I IV
L INVEnSIO.N SEXUELLE
fux, puisque jamais on n’a aimé un garçon laid ni un vieillard même bien conservé.
Jamais il n'a existé autant de célibataires qu’à l’époque du r.ésar et des premiers empereurs romains (G. Cbr. Lichtenberg)’. Celte période est aussi celle où la pédérastie se manifeste avec le plus d’évidence. En tous cas, jamais les femmes romaines ne furent aussi dépravées qu’à ce moment.
Juifs César a été souvent accusé de pédérastie ; Suétone nous le rapporte. Ses premières guerres eurent pour théâtre l’Asie. Envoyé à llilhynie pour ramener la flotte, il resta très longtemps che7. le roi Niconiédo et ce fut le jioint de départ do la rumeur qui l'accusait de pédérastie et de s’èlre prostitué à ce roi. Cette accusation resta longtemps attachée au nom du grand conquérant et lui attira de nombreux alfronts de la part de diverses personnes, de Calvinus Luciniiis entre autres. Curion, l’ancien, l'appelait, le Lupanar, d'autres la reine de lîithynie. Cicéron dit aussi dans ses lettres que César sacrifia à ÎVicomède 1a fleur de sa jeunesse. Mais, comme César n’était pas particulièrement enmuni du sexe féminin, il ne pouvait protester contre le mot de Curion qui disait de lui qu’il était le mari de toutes les femmes et la femme de tous les hommes. D'après Suétone, il aurait aussi eu des rapports sexuels avec Hulion, esclave alFrauchi. Il est intéressant de noter ici une habitude de Céinr que nous retrouverons plus tard, en |>arlant de l’elTémination. Il attachait un grand prix à la beauté de son coi-jts, se faisait soigneusement couper les cheveux et raser la barbe, et, tout comme l'uraniste moderne, il se serait épilé pour avoir la peau aussi lisse que possible.
Octave, le premier empereur romain et le parent de Jules César, ne put également se défendre de la réputation d’aimer
’ G. C. VcrmiscliU Schriiltea. Geuiogen, 1845, Tome VI, p.
L INVERSION SEXrELLE
'«.b hommes. On préten-iiit qu’il avilit eu des rapports sexuels .'jvee César lui-mi^mu et, coniiiie le disait Marc-Antoine, ce fut le piix de son adoption. Dans une représentation théâtrale, à roc.v,c. ion d'un jeu de mots, l’expression de cinœdus fut rappar le peuple à l’empereur. Suétone croit pourtant que Ja vie ultérieure à’Octave donna un démenti formel à ces aci unifions.
L'opinion publique accusa encore plus formellrment de péd''"'iijt*e le second empereur, Tibère, célèbre par sa rri'auté. C’c*' sinsi qu’il avait amené à Caprée des proupes de filles et de garror-î et imaginé des raflinemenis extraordinaires dans les relations sexuelles. Dans ses jardins il avait ré“ervé des end. Its spéciaux où il incitait à la débauche les jeunes gens des deux sexes. Un jour, en idlrant un sacritice, il fut tellement exci'. - [lar la vue d’un garçon qu’il en abusa aussitôt après la céré.monie.
Cjligula, le successeur de Tibère, avait la même réputation de dr'.auche contre nature. Sans parler de certains nobles retenus à Home à titre d’otages, il aurait eu surtout des rapports avec Valère Catulle. C'est ce dernier qui semble avoir le plus contribué à la réputation de Caligula, car il déclarait ouverteincnt que l’empereur l'avait rendu malade par ses excès. C’est encore à Caligula que se rapportent les vers suivants d'Autonc, poète du iv“ siècle après Jésus-Cbrist, et qui sont cités par Alauiejnzza :
Très uno in lectu : struprutn'duo perpetiontur»
Et duo cominitlunt ; quatuor «*sae raor.
Fallaris, exlremia da singula crimina, et illu:a Bis numerea medium, qui facii et patitur.
Ce passage ne peut signifier qu’une chose, c’est que CaKgula pratiquait simultanément la pédérastie active et la pédérastie passive. Le successeur de Caligula sur le trône romain fut Claude. Il est certain que sous son règne la pédérastie n’étaft
l’inversion sexuelle
pas non plus inconnu^. C'est ainsi que Pompée, son gendre, fut poignardé à cette époque parce qu’il fut trouvé dans les bras d'un gardon qu’il aimait lui-méme. L’empereur Séron était aussi connu par ses débauches avec les garçons. Il lit métamorphoser, par tous les moyens possibles, le jeune Sporus en femme, l'épousa ensuite et exigea pour lui les honneurs dus à la femme de César. Comme Aôron était universellement connu et craint pour sa cruauté, on disait qu’il était regrettable que son père n’cùt pas épousé une femme dans le genre de celle qu’il s’était choisie lui-même. Quoi qu’il en soit, Néron traitait Sporus en impératrice, l’embrassait ouvertement et l'emmenait partout avec lui.
Disons encore que Néron avait du goût pour la pédérastie passive et qu'il s’était attaché un homme nommé Doriphore. Bruno Bauer' considère, il est vrai, comme une pure invention de ses ennemis un grand nombre de faits imputés à Néron par Suélone, Dio-Cassius et Aurelius Victor. D’autre part, Dio-Cassiits reproche au philosophe Sénèque, le maître de Néron, d’avoir poussé son élève à la pédérastie.
D’après Suétone, l’empereur Galba se plaisait mieux dans le commerce des hommes que dans celui des femmes. Il avait en core une préférence pour les hommes maigres et bien experts dans la débauche. Unjour, il erahrassapubliquementetavec passion un de ses amants. Son successeur Othon était soupçonné d’avoir eu des rapports avec Néron. En tous cas il avait des habitudes elléminées, et se faisait épiler, comme Jules César.
Le doux empereur Titus, qui était toujours entouré d’un grand nombre d'eunuques, se fit ainsi une réputation de pédérastie.
Son successeur, l’empereur Domitius, parait avoir eu des relations sexuelles avec Clodius Pollio. Un fait rapporté pu
< SrttfkO Bauer, Cbriatus uod die CAsarea^ Berlin, 1079.
l’inversi-'N sexi:eli.e
S^u^tone est d'ailleurs intt'r' S'Jîrt, parce qu'il nionlre qu’à celt^ ép ique pourtant si dépiavée les mœurs uranifles no pcssaii-v : pas précisément pour honorables chez ks Romains. En effet, une sédition ayant éclaté sous son règne, Oomitien en punit sévert nient les principaux chefs. Deux d'entre eux furent graciés ; ils avaient pu démontrer qu'ils s'adonnaient à la pé'dérastie et que, de ce fait, ils ne jouissaient ni de l'estime des chefs ni de celle des soldats et par suite ne pouvaient avoir sur eux aucune influence.
Xerva, le successeur de Domitien, était aussi un pédéraste. On disait même de lui qu’il entretenait des rapports sexuels avec son prédécesseur.
Les empereurs romains suivants étalent er alcment connus pour s’adonner à la pédérastie. Comme cs.'actéristique des mœurs de cette époque, Ferdinand Grcaorevitis relève ce fait qu’un homme comme Trajan sacrifiait ù l’Amour entre hommes.
Son successeur Adrien occupe sous ce ra; pa.i une . iicé à part. Son favori était un jeune grec, d'une remarquahlo bç.iutc, du nom d' Antinous, qui, pendant un voyage d’.\dricn enEuypte, se donna la mort dans le Nil. On n’est toujours pas d’acco. J pour expliquer cette mort. Nul doute qu’il ne fût l’ainaoi de l’empereur ; plusieurs romanciers tels que Georges Taglor et O. Linke l’ont raconté. Mais les mobiles qui ont pou- :é Antinous au suicide ne sont pas encore élucidés. On ne sait p v- si Antinoüs s’était sacrifié spontanément pour éviter un malheur à Adrien très superstitieux, ou si l’empereur avait exigé de lui ce sacrifice. Les opinions des anciens auteurs, de Dio Cassius, Spartiaiius, Aurelius Victor, sont très divisées sur ce point. Ce qu’on sait, c’est qu’Adricn vénérait le jeune homme après sa mort et, d’après Spartianus, le pleurait comme une femme (muliebriter) ; Adrien lit fonder une ville en l'honneur d’Antinous. Il semble qu’il se soit agi, dans ce cas, d’un vé»
l'i.wersios sexuelle
rllabip amour réciproque. On suppose môme qu'Aiitinoüs s’était suicidé à cause des cliaj-'rins que lui causait l’incouslauce d'Adrien. En tous cas, Antinous mort fut honoré coiniuo un Dieu par l'empereur, qui peut-iHre s’aperçut alors seulement qu’il avait perdu un véritable amour '. lUd'wgabale était un uraniste bien caractérisé. Il s’habillait en femme et donnait les meilleures places à ses amants. Il voulut môme, comme ■Néron, se marier avec l'un deux. Quand éclata l’émeute qui lui coûta la couronne et la vie, il voulut fuir avec son amant, mais il fut tué par les soldats. Lampidius disait d'Héliogabale que cet empereur per cuncta cava corporis libidincni suscipiebal. Son amour pour l’eunuque lliéroclés alla si loin ut eidein inguina oscularelur
Je viens de passer en revue une série d’empereurs romains connus par leur pédérastie et leurs goûts d’uranistes. Mais il est évident, comme nous l’avons déjà dit, que ces mœurs u’c-si-taient pas seulement chez les empereurs, mais aussi chez un grand nombre de leurs sujets. Du reste, les poésies et les écrits de celte époque sont très aftirmalifs à cet égard.
Dans les fables de Phèdre, imitées d’Esope, la fable 15, intitulée « Promélhéo » (livre IV^), se rapporte d’une façon assez nette à Turanisme des hommes :
Iloçavit aller, tribadas et molles mares,
Qu:e ratio procrasset t exposait senex.
L’opposition des tribades et des molles mares ne laisse pas de doute qu'il ne s’agisse ici, sous la dénomination de « molles marcs », des hommes à sensations féminines attirés vers les rapports sexuels avec d’autres hommes. Du reste, la suite de la fable confirme pleinement notre supposition. A la question qui lui est faite de savoir comment les uranistes et les tribades furent
* Communication de M. N. N.
*J.J. Virefft Ausschweifung in der Liebe. traduit du français par L. Hermann, Leipzig. 1S29.
créés, le vieillard répond par un récit dont voici le sens général. l’roniéthée qui, suivant certaines légendes anciennes, a créé le genre humain, a formé séparément les corps et les parties génitales. Au moment d’appliquer les parties génitales aux corps il est invité à un festin par le dieu Hacchus. A son retour, ivre et à moitié endormi, Prométhéc confond les parties génitales et apjilique à l’homme les parties génitales de la femme et à la femme celles de l'homme :
Atiplicuit virginule generi ma&culo,
Et mascuiina meinbra aUpo^uit foiuiiiis. ' lia nunc libido pravo fruitur gaudio.
C’est pour cela que les penchants sexuels se sont trouvés invertis.
Dans les poésies d’Horace on rencontre de nombreux passages relatifs à l’amour entre hommes. Dans l’ode dédiée à Valgius, Horace cherche à le consoler de la mort du garçon qu’il aimait, Valgius avait lui-méinc composé des chants funèbres pour la mort de son amoureux ; c’est à ce fait que font allusion les vers suivants d'Horace :
Tu SDinper nrgei debillbus inodis,
M>«ten ad<-mplum, nec tibi Vospero Survente decedunt amorcs.
Nec rapidum fugiente Solem.
Horace lui-même fut accusé de pédérastie à cau.se de plusieurs odes qu’il dédie à des hommes. Mais, à la lecture de ces odes, on ne trouve pas de preuve convaincante de ce fait. Les poésies le plus directement incriminées ne renferment absolument rien qui puisse justifier cette assertion. La 10“ ode du 1 ivre I^ , adressée à Ligiirinus , est, il est vrai, un peu suspecte ; elle décrit Ligurinus comme un beau jeune homme, dont la beauté et la jeunesse sont pourtant destinées à disparaître plus tard. Mantegazza compte aussi Virgile au nombre des pédérastes ; sous le nom d’Alexis il aurait immortalisé
l’i>'VERS!ON sexuelle
son amour pour le jeune Alexandre. Quoi qu'il en soit, la seconde églogue de Virgile est très importante pour rêsoudrg la question.
11 faut encore citer le roman de Pétrone « Satyricon » dans lequel l'auteur s'occupe de la pédérastie et des mœurs de la Rome impériale. V. Kra/'/'l-JJHny considère cei écrit comme le plus ancien roman ayant trait k la pédérastie. On trouve encore des renseignements pré<:ieux pour notre sujet chez les poètes, en particulier chez A/jrtial, Juvénal, Catulle, etc.
Tibulle, qui vivait à une époque antérieure, parle aussi sans équivoque, dans ses Elégies, de l'amour des garçons. 11 demande à l’rinpe, fils de Bacchus, comment il fait pour se procurer de si beaux garçon.s. Priape lui répond de se métier des serments des garçons, car ils sont parjures en amour.
Du reste, sous les Césars, la prostitution masculine était très répandue à Rome.
En dehors des Grecs et dos Romains, on retrouve aussi la j?é léra.stie chez d'autres peuples anciens. Ilèrodole et Ilippocraie ont décrit une affection particulière aux Scythes. Ils s'habillaient alors en femmes et se livraient à toutes sortes d'occupations féminines. D’après Chevalier, Michèa avait déjà interprété cette alTection dans le sens d'une aberration du sens génital. C'est aussi l'opinion de v. Krafft-Ebing.
En Macédoine, l'amour entre hommes était également connu. On dit même f\n Alexandre le Grand s'y adonnait et qu'llépheslion était son amant favori Gregorovius rappro-
* l’/^nsbase d'iit*) ian.
Ll.NVtnSION SEXUELLE
che les plaintes «lu jiranJ roi sur la mort A' Ilèpheslion de celles A'Adrim pleurant Antiuoiis.
D'après certains auteurs l’amour entre hommes au-.’.t existé chez les anciens Germains. Chevalier, auquel nous devons un grand nombre d’indications historiques se rapportant à notre sujet, nous dit que Diodoro avait signalé la pédérastie chez les anciens Gaulois et les peuplades üsquesd’ltclie.
Il est diflicile de faire un historique exact des perversions sexuelles à l’époque du christianisme, au Moyen âge, et dans les temps modernes, jusqu'à la lin du xv.ii" siècle. Mais ii ressort d’un grand ouvrage de Paul Zacchias (Quxstio.'.um medico legalium tomi III, Lib. IV), cité par E. Ilujfmann, que la pédérastie était très répandue à ces époques. Suivant Mantegazza ce phénomène se serait généralisé en France après les croisades. Phillip/jc-le-Peaa s’éleva avec vigueur contre ces pratiques, et c’est sous ce règne qu'eut lieu le célèbre procès des Templiers, contre les(}uels on porta de graves accusations de débauches contre nature. Le premier délateur fut Sguin de l'iexiait, ancien commandeur de l’Ordre. Toutefois on ne sait ()as jusqu’à quel point toutes les accusations étaient fondées. Il n’enc.st pas moins intéressant de noter un usage qui accompagnait la réception des néophytes. Le récipiendaire était obligé d’embrasser celui qui le recevait « sur une partie du corps extraordinaire ou inconvenante, dénudée à cet ell'et », et se trouvait ainsi tenu, par pudeur, de garder le silence. llen-Am Illiyn *, auquel j’emprunte ce détail, doute de la réalité de cette coutume, tout en admettant que la
'D’après Ilüssli on trouve chez Tacite un passage dans lequel les mots corpore infâmes ne peuvent se rapporter, suivant le sens du texte» qu'à U péilcrastie des Germains ; Lippius^ qui considère celle accusation comme mal fondée, a inodilié le texte en rempla^'ant le mot « eorpore » par celui de « tot'pove. *.
• Le iivi’e des Mystères. Galien, 1869.
l’inversion SEXIELLK
débauche a dù être souvent pratiquée par les Templiers. Plus tard les Français accusèrent les Italiens d'avoir introduit la pédérastie en France, avec la suite qui accompagnait Catherine de Mèdicis.
Le reproche infamant de pédérastie fut souvent adressé au clergé et aux membres de l'église catholique. Ceci n’a rien d'étonnant, car les ennemis de l’Kglise et l'Eglise ellemême n'étaient guère difficiles sur le choix des moyens do combat.
D'après r . Aurea .Monila » de l’ordre de Jésuites, dont l'authenticité est encore douteuse, les péchés de la chair et particulièrement la sodomie figurent parmi les causes d'expulsion, avec cette restriction que les supérieurs avaient le droit d'absolution. CarlJulim Weber' leur reproche souvent cette passion pour l'amour vicieux. Le même auteur nous trace encore le tableau de la vie des cloîtres, vers la fin du xvm“ siècle, d'après ce qu’il a vu personnellement. -\u couvent d'Eberach, il y avait dos castrats qui remplissaient le rôle d'enfants de chœurs. Le jeu favori des moines était de « jouer au mariage. ■> Ce jeu, dit Weber, était peut-être anodin ; admottons-le par charité chrétienne, puisque nous n'y avons jamais assisté. .Mais ce que nous ne pouvons oublier, ce sont les regards de faune que les moines, surtout les Italiens, jetaient sur de beaux garçons qu'ils embrassaient comme Jupiter devait embrasser (janymède et Socrate Alcibiade. » Pour Weber », c'est la loi du célibat édictée par Uil- (Grégoire VII) qui fit tomber rapidement le clergé catholique dans la plus honteuse débauche. Bien que Hegel considère le célibat du clergé catholique comme moins contraire à la nature qu'aux bonnes imeurs, il n'en est pas moi.îs
t Die Mrtncherey. Stutti-art, tSîO. III, i. S, 3U.
• Dub Pabitiium und die Pâbst^^ Slutt^url. 1834. Tomel, p.31S
L iNVBRSION SEXUELLE
vrai qu'un tel édit pouvait ‘ favoriï;er le développement de l’amour entre hommes.
Il ressort du reste des ouvrages d'un grand nombre d’auteurs qu'au Moyen âge la pédérastie était très répandue. Antonio Beccadelli, de Païenne (1394-1471), plus connu sous le nom de Panormitanus, a flagellé les passions contre nature ’ dans son Hermaphrodite. L'Orient nous fournit aussi quelques données sur l'amour entre hommes, au .Moyen âge. Sous le règne de Constantin, il aurait déjà existé à Constantinople des maisons publiques où l'on pouvait se procurer des hommes, aussi facilement que des femmes.
Daj azet I (1389-1403), la pédérastie s'était généralisée dans l'Empire turc. Le vizir Ali-pacha se sentait vivement attiré vers les garçons chrétiens ; il les éleva bientôt au rang de pages, à cause de leur beauté ; ce serait là le début, ou, ce qui me parait plus juste, la manifestation ouverte de la pédérastie dans l'Empire ottoman. Beaucoup de guerres contre les chrétiens n’auraient eu d'autre but que de procurer des enfants chrétiens a la débauche des Turcs et de combler les vides survenus dans les rangs des pages. Lee garçons grecs, serbes, bulgares, hongrois, devaient se prêter aux passions de leurs maîtres, mais ils parvenaient souvent aux plus hauts emplois. Ce qui est caractéristique de la façon dont la pédérastie était ouvertement pratiquée, en Orient, jusque dans les temps modernes, c’est l’ordre que donna le grand vizir, vers la lin d'avril 1771, au début d'une campagne, de chasser du camp tous les « gamins. » Cette ordonnance ne fut du reste pas exécutée ’.
Le célèbre écrit * Liber Gomorrhianui • dans lequel Damiani peint Ut TÎces et les amours du clergé, avait paru avant Tédit d'Hildebra«id.
* Renaissance und liumanismus io italien und Dautachland, par Lunteig^ Oéiger^ Berlin, 18S2.
* Joseph r. liammer Purgstall. Oeachichta dea oemanischen Reichas Peatb, 1840, A vol.
Digilizca
L iîTN’ERSIOÎI SEXUELLE
On a fait souvent aux Musulmans le reproche d'immoralité, autant pour la fréquence de la pédérastie chez eux que pour l'existence des harems et d'autres institutions analogues. Pourtant Aug. Muller, qui connaît fort bien la question, croit que l'immoralité est infiniment plus rare chez les Musulmans que chez les peuples d'Occident.
Un grand nombre de poètes orientaux, turcs ou persans, ont chanté l’amour entre hommes, flœssli a réuni dans son livre un grand nombre de poésies et de communications sur ce thème. J'emprunte une grande partie des faits suivants à cet auteur.
Le poète turc liuscheni avait pour avocat un beau jeune homme, appelé Cltt/xr. Le sageè>faor/< Tschelebi, réputé pour sa vertu, a laissé toute une série de poésies, entre autres les vers suivants, adressés à un garçon :
[.a blonde Inné de ta beauté écUire le monde ;
Tes yeux noirs me font perdre la raison, etc.
Le célèbre calligraphe Ssaji passait aussi pour entretenir des relations avec un beau garçon auquel il aurait donné toute sa fortune.
En Perse, nous voyons les poètes célébrer souvent l'amour entre hommes. Le poète persan Sadi est l’auteur de plusieurs poésies dans lesquelles il adresse des supplications à un amant. Après la mort du bien-aimé, Sadi se lamente :
Qup mes yeux na voient plus le monde où n*est plus mon amant; que ne •uts-jd couché avec toi sous la terre sur laquelle maintenant ma tète rojiose, arrosant U tombe de mes larmes...
Au moment de se séparer de l'homme aimé, il s’écrie :
Amer et doux est le baiser d'adieu sur la lèvre de l'ami, etc.
Ce qui donne une importance particulière à ces poésies éredi-
l’invehsion sexcellb
ques, c’est que Sadi vivait vers l’an 1300. Dans toutes ces poésies ayant trait à l'amour entre hommes, le poète* cherche k introduire un élément moral. C'est ainsi qu’il se pose cette question : comment se fait-il qu’un roi, des plus beaux garçons aime quelquefois le moins beau ? Tel répond que ce qui charme l’àme charme également les yeux.
il nous reste à mentionner I/afiz, mort en 1304, l’un des plus grands poètes persans, l’Anacréon de la l’erse suivant l’expression de liamdohr. La plupart de ses poèmes sont adressés à ses amants, à qui il était attaché par des liens sensuels ; on ne saurait ici mettre en doute l’e.xistence de l'amour entre hommes :
i Si l'aimable écban^on m'était favorable* je balayerais le sol de sa maison avec les cils mes yeux. >
« Le vent ellleura les boucle de ta chevelure, et de jalousie, le monde aVst as.sorobri sur moi. »
« O bien>aimé l'éclat de la lune brille sn.* t< n visage, et la fossette de ton menton recèle toute une source de pass.ons !... Que n'est-ce ma destint-e d‘embias.ser tou, 3urs tes lèvres de imei L »
Mewlaiia 1/Si'hela! ‘dJln Ihimi, un autre poète persan très connu, mort en 1273, a également laissé, entre autre, une poésie rappelant la pédérastie et dont voici quelques lignes, d'après la traduction de Rttckerl :
La rose est le symbole suprême de l’amour.
Je veux offrir la rose à l'ami de mon cœur.
... La rose porte dans son cœur IVpine silencieuse, Carjamaia les douleurs n’abandonnent l'amour.
Lo poète persan a chanté de préférence l'échausun :
Mon œil reposait sur l'échanson.
Mon oreille sur le luth...
Et plus loin .
Vions, échanson. car J. voudrais bièn te servir... t Toutes ces citalious sont prisas dans le livre de üamdoAr.
L INVEnSlON SEXUELLE
Dans les pages qui précèdent j’ai étudié les manifestations de l’amour entre hommes, depuis les temps les plus reculés jusqu’à la lin du xviii* siècle. Nous avons vu qu'en Occident la pérédastie était réprouvée comme un vice, taudis qu’en Orient elle jouissait d'une considération plus grande. La littérature occidentale ne nous fournit que rarement des données scientifiques sur la question, et ce n'est que vers la fin du xviii* siecle que l’on commence à envisager cet ordre de faits d’une façon plus rationnelle. Ajoutons toutefois que, même avant cette époque, on trouve déjà mentionnée l’existence de ces phénomènes. A cet égard, nous pouvons citer lloccace, Machiavel, Aretin, les mémoires de Casanova, l’Amour socratique de Voltaire dans le Dictionnaire phylosopiiique. Dans ces dernières années le côté scientifique de la question a été mieux mis en lumière, par exemple par Wieland, ou encore dans le Système de psychologie organique d’IIermann Klencke ' et beaucoup d’autres ouvrages •; mais ce sont surtout Itamdohr et üleiners * qui ont le plus contribué à placer cette question sur un terrain vraiment scientifique. L’homosexualité se trouve étudiée en détail dans la Venus l'rania et le livre de Itamdohr que noua avons déjà eu l’occasion de citer.
‘ Att lien de parler d'amour homosexuel, Klencke parle d'amour pylhapo* ricirn. Je croîs que cVst à tort, car ni chez Pythagore ni chez tes disciples, je n'ai rieu trouvé qui puisse justifier celte appellation.
* Presque tous les auteurs qui ont étudié la civilisation gr^ cq^e ou parlé des Banquets do Platon ou de Xénophon. insistent sur l'existence de la pè< dérastie en Grèce. Je citerai, sous ce rapport, Herde>\ \V. A. P.echer (Charikles odes BÜdss altgriechiscaer Sille, 2 Bde), «S-’AenA^, C. lietiig-
(Krlftuterun-rrn zu XenopUons Gastmahl), IK. H. Thompson (PitAdrus von Plato). A. liug. (Symposion von Plate) ; le même sujet se trouve aussi traité dans les co'umentaires du discours d'Eschyne contre Timarque.
3 Malheureusement je n'ai pu me procurer l'ouvrage en question. Je le trouve souvent cité, sans toutefois savoir d’une façon certaine si c'est Meiners qui en est l’auteur, ou s’il nu s'agit que des œuvres d un aqtre auteur, de Weiogart, édité par Meiuei*s.
l’isvebsiox sexvellb
iJO
R:i:ndolir s’exprime très nettement sur l’amour entre hommes, faisant preuve à la fois d’une grande sagacité et d’une incontestable expérience. .Non seulement il examine en détail les opinions des anciens Grecs et des autres peuples sur la pédérastie, mais encore il nous renseigne sur la fréquence de Turanisme à son époque, à la fin du siècle dernier, cl il en rapporte des exemples intéressants. Il n’admet pas que la syra- [lathie sexuelle doive exister seulement entre deux êtres capables de contribuer à la propagation de l'espèce. IVaprès lui, le penchant sexuel peut se manifester chez deux individus appartenant au même sexe.
Dans le « Magazin fur Erfahrungssee lekunde » de Moritz (Tome VIII. 1701) nous trouvons deux cas très nets de perversion sexuelle. Bien que, dans ces observations, la pédérastie soit fortement discutée dans les deux cas, on n’y trouve pas moins un penchant bien caractérisé pour les hommes. Chez l’un d’eux la perversion sexuelle ne se manifesta, du moins dans toute sa vigueur, que lorsqu’il eut fait la connaissance d’un autre homme. Cotte particularité est du reste bien connue, et il n’est pas rare de voir la perversion sexuelle rester longtemps latente, et se manifester seulement à l’occasion d’une rencontre avec un individu déterminé.
Ramdohr nous signale un auteur nommé I/œsxli qui entreprit, en ISilfi, une campagne passionnée p.^ur justifier l’amour entre hommes. Son ouvrage, l’Kros, que nous avons dtqà cité, se compose de deux volumes ; malgré des longueurs qui en rendent la lecture difficile, il renferme, au point de vue bibliographique, des matériaux précieux.
Dans le temps, il y eut. en Suisse, un procès retentissant. Un homme très considéré avait, sans cause connue, tué un jeune homme ; il fut condamné, pour ce fait, à la peine de mort. Ilœssli, qui admettait qu’il s’agissait d’un assassinat par jalousie, se donna beaucoup de peine pour débrouiller cette affaire