plutôt produit de mauvais effets, en protégeant la bande des exploiteurs, il est naturel que nous nous demandions si son abrogation ne proiiterait pas davantage à la morale, au maintien des bonnes mœurs et au respect de la loi chez le peuple.
Il est évident que Turaniste devra être poursuivi lorsqu'il aura employé la violence pour forcer son complice à se prêter à l'acte sexuel. Dans bien des cas,ruraniste aura été entraîné par la force irrésistible de son penchant, de sorte que, dans certaines circonstances, on pourra se trouver en présence d'un phénomène pathologique et non d'un crime. Toutefois, l'acte de violence cause un dommage évident à la victime et à la Société tout aussi bien que le le viol d'une femme, et l'Etat a le devoir de l'empêcher. Si un individu est poussé au viol par une cause pathologique, par une puissance qu'il est incapable de maîtriser, la Société, pour se défendre, le reléguera dans une maison d'aliénés, au lieu d'une prison. Tout homme qui cause un dommage à la Société doit en être écarté : le malfaiteur est mis en prison, le fou est enfermé dans un asile.
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La Société aura également le droit de sévir, lorsque l'uraniste aura provoqué un scandale public. Il est défendu d'accomplir publiquement un acte obscène, comme il est défendu à tout homme de faire avec une femme, en public, ce qu'il lui est parfaitement permis de faire en l'absence de témoins.
Lorsqu'un homme adulte se prête librement aux pratiques d'un uraniste, il me paraît i ndiqué que la loi ne puisse y mettre opposition. Cependant je crois qu'il est nécessaire que cet homme ait dépassé un certain âge et que la loi défende aux uranistes de sastisfaire leur penchant sur de jeunes garçons. Les enfants au-dessous d'un certain âge, 16 ou 18 ans par exemple, doivent être tout particulièrement protégés par la loi, parce qu'ils n'ont pas encore le jugement nécessaire pour se conduire eux-mêmes, et que les garçons, avant la puberté, pouvant acquérir l'inversion sexuelle par leurs rapports avec des uranistes, courent aussi le danger de se pervertir et de perdre tout sens moral. Il faut donc que la loi les protège, en édictant en leur faveur, dans tous les cas, une peine contre les uranistes. Quant à l'âge auquel le jeune homme échappera à cette tutelle, il sera de 16 ou de 18 ans, ou bien on en pourra choisir un autre : je ne me prononcerais pas volontiers sur ce dernier point.
Il est un fait impossible à nier : c'est que les uranistes se comptent par milliers, et que par conséquent l'Etat doit se montrer équitable vis à vis d'eux. La satisfaction d'un des penchants les plus impérieux ne peut être mise par la loi sur le même pied qu'un crime vulgaire. Lorsque j'ai étudié les actes de justice, j'ai pu constater que depuis quelque temps les jugements deviennent moins sévères, et que les peines qu'ils appliquent aux accouplements hors nature sont relativement douces ; il m'a semblé, dans tous les cas, que les individus véritablement atteints d'un penchant sexuel morbide étaient traités par les tribunaux avec une certaine bien-
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veillance. Mais toute peine, si légère qu'elle soit, aie fâcheux effet de mettre au ban de la Société la plupart de ceux qu'elle frappe ; souvent il suffît d'une simple enquête judiciaire pour rendre toute relation sociale impossible aux personnes qui s'y trouvent mêlées.
Puisque l'Etat, en frappant les uranistes, a en vue la sauvegarde des bonnes mœurs ; puisque, d'autre part, il est établi que ces hommes ne sont pas coupables, que les actes incriminés sont nécessaires à la satisfaction d'un penchant morbide inhérent à leur nature, il ne reste à l'Etat qu'un seul moyen de repression : l'internement des uranistes dans une maison d'aliénés. Les prisons sont faites pour les malfaiteurs ; nous ne pouvons plus, à l'heure actuelle, considérer comme tels les individus atteint sd'inversion sexuelle.
J'ai proposé plus haut l'abrogation, ou du moins la modification, de l'art. 17o du Go le Pénal, je voudrais également que l'on modifiât, dans ce Code, le 6e paragraphe de l'Art. 361. En voici la teneur :
« Sera punie d'emprisonnement toute femme exerçant la prostitution sous le contrôle de la police, qui aura violé les règlements établis pour la sauvegarde de l'hygiène, de Tordre public et de la décence ou qui aura exercé la prostitution sans se placer sous ce contrôle ».
Ce paragraphe donne à la police un moyen suffisamment efficace pour maintenir la prostitution féminine ; elle peut empêcher les filles publiques de se tenir dans certaines rues. Il est fâcheux qu'une disposition analogue n'ait pas été prise vis à vis de la prostitution masculine. Les prostitués exercent
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leur métier en toute liberté, sans être inquiétés en aucune façon ni par la police ni par la justice ; ils échappent, à Berlin surtout, à toute surveillance administrative. L'administration reste sans armes contre le demi-monde masculin, précisément parce que l'art. 173 du Gode pénal ne vise que certaines formes de rapports entre hommes. Cet état de choses ne subsisterait pas, si l'art. 361, parag. 6, s'étendait également aux femmes et aux hommes ; on pourrait par exemple le modifier ainsi : « Sera punie d'emprisonnement toute personne exerçant la prostitution... etc. ».
Il n'est pas juste de donner aux hommes qui se prostituent une liberté que l'on refuse aux filles publiques ; il n'est pas juste, non plus, de laisser sous le coup d'une législation étroite et dure l'urauiste qui cherche à satisfaire son penchant sexuei conformément à sa nature d'uraniste»
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Je vais parler maintenant de l'inversion sexuelle chez la femme, sans toutefois m étendre sur ce chapitre. Si je lui consacre une place relativement restreinte, en comparaison de celle que j'ai donnée, dans cet ouvrage, à l'étude de l'inversion chez l'homme, ce n'est pas que je considère ce sujet co.iime présentant, au point de vue pratique, une moins grande importance ; mats plusieurs raisons m'ont déterminé à procéder ainsi. Tout d'abord, nous possédons beaucoup moins de données sur le phénomène de l'inversion, lorsque nous l'envisageons dans les rapports des femmes entre elles, nous savons très peu de chose sur l'homosexualité des femmes du monde en particulier. Cependant je suis très certain qu'un grand nombre d'entre elles présentent ce penchant. En deux ième lieu, il est, dans l'étude de l'inversion chez la femme, beaucoup de points qui deviennent faciles à traiter, lorsqu'on a déjà étudié l'inversion chez l'homme : par exemple, le traitement de cette affection, son diagnostic, et bien d'autres encore. Une troisième raison résulte de nos coutumes et de nos usages, qui ne permettent pas au femmes d'entretenir des rapports entre elles avec la même facilité que les hommes, de sorte que les consi-
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dérations sociales qui nous ont arrêté à propos des uranistes n'existent plus dans le cas présent. Enfin nous n'aurons pas à parler de la législation, puisqu'en Allemagne le Gode pénal ne réprime, en aucune façon, les actes homosexuels entre femmes *.
Toutes ces raisons expliqueront suffisamment la brièveté relative avec laquelle je traiterai l'inversion sexuelle chez la femme.
L'existence, chez la femme, d'une perversion sexuelle en tous points semblable à celle que nous constatons chez l'homme, a été démontrée surtout par les travaux récents de V. Krafft-Ebing. Toutefois, dans bien des cas, il ne faudra pas faire dépendre d'un penchant morbide les pratiques quelque peu étranges employées par les femmes. Mantegazza mentionne que certaines dames emploient leur petit chien de luxe à un but sexuel. Pour ma part, j'ai connu une femme mariée qui avait dressé son chien à genitalia lambere, jusqu'à ce que complète satisfaction s'ensuive : elle m'avoua ellemême cette habitude, craignant d'en avoir contracté une maladie. Je connais une autre femme dont les dispositions sont tout à fait sadiques : le coït ordinaire ne lui procure aucune jouissance. « Je voudrais, disait-eile, que l'acte sexuel n'exis-
* En Allemagne, les rapports homosexuels de la femme sont libres. En Autriche, il en est autrement, en vertu de l'art. 129 du Gode pénal. Naturellement, si l'acte s'accompagne de circonstances aggravantes, comme la Tiolenceoule scandale public, la loi allemande le poursuivra. Voici, sur ce point, l'opinion de v. Hoffmann : « Dans aucun cas les actes sexuels accomplis entre femmes ne présentent la même importance que la pédérastie, au point de vue delà moralité et surtout du droit pénal ». Mon avis est différent, car je ne fais pas la même distinction entre les rapports entre hommes et les rapports entre femmes ; pourquoi les uns seraient-ils plus immoraux que le autres? Je trouve, par exemple, que le Cunnilingus des femmes ne doit pas être considéré autrement que Vappressio membri virilis ad corpus alterius Lorsqu'il s'agit d'un penchant morbide, l'immunité me semble indiquée dans l'un et l'autre cas.
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tât pas et fût remplacé par des morsures que je ferais à mon mari et que mon mari me rendrait ».
On trouve chez la femme toutes sortes de perversions sexuelles ;mais celle qui paraît se rencontrer le plus fréquemment est l'inversion dans laquelle la femme se sent attirée non pas vers l'homme, comme elle devrait l'être normalement, mais vers une autre femme. Ce penchant est analogue à celui de Furaniste, que nous avons déjà étudié en détail. Les femmes à penchant homosexuel ont reçu différentes appellations et je reviendrai plus loin sur quelques unes d'entre elles. Ulrichs les appelle des uranistes, et dit que leur nombre est à peu près le même que celui des uranistes-hommes.
Dans l'antiquité, l'amour entre femmes était très répandu, dit-on, dans l'île de Lesbos ; on accuse aussi Sapho, la femme poète, de s'y être adonnée. Virey et quelques auteurs tiennent cette accusation pour fondée 1 ; d'autres au contraire, Moncaut par exemple, prétendent que c'est à tort qu'on a lait à Sapho ce reproche et qu'elle a simplement employé, avec une certaine exagération, le mot d'amour pour celui d'amitié /Je dirai à ce propos que Moncaut, malgré tout le soin que dénote son ouvrage sur l'amour, ne peut être considéré, au point de vue de la perversion sexuelle, comme un critique infaillible, car il parait connaître à peine la question. Il me semble que les poèmes de Sapho parlent en effet de l'amour entre femmes, mais ce n'est pas une raison pour qu'elle n'ait, pas
i Génac Moncaut, Histoire de l'amour dans l'antiquité, Paris, 1862. Cet ouvrage a eu pour suite l'Histoire de l'amour dans les temps modernes. Paris
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chanté aussi l'amour légitime entre l'homme et la femme, et
même s'il en était autrement, il ne faudrait pas en conclure que Sapho pratiquât elle-même l'amour entre femmes ; il est probahle qu'elle a simplement voulu dépeindre, dans ses poèmes, les tendances des femmes de son époque.
D'après Ploss % le tribadisme était également fort répandu dans l'ancienne Rome, et, d'après cet auteur, il était pratiqué avec des femmes pourvues d'un clitoris de dimensions anormales. Ces femmes étaient appelées fricirices ou subigatrices.
Ploss rapporte que la masturbation mutuelle des femmes est très fréquente en ©rient. D'après lui, les femmes qui s'y adonnent arriveraient, au moyen d'une masturbation constante du clitoris, à donner artificiellement à cet organe des dimensions leur permettant de pratiquer le tribadisme. Be tout temps, le tribadisme a été fort répandu en Orient, surtout parmi les peuples arabes. Mantegazza fait observer que les femmes enfermées dans les Harems doivent se livrer fréquemment à cet amour particulier.
Zyro a cite une relation de Pouqueville, en 1805, d'après laquelle les femmes alanguies du Harem du Sultan, qui luimême préférait à l'amour naturel l'amour à la façon des Grecs, servaient d'amants à leurs compagnes. Virey nous a rapporté d'Orient des faits du même genre et la poésie orientale renferme de nombreux passages qui les confirment.
Il existe une chanson populaire arabe, dans laquelle un mari se lamente au sujet de sa femme. En voici un passage, d'après la traduction de Biickert :
« Dieu me donna une femme, maigre comme une solive — effrontée et voleuse comme la pie et le corbeau — elle aime
1 H. Ploss, Das Weib in rder Natur-und Völkerkunde, 2e Édit., publiée par le Dr Max Bartels. Leipzig, 1887.
2 F.F. Zj'ro, Critique scientifique et pratique du suicide, Berne, 1837.
l'inversion sexuelle 307
les femmes, elle méprise les hommes, — et ne se complaît qu'avec la canaille ».
Ploss rapporte qu'un roi de Siam, ayant appris que ses concubines se livraient entre elles au tribadisme, leur infligea une cruelle punition.
Il dit encore que cette coutume s'étalait au grand jour parmi les femmes allemandes du Moyen âge ; il cite à l'appui de son assertion la liste des punitions infligées par l'Eglise, qui fut dressée à Worms, au xie siècle, par l'évêque Burchard, et dans laquelle il est parlé des relations sexuelles des femmes entre elles.
On a signalé jadis, en Angleterre, une série de cas qui ont été recueillis en partie dans un ouvrage de William Tegg. Il s'agissait de femmes qui, pendant longtemps, furent prises pour des hommes, et dont quelques-unes épousèrent même d'autres femmes. Ces faits se passaient, pour la plupart, vers la fin du xvme siècle. Nous possédons également des observations de Parent Duchâtelet sur l'amour passionné de la femme pour la femme.
Ulrichs nous rapporte toute une série d'anecdotes historiques sur des femmes qui se livraient au tribadisme ; mais leui authenticité n'est pas suffisamment prouvée. Cette preuve, du reste, serait difficile à faire. Il cite, par exemple, Catherine Howard, femme d'Henri VIII d'Angleterre, comme étant uraniste, pour nous servir de sa propre expression, et il croit que c'est à cause de ses habitudes homosexuelles qu'elle fut condamnée à mort1.
L'étude scientifique de l'inversion sexuelle chez la femme date de quelques années seulement et nous retrouvons ici, parmi les personnes auxquelles nous devons ces premières recherches, les noms que nous avons déjà cités à propos de
i L'histoire donne pour motif de l'exécution de la reine Catherine ses rapports avec les serviteurs de son grand-père.
308 l'inversion sexuelle
l'uranisme : Wetsphal et V. Krafft-Ebing, dont les travaux sont les plus importants, puis Chevalier, Cantarano, Sérieux. On trouvera dans la Psychopathia sexualis de Y. Krafft- Ebing, que nous avons eu l'occasion de citer plusieurs fois, des renseignements détaillés sur la question.
La littérature nous a fourni, de son côté, de nombreux documents. Chevalier croit qu'en général les romanciers étudient plus volontiers l'amour homosexuel chez la femme que chez rhomme, parce qu'il paraît moins repoussant. Quoi qu'il en soit, nous trouvons dans l'école naturaliste, en France, de nombreux romans traitant ce sujet» Déjà Diderot l'avait développé dans sa Religieuse. A notre époque, Zola, dans le roman de Nana, décrit d'une façon très explicite la liaison de l'héroïne avec son amie Satin. Chevalier cite également parmi les romanciers qui se sont emparés de ce thème, Balzac, qui s'est complu dans la peinture de certaines perversions sexuelles. Dans un de ses romans, il nous raconte l'amour d'une femme pour un eunuque 1 ; dans la Fille aux yeux d or, il prend pour sujet l'amour d'une femme pour une femme.
On s'est demandé dans quel monde le tribadisme est le plus répandu. Cette question est très difficile à élucider, car les femmes parviennent mieux encore que les hommes à tenir secret leur penchant. J'ai voulu m'en rendre compte, autant que possible, pour la ville de Berlin, et je dois en grande partie les résultats que j'ai pu obtenir aux confidences que des femmes, atteintes d'inversion sexuelle, ont bien voulu me
* J'ai donné déjà, dans cet ouvrage, un exemple du même phénomène,
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faire. J'ai eu le bonheur de me trouver également en relation avec quelques habituées des cercles de femmes uranistes, qui ont pu me fournir certains documents *.
Les rapports sexuels entre femmes peuvent se constater dans plusieurs mondes : par exemple, dans celui des actrices et parmi les servantes de brasserie. Je puis certifier qu'on rencontre aussi des femmes mariées atteintes d'inversion sexuelle, qui, lorsqu'elles en trouvent l'occasion, n'hésitent pas à satisfaire leur penchant. Mais c'est surtout parmi les filles publiques que les tribades se trouvent en très grand nombre : je sais de source certaine que 25 0/0 des prostituées de Berlin entretiennent des rapports sexuels avec des femmes.
Lorsque deux de ces femmes vivent ensemble, comme il arrive souvent, dans le même appartement, l'une d'elles seulement est une prostituée : l'autre, en général, reste auprès de son amie sous les dehors d'une femme de chambre ou d'une locataire. Nous verrons plus tard que, dans les rapports des femmes entre elles, le rôle passif et le rôle actif sont souvent très distincts ; les femmes qui les remplissent s'appellent l'une le père, l'autre la mère. Dans le mariage légitime, on accorde que l'homme peut se permettre quelques écarts, tandis que la femme, au contraire, doit lui garder une fidélité absolue ; de même, dans la liaison de deux femmes, seul le père, c'est-à-dire la femme qui joue le rôle actif, a le droit d'avoir des rapports avec des hommes 2.
1 J'ai recueilli, en particulier, de précieux détails d'une femme qui, après plusieurs années de mariage, s'est séparée de son mari pour se livrer librement à son penchant homosexuel, e!» qui maintenant vit maritalement avec une autre femme. La plupart de mes recherches dans le domaine de l'homosexualité chez la femme, ont été faites en collaboration avec mon ami le DT Max Dessoir.
3 On m'a dit, d'autre part, que cette règle souffre de nombreuses excep*
l'inversion sexuelle
Les personnes de qui je tiens ces renseignements n'ont pas pu me dire si, parmi les filles insoumises, on constaterait une aussi grande proportion de tribades. Je pense que parmi les jeunes filles et les femmes du monde on trouverait également des cas de perversion sexuelle. Pour Coffignon, c'est, après le clan des prostituées, l'aristocratie qui fournirait, à Paris, le plus grand nombre de femmes s'adonnant au tribadisme.
Les femmes qui se livrent à leur penchant homosexuel reçoivent généralement, dans leur cercle, le surnom d'enflées (schwul), que du reste les uranistes se donnent aussi entre eux. Lorsque deux femmes font ménage ensemble, on dit d'elles qu'elles ont contracté un mariage d'enflées, ou une liaison d'enflées. Dans certains cas, on emploie de préférence le mot de Freundschaf tsverhœltniss (liaison entre amies). A Vienne, s'il faut en croire un malade de V. Krafft-Ebing, elles se donnent entre elles le surnom d'Oncle.
On a aussi appelé ces femmes des tribades ; cependant quelques auteurs réservent le mot de tribadisme à la désignation d'un mode spécial, f immiss io clitoridis in vaginam alterius, et appellent tribades les femmes qui se livrent à cette pratique. On se sert encore de l'expression d'Amour Lesbien, en souvenir de l'île de Lesbos ; mais ce terme s'applique plus particulièrement à l'acte qui amène l'orgasme vénérien lambendo lingua genitalia. La mulier lambcns s'appelle cunnilingua, et l'acte tout entier cunniiingus ;
tions et que, par exemple, celle des deux femmes qui se distingue par des avantages physiques, qu'elle remplisse du reste le rôle actif ou le rôle passif, est souvent une prostituée.
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d'ailleurs ce mot s'applique aussi au même acte pratiqué par l'homme sur la femme.
La physionomie et les manières extérieures des tribades ne présentent généralement rien de particulier ; je crois même, d'après les observations que j'ai pu faire, que les femmes dont le visage est couvert de poils comme celui des hommes, ne sont pas pour cela particulièrement prédisposées à l'inversion sexuelle. De même, les parties génitales des tribades n'ont rien d'anormal. Quelquefois, cependant, ces femmes présentent le type masculin assez prononcé1, dans leur manière d'être en général et surtout dans les traits du visage.
Quant à l'évolution du penchant homosexuel, elle varie beaucoup suivant les individus. Un grand nombre de tribades restent fort longtemps inconscientes de leur état. L'une d'elles me disait qu'elle s'expliquait sur le tard bien des épisodes de sa jeunesse qui étaient pour elle, auparavant, lettre morte. Elle avait été institutrice pendant assez longtemps et elle se rappelait qu'à l'âge de 16 ans, elle aimait à profiter de l'absence des maîtres pour mettre les habits du fils de la maison; elle en éprouvait un sentiment de bien être. Du reste, elle porte actuellement encore des habits d'hommes chaque fois qu'elle peut le faire. Sa mère, c'est-à-dire l'aime qui joue auprès d'elle le rôle passif, le lui a défendu ; d'ailleurs elle évite avec soin tout ce qui pourrait, amener un scandale dans la maison, en dépit de la tendresse anormale qu'elle porte à son amie.
Je connais encore une jeune personne, atteinte d'inversion sexuelle, qui ne s'en rendit compte qu'au bout de plusieurs années. Vers l'âge de 18 ans, elle écoutait avec étonnement
1 V Krafit-Ebing désigne sous le nom de gynandres, les femmes chez Lesquelles l'inversion sexuelle se révèle non-seulement par le penchant, homosexuel et les autres phénomènes psychique?, mais aussi par le squelette, îe type du visage, etc.
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ses compagnes s'extasier sur le bonheur de connaître un jeune homme, de se laisser embrasser par lui, d'être toujours auprès de lui. Elle n'arrivait pas à s'imaginer quel plaisir les femmes pouvaient y prendre et trouvait la compagnie des jolies femmes bien préférable à celle des beaux jeunes gens. Elle allait ainsi dans la vie naïve et inconsciente de son état, jusqu'à ce que vers l'âge de 20 ans, la lumière se fit brusquement. Ce fut une amie, dans la chambre de laquelle elle était entrée, qui se chargea de l'initier.
On aurait tort de croire que les femmes homosexuelles se distinguent par certains défauts de leur caractère : au contraire, il en est beaucoup qui ont horreur du mensonge et de tout vice en général.
Dans leur enfance, elles jouent volontiers aux jeux des petits garçons et abandonnent celui de la poupée. Celles qui jouent le rôle du père, aiment à se vêtir d'habits d'hommes ; cependant ce n'est pas là une règle absolue. J'ai vu des tribades qui s'habillaient volontiers en hommes et qui cependant remplissaient le rôle passif vis à vis de leur amie.
On trouve chez elles beaucoup d'habitudes masculines ; certaines d'entre elles fument, non pas la cigarette, que beaucoup de femmes se permettent de temps en temps, mais de forts cigares, et en font même un usage abusif. Une tribade m'a raconté qu'elle avait commencé à fumer à l'âge de 5 ans de forts cigares qu'elle avait toujours préférés à la cigarette ; jamais elle n'en avait ressenti aucun malaise.
Leurs occupations sont souvent toutes masculines *. Une
i Lorsque la femme dont le penchant est homosexuel possède en outre le caractère d'un homme, on la désigne sous le nom de Virago, et V. Krafft-Ebing appelle cet état la Viraginité. Voici comment il décrit la virago : « Le penchant homosexuel se déclara chez elle de bonne heure : comme petite-fille, ses jeux favoris sont ceux des garçons ; elle méprise la poupée et se passionne pour le cheval de bois; elle joue aux soldats et aux brigands. Elle n'aime pas les travaux à l'aiguille, elle y est maladroite. Sa toilette né gligée lui donne l'air d'un gamin. Elle montre plus de dispositions pour lea
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malade de Westphal avait une vocation pour la construction des machines. Les travaux de femmes, dans lesquels les uranistes hommes atteignent une grande habileté, n'ont pour les tribades aucun attrait. L'une d'elles me déclarait qu'elle n'avait pu supporter les travaux à l'aiguille et que si, chez elle, elle dirigait le ménage, ce n'était pas pour son plaisir, mais bien parce que, dans ses rapports avec son amie, elle jouait le rôle de la mère.
La manière d'être des tribades ne prend une allure masculine que lorsqu'elles cessent de se surveiller. Du moment qu'elles se savent observées, ou bien lorsqu'elles ne sont pas entre elles, elles cherchent à se donner des allures féminines, sous lesquelles elles cachent leur véritable nature. J'en connais chez lesquelles il m'aurait été impossible de découvrir le moindre signe révélant leur penchant sexuel.
Mais il n'en est plus de même lorsque la tribade s'abandonne à sa nature ; je me rappelle avoir vu un jour une tribade sous un costume masculin ; une fine moustache couvrait sa lèvre supérieure. Il était impossible de ne pas la prendre pour un homme, à son allure, à sa manière de porter le cigare aux lèvres, à son mouvement pour saluer et j'y fus moi-même trompé. C'était une tribade fort connue à Berlin, et vraiment personne n'aurait pu soupçonner son véritable sexe, à moins de la connaître. Aussi mon étonnement fut-il grand, lorsqu'un magistrat de la justice criminelle, qui consciences que pour les arts d'agrément. Elle s'essaye à fumer et à boire, elle a les parfums et les friandises en horreur. Elle songe avec amertume qu'elle est née femme et qu'elle ne connaîtra ni l'existence libre de l'étudiant, ni la vie du soldat. Elle se livre avec l'ardeur d'une amazone aux sports des jeunes gens; cette âme masculine, enfermée daas une poitrine de femme, donne carrière, dans ces exercices violents, à son courage et à ses sentiments virils. Ses cheveux sont coupés courts, la coupe de sa robe rappelle les vêtements d'hommes ; son plus grand désir serait de prendre complètement le costume masculin. Elle prend pour idéal les femmes de l'histoire ou celles de son époque qui se sont distinguées par leur intelligence et leur activité ».
l'inversion sexuelle
naît bien ce monde particulier, me déclara que c'était une femme.
Les tribades trouvent un grand plaisir à danser, pourvu que ce soit avec une autre femme : elles ne dansent pas volontiers avec un homme.
Leur amour est souvent passionné, comme celui des uranistes. Lorsqu'il est partagé, elles ont atteint le bonheur suprême. Mais la pensée qu'elles ne pourront fonder une famille, à cause de l'antipathie qu'elles éprouvent pour les rapports sexuels avec l'homme, leur est quelquefois très pénible l. Nous avons vu que cette même pensée troublait aussi les uranistes. Lorsque l'amour de la tribade est contrarié, il peut en résulter pour elle des troubles graves du système nerveux et même la folie furieuse. Virey nous rapporte que Soranus connaissait déjà ce fait : les tribades, dit-il, poursuivent les jeunes filles avec une fureur dont un homme serait à peine capable.
En général, les tribades ne se donnent pas entre elles, comme le font les uranistes, des prénoms masculins : cependant il existe quelques exceptions. Une tribade bien connue, dont je tairai le nom et dont je changerai même le prénom, est appellée « Fritz aux Manchettes » parce qu'elle se montre toujours avec de larges manchettes. Ce nom de Fritz est supposé, c'est à dessein que je ne donne pas le nom véritable, ce qui du reste n'a aucune importance dans la question. Comme les uranistes, les tribades prétendent savoir se reconnaître entre elles rien qu'au regard, à la façon de s'aborder, de se saluer, etc. Un grand nombre d'entre elles me
1 D'après les confidences qui m'ont été faites, l'horreur du contact masculin est beaucoup moins violente chez les tribades que chez les uranistes qui s'essayent au coït normal. Il est clair que l'antipathie de la femme pour l'homme ne peut avoir, au point de vue du coït, l'importance que présente l'antipathie de l'uraniste pour la femme ; car dans ce cas, il faut avant tout que l'érection puisse être obtenue.
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l'ont affirmé. Quant à ce je ne sais quoi qu'elles ont dans le regard et qui leur permet de distinguer, au milieu d'autres femmes, celles qui appartiennent à leur monde, je ne saurais dire en quoi il consiste. D'après les conversations que j'ai eues avec d'autres tribades, il s'agirait là du phénomène que nous avons déjà constaté chez les uranistes : elles regardent les autres femmes de la même façon qu'un homme regarde une jolie femme dans la rue. Si la personne qu'elles font ainsi fixée leur rend le même coup d'oeil, de manière à leur faire entendre que leur attention ne lui a pas été indifférente, le résultat est obtenu. Très souvent ce n'est pas seulement le regard, mais encore l'allure et les manières qui font reconnaître une tribade. Le regard qu'elles se lancent entre elles est chargé de désirs comme ceux qu'échangent les uranistes; mais il ne faudrait pas croire qu'il possède une vertu spéciale.
Certain mouvement des lèvres leur permet également de dévoiler, sans prononcer un mot, la nature particulière de l'acte qu'elles proposent et de faire entendre en variant ce mouvement, si elles y joueront un rôle actif ou passif.
Les tr-ibades font connaissance de différentes manières, parmi lesquelles il faut citer la voie des annonces ; lorsqu'une femme fait insérer une annonce dans laquelle elle demande une amie, il ne peut y avoir de doute sur ses intentions. Quelquefois, elles trouvent l'occasion de lier connaissance dans la rue.
Le penchant homosexuel présente chez la femme les mêmes particularités que chez l'homme. Une tribade se sentira attirée, par exemple, vers une catégorie de femmes bien déterminée. L'une d'elles m'a déclaré qu'elle ne pouvait satisfaire son penchant qu'auprès de grandes blondes ; le contact des petites brunes lui était insupportable. On en trouve dont la tendresse reste fidèle ; d'autres au contraire, aiment
31 G l'inversion sexuelle
le changement et cherchent tous les jours une nouvelle amie.
Les personnes de qui je tiens ces documents prétendent que certains de ces ménages peuvent rester unis très longtemps ; on m'en a cité un qui en était à sa dix-septième année. J'en connais un autre qui dure depuis 7 ans. Dans ce cas, la liaison de deux tribades équivaut, à leurs yeux, aux liens d'un véritable mariage.
Les ménages de tribades sont fréquemment troublés par des scènes de jalousie i, des batteries, qui se terminent généralement par une réconciliation. Toute contrariété dans leur amour retentit profondément sur ces femmes, au moral comme au physique : Westphal cite un cas où l'une d'elles en perdit complètement le sommeil et l'appétit. Lorsque leur liaison se brise, elles tombent souvent dans le plus grand désespoir.
De quelle façon les tribades arrivent-elles à la complète satisfaction de leur sens génital?
Il est un mode 2 qui consiste dans l'introduction du clitoris in vaginam alternes, procurant ainsi la jouisssance de part et d'autre. Je ne sais si ce mode est souvent pratiqué : dans tous les cas, il ne constitue pas la règle, si je m'en rapporte à mes informations. Il n'existe pas de clitoris, si monstrueuses que soient ses dimensions, qui permette à une femme d'ac-
1 Zola fait une très belle description de la jalousie de Nana qui menaçait de gifler madame Robert, à propos de Satin : il nous dépeint également la jalousie d'un ament. de Nana qui voulait provoquer Satin en duel.
2 Aristophane raille une coutume de Milésiennes, qui employaient à l'acte sexuel des pénis artificiels (Casper Liman).
l'inversion sexuelle 317
complir cet acte : du reste, la juxtaposition des parties génitales et leur frottement doit suffire pour amener la jouissance à la fois chez les deux femmes. Mantegazza croit que l'habitude des rapports entre femmes a pour résultat l'augmentation de volume du clitoris ; mais il n'en donne pas la preuve et il est permis de mettre en doute son assertion *.
Si j'en crois les informations que j'ai prises, c'est surtout lambendo lingiia genitalia que les tribades accomplissent l'acte sexuel. Dans ce cas, la midier lambens joue le rôle actif, l'autre le rôle passif. CoîiJgnon croit que les tribades peuvent intervertir les rôles et que le cas est beaucoup moins rare chez elles qu'il ne l'est chez les pédérastes ; je ne sais ce qui se passe à Paris, mais à Eerlin les rôles restent rigoureusement séparés. Une tribade nommée X. m'a déclaré qu'il n'y avait de jouissance pour elle que si ipsa lambit genitalia alterius, et comme je lui demandais s'il ne lui était pas possible de prendre le rôle passif, en se faisant lambere genitalia propria, elle me répondit qu'elle ne s'en trouverait nullement excitée. Je me rappelle encore qu'elle s'indigna, comme se serait indigné un homme normal, lorsque je lui demandai si elle ne voudrait pas pratiquer le coït avec un homme.
Je connais d'autre part une de ces mères qui n'est jamais parvenue à prendre le rôle actif, c'est-à-dire à lingua lambere genitalia alterius feminœ. L'inversion des rôles leur semblait à toutes deux désagréable et repoussant. Je crois que, dans toutes les liaisons de ce genre, on constaterait cette distinction rigoureuse entre le père et la mère. Cette même X. dont je viens de parler, avait déjà eu une liaison antérieure, qu'elle avait rompue parce que son amie voulail
* Forberg croit que le clitoris peut atteindre une longueur suffisante pom accomplir l'acte sexuel complet ; mais, d'après Casper Liman, le cas n';;urail jamais été observé.
318 l'inversion sexuelle
qu'elle prît le rôle passif, ce à quoi elle ne voulut jamais consentir.
Dans d'autres cas, les rôles ne sont pas séparés d'une manière aussi nette. Chacune des femmes remplit à son tour le rôle passif, par exemple, lorsqu'aucune des deux ne trouve son plaisir dans le rôle actif.
11 reste encore bien des côtés obscurs dans la question, et les données que nous possédons sont souvent contradictoires. Une tribade m'a dit, contrairement aux renseignements que j'ai recueillis d'autre part et qui me semblent dignes de foi, qu'à son avis, le rôle actif ne pouvait jamais amener la jouissance chez celle qui le remplit. Il faut, si nous voulons nous faire une opinion sur ce point, pousser nos investigations de différents cotés, car les faits à constater présentent évidemment de nombreuses variations. L'exemple de deux tribades intervertissant les rôles chacune à leur tour, ne doit pas nous faire dire, en généralisant à tort, que les rôles passif et actif ne sont pas nettement séparés. Je crois, au contraire, que l'on pourra trouver des exemples qui viendront corroborer l'une et l'autre opinion.
L'acte accompli lambendo lingua genitalia aîterius feminœ est aussi appelé Saphisme *, du nom de Sapho la femme poète : mais il faut pour cela qu'il soit pratiqué par une femme sur une femme. Cette pratique est très répandue parmi les tribades ; je ne connais qu'un ménage de femmes où elle n'ait lieu que dans de rares occasions; celle qui joue d'ordinaire le rôle actif et dont l'excitabilité génitale est très grande, ne demanderait pas mieux que de s'y livrer, mais la mère, d'un tempérament plus calme, refuse de s'y prêter.
Il est certain que dans beaucoup de cas les femmes attein-
1 Martineau, dans ses Leçons sur les déformations vulvai res et anales, etc., décrit, sous le nom de Saphisme la forme d'inversion sexuelle dans laqueiL» una fellat lingua clitoridem alterius.
tes d'inversion sexuelle s'adonnent à l'onanisme. Quelquefois aussi, elles masturbent l'amie qu'elles aiment et lui caressent les parties génitales et les jambes : V. Krafft-Ebing et Westphal en ont vu des exemples. Celles qui se masturbent elles-mêmes évoquent, pendant l'acte, l'image de jeunes filles.
Enfin, il én est un grand nombre qui n'entretiennent de rapports sexuels d'aucune sorte ; quelques-unes en sont empêchées par leur situation sociale ; d'autres se contentent de liaisons platoniques, du genre de celles que nous avons déjà citées à propos des uranistes.
Leurs rêves "voluptueux se rapportent toujours aux perversions de l'amour.
Il existe, parmi les femmes atteintes d'inversion sexuelle, un grand nombre de femmes mariées ; il semblerait cependant que la plupart d'entre elles ne montrent qu'un penchant très médiocre pour le mariage. Une dame que je connais, à tendances homosexuelles, ne se maria que pour se produire dans le monde comme femme mariée, pour voyager avec son mari, et pour d'autres raisons du même genre : mais elle se sépara de son mari au bout de 6 ans. Le mariage ne pouvait lui convenir ; elle était obligée, pour satisfaire son penchant homosexuel, d'avoir, à l'insu de son mari, des relations avec une tribade. Les tribades ne considèrent le mariage que comme une chose accessoire.
Pourtant, dans certains cas, il existe chez elles le phénomène d'hermaphrodisme psychique que nous avons constaté chez l'uraniste : leurs désirs se portent alternativement sur
320 l'inversion sexuelle
l'homme et sur la femme. Il pourra donc arriver qu'une femme, qui jusqu'alors n'éprouvait de sentiments d'amour que pour d'autres femmes, rencontre un jour un homme vers lequel elle se sentira attirée ; elle pourra l'aimer et l'épouser. Toutefois l'amour pour l'homme, chez des femmes dont le penchant homosexuel est bien manifeste, ne sera jamais qu'un épisode passager dans leur vie ; elles se verront reprises au bout d'un certain temps, et avec la même violence, de leur penchant pour la femme. — Le cas s'est produit fréquemment.
Le coït normal ne suffit pas à la satisfaction des besoins sexuels des tribades, j'en connais une qui se fait lingua genitalia lambere par son mari afin d'arriver à la jouissance ; Yimissio membri la laisse absolument indifférente. Le cunnilingus pratiqué par son mari lui est moins désagréable ; parfois même elle y trouve la volupté, et sans qu'il lui soit nécessaire de faire travailler son imagination en pensant à une femme et en évoquant son image. Toutefois, je connais des exemples dans lesquels le cunnilingus d'un homme ne peut donner à la tribade la sensation voluptueuse qu'elle retire du même acte pratiqué par une femme. Une femme de ma connaissance se sépara de son mari, lorsqu'elle eut constaté que les rapports conjugaux ne pouvaient lui donner, quel que fut le mode employé, la satisfaction de ses besoins génitaux.
Mantegazza croit que beaucoup de ménages malheureux, dont la désunion n'a aucune cause apparente, la doivent aux penchants homosexuels de la femme. Gela me paraît assez probable, d'autant plus que je sais pertinemment que des femmes mariées entretiennent souvent, à l'insu de leur mari, des relations avec des tribades. Martineau en connaît également des exemples. Duhousset, en 1877, publia un cas d'inversion sexuelle tellement étrange, qu'il est à peine
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croyable. Il s'agit de deux femmes qui avaient eu des rapports sexuels. L'une d'elles se maria et, après son mariage, reprit sa liaison avec son ancienne amie qui devint enceinte. Il faut donc admettre, si toute cette histoire n'est pas une notification, que la femme mariée avait, en passant des bras de son mari dans ceux de son amie, transporté sur cette dernière une petite quantité de sperme.
Je ne saurais donner aucun renseignement précis sur les tendances au fétichisme, au masochisme et au sadisme 1 des femmes atteintes d'inversion sexuelle. Certaines femmes, dont l'expérience en la matière ne peut être mise en doute, m'ont dit qu'elles avaient bien entendu parler de ces phénomènes à propos des rapports sexuels entre l'homme et la femme, mais qu'il ne se passait parmi les tribades rien qui pût les rappeler. Tout ce que je sais, c'est que dans une liaison de femmes, celle qui jouait le rôle actif exigeait de l'autre qu'elle portât des habits d'hommes et des culottes courtes.
Nous possédons aussi des cas dans lesquels le penchant à l'inversion sexuelle apparait périodiquement et s'accompagne alors d'autres anomalies psychiques. On sait par exemple que, chez quelques femmes, ce penchant ne se manifeste qu'au moment des règles ; dans l'intervalle, bien que les tendances
On trouve, paraît-il, des femmes à penchant homosexuel dont les désirs portent sur les jeunes filles impubères. Tardieu cite le cas d'une femme qui avait eu des rapports sexuels avec des petites filles de 6 à 11 ans. On connaît également le cas d'une mère qui déflora avec la main sa fille âgée de 10 ans, et qui, pendant de longues années, continua à introduire journellement les doigts dans le vagin et dans l'anus de la jeune fille.
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sexuelles ne soient jamais absolument normales, la perversion du moins est très peu accusée.
Quant à l'étiologie de l'inversion sexuelle chez la femme, nous devons supposer, comme nous l'avons fait pour l'homme, l'existence d'une prédisposition naturelle. V. Krafft-Ebing distingue ici encore l'inversion congénitale et l'inversion acquise. Il donne comme exemple d'inversion acquise le cas de la célèbre lima S., au sujet de laquelle il fit ses remarquables recherches sur l'hypnotisme *. Cette personne eut d'abord des relations avec un homme qu'elle aimait ; son penchant pour les femmes se manifesta plus tard. Elle prétendait qu'elle avait perdu le pouvoir d'aimer les hommes, parce qu'elle s'était abandonnée, corps et âme, à l'amour qu'elle avait voué à son cousin : elle pensait qu'après ce grand amour, elle serait incapable d'aimer un autre homme, étant, disait-elle, de celles qui n'aiment qu'une fois dans leur vie, V. Krafft-Ebing, sans s'arrêter à la question de savoir si en effet les femmes ne sont pas plutôt disposées à n'aimer qu'une seule fois, ce qui est fort possible, range ce cas parmi les cas d'inversion acquise. Par contre, il cite de très nombreux exemples d'inversion congénitale. L'opinion de Westphal est que l'inversion sexuelle chez la femme est congénitale.
Très souvent elle apparait dès le plus jeune âge. Westphal cite une de ses malades chez laquelle les premiers phénomènes d'inversion remontent à l'âge de sept ans ; elle avait alors déjà la passion des femmes et elle cherchait, par ses caresses et ses badinages, à les pousser à l'onanisme.
Dans bien des cas, on constate que l'inversion sexuelle chez la femme se manifeste par suite de causes accidentelles 3. Mais je crois que ce que l'on prend souvent pour de
* V. Krafft-Ebing. Etude expérimentale dans le domaine de l'hypnotisme, 2* édit. Stuttgart, 1889.
2 On donne comme une des causes engendrant l'inversion sexuelle chez la
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véritables causes ne sont que les circonstances à l'occasion desquelles la malade donne libre carrière pour la première fois à son penchant homosexuel, ou bien se rend compte d'un état anormal jusqu'alors inconscient. Ce penchant existait à l'état latent, les circonstances extérieures n'on fait que le réveiller. Nous avons vu qu'il en était de même pour les uranistes.
On attribue aussi l'inversion sexuelle chez la femme à un état névropathique héréditaire. Cependant, si je m'en rapporté à mes informations, les faits ne continuent pas toujours cette opinion. Du reste, on constate souvent, à coté de l'inversion sexuelle, d'autres maladies, telles que la folie circulaire, observée par Westphal et l'hystéro-épilepsie, observée par V. Krafft-Ebing.
Voici un cas qui montre bien comment une circonstance extérieure très secondaire peut amener une femme à se rendre compte de son état anormal. 11 s'agit d'une personne X, âgée aujourd'hui de 30 ans; elle fut déflorée à 15 ans par un jeune homme qu'elle ne revit jamais et qui produisit sur elle une impression désagréable ; le souvenir de l'acte sexuel lui était
femme l'habitude prise des rapports homosexuels. Nous avons vu que l'on donne la même cause étiologique à l'uranisme. Hoffmann, dans son Manuel du Médecin légiste, donne sur ce point quelques éclaircissements. Suivant cette opinion, le tribadisme devrait être très répandu dans les prisons et les maisons de détention où l'on envoie les prostituées. Voici ce que dit à ce sujet le Dr Fischer, un médecin des prisons d'une très grande expérience : « Ainsi que le dit Mayer, il arrive souvent que des jeunes filles habituées aux plaisirs sexuels établissent entre elles des liaisons dans la maison même. Leurs passions deviennent très vives, elles se font toutes les querelles d'amour et de jalousie que pourraient se faire des amants de sexe différent ». Andronico fait la même remarque, voy. Aren. d. psych, vol. III, p. 145. Je crois que la plupart des auteurs établissent ici à tort une relation de cause à effet : la vérité, c'est que parmi les prostituées, à Berlin du moins, il se trouve un très grand nombre de femmes atteintes d'inversion sexuelle, et, lorsqu'elles sont en prison, leur penchant se dévoile aux yeux de l'observateur, mais calui-c aurait tort, sans doute, d'attribuer au séjour dans la prison la cause de leur perversion.
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également pénible. Plus tard, elle fit la connaissance d'un autre jeune homme dont l'extérieur lui plut et avec lequel elle eut à différentes reprises des rapports, trouvant dans l'acte sexuel une volupté complète. Vers l'âge de 18 ans, après avoir eu des rapports avec plusieurs hommes, elle fit la connaissance d'une jeune fille Y qui s'approcha d'elle, l'embrassa, et lui mit la main sur les seins. Ce dernier attouchement lui procura sur le champ une très vive jouissance, dont elle parle aujourd'hui encore avec exaltation. Elle aimait beaucoup, du reste, les caresses que les femmes ont l'habitude de se faire. Peu de temps après, sa nouvelle amie l'invita à se mettre au lit avec elle, et là Y pratiqua sur X le cunnilingus. Les rôles furent ensuite intervertis, et elles continuèrent à vivre ensemble en prenant tour à tour le rôle actif et passif. A partir de cette époque, X ne trouva plus aucun plaisir dans ses rapports avec des hommes ; elle ne pouvait satisfaire son penchant sexuel que par un acte homosexuel. Elle fit pratiquer sur elle le cunnilingus par des hommes, sans en retirer aucune sensation de volupté. Depuis 8 ans, elle vit avec une amie, auprès de laquelle elle trouve et à laquelle elle donne la satisfaction complète de l'instinct génital.
On m'accordera que le contact fortuit avec une femme, l'embrassement de X et de cette jeune fille qui lui était sympathique, pas plus que l'attouchement sur les seins, ne peuven' être considérés comme la cause déterminante de l'inversi à sexuelle. Le terrain était préparé et cette circonstance n'a fait que révéler une prédisposition anormale qui, si elle ne s'était pas manifestée alors, aurait sûrement apparu, tôt ou tard, à l'occasion d'un incident analogue. Nous avons vu, en parlant des uranistes, qu'il s'en trouve chez qui l'état homosexuel reste longtemps inconscient, jusqu'à ce qu'un événement quelconque force le malade à se convaincre de la réalité de son pem ^ant anormal.
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Nous entendons dire quelquefois, pour expliquer les tendances homosexuelles de la femme ou de l'homme, des choses absolument inexactes. C'est ainsi qu'une tribade attribuait la cause de son état sexuel aux sensations qu'elle trouve dans le cunnilingus et dont l'intensité dépasse tout ce que peut donner le coït normal. 11 n'y a pas lieu de s'étonner de ce qu'une tribade ait perdu le goût du coït normal : nous voyons de même les habitudes d'onanisme détruire, chez l'homme, le penchant au coït et même la possibilité de le pratiquer. L'explication que me donna cette femme rappelle celle que fournissent Stark etMantegazza à propos de l'inversion sexuelle chez l'homme. L'un et l'autre semblent oublier que le point essentiel est le penchant qui pousse la tribade vers la femme, au lieu de la pousser vers l'homme : le cunnilingus pratiqué sur elle par un homme ne lui donne qu'un plaisir médiocre et même nul ; pratiqué par une femme, ce même acte lui procure! a plus intense volupté.
Au point de vue médical, ce que nous avons dit de Turanisme s'applique aussi bien au tribadisme. Le diagnostic présentera naturellement des difficultés plus grandes encore, lorsqu'il s'agira du sexe féminin car les femmes sont encore moins aisées à confesser que les hommes, et elles se décident plus rarement qu'eux à consulter un médecin au sujet d'une perversion sexuelle. Mais, comme cette perversion existe en réalité, le médecin doit être en situation de la traiter aussi bien chez la femme que chez l'homme.
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Le sujet, on le comprend, est toujours très délicat à aborder en présence d'une femme. Cependant le médecin pourra obtenir des réponses de sa malade, en causant avec elle seul à seule, comme il le fait, du reste, lorsqu'il questionne un uraniste. On fera bien, lorsqu'il s'agira d'une femme mariée, d'éloigner toujours le mari, car il est naturel qu'elle ne veuille se confier qu'à un médecin et non à son mari, qui ne peut être que mauvais juge dans la question.
Le médecin devra tout d'abord avertir la femme que le seul traitement possible est un traitement psychique. V. Krafït-Ebing a démontré que l'on parvient à affaiblir considérablement le penchant anormal, en employant la suggestion. Mantegazza, de son côté, croit que l'on obtiendra facilement la guérison, pourvu qu'elle ait été entreprise peu de temps après le mariage, mais que plus tard elle deviendrait impossible. Cette opinion me semble mal fondée. Théoriquement, je ne tiens pas l'inversion sexuelle pour incurable, cependant je doute fort que la guérison en soit aussi facile.
fin.