I. iNvnnsioN sexuf.lij
très obscure. 11 s’adressa alors à //. Zschocke, qui écrivit une nouvelle dans laquelle une jeune ülle, déguisée en garçon, allumait une passion violente chez un homme. Mais il est évident que le célèbre nouvelliste ne comprit p;ui les intentions de IlœssU, et c’est alors que celui-ci écrivit son livre. En I8li, A'irnn publia un travail (Psychopathia se.vualis) où ' étudiait la pédérastie et l'onanisme, mais plus parliculiôreinent ce dernier penchant.
En 1817, //Werre (/e Boisrnonl, A/ichra et d'autres auteurs signalent plusieurs cas de perversion sexuelle en France. En ISi'J Michéa attira l'attention sur l’amour homosexuel à l'occasion d’un cas de violation de cadavre. En 1832, Casper a fait plusieurs communications sur la pédérastie, dans le journal qu’il rédigeait. Il insiste principalement sur ce fait que cet état est souvent congénital, et que ce n'est pas toujours l'immL'sio membri in aiium qui satisfait les désirs. D'autro part, il montre que parfois il s'agit de manifestations dues à la décadence des mœurs. Crisper donne en môme temps toute une série de documents fort intéressants et des biographies d’uranistes. Une alîaire de pédérastie où Casper fut appelé à titre d’expert eut alors un grand retentissement ; l’accusé principal était un comte que Casper désigne sous le nom do comte Caïus, Le môme auteur a encore réuni certains matériaux dans ses Nouvelles Cliniques. Vers la môme époquo nous voyons, en France, Tardieu publier un ouvrage * sur la pédérastie. Il parait avoir acquis, en l'espèce, une grande expérience, et avoir observé un nombre considérable de faits.
.\ côté des auteurs dont nous venons de rapporter brièvement les travaux, il faut encore citer Scliopcn/iauer qui connaissait aussi les perversions .sexuelles. Onsaitque, pource philosophe, tout, dans le monde, a un but déterminé, et, d’après
< Etude médico-légale sur les attentats aux mœurs... 5* édit., Paris, 1807.
l'inversio.n sexuelle
lui, ce but existe aussi dans la pen'ersion sexuelle des vieillards. Comme ceux-ci ne procréent, en général, que des enfants faibles, la nature leur a donné, d’après Sc/iopenhauer, des penchants, non pour la femme, mais pour l'homme, afin de s’opposer à la dégénérescence physique du genre humain. Aussi, dans son livre ; « Le monde comme volonté et comme représentation, » ne trouve-t-il guère à la pédérastie que des avantages.
Vers 18()ü, l’attention fut attirée sur un auteur qui publia une série de travaux sur les perversions sexuelles, d’abord sous le pseudonyme de « Numa Numantius », ensuite sous son vrai nom de Cari Ileinrich Ulrichs C’était un assesseur d’Etat qui s’était acquis une certaine réputation par d’autres travaux. Comme nous l'avons déjà dit, dans le chapitre précédent, c'est à lui que nous devons le terme d’LIraniste qu’il introduisit dans la science. Ses écrits avaient pour but l'étude de l’uranisme et sa justification. Il demandait notamment l’abrogation de tous les articles de lois qui ont trait à l’amour entre hommes, l’our lui cet amour devrait être aussi libre que l’amour entre l’homme et la femme, et la loi ne devrait intervenir pour le premier que dans les conditions où elle le fait pour les rapports sexuels normaux. Les travaux d'Ulrichs sont remarquables à nombre do points de vue. Ainsi que le déclare Chevalier, il a été pendant de nombreuses années seul à envisager scientifiquement la question des perversions sexuelles. Il est certain qu’il va beaucoup trop loin dans ses conclusions : c’est ainsi qu’il demande que le mariage entre hommes soit autorisé au même titre que le mariage entre l’homme et
^ Vh'irhs^ partisan décidé do» Oueifes, fui, après Tannoxion du Hanovre, arrélé ét interné, pour des raison» d'ordre politique, à Minden. Pendant U transport, tousses papiers furfenl contiiqués. Parmi ces papiers se trouvaient au«bi les listes d'uranistes de plusieurs grandes villes. La liste de Berlin cornpr»-na.t ir*0 noms p'jiMji lesquels ac trouvaient, d'après Ulrichs, un grand nombre de personnes occupant ü'.*» situations très élevées.
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l’inversion sexuelle
la femnia ! S’il n’avait pas exprimé son opinion aussi passionnément, il eût certainement mieux servi qu’il ne l'a fait la cause qu’il défendait. Comme, de son propre aveu, il était lui-méme uraniste, il parlait en quelque sorte pro domo sua et se laissait aller à des écarts de langage tels qu’il est difficile de donner toujours une sanction scientifique à ses assertions. En 1865, l’irichs demanda avec le professeur Tewes, de Graz, au congrès de droit allemand, l’abrogation, dans tous les états allemands, des articles correspondants du Code pénal. En 1867, il reprit la même question au Congrès de Munich; mais il semble que pour éviter un scandale on fit exprès de ne pas mettre la question à l'ordre du jour. En 1870, un éditeur allemand voulut lancer une publication périodique intitulée a Uranus » qui ne devait s'occuper que de.s questions de perversion sexuelle. Mais il parait que le premier fascicule seul de cette publication parut ; du moins, je n'en ai pas vu d’autres.
Peu de temps avant, un des plus éminents psychiAtres allemands, Gricsinger, traita la question de l’uranisme dans la leçon d'ouverture du cours qu’il fit en 1869 à la clinique psyhi. trique de Berlin. Cette leçon ne parait pourtant pas avoir eu un grand retentissement. En 1869, M. Frankel, de Dessau, mentionne aussi, dans une communication relative à la perversion sexuelle des pédérastes, d’autres troubles psychiques et des hallucinations. Peu de temps après, une nouvelle impulsion fut donnée à la question par Westphal ‘qui, comme nous l’avons déjà dit, introduisit dans la science le terme d’inversion sexuelle pour désigner ce phénomène. Il considérait que c’était là une alfection congénitale: il en pu-
* Maintenant que Westphal est mort, nous pouvons parler liDpcuient de son humanité. Une pepsciiu^ dont rhivtoîre constitue un des premiers cas de ce genre observés par m’a exprimé per»>or\.‘'.f.’l*;ii:ent combien elle
avait été touchée de la compassion et de l'iiiUliigence avec lesquelles le grAQ'i psvehiétre traitait dès ce moment oes malades.
l'isvebsion sexuelle
blia tout d'abord deux cas, en insistant surtout sur ce que ces malades ont parfaitement conscience du caractère morbide de leur état.
La ])ul)lication de U estpkal fut suivie surtout en Allemagne d’un certain nombre de travaux sur la question qui nous occupe. Ces travaux parurent ‘ presque exclusivement dans les Archiv fur Psychiatrie rédigées par \]’esti>hal. Parmi ces auteurs nous pouvons citer ici : Sc/iolz, Gock, Schmiiike, Limon, Slerz, Krueg, Jlalww, Hlitmrr, Savage, Servars et autres. Le livre de V. Krafjl-Ebing sur les psychopathies sexuelles, paru on 18iH, contient dos indications précises sur la bibliographie plus récente du sujet. En 1870, Stark lit au congri*s des aliénistes de T.-Mbunugne du Sud une communication importante sur ce sujet, communication basée sur un grand nombre de nouvelles obserx'alions. Depuis cette époque, les travaux se multiplièrent aussi bien en .Mlemagne qu'à l’étranger. Un des cas les plus remarquables fut publié par Charcot et Magnan. En 1885, Magnan publia son travail sur la perversion sexuelle, peu de temps après les levons faites sur le même sujet par Lacassagnc, de Lyon. En France, on désigna ce phénomène, avec Charcot et Magnan, sous le nom d'inversion de l’instinct sexuel, et ce terme fut également adopté par un certain nombre d'auteurs italiens.
En 188(5, Tarnowskg* lit paraître un livre contenant un grand nombre documents sur la perversion et les aberra-
* En 186«^, Wcstphal souleva i la société médico-psychologique de Berlin une discussion fort intéressante sur la question, discussion a laquelle prirent part, enliv autres, Sln*iec:ha et A. Jiatsdan. Ce dernier lit observer que la perversion ^oxiiolle n’osl pas i*are cliez les peuples non civilisé» cUez lesquels le» pervertis s> ntie's sont considéré» eoninie des individus supérieurs, des ■umts, et lot m.nt une sorte de caste particulière.
î Tarnnwjfi^ .'Dits Krau Kiiutleu Erfcheiiiungen der üosculecht.si.innc.s. Berlin, tttôo.
Digitiz--'‘Dy<
L INVERSION SEXLELI.E
lions sexuelles. Ce qui manque à ce livre, c’est une classification s\’sléniatique et une dillérencialion suffisamment nette des diverses perversions se.xuelles.
C’est il dessein que nous n’avons encore mentionné qu’en passant l’auteur qui, depuis un certain nombre d'années, a, sans contredit, le plus contribué à l’étude de celle question : nous avons nommé v. Krain-Cbiu|;. En 1877, il avait déjà fait paraître un travail assez complet sur la pei'vcrsion sexuelle. En 1881, il publia une élude plus étendue sur le même sujet. Mais c’est surtout sa Esychopalhie sexuelle qui constitue une monographie systématique de la perversion sexuelle, l’ar des additions successives ce livre se transforma, en quelques années, en une œuvre plus considérable dont la dernière édition parut en 18!)l '. C’est à v. Krafft-Kbimj que nous devons l’essai d’une classification précise des dilTérenlos formes de la perversion sexuelle. C’est lui qui établit l'e.xistence de certaines variétés d’aberrations sexuelles telles que le masochisme, le sadisme, le fétichisme ", tout en montrant les relations qui existent entre l’inversion sexuelle proprement dite et ces dilféreuls états. .Mais ce qui donne une valeur et une importance toute particulières aux travaux de V. Kra/Jl-Kbiny, c’est la publication d’un certain nombre d’auto-hiographies sincères de ses malades, qui ont considérablement enrichi ce domaine scientifique.
Il m’est irapussihie de citer les noms de tous les auteurs modernes qui se sont occupés de la ipiestion. .le nommerai pourtant : Morselli, Leunpachcr, Hollænder, Kriese ; puis le travail complet de Chevalier: De l’inversion de l’instinct «exuel, paru en 188'j. .le citerai encore Golenko, en Russie ; Jiitli, Canlarano, Tamassia, Lombroso, en Italie ; 6’érieux,
t iù citft toujount cTaprAs cett« édition de 1801.
s Comp. aussi: J2. v. -Krafft-Ebing, Neue Forschungen auf dem Gebiet der Psychopulhia •exualis. Stuttgart, 1800.
L INVERSION REXfELLB
Kiernan, Schi fnk-Xohinrj. Dos in hib!'o;rrap]ii-
ques exactes se trouvent dans la psjchjpalhic sej.uelle de V. Kraffl-Ebiug, édition de 1S‘I|, et dans le travud de Chevalier.
Disons encore que dans la li'térature on s'occupe parfois de l'amour entre lio-nnies, bien qu’il s'açi'^se î« pb -; souvent de l'inversion sexuelle chez la femme. Hécemment e''tte question fut abordée par yo/s/dï dans sa Sonate à Krouzer. Avant lui l'amour entre hommes avait déjà été décrit par Alexandre V. Vngern-Sternberg , dans des romans qui ement leur période de célébrité, et par le poète Hïcie dans un drame intitulé : « Les .Amis. »
Il est certain que la pédéi cstie et rurnnisme se rencontrent non seulement chez les peuples civilisés du Nord, mais aussi dans d'autres pays. Dans certaines régions du littoral de la Méditer: anée, la prostitution masculine se manifeste encore aujourd'hui d'une façon très nette. A Xaplex, le soir sur la via Tolcdo, des jeunes gens s’offrent aux passants, et les entre-
’ Iluxali cite plusieurs passades de ce drame. Je profite de l’occasifin pour re)-. V .■ !‘intolerance singulière de* uranistes eriTers les romanci»'rs «lies poètes «jni. d'une iaçon ou d’une autre, touchent à la question de l’a'nour entre hommes. Pour ruraniste moderne, le* tendances uranistes de IVcrivaio ne font alors plus aucun doute. Cependant, pour le romancier ou le poète, il lulfit souvent rouvoir pénétrer dan* l'àme de leurs personnages. 11 est on de connaître c tle tendance des uranistes à généraliser leur cas pour savoir à quoi s*en tenir sur leui"* a'firmations. La plupart du temps, l'uraniste est incapi.ble d'envisager froidement tout ce qui touche à sa nature, et pe jt^èlrenulle fart on ne trouve autant d'intolérance que che* lui.
l’inversion sexuei.lb
metleUiâ vaillent ' non seulement leur marchandise h'iuiciac, mais euiore leur marchandise masculine. Je comâàèro eon.ine démontré que Turanisme a toujours été plus répandu en iti-'e que dans les autres pays d’Europe. Iiamdo/,r nous dit qu'au siècle dernier l’amour entre hommes était très fcéqueni en Italie. Sur l’Orient aussi nous possédons des faits nombreux relatifs à la pédérastie. Ileiiiirch. v. Mallzahn relate dans un de ses livres que, dans les faubourgs ne Kaaba, les garçons s’olîrent aux étrangers, et un autre voyageur nous raconte qu'au Caire, comme il marchandait deux esclaves, le marchand lui dit ceci : «Tu comptes donc pour rien le phidr qu’ils te procureront !» Z.eiis mentionne, dans son livre de voyage, intitulé « Tombouctou », les mauvaises mœurs des gros personnages de l’empire qui possèdent des négrillons châtrés. Ceux-ci sont pris parnii les enfants des esclaves, et ces habitudes sont tellement générales que personne ne s’y arrête plus et que les Européens seuls s’étonnent de la publicité avec laquelle on parle ou on traite de ces atTaires.
Suivant Kvnitss *, la pédérastie est encore aujourd'hui très répandue en Chine. D'après cet auteur, la ville de Tschaug- Theu pullule d’entremetteurs pour pédérastes, connus sous le nom de « calamiti ». En province ce sont ordinairement des esclaves qui jouent ce rôle. A l’éhin. ils constituent officiellement une classe à part. Dans ctUe ville, du reste, il existe des établissements où des garçons de il à 12 ans sont éduqués en vue de la prostitution. Au théâtre on voit des citoyens honorables ayant derrière eux leurs Amasii,
* Communicdlioo orale de témoin» oculaires dans c<>s dernières J, L. Cauper fit une communication analogue en 1851. « A Naples et en Sici:o les entremetteurs, dans ia rue en plein jour, vous od'rent un thêllissimo r&gazzo, quand vous refusez les i>;-.imes qu’ils vous proposent. » Cdcpev a eervé le même lait en Russie eti.'ï Turquie, ce qui concorde, du reste, arec les communications orales qui m’ont été laitea.
> A» Krmut*. Die Psvcholo^id des ^ erbrecUeDS. Tubingen, 1884.
c’vr.t-à-dire leurs amants favoris. Les orgies Itesliales qui s’y pa.-'S-.-iil ne peuvent guère se comparer qu'à celles de l’an- '
cieniie Iloine. |
Une jiersunne qui a longtemps habité le Japon et cnconnnil Lien les us et coutumes uous a dit que la pédérastie était assez fréquente dans ce pays. Hile serait surtout répandue parmi les élèves des pensionnats et les soldats casernés. Toutefois, au Japon, la pédà'aslie n’est pas aussi publique qu'en Ubine.
Tanwu'skij dit que la noiabilité et la richesse du musulman s'évaluent d’après le noml.re des garçons (ju'il a à sou service. Du reste, les faits rulal’-rs à la pédérastie en Orient cl en Afrique sont très nombreux.’
Les mêmes pbénomcn.'s s’obsen'enl non seulement en Orient, comme on le croit souvent, mais encore dans bien d’autres régions exotiques. Mantegazza, auquel j’emprunte un grand nombre de déîtt'ds, donne sur ce sujet des renseignements précieux dans ses lltudes anthropologiques sur j l'amour chez l’homme. D’après lui, dans certaines parties du Mexique, il j' avait même dans le temps des mariages entre hommes. Les communications de voyageurs sur l’existence des pédérastes en Californie. à A’irf7fOÿ//fl sont très positives. D'aprèsJ/nu/cÿfl;:a, au moment de la découverte derAmérique, on trouva chez les habitants de Panama des ]iédéras1cs, et ce fait démontre l’existence de la pédérastie chez les peuples primitifs. Du reste, toutes les données que nous avons sur l’Ainéri(]ue nous montrent que la pédérastie y était déjà connue avant l'arrivée des Kuropéens ; il en est de même du Pérou ’.
A Madagascar il existe (h;s danseurs habillés en femmes et pratiquant la pédérastie. D'après une notice de Weslphal, dans
* Pour c<? qui est du Pérou, il ne faut p»'* oublier que le» Enpagnols ont attribut' aux habitants de oe pav» tou» le» vice» pos»ibles et imaginable» pour jutitider en partie les atrocités commise» par Pizsaro et ses compagnons, pcadzial ia conquête de ce pajs {Joh. Sche^'r,)
l’inversion sexeellk
la Zeitschrifft fiir Ethnologie (ISfiît. Vol. I, § 88), le mémo phénomène existe chez les Indiens. 11 existe chez eux une classe d'hommes qui ne peuvent résister au désir de s’hal)iller en femmes et se conduisent tout à fait comme des femmes. Du reste Virey, dans son histoire naturelle du genre humain, parue à Paris en 182i, raconte que les rapports sexuels entre hommes existaient chez les peuples non civilisés de l’Amérique du Nord.
Hammond, comme nous le dit V. Kraffl-Ebing, rapporte un fait analogue chez les descendants des .Aztèques du Nouveau-Mexique. Chaque branche de ces familles fournirait, sous le nom de Mujorado, un des leurs pour des rites religieux où la pédérastie joue un rôle important. Le majerado reçoit une éducation particulière : par la masturbation et les promenades continuelles à cheval, on provoque chez lui une impuissance paralityque. On obtient ainsi une atrophie du pénis et des testicules et une sorte d'effémination analogue à celle qu’on observe chez les eunuques. Les poils de la barbe tombent, la voix prend une tonalité plus élevée, de sorte qu'en •dernière analyse le viujvradu montre des tendances féminines et se range complètement dans la catégorie des femmes.
Je désire maintenant étudier une série de personnalités des siècles derniers, accusés do perv'ersion sexuelle. Loin de mo'. l'idée de jeter, par cette étude, une ombre quelconque sur la mémoire de ces personnes. L’esprit dans lequel est conçu mon livre montre du reste que.si j’admets l’existence de la perversion sexuelle chez ces personnes, je considère ce phénomène comme purement pathologique et ne touchant en rien à leur
GO
L INVERSION SEXL'ËLLE
caractère. G/cy a eu raison (!o dire que, sous ce rapport, il faut être très prudent dans l’interprétation des documents Hstonqucs. Il est facile ici d'émettre une ojiinion, niais il n'e«t pas toujours facile de la démontrer. Dans tous les cas, il faut rejeter la fai;on d’agir de Mvreati, L’imchs et d’autres, qui négligent complètement d’appuyer par des preuves leurs assertions relatives à l’existence des perversions sexuelles et des aberrations du sens génital cliex telle ou telle personne. Mais, d’un autre côté, je n’ai aucune raison pour négliger complètemeiit les données que je possède au sujet de l'uranisme de certains personnages historiques ; une telle manière de voir serait également exclusive et s’opposerait à la compréhension de certains points de la question. .Malheureusement, dans la biographie de ces personnes, on supprime presque tout ce qui se rapporte à la sphère .-exuelle. surtout dans le cas où il y a perversion sexuelle. Toutefois j’ai pu trouver, dans lesbiograpliies et les ouvrages d’histoire, bien des faits qui montrent soit directement l’exiLlencc de la perversion sexuelle chez ces personnes, soit simplement des tendances féminines.
Henri ///, roi de France, qui régna ' de 1574- à l"i8'l, est considéré non sans raison comme un uraniste. Dans presque tous les traités d’histoire on trouve des faits qui ne laissent guère de doute sous ce rapport. Le roi était entouré d’un grand nombre de favoris, désignés sous le nom de mignons, dont l'elfémination était universellement connue. Dans le palais du roi on donnait des bals et des fêtes auxquels d’ailleurs l'élément féminin ne faisait pas défaut. Le roi aimait à paraître en public habillé en femme ; du reste il ne se cachait nullement, devant
• II e«t int^ri?«sant de noter que Charhs XI (i5f0-1574i, prt'dt'cesseur i’ileuri IIJ, était au^si accusé de p<‘déraslie. Comme nous l’avons déjà dit, es Français attribuaient à Catherine de MédieU^ la mère de ces deux roia* ’inroduction des moeurs pédérastes en France. h'Aubigné a fourni à ce suât des détails fort précis sur Henri III.
le monde, de sa tendresse pour ses mignons. Le roi avait aussi des tendances au sadisme comme le prouve la passion avec laquelle il Hagcllait ses mignons les jours de pénitence. Dans un tableau qui parut peu de temps après sa mort, le roi C't représenté en costume de guerre, mais frisé comnie une femme et avec plusieurs objets faisant partie de la toilet'.e f :minine.
Edouard II d’Angleterre (1307-1327) avait aussi la réputation d'ètre un uraniste. 11 aimait beaucoup les plaisirs et les jouissances de la vie de cour, et avait élevé ses favoris aux plus hauts emplois. Pierre de Gaveston, chevalier gascon, était son grand favori ; il avait su s'attacher le roi « par des liens enchanteurs ». Après la mort de Gaveston, les faveurs du roi furent captivées par Hugo Spenser. On sait que le roi finit par être détrôné et que la reine, qui l’avait quitté, refusa toute réconciliation avec lui *. Disons encore en passant que, d'après T. F. Tout, le roi était d'une bavardise extraordinaire qui l’cmpèchait de garder même les secrets d’Etat.
yrtcyiics / d’Angleterre { 1003-1023), tils de Marie Stuart, connu aussi sous le nom de Jacr/ues VI comme roi d’Ecj-se, est réclamé par les uranistes comme un des leurs, avec plus de raison, me parait-il, que pour ce qui concerne Edouard II . Dans le caractère de Jacques il y avait décidément des traits anormaux : l’amour de l’absolutisme, lié à la lâcheté, et la
< Combinaition da cruauté et d’idt^es sexuellos ; nous revonona du rosit) pliiti loin sur le sadisme. V, Kra/ft-Kbing avait attir«5 l'atlenlion sur les rupporS i qui entre les flagellanU (au Moyen et plus tard) qui se toueltaient
en aig^ne de pi'*nitence, et les penchants sexuels qui, dans corlaiiK’s conditions palholouriques, sont r^veilîtî'S .par la llage]!:ilion. Cesl jiist*‘nirnt sons le rèpin.» d'Henri 111 qne les dagcllanU furent très nombreux b Paris iUvUfau^ llis* loire des flageltants).
* Webfv Allgeraèine Weltgeachichle, Vol. VII. JVmpriintô à ce livre seul-»ment les données générales ; on n‘y trouve rien sur ia nature urani^tf du roi.
* A c‘l4 de la perversion sexuelle, le» uranistes présentent encore anomalies psychiques.
l'isversion sexuelle
faiblesse de caractère, l'intérêt pour la science en même temps qu’un pédantisme enfantin. On nous décrit le manque de tenue et l’absence de virilité de son aspect général. Bien qu’il' fût marié à une princesse danoise dont il eut plusieurs enfants, sa réputation n’en fut pas moins mauvaise à cause de l’empire qu’exerçaient sur lui ses favoris. C’est surtout Georges VilUers, duc de Hiickingham, qui fut favorisé par le roi à cause de sa beauté physique, et qui exerça une iulluence considérable sur le gouvernement du pays, l’ar sa tendresse pour des favoris indignes ', 1e roi avait lini par éveiller chez son peuple un mécontentement général.
Il avait déjà régné auparavant en Eco.sse sous le nom de Jacques VI, et là non plus il n’avait pu cacher sa faiblesse pour des jeunes gens de belle prestance. Il les attirait à lui, et tes amenait ainsi à exercer une grande influence sur le pays. C’est surtout Arran et Leunox qui dominaient véritablement le roi *.
Une personnalité très curieuse est liodolphe H àe Habsbourg, qui a régné sur l’Allemagne de UiTO à 1012. 11 tomba progressivement dans l’apathie, et n’eut aucune énergie ni force de caractère. Il était sujet à des caprices, des fantaisies de toute sorte ; c’est ainsi que, dans son musée de Ilradschin, il avait amassé un grand nombre de curiosités naturelles et artistiques, des livres, des pierres précieuses, des antiquités. L’empereur passait beaucoup de temps dans ses jardins et ses écuries, mais il avait une idée exagérée, maladive, de l'importance de ses fonctions, lîn réalité, c’étaient ses favoris qui exerçaient le pouvoir ; ses valets de chambre, de mœurs infâmes, étaient des personnages importants sans lesquels on ne pouvait rien obtenir, et c’est avec ces créatures indignes que
* Karl Friedrich Weltgeschichle, édit, par Ad. Schmidt, continn<
par Eduard Arnd, III Aut. Leipzig. 1869, Bd. IL
• Weber, Allgcmeine Wellgescnichta.
L ISVEilSlO.N SESLELLK
les princes et les hommes d’Klat devaient enlrclenir des relations, Plus lard, le roi présenta des signes non douteux da perversion morale, (ÿ’est ainsi que Weber peint, dans son Histoire Universelle, le caractère du ce roi. Si j'ajoute que, suivant Ireland', il détestait les femmes, on pourra conclure que son amour pour ses favoris était basé sur un fond sexuel, .''ans doute on nous dit d'un autre ciité ({UC ce roi, qui n'a pas eu d'enfants légitimes, avait laissé un grand nombre de bâtards, mais nous manquons de détails précis sur ces derniers. [)o plus, il est impossible d'avoir des renseignements sur les femmes' avec lesquelles il avait des relations intimes, tandis que les noms de ses favoris sont biens connus. Ireland compare du reste Rodolphe 11 il Louis II de Havière dont il sera question plus loin, et leur trouve une commune aversion pour la femme.
Etuilions maintenant quelques papes.
Le pape Paul II (1 liil-l t71) constitue un phénomène vraiment curieux. Une vanité sans bornes formait le fond de son caractère, lètant cardinal, il se proposait de prendre le nom de Formosus, s'il était élu pape, à cause de sa beauté physique ; ses habits sacerdotaux ruisselaient d'or, sa tiare do diamants. Il pleurait très facilement et aurait eu une véritable passion de collectionneur surtout pour les pierres précieuses. Jamais il ne se montrait en public sans parures. C’est justement à cause de la facilité avec laquelle il ver.sait des larmes qu’on lui avait donné le nom de Xotre-name de la Pitié. Je ne vois pas qu’on l'ait considéré formellement comme un uraniste ; mais je crois
* Af, ir. Ireland. Honrschermacht aud Gei^teskrankheit. Stuttgart, 18S7.
* 1)11 reste, les uranlati-s peuvent de temps eu temps avoir des rapports avec les fenwies, mai< cec» n*inJ;:iue p.os r.ib.?euce d'amour pour hommes, Ortains uranistes recherchent ot»h*Qstfileinent la aooi'^tA des femmes (avec lesquelles ils éditent d'avoir ûe4 raialions sexuelles) a&a de dérouter l'opinion sur leurs tendances ire^les.
l’inversion sexuelle
devoir le citer ici à cause de ces traits d'elTéniinatioii qui souvent, comme dans un cas de ^^’estJ)ha!, peuvent exister sans tendance à l'uranisme. Du reste ce pape aurait laissé une fille (Weber)'.
Par contre, il est certain que le successeur de ce pape, le pape Sixte IV (1171-1484), avait des habitudes uranistes. Weber, que nous venons de citer, croit qu’un grand nombre de ses favoris furent élevés à la dignité de cardinal. Certains cardinaux auraient même demandé au pape la permission de s’adonner à la sodomie pendant la saison chaude, et cette demande fut favorablement accueillie. C’est à propos de ce pape que Weber cite les vers suivants ;
Borna qiiod inverso dt^lectarolur amora Komen ab inverao nomine lecit Aruor.
Le dystique est trop obscène pour pouvoir être traduit; Roma représente Amor, quand le mot est lu à rebours.
Il est aussi intéressant de noter la cruauté de Sixte et son amour pour les spectacles sanglants ; il aimait surtout à voir se livrer des duels sous ses fenêtres.
Parmi les personnages historiques qui ont été accusés de pédérastie, je nommerai ensuite le pape Jules II (1303-1513). L. Gciffer* ne pense pas que cette accusation, portée par les contemporains du pape soit bien fondée, bien que, d’après le même auteur, le caractère et les manières de ce pape n’aient rien présenté de bien édifiant. Jules II aurait fait partie des cardinaux qui demandèrent au pape Sixte IV la permission de se livrer à la pédérastie pendant la saison chaude.
Le grand sculpteur Michel Ange liuonarotti, contemporain du pape Jules II qui le fit venir à Rome, est également accusé
• Dac Pabsthuai und die Pâbsle. («uvro poethume de Car! Julius tVeber. Slultgarl, 1?34. partie.
* Luiwiff Gtiytf, Renaiiaance und Humanismus in Italien und OeutacUland Berlin, 1832.
l’inversion sexuelle
de perversion sexuelle, et non sans raison, croyons-nous.
Un fait certain, c’est que dans la vie de ce grand artiste on ne trouve pas un 'amour de femme. Sans doute, quand on recherche une femme avec laquelle il aurait eu des relations, on cite souvent le nom de Vittoria Colonna ; mais Hermann Grimm', le biographe de Michel .^nge, croit que ces relations étaient de simple amitié et que l’amour n’y entrait pour rien. Lorsqu’il connut la princesse, tous deux n’étaient plus jeunes, et Vittoria Colonna ne fut jamais pour lui que la princesse. On trouve dans les poésies du sculpteur des passages qu’on a essa3’é d’expliquer en faveur de son amour pour les femmes. Mais ici encore on ne doit pas conclure à l’existence de l'amour pour la femme, en se basant seulement sur des poèmes adressés à des femmes, surtout quand on ne connaît pas la femme que chante le poète ; de même que les poésies consacrées à l'amour entre hommes n’impliquent pas l’existence de l’uranisme chez le poète, si les poésies ne sont pas dédiées ou consacrées à une personne masculine bien déterminée. Les relations de Michel Ange avec Tommaso de Cavalieri me paraissent très suspectes. Ce dernier comme le raconte Hermann Grimm, était un jeune peintre noble et remarquablement beau, qui pouvait obtenir do Michel Ange tout ce qu'il voulait. Les rapports de Michel Ange déjà vieux et du jeune Cavalieri * on dù être très intimes, et je ne crois pas que les liens qui les unissaient fussent simplement ceux de l'amitié. On peut en juger par la poésie suivante adressée par Michel Ange à Cavalieri :
Je vois une lumiàre douce avec tes regarda :
Mes yeux ne voient pas et je suis aveugle.
* Hermann Grimm. Vie de Michel Ange, Vol. I, p. 372. 5* ^d. Berlin
* Vasari donne des détails sur les rapports qui ont existé entre Michel^ Ange et (.iavalleri.
LIXVERSION SEXI LLLE
En marchant avtic loi du même pas,
fardeau qui m'écrase toujours me parait lé^'er.
Emporté Mir tes ailes Je vole avec toi jusqu’au ciel.
Comme tu le veux : je vis intrépide ou lr»'mb!ant.
Ayant froid an soleil, chaud dans les jours d'hiver.
Dans ta volonté repose la mieone.
C'est dans ton creur que naissent mes pensées.
C'est dans ton esprit que se trouve la source des mots.
C'est ainsi que je suis semblable à la lune Que nous ne voyon» dans le ciel
Que lorsque le soleil l’illumine de ses rayons de feu t.
Ce sonnet adressé à Cavalieri u’csl pas l'expression d’un amour exclusivement sensuel, mais d’autre part il ne me semble pas non plus dicté par un sentiment d’amitié pure. Il y a là un état d’esprit qui rappelle celui de Socrate dans lé banquet de l’iaton. Grimm compare du reste les rapports de Michel An|^e et do Cavalieri à ceux qui ont existé entre Socrate et Alcibiade.
Anton Springer* croit que Michel Ange a éprouvé une amitié poussée nu paroxysme, analogue à celle à laquelle céda plus tard aussi Winkelmann’. Une lettre de Cavalieri à Michel Ange, que nous possédons, n’est pas en faveur d’une simple amitié ; le langage en est plutôt celui d’un « favori gâté ».
En tous cas, ce serait un phénomène étrange que de ne trouver aucune sensualité chez un aussi grand artiste que Michel Ange*. Ce qui est certain, c'est que l'amour pour la femme n’a pas joué un grand rôle dans sa vie.
Un des peintres italiens les plus célèbres, Giovanni Antonio
* Cité d’après Grimm.
* Dans : « L’art et les artistes en Italie «, édité par Itobert Dohme, Vol. 11, Leipzig, 1SÎ8. p. 447.
3 Nous parlons plus loin de \Vinkelmann qu’on peut aussi soupçonner d’avoir été uraniste.
* Un artiste uraniste de bonne foi manifeste me dit que les œuvres de Jl/t« eh^l‘Anffe révélent souvent la nature uraniste dugrand sculpteur; seulement, oe qui est clair pour les uranistes échoppe aux iion-initiés.
l'inversion sexuelle
Ituiui) 1 conMinporain du pape Léon X, était connu
par sa vie déréglée et scm vices, qui lui attirèrent le surnom de i7 ,î>Of/owirt sous lequel il est aujourd’hui encore désigné dans nombre d’ouvrages. Léon X, qui n’était pas de mœurs très rigoureuses, et qui fut même accusé de pédérastie, avait élevé ce peintre à la dignité de chevalier.
Fiorillo ‘ dit du reste que la légèreté et la débauche qui ont conduit ce peintre à une vie déréglée se rellèlent en partie dans ses œuvres. Ilazzi, dont les peintures se composent principalement de fresques, n’est pas très connu en dehors de l’Italie ; mais les Italiens le considèrent comme un des peintres les plus éminents et le placent à côté de Léonard de Vinci. Un autre biographe, IL Vischer’, dit que le grand défaut des œuvres de Razzi est « un manque de virilité », sa manière serait trop « efféminée ».
.Muret, l’humaniste bien connu, a vécu de 1326 à 1583’. Les données relatives aux tendances perverses du grand savant me sont fournies par Foisset qui ne semble pas très convaincu de l’existence de ces tendances hétérosexuelles. Toujours est-il que les faits relatifs à la vie de Muret ne laissent aucun doute sur l'existence chez lui de sensations sexuelles anormales. En 1332 Muret enseignait à Paris la philosophie et le droit civil, et ses cours attiraient un nombre considérable ù'é/èves. C’est à cette époque qu’il fut accusé de tendances contre nature et emprisonné au Châtelet où, de désespoir, il se décida à se laisser mourir de faim ; mais ses amis lui rendirent la liberté. 11 partit alors pour Toulouse où il fit des leçons sur le droit romain. Là encore il fut accusé de perversion morale sexuelle, et condamné à être brûlé avec son complice, un jeune homme du nom de Luc-Menge-Fremiot, comme sodo-
1 Fiofif/o, Histoire de la peinture, Vol. !• Gotsingen, 1198.
^ L'art et les artistes en Italie.
* Dans la Biographie universelle.
L l.NVEBSION SEXUELLE
miste, d’après l'èdit de 1534. Muret réussit à se sauver en Italie, où la même accusation fut soulevée contre lui dans plusieurs villes, notamment à Venise et à Padoue. Malgré ces accusations, il réussit, grâce aux services qu'il avait rendus à la science, à faire la connaissance des hommes éminents d'Italie.
Shakespeare (1564-1610) n’échappa pas non plus à l’accusation de sacrilicr à l'amour entre hommes. Comme preuves à l'appui de cette assertion on cite scs sonnets qui, bien qu’adressés à un homme (probablement le duc de Southampton), parlent un langage d’amour. Friedrich Hodenstedt ' soutient formellement que, dans les sonnets en question, il ne s’agit pas d'amour pour les hommes, comme I). llarnstorlT le prétend dans la « Clef des sonnets de Shakespeare » . Le sonnet le plus incriminé est celui qui commence par le vers « A woman’s face, with natures own hand painted ». Ce sonnet a été traduit (en allemand) par Bodenstedt de la façon suivante ;
Tu aK une figure de femme que la nature Klle-même t'a peinte, maitre-maUi*e&se de mon amoar !
Un ctpur doux de femme, mais sans trace
lie caprices et de changements féminins dans tes désirs.
Un œil clair, et moins faux dans son r^le.
Dorant Tobjet sur lequel il brille.
Kl l'homme et la iemme doivent t'admirer.
Car tu réunis la puissance et le charme des deux.
Tu étais destiné b être femme d’abord, mais la nature Devenue amoureuse elle-même de toi.
T'a donné en plus ce qui porto mon espoir vers toi Et qui m’est tout à lait inutile.
(.lommo elle t’a tait pour l’amour des femmes.
Consacre-moi ton cœur et donnedeur tes penchants.
Bodensledl atlrihue le ton amoureux de ce sonnet et d’autres
* William Slmkespeare's Sonette in deutscher Nachbildung par Friedrich ■ Bodenstedt. Berlin, 1SÛ2.
encore à ce que, à l'époque de Shakespeare, il existait entre les hommes un véritable culte pour l'amitié, grâce auquel on employait en parlant de l'amitié les plus tendres expressions de l’amour. Pour lui, ce fait s'explique par l’influence très puissante, à ce moment, en Angleterre, des poètes grecs et latins. Aussi m’est-il très difficile de me prononcer d'une façon définitive sur le compte de Shakespeare.
Johann Joachim Winckelmann (1717-1768], le grand critique, fut aussi à plusieurs reprises accusé d'uranisme. Comme preuve on cite ses lettres dans lesquelles cette passion est exprimée d'une façon non méconnaissable. Justi, un biographe bien intentionné cependant, est lui-mème obligé d'admettre, comme le dit Ulrichs, que les lettres de Winckelmann témoignent souvent d'une certaine sensualité.
Je suis convaincu que si des lettres comme celles de Winckelmann étaient adressées à une femme, on n’aurait pas hésité un moment à affirmer que des relations d'amour devaient exister entre les deux correspondants. Si nous admettons qu'il existe aussi un amour entre hommes, on est obligé d’avouer que les lettres de Winckelmann étaient l’expression de scs sensations amoureuses, d'autant plus que rien dans sa vie ne vient à l’encontre de cette supposition. Joli. Fried. Vagt, l'éditeur de ces lettres ', dit ceci dans sa préface ; « Les lettres nous peignent bien la façon de penser et les sensations de Winckelmann ; il faut les bien connaître avant de songer à écrire sa biographie »... Ces lettres sont adressées au conseiller Friedrich Heinhold von Berg, de Livonie. L’amitié que Winckelmann éprouvait pour v. Berg datait du moment où il l’avait vu pour la première fois. Le grand artiste avait adressé à von Berg les paroles suivantes : « J’ai trouvé chez vous, dans un beau corps, une âme créée pour la vertu ;
t Lettres de J. Winckelmann à un ami de Livonie. Coblenz, 1784.
L INVERSION SEXL’ELI-E
le jour où je me suis sé|>arû de vous a été un des plus douloureux de ma vie. » Quiconque lira ces lettres sera amené à partager notre opinion ' sur Winckelmann. Dans la lettre datée du 9 juin 1702, Winckelmann écrit ceci : « Comme une tendre mère pleure inconsolable son enfant chéri, ainsi je déplore, mon doux ami, notre séparation avec toutes les larmes do mon dîne ». Dans sa lettre du 10 février 17tU, adressée à V. Berg, Winckelmann commence par l’appeler : b mon ami bien aimé et si beau », et continue sur le ton suivant : « tous les noms que je pourrais vous donner ne sont pas assez doux et n'arrivent pas à la hauteur de mon amour... J'embrasse votre image et je meurs. Votre ami éternellement dévoué et votre obéissant serviteur, Winckelmann.
L'assassinat de Winckelmann dans l’auberge de Trieste vient plutôt corroborer l’opinion qui en faisait un uraniste. 11 est certain que Winckelmann n’a connu sou meurtier .Arcangeli que peu de temps avant sa mort ; ce dernier le suivait pas à pas à Trieste ; ils s’étaient liés de telle façon, qu’il semblait qu’ils devaient se connaître depuis de longues années. 11 est de plus acquis que le meurtrier était un liomme stiperliciel. sans aucune culture, qui ne pouvait offrir le moindre intérêt intellectuel au grand critique.
* J'âi t«nu un grand compte du style maniérf et doticereux qui régnait à cette époque dans toutes les correspondances et sur lequel le !)*■ Iks-
joir attirait mon attention. U est diOicilo, en effet» de se laire un jugement si Ton s'en tient h des passages isolés de ces lettres; mais quand on Ut toute la correspondance, il est facile de voir qu’il ne s’agit pas d’une amitié arrivée k son paroxysme, mais de quoique chose de manitesteuicnt sensuel. Du reste, dans les lettres do Winckelmann à un ami dévoué, on trouve une manière qui» bien que très tf*ndre» ne présente rien de mensuel (comp. les lettres de inckclmann éditées par Dandorff^ ainsi que les lettres adressées à un ami dévoué, r«rlin» 178t). Tout ceci montre que le ton des lettres de Winckelmann k von herg ne doit pas lira attribué k l'esprit de répOQue.
D’après quelques-uns, le meurtrier réussit à capter entièrement la conliance de Winckelmann en afiichant des goûts artistiques et en simulant un attachement tout particulier pour lui. L’assassin était un cuisinier, précédemment condamné à mort et gracié. l*eut-on admettre, comme le pense un biographe *, qu’un tel individu ait pu passer avec succès, aux yeux d’un critique tel que Winckelmann, pour un connaisseur en fait d'art. On admit que le vol avait été le mobile du crime et Arcangeli fut exécuté.
A. W. Iffland, le grand acteur et poète, fut également soupçonné par ses contemporais de pratiquer la pédérastie. Un de ses biographes ‘ croit que cette accusation de débauche contre nature n’était peut-être pas fondée. Toutefois ce soupçon s’est maintenu par tradition et il existe encore, du moins dans certains milieux. A l’appui de cet assertion on cite que, marié, il n’eut pas d’enfant, et que son ménage produisait aujê personnes de son entourage une impression assez froide. Il y a quelques années on a publié une lettre fort intéressante de H. v. Kleistà Iflland. Kleist, ayant appris qu’Iffland avait mal jugé sa comédie: « Das Kæthchcn von Ifeilbronn » (Catherine de lleilhronn), lui aurait écrit ceci; « Kætchen vous aurait plu si elle eût été un garçon ». Cette lettre a été publiée il y a quelques années et on s’est donné beaucoup de peine pour expliquer ce passage d'une façon acceptable. .Malheureusement il m’a été impossible d’avoir cette lettre ; je dois à M. A’ N., dont il fut question dans la préface, de connaître ce fait.
Le prince Henri, frère de Frédéric le Grand, fut aussi accusé de pédérastie. Dans l’ilistolre secrète de la cour de Berlin, ou les Lettres d'un voyageur français (.l/iVaûeoM) parues en 178Ü-86
I K. H. Jdrdens. Lexicrm deutscher Dichter und Prosaisten, V* Bund L"ipzigt 1810.
'^liôinrich Odring in Ersch und ürubcr’a Enc>clupodio.
L I.NVEnSION SEXI ELLE
(traduction ctllcniande de 1789), on trouve, notamment dîinsle retond volume, des passüj;es très concluants. Voici ce qu'on lit à la page ü9 : t Un ancien serviteur du prince Henri, habile à servir la passion de son mailre pour la pédérastie, devint tout d'abord son favori et fut fait ensuite chanoine à Magdebourg où le prince était évêque. » Puis plus loin, page 92 : « L’aristocratie de l'armée sait que chez le prince Henri les Ganyinèdes ont toujours pris et prendront toujours toutes les décisions » . On trouve encore à d'autres sources des indications sur les penchants pédérastes du prince Henri. Il est certain que scs relations avec sa femme étaient très tendues, qu’il en vivait séparé et que lorsqu'il la rencontrait à la cour, il ne lui parlait pas (Strckfusse « Berlin vit 500 Jahrer, » .
Si je m’en rapporte à certaines communications orales, le pot'-te Byron aurait été aussi tenu pour un uraniste. Toutefois rien dans sa vie ni dans ses œuvres n'indique que cette accusation soit fondée. Peut-être est-elle basée sur cç fait ([ue le poète était souvent acconi|)agné d'une jeune fille ’ habillée en garçon. Du reste cette réputation est peut-être duc aux calomnies auxquelles le grand poète fut en but pendant foute sa vie ’.
l’arnii les poètes modernes soupçonnés de s’adonner à la pédérastie, il faut encore nommer le comte Platcn dont les contemporains |)araissent assez unanimes à reconnaitre le fait. Les poésies qu'il dédiait aux hommes, et dans lesquelles il chantait l'ami et l’échanson, ont du contribuer beaucoup à lui créer cette réputation. Mais, d’un autre côté, on soutient’ — principalement Karl Gœdeke, un de ses biographes — que Platcn s’est inspiré dans ses poésies du génie de la poésie
i Lord Byron par Karl Ehe. 3* Berlin, 1SS6, p. 65.
* Comp. l.ord Byron, par Edouari Eusei, Berlin, 1876, p. 120.
* Œuvre» du Comte .\uguste de Plaleo. Stuttgart et Tdbingen, 1853.
l’invebsion skxlelle
orientale. Le fait d’avoir adressé des poésies d'amour à des femmes n’en a pas davantage modilié la réputation d’amant des hommes qu’il s’élait acquise.
Platen se trouva un jour pris dans une polémique violente avec Heine auquel il avait reproché son origine juive. Heine se vengea du poète aristocrate, en l’accusant publiquement de pédérastie. Dans ses « Bains de Lucques, on trouve plusieurs passages relatifs à cette question. Heine y parle de l’amitié chaudement fraternelle du comte Platen qui adresse à « un homme u et non pas à une femme les poésies dans lesquelles il exprime ses sentiments, dont les livres exhalent un parfum bien différent de celui de l’eau de Cologne, dont les amours sont contraires à la morale et dont les poésies paraissent être faites par une lille. Il le compare à Néron qui se maria avec un garçon, et l’appelle « homme de derrière » et non pas « homme de tète. » Cette polémique entre les deux poètes eut un grand retentissement en Allemagne. Strodtmann ' lui-mème, le biographe de Heine, n’approuve pas les moyens de polémique adoptés par Heine. Ln tous cas il est certain que cette polémique lit beaucoup de tort à Heine. Dans une lettre adressée à Varnhagen, Heine traite Platen d'insolent garçon de joie des aristocrates et des curés. Du reste, avant Heine, le comte Platen fut déjà violemment pris à partie par Ludwig Robert à cause des sujets de ses poésies. Tout d’abord Platen eut l'intention d'intenter un procès à Heine, mais il y renonça, car, de l’avis de tout le monde, Heine aurait pu fournir la preuve de ses allégations.
lin terminant, nous rapporterons une des poésies incriminées de Platen :
■ Adolt ütrodimariH, La vie et les couvres de Heine, Berlin, 1873. êd.
2 vol.
74 l’inversion sexuelle
Ta m’as préparé des heures atroces,
que le ciel ne s'en venge pas sur toi.
Car, autrement, des ruisseaux de larmes devraient couler sur tes jouet. Lorsque tu prononcerais mon nom.
En combattant pourtant toute illusion jusqu’à la certitude,
Je veux bien — et je le fais par faiblesse —
Te défendre, mon ami ! Car je ne suis pus égaré Par des raisons supeiTicielles.
Il est vrai que je ne pourrais guère te servir de dét'ensear;
Mais tu te sers de mes deux yeux Comme de deux avocats.
Tant qu’ils seront attachés à tes regards Ils y puiseront de Pamour.
Mais toi, lis dans leur regard ma souffrance.
Parmi les personnalités historiques manifestement uranistes, je nommerai encore Louis II, le malheureux roi de Bavière. Il est certain qu'il était violemment atteint d’inversion sexuelle. Les détails qui suivent sont empruntés à la brochure d’Ireland « Le pouvoir et la folie », basée sur un grand nombre de travaux (entre autres ceux de K. P. Evans et Franz Cari) et contenant une étude psychologique sur ce roi. Avant même que la folie de Louis il ne fût constatée officiellement, il parait qu’il avait maiiifcstemenl présenté des symptàmcs d’inversion sexuelle. Sa froideur et même son aversion pour les femmes étaient bien connues et s’élaient manifestées à plusieurs reprises en mainte occasion ; en même temps il écrivait à des hommes des lettres très tendres, plus tendres que celles que deux fiancés échangent entre eux. Il est certain qu’on a bcuucou[i parlé de son amour pour les hommes, mais ce point a toujours été pas.sé sous silence par les gens comiiélents, ce qui constitue un argument, suivant Ireland, en faveur des tendances uranistes du roi. C’est «lans cet ordre d’idées qu’il faudrait interpréter les mauvais uaitemeuts qu’il inlligeait à certaines personnes de son entou*
l'inveusio.n sexuelle
rage, et qui s'expliquent peut-être par l'instinct de cruauté commun à tous les sadistes Toujours est-il que, pendant les dernières années de sa vie, l^ouis II prenait son grand plaisir aux soulFrances et aux tortures qu’il inlligeait aux autres. Les personnes qui ont joué un rôle dans la vio sexuelle de ce roi vivent encore en partie. 11 parait du reste que l’amour psychique que le roi vouait à certaines personnes du sexe masculin était tout à fait indépendant de la satisfaction physique donné par l'acte sexuel.
On pourrait élargir encore ce chapitre sur les uranistes historiques, parmi lesquels certains auteurs comptent encore Charles Vil de Suède, Guillaume d’Orange et un certain nombre d'autres personnes ayant joué un rôle dans Thistoire. .le préfère m’arrêter ici, et ne rapporterai plus qu’un cas datant du xvti® siècle et ayant une signilication générale, en ce sens que, comme dans bien des cas actuels, il est impossible à expli(juer sans admettre l’existence du l’inversion sexuelle.
C’est à cette maladie qu’il faut rapporter bien des meurtres et bien des suicides dont la cause nous échappe. Lu cas en question eut en son temps un grand retentissement et se trouve rapporté dans « Les histoires secrètes et les hommes mystérieux » de Friedrich Hulau (t. 1). Il s’agit do l'assassinat de Henri Gottlob von Debschitz, âgé de X> ans, à Languenau, en ItiO'i. La famille de la victime appartenait aux plus honorables de la région. Nulle part il n’est ditquc l’amour poiirles hommes ait joué un rôle dans celte alfaire. Mais comment e.xpliquer autrement ce mystère quand on sait que l’assassin, Braun von iMerzdorf, avait poignardé .sa victime, qu’il voyait pour la première fois, après l’avoir embrassée et caressée dans Bon lit'? 11 est évident que V. Debschitz avait dù refuser ses
i Comp. plui loin U cliap. du Sadisme.
h ISVUnslON SEXLKLLE
caresses. L’influence d'une jalousie violente et brusquemenl éveillée semble suffire pour expliquer le meurtre.
l'R.VMS.ME MODERNE
Elude SOI taie.
11 est absolument impossible de connaître exaciemeiit le nombre des uranistes ni le chiffre qu’ils représentent par rapport à la population entière. Les autorités mômes ne peuvent nous donner sur ce point que des renseignements sans précision, car elles ne se trouvent en rapport qu’avec ceux des uranistes qui tombent sous l’ajiplication de la loi, c’est-à-dire avec ceux qui sont accusés d’outrages aux mreurs. Beaucoup d’autres par contre restent tout à fait inconnus et échappent entièrement à la police et aux tribunaux. D’après les chiffres que j’ai puisés à différentes sources, il y aurait à Berlin près de 4,000 hommes dont on peut acheter les faveurs, mais je crois ce nombre exagéré. Ce que je puis dire, c’est qu’à Berlin j’ai vu pour ma part 3 à 400 uranistes, et que j’ai entendu parler de 100 à 200 autres. D'après cela, il y aurait approximativement à Berlin, au moins 500 uranistes ; mais il est très probable que ce chiffre est au-dessous de la vérité. Cn tout cas il m'est impossible de dire s’il existe à Berlin 3,000 ou 10,000 uranistes ou même plus, ce qui ne me semble pas démontré.
tlcttc incertitude dans les chiffres provient de ce fait qu’un grand nombre d’individus atteints de ces tendances sexuelles
l’inversion sexuelle
maladives échappent à tout contrôle, et même au contrôle médical. Tel est le cas des enfants, qui, si l'on s’en rapporte aux biographies des uranistes, présentent en grand nombre des phénomènes de perversion sexuelle.
Dans certaines villes les uranistes indiquent combien ils en connaissent eux-mêmes. Ainsi, un uraniste m’a dit qu'à Maffdeburg il en a connu 70 au moins ; mais il est probable que le nombre en est plus élevé. Il m’est difficile de dire si l’uranisme est plus répandu dans les grandes villes que dans les petites et à la campagne plus qu’à la ville. La plupart des malades sur lesquels on possède des observations scientifiques ont toujours habité la ville plus ou moins longtemps ; mais il n’en ressort nullement que leur passion était le résultat du mauvais exemple. V. KraITt-Ebing nous donne également quelques renseignements sur le nombre des uranistes de certaines villes. Un de ses malades lui a dit qu'il connaissait 14 uranistes dans une ville de 13,000 habitants, et 80 dans une autre qui comptait une population de 00,000 âmes. V. KraITt-Ebing ne met pas en doute la sincérité de son malade, mais il croit qu’il ne ditférencie pas suffisamment l'uranisme congénital et l’uranisme acquis.
D'après Ulrichs (Gladius Furens, Cassel, 1808), il y avait à cette époque 23,000 uranistes adultes en .\llemagne, dont 10 à 12,000 vivant en Prusse et .'iOO à 1000 habitant Berlin. En moyenne il compte un uraniste sur 2,000 âmes ou 300 hommes. Ulrichs était lui-même uraniste et tous scs travaux en gardent '.e rellet ; mais il est évident que, relativement au nombre des jranistes, il devait avoir plutôt une tendance a le diminuer qu'à l'exagérer.
D'une façon générale il ne faut pas prendre à la lettre tout ;e que les uranistes racontent. Un grand nombre d'entre eux (ont plutôt portés à exagérer les cbilTres. .l'en connais qui, (ur trois personnes, et même sur deux, trouvent toujours un
78 l.‘l.\VEIl.S|ON SEXLEI.LE
uranisle, et qui font des récits fautaisistcs sur leurs relations sexuelles. Ce sont de préférence les personnes en vue que les uranistes revendiquent comme étant des leurs, en sorte qu’il faut procéder avec 1a ])lus grande prudence quand il s’agit de contrôler les assertions.
Tout comme l’amour de l’homme pour la femme, l’inversion sexuelle n’est le privilège d’aucune classe et se rencontre à tous les degrés de l'échelle sociale. Pourtant mon impression générale est que le phénomène morbide en question est plus fréquent parmi les classes élevées de la société. Ceci n’a rien d'étonnaut quand on songe que la prédisposition nerveuse est une condition très favorable au développement de la perversion sexuelle et que cette prédisposition existe surtout dans les milieux cultivés. Mantegazza insiste avec raison sur ce fait que l’uranisme ne se rencontre pas exclusivement dans ce qu’on appelle la lie de la société, mais bien plus souvent parmi les individus réputés au point de vue de l’instruction, de la richesse et de la position sociale. C’est ainsi qu'il y a beaucoup d'uranistes, sans aucun doute, dans la noblesse de naissance.
Les uranistes que j'ai connus appartenaient aux professions les plus diverses. J’en sais qui sont avocats, médecins, théologiens, philologues, commerçants, ofGciers, écrivains, acteurs, ouvriers, jardiniers, artisans, etc. Certaines professions fournissent pourtant un plus grand nombre d’uranistes que d’autres, sans que l’on puisse toutefois établir une statistique précise à cet égard. Parmi ces professions je citerai notamment les acteurs, les écrivains, les lleuristes, les tapissiers, les décorateurs, les cuisiniers, les coilïeurs, les tailleurs pour dames.
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L ISVEnSlON SEXUKLI.E
11 semble que, cédant à la nature elTéniinée, beaucoup d'uranistes se sentent portés vere des professions qui sont plutôt du ressort des femmes, en raison de leurliabileté dans la décoration des appartements, la confection des vêlements de dames, etc. On comprend du reste pourquoi les uranistes alTectionnent le métier de tailleurs pour dames ; ils y remportent de nombreux succès dus à leur voix de fausset et à la grâce avec laquelle ils exécutent les mouvements féminins.
E. V. Hartmann ' a fait observer que, parmi les spirites et les médiums en particulier, on trouve un grand nombre d'individus présentant les phénomènes de perversion sexuelle. On m’a cité le nom d'un spirite qui, l’année dernière, avait eu de grands succès 6*1 qui était atteint de celte maladie *.
Si certaines professions attirent particulièrement les uranistes, il ne faut pourtant pas s'attendre à trouver les phénomènes de perversion sexuelle chez la plupart des membres do telle ou telle profession. Si nous admettons, par exemple, que sur lût) uranistes on trouve 10 tailleurs pour dani' s, il ne faut pas oublier, d’un autre côté, que, sur üOO habitants, on compte en moyenne un tailleur pour dames ; de cette façon le nombre relatif des uranistes tailleurs pour dames n'aura rien d’exagéré. Il n'y a qu’une seule profession qui me semble suspecte sous le rapport de l’uranisme, c’est celle de l’acteur travesti en femme ; les hommes qui se chargent de préférence de rôles de femmes * dans lesquels ils réussissent si bien, grâce
1 Nachtrftge Kur Phénoménologie des Unbewussten.
< Dans une lettre qui se rapporte à cette personne et qui a ùté gracieusement mise à ma disposition, la chose est présentée comme s'il s’agissait d'un hermaphrodite physique ; mais, comme l'a démontré Krafft-Ebing^ rhei*mapbrodisme physique n*a rien à faire avec la purvorsion sexuelle.
* Inutile de dire que les rôles de femmes sont souvent joués et avec succès par des hommes qui ont une vie sexuelle des plus normales. 11 laut donc se garder de généraliser d'une manière pur trop absolue. Comp. h co sujet un écrit de Gôthe intitulé : c Fraaenrollcn auf den Rümischen Theatcr durch Mânner gespielt. » Qothe y dit notamment ceci : « Le jeune acteur a étudié
l’inversion semelle
à leur voix de soprano ou d’alto, paraissent souvent atteints de perversion sexuelle.
Pour CO qui est de l’uranisme parmi les soldats, je tiens d’un uraniste que ses compagnons aiment rarement le métier des armes et que, lorsqu’ils s’y sont fait un nom, c’est plutôt dans la partie théorique du métier. Cette opinion n’est pourtant pas générale. Il nous suffit de mentionner, parmi les grands capitaines, Jules César, Charles XII, Tilly et bien d'autres que les uranistes revendiquent comme étant des leurs. Toutefois, pour quelques-uns, et pour Tilly en particulier, je n’ai rien trouvé qui pùt confirmer cette accusation, lancée du reste par les uranistes. Tilly évitait, il est vrai, tout rapport avec les femmes ; mais il serait faux de considérer celte particularité comme une preuve de ses habitudes uranistes. Le prince Eugène était également accusé de pratiquer l’amour à la manière des anciens Grecs
Il aurait été également intéressant de connaître exactement dans quelle proportion les Jiii/s figurent parmi les uranistes. J’en connais plusieurs qui pratiquent l’amour homosexuel. Pourtant, d’après une communication d’une personne très compétente en la matière, le nombre de Juifs uranistes serait plutôt inférieur, étant donné leur proportion dans la population to-
lea paPliculariWs delà femme dans sa façon delre ; il le* connaU et les reproduit en arllste ; ce n’est plus lui qui joue, c’est un troisième personnage d’une nature tout h fait différente.
' Comp. aussi sou» ce rapport le travail de J. D. E. Preuss (Friedrich der Grosse. Vol. !. Berlin, 18*^2) où la même accusation se trouve portée contre Er^dévic-ie-Grand.Voltah'ey qui lui était très liostile, de même que Fovmeÿ et ont largement contribué à propager bruits contre le grand roi ; Preuss ne se prononce pas sur la question de savoir si Frédéric-le-Grand était pédéraste ou non. Il est certain que le roi avait un grand nombre d'en nemis qui se faisaient un plaisir de soulever contre lui toutes sortes d’accusations mensongères. De plus, si l’on considère la manie de clubauder particulière a celte époque, et, comme le dit avec raison Preuss, les œuvres littéraires même de Frédéric-le-Graiid, un acquiert la conviction que tous les bruits soulevés à propos de la pédérastie du roi étaient faux*
L’I.NVERMON SEXCELLS
taie. Ceci ne concorde pas avec les données de Gock ’ cl de M. N. N. Je crois que les uranistes se rencontrent dans une même proportion chez la race juive que chez les autres races.
Quant à l'àge des uranistes, je dirai que le plus jeune que j’ai eu l'occasion d'observer avait 1(5 ans et U plus âgé 04 ans. Pourtant, des uranistes que j’ai connus m’ont dit que leur perversion s’était réveillée vers 10 ou 12 ans et même plus tôt. J'en connais un chez lequel la perversion sexuelle remonte à l'ùge de 3 ans ; il éprouvait à cet âge un penchant extraordinaire pour les hommes. Il est donc certain que l’on doit encore trouver actuellement un grand nombre d’uranistes parmi les jeunes gens âgés de moins de 16 ans. Il faut ajouter que, précisément dans les cas de perversion sexuelle, l’instinct génital se réveille de meilleure heure que chez les individus normaux. Mais il m’est impossible de dire si la perversion sexuelle s’éteint plus tôt que l'instinct génital normal. Pur exemple, ce vieillard de 68 ans dont je viens de parler n’entretient plus aujourd'hui de rapports sexuels avec un homme qu’une fois par semaine, au lieu de deux fois et davantage. Je sais, d’autre part, sans connaître les personnes en question, que certains individus d’un grand âge continuent à satisfaire à leurs instincts per\’ers. Un individu âgé de 82 ans, mort dernièrement, avait conservé jusqu’au dernier moment ses habitudes d’inversion sexuelle ; dans le monde des uranistes, il était connu sous le sobriquet féminin de » la grand’mère ».
* GocA ft été l'rappé de ce fait que les deux caa de perversion sexuelle qu'il avait observt^s se rapportaient à dos Israélites ^un homme et une lemme), et il attribuait ce phénomène k rorî^ine orientale des Juifs. Les faits qui ont été publiés depuis ont montré l'inexarUtude de cette suppoition. D'après l’expérience personnelle d? M. N. N., il n’existd aucune différ-înee entre les Juifs et les Germains par rapport i. L.ur population respective. D’après lui les urani'<teB sr rencontrent uniformé.nenl dans toutes les classée de 'a 3J clélé, sans que l’une soit plus favorisée que l’autre à cet é^'ard.
l'isversion sexuelle
Hien que la perversion sexuelle se manifeste cher l'homme par des pliénuménes psychiques et surtout sexuels anormaux, l'individu est généralement parfaitement normal au point de vue physique et anatomique. On a néanmoins cherché si le corps de ces individus ne présentait pas certaines modilications pouvant avoir des rapports avec la pen’ersion sexuelle. Ou aurait ainsi trouvé certaines anomalies dans la conformation du pénis. Chez certains uranistes le inemhre viril n'atteindrait que la dimension de celui d'un petit garçon. Dans d'autres cas, le pénis a été trouvé démesurément long. Un uraniste observé par V. KralTt-Ebing ' lui affirmait qu'à l'état d'érection son péuis mesurait 24 cm. de long sur H de. circonférence. Mais, dans la plupart des cas, on ne trouve de ce côté, chez les uranistes, aucune anomalie. Les testicules ne prési-ntent pas non plus de modifications appréciables, du moins par nos moyens actuels d'investigation. Dans un cas observé par Westphal, les testicules étaient de dimension moyenne et pouvaient être facilement repoussés dans le canal inguinal ; mais, même dans ce cas. il ne pouvait être question d’établir une relation entre celte anomalie et la perversion sexuelle du malade.
Les érections des uranistes sont en général bonnes et vigoureuses, et, à l'état d'érection, le membre viril présente chez eux la mémo direction que chez les individus sains. On comprend facilement que, chez ceux qui ont abusé de la masturbation, l’érection peut quelquefois manquer, tout comme chez les hommes qui ont abusé du co'it normal avec la femme. Un médecin qui a communiqué à Krafft-Ebing l’histoire détaillée de sa jiropre maladie, lui aftirmait qu’il avait eu des rapports avec plus de 000 uranistes, sans jamais trouver chez eux aucune malformation du côté des organes génitaux.
t Observ. 80.
L INVERSION SEXUELLE g0
Autant qoe je sache, les poils des parties -('•nitales sont bien développc-s chez les urar istes D’autre part, certains d’entre eux ont peu de poils sur le coips, tout en possédant une barbe bien fournie. D’autres ont la barbe très clairsemée. J’en connais un qui touche à la trentaine et qui n’a presque pas de poils au menton ; du reste, dans sa famille, dont les membres ne paraissent pas suspects do perversion sexuelle, la barbe est généralement très peu fournie.
On a dit encore que les uranistes présentent un dévolopponaent considérable des glandes mammaires. Dans une de ses observations, V. Krafft-Ebing rapporte l’histoire d’un uraniste qui affirmait avoir eu dans les seins, à l’agc de 13 à la ans, du lait qu un de ses amis avait bu. Chez certains uranistes j’ai rencontre, au niveau do la région mammaire, une accumulation de tissu adipeux qui donnait aux soins l’aspect arrondi de ceux d une femme ; mais jamais je n’ai observé de développement bien typique des glandes. Quelques-uns se font remarquer par un très petit pied de femme.
Souvent les uranistes se distinguent par leur passion, active ou passive, pour la musique et les arts. Coffignon citait déjà cet amour pour la musique comme l’une des particularités du caractère des uranistes.
Les natures artistiques sont très fréquentes parmi les uranistes ; on trouve souvent chez eux un remarquable talent d acteur. On ne sait trop comment expliquer cela ; je crois pour ma part qu'il faut attribuer ce talent, en grande partie, à l’habitude du mensonge qui poursuit les uranistes pendant toute leur vie. .le pense aussi que cette facilité qu’ils ont de se figurer dans une autre situation et d’entrer complètement dans leur iule dépend encore d’une certaine disposition du système nerveux ceutral, comme la perversion sexuelle ellemême.
11 ne faut pas croire que les uranistes n'excellent que dans
l'invkrsion sexuelle
les choses qui répondent ii leur fantaisie. Il y en a qui sont des savants, honorablement connus dans le monde scientiüque, mais je m’empresse d'ajouter que de pareils cas ont rareinenl élé obi:ervés.
On rencontre encore parmi les uranistes des poètes quelquefois très remarquables. Ils excellent surtout dans les poèmes d'amour adressés à des homiv.es. Le besoin qu’ils éprouvent est celui-là même qui pousse l’amant à chanter les perfections de sa belle.
Les sentiments religieux des uranistes dont parle Ulricbs, et qui se manifestent surtout à l’époque de la vieillesse, quand, après une vie de péchés, ils cherchent à se raccrocher à quelque chose, ne sont pas aussi fréquents que le dit cet auteur.
Dans certains cas, à l’époque où se déclare la perversion sexuelle, on observe un changement complet dans la façon d’ètre, l’allure, le caractère et lecosturne, qui prennent alors un cachet tout féminim. Ce phénomène est connu sous le nom d’etfémination. Déjà Ramdohr avait observé que certaines personnes,
qui, d'aprèsles signes extérieurs, appartiennent ausexeféminin,
ont'une nature plus masculine que d’autres qui pourtant sont du sexe masculin. Le cas du comte Cajus, observé et décrit par Casper, est intéressant à ce point de vue ; Casper fut frappé de la façon d’étre tout à fait féminine du comte, accusé de pédérastie. Tardieu insiste également sur le caractère elTéminé des pédérastes. Le désir de se sentir entièrement femme va si lo.n chez ces' individus, qu’un malade observé par Hammond * voulut à dilîérentes reprises se couper les organes génitaux.
I W. A- Hammond. L-irarnissonce chei Vliomni» et choi U femmf, «dil4 en âlleinana parUo Saünge, Berlin, ISS».
l’inveksion sexuelle 8iî
Du reste, si l'on se rapporte aux données de la physiologie et de la psychologie, on ne sera pas étonné de voir des tendances fémioJnes se développer sur un font! de perversion sexuelle. Longet a raison de dire qu'à mesure que de nouveaux organes et de nouvelles fonctions se développent, apparaissent aussi de nouvelles idées. Il est donc facile do comprendre comment on voit apparaître chez, les uranistes, en même temps que l'amour pour les hommes, des idées nouvelles, la coquetterie, la recherche du costume, etc., idées que l'on trouve 'chez tonte femme qui éprouve pour l'homme un penchant normal. La tendance à l'effémination apparaît quelquefois dès l'enfance. Voici un exemple qui le prouve d'une façon assez évidente. X., aujourd'hui âgé de ‘28 ans, n'a jamais rien éprouvé pour la femme. Etant tout petit, il aimait à jouer avec des poupées, à se promener habillé en fille, à s'occuper d'ouvrages de dames. Aujourd'hui encore, au liem de s'occuper de ses aff.îires, il voudrait faire la cuisine, tricoter, etc. ; il se promènerait volontier, habillé en femme. X. ne porte pas la barbe et la tient en horreur à ce point qu'il a un coilîeur spécial pour lui enleverjusqu'à son dernier poil. Quand il le veut, il parle avec une voix de fausset. Il en a fait un jour l'expérience devant moi, et j'ai trouvé en elTit qu'il avait un organe tout à fait féminin. Il joue très souvent la comédie, et choisit les rôles de femmes, dans lesquels il obtient un vif succès.
Ulrichs insiste sur ce point que les relations, le milieu, la situation sociale, obligent les uranistes à prendre artificiellemeut des manières masculines. « Nous jouons l'homme dans la vie, dit-il comme nous jouons la femme au Théâtre ». Enfants, les uranistes voient avec chagrin qu’on les tient à l'éca:t des jeux des tilles et qu’on leur interdit les ouvrages de dames.
Il est en effet surprenant de constater la puissance awc laquelle la nature féminine se manifeste chez les uranistes.
L lSVEnS40N SEXUELLR
Quand on songe que l'éducation qu’ils ont reçue est pourtant lu même que celle d’autres garçons, on est tout étonné de voir aver quelle force les tendances féminines apparaissent dans leur caractère. Et ceci est d'autant plus surprenant, que, en premier lieu, les uranistes aiment peu les hommes efféminés et sont plutôt portés vers les hommes vigoureux, normaux ; et qu'en second lieu, grâce à leurs manières féminines, ils se font mépriser par les hommes ordinaires ; malgré tout, ils s’habituent à leur effémination comme s'ils y étaient poussés par une force intérieure invincible.
Les manÜTes féminines des uranistes apparaissent surfont quand ils sont habillés en femmes. Le costume masculin donne, mênae au type féminin, nn aspect type viril qui, par une association involontaire, réveille en nous l’idée de l'homme. Mais si, par hasard, on rencontre des uranistes h.abillés en femme, ou qu'on en regarde la photographie, oa se laisse facilement tromper et on croit effectivement avoir sous les yeux une femme. Je connais un cas de ce genre où un juge d’instruction tri*s sagace s'imagina ainsi, pendant assea longtemps, avoir affaire à une femme.
Une observation, publié par Taylor dans le « Medical j»risprudence, 1873, vol. 11 » et repn>duite par Tsrnow.sky, montra jusqu’à quel point p<;ut aller cette tendance des uranistes à s'approprier les maariéres de la femme et à en porter le costume. 11 s’agit dans cette ob.scrvatioi» d'une célèbre actrice anglaise. Elise Edwards qui jeua sur plusieurs scènes d'Europe, et ne fut reconnue pour un homme qu'après sa mort. Dès ta plus tendre jeunesse cette personne avait adopté les manières féminines et aimait à s'habiller en femme. S(‘s organes génitaux étaient tixés au corps par un appareil spécial, de sorte qu’on devait les roconnaitre à première vue. Cette pratique peut s'observer aujounl'hul encore parmi les uranistes, si j’en crois un individu qui fréquentait leur milieu.
l’inversion sexuelle
H. Frœnkel ' a publié vers 18ü0 l'histoire d’un homme qu’il désignait sous le nom de « homo mollis ». Cet individu éprouvait le désir de s’habiller en femme chaque fois qu'il pouvait le faire. S'adonnant sans cesse à des occupations d’ordre féminin, il avait fini par acquérir une certaine coquetterie féminine. Il avait grand soin de s'appliquer des seins et des hanches postiches. Ce qui d’abord n'était qu’un jeu devint plus tard une irrésistible passion. La démarche, la voix, tout prit chez lui un caractère féminin ; il finit par se donner un prénom de femme. Il a été démontré, de plus, que cet homme était un pédéraste passif. Westphal, auquel j’emprunte ce fait, attribue une partie de ces phénomènes à la faiblesse d’esprit de l'individu en question, et, pour soutenir cette hypothèse, il s’appuie sur cette idée du malade de s’affubler d’un nom de femme. Je crois pourtant que le cas actuel doit être interprété d’une façon tout à fait opposée. L’homme avait probablement commencé par avoir des goûts féminins, qui se manifestaient par scs occupations féminines et son désir de s’habiller en femme. Ce goût devint assez violent pour amener peu à peu le malade à s’identifier complètement avec la nature d’une femme, ce qui du reste aurait pu arriver, même sans qu’il y eût chez lui aucune faiblesse d’esprit.
Les di.spusitions sexuelles de ce même individu, étaient anormales, et leur anomalie était lié étroitement à sa manière d’èlre. Du reste Westphal croit lui-même que Frœnkel a confondu la cause avec l’effet en supposant que le type féminin t’était développé chez son malade à la suite des occupations éminines auxquelles il s’était livré.
Voici, maintenant, un cas que j’ai observé personnellement k Berlin, tout dernièrement, il y a deux mois à peine. U s’agit l’an uraniste qui .se sent une nature toute féminine, et n’a de
> Journal de mi’deoine, édité par l'associatian pour hygiène en PnuM, roi. .\XII, p. 102.
l'i.'ïvebsion sexuelle
rapports sexuels qu’avec des hommes ; il s’habille de prdférence en femme. Je l’ai observé un jour de prés, assiste d'un à^'ent de la sûreté, dans un endroit privé. Il s’était habillé en femme. Je fus tout étonné de le rencontrer dans la Fricdri* chstrasse, quelques jours plus tard, dans le même costume.
La police a un grand intérêt à interdire les déguisements de ce genre. Il arrive en effet, assez souvent, que des voleurs, en prenant un costume féminin, parviennent plus facilement à mettre la police sur une fausse piste. — Aussi les hommes qui, jiar leur déguisement, provoquent le scandale, encourent parfois de graves punitions, qui cependant, il faut bien le reconnaître, n’arrivent pas à réprimer cette passion du travesti.
L’uraniste dont je viens de pailer ne se sent à son aise qu’habillé en femme ; et bien plus, il est obligé de s’habiller en femme pour pouvoir satisfaire à ses besoins sexuels. Il a de commun avec un grand nombre d'autres uranistes l'absence de tout penchant pour les uranistes eux-iuénics. Ce qui l'attire plutôt, c’est un homme ordinaire ', vigoureux, à la barbe puissante. L’acte sexuel qu’il devra accomplir est le suivant : membrutn alterius in os proprium suseipere et en même temps applkare membrutn suum alicui parti corporis alterius. Comme il trouve rarement des hommes qui consentent à ce genre d’accouplement, il a recours à un subterfuge. Il cherche à attirer l’attention des hommes qui lui plaisent : ceux-ci, d'un autre côté, le voyant vêtu comme une femme, croient réellement avoir affaire à une femme. Lorsque la connaissance est faite, et les pourparlers engagés, l’uraniste persuade à l’autre que le coitus vulgaris non tantam voluptatem offert quantam immissio membri in os. Ensuite, membrum suum occulit en le retenant entre ses
* Oft-à-dire un homme normil au point de me aexuel.
l’inversion sexuelle 8U
cuisses, tant que l'éreclioa n’est pas complète, et par surcroü de précaution, il le recouvre avec sa chemise ou avec les mains. Deux seins postiches en caoutchouc achèvent de tromper son partenaire.
Il est certain que bmucoup d’uranistes procèdent de la même façon, lorsqu’il s’agit de satisfaire leur passion. Je tiens d’une source absolument certaine ‘ qu’un uraniste berlinois a longtemps servi dans un hùtel comme femme de chambre, trouvant ce moyen très commode pour jouer jusqu'au bout son rôle de femme.
Nous venons de voir qu’un grand nombre d'uranistes se complaisent à porter le vêlement féminin complet. .Mais, même lorsqu’il en est autrement, certaines particularités do leur costume témoignent suflisamment de leurs tendances féminines. C’est ainsi qu’ils aiment à porter leurs cheveux bouclés, ou à s’arranger une coiffure de femme. D’autres se peignent les sourcils, se parent de bijoux, de bracelets ; souvent ils portent des boucles d’oreilles, surtout quand ils se trouvent dans la société d’autres uranistes. Toutefois ils se font rarement percer le lobe de l’oreille ; la plupart du temps, leurs boucles sont fixées à l’aide d’un ressort.
Beaucoup aiment à se montrer en décolleté ; d’autres tiennent, comme les femmes, un mouchoir à la main. L’éventail joue chez eux un grand rôle ; ils ont, à le manier, une grâce toute particulière. Certaines parties de leur toilette sont directement empruntées à la garde-robe do la femme. J’en connais qui ne portent que des bas très longs, et se trouvent véritablement mal à leur aise lorsqu’ils ont d--j chaussettes. D’autres encore portent des souliers, non seule-
* On m*A mAme cité le nom de cot individu. La personne qui m'a fait cetto eommunication est un des liomuiee connaissant le uâeui le monde uranisl? de Berlin,
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L INA’ERSIOM SEXUELLB
ment à talon haut, mais encore rappelant absoliuaenl la forme de souliers de femmes.
Les urani.stes se plaisent aussi à porter un corset et à le serrer de façon à se faire paraître la plus line taille possible. J'en connais un qui a toujours sur lui un mètre, afin de pouvoir à l’occasion montrer aux autres la finesse de sa taille. Le tour de taille de cet individu, quand il est bien serré, ne mesure que ïii centimètres. Quelques-uns se serrent si fort qu’ils tombent en syncope quand ils dansent. Pour se faire une taille très fine, les uranistes se suspendent par les mains pendant qu'on lace leur corset.
Quand les uranistes vont en société, au bal par exemple, ils SC poudreut volontiers, et s'arrangent la ii;,mre comme les femmes. On ne saurait croire jusqu'où iis peuvent pousser cet art ; leur habileté à se rajeunir est parfois inimaginable. Naturellement, tout comme les femmes, les uranistes se défendent d'avoir recours à tous ces artifices. Un uraniste qui m’a fourni lu» grand nombre de renseignements précieux sur le mode d’e.\lslencc de ses compagnons, et auquel j’avais fait part de mon intention d’écrire un livre sur ce sujet, m’a affirmé que rien ne pourrait contrarier davantage les uranistes que de me voir dévoiler leurs artifices de toilette. « Dites d’eux, me disait cet individu, qu'ils out mauvais caractère, qu’ils sont voleurs et capables des pires actions : vous les froisserei moins qu'en dénonçant publiijuement leur coquetterie ».
Rappelons ki un passage du Banquet de Xénophon où il est question d'iiommes qui aiment à s’oindre avec des onguents parfumés ; ajoutons toutefois que Socrate considère celte habitude comme indigne de riumuue.
Reaucoup d’uranistes emploient, pour écrire, du papier parîumé.
Quand ils le veulent, les urani.stes arrivent à cacher assez, bien leurs habitudes efféminées pour qu’un étranger ne s’en
l’istebsios sexuehj;
doulu même pas : ils ne les montrent que i’orsqu’ils se laissent aller. Par contre, d’autres font ostensiblement montre de leur elTémination.
Un grand nombre d'uranistes dont le type rappelle beaucoup le type féminin, se font complètement raser la barbe et la moustache, moins pour réveiller la passion des autres uranistes que pour se rapprocher ' le plus possible de l'extérieur de la femme. Nous verrons en effet plus loin que les uranistes se trouvent bien moins attirés vers leurs semblables que vers des hommes préscnUut nettement le type masculin. Un grand nombre d’entre eux n'hésitent pas à se faire épiler, et à employer tous les artillces de toilette qui les feront ressembler davantage à une femme.
L'intérieur des uranistes, leur ameublement, ressemble beaucoup à celui d’une femme. Une personne bien au courant de leurs habitudes m'a dit qu'ils avaient des lits avec un ciel, des tables à toilette garnies comme celles des femmes. Souvent ils ornent leur appartement de ^tableaux et de statues réprésentant de beaux jeunes gens ; Casper déjà l'avait remarqué. Ils affectionnent d’une façon toute patiieulière, parait-il, la statue d’Apollon du Belvédère.
Tandis que la plupart des hommes n'aiment pas la danse, les uranistes ont pour cet exercice une véritable passion. Ils dansent avec une élégance toute féminine et préfèrent, comme l'a dtijà fait observer V. Kraft-Lbing, danser avec les hommes
* « Voici ce que dit Dnru in ; « c'uet rUomine, comme chezlen animaux de tonte espèce, ]cs lignes disliDCtifs du sexe ne se di^vcloppent complètement qu’à Tépoque de la maturité sexuelle et disparaissent quand Tindividu est châtré. La barbt}» par exemple, est un signe sexu-d secondaire, et les enfants n'ont pas de barbe, etc... » Un comprend de suite l’analogie qui existe entre un homme à perversion sexuelle recherchant tout ce qui est unti-masculin et un individu impubère ou châtré chez lequel le caractère anli-masoulin exi.ste déjà anatoni;qu«'ment.
qu'avec les femmes. On le constate surtout dans certains bals où les hommes dansent entre eux.
Une des particularités des uranislos, c'est leur habileté pour les ouvrages dits à l'aiguilic. Les uns savent tricoter, d'autres font du crochet. Et ce qui est curieux, ce n’est pas l’habileté dont ils font preuve dans ce genre d'occupation, mais l’inclination qui les portes à s’en occuper. S'ils évitent de s’y abandonner complètement, c’est par crainte de se trahir. Les cadeaux de ce genre, résultat de leur travail personnel ‘, jouent un grand rôle dans le monde uraniste.
L'écriture des uranistes rappelle quelquefois celle de la femme, et j’ai pu le constater dans deux cas. J'avoue toutefois que mes connaissances en graphologie ne sont pas asser étendues pour pouvoir me prononcer d'une façon décisive sur ce sujet.
On dit encore que les pervertis sexuels ne fument pas beaucoup ; mais je sais d’un autre côté que les uranistes s’appliquent à dessein à devenir de forts fumeurs, afin de ne pas se trahir.
On a dit également qu’ils s’abstenaient de boire des liqueurs fortes.
La voix et le langage des uranistes jouent un très grand rôle. On sait qu’ù l’état normal la voix de la femme possède un autre timbre et une autre tonalité que la voix de riioimne, particularités qu’on désigne sous le nom de voix de fausset. Or, ce genre de voix est quelquefois très accusé chez les uranistes, et pour deux d’entre eux j’aurais certainement cru, à les entendre parler, que je me trouvais en présence d’une femme, si je n’avais su d'avance qu’il s’agissait d'hommes. Lorsque les uranistes prennent cette voix pour
f Jüi vu personnellement de ces cadeaux en signe d'amour par an
uruiuste a un autre.
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L 1>'VERSI0N SEXUELLE
parler, ils le font sans aucune peine ; et môme, quand ils se trouvent en société, ils ont de la diflicullé à parler convenablement,’ tant la voix de fausset leur vient facilement et naturellement.
Mais, tandis que, chez certains uranistes, la voix prend spontanément un caractère féminin, d'autres se donnent une peine énorme pour l’acquérir. On ne comprend pas facilement pour quelle raison. Ce n'est certainement pas pour attirer d’autres uranistes puisque, comme nous l'avons dit, les uranistes ne recherchent pas la voix de fausset chez les hommes normaux et vigoureux vers lesquels ils se sentent attirés. Ce qui me parait plutôt probable, c’est l’existence d’une sorte d'impulsion instinctive ‘ qui les pousse vers l'elTémination, pour la voix comme pour les autres particularités du caractère féminin.
La contagion morale peut aussi jouer ici un certain rôle, en ce sens que l’uraniste est amené à prendre une voix de fausset par la fréquentation de ses semblables.
On sait que c’est vers l'époque de la puberté que la voix do l'homme acquiert de la virilité et qu’avant ce'.te époque
t Parmi les 8i$?nes dVfféminntion qu'on trouve chez ruraniste, il en est qu montrent d*une façon trt'^s nette les rapports entre le phénomène en question et l'instinct sexuel. On aurait pu croire que celui-ci n'a rien à voir directement avec la voix. Mais, lorsque nous trouvons chez les uranistes la voix changée ou seulement en train de se moüilier, nous devons nous demander qrelssonl les rapports entre la voix de fausset et la perversion sexuelle. Je ne sais s'il existe en même temps des modifications sensibles du c<Mé du larynx: dans tous les cas, ce serait une étude très intéressante à faire. On sait que les cordes Tocales de l'hommesont d*un tiers plus longues que celles de la f>*mme ou de l’enfant. Or, Oiren (Anatomy of Vertébrales) et Dartrin fl/origine de l’homme) insistent sur ce fait, que la castration a pour effet d'arrêter l'accroissement du cartilage thyroïde, qui accompagne l'allongement des cordes vocales. L'influence de la vie sexuelle sur le larynx se manifeste encore, chez les enfants, par les modifications de la voix qui, à l’époque de la puberté, prend les caractères de celte de l’homme. Darwin fait dépendre cette modification de l’usage immodéré que les êtres vivants font de leur voix h l’époque des amours et de la transmission, par hérédité» des rapports artificiels entre la voix et la vie sexuelle.
L IKVERSION* SEXUELLE
ja voix est semblable à celle d'nne petite fille. Chez, quelqoes uranistes la voix parait avoir les caractères masculins normaux, seulement le timbre profond n'upparait que tardivement, vers l'àge de 18 ans, et quelquefois encore plus tard. Chez quelques-uns la voix prend encore quelque chose do particulièrement alîecté, de pathétique.
C’est surtout quand iLs se trouvent sous l'influence des boissons alcooliques que les uranistes présentent avec netteté cette voix de fausset. Dans les réunions intimes où ils prennent du café, ils parlent de préférence avec cette voix. Quelquefois leur voix ne se distingue en rien de celle d'on homme normal, seulement elle est extraordinairement lente et basse.
Di'ons encore qne, d'après ülrirhs, les uranistes, comme les femmes, ne savent |>as sifller et ont beaucoup de difficultés à l'apprendre. Je n'ai pu constater ni confirmer ce fait ; j’ai interrogé sous ce rapport un grand nombre d'uranistes et j'ai acquis la conviction qu'ils savaient aussi bien siffler que les hommes nnianaux.
La démarche des uranistes est souvent typique ; ils se balancent sur les hanches et marchent en se déhanchant, tout à fait comme les femmes. En marchant, ils font de petits pas et lèvent assez haut les genoux, ce qui leur permet même de se reconnaître dans la foule.
Il existe encore une position des bras qui, fréquente chez les feuimes, se rencontre aussi parmi les uranistes. Cette position, difficile à décrire, consiste à appliquer la partie antérieure du dos de la main contre la joue et à éloigner l'avaut-bras du corps, tout en contenant en même temps légèrement le coude.
Si l’on considérait l'uranisme pour une manifestation et une preuve de mauvais caractère, il serait tout à fait inutile d'étudier les rapports du caractère avec les tendances sexuelles des uranistes. Toutefois, nous qui étudions celtequestion à un point de vue tout à fait objectif, nous ne pouvons rien trouver de vicieux dans les penchants liomo-sexuels. Kt même en admettant comme possible l'existence d’un penchant homosexuel, il ne faudrait pas considérer la satisfaction de ce penchant comme la manifestation d’un mauvais caractère. L’uraniste recherche la satisfaction de son penchant avec la mémo passion que l’homme qui recherche le coït avec une femme. C’est là un processus intime, indépendant de la volonté et des motifs ethniques, et qui n’a rien à faire avec le bon on le mauvais caractère. Pour ju^er l'uraniste, nous autres psychologues et naturalistes, nous devons nous défaire du mépris dont on le couvre ordinairement.
Mais, d’un autre coté, si nous ne voulons pas nous prononcer absolument sur la moralité de l’uraniste, nous ne pouvons cacher que son caractère présente certains côtés peu recommandables et même franchement méprisables. L’envie, la lâcheté, que Gyurkovechky ‘ considère comme des particularitéc du caractère des impotents en général, ne se retrouvent pas toujours chez les pervertis sexuels atteints d’impuissance. On peut même se demander si ces faits, relevés par (lyurkovechky, existent réellemeiii cbez des individus atteints d’impuissance génitale. 11 est certain toutefois, comme nous l’avons déjà dit plusieurs fois, que le caractère de l'uraniste ressemble bien plus à celui de la femme qu’à celui de rhoinmc.
Parmi les particularités du caractère des uranistes, il faut citer en premier lieu l’indiscrétion et le bavardage, le caprice et la tendance au mensonge. S’il est difQcile d’étudier
i Victor Gijnrkovtehkif . Etude pathologique et thérapeutique de rimpulssanco ebez l'homme, Leipzig,
L INVERSION SEXl'ELLE
le caractère des uranistes,- c’est précisément parce qu'ils mentent à tout propos. Aussi n'ai-je attribué à mes ob.servations un caractère d'autlicnlicité de fait, que lorsque j’étais absolument certain de la source d’information ou lorsque j’étais en mesure d’observer personnellement .M. m'écrit
ceci ; « Croyez-moi, les femmes les plus/iystérif/ues et les plus menteuses se trouvent parmi nous autres uranistes ; car femmes nous le sommes et nous ne le nions pas. » Comment expliquer cette tendance à la dissimulation ? C’est peut-être que les uranistes sont obligés de se débattre toute leur vie dans un tissu de mensonges, car il est rare qu’ils veuillent confier leur secret à une personne étrangère. .Même quand ils se trouvent entre eux, ils ne sont pas sincères sur ce qui touche leur vie sexuelle. Ils avouent bien se sentir attirés par un sentiment psychique vers tel ou tel individu, mais ils nient énergiquement entretenir avec lui des rapports sexuels. Il faut croire que ce mensonge journalier les habitue à dire toujours des choses invraisemblables. Mais cela n’expliquerait pas encore tout. Je crois plutêt que la raison de cette dissimulation doit se trouver dans des tendances vraiment hystériques et féminines de l’uraniste.
.Alais, comme toutes les femmes ne sont pas menteuses, et qu’un grand nombre d’hystériques aiment passionnément la vérité, nous devons aussi admettre — et le fait est certain — qu’il y a des uranistes qni ne sont pas menteurs. J’en connais qui.
* La TÎe intiiTiij des uranistes est très curieuse, et j’ai pu l’observer grâce à l’obligrance d’un agent de ta sûreté très expérimenté.
* On rencontre assea souvent chez les uranistes certains traits de caractère qu’on trouve chez cerlain^s femmes hystériques ; d’outre part, le* signe* hystériques, tels que douleurs dans le bas-ventre, contractures, migraines, boule hystérique, etc., ue sont pas plus fréquents parmi les uranistes que j»arnii les hommes normaux. Je tiens h relever ce point car, ordinairement l’l»y.,lérie est cousidérée comme le privilège particulier du sexe féminin.
izit considère les hommes hystériques comme ramollis et efféminés.
L'INVEBSIOS SEXUELLE
tout en ne confiant à personne les secrets de leur vie sexuelle, sont absolument dignes de foi, et j'ajoute que leurs communications m'ont été de la plus grande utilité. Le mensonge se rencontre du reste principalement chez les uranistes qui appartiennent au demi-monde masculin ; aussi leurs communications, même lorsqu'elles paraissent être faites avec la plus entière sincérité, doivent-elles être contrôlées avec la plus grande rigueur.
Coffignon ' attire l'attention sur une certaine politesse affectée qui serait un signe commun h tous les uranistes. Elle existe réellement. Ce qui caractérise encore les uranistes, ce sont certaines manières douceâtres cachant le plus souvent une fausseté raffinée.
La vanité des uranistes est souvent incroyable. Dans les bals et les réunions où ils se rencontrent chacun cherche à éclipser l'autre. .l'cn connais un qui, après chaque réunion de ce genre, demande partout s'il n'a pas été « la plus belle » dans son costume. 11 possède des costumes très variés et se montre tantôt en bohémienne, tantôt en danseuse, etc.
L'uraniste nous rappelle une femnie vaniteuse, et nous retrouvons chez lui tous les mauvais côtés du caractère des femmes vaniteuses. Son envie et sa jalousie portent sur de petites choses, comme chez la femme, qui éprouve, par exemple, un sentiment de satisfaction pour avoir la taille plus fine que les autres.
L'uraniste pas.se des heures entières devant son miroir pour juger de l'effet de ses costumes, pour voir s'il est bien habillé, etc.
Rudolf Schullze dit avec raison, dans son livre « Folie de la mode, » que le respect religieux de la mode est bien un trait du caractère de la femme ; c'est pour cela que nous considé-
• A Coffignon. La corruption à Paris. Paris, E. Kolb, éditeur.
roiis comme efféminés les ui{,'auils et les pelils-maüres qui suivent servilement tous les caprices de la mode. Le mémo auteur fuit également cette autre remarque très juste, (]uo les gens « chic » appartiennent à des professions qui sont tout aussi accessibles aux hommes qu’aux femmes. Ce fait concorde avec ce i[ue nous avons dit de la préférence des uranistes pour certaines professions.
Mentionnons aussi d'une fa(;on particuliéie la passion des uranistes pour les bijoux.
La vanité des uranistes se manifeste encore sur d’autres points ; un certain air fanfaron, dans lequel leurs aventures amoureuses jouent un granil rôle, est assez fréquent parmi eux.
Tout ceci constitue un tableau très défavorable du caractère de l’uraniste ; il ne faudrait pas en conclure que les /rails de carac/ère que nous venons de décrire se rencontrent chez tous les uranistes. Au contraire, je tiens à dire qu’il existe des hommes atteints de perversion sexuelle, et dont le caractère est sans defaut.
l’armi les propriétés qui distinguent la femme de l’homme, il faut citer la pudeur. Or, il est intéressant de noter que, suivant certains auteurs, la pudeur est bien plus développée chez l’uraniste que chez l’homme normal. 11 y a des uranistes qui avouent que pendant leur enfance et même pendant la puberté ils se distinguaient parmi leurs camarades par leur pudeur. D’après Tarnoswsky la pudeur des uranistes, quand ils sont encore enfants, se manifeste d’une façon anormale. C’est ainsi que ce sentiment se manifesterait surtout devant un homme étranger ; d’un autre côté les enfants à prédisposition uraniste éprouvent plus de gène à se déshabiller devant un homme que devant une femme.
11 ne faudrait pas croire que tous les uranistes possèdent des traits de caractère propres à la femme. Au contraire, il
L INVEIISION SEXUELLE
existe de « vérilables » uranistes qui, abstraction faite de leur pun’ersioti sexuelle, se comportent on tout comme des hommes ; ils n'aimenl pas s'habiller en femme, ont des goûts d’homme, montent à cheval, se passionnent pour la gymnastique, les sports, etc.
Il faut distinguer de ces derniers ceux qui, par habitude et nécessité, jouent le rôle d'homme normal quand ils se trouvent en société. .Mais aussitôt qu'ils se retrouvent avec leurs compagnons en comité intime, surtout sous l'influence de la boi.sson, leur nature féminine apparaît immédiatement.
Un malade de Krallt-Ebing soutenait que 10 „/“ seulement des uranistes ont des préférences pour les occupations féminines. Seulement cette assertion ne doit pas être acceptée à la lettre, d’autant plus que le même malade soutenait que la plupart des uranistes étaient des pédérastes actifs. Or, mes recherches personnelles, d'accord avec celles des auteurs modernes, montrant ]>lutôl que les uranistes sont le plus souvent des pédérastes passifs.
11 faut se garder soigneusement de considérer tout trait d'effémination comme une preuve certaine de tendances uranistes. On trouve des hommes présentant telle ou telle habitude féminine et qui sont pourtant absolument normaux au point de vue sexuel *.
Il existe toute une série d'hommes qui, pendant leur enfance, se conduisent comme de petites filles, aiment leur poupée, n’aiment pas jouer au soldat ou à la guerre ; plus tard, ils deviennent normaux il tous les points de vue. D'un autre côté on observe aussi des garçons qui, principalement
t On xn*a cité le cas d'un homme qui présente certains signes d'eflémination et qui pourtant est absolument normal au point de vue sexuel et ne peut avoir de rapports qu’avec des femmes. Sa mère avait désiré avoir un® nile et donna à son OU rêducation d’une Hile» le faisant jouer h la poupée, ui apprenant à coudre, etc. Aujourd’hui encore, ce monsieur a rouservé une grande habileté aux ouvrages h. raiguille.
vers l'époque de la puberté, sont pris d'un véritable annour pour leurs camarades ; plus tard ils n’ont des sentiments que pour la femme et il est impossible de découvrir chez eux des traces de tendances homo-sexuelles.
Il nous faut maintenant étudier l'influence que la perversion sexuelle exerce sur les rapports de l'uraniste avec les hommes moraux. Voyons tout d'abord ce que l’uraniste lui-mème pense de son état.
(Certains uranistes cherchent longtemps à se tromper sur leur véritable état en attribuant l’attraction sexuelle qu'exercent sur eux les hommes à un sentiment d'amitié. Ils cherchent à trouver chez l'homme, en question des qualités capables d'expliquer le penchant qu’ils éprouvent et oublient qu’ils ne font que se leurrer. Contrairement à Westplial, V. Krallt-Ebing pense que la perversion sexuelle ne rend pas l’uraniste malheureux, et qu’il n’est malheureux qu'en tant que les convenances sociales et la loi s'opposent à la satisfaction de sa passion. Je partage entièrement cet avis et je crois que c’est en effet cette répression qui empèclie l'uraniste d'ètre heureux. Il est également vrai que, dans beaucoup de cas, ainsi que le constate Kralft-Ebing, la perversion sexuelle, en tant que maladie, ne rend pas ces individus malheureux.
Un uraniste qui se rend compte de son état ne se regarde pas comme normal, tout en étant loin de se considérer comme malade '. Souvent il lui est impossible de saisir la rela-
1 U me parait très intéressant de rapporter ici 1a conversation de deux uranistes, M. N. N., nature froide et tranquille, et M. X. o Si l'on pouvait seulement obtenir, disait N.N., que la perversion sexuelle soit considérée,
l’ixver'ion sexuelle
ÎOI
lion entre les appréci.ilioîis des autres et son propre é!'.;.
Certains urnnisles, comme l’iriclis par exemple, reconnaissent l’insunisance de leur amour comparé à l'amour v.j, mal. Un grand nombre d'entre eux sont réellement peinés de ne pouvoir se créer une famille par le fait de leur passion malheureuse, et considèrent leur vie comme manquée. J'en ai connu parmi eux qui étaient certainement plus aptes à jouer le rôle de chef de famille que bien des hommes normaux.
Certains uranistes mariés éprouvent un réel chagrin d'être obligés, pour satisfaire à leur passion, d'avoir de temps en temps des rapports sexuels avec des hommes ; ils considèrent cela comme une infidélité faite à leur femme.
Quelques-uns se sentent longtemps malheureux et misérables, se croyant seuls atteints do cette passion anormale. Ceci s'observe surtout dans les classas élevées de la société et dans les petites villes, où les uranistes arrivent moins facilement à se reconnaître et à échanger leurs confidences. Us mènent alors une existence véritablement malheureuse : car ils se rendent fort bien compte de leur état sans savoir qu'il existe des centaines et des milliers de leurs semblables. On comprend aussi que la conscience de leur impuisance à maîtriser leur passion aggrave encore leur tristesse. Aussi un grand nombre d'entre eux sont-ils dans un état de dépression très accusé.
Chez les uranistes qui considèrent leur état comme un malheur et s’en chagrinent continuellement, on rencontre encore d'autres troubles psychiques et physiques, parmi lequels on peut citer l'hypochondric, la mélancolie, la dyspep.sie, etc.
noD pas comme un crime, mais comme un phénomène pathologique !» € Ce n est pas mon avis, répliqua X., et j'aime encore m eux l'cUi de choses actuel. Aujourd'hui on nous pourvoit d'un conseil, tandis que si l.i peiversion sexuelle devenait me maladie, on nous foaiTerait dans une maison d’aliénés ».
Ces troubles s’observent surtout quand l’uranistc est pris d un amour nialbeurcux ; par contre, l'uraniste qui arrive a être heureux avec riioinnic qu’il aime, devient aussitôt gai et dispos.
Bien que, comme nous venons de le voir, l’uraniste se plaigne souvent et très sincèrement de son sort, sa passion malheureuse le conduit rarement au suicide. l'ersonnellement je ne connais pas de cas de suicide ni de tentatives de ce genre parmi les uranistes. Mais, indirectement, un amour malheureux pour un homme, la crainte du chantage ou la crainte de figurer dans un procès, peuvent ])Ouss;er l'uraniste au suicide. Je tiens de bonne source qu’un savant bien connu se suicida il y a quelques années pour éviter la honte d’un procès dans lequel il devait être question de sa passion anormale. Le suicide par suite de perversion sexuelle fut discuté en 1883 à la société médico-psychologique <le Berlin à l’occasion d'une observation de Hutchinson rapportée par Hirsebberg.
l’ar contre Tarnowsky * voit les choses un peu trop en noir. 11 pense que les uranistes se suicident soit [lar faiblesse d’es[)rit, soit dans un accès de mélancolie consécutif à un amour malheureux. Pourtant je connais des uranistes u|iprochant de la soixantaine et dont personne ne pourrait dire qu’ils se trouvent dans un état do faiblesse meiitale, bien qu’eux-memes considèrent leur vie comme manquée.
* L’esprit du livre de Tarnowsky n« correspond pas aux observations que j’ai eu l'occasion de faire. 11 semble que les inalériaux qui ont servi à ce livre ont élé recueillis dons un monde urani*^ parliculier, ou bien qu’eu Russie, et plus spécialement à SaiiiLPétorsbourt'. les meeurs tles uranistes ne sont pa.s les mêmes qu'en Alleiua^jne. Kri Allemagne on ne rencontiv pas celle fréquence de la pédérastie dans la perversion sexuelle. Puis il est itn|io8sibi« d'accepter celle confusion que iait Tarnoxrsky entre la perversion sexuelle et le demi-monde masculin qui vend ses faveurs, car à Berlin, comme on a pu le voir, riininosexualilé et la prostitution masculine sont deux choses tout è fait distinctes.
l’inveiisios sexuelle
Pour satisfaire leur instinct sexuel, les uranistes sont obligés d'avoir des rapports avec des lioinmes ; il y en a chez qui cet acte provoque le dégoût et le repentir ; ils le considèrent comme immoral. Néanmoins ces sentiments ne les protègent pas contre une nouvelle satisfaction de leur passion, de même que la crainte du remords ne retiendra pas un homme normal d’un coït avec telle ou telle femme. Ici nous nous trouvons en face d’un phénomène bien connu qu'Ed. v. Hartmann ' avait essayé de préciser en disant que la non satisfaction d'un penchant est un plus grand mal pour l’individu que sa satisfaction excessive.
Scholz a publié un cas intéressant, parce qu’il rapporte les expressions tcxtellcs du malade, monlrant bien en quelle horreur il tenait l’acte sexuel vers lequel il était irrésistiblement poussé. J’ai fait souvent la même constatation chez un grand nombre d’uranistes qui, malgré tout, ne pouvaient rien contre leur passion.
Voyous maintenant comment les uranistes se comportent envers la femme. 11 y en a qui pendant très longtemps ne se rendent pas comte de leur étal ; ils essaient d'avoir des rapports avec des femmes et sont tout surpris de voir qu’ils restent impuissants devant elles ; d'autres ont très nettement le dégoût de la femme, ne cherchent pas à avoir de rapports avec elle, et s’étonnent de voir leurs semblables si puissamment attirés vers le sexe féminin ; toutefois ils ne se rendent pas encore compte que leurs sensations sexuelles sont tout autres que celles des hommes normaux. Je connais des cas où les individus n’ont été fixés sur leur état que vers l’ûge de 20 ans, et précisément à l’occasion d’un amour passionné pour un auti-e liomme. C’est ainsi du reste qu’il faut expliquer
^ Ed. V. Ilartmanny Philosophie des Unbawussten. BerliD» 1S73*
L INVERSION SEMELLE
les cas publiés en 1791 dans le « Magasin für Erfahrungssec lüiiî-undor ».
Je connais un liünime qui, jusqu'à l'age de 22 ans, est resté tout à fait normal, en ce sens qu’il n’avait pas de rapports avec les femmes, sans toutefois éprouver une passion pour les hommes. Un jour il se rencnnlra en sociélé avec un homme, dont l’image, à partir de ep jour, le poursuivit jour et nuit ; il avait des érections en pensant à lui, et éjacula un jour qu'il parvint à l’embrasser. A .partir de ce moment le malheureux comprit son état, et je crois que c’est bien plus souvent de cette façon que par l’impuissance envers la femme, que les uranistes se rendent compte de leur perversion sexuelle.
La découverte de leur perversion, c’est-à-dire de leur aversion pour la femme, retentit d’une façon très variable sur l’esprit de l’uraniste ; les uns acceptent leur nouvelle situation assez facilement et l’on ne trouve pas chez eux cet esprit vieilli avant l'heure qu’un auteur attribue aux impuissants précoces. Le degré d’aversion que l’uraniste éprouve pour la femme peut être très variable et aller de la simple antipathie à l’horreur la plus vive. Pour certains d’entre eux l'idée seule d'une femme nue a quelque chose de repoussant, de hideux, même quand il n’est [las question tr.altouchement. Je connais des uranistes qui ont essayé le coït avec la femme et que le dégoût du contact a fait quitte.- la chambre. Par contre, il y en a d’autres qui entretiennent des relations ' avec les femmes, bien qu’au point de vue sexuel ils n’aient de rapports qu’avec les hommes.
Certains uranistes alTectent de se complaire dans la soi iété des femmes, et j’en connais qui, à Berlin, ont la réputalioa d’hommes à bonnes fortunes. En effet, les uranistes préiérent
* i*e)aliuns toute» platooique», bien entendu.
DigitizG-2’ ’ -
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acquérir cette renommée plutôt que de laisser soupçonner leur véritable passion. Par leurs rapports purement ps3'chiques et intellectuels avec les femmes, ils parviennent facilement à tromper leurs amis, les personnes de leur entourage. On m’a raconté l'histoire d'un jeune berlinois qui, tous les jours, se montre avec une autre femme de moralité plus que douteuse, et, qui pourtant pourrait dire ce que Tilly a dit de lui-même, que de sa vie il n'a touché une femme.
Par contre d'autres uranistes évitent soigneusement toute société féminine et passent à cause de cela pour des jeunes gens modèles. En effet, il ne leur est pas difficile, avec leurs goûts pour l'iiomme, de conserver la chasteté envers la femme. Il est fort possible que plus d’un personnage historique ' célèbre par sa chasteté doive sa renommée simplement à sa perversion sexuelle.
Disons du reste qu’il existe un grand nombre d’uranistes qui sont mariés ’. Quelques-uns d’entre eux sont des hermaphrodites psychiques qui ont des rapports tantôt avec leur femme, tantôt avec un homme ; d'autres n’ont des rapports qu’avec des hommes. Je connais un ménage à Berlin, dont le mari est uraniste déclaré ; la femme prend sa revanche en entretenant, sans trop se gêner, des rapports avec des hommes. Ces ménages ne sont du reste pas toujours mal-
' Charles XII de Suède, par exemple, sur la pureté des moeurs duquel on in^istc si souvent, est revendiqué par les uranistes comme itant des leurs.
^ (âe fait peut induire en erreur, quand il s'agit des personnages bislorî* qu' s, et cacher leurs tendances uranistes. Tel. par exemple, Frcdéric I, roi de W’ûrtemberc, qui régnait de 1797 h 1816. Il fut marié deu' fois et eut plusieurs enfants dont un lui succéda ; une de ses filles épousa Jér'mc, roi de W'estphalie. Et pourtant il parait certain que Frédéric 1 était pédéraste. « Des gens indignes, comme le célèbre comte von DilUn, se servaient de la passion du roi pour de beaux garçonsaHn de le dominer. r.e c'^into faisait venir de Mecklembourg de jeunes nobles pauvres qui absorbaient tout ce que leutretien de la cour pouvait laisser des revenus du pa)s(Meyers Conversations lexiccn^
heureux, car souvent un lien moral et très étroit s'établit entre le mari uraniste et sa femme. Quelquefois même ils ne restent pas stériles. Pour pratiquer le coït avec su femme, l’uraniste utilise les érections accidentelles ou bien il les provoque en se représentant un homme et en éjaculant dans le vaj;in.
lîicn que le coït soit ainsi rendu possible, les uranistes n"en usent pas beaucoup à cause de la fatigue qu’il leur occasionne. Lorsque, en se représentant un homme nu, ils se sont mis en érection, et sont arrivés à éjaculer, ils se sentent très fatigués et nullement satisfaits. Un uraniste dont l'histoire a été publiée par Scholz, et qui fut marié à une femme qui était loin d’èlre laide, n'eut que deux fois des rapports sexuels avec elle, malgré une longue vie en commun. Il disait que le contact charnel avec la femme provoquait chez lui du dégoût; c'est ce que disent aus-si certains malades de V. Kratll-Ebing.
Voici ce que m’écrit un uraniste sur ses rapports sexuels. « Je puis résumer mes rapports sexuels avec les femmes en disant que j’y ai toujours joué un rôle ])assif. La curiosité, l’amour-propre, la vanité, l’ignorance de mon cœur, m’ont pous.sé de temps en temps à essuyer la chose. J’espérais toujours guérir de mes tendances maladives en pratiquant l’amour normal. .>Vprés une excitation provoquée par des boissons ' alcooliques, j’arrivais fort bien à accomplir l’acte sexuel, et pourtant le moment suprême, la jouissance sexuelle proprement dite, manquait toujours. Lu beauté de la femme me laissait froid. Du reste, je n’ai pas devant moi pendant le coït l’imago d’un homme ; j’entn? un érection par des frottements
* Tarno}juaky admet qu'im individu qnU à l’état normal, s’opposerait à raccomplisAoment d’un acte sexuel conlro nature, >' consentirait taciloraentà Tétât d’ivresse, quand il nu se possède plus et que sa curiosité stusuelle se trouve réveillée. Je connais plusieurs cas analogues à celui que je rapporte, où des individus, incapahles d’accomplir un acte sexuel normal dans Tétat ordmaii'ti, en deviennent pariuilem.nt capables sous Tinfluence de l’alcool.
LINVEREION SEXUELLE
énergiques contre la femme et par des mouvements mécaniques, et l’éjaculation suit bientôt, l’iusieurs fois mes tentatives n'ont pas réussi. Depuis si.x ans je n'ai plus de rapports sexuels avec la femme ; j'en relire peu de chose, et du reste cela ne sert à rien ».
Celte lettre prouve, daus tous les cas, que la perversion sexuelle ne doit nullement être confondue avec l’impossibilité du coït. Les uranistes peuvent même laisser des enfants en grand nombre, puisque leur sperme est tout à fait normal.
Certains uranistes sont très bien vus par des femmes tout à fait convenables et passent môme pour des « lions ». S'ils réussissent si bien auprès des femmes, c'est certainement à cause de celle prédisposition morbide, grâce à laquelle ils savent mieux que les hommes ordinaires com|trendre la conversation des femmes et y répondre. Quelquefois ils doivent leur succès à s'occuper beaucouji, comme me l'ont avoué certains d'entre eux, des dames ordinairement délaissées, des vieilles filles qui intéressent peu les hommes ordinaires pour des raisons qui it’exislenl pas chez les uranistes.
Souvent l'iiraniste se sent attiré vers la femme, sans que celte attraction ait rien à voir avec le ])enchant sexuel. Il sait fort bien apprécier la beauté de la femme, il aime causer avec des femmes intelligentes, mais ilans tout ceci le côté sensuel fait complètement défaut. Il est aussi désagréable à un uraniste d’embrasser une jolie femme qu’à un homme normal d’embrasser un autre homme, si beau qu'il soit. 11 arrive encore souvent qu’une femme s’amourache d’un uraniste, ce qui met ce dernier dans une position fort difficile, dans l’impossibilité où il se trouve de répondre à cet amour. 11 y a des femmes très perspicaces qui devinent eu quelque sorte les véritables tendances de l'uraniste sans toutefois s’en rendre compte exactement. C'est ainsi qu'une femme très instruite et très intelligente disait à M. .N. N. qu’elle le jugeait
L IXVKHSION SEXUELLE
incapable il'éprouvcr un amour pour une femme. La même observation fut faite à un autre uraniste aujourd'hui très âgé.
J'arrive maintenant à un point foit intéressant, k savoir les rapport des uranistes entre eux et la façon dont ils font connaissance les uns avec les autres. Ils disent ordinairement qu'il se reconnaissent à pn iniére vue ' dans la rue et ailleurs, lyest là une de ces légendes qui ont cours parmi les uranistes et auxquelles ils croient très sincèrement. Un grand nombre d'entre eux se reconnaîtraient par une sorte de langage des yeux. 11 est certain que les uranistes arrivent très souvent à entrer en relations en se dévisageant dans la rue.
Lorsqu'un homme suit une femme qui lui plait, il essaye, en la dévisageant, d'attirer sur lui son attention ; de même, si un uraniste .\ rencontre un bomrn.e B qui lui plait, il se retourne, le regarde et force son attention ; si B est aussi uraniste, il s'apercevra des maniTuvres de A, et répondra en conséquence ; il n'y a dans tout cela rien de mystérieux ni de surnaturel, l'n uraniste médisait que par des mouvements et d'autres signes ils savaient très bien se faire comprendre au sujet de leurs désirs et de leurs tendances. Les uranistes et surtout des individus du demi-monde masculin se font encore reconnaitre entre eux dans la rue en demandant l’heure, un verre de bière, du feu pour a!luni''r leur cigare, etc.
A Berlin les uran'otes cboi«isscnt des endroits publics où ils se retrouvent de [iréférence. Je connais à Berlin cinq de ces endroits, des restaurants ilont l'unconjple jiarmi les brasseries les plus renommés et les plus fréquentés de Friedriebstadt.
1 On trouve cette a«*erlion reproduite clans presque tons le» livres s'occu'pant de la perversion sexuelle et elle est notée dans lc$ diverses autobiographies des uranistes. Comme me le disait M. NN., c*est une sorte de dogme parmi le.'C uranistes que cette faculté de se reconnaitre à première vue. N. N. lui-même considère cette asseiiioa comme absolument fausse.
loa
Quelquefois, lorsque, sous l’intluencede la boisson, ils se sont compromis en parlant de leur voix de fausset ou en s’appelant de noms de femme, ils changent de brasserie. Mais ordinairement leur conduite dans les cafés ne laisse rien ù désirer, surtout lorsqu’on se rappelle ce qui se passait il y a encore peu de temps. On n’a plus à craindre aujourd'hui la conduite ignoble de certains individus, qui provoquèrent il y a quelques années un procès retentissant dans lequel furent impliqués le restaurateur et ses clients. Celui qui n’est pas initié ne reconnaîtra pas les uranistes au milieu des clients habituels ; mais, une fois prévenu, il lui sera facile d'observer leurs manières, leur façon de parler, les oeillades qu’ils se lancent d’une table à l’autre.
Les uranistes forment souvent de petits cercles de 3 à 12 personnes, qui entretiennent entre eux des relations d’amitié. Mais, comme on le pense, cette habitude n’est pas générale, car un grand nombre d’entre eux n’ont aucune sympathie l'un pour l’autre en dehors même dos rapports sexuels. Dans leurs réunions on fête souvent très sérieusement des c fiançailles » officielles.
Les uranistes aiment encore avoir des réunions intimes où ils ne se sentent pas gênés ; quelquefois ils donnent même des bals. Mais ce qu’ils préfèrent avant tout, ce sont de petits « cafés » auxquels sont invitées ordinairement une douzaine de personnes. C’est dans les réunions de ce genre que le caractère féminin de l’uraniste se manifeste avec le plus de netteté. Les faits que je vais rapporter paraîtront incroyables, cependant je les tiens d’uranistes dignes de foi. Tout d’abord, dans ces réunions, comme le montre déjà le nom sous lequel ou les désigne, on ne prend que du café, et cette habitude purement féminine met déjà un peu en évidence le caractère particulier de l’uraniste. « Autour de la table étaient assis des hommes coillés d’un bonnet hambourgeois, quelque.s-uns même
l’inversion sexuelle
ea lalilicr. Chacun avait apporté son ouvrage : l’un tiicoiait, l’antre cousait, un troisième faisait du crochet, cl ainsi de suite ' ». La conversation ne ressemble en rien à celle des hommes et on n'y parle ni politique, ni science, etc. : c'est un véritable bavardage où il n’est question que d’histoires d’amour, de jalousie, etc. Dans ces réunions, les uranistes se laissent aller entre eux à une certaine expansion ; on en vient quelquefois aux attouchements, sans toutefois dépasser les bornes de ce qui est permis.
Comme nous venons de le dire, les uranistes donnent aussi de grands bals auxquels assistent quelquefois une centaine de personnes. L’élément féminin ’ y est très peu représenté, par contre la plupart des hommes sont habillés en femmes, bohémiennes,danseuses espagnoles,chinoises, etc. Le costume debal est pour l’uraniste un sujet de grands soucis, car chacun désire éclipser l’autre. C’est ainsi qu’un uraniste, apres avoir pris conseil sur le costume à mettre pour aller à un de ces bals, disait ; « Vous verrez que mon costume fera fureur ». A ces bals, les hommes dansent entre eux et c’est alors qu’on peut voir leurs mouvements revêtir une grâce toute féminine.
Les uranistes adorent ces bals, parce que, comme me disait l’un deux, ils sont las de jouer éternellement la comédie, pour ne pas se trahir. Là du moins ils sont libres et peuvent se laisser aller à leurs penchants.
Dans le monde uraniste on trouve trè.s nettement marquées des différences d’état. Jamais un uraniste ne considérera un de ses compagnons comme lui étant supérieur, mais toujours il méprisera un peu l’uraniste dont la position sociale est inférieure
t Ces faits m'ont ^té communiqués par un uraniste dont je £uis absolnment •Ar; d'autres m'ont raconté des faits tout à fait identiques, «ans savoir que ja les connaisais déjà, lio reste, je connais des uranistes qui prêtent très obligeamment leurs appartements pour les réunions de ce genre.
* Les femmes qui vont à ces bals sont ordinairement des tribades, dont il sera question plus loin.
LIKVEnSlü.N SEXUELLE
à 1.1 sienne. Un uraniste juif m’adéclaré qu’il n'exislait pas do courant antisémite parmi les uranistes ; un autre m’a dit avoir eu souvent des rapports avec des nobles, sans trouver chez eux ce qu'on aj)pelle la noble (iertc. Le même individu considérait pourtant comme inférieurs les uranistes peu fortunés, les ouvriers par exemple, et parlait d’eux avec un sensible mépris. .Mais d’un autre côté leur passion fait quelquefois disparaître coniplètciiient, ou pour un certain temps, i s ditféronees sociales. C’est ainsi qu’on voit un uraniste occupant une haute situation se trouver attiré, par suite d’une perversion particulière, vers un uraniste sortant des classes inférieures.
Les sobriquets dont se servent les uranistes sont assez intéressants àv’tudier. Disons d’abord qu’ils ont des expressions assez bizarres et pittoresque. C’est ainsi <]u’on les entend souvent se servir du mol de « sage ». Ils diront, par exemple, que V est sage parce qu’il pratique l’uranisme. Si Y n’est pas sage, c’est qu’il n’est pas uraniste. Pour se dilfércncicrdes autres classes de la société, ils disent, en parlant d’euxmèmes, qu’ils sont «vrais», c’est-à-dire qu'ils se sentent exclusivement attirés vers l’homme. La même éphitète de «vrai» leur sert encore pour se distinguer des membres de la prostitution masculine, ces demiers n’étant ordinairement pas atteints de perversion sexuelle. Quand ils disent « c’en est encore un », c’est pour désigner une personne qui a le penchant à l’amour masculin.
Souvent, surtout à Berlin, les uranistes s’appellent mutuellement « tantes » ou « sœurs ». D’après un malade de V. Kralft- Ebing, cette dernière expression est la plus usitée parmi les uranistes de Vienne. D’après Coflignon, le mot « tante » est également très usité à Paris, seulement d’après cet auteur *
* Le livre de Cof/ignon: « La corruption à Paris », contient des données DOinbreuscs sur U pêdû*raslie à Paris. V. KratTt-Kbinj' en cite <nelquos unce
l’inversion sexuelle
le mot en question ne se rapporte généralement qu’aux pédérastes passifs et plus spécialement à ceux d'entre eux qui en font métier et s'en servent dans le but de chantage ; quelquefois ils entretiennent des rapports intimes avec des prostituées. A Berlin on fait du mot « tante » un adjectif « tantiste », et au lieu de dire de quelqu’un qu’il est uraniste, on dit qu’il est c tantiste ».
Pour distinguer entre elles ces tantes, on les appelle Lisette, Marthe, et ainsi de suite. Ensuite, pour distinguer les Lisette assez nombreuses entre elles, chacune porte encore un sobriquet tiré soit d'un trait particulier au caractère, soit d’une habitude de l’uraniste. C’est ainsi qu’un uraniste s’appelle Lisette l’Anse à cause de l’habitude qu’il a d'appuyer ses mains sur ses hanches. Les noms féminins dont s’affublent les uranistes n’ont du reste pas de signification particulière. Il est pourtant à noter que les uranistes juifs portent les noms de femmes juives et s’appelent Sarah, Réhecca, etc. Quelquefois les uranistes donnent une tournure féminine ' même au nom de famille. C’est ainsi qu’on peut les entendre parler de la Müller, de la Schultze, etc., pour désigner l’uraniste qui s’appelle Müller ou Schultze.
Les uranistes de Berlin et des autres grandes villes se connaissent du reste fort bien. Même ne se connaissant pas tous personnellement, ils apprennent par leurs conversations quelles sont leurs nouvelles recrues.
Vis-à-vis des hommes normaux, les uranistes gardent une réserve très rigoureuse pour tout ce qui se rapporte à leur
dans son livre. Dans le travail de Coffignon on trouve des sobriquets en usage parmi les pédérastes parisiens ; quelques-uns portent le sobriquet d« » Jésus *. d’autres s’appellent « petit Jésus, u etc.
t (Quelquefois le nom est tiré de la personne avec laquelle ruraoisto a ou a eu des rapport sexuels. L'n uranUte qui avait eu des rapports avec le baron X, a été longtemps appelé « madame la baronne ».
vie en gi^néral et à leur vie sexuelle en particulier. Il est très diflicile de gagner leur conliance à cause du mépris qu’ils rencontrent généralement quand ils avouent leur prédisposition morbide. Ceci explique suffisamment la méfiance des uranistes, méfiance qui, pour des causes analogues, s’observe aussi chez les sourds-muets. Et, comme le sourd-muet, l’uraniste va très loin dans ses conlidences et ses aveux quand il croit avoir trouvé un ami sûr.
Il est évident que lorsqu’un uraniste va trouver le médecin pour lui raconter sa vie et lui demander de le débarrasser, si c'est possible, de sa maladie, il est évident, disons-nous, qu’il n’éveille pas le sentiment de dégoût qu’il provoque quelquefois par ses manières dans la rue ou les lieux publics. J’ai vu des uranistes pleurer à chaudes larmes, de désespoir, dans mon cabinet de consultation.
Tarnowsky est d’avis que certains pédérastes, les pédérastes périodiques en particulier, se laissent, plutôt que d’autres, aller à des conlidences. J’ai pu confirmer cette remarque et j’ai constaté que ce sont surtout les individus à perversion sexuelle accidentelle qui parlent à cœur ouvert de leur passion. D'après Tarnowsky, dans les grandes villes, les uranistes, dans les cas d'infection génitale qui se rencontrent chez eux de temps en temps, s’adressent à un seul médecin, toujours le même. Je ne puis dire si le même fait existe aussi à Berlin. Ou m’a bien cité le nom d’un de ces médecins, mais la source d’où je tiens cette information ne me parait pas très sûre.
l’inversion sexuelle