‹ Les perversions de l'instinct génital, étude sur l'inversion sexuelle basée sur des documents officielsChapitre 2 sur 9 · VU · texte numérisé non relu

VU

reproduction presque servile de la table des matières annexée à l'édition allemande.

Cinq mille exemplaires de ce prospectus furent par lui adressés à des magistrats, à des médecins, à des ecclésiastiques, il des directeurs d’établissements d'éducation, en un mot, a une clientèle toute spéciale qui pouvait avoir le plus légitime intérêt à connaître l'apparition de l'œuvre nouvelle. Ces prospectus furent expédiés par la poste, sous bande, avec un timbre de cinq centimes, ce dernier détail, puéril en apparence aura, vous le verrez, son intérêt dans la suite.

C’est alors, et quelques jours aprèscette expédition, que M. Le Procureur de la République près le tribunal civil de la Seine recevait, à la date du P mai 1893, d'un anonyme une dénonciation dont .M. l'Avocat de la République vous donnait lecture et qui est ainsi conçu ;

« .Monsieur le Procureur,

«l'ère de quatre enfants, i. (ne dirait-on pas qu'il s’agit d'une demande de secours?) « voici re que je viens de trouver entre « leurs mains, à lu suite de distribution d'imprimés. 11 n'y a donc € pas de lois contre celle corruption domicile et la liberié de souiller « l'esprit de l'enfance est-elle un droit pour exploiter de plus bas Cl instincts. C’est lamentable. »

Le prospectus était joint à la lettre.

C’est, vous disait l’honorable organe du ministère public, sur le vu de cette plainte qu'une instruction a été ouverte.

Ln est-il bien sûr? J’ai, pour ma [lart de sérieuses rai-

sons de croire que si ce petit document était demeuré isolé, M. Carré ne se trouverait point assis aujourd’hui sur les bancs de la police correctionnelle. Enefl'et, ce que vous ne savez pas encore, puisque M. l’Avocat de la République a jugé inutile de vous le dire, c’est que deux jours, après, à la date du onze mai, M. le Sénateur Bérenger adressait au Parquet une véritable dénonciation dont il est fort intéressant que vous connaissiez les termes.

SOCIÉTÉ CESTBALE

DE rBOTECTIOB

cosTBE LA LiCKBCE Patis, Ic II mai ISim.

DES Bi'Es 10, rue Pafquier.

Mossieur ie l’RoceiiEiR de la Répubuole,

J’ui riionncur de signaler à votre attention au nom de la Société de protection contre la lirence des rues cl au besoin de vous dénoncer un livre inféme dont le prospectus est en ce moment adressé sous barde à dcmicilc par l’éditeur Georges Carré, lue Saint-An* dré-des-Arts, n" 38.

Son titre est le suivant :

« Z.CS Perversions de l’instirel (jenilal, par le docteur Moll, avec préface du docteur Kraffl-Kbing, traduit de l’allemand par les docleurs Paclet et Romme. » I.a couleur scientifique sous laquelle les descriptions les plus obscènes semblent être présentées n’est qu’un masque destiné h tromper sur le caractère réel de l'ouvrage.

Il n’est, en n'alité, qu’un des appels les plus violents que la littérature pornographique ail encore adressés à la sensualité et à la débauche.

Le livre est élranger. Il vient, paraît-il, d’Allemagne. N’esl-ce pas une raison de plus d’exercer contre lui de.s poursuiles? Est-il trdérable qu’on introduise en France de pareilles infamies?

C'est évidemment le succès d'argent obtenu par le même éditeur avec le Kama Soutra qui u'a pu être poursuivi faute d'avoir été dénoncé à temps, qui l'a porté à rechercher des livres analogues publiés à l'étranger et à les faire traduire. 11 est temps de couper court à de pareilles spéculations.

Les mots : \'ient de paraître, que je lis en tête du prospectus, me donnent l'espoir que lu prescription n'est pas encore acquise. Mais elle est de si courte durée qu'il y a urgence à agir.

En tous les cas, il est plus que probable que ce livre et le A'ama- Soutra sont publiquement exposés à la vitrine de l'éditeur, ce qui permettrait au moins une poursuite correctionnelle en vertu de la loi du 3 août 1883.

Si je ne joins pas à ma lettre l'exemplaire du prospectus que j'ai personnellement reçu, c'est parce qu’il est à ma connaissance que vous l'avez déjà entre les mains.

Je le garde afin de pouvoir intenter à ma requête une instance civile contre l'éditeur, dans le cas où vous ne jugeriez pas une poursuite devant les assises ou la juridiction correctionnelle possible.

Je vous serais reconnaissant de me vouloir bien faire connaître la suite que vous donnerez à ma plainte.

■Veuillez agréer, monsieur le Procureur de la Képublique, l'expression de mes sentiments les plus dévoués.

Dcsexger.

Que la lettre éplorée du père de famille et l'impérieuse mise en demeure de l'honorable Président de la Ligue contre lu licence des rues, soienlsœurs consanguines, je n'en disconviens pas, et j'en ai même l'absolue conviction. .Mais, n'dvais-je point raison, en vous disant que cette dernière seule a contraint le Parquet à sortir de la sage inaction dans laquelle il avait cru devoir se renfermer.

Rétablissons donc le débat sur ses bases véritables.

Quelque talent que vous ayez développé, M. l’Avocat de la République, dans votre remarquable réquisitoire, ce n’est point vous qui êtes mon véritable adversaire, et quelque regret que j’en puisse avoir, il faut que je vous relègue respectueusement au second rang pour m’attaquer directement à l’auteur responsable des poursuites, à M. Rérenger.

Les accusations sont nettes et catégoriques : le livre de M. le Professeur .Moll est un livre infâme que son origine allemande signale particulièrement à vos rigueurs — M. l’éditeur Carré a pour habitude d’éditer desœuvres pornographiques.

Le plan de notre discussion se trouve dès lors bien facilement arrêté. Je vais m’elTorcer de vous démontrer :

1° Que le prospectus n’est point obscène ;

2“ Qu'en admettant même qu’il le soit, il n’a pas éti* distribué dans les conditionsexigées parla loi du 2 août 1882;

3° Que la bonne foi de M. Carré est certaine et que sa conduite n’a été entachée d’aucune intention mauvaise ou délictueuse.

Vais-je. Messieurs, pour vous faire connaître le caractère du prospectus, vous en donner lecture intégrale et commenter chacun de ses nombreux paragrajihes’? Loin de moi une telle pensée. J’estime, que cette tâche quelque peu ingrate doit être épargnée à votre bienveillante attention.

Qu’est-ce en ed’et que le prospectus ? Le résumé lidèle

de l'ouvrage : je vous l’ai dit et personne ne peut sérieusement le contester.

Fixons-nous donc sur la nature et la physionomie même de l’œuvre du Professeur Mollet nous serons ainsi fixés sur la nature et sur la physionomie du prospectus.

Comment admettre en pure logique que la partie ait une allure dilTércnte du tout? Le livre est-il infâme — estil au contraire essentiellement scientifique, — telle est la question qui, suivant moi, domine tout le débat.

Nous trouvons tout d’abord une indication précieuse dans les noms mêmes des auteurs et des traducteurs de l’œuvre.

Méfions-nous par dessus toutde cette étroitesse d'es|)rit qui n'a du patriotisme que les vaines apparences et qui consiste à ne reconnaître de savants qu'en deçà de nos frontières. Snobons rendre aux Professeurs Moll et Krafft- Ebing le légitime hommage qui Kuir est dû et disons hardiment qu’un ouvrage signé de tels noms auxquels viennent s'ajouter ceux des Docteurs Pactet et Homme, se trouve protégé à priori contre l’accusation que cherebe à faire peser sur lui M. le Sénateur Bérenger.

L’injure a été aussi vivement ressentie qu'elle avait été faite gratuitement et dans une lettre dont vous me permettrez de vous citer quelques extraits, M. le Professeur Moll exprimait en ces termes à M. Carré son profond étonnement :

Uerliu, le 4 juillel 1SU3.

CiiEn Monsieur,

Pour parler franchement, votre lettre m’a fort surpris. \ Berlin, les lois sur les outrages aux mœurs .«ont suffisamment sévères pour ' que des livres immoraux soient interdits le plus tùl possible.

Je ne me serais jamais avisé de traiter d’immoral un livre sur l'inversion sexuelle, et je crois qu’il est tout à fait impossible que les autorités françaises vous causent quelques graves embarras. Lorsque j’écrivis ce livre, mon principal but était de traiter à tous les points de vue les vices les plus fréquents relatifs à l'instinct sexuel. Je voulais surtout prouver que certains défauts attribués volontiers il quelques personnages historiques avaient leurs causes

dans un vice de Tinstinct sexuel

« J’ai attaché un

« intérêt tout particulier au côté thérapeutique et j’ai été obligé a d’insister sur les causes générales telles que l'hérédité. J’ai cona sidéré qu'une étude approfondie sur les causes de cette maladie « était absolument nécessaire, mon but était purement scientifique a et personne n’a contesté jusqu’alors que cette considération m’y a ait seule forcé. J’ajouterai encore que la police criminelle de liera lin qui d’ordinaire réprime très vivement tout ce qui a trait à .< l’immoralité m’a soutenu dans une grande partie de mes éludes.

« Je suis certain que si l'honorable Sénateur auquel mon ouvrage « déplaît voulait lire les œuvres de Tardieu et beaucoup d’autres (I ouvrages français, il pourrait facilement se former celte opinion « qu'il existe un grand nombre de livres médicaux écrits dans un s but purement scientifique sur des sujets tellement délicats qu'on <1 ne pourrait, je le reconnais, les laisser sans inconvénients entre les

« mains des jeunes filles

Il Enfin, cher Monsieur, je vous envoie

Il copie de deux articles de journaux spéciaux allemands, « la O Pratique médicale » et « fe Journal de Clinique de Vienne, » qui Il achèveront de vous fixer sur la nature de l’œuvre que j’ai entre- II prise. »

Celte citnlion était utile et comme elle se trouve fortifiée par les dépositions ardentes et convaincues que vous venez d’entendre de M.M. Pnetet et Homme, dont l'honnètelé professionnelle se révoltait à la pensée qu'on ait pu tes

supposer capables de prèler leur collaboration à la divulgation en France d’un ouvrage inutilement malsain 1

Me dira-t-oii que je justifie l’entreprise par le témoignage de ceux-là mêmes qui en ont été les ouvriers?

Rassurez-vous. Mon bagage n est point aussi mince que semblait le supposer l éminent organe du ministère public et, prévoyant l’objection, j’ai eu la précaution de le compléter par des documents qui me paraissent sur ce point défier toute discussion.

C’est d’abord l'appréciation delà Presse médicale et notamment la Gazette hebdomadaire de Médecine et de Chirurgie qui dans son numéro du 13 mai 1893 s’exprimait en ces termes:

Les perversions de l’instinct génital, par Mull. (Tiaduclion française de Paclel et Huniine). Paris, 1893, G. Carré, éditeur.

Cet ouvrage est un véritable traité scientifique basé et sur la littérature ancienne et moderne, et sur un ensemble de documents originaux, conçu dans un esprit impartial, écrit avec clarté et métliode. Après un long historique de la question, l'aulcur étudie, au point de vue descriptif, l’inversion sexuelle qu'il considérera surtout chez l'homme, car il ne consacrera guère à celle de la femme qu’un court chapitre terminal. II délimite son sujet et n'a en vue que l'uranismc — inversion proprement dite — considérant comme des complications les diverses perversions sexuelles : le fétichisme, le masochisme, le sadisme. Dans l'étiologie, il donne à la prédisposition congénitale le rôle prépondérant, n’attribuant aux causes vulgairement invoquées que l’action banale d’agents provocateurs qui donnent uu sujet dans certain.s cas l'occasion de prendre conscience de son inversion. A signaler, à cet égard, que la fréquence de la pédérastie dans le clergé est attribuée, non pas au célibat forcé, mais à ce que la vocation pour le célibat se déclare plutôt chez des personnes chez lesquelles le penchant pour la femme est peu développé ou nul. La partie lu plus intéressante ou même la

plus originale du volume est celle qui est consacrée à la (he'orie de l’inversion génilale. Moll pense que ce qui est troublé dans l'inversion, c’est l’action de l’esprit sur le sens génital. Il est donc tenté de placer le siège de l’inversion dans le cerveau sans oser le localiser, étant donnée l'indécision où nous sommes encore quant à la localisation de rinstinct génital. Pour lui il s’agit, en somme, d’une anomalie de 1 instinct génital, ne dilTérant en rien quant à sa nature des anomalies de la fonction de nutrition. Au point de vue du diagnostic, il est indiqué d’interroger les malades — c’est décidément comme tels que l’auteur considère les uranistes — sur leurs rêves qui sont en rapport avec leurs conceptions : de plus, on pourrait les reconnaître en ce que, quand le sujet ne se croit pas observé, il regarde de préférence lu ram direcHontm ubi membrum virile est. Les urani.stes étant regardés comme des malades, il est très dillicile de savoir dans quelle classe nosographique il convient de les ranger ; névrose ou psychose’? Le traitement purement psychique, parfois hypnotique, est préconisé.

Paul Hlocq.

M. le Président. — Pnrdoa, M' Dourdilloii, l’arlicle que vous nous lisez n'esl-il point dans les annonces ? .\ quelle page du journal se trouve-t-il '?

M’ Hourdillon. — Non, .Monsieur le Président. Dans les annonces je lis ; Granules unlimoniaux du Ü' Papilland — {/i/atre siècles de succès : Saint Léger gratis, une caisse franco — en fm nourrices, les Galactogènes Jolicet augmentent la i/italité et la nuanlite du lait des nourrices et constituent le meilleur loniguc aussi bien pour la mère que pmir l'enfant pendant l'allaitement... Aucune confusion n’est donc possible, l’arlicle que j'ai eu l'honneur de vous lire se trouve dans le corps même du journal et porte la signature de .M. Paul Ulocq.

D’ailleurs que le tribunal se rassure : La solidarité qui fait riionneuret la force de la grande famille judiciaire se retrouve à un degré au moins égal au sein du monde médical. L’accusation si légèrement portée par le Sénateur Bérenger y a causé un profond et légitime émoi : et je ne saurais trop insister sur les témoignages si précieux qui seraient venu fortifier le courage de M. Carré en supposant qu’il ait pu être ébranlé par l’intempestive attaque de son fougueux adversaire.

Avec une loyauté à laquelle il nous a d’ailleurs depuis longtemps habitués, M. l'Avocat de la République plaçait sous vos yeux la lettre si décisive de l’illustre Doyen de notre Faculté de médecine, j’ai nommé M. le Professeur Brouardel. Laissez-moi la relire une seconde fois — un peu pour vous, et beaucoup pour M. Bérenger.

F.lle est bien faite pour les besoins de la cause, car elle porte la date du 10 juillet 1893, et, pour que son importance fût plus grande encore, son éminent auteur, très heureusement inspiré, a jugé convenable de l’adresser au chef même de votre Parquet. Elle est ainsi conçue :

Faculté de médecine, 10 juillet IS93.

» Mo.nsikup. le Phocuiieür,

» J’ai examiné avec le plus grand soin l’ouvrage publié par le docteur Moll, traduit en français par les docteurs Pactet et Homme.

» Cet ouvrage est absolument destiné à des médecins; ceux quj ne sont pas familiarisés avec l’élude des alTeclions mentales, des dégénérescences, etc., n’y comprendraient pas grand’chosc.

» La première partie contient, sans détails bien nouveaux, les histoires déjà publiées en France par Tardieu, en Allemagne par Casper, en Autriche par Hofman, et aucun de ces ouvrages n’a été poursuivi.

» Il me semble difficile qu’il en soit actuellement autrement. Ce serait retarder l'étude d'une question à laquelle les Professeurs français: MM. Charcot, .Magnan, ont fait faire un grand progrès. Leurs observations ont été lues ou publiées à l’Académie de médecine, sans qu’il en soit résulté un inconvénient quelconque.

•I Agréez, etc.

» Bhouahiiel. »

Voilà ce que le üoyen de notre Faculté pense du livre qualifié d’ a infâme » par l’imprudent Sénateur avec une si inconsciente sérénité.

Si j’étais généreux, j’arrêterais ces citations ; je n’en ni pas le courage et d’ailleurs ne me rendrais-je pns coupable d’ingratitude en taisant les noms des hommes éminents qui, à l’heure de l’orage, sont venus donner spontanément à mon client l’appui de leur autorité et de leur universelle réputation ! Faites-moi donc encorecrédit. Messieurs, pour quelques instants — .M. le Docteur Gley, professeur agrégé de physiologie à la P'aculté de médecine de Paris, écrivait dès le juin 18113 à M. Georges Carré la lettre suivante :

.Monsieur,

J'apprcndi avec la plus vive surprise que vous éles poursuivi en police correctionnelle pour avoir édité l’ouvrage bien connu et très a|ipréciédu D' Moll sur l’Inversion sexuelle. J'estime que personne parmi les médecins comme parmi les psychologues au courant de ces questions ne peut saisir la cause de ces poursuites. Les faits dont il s’agit dans ce livre s’observent assez fréquemment ; le caractère pathologique en est aujourd’hui, grâce justement à des travaux comme celui du D' Moll, parfaitement reconnu. L’aliéniste a donc non seulement le droit mais le devoir de les étudier de la façon la plus circonstanciée. D’autre part, et ceci n’est pas moins bien

prouvé, l'iDlfrét psychologique de ces faitsest des plus considérables. Or, le livre du D' Moll expose ces questions d’une manière très claire, mais en même temps sous une forme rigoureusement scientifique. Je me demande quel singulier esprit il faut avoir pour trouver dans toutes ces pages même une tendance pornographique, puisque pornographie on veut qu'il y ait. Aurait-on la prétention d'empêcher les médecins d’étudier des faits positifs ou de les empêcher, ces faits étant établis, de les publier pour l’instructioa d'autres savants à commencer par celle de tons les hommes qu< s'intéressent aux questions de sociologie, à commencer par celle des législateurs et des magistrats ? Si l’on découvre dans un tel ouvrage quelque chose de pornographique, pourquoi ne ponr- 8uit-on pas les éditeurs de tous les traités d’anatomie oh il y a des chapitres consacrés à la description des organes génitaux, de tous les traités de physiologie où il y a les chapitres consacrés à la question de reproduction, de tous les traités de psychiatrie où l’on trouve nombre de pages réservées à l’élude des anomalies, troubles et déviations diverses de l’instinct sexuel. A coup sùr le D' Moll n’est plus ni moins pornographe que les auteurs de tous ces traités; décrit mémeparfois en latin, langue qu’ont abandonnée les anatomistes et les physiologistes. Dans celte épreuve que vous fait subir une fausse pudeur, je crois de mon devoir, .Monsieur, de vous apporter l'expression de mes remerciements, car en publiant une édition de ce remarquable ouvrage si complet cl si exact, vous avez rendu un réel service aux psychiitres et aux psychologues de langue française. Vos juges pourront s’en assurer en lisant seulement la préface que l’éminent Professeur Von Krafft- Ebing, si estimé, a bien voulu écrire pour ce livre.

Veuillez agréer, etc.

D' E. Oley,

ProTesseur agrégé li la Faculté de médecine de Paris.

De son côté M. le Docteur Gilbert Ballet, Professeur agrégé à la Faculté de médecine de Paris, chargé du

Cours des maladies mentales, écrivait à M- le Docteur Pactet, le 29 juin 1893, la lettre suivante :

Mon cher Pactet,

J'apprends avec stupéfaction, par votre lettre, que votre éditeur est poursuivi en police correctionnelle pour la publication et l’annonce de votre traduction du livre de Moll. 11 est bon de poursuivre la licence des rues et ce n'est pas moi qui protesterai contre les intentions louables de la Ligue, mais dans le cas particulier, je ne vois

vraimcnf pas ce que l’on vise et ou l’on veut aller tout cela

est bien mesquin et «piclque peu ridicule. La pudeur est ctioce louable mais à la condition qu’elle ne soit pas déplacée. Vous avez rendu service en traduisant en collaboration avec M. le Docteur Homme un livre que pour ma part je trouve intéressant et instructif. Je félicite M. Georges Carré d'avoir consenti à l’éditer. Il est vraiment regrettable qu’une Ligue dont personne n’a contesté la raison d’étre se compromette ainsi à signaler aux foudres du bras séculier un ouvrage de science pure.

Veuillez agréer, etc.

D' Gilbeht Ballet,

Professeur agrégé à ta Faculté de médecine de Paris.

J’espère maintenant qu’avec de pareils auxiliaires, je n’ni plus à me préoccuper de la (|uestion de savoir à quelle page d'une Revue médicale figure l’article éiogieux consacré à l’ouvrage de Jl. le Professeur Moll.

Je pourrais, .Messieurs, prolonger ces lectures, mais il faut savoir se limiter. Je me bornerai donc à vous dire que vous trouverez dans mon dossier, conçues dans un esprit identique des lettres de l’éminent Professeur Charles Richet, de -M. le Docteur Magnan, de M. Pierre Janet,

professeur de Pliilosopliie et do morale au Collège-Rollin, de M. Marinier, agrégé do philosophie et maître de conférences à l’Kcole pratique des Hautes- litudes, etc., etc. ; qu’il me soit permis toutefois de leur adresser nu nom de mon client l'expression publique de sa profonde gratitude!

La démonstration est victorieuse 1 Ma preuve est faite !

M. le Professeur Moll n'est d'ailleurs pas et n'a pas la prétention d’être un hardi pionnier révélant au monde médical étonné des constatations inédites inconnues avant lui. L’œuvre qu'il a entreprise, bien d’autres l’avaient déjà brillamment tentée et savamment conduite !

Tardieu, dans ses « études médico-légales sur les attentats aux riKCurs », Paul Moreau, de Tours, dans « son Traité du sens génésiaque », Marliueuu dans ses « Leçons sur les déformations vulvaires et anales produites pur la masturbation, le saphisme, la délloration et la sodomie». Chevalier dans son livre de « l'Inversion sexuelle », enfin le Père Debreyne, prêtre et religieu.x de la Grande Trappe, dans son ouvrage intitulé « la Théologie morale et les sciences médicales » avaient émis les mêmes idées, abordé l'examen de ces douloureux problèmes et dénoncé hardiment le mal dans le louable espoir d’y porter remède.

Qui donc oserait dire que ces livres sont infâmes'? qui donc oserait limiter à la science le champ de ses investigations?

Nous venons de parcourir, vous en avez, j’en suis sur, le sentiment intime, une étape considérable.

Du moment où le livre n’est pas obscène, comment le prospectus pourrait-il l’êtr(f ? (!elui-ci n'est ([ue le résumé fidèle de celui-là. Les paragraphes de Tun ne sont que la reproduction textuelle de l'autre. L’idée scienti(it]ue seule les a tous deux inspirés. Ce prospectus n’a donc pas été le révélateur complaisant de thèses lubriques ; il n’a été

que l'exact abrégé d’un travail médical du plus haut intérêt.

D'ailleurs, Messieurs, en fouillant le dossier, la justesse de mon affirmation va éclater avec la plus irrésistible évidence.

M. Georges Carré qui est père de famille, tout comme l’auteur de la fameuse lettre anonyme, à la dilférence pourtant qu’il n’a qu’un enfant nu lieu de quatre, avait parfaitement compris qu’à raison même du caractère technique de l’ouvrage, le prospectus ne devait être expédié qu'avec mesure et discernement. 11 y a, en effet, pudeur et pudeur. Je ne parle pas bien entendu de celle de certains membres de la Société qui nous poursuit; c’est une pudeur spéciale qui déjoue toutes les prévisions même les plus sages. Mais, cette réserve faite, il est certain que tel livre sérieux, savant même, pourra offenser la pudeur de la jeune femme, de la jeune fille, de l'écolier, tandis qu’il ne portera nulle atteinte à la pudeur de l’homme fait qui doit tout savoir et tout connaître précisément pour éviter les écueils dont la vie est semée. Cette nuance avait été parfaitement saisie par mon client. L'accusation est forcée de reconnaître, contrainte d’ailleurs par les résultats de l’expertise ordonnée au cours de l'instruction, que M. Georges Carré n’a envoyé son prospectus qu’à des magistrats, à des médecins, à des prêtres et à des directeurs d’établissements religieux, c’est-à-dire aux seules personnes qui, par les exigences mêmes de leurs fonctions, sont tenues, à des degrés divers, d’étudier les graves questions soulevées et examinées dans le livre de M. le Professeur Moll. L’accueil que ces destinataires ont fait au prospectus qui leur était expédié, va être, j’imagine, une pierre de touche qui nous permettra de nous prononcer en toute sécurité sur le caractère du document incriminé.

S’il est, oommc on le prétend, obscène et révoltant, il sera reçu avec dégoût, traité avec mépris ou renvoyé à son auteur. Or, l’expert a constaté que sur les 5.0IX) exemplaires distribués aux personnes respectables que je viens dénommer, un nombre infime, 4 ou 5, je crois, avaient été retournés, par la poste, à l’expéditeur par suite d’adresses inexactes. Tous les autres ont été conservés sans plainte ni récrimination, j’excepte bien entendu le père de famille anonyme. Cette constatation serait évidemment insuffisante à elle seule, car M. l'.\vocat de la République pourrait m’objecter que le silence peut être un désaveu tacite. J'entends bien, aussi ai-je à ajouter quelque chose defort intéressant. Un grand nombre de destinataires, après avoir pris connaissance du prospectus, comprenant la haute portée de l’ouvrage, ont écrit à M. Carré pour lui demander de le leur expédier. Voici d'abord toute une liste d’honorables magistrats. Les deux premières lettres en date des 12 et l i mai 18!)3 sont ainsi conçus :

jMonsiel'r Georges Carré,

« Je vous prie de vouloir bien m’envoyer un exemplaire du li- « vre que vous venez. de faire parailre : les Perversions de fins.

« tinct génital par Moll, traduit de l'allemand par le Pactet et le O D' Romme. Ci-joint un mandat de 3 fr., prix désigné au prospec- «lus. — Je vous retournerai en timbres-poste le coût du port, en • M vous accusant réception du volume. »

Monsieur Georges Cabré,

•1 J'ai reçu le livre demandé de Moll. Ci-inclus 70 centimes Il en timbres-poste, coût du port — merci de votre exactitude. — « Veuilkz, je vous prie, me faite adresser lotis vos prospertus. — 11 se Il peut que J’aie d'autres demandes à vous faire. »

Voilà qui est capital ! Kn effet, ces deux lettres émanent de M. le Président du tribunal civil de Saint...

M. le Président. — M" Dourdillon, je vous prierai de ne pas citer les noms des magistrats.

HP liourdUloti.— Cependant, .M. le Président, ces léttres nous appartiennent; elles ont, aux débats, une importance considérable puisqu'elles établissent l’accueil fait au prospectus pur des personnes dont l'honorabilité est au dessus de toute atteinte.

M. le Président. — Vous m'obligerez en n'insistant pas et vous devez comprendre le sentiment qui dicte mon observation. Nous lirons ces lettres.

M'' Itoiirdillon. — .le m’incline respectueusement devant votre désir, M. le Président, mais la géographie me reste, n'esl-il pas vrai ?

■V. te Président. — Parfaitement.

M’ Uourdillon. — Je vous remercie. Je vous dirai donc. Messieurs, ce sera un peu plus long, je m'en excuse, qu’apres l’envoi du prospectus, le livre de .M. Moll a été demandé par un magistrat « d'une ville célèbre par ses nouyals », par un autre dont le tribunal « est baûjné par les flots de l'Océan, par un troisième dont le siège est « très voisin des rives de la Garonne. » — Deux avoués dont l’un exerce « dans le pays où fleurit f oranger » et le second « au milieu des cimes neigeuses des Alpes », un notaire qui instrumente « sur les pentes sauvages du Jura » et un greffier qui lient la plume dans la « ttégion aimée des oranges » ont également demandé l'ouvrage dans les mêmes conditions.

J'arrive maintenant a de vénérables ecclésiastiques. Ils sont nombreux et je puis reprendre toute mn liberté.

M. le Président. — Pas davantage, M' Dourdillon, la même discrétion s’impose. Ne citez pas de noms.

.1/" BourdiUon. — Je m’nvoue vaincu. — Les localités sont peu importantes et mes connaissances géographiques me font complètement défaut.

Je lirai quelques lignes sans les signatures.

M. le Prémlent. — Dans cette mesure, vous le pouvez.

M‘ flourdiUon. — Voici un échantillon.

a 26 mai 1893.

Monsieur,

Ayer. la bonté de m'envoyer l'ouvrage dont voici le titre : les Perversions de l’Instinct génital par le D' .Moll ; je vous prierai de bien envelopper ce livre afin que personne n’en puisse voir le titre. Les faits dont parle l'auteur tendent à se généraliser dans nos campagnes, aussi Je crois que ce livre peut être d’un grand secours aux prêtres pour lutter contre ce mal et en atténuer les effets.

Signé : H. !..

Curé à ■■■ (Gers)

En voici, un second . 22 avril im

Monsieur,

Ayez la bonté de m’envoyer soigneusement enveloppé le livre qui vient de paraître intitulé : les Perversions de l'instinct génital. Il est bon de connaître cette nouvelle manière de perversité. Satan est capable de tout aujourd’hui. Si vous aviez d’autres prospectus envoyei-les moi.

Votre très humble serviteur.

Signé n.

Curé ü (Boiichrs du-Rliéne)

Derniôre cilalion. « 22 m«i isio.

Monsieur Georges Carré,

Ayant compris que l’ouvrage intitulé : les Perversions de l'instint génital par le D' Moll et édité par votre maison ferait plaisir au médecin de l’établissement, je serai tout heureux de pouvoir lui en faire hommage.

Kn conséquence, je vous prie de m'expédier le plus tôt possible un exemplaire dudit ouvrage.

J’ai l’honneur de vous saluer.

Frère X

Directeur du pensionnai de "" (Ocra).

Voici enfin des établissements religieux, des séminaires.— Ici, plus de contrainte, je puis donner les noms. — M. le Président. — Veuillez observer la même réserve.

M'~ Hmrdillon. — • Cependant, M. le Président, ce sont des « personnes morales » par excellence 1

M. le Président. — Il importe peu.

iP Ponrdillon. — Soit! Au demeurant vous lirez ces lettres de demandes inspirées par la plus légitime des curiosités professionnelles.

Je me résume.

Le prospectus n’est pas obscène puisque le livre dont il est l’émanation est sérieux et scientilique. — Des personnalités nombreuses, dont ta position sociale et le caractère éminemment respectable délient le soupçon, se sont d'ailleurs chargées de le démontrer par l’accueil même qu’ils lui ont ménagé.

Olgitized b

.l’arrive maintenant à l'examen cl'iine double objection.

M. le Substitut vous disait, il n'y a qu’un instant : « Si le prospectus se trouvait à la suite du livre et faisait corps avec ce dernier, il serait inattaquable! » De son côté, M. le Président, au cours de l'interrogatoire s’adressant à M. Carré, s'exprimait en ces termes. « Ce que je vous re- « proche plus encore que le prospectus, c'est le mode d'ex- « pédilioii que vous avez adopté — si vous l’aviez adressé « dans une enveloppe fermée et timbrée à 0, 15 c. comme « une lettre, vous échapperiez peut-être à toute critique ; « mais ce qui vous place dans une situation assez grave, <• c’est que par un motif d’économie regrettable vous l'avez « expédié avec un timbre à 0, 05 c. sur une bande mobile « plusou moins lâche rendant ainsi presqu’inévitables les « indiscrétions fâcheuses dont se plaint à juste litre l’au- « teur de la dénonciation anonyme. »

Je crois pou voir le dire c’est à peu près la mèmeddée développée sous deux formes différentes ; j'espère, qu’aprês réllexion, vous ne vous y arrêterez pas.

Répondnntd’abord à l'honorableorgane du ministère Public, je lui dirai que le caractère d’un prospectus ne saurait dépendre, suivant moi, de la façon dont il se présente au grand jour. — Qu'importe qu’il prenne naissance seul et isolé, conservant ainsi une physionomie distincte de prospectus ou qu’il paraisse inhérent à l’ouvrage lui-même, revêtant ainsi l’apparence d’une table des matières plus ou moins complète ? Comment admettre, en elTet. que la présence ou l’absence d’un fil léger puisse faire du même travail un écrit licite ou délictueux’? — La raison se refuse à admettre de pareilles subtilités.

Quant à votre argumentation, monsieur le Président, permetlez-moi de vous faire remarquer très respeclueuse-

ment qu'elle ne me semble rien moins que décisive. — J'estime ([uantà moi que le prospectus doit être considéré comme ayant droit à l'inviolabilité tout aussi bien que la lettre missive. I..ncérer une bande ou même la soulever dans une intention indiscrète constitue en pure morale un fait tout aussi répréhensible ([ue de rompre un cachet et d’ouvrir une enveloppe. — La fragilité de la clôture n'a jamais été que je sache une circonstance atténuante de l'escalade ou de l'etfraction.

La plainte de l'anonyme me laisse absolument froid. — Comment, scs enfants ouvrent les prospectus qui lui sont destinés ! ils font dans le courrier de leur père une sélection entre les lettres missives et les imprimés s'appropria ntceu.x-ci et respectant celles-là 1 Quelle étrange maison et quelle curieuse éducation ! Que de fâcheux incidents viennent à se produire dans un pareil milieu, je l’admets sans peine 1 mais à qui donc, je vous le demande, doit en remonter la responsabilité si ce n’est à ce singulier chef de famille qui ne donne pas, sur un point si important, des ordres formels ou qui les ayant donnés ne tient pas la main à leur rigoureuse exécution '?

lit d’ailleurs. Messieurs, voyez a quelles conséquences un peu bizarres aboutit la thèse que je combats. — La culpabilitf* de M. Carré semblait dépendre tout à l’heure d'une question de ficelle ; c’est maintenant la couleur du timbre qui va résoudre ce grave problème ! à O, 05 c. la couleur verte, qui est pourtant celle de l’espérance, ménage à M. Carré les rigueurs de la justice, car le prospectus voyagera comme imprimé ; mais, que si, par aventure, mon client ne reculant pas devant la dépense arbore résolument la couleur bleue, alors pour lui, plus d’inquiétude, il transforme son prospectus en une lettre missive : il lui sera loisible d’y entasser toutes les infamies d’une

imagination en délire, la virginité de son casier judiciaire échappe à toute souillure. — De telle sorte que, dans le procès actuel, ce serait, en réalité, à l'administra- , tion des Postes et des Télégraphes qu'appartiendrait le dernier mot !

Tout ceci est inadmissible et poussant jusqu’à ses plus extrêmes limites la liberté que m'accorde votre bienveillance, je me permettrai de vous dire qu’il m’apparaît que depuis une grande heure nous errons tous un peu à l'aventure. Nous expions ainsi la faute que nous avons commise en laissant trop longtemps dans l'ombre la loi de lRS2qui pose les vrais principes et dont nous aurions dû avoir constamment les termes sous les yeux ; mais il n’est jamais trop tard pour bien faire et c’est ainsi qu’une courte mais décisive discussion juridique m’amène tout naturellement à la seconde partie de ma tâche.

M. Carré est poursuivi devant vous uniquement en vertu de l’article 1" de la loi des2 et 4 août 1882.

Au début de mes observations, et d’une façon toute incidente, je vous en avais fait connaître les dispositions claires et précises.

11 convient de le relire maintenant une ilernicre fois.

.\rt. 1". Est puni d’un emprisonnement de un mois à deux ans et d’une amende de KJ à 3.000 fr. quiconque aura commis le délit d’outrage aux bonnes mœurs par la vente, l'oITre, l'exposition, l’aflichage ou la distribution gratuite

sur la voie pahliquc ou dans des lieux puhlics, d’écrits, d'imprimés autres que le livre, d'afnclies, dessins, grravures, peintures, emblèmes ou images obscènes.

Voilà qui est bien formel. Tout commentaire semble . inutile : jamais, eu effet, lu pensée du législateur ne s’est révélée avec plus de netteté.

Cependant, pour être complet, laissez-moi placer sous vos yeux quelques lignes du rapport fait au nom de la commission par M. le Sénateur Devaux.

Il I,es publications obscènes se sont multipliées il.ins ces derniers (I temps avec une telle fréquence et sous tant de formes que le gou-

I vernement, en proposant aux Chambres un complément nécessaire « à l.a législation existante, n’a fait que répondre à l'opinion pu-

II blique révoltée d’une situation intolérable. Il n’est plus possible en Il cITet aujourd'hui de faire un passur la voie publique, sans la trou- « ver encombrée de crieurs. de colporteurs de ces productions scan*

(I daleuscs que l’on étale elTrontément sous les yeux des femmes,

O des jeunes lilles, des enfants; qu’on leur distribue même gratuile- (I ment quelquefois dans l’espérance que cette détestable semaille <1 prodiguée sans pudeur fournira plus tard une honteuse mais lu- « crative moisson. Partout où les nécessités de la vie amènent des « réunions d’hommes, dans les /u-omeiiadM publiques, aui- i/ares des <1 clteiiiins de /er, aux stalions d'omnibus ou de tramwai/s, à la parle tdes écoles, aux abords des ateliers, partout on se heurte aux agents Il de cette spéculation malsaine. Non seulement le mal se produit Il à Paris, mais il a gagné nos grandes villes ; il s'introduit dans nos Il campagnes, et comme la priorité constitue un avantage considé- Il rable pour la réussite du honteux commerce, des colporteurs rapi- II des, montés sur des vélocipèdes, vont porter jusque dans nos villages.

Il bien loin de Paris, ces produits d’une littérature immonde, si l'on (I peut appeler d'un mot honorable ce qui ne devrait avoir de nom « dansaucunc langue. Le mal est tel que le législateur devait inter- II venir énergiquement et promptement. C’est ce qu’a fait le gouver- « nement. »

Ainsi donc, le seul oulraye que lu loi de 1882 ait entendu réprimer est celui qui vient à se produire la voiepultliiji/e on dans les lieux putdics. Dès lors, l'unique question que vous avez à résoudre est colle de savoir si, en supposant même pour un instant que le prospectus ait un caractère obscène, ledit prospectus a étéorfert, exposé, affiché ou gratuitement distribué sur la voie puùlû/ue ou dans des lieux publics. Poser cette question c'est la résoudre et ce serait me livrera d'impardonnables redites que de m’attarder outre mesure à vous rappeler ce qu’a faitM. Carré.

Le prospectus n’a jamais été exposé dans son magasin, jamais il n’a été mis à la disposition du public ; c’est uniquement par la voie discrète de la poste qu’il a été expédié aux personnes que vous connaissez : par conséquent, la prévention s’efl'ondre d'une façon irrémédiable puisque la condition essentielle: la distribution sur la voie publii/ue vient à faire défaut.

C'est évidemment par ce moyen décisif que vous nous ferez gagner notre procès. Il est tellement lumineux que j'ai jugé inutile de prendre des conclusions qui auraient été, de ma part, le témcûgnage d’une sorte de méfiance bien loin de mon esprit: vous avez trop le culte du droit pour ne point vous incliner devant une aussi impérieuse prescription.

Je ne regrette point d'ailleurs toutes les considérations que j’ai précédemment et peut-être trop longuement développées : elles rassureront pleinement vos consciences en vousdémontrant que le droit et le faitse trouvent ici en complète harmonie.

Je pourrnis m'asseoir, Lien tranquille sur l'issue du débat, si je ne devais à M. Carré de faire justice des dernières accusations si graves et si personnelles que M. Bérenger, sans preuve aucune, s’est permis de diriger contre mon très estimable client.

Dans sa plainte, l'honorable Sénateur ne craint pas d’affirmer que M. Carré est l'éditeur complaisant et habituel d'ouvrages pornographiques et, comme une fée maladroite semble l'avoir guidé dans tous le cours de ce procès, il n'hésite pointa citercomme exemple décisif, l'ouvrage de M. Lamairesse intitulé ; le Kama-SoiUra.

Parlons d'abord deM. Carré.

Un rapport de police en date du 20 mai IH'Xi représente M. Carré (îomme un homme dont la conduite et la moralité n’ont jusqu'à « présent donné lieu à aucune remarque « défavorable, bien considéré en outre par tous ceux qui K sont en rapports d’alTaire avec lui. »

,\ côté de ce témoignage de la bienveillance officielle dont la banalité d’ailleurs remet en mémoire celle de nos anciens passe-ports, vous me permettreE de placer sous vos yeux un document plus topi(iue et de beaucoup plus intéressant. Je veux parlerdu catalogue général des livres nombreux qu’édite ou met en vente M. Georges Carré. L’énumération en serait trop longue, mais il suflit de jeter les yeux sur ce prospectus pour se convaincre que la médecine, les sciences mathématiques naturelles et physi-

ques, la technologie, l’enseignement et la pliilosopliie y tiennent dans la plus large mesure la place d'honneur.

Cependant l’irascible Sénateur insiste : « Kt les ouvrages de M. Lamairesse, dit-il, le Kama-Soutra en tête ! »

J’y arrive, tout en regrettant, soit dit en passant l'étrange facilité avec laquelle M. Bérenger jette à la publicité sous des couleurs singulièrement défavorables le nom de tiers qui, ni de près ni de loin, n’ont rien à faire dans l’actuel débat.

M. Lamairesse, ancien ingénieur en chef des ponts et chaussées, et qui a occupé dans nos colonies une situation considérable, i'*crivait le 7 juillet I8'j;{à .M. Carré une lettre dontje ne puis m’empêcher de vous citer quelques extraits, car ils sont à la fois et 1a juslilication de mon client et le châtiment mérité des insinuations adverses.

Mnrengo. le 7 jiiillel

Mo.N CUEK ËDirEL'H,

Vous me demandeï par le retour du courrier une lettre expliquant dans quel esprit j'ai entrepris ma série de publications sur l'Inde et comment vous avez été amené à les publier. Je m'empresse de vous satisfaire de mon mieux ; m’étant occupé toute ma vie et particulièrement pendant mon séjour de six années dans l’Inde d'études philosophiques et religieuses, j’ai publié à mon retour, en 18C7, deux volumes de poésies populaires de l'Inde, et, après ma mise à la retraite en 1S78, j'ai rédigé quatre volumes sur le Houddhismedansun but de vulgarisation. Ce sont; /■/«</. avant le Bouddha, la Vie du Bouddha, l'/nde opiès le Bouddha, le Bouddhisme en Chine et au Thihet ;j'y ai consacré quatre ans, de 1878 à 1882; à partir de cette dernière date j’ai fait auprès de plusieurs

éditeurs des démarches qui n’ont point abouti parce qu'ils trouvaient les matières trop sérieuses pour le gros public. J'ai donc dû me résigner à attendre en complétant mes manuscrits et mes études. En une traduction anglaise du Kama-Souira, envoyée à la bibliothèque d'Alger par son auteur, me fut communiquée par un ami avec prière de lui en faire la traduction ; j'y consentis parce que oe travail complétait mes précédentes études. Le A'aina- A’ouira représente dans la littérature religieuse de l'Inde une des deux grandes branches qui divisent actuellement l’Indouïsme. Il tient donc essentiellement aux quatre ouvrages précédents. C’est surtout un document historique et on y retrouve les mêmes crudités que (tans les ouvrages indiens, ainsi que dans tous les ouvrages européens sur la religion et les mœurs de ce pays, (ju'on lise par exemple l’ouvrage de l'abbé Dubois publié en 1816 par le gouvernement anglais.... Nous avons respecté toujours la limite qui est tracée par Dacon ; faire connaître les choses, mais s'abstenir de tout conseil pernicieux. Je défie que l'on cite dans le livre un mauvais conseil, ni un mauvais principe, ni même quoi que ce soit de contraire à la doctrine de l'Eglise ou au respect qui lui est dû. Ceux qui accusent le Kama-Soutra se sont bornés à le parcourir sans le lire sérieusement. Le .Ministre de l'Instruction publiques bien voulu souscrire à quatre volumes de mes œuvres de vulgarisation. Ces œuvres sont en grande partie la traduction d'auteurs anglais ; notre but essentiel a été d'élever, s'il est possible, le public français à la hauteur du public anglais pour la connaissance des gens et des choses d’outreuier, cl cela dans l'intérêt de notre politique coloniale.

Veuillei agréer mes meilleurs compliments.

Signé : Lamairesse.

.Ainsi donc le Kama Soutra, ce recueil si curieux des préceptes et des religions de l'Inde, n'est aux yeux de M. Bérenger qu'un livre infâme et méfirisable parce qu'il

XXXUI

contient certains déloils, certaines prescriptions d’un ordre tout intime où l'Amour dans ses[manifestations diverses et poétiques tient, nous ne faisons aucune difficulté pour le reconnaître, une place prépondérante.

Livres infâmes? maisà quelle portion littéraire congrue l'honorable Sénateur ne va-t-il donc pas nous réduire ?

Infâmes aussi toutes ces merveilles grecques et latines que M. Lérenger a dû lire et relire dans sa première jeunesse et dont il n'a pu chasser de son esprit littéraire l’importun souvenir même en devenant Président de la Ligue contre la licence des rues !

Infâmes aussi, Ovide et son Art d’aimer. Properce et ses élégies, Apulée et l’Ane d’or, Lucrèce dans ses Invocations à Vénus! et plus près de nous, infâmes aussi Brantôme, Uabelais, Bassompiere, La Fontaine, et toute la brillante cohorte de nos auteurs gaulois !

Passons. La réhabilitation de M. Carré est consommée — et d'ailleurs elle était facile.

La bonne foi ! mais elle éclate aux yeux des plus prévenus! Si ce prospectus avait été un outrage aux bonnes mœurs, et pour parler le beau langage de la Ligue « un appel aux plus mauvaises passions », si, en le rédigeant, M. Carré avait agi dans un but malsain, à qui donc l’aurait-il envoyé’? La réponse ne se fera point attendre ; à des désœuvrés, à des filles, à toute cette clientèle interlope en quête de distractions nouvelles.

Mon client n’a rien fait de semblable ; c’est à un public restreint, de mœurs rigides, de professions austères, qu’il s’estuniquementadressé. C’est aux représentants de la loi ([u’il n’a pas craint de faire connaître l’œuvre qui venait de prendre naissance, démontrant ainsi qu’il pensait n’avoir rien à redouter de la justice de son pays.

11 faut se résumer — et celle fois j'ai complètement fini.

Pas d’obscénité dans les termes du prospectus; pas de distribution sur la voie publique, dès lors impossibilité d’appliquer la loi de 188'^ ; enfin pas d'intention délictueuse.

Vous acquitterez donc M. Carré ; vous répudierez franchement tout moyen terme et toute solution bâtarde ; vous nous épargnerez surtout cette suprême ironie qui consisterait à nous faire bénéficier de cette loi bienveillante qui porte le nom de celui que nous avons si énergiquement combattu, sans toutefois dépasser un seul instant, nous voulons l’espérer, les limites de la courtoisie.

Nous vous demandons à sortir de cette enceinte comme nous y sommes entrés ; la tête haute et la conscience tranquille.

Ce procès a, en effet, une gravité qu’on ne saurait se dissimuler et votre décision aura, soyez-en sûrs, au dehors un durable retentissement.

Dans l'affaire de ce bal bizarre qu’avait organisé sans trop de réflexion une joyeuse jeunesse, il faut bien reconnaître qu’aucun principe sérieux n’était engagé. Mais, dans la cause actuelle, il m'est permis de dire que c’est la science elle-même qui se trouve directement intéressée.

J’entends bien que l’acquittement de M. Carré pourrait porter un coup plus ou moins fatal à cette société devenue soudainement fameuse et qui cherche à nous terrasser, j'avoue que c'est là une hypothèse que j’envisage sans effroi.

L'honorabilité de notre adversaire n’en soull'rira nulle atteinte ; il n'aura qu'à se reprocher à lui-même de tro[» juvéniles ardeurs.

Comme Marius sur les ruines de Carthage, il lui sera loisible de s’asseoir sur les débris de celte « Ligue » frappée d’impuissance.

A cette tjTannie vénitienne qu’il voulait nous imposer succédera la surveillance active mais intelligente des représentants officiels de nos Parq uets judiciaires.

Personne ne perdra au change, tout le monde même y gagnera! c'est au nom d'une fausse et maladroite pudeur que notre adversaire non sans arrogance vous sommaitdc nous condamner ; c’est au nom de la justice et du bon sens que je vous demande avec une respectueuse fermeté l'acquittement de M. Georges Carré.

M. le Président : à huitaine pour jugement.

A l’audience du 19 juillet, le tribunal statuait en ces termes ;

Le Tribunal,

Attendu que Carré est poursuivi pour avoir fait distribuer un prospectus annonçant la mise en vente, dans la librairie, d’un ouvrage intitulé Les perversions de Cinstinct ijinital, lequel serait conçu en termes obscènes ;

Attendu que l'art, l" de la loi du août 1882 n’incrimine la distribution gratuite d’imprimés obscènes que lorsqu’elle a lieu sur la voie publique ou dans un lieu public ;

.\ltendu que l'expédition, par la poste, du prospectus dont s'agit, seul fait de distribution à la charge de Carré,

ne saurait être assimilée à sa distribution sur la voie publique ou dans un lieu public;

Attendu, en effet, que le dépêt de ce prospectus sous bande, dans un bureau de poste, ne comportait aucune publicité et que la remise qui en a été faite ultérieurement, parles facteurs de l'administration des postes, aux destinataires dont les noms liguraient sur les bandes, a eu lieu au domicile de ceux-ci et non sur la voie publique;

Attendu, dès lors, que les énonciations du prospectus incriminé, fussent-elles obscènes, sa distribution dans les conditions qui viennent d'être précisées, ne tombe passons l’application de la loi du 2 août 1882.

Par ces motifs :

Acquitte Carré, etc.

PRÉFACE

L orsqu’en 1832 Casper fit cette remarque très judicieuse que la pédérastie, considérée jusque-là comme un vice, n’était due en somme qu’à une anomalie congénitale morbide, à une sorte d’hermaiihrodisme psychique, personne n’aurait prévu que 40 ans plus tard on trouverait dans les grands ouvrages scienliliques une véritable pathologie psychique de la vie génitale. Et quand enfin la science se fut départie de la pruderie ridicule avec laquelle elle abordait les questions psychosexuelles, elle se trouva, dans le domaine clinique, social et médico-légal, en présence d’une riche profusion de faits, qui ont conduit à redresser des erreurs vieilles de plusieurs siècles, à reconnaître et même à expliquer, en partie, certains phénomènes d’une grande valeur scientifique tant au point de vue actuel qu’au point de vue historique.

Toutefois, quiconque est au courant de ce nou-

PREFACE

veau (loinnino des anomalies psyclio-soxuelles, est obligé de reconnaître que la plupart des phénoiuênes sont encore à l’étude et deuiandoiil à être éliu idés et qu’un petit nombre seulement de principes fondamentaux semblent, jusqu'à |)résenl bien ac<jiiis.

Une des parties les plus im|)ortaiites, les |)lus intéressantes et les mieux connues de la psycbopalbie sexuelle fait le sujet de la présente monographie, .l’accède avec d’autant plus de plaisir au désir de l’auteur en écrivant cette préface, que je considère son travail comme très méritant et très iuslriictif puisque, moi qui jiasse pour un connaisseur et eberebeur datis ce domaine de pathologie, j’ai pu trouver, à la lecliin; rapide de son livre, maint sujet nouveau et suggestif, lie n’est pas ici le lien de brire de lu critique. L’auteur ne rencontrera de divergences d’opinion avec les s|iécialitstes qui ont scientifiquement exploré avant lui ce domaine délicat, que dans les questions de détail ; mais en revanche il peut être certain que l’on rendra entière justice à l’étendue de ses connaissances littéraires, à sou expérience personnelle et à la sagacité dont il laii preuve à chaque page de son livre. Mais cet oin rage ne sera jias intéressant seulement pour le spécialiste qui y trouvera une foule de poinLs de vue d’une gr.uule importance, une critique ajjprofondie des faits acquis, et une forte impulsion à de nouvelles recbercbcs : il est ,xu.ssi destiné à éclairer et à faire rélléchir le médecin, le p 'licier, le juge d’instruction, l’avocat, rbi.slorien, le psychologue, l’autbropologiste, le sociologisle, le j d.igogue et le législateur.

Ce (jui ressort avec le |ilus de H irié de ce li- re. c’est la justesse de la thèse soutien asp. r, a savoir

la valeur palhologiqui' d if. --..ilion psycho-

PRÉFACE

sexuelle qui, bien que connue depuis des siècles, est restée étrangère à la pathologie de l’esprit, et n’eut le don d’occuper que le moraliste et riioinine de loi. C’est à l’investigation médicale que revient le mérite d’avoir porté la lumière dans ce domaine comme dans tant d’autres, et d’avoir ainsi contribué au triomphe de la vérité, du droit et de l’humanité.

Avec une logique et une clarté remanjuahles l’auteur, posant comme prémisses scientitiques que les anomalies de l’amour sont des phénomènes morbides, arrive à celle conclusion médico-légale que l’article i7.‘) du (jode pénal est un anachronisme en présence des progrès de la médecine et qu’il ne peut subsister plus longtemps dans les termes où il est conçu. Celui qui a pu entrevoir la vie et les souffrances des pervertis sexuels, véritables déshérités de la nature et parias de la société, saura apprécier les raisons que donne l’auteur pour obtenir que dans certaines conditions ces malheureux ne soient pas poursuivis par la loi. En tous cas, la législation future qui semble disposée, comme en Autriche par exemple, à perpétuer dans ses codes, en les renouvelant, d’anciennes erreurs, ne jiourra négliger de prendre en considération les observations de l’auteur lorsqu’il s’agira de faire la loi.

Non seulement la législation prise dans le sens étroit du mot, mais aussi l’opinion publique auront à compter avec ce fait que l’anomalie sexuelle n’est pas de la perveraité mais de VApercersion, c’est-à-dire que, pour se développer, elle exige une prédisposition morbide et constitue dans tous les cas un phénomène pathologique. Ce fait scientifique doit faire justice du préjugé traditionnel en vertu duquel ces malheureux

rnÉFACE

dotés, par un sort cruel, de sensations et d’instincts homosexuels et privés des joies de la vie de famille, étaient considérés comme des êtres immoraux simplement dignes de mépris. Tout ami de la vérité et de l’humanité apprendra avec satisfaction que le perverti sexuel est un malheureux, et non un criminel; qu’il n’est pas un profanateur de la dignité humaine, mais un véritable déshérité de la Nature marâtre, et qu’il ne mérite pas plus le mépris qu’un individu venu au monde av'ec une malformation physique.

Les faits historiques et mon expérience personnelle m’ont suffisamment montré que ce sont souvent des individus très respectables et très utiles à la société qui ont le malheur d’être atteint d’anomalie psyclmsexuelle.

Il serait à désirer, dans l’intérêt de ces malheureux malades et pour l’édificalion des esprits éclairés, que ce livre fût aussi ré|)andu que possible; Ce travail n’est pas un ouvrage populaire, et l’auteur s’est elTorcé de le rendre tel en emidoyant des artifices de style et dos termes techniques ; mais tout homme cultivé le lira facilement cl je n’hésite pas à le recommander à quiconque a souci de la vérité, du droit et de riiumanilé. Ce livre est écrit dans un esprit de justice, de vérité et de science, qui ne peut manquer d’exercer une action bienfaisante et persuasive.

Il devra également recevoir un accueil favorable dos médecins praticiens pour qui le domaine des anomalies jisycho-sexuelles est resté jusqu’à présent une région inexplorée et qui sont exposés à des erreurs quotidiennes dans le Iraitemcnt de celte afTection. Parlant de l’opinion traditionnelle qu’il ne s’agit ici que d’une

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PnÉFACE

aberration ou d’une mauvaise éducation sexuelle, ils abandonnent ces malades à leur sort, ou bien leur conseillent le mariage qui no peut leur être que très préjudiciable.

La question de savoir si, d’une façon générale, il existe un traitement des perversions sexuelles, no pourra être résolue que dans l’avenir; toujours est-il que les cas se miilliplient où l'intervention médicale sous forme de suggestion (bypnotisme) a réussi à retirer ces malbeurcux d’un enfer sans nom et même à corriger la nature. Néanmoins il convient de ne pas se taire trop d’illusions. Mais ce qui me paraît plus important encore à connaître pour le médecin et le pédagogue, c’est la voie qui cotiduit au développement de la perversion sexuelle sur un terrain prédisposé et les notions de prophylaxie qui en découlent. Moi aussi j’ai acquis la conviction que dans la société moderne la perversion sexuelle est très répandue cl gagne du terrain de jour en jour. Pour moi ce fait trouve son explication d’une part dans la multiplicité des causes prédisposantes qui existent dans la société moderne, dont la tare névropathique est si lourde, et de l’autro dans l’éveil précoce de la sensualité et dans les écarts de la fonction sexuelle. C’est de ce côté que devraient porter les efforts du médecin et du pédagogue, aussi bien que ceux des gardiens des bonnes mœurs et de la moralité publique. Il est très regrettable de voir la littérature pornograpliiquc s’étaler dans les vitrines des libraires et l’obscénité régner en maîtresse sur la scène moderne. A l’école, la préoccupation du développement intellectuel fait négliger la culture du caractère et du sens de l’idéal, du bien et du beau. La jeunesse devrait être mieux protégée contre l’esprit do frivolité

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