‹ Les perversions de l'instinct génital, étude sur l'inversion sexuelle basée sur des documents officielsChapitre 8 sur 9 · LA PROSTITUTION MASCULINE · texte numérisé non relu

LA PROSTITUTION MASCULINE

Le besoin de satisfaire aux instincts sexuels normaux a donné lieu au développement, dans la société, d’une classe spéciale de femmes qui distribuent leurs faveurs pour de l’argent. De même, les tendances homosexuelles des uranistes ont amené certains individus à constituer une classe analogue recrutée parmi des hommes. L’origine de cette prostitution masculine remonte très haut. Eschine blâmait déjà la pédérastie, dans laquelle un homme se prostitue pour de l'argent, et llng cite un passage du banuuct de Platon qui prouve qu'en amour les rapports entre les parties ressemblaient beaucoup à ceux que fait naître un contrat de vente.

Dans une de scs élégies, Tibulle se plaint de l’infidélité du jeune gan.‘on auquel il avait donné des cadeaux pour prix de ses faveurs. Aujourd’hui encore la prostitution masculine est très répandue, et nous possédons sur cette question de nombreux documents ' pourbeaucoup de grandes villes de l’étranger.

1 Voyez sous CO rapport: TardUu ('Hltude médico*I^gaIc sur les attentats aux mœurs), qui fut puia^arniuent aidé dans son étude par 6*. Buiserolfes^un agent des mœurs d'une grande habileté, et par Carlier, ancien chef de la

lt>

L INVERSION SEXfELLE

l’ariiu les travaux recents on peut citer celui de Coflij-non

• 11' • qui donne des renseiirnements précieux sur la prostitution

ina.sculine à l’aris. Dans cette ville, les lioniiiies prostitués, connus sous le nom de petits-jésus, ex[)loitent les hôtels où descendent de riches étrangers et où ils cherchent à se placer connue grooms. Au bout do quelque temps, le groom en question arrive il se créer une certaine clientèle. A des époques fixes, les clients viennent à Paris pour satisfaire leur passion en compagnie du groom. D'après un malade de V. Kralït-Ehing, la prostitution masculine existerait dans toutes les grandes villes.

Presque toujours les prostitués masculins possèdent un endroit lixe où ils se réunissent. A Berlin il en existe un où l'on peut trouver à un moment donné une cinquantaine de ces individus malpropres. 11 y a du reste à Berlin des endroits bien connus où se tient une espèce de marché dans lequel ces individus s’olîrent aux uranistes. Disons en passant que ces endroits sont des chalets de nécessité entre autres endroits publics. Dans le temps il aurait même existé à Berlin une sorte de bordel d'hommes, où un homme d’un certain âge - remplissait les fonctions de siirx’eillant. Le chantage tenait une grande place dans la prospérité de cette maison.

Dans la majorité de cas, les membres du demi- monde masculin ne sont pas uranistes. D’autre part, il est certain qu’il existe en grand nombre des homosexuels qui cependant font payer leurs faveurs. Mais à côté d’eux on trouve dans ce monde des hommes normaux, quelquefois même mariés ;

police d-'s mœurs, qui, d’après Cof^gnon.a publié des observations précieuses. V.aus«i rojciV, La prostitution contemporaine, 1S84. Pour comparer avec la prostitution féminine, v. Parfnt^Dvchàtel, l.a prostitution dans la ville de Pari*, I8ü7 ; Despine^ La psychologie naturelle, vol. III. Paris, 186S ; et «urtout Jeannel^ De la prostitution publique, ouvrage traduit en allemand et contenant des indications sur la prostitution masculine.

ceux-ci considèrent leurs rapports avec des hommes comme un moyen de s’enrichir.

Les membres du demi-monde masculin, bien que tout a fait normaux au point de vue sexuel, prennent quelquefois l’aspect et tes allures d’une femme. Déjà, pour se reconnaître, ils se fardent, se mettent de la poudre, portent des costumes voyants, etc. D’apres Krauss', dans l’ancienne Grèce, les Cynèdes, pour attirer les hommes, s’habillaient en femmes, portaient les cheveux en tresses, etc. A la vérité, je ne comprends pas bien pourquoi les prostitués hétérosexuels imitent les allures efféminées de l’uraniste : la raison doit en être, en partie, dans le désir d’attirer l’attention des uranistes ; cependant la plupart des uranistes préfèrent les hommes présentant tous les caractères masculins. Peut-être y en a-t-il quelques-uns qui recherchent les hommes habillés en femmes. Dans ce monde l’ambition principale est de rester longtemps jeune. Probablement c’est encore une raison pour laquelle le prostitué a recours, tout comme la fille, à des artifices de toilette.

li’àge de ces individus varie ordinairement entre 17 et 30 ans, mais on en trouve de plus vieux, et aussi de plus jeunes. C’est un vrai scandale que de rencontrer parmi ce monde de jeunes garçons, presque des enfants.

En dehors du côté immoral que présente la prostitution masculine, au même titre et peut-être à un degré plus élevé que la prostitution féminine, nous tenons à signaler dans la première l’existence d’un type particulier, celui de l’homme entretenu par un autre qui, de son côté, trouve l’argent nécessaire à ses amours en se prostituant lui-même à d’autres hommes. J’ai trouvé quelques renseignements sur ce point dans un grand procès de pédérastes qui eut lieu il y a quel-

I ii. Krauss, Die p.^ychologie der Vcrbrechonf. Tubtngen, 18S4.

l’iNVEOSIOS SEXl'ELLB

ques années à Berlin, et ces renseignements me furent plus tard conlirmés ' par plusieurs uranistes.

11 existe aussi dans le demi— monde masculin des célébrités internationales qui voyagent de capitale en capitale, d un pays à un autre, toujours fêtées et partout reçues avec éclat. On trouve ainsi quelquefois de certains individus qui sont pour ainsi dire le soleil d’une société qui gravite autour d’eux. Parfois l'un d'eux est entretenu par un uraniste riche qui lui donne hôtel, chevaux, et subvient largement à son existence à la condition de garder ses faveurs pour lui seul.

Le demi-monde masculin ressemble beaucoup au demimonde féminin ; tout ce qui caractérise l’un se retrouve dans l’autre. Très souvent, un membre du demi-monde masculin baisse ses prix afin d’éclipser scs camarades par une clientèle plus nombreuse. D’autres tirent vanité de leurs rapports avec des hommes haut placés, et c’est avec orgueil qu’ils avouent, tout comme une femme, qu’ils entretiennent des relations avec un prince ou un comte.

Comme les femmes, ces hommes sont très pressants, très hardis, llscherchent par tous les moyens à attirer l’attention des uranistes ; avant de se donner ils essayent de tirer de leur client le plus d’argent qu’ils peuvent, et arrivent quelquefois à leur but en le faisant boire. Il arrive fréquemment que certains uranistes, pour rabaisser leurs collègues, font courir sur eux le bruit qu’ils vendent leurs faveurs ; de même un grand nombre de ces individus, qui n’ont des rapports avec d’autres que pour de l’argent, nient qu’ils en reçoivent, afin de se faire estimer davantage aux yeux de leurs compagnons.

D’une façon générale, il paraitrait que la prostitution masculine a notablement augmenté depuis une dir.aine d’années. Un uraniste qui connaît ce monde depuis très longtemps se

■ J-ajoule pourtant quo je n» crois pas beaucoup à ce. renseignements.

Digitizeoni'

l'inversiox sexuelle 149

plaignait de ce que, aujourd'hui, tout n'cst plus que commerce, et que le véritable amour a disparu.

11 parait aussi qu'il existe des uranistes qui, ne pouvant satisfaire à leur passion dans leur petite ville, viennent expressément à Berlin de temps en temps.

La prostitution n?asculine est un des côtés les plus tristes de nos mœurs, et il est à regretter que la police ne s'en occupe pas au même titre que la prostitution féminine Je reviendrai, en traitant la question au point de vue juridique, sur ce fait que la police, armée contre la prostitution féminine, est impuissante envers la prostitution masculine.

Pour terminer il nous reste à parler de certains cas, à la vérité peu fréquents, où des hommes habillés en femme poussent l'impudence au point de se donner à des hommes, sans que ceux-ci se doutent qu'ils ont des rapports avec un individu du sexe masculin. Le cas cité par Frœnkel, que nous avons rapporté plus haut, et celui de W'estphal en sont des exemples bien frappants. Un malade a avoué à V. Krallt-Ebing connaître un jeune homme qui, habillé en femme, se donne aux hommes en leur laissant croire qu'ils- ont affaire à une femme. 11 leur dit ordinairement qu'il a ses règles et que pour cette raison il ne peut avoir do rapports avec eux que per os.

La prostitution masculine ressemble à la féminine encore à un autre point de vue. Comme les filles, ces individus, une fois payés, ne manquent pas de voler leur client quand l’occasion se présente, et le vol est encore plus fréquent dans le

lüO

L INVERSION SEXIEELE

di'iiii-luonde masculin que dans la prostitution féminine. Et ceci n’a rien d’étonnant quand on pense que la personne volée hésitera davantage à porter plainte contre un homme que contre une femme. Aussi les prostitués masculins mettent-ils leur métier à protit pour voler leurs clients; et ceux-ci ne peuvent rien contre eux, de crainte de faire intervenir la justice dans leurs allaires et de mettre le public au courant de leur passion contre nature. Ce serait pour eux la mort morale. Cette crainte est tellement vive chez les uranistes que les individus du demi-monde ma.sculin n'hésitent pas à pratiquer le chantage méthodique. Le mailre-chanteur contraint par ses menaces l'uraniste à lui payer son silence au prix de l’or. Cette manière de procéder a été suflisammcnt mise en lumière par les procès qui de temps en temps ont lieu à Berlin et dans les autres grandes villes. Un agent de police m'a dit d’un de ces jeunes maitres-chanteurs : « Je ne crois pas qu’il soit sujet à l’inversion sexuelle ; je pense plutôt qu’il pratique la pédérastie dans le but de gagner de l'argent. Quand il tombe sur un uraniste timoré, le chantage commence. 11 menace de le dénoncer pour attentat aux mœurs, n’attachant p,as ui-môme une grande importance à un emprisonnement de trois ou quatre mois ; mais la chose est toute dilférentc pour l’uraniste qui occupe une certaine position sociale. L’uraniste cherche alors à acheter le silence du maitre-chanteur, ce qui n’est pas toujours chose facile, car lorsqu'il averse une première somme, l’autre revient à la charge au bout de quelque temps, et cela n’en linil plus ». Le chantage conduit <iuelquefois l’uraniste au suicide ; dans d’autres cas il est quitte pour une somme quelquefois considérable *, 00.000 marks par exemple dans un cas que je connais.

* D’après Vtriehs^ qui renvoie à des mémoires de police, certains maitreschanteurs parisiens ont pu se faire bàlir dans les environs de Taris de foi*! jolies viilas avec l’argent ainsi gagné. Kn admettant même qu'Ulrichs exa*

l'i.nvebsion sexuelle

Pour les uranistes, le chantage est une véritable épée de Damoclès. Aujourd'hui les tribunaux ont souvent à juger des aiïaires do mœurs dans lesquelles le chantage joue un grand rôle. Dans les cas où les uranistes ont affaire avec la ju.slice, ils ne se reproclient naturellement pas des actes réprimés par le Code pénal ; ils n’avouent ordinairement que l’onanisme mutuel, qui ne tombe pas sous l’application do la loi par le fait de l’absence de témoins. Mais il en est tout autrement quand l'uraniste se trouve aux prises avec son maitre-chanteur. Ce qu’il a de mieux à faire dans ce cas, c’est de mettre dès le début la police au courant de toute l’affaire. Car autrement il risque d’étre complètement dépouillé de ce qu’il a et, malgré cela, de voir linalemcnt l’affaire venir devant les tribunaux ; la seule issue qui lui reste alors est le suicide.

11 ne faut pas croire que le chantage ne soit pratiqué que par les membres du demi-monde masculin. Il y a des hommes qui, en apparence, se donnent aux uranistes par pur amour ; mais, plus tard, ils apparaissent et pratiquent le chantage en règle.

Alors mémo que l’uraniste a donné tout ce qu’il a, le maitre-chanteur ne le lâche pas encore. Il le guette toujours, et quand le malheureux est arrivé à gagner quelque argent, il revient à sa proie ; l’uraniste passe ainsi sa vie dans des craintes perpétuelles et finit par perdre sa position sociale.

Les moyens employés par le maître-chanteur sont très variables. Supposons, pour prendre un exemple, qu’un uraniste A accomplisse avec un homme B un acte se.xuel tombaui

pire le» fait», il n’en est pas nioin» vrai qne le chanlope est tris répandu à Berlin. Certain vin des Onarios qn'on voit boire dans les restaurants est payé avec l*ar^ent soutiré des uranistes au moyen du chantage. La plupart des maUrcs'Cliantcurs échappent h toute punition, car la victime préfère Oi rien dire, quand même les autorités auraient vent de l'affaii'e.

l'inversion sexuelle

sous le coup de la loi. A croit être seul avec B, mais tout à coup, au moment môme de l'acte, apparaît un troisième personnage C, jusqu'alors caché, qui joue le rôle de la personne lésée et menace de dénoncer toute l'alTaire à la police. 11 est évident que C et B sont des compères, mais G fait semblant de vouloir dénoncer aussi bien B que A. B cherche alors à apaiser la colère de C en lui oiTrant des billets, de l'ar. gent, etc., ce qui conduit à faire les mêmes propositions. Les deux coni|)ères connaissent fort bien l'identité de A, et s'ils ne la connaissent pas, ils n'ont, pour l'apprendre, qu’à suivre leur victime jusqu'à sa maison. Parmi les maîtreschanteurs se trouvent aussi des agents provocateurs qui cherchent à attirer sur eux l'attention des uranistes et les mettre on situation d’accomplir un acte sexuel ; aussitôt le chantage commence.

Si l'on songe que le chantage, qui constitue une véritable plaie, s’appuie sur la loi ‘ contre les attentats contre nature, oa est en droit de se demander si cette loi n'est pas plutôt nuisible qu’utile ; je reviendrai encore plus tard sur cette question. Dans tous les cas, on ne saurait trop louer la sévérité des tribunaux envers les maîtres-chanteurs.

Du reste, les maîtres chanteurs ne menacent pas toujours leurs victimes de les dénoncer à la justice, ce qui leur donnerait peu de résultats. Dans certains cas ils menacent leur victime de révéler publiquement sa passion, soit en provoquant un scandale dans la rue, soit en propageant ce bruit dans le cercle de ses amis et de ses connaissances. Le maître-chanteur

1 II (évident que la loi favorise le chantage. Mais c’est une erreur que de croire, comme le lont les uranistes, que c’est cette loi seule qui est li cause du chantage et que cslui'Ci disparaltratt si l’on abrogeait la loi en question. Celte erreur est démontrée par ce seul fait que le chantage existe dans d’autres pays, comme la France, où il n’y a pas do loi contre les rappurU homosexuels entre hommes. V. Cof/lgnont La Corruption à Paris.

".I iii.M l-i.S

l’ixversion sexuelle 133

sait fort bien qu’à cause du mépris que l’uraniste rencontre partout, sa révélation aura pour effet de mettre sa victime au ban de toute société. Du reste, les uranistes ne se gênent pas pour faire tomber leurs menaces de chantage sur des individus qui n’ont jamais eu de rappoits avec des hommes et qui, au point de vue sexuel, sont parfaitement normaux.

LES TEnVERSIONS SEXUELLES COMME COMPLICATION DE l’iNVERSICN BEXUELLB

On ne pont bien coniprenilre Turanisme qu'en comparant les perversions sexuelles qui se développent sur ce terrain avec celles iju'on rencontre dans l'amour hétérosexuel. Il est très curieux de voir que, dans l'inversion sexuelle qui pousse riionime vers riioinme, on trouve les mêmes perversions que dans certains rap[iorts sexuels entre homme et femme. C’est principalement aux nombreux travaux de V. KralTl- F.hing' que nous devons la connaissance de ces faits fort intéressants.

l'état normal ce sont les organes génitaux de la femme qui provoquent la jilus grande excitation chez l'homme, et c’est le coït qui est le moyen principal de satisfaction de l'instinct sexuel ; mais il n'en est pas toujours de même, et il existe des cas où les choses se jiassent d'autre faijon. On trouve notamment des hommes qui sont excités par une partie du corps de

I V. surtout la nouvelle édition de Psychopalhia scxualis : « Ncue Forschungen auf dem Gebiet der Psychopalhia sexualis. » Slult^'art, tSOO.

l’lwERSION SEXL'ELLB 133

la femme autre que les organes génitaux, ou mémo par une pièce de son costume. Avec Lombroso, Binet et M. Dessoir, V, Kralft-Ebing a désigné cet état particulier sous le nom de félichisme. Nous pouvons [lar conséquent distinguer le fétichisme portant sur un objet ou sur une partie de la toilette et le fétichisme portant sur une partie du corps. Cette distinction est d’autant plus justiliée que, pour certains de ces individus, le fétichisme porte, par exemple, sur le pied chaussé, le pied nu de la femme ne présentant pour eux aucun intérêt ; d’autres, au contraire, sont fétichistes de la main nue, la main gantée les laissant complètements froids.

Les cas de félichisme des objets sont très nombreux. On sait que souvent, quand on aime une femme, on couvre de baisers les objets qui lui appartiennent, ses gants, ses lettres, etc. On dit des Polonais qu’il existe chez eux la coutume de boire du vin dans des bottines de femmes. Tous ces cas présentent évidemment une grande analogie avec le fétichisme ’.

Il ne faudrait pourtant pas considérer comme morbide l’habitude d’embrasser les objets appartenant à la personne aimée, sous peine d’attribuer à presque tous les hommes une perversion sexuelle passagère ou chronique.

Ce qui distingue les cas normaux des cas morbides, c’est que dans les premiers il existe un amour pour une personne.

* Mantegazza rapporte en grand nombre de ces faits dans le cbapitre ; « Les bt^lises sublimes do l’amour » de son livre ; « Lu physiologie de Tamour. » V'oici quelques pussa.;^es qui montrent bien les tendances fétichistes de rbonime eu dehors même de l’amour. « I/amour est puéril parce qu'tl est religieux jiif^qu'à la superstition; aucune religion ne peut se vanter l’une idolâtrie iusensi'o pareille à celle qu’on trouve dans l’amour. L'amour seul aurait conduit à l’idolâtrie si celle-ci ne devait son origine encore à d’autres causes. Pour l’amour, tout ce qui a un rapport quelconque avec la mam, l’oeil, la pensée do la personne aimée, est sacré. Qui ne se rappelle le bonheur inlini de poss der la tige dont avait arraché la Ct ur? Qui pourrait jamais énumé^'cr les bêtises innombrables de l’amour idolâtre f »

l’inversion sexuelle

et que si l'on embrasse les objets de la femme aimée, c’est justement parce qu'ils appartiennent à l'èlre aimé. Par contre, dans le fétichisme patholoi,ûque, c’est l’amour pour l'objet qui prime tout ; les qualités physiques et morales de la personne en question peuvent être plus ou moins appréciées par ces malades, mais toujours elles sont reléguées au second plan. Le fétichisme do la bottine, décrit par Zola dans Thérèse Raquin, où l’homme embrasse à plusieurs reprises la bottine élégante de la femme aimée, est un exemple de fétichisme normal, puisque l’homme cherche en même temps avec passion à avoir des rapports sexuels avec la femme aimée. Par contre, sont déjà morbides les cas de fétichisme où l’on ne recherche pas le coït, mais où tous les désirs tendent vers l'idolâtrie sensuelle de telle ou telle partie de la toilette, de tel ou tel objet. Le fait reste le meme, que l’objet appartienne à une personne connue ou que le fétichiste parte de l’objet pour reconstruire une personne imaginaire. De même, au point de vue pathologique, il est indifférent que le fétichiste se contente d’admirer, de palper, de couvrir de baisers la bottine, ou qu’il s’en serve pour se masturber.

Dans le fétichisme des objets le rôle principal est joué par les bottines et le linge de la femme, le mouchoir, par exemple. On connaît aujourd’hui une série de cas auxquels on a même donné une signification criminelle, et dans lesquels les hommes s’approprient les mouchoirs et le linge de femmes, comme dans le cas publié par \V. Passow*. La passion pour les mouchoirs peut être si violente que l’homme se trouve littéralement subjugué par ce petit objet. Voici ce qui me fut raconté par une dame: « Je connais un monsieur, me dit-elle; il me suflit, quand je le vois de loin, de tirer de ma poche le coin de mon mouchoir pour qu’il me suive comme ua

• Eulenticrg^ Viei'teljahrMchrifl f. gericht. Medic. 1S78.

Olgitized bv

l'inversion sexuelle

chien. Je puis aller n’importe où, il ne me quille plus. Que ce monsieur se trouve en voiture ou soit occupé par une affaire très sérieuse, très importante, aussitôt qu'il voit mon mouchoir, il abandonne tout pour me suivre, ou plutôt pour suivre mon mouchoir. » Ce fétichisme du mouchoir est utilisé de plusieurs façons pour la satisfaction de l'instinct sexuel. Quelques-uns se contentent de voler les mouchoirs de femme, de les rapporter chez eux et de jouir du bonheur d’en posséder une collection. Les tribunaux, qui ont eu souvent à s'occuper de ces vols de mouchoirs, procèdent aujourd'hui avec une grande prudence. Dernièrement encore il y a eu, à Berlin, un procès de ce genre. Chez d’autres fétichistes la possession seule du mouchoir ne suffit pas pour provoquer l’excitation génitale : il leur faut souvent quelque chose de plus. C’est ainsi que je connais un fétichiste qui. rien qu’en déchirant avec les dents des mouchoirs de femme, arrive à la jouissance sexuelle Le fétichisme du mouchoir existe aussi chez les uranistes, de sorte que nous nous trouvons, dans ce cas, en présence d’une double perversion ; l“le penchant sexuel pour l'homme ; 2“ le fétichisme du mouchoir. De môme que le fétichiste du mouchoir de femme ne trouve pas de satisfaction dans le coït, de môme le fétichiste uraniste ne peut avoir de jouissance que par le mouchoir d'homme, -\insi les fétichistes de celte espèce ne sont excités ni par la pédérastie, ni par la masturbation mutuelle ; les organes génitaux de l'homme n’ont pour eux aucun attrait, tout comme pour les fétichistes du mouchoir de femme sur lesquels les organes génitaux de la femme n’exercent aucune action excitante. Voici un exemple qui montre do quelle façon se prennent les fétichistes-uranistes pour satisfaire leur passion.

4 Ce cas t'essetmble à celui publié par Dietg, oCi le malade n’avait d'éjocu* Ution que lorsqu’il déchirait avec les dents les linges de feimue.

l’iXVEIISIOX SeXlELLE '

Il s’agit d’uu ouvrier vigoureux X, âgé d’une quarantaine’ d’années. Il a une belle stature. 11 vient me trouver pour des troubles d'origine neurastbéniquc et liypocbondriaquc : maux de tète, lassitude dans les jambes, absence de goût pour le travail, douleurs le long du dos, etc. Un jour, après avoir déjà été quelque temps en traitement, il me raconta sa vie sexuelle.

Il n’a jamais eu de penchant pour la femme ; par contre les beaux hommes l’excitaient d’une fa<;-on toute particulière. Jamais il n’avait pratiqué la pédérastie ni la masturbation mutuelle, par contre il s’adonnait souvent à l’onanisme solitaire. Mais sa plus grande jouissance était de voler le linge, le mouchoir il un bel homme, d’y envelopper son pénis et de se masturber .ainsi. A cet elîet, il se servait souvent des mouchoirs d’un de ses amis, et pour éviter tout soupçon de vol, il laissait à la place du mouchoir volé un des siens, do sorte qu’il faisait toujours croire à une confusion accidentelle. Lorsqu’il n avait pas de mouchoir à sa disposition, il se masturbait en évoquant l’idée d’un mouchoir ou d’un autre linge d’homme.

Il a souvent pratiipié le coït avec des filles publiques, mais presque toujours sans éprouver de grande satisfaction ni de jouissance. 11 ne (louvait dans ces conditions avoir une érection ou une éjaculation qu’en pensant au mouchoir d’un homme ; le coït était plus facile à pratiquer lorsqu’il emportait le mouchoir d’un ami et le tenait à la main tout le temps de l’acte sexuel.

Les rêves érotiques du malade ne portent ni sur le coït ni sur les organes génitaux de la femme, mais sur les linges d’homme, et provoquent alors l’éjaculation.

A côté du linge, il y a encore la chaussure ' de la femme

' Dans la Hesse il existe an priljugé d'après lequel, pour se faire aimer, il faut voler la bottine ou la botte de la personne aimée ; il faut la porter pen-

L INVERSION SEXCELLE

qui peut devenir l'objet de fétichisme pour l’iiomine; le même fuit .existe également chez les uranistes. V. Kralft-Ehing a fait à ce sujet une observation très caractéristique. Un malade, dés l’ùge de 4 ans, adorait les bottes bien cirées des écuyers et en rêvait même pendant son sommeil. Ce malade éprouvait de l’aversion pour l'amour tel que le pratiquent les uranistes, mais il présentait en même temps d'une façon très nette les phénomènes de fétichisme et de masochisme ‘ envers tes hommes. Ainsi il aimait embrasser les bottes de ses domestiques, les cirer, les 6ter de leurs pieds, etc.

Je connais un autre cas de fétichisme de la bottine chez un uraniste, cas qui me fut obligeamment communiqué par un agent de l'autorité. 11 s'agit d'un homme instruit et dans une belle position, qui persécutait un oflicier par des lettres dans lesquelles il demandait principalement la permission de lui cirer ses bottes. L’homme qui, d’après un observateur compétent, était un uraniste déclaré, rédigeait ces lettres sur un ton tout à fait passionné, et força l'officier à s'adresser aux autorités pour se déharras.ser de son correspondant.

Il est très curieux de voir le scepticisme et le mépris avec lesquels les uranistes considèrent le fétichisme et toute perversion sexuelle autre que l'inversion sexuelle pure. L’un m’a dit, par exemple, qu’il trouvait absolument méprisable la passion pour les bottines, mais qu’il comprenait fort bien et considérait comme tout à fait mural l’amour homose.xuel,

dant huit jours et la rendre ensuite à son propriétaire. (4. Der

deuUehe Volksaberglaube der Gegcnvvart. Berlin. 1SC9). On trouve dans ce livre encore d'autres données se rapportant à la pathologie de l'amour. C'e$t ainsi qu'en Bohème le drap blanc joue aussi un rûle dans la conquête de l'amour.

t V. plus loin.

IGO

l'lnversion sexuelle

Ivn opposition avec les cas de fétichisme des objets que nous avons rapportés plus haut et dans lesquels, malgré le penchant hétérosexuel, le coït n’est pas cherché, on trouve des cas où le coït est le but ; il y a seulement cette différence que le désir et la possibilité d’accomplir le coït dépendent expressément de telle ou telle pièce du costume, de telle ou telle toilette. Il faudrait encore distinguer ici si la présence de telle ou telle partie de la toilette est indispensable pour l'excitation génitale, avant ou pendant le coït. Mais les faits qu'on po.ssède à ce sujet ne sont pas encore assez nombreux pour permettre d'établir une séparation nette entre ces deux catégories de faits. Les quelques exemples que je connais serv’iront à éclaircir ce point.

Un individu .\, âgé do 26 ans, m’a déclaré qu’il lui était impossible de pratiquer le coït avec une femme entièrement nue ; il faut qu’elle garde au moins sa chemise.

Un autre individu n'éprouve d'excitation génitale que si la femme porte des pantalons blancs.

Un autre encore m’a dit que de certains costumes, chez la femme, pouvaient le mettre dans une grande excitation ; et il décrit ainsi ce costume : « Il faut que la femme porte soit une courte jaquette en drap, soit un long manteau très foncé ; le corsage doit être très serré et do couleur très foncée ; la jupe, également foncée, ne doit pas faire beaucoup de plis; toutefois la jupe peut être de couleur claire. » lOnsuite, cet homme exige encore de la femme des bottines élégantes, des bas longs, un pantalon blanc et une chemise de mémo couleur. Pour le coït, cet homme choisit toujours des femmes habillées de cette façon.

Un quatrième individu, C, est surtout amateur de velours. Il éprouve un penchant normal pour la femme, mais il est tout particulièrement excité lorsque la femme avec laquelle il a des rapports porte un costume de velours et, fait curieux.

L INVERSION SEXLELLE

l'excitatioii survient non pas à la vue, mais au toucher du velours. C me disait que rien ne l'excitait tant que de passer la main sur la jaquette de velours d’une femme.

Un autre encore, médecin celui-ci, m’a dit qu’il s’enflamme à la vue de bottines vernies ; ce qui l’excite encore, c’est une taille bien serrée et un manteau bien ample au niveau des hanches.

Les cas de ce genre, où le penchant sexuel porte sur le coït, me paraissent très fréquents. Et pourtant un grand nombre d’entre eux rentrent déjà dans la catégorie des cas pathologiques. Pour pouvoir les distinguer, il faut toujours se poser la question suivante : telle ou telle pièce de toilette ou sa simple représentation mentale est-elle, ou non, la condition sine qua non de l’excitation génitale? S’il en est ainsi, le cas est pathologique, comme celui de l’individu qui ne peut pratiquer le coït que si la femme garde sa chemise. Si, au contraire, telle ou telle toilette augmente seulement l’excitation génitale, le cas doit être considéré comme normal. C’est de cette façon qu’on évitera les difficultés de classement au point de vue du réle que peut jouer la toilette de la femme.

Le même phénomène existe aussi dans l’amour homosexuel. Ici également le costume exerce une influence considérable sur le réveil et l'excitation du penchant sexuel. Je connais un uraniste qui ne peut avoir de rapports avec un autre homme que lorsque ce dernier porte des bottines vernies et des bas noirs. L'acte sexuel lui-même reste cependant la masturbation naturelle. C’est do la même façon que s’explique encore, en partie, a préférence des uranistes pour les militaires. On sait que le même fait existe aussi chez la femme, et ju.squ’à présent on n’a pas su encore expliquer d’une façon satisfaisante l’attraction qu’exerce sur la femme runiforme militaire. Peut-être est-ce l’idée de courage et de décision intimement liée à celle de l'uniforme, qui séduit la femme ; en efîet, d’après le méca-

l'inversion sexuelle

nisme psvcliologiquo cette idée peut exister d'une façon inconsciente,tout en exerçant l'action en question. Peut-être les mêmes causes interviennent-elles dans l’amour de l'uraniste pour le militaire, voire même pour runifonue. Toujours est-il qu’il existe des uranistes qui n’ont de rapports qu’avec les militaires. 11 faut enfin encore citer dans cette catégorie spéciale les uranistes qui ont des rapports avec des hommes habillés en femme. Ceci n’est pas général, comme nous l’avons déjà dit plus haut, mais il existe des uranistes qui restent froids vis-à-vis des hommes portant le costume masculin, et qui sont excités par un homme habillé en femme.

Je citerai encore ici les uranistes qui ne sont pas excités par des hommes nus. Ces cas sont rares, mais ils existent. Voici ce que m’écrit un uraniste sur ce sujet :... « D’une façon fort curieuse, je ne suis excité que par des hommes habillés; les hommes entièrement nus, comme on en voit dans les bains romains ou russes, me sont entièrement indilTérents, et c'est tout au plus s’ils réveillent en moi un sentiment purement esthétique. » Dans l'amour hétérosexuel, le penchant pour les femmes entièrement ou à demi habillées et l’aversion pour les femmes nues ne sont pas si rares. Des cas de ce genre ont été publiés par Hammond, V. Krafft-Kbing et autres. Je connais un mari qui ne peut avoir de rapports avec sa femme que lorequ’elle porte une certaine toilette, et U faut qu’elle la garde pendant le coït.

Dans ce groupe du fétichisme des objets rentrent encore les cas où, pour exciter l'homme, la femme doit-être habillée d'une certaine étoile, soie, velours, fourrures, etc. Je ne con« nais pas de cas de ce genre chez les uranistes.

L INVEHSION SEXUELLE 163

J’ai dit plus haut qu'à côté du fétichisme des objets, on observe uu fétichisme des parties du corps. Daus ce cas l'uraniste n’est plus excité par le mouchoir ou la bottine de rhüiume aimé, mais par une partie du corps qui devient l’objet de l’amour de l uraniste' ; les organes génitaux jouent alors un rôle subordonné, dans tous les cas moins important que chez l’urauiste ordinaire. C’est principalement le pied de riiomme qui est l’objet du fétichisme de l’uraniste, et ce fait existe également dans l’amour hétérosexuel.

La forme pathologique du fétichisme des parties du corps présente, dans l’amour hétérosexuel, des transitions nombreuses conduisant à la simple préférence pour telle ou telle partie du corps particuliérement belle ou bien faite. L’un préfère les cheveux blonds, un autre une petite main, un troisième une jolie bouche. Les romanciers ont utilisé dans leurs romans un grand nombre d’observations de ce genre. C’est ainsi que Belot décrit la bouche de M™* X comme exerçant un charme particulier sur les hommes. Il est certain que l’amour pour les nattes peut pousser l’individu jusqu’au vol, comme le montre du reste une observation publiée par Motet.

Je considère aussi* comme pathologiques les cas où les désirs sont satisfaits non pas par le coït per vaginam, mais par un autre acte, la masturbation avec la main ou le pied, le coït inter mammas, etc. Par contre, je ne considère pas comme pathologiques les cas dans lesquels on éprouve un plaisir particulier à regarder, à toucher, à couvrir de baisers telle ou telle partie du corps. Ces cas sont peut-être déjà

1 Le fétichisme des parties da eorps est également représenté dans les pré* jugés populaires. A. Wuttcke dit qu’un des préjugés les plus répandus» pour ae faire aimer, consiste à mélanger aux mets ou îk la boisson de la personne aimée des ongles, des cheveux, etc., de la personne qui aime.

2 Comme daos le fétichisme des objets.

l'inversion sexuelle

anormaux, mais sans être morbides à proprement parler. Si l'on considérait ces cas comme pathologiques, on risquerait fort de confondre l'état normal et l'état morbide, les goûts des hommes étant très variables sous ce rapport. L'un aime une jolie bouche, un autre une chevelure blonde ou brune, un troisième de grands yeux, un quatrième un petit pied. Les exemples suivants montrent de quelle façon certaines parties du corps peuvent exercer une excitation sur tel ou tel individu.

Un médecin, qui n’a jamais présenté la moindre per\'ersion sexuelle, m’a dit qu’il était particulièrement excité par le bras de la femme ; mais en même temps le désir final est le coït per vaginam. Toutefois pendant le coït il serre vigoureusement et couvre de baisers le bras de la femme.

Un autre individu, un artiste, est excité par la nuque et principalement par l'endroit de la nuque où commencent à pousser les cheveux. Guy de Maupassant, le célèbre écrivain naturaliste français, considère cet endroit comme appelant tout particulièrement les baisers.

Un troisième individu éprouve une excitation génitale violente aussitôt qu’il aperçoit une femme avec une natte ; les cheveux non tressés en nattes, si beaux qu'ils soient, n’exercent sur lui aucun attrait. Le mémo individu a une préférence très marquée pour l'oreille. Mais pour l’exciter, l'oreille doit être petite et bien appliquée contre la tête, le lobe non percé et sans boucle.

Tant qu'une certaine limite, dans le fétichisme dos parties du corps*, ne se trouve pas dépassée, les cas du genre de ceux

* Une personne m’a écrit que le mot fétichisme ne doit s’appliquer ni aux parties du corps ni aux êtres vivants, cette extension étant contraire au sens même du mot fétichisme. Ce n’est pourtant pas exact. Le moi féti'ihe ïwi intii> duit par de Brosse (Du culte de.s dieux fétiches. Paris, 1760) et ser7it à dés> gner non*$eulement les objets, mais aussi les êtres vivants, comme les tigres» es serpents, etc., qui avaient uu rapport avec la religion (Meyers Conversa* tions Lexicon).

l’inversion sexuelle

que je viens de citer n’ont rien à voir avec la perversion sexuelle morbide. Mais cette limite précise est diflicile à déterminer, car nous possédons encore fort peu de matériaux relatifs au fétichisme dans l’amour. Je crois que l'on peut considérer comme pathologiques les cas dans lesquels la perception sexuelle d’une certaine partie du corps ou sa représentation mentale est la condition sine qua non de l’excitation voluptueuse. Dans ces cas la femme en tant qu’être féminin ne suffit pas pour provoquer l’excitation, contrairement à ce qui s’observe dans les conditions physiologiques. On pourrait dire que, dans les cas pathologiques, la femme est une sorte d’accessoire à une partie déterminée de son corps qui joue le rôle principal dans l’excitation de l’homme.

Le fétichisme des parties du corps existe aussi bien chez les homosexuels que chez les hétérosexuels.

Dans l’amour homosexuel c’est aussi sur le pied de l'homme aimé que porte le fétichisme. Un individu, par exemple, éprouvera une sensation de volupté toute particulière à embrasser les orteils d'un jeune homme, et celte sensation provoquera l’éjaculation. Kmhrasser les pieds de l’homme aimé est un acte fréquent parmi les uranistes. Quelques-uns préfèrent encore des pieds qui transpirent, contrairement aux autres qui ont en horreur les pieds couverts de sueur. Un uraniste m’a dit qu’il éprouve une excitation sexuelle violente à aller en canot et à regarder les pieds du batelier.

Quelques-uns m’ont dit être violemment excités par des cuisses d’homme serrées dans un pantalon bien collant. Tarnowsky admet que ce sont les fesses et l’anus do l’homme qui provoquent une excitation violente chez des in lividus sujets à de l'inversion sexuelle. Albert a déjà publié dans le journal de Friedrcich (18o9) plusieurs observations sur des maîtres d’écoles qui donnaient la fessée à leurs

L ISVEBSIO.N SEXLELLE

élèves, la contcmplatioQ de la partie du corps découverte provoquant chez eux une excitation violente. Peut-être, dans ces phénomènes, faut-il envisager non seulement la contemplation simple d'une partie du corps, mais aussi la conscience de provoquer la douleur par la fessée — fait sur lequel nous reviendrons encore en parlant du sadisme *. L’opinion de Tarnowsky d'après laquelle sont pédérastes actifs ceux qui se sentent attirés vers les fesses d’homme, ne me parait pas fondée. Je connais des hommes sur lesquels les fesses d’homme exerçaient un attrait particulier : ils aimaientàles presser, aies toucher et entraient alors dans une grande excitation sexuelle ; mais il leur eût été impossible, par dégoût, membrum immiltere in ainim. Il est également erronné, comme le soutient Tarnowsky, que les hommes de cette catégorie n'aient pas de tendances féminines, et cette erreur est due à la division générale, mais ine.xacte, des uranistes en passifs et actifs.

Outre le fétichisme, on rencontre aussi dans l’amour tamosexuel le phénomème appelé masochisme, dont nous evons la connaissance et même l'explication à V. Kralft- Ebing. Le mot vient du célèbre romancier L. von Sacher- Masoch qui, dans ses Nouvelles s’attache surtout à dépeindre des hommes dont la plus grande jouissance est de se sentir subjugués et même maltraités par la femme.

Ce phénomène se manifeste chez eux sous la forme d’un iésir d’être battus par la personne aimée. Du reste KraiTt-

^ y, Krafft^Khing admet aussi que ces cas rentrent dans la categorie du •adismo.

l’inversion sexuelle

£hin" considère la tendance masochiste, chez l'homme, comme une pen^ersion ayant beaucoup d'analogie avec l'inversion sexuelle. 11 admet notamment que le phénomène de soumission est un état normal du coté psychologique de l'amour chez la femme, tandis que chez l'homme c’est le désir de domination qui existe normalement. Dans le cas contraire, quand c'est l'homme qui recherche la soumission, on a déjà, d'après KraITt-Ebing, affaire à une forme particulière d'inversion sexuelle, en ce sens qu'il faut considérer comme morbide l'existence chez l'homme d’un phénomène qui normalement doit exister chez la femme. Je tiens à insister avec détail sur cette idée fort ingénieuse, qui pourtant n’est pas à l'abri de certaines objections.

Celte conception de V. Krafft-Ebing a été, du reste, déjà formulée par Ramdohr vers la lin du siècle dernier. On sait que J.-J. Rousseau n'éprouvait d'excitation génitale que lorsqu'il était battu par la femme aimée, et Ramdohr, en analysant les amours de Jean-Jacques, arrive à cette conclusion que ce philosophe aimait et sentait à la façon d'une femme. Il préférait toujours jouer le rôle passif.

Le masochisme a existé de tout temps, et à certaines époques il a régné d'une façon épidémique. Un malade de V. Krafft-Ebing compte parmi ces époques le Moyen âge avec ses chevaliers et ses courtisans, soumis à leurs dames comme de véritables esclaves. Rien qu’à un plus faible degré, le même phénomène existait déjà dans la Rome des Césars, ainsi qu’il résulte des écrits des poètes et des écrivains de cette époque. Ramdohr insiste sur ce point que, dans les élégies des poètes de cette époque, la femme aimée est présentée comme la maîtresse et l'homme amoureux comme un esclave chargé de fers.

La soumission d'une personne à une autre peut être psychique ou symbolique, ou bien revêtir un caractère physique.

L’iSVEnSIO.N SEXUELLE

lf)8

V. Krafft-Ebing insiste avec raison sur ce fait que le désir qu'ont certaines personnes d'arriver à l'excitation sexuelle au moyen d'une douleur très réelle, se rapproche beaucoup du masochisme on en constitue même une forme bien déterminée. Chez les hétérosexuels, le fait s'observe souvent sous forme de flagellation c’est-à-dire le désir d'ètre frappé de verges par la femme aimée ; dans tous ces cas, c'est la llagellation sur les fesses qui joue le rôle principal.

Le même phénomène se rencontre aussi chez les homosexuels. Un uraniste que je connais désire souvent être battu par son compagnon et, pour arriver à ce but, il ne trouve rien de mieux que d'exciter sa jalousie. « Une petite scène de jalousie, me disait-il, met mon amoureux dans une excitation jiarticulière, et il finit par me battre. Mais les coups, quand ils viennent de lui, sont pour moi la source des plus grandes jouissances. Je me pâme quelquefois pendant qu'il me bat ».

Un autre uraniste m'a communiqué son autobiographie que je cite ici au point de vue du masochisme. « Les représentations mentales que j'ai au moment où je m'adonne à la masturbation sont de nature sexuelle. A l'àge de 10 à 12 ans je me représentais être soumis à un homme qui m'excitait de diverses façons ; plus tard, quand je devins plus grand, le rôle que je m'imaginais jouer dans l’acte sexuel était toujours analogue a celui de la femme. Les baisers sur l’anus et tout le corps agissaient d’une façon excitante ; mais avant tout j'éprou-

• Depuis longtemps certains auteurs consitlCircnt la flagelI.ation des fesses eoinme excitante. V, sous ce rapport il. J, Meibomius, Von der Nützîichkeit der Geisselhiebe, dont la première édition remonte à 1639; puis, Df v.iu flagclloruiHt 1670, par Th, ftart/iofift; viennent ensuite : La ltagellalio:i et Son action sur les penctiants sexuels, par D-... 178S {en français) ; èVagr.Vum sa/utis, 169S, par K. F. Paullini, Consult, aussi sous ce rapport les écrits de Heine chez lequel on trouve dos données nombreuses sur cette question.

L'iNVERSIUN SEXl'ELLB

Tais le désir d’étre ballu, principalement sur les fesses, par rhonime a’ .;é. Je crois que c'est avec volupté que je me serais soumis à tous les mauvais traitements. J'aurais été heureux de recevoir des coups et certain d’éjaculer. C’est une soumission servile à l'homme aimé, allant jusqu'au sacrifice complet de la di^mité et marchant de pair avec une fantaisie sans bornes ».

Je connais un autre uraniste qui n'arrive à la satisfaction complète, à l’éjaculation, que si l'homme avec lequel il entretient des rapports lui frotte avec une brosse le dos jusqu’au sang ; cet acte lui est indispensable pour arriver à la jouissance.

V. Krafft-Ebing fait encore entrer dans la catégorie du masochisme un certain nombre d'autres phénomènes. C'est ainsi que certains actes répugnants, ayant leur source dans le désir d'humiliation et d'abaissement de la personne, se rattachent au masochisme. Parmi les faits de ce genre, le plus répugnant qui m'ait été communiqué, se rapporte à un uraniste étranger dont la plus grande passion consistait à oscula ap~ plicare ad anum alterius. Par l'accomplissement de cet acte, l'uraniste en question, un homme de 30 ans, entre en érection et éjacule. Je connais un autre cas tout à fait analogue.

Il e.viste des hommes qui. tout en rcclierrhant avec la femme des rapports sexuels, n’éprouvent une entière satisfaction que lorsque urinam miilieris bibunl. Le même fait se rencontre quelquefois chez les homosexuels, et on trouve des uranistes qui n’ont de satisfaction sexuelle complète que si aller immiltit urinam in os projirium. C’est à celte condition seulement que l'uraniste passif est capable d'éjaculer.

V. Krafft attribue au masochisme un grand nombre de cas de fétichisme. Ainsi, pour lui, le fétichisme de la bottine et du pied a pour origine une idée purement symbolique. En effet, recevoir un coup de pied veut dire être humilié et, comme

L INVERSION SEXCELLE

nous l’avons déjà vu, c’est ce désir d'humiliation de sa propre personnalité qui domine l'uraniste. V. Kraift-Ehiug admet donc que, sans que le fétichiste de la bottine s'en rende compte lui-méme, cette rehition entre l'amour pour la bottine et le désir d'humiliation personnelle existe très réellement et constitue la source du fétichisme, c'est-à-dire du désir inconscient de s'abaisser devant la femme. Un grand nombre de faits plaident en faveur de cette h}^pothèse. Je connais, par exemple, un homme qui est en même temps masochiste et fétichiste de la bottine : cet homme est excité se.xuellemcnt avec la même facilité par une bottine que par le sentiment d'ètre humilié par une femme. C’est ainsi que certains cas de fétichisme peuvent être rapportés au masochisme.

Je crois pourtant que l’opinion de V. KralTt-Ebing n’est pas à l’abri de toute objection. Il reste toujours difticile d’expliquer, par exemple, pour quelle raison le fétichiste reporte sa passion soit sur des bottines à talons hauts, soit sur des bottines à boutons ou encore des bottines vernies. Si l’on considère la relation étroite qui, dans certaines conditions pathologiques, unit l'instinct sexuel et l'odorat, on pourrait croire que le fétichisme de la bottine doit s’expliquer peut-être par la forte odeur qui adhère aux pieds ou aux bottines

Disons, pour terminer, qu’en 181>8 Tardieu avait déjà publié l’observation d’un homme qui entrait en jouissance lorsqu'un autre homme lui marchait sur l’orteil. D'après le même auteur, certains pédérastes se mettent à genoux devant les enfants malpropres et leur embrassent les pieds avec passion. Enfin, dans un intérêt tout historique, citons encore les tendances masochistes de Néron, qui a inventé le jeu suivant. D se faisait

* Bi<?n que la théorie de V. Krafft-Ebing n'explique pas tout, il faut pourtant considérer ce rapprochement entre )f> masochisme et le féticùisae comme le pins "rand progrès accompli dans l'étude théorique de la perreraion sexueile.

l’inversion sexuelle

coudre dans la peau d’une bùte féroce et se précipitait ensuite sous cet accoutrement sur les parties génitales d'hommes et de femmes attachés à un poteau. Et quand cette passion sauvage était satisfaite, il se laissait, d’après Suétone *, posséder par Doryphore son affranchi. C’est Doryphore qui jouait le rùle de l’époux, comme auparavant Sporus jouait le rôle de la femme, et pendant l’accouplement .Xéron imitait les cris des vierges qu’on viole !

Il existe encore une forme particulière de la perversion sexuelle qu’on trouve aussi bien chez les hétéro-sexuels que chez les homo-sexuels, et qui n’a pas encore été décrite. Je crois qu’on pourrait la désigner sous le nom de mixoscopie (de n';!c-union sexuelle, et r/ont-.v- regarder). Pour commencer par les hétéro-sexuels, disons qu’il existe des hommes qui trouvent leur satisfaction, non pas dans le coït avec la femme, mais dans le spectacle d’un autre homme pratiquant le coït. Il existe prohahlcmcnt une certaine parenté entre ce phénomène et le masochisme ’ si bien étudié par V. Krafft-Ebing. Il est possible que l’excitation soit provoquée par la douleur de voir la femme être pos.sédée par un tiers, et je connais plusieurs cas d’individus n’arrivant à l’e-xcilalion génitale que de celle façon. Le même phénomène s'observe chez les homo-sexuels, et Tarnowsky a publié un cas analogue du plus haut intérêt. 11 s’agit de deux garçons auxquels un homme avait appris à se masturber. Lui-même se contentait de les regarder et intervenait quelquefois, mais seulement en pédéraste. Cet état ne

< Suétone, Biographie des Osars, traduite en allemand par A. Stahr.

s Dans Sa * Vénus eu fourrures » Sacher Sftuoch décrit un cas analogue Voici un passaj^e de cette nouvelle : « Je trouve dans la soutT rance une exci* talion particulière ; la tyrannie* la cruauté et avant tout l’infidélité d'une jolie femme augmentent ma passion... Pour s’attacher un homme pour toujours, il ne faut pas être hdèle. Quelle est la femme honnête qui fut jamais adorée autant qu’une hétaïre ^ Dans rinlidélité de la femme aimée se trouve un charme douloureux qui est lu jouissance suprême. »

s'emparait de l’individu en question que par périodes. Toujours est-il que le fait de trouver sa satisfaction dans la pédérastie des autres, doit être considéré comme pathologique.

A nie de Cnprèe, l'empereur Tibère se contentait aussi d’assister en spectateur aux actes sexuels entre jeunes gens, et c’est de celte façon qu’il pouvait encore éprouver une excitation sexuelle.

A côté du masochisme, il faut encore étudier le sadisme, qui est l'étal opposé du masochisme, et se caractérise par ce fait que le penchant sexuel se manifeste par le désir de battre, de maltraiter et d'hurailier la personne aimée. Le mot sadisme vient du fameux romancier français le marquis de Sade (1710-181 1), qui fut condamné à la peine de mort pour sodomie, empoisonnement et autres crimes, et écrivit en prison des romans dans lesquels il établissait une parenté étroite entre la volupté et la cruauté. Un grand nombre d’auteurs ont déjà insisté sur les rapports qui existent entre la volupté et la douleur, et ont soutenu que ce qui pour l’un est une douleur peut, dans des conditions pathologiques, constituer pour un autre une source de jouissances. Parmi ces auteurs nous pouvons citer Hlninroder, V. Kralfl-Kbing, Lombroso et d'autres. 11 existe do nombreux exemples qui montrent que la douleur de la victime provoque des sensations voluptueuses chez celui qui martyrise. .Mais ce qui caractérise vraiment le sadisme, c’est un ra()port étroit entre ce besoin de martyriser et les fonctions génitales. Par conséquent, il ne faudrait rapporter

au sadisme une action cruelle ou brutale * que dans le cas ou cette action constituerait une excitation indispensable à l’accomplissement du coït*, ou le supplément nécessaire do celuici. Dans l’amour normal on peut déjà trouver certains faits constituant un sadisme très atténué, comme le plaisir que la personne qui aime peut trouver à chagriner la personne aimée par des moqueries et des taquineries.

Les actes de cruauté auquelsle sadiste se livre, dans des conditions pathologiques, sur la femme, et qui lui procurent la satisfaction sexuelle, peuvent consister à la battre, à la blesser, à lasouillerde mille manières, à l’attacher, à la tuer meme, co qui, dans ce dernier cas, constitue ce qu’on appelle un meurtro passionnel. Il est probable, du reste, que le viol est souvent provoqué par des tendances sadistes. Ainsi, V. Krafft-Ebing rapporte le cas très intéressant d’un homme auquel le coït no donna qu’une seule fois une sensation de volupté ; c’est lorsqu'il viola une jeune fille. Lorsque plus tard la môme jeune lillo consentit au coït, l’homme n’éprouva plus aucune jouissance.

11 est difficile de dire avec certitude si certains faits historiques doivent être attribués à la perversion sexuelle en général et au sadisme en particulier. 11 est pourtant certain qu'un

i Par conséquent, quand on dit (Physiologie de l'amour moderne. Ftarments d'un ouvrage de Claude Larchev, recueillis et publiés par Paul Pour- Paris, i$91) : « 11 y a comme un sadisme personnel dans notre complaisance dans certaines sortes de douleurs, » la proposition n'est juste que sous certaines restrictions résultant de ce que nous venons de «lire.

9 11 peut se faire que le sadiste arrive à éjaculer pendant un acte de cruauté, par exemple en battant une femme, en l’étranglant, en faisant couler son sang, ou bien en voyant tuer un animal. Mais l'acte de cruauté peut aussi n'étre qu'une invitation au colt, c’e$t*à>dire un moyen d'excitation génitale. C’est dans cette catégorie de faits que rentre le cas cité par Hoffman et c. Kt'afft-Ebing, ü savoir l’homme qui ne pouvait avoir de rapport avec des prostituées que si l'on tuait et martyrisait devant lui des poules. Pour plus de détails sur le sadisme, v. la Psychopatia sexualis et les Nouvelles recherches de V. Krafft-Ebing.

LLWTnSlO.N SEXUELLE

iriaiiJ nombre de cruautés historiques n’ont pas d’autre origine. Lorsqu’on lit la vie d'ivau le Terrible, il vient involontairement à l’idée que la cruauté de ce tyran terrible et inhumain tenait peut-être à une perversion sexuelle. Cette supposition est d’autau{ plus légitime que le iils d’Ivan, llimitri, éprouvait une jouissance particulière dans le spectacle des convulsions et du sang des moutons, des poules et des oies qu’on tuait devant lui. On sait que le même phénomène se rencontre aujourd’hui encore chez des pervertis sexuels qui entrent en érection, et arrivent même à l’éjaculation, quand ils voient tuer devant eux des poules et des oies.

A l’étal physiologique, il existe dans le coït des phénomènes qui rappellent le sadisme, bien que le désir conscient de provoquer la douleur fasse défaut. Ainsi, dans celte catégorie de faits on peut citer l’action de se serrer, de s’embrasser violemment pendant le coït. Il peut même arriver qu’on se morde jusqu’au sang, lorsque, comme le relève Roubaud dans son travail remarquable, l’une des parties oublie complètement, dans son extase voluptueuse, l’existence de l’autre partie. Le même phénomène existe aussi chez les uranistes, et j’en connais un qui portait sur son corps des traces de sévices de ce genre. Je ne connais cependant pas de cas de sadisme bien prononcés parmi les homosexuels. On m’a bien dit d’un uraniste qu’il trouvait sa jouissance en maltraitant l’homme qu’il aimait : mais la personne en question a nié le fait et ne voulait même pas avouer ses tendances uranistes qui étaient pourtant bien connues.

D’un autre coté, on a publié ' des actes de sadisme basés sur rhoniosexualilô. Un cas qui rentre bien dans cette caté-

1 On crojait autrefois, lorsqu'un homosexuel avait maltraité ou même tué un individu, que le lait était très fréquent parmi les homosexuels. Pourtant, lorsque Pacte de cruauté a une origine sexuelle, il est très rare et en tons les cas jms plus fréquent que dans les cas d'amour héUrosexuai*

-mt — I

l’iNVEUSION snSlELLE 175

goric a été publié parGj-urkovechUy. Il s'agissait d’un garron de 15 ans, 1’, qui avait un ami, un nommé 11, ùgé de 14 ans. La mère de ce dernier avait remarqué que son lils portait des meurtrissures sur les bras, les reins et les cuisses. On apprit que 11 était payé par P pour se laisser forl^ement pincer pur lui. Quand II criait et pleurait de douleur, P continuait à le pincer d'une main et se masturbait de l'autre. Interrogé. P. a avoué que la masturbation, au moment où B criait, lui procurait la plus grande jouissance. P était épileptique et possédait une hérédité nerveuse très chargée.

On connaît, du reste, par difTérentes publications d’autres cas de sadisme chez des homosexuels; ils se rapportent à des garçons soumis à toutes sortes de mauvais traitements, de mutilations, etc. Plus récemment, on a beaucoup parlé du cas de von Zastrow, rapporté par Ulrichs, en 1809, dans son « Incube ». V. Zastrow recherchait les jeunes garçons impubères, et fut poursuivi devant les tribunaux pour toutes sortes de mauvais traitements qu'il leur avait infligés ; morsures à la face, plaies, arrachement des testicules, etc.'.

A côté de ce cas, IJlrichs a réuni dans son livre un certain nombre d’autres cas de sadisme relevés parmi les homosexuels. Il cite notamment le maître d'école J. Pellanda, de Landsberg, qui, en 1713, avait une telle passion pour les garçons, qu’il leur mordait les joues jusqu’au sang. Il rapporte aussi l’histoire d’un uraniste qui délirait pendant l’acte sexuel, lorsque l'homme avec lequel il avait des rapports et qu’il maltraitait pendant le coït, se tordait de douleur. Il rappelle encore le mot de J. V. Gitrres qui disait que le désir sexuel est frère de l’assassinat, et il fait, à cette occasion, intervenir le mar-

> Peut-êli-e faut-il compter parmi ers faita le cas publié par Karpertitnan dan» aon traité de m.-decine légale, où un homme qui pratiquait la masturbation mutuelle avec un gai\on avait tellement mutilé le pénis de celui-, qu'il eu resta entièrement déiormé.

l’inversion sexuelle

quis de Sade, célèbre par ses cruautés envers les garçons et les jeunes tilles.

Qu’il nous soit permis de rappeler ici deux faits historiques pouvant être rapportés au sadisme chez des homosexuels.

Tibère, après avoir fait boire à des hommes du vin en quantité, leur faisait lier le pénis de façon à provoquer chez eux de violentes souffrances dues à la rétention d’urine aussi bien qu’au resserrement du lien. L’autre fait se passe au Moyen âge. Il a trait à un procès retentissant qui eut lieu en 1410, sous le règne de Charles VII, roi de France. Un maréchal français, Gilles de Laval, sire de Rayes, avait violé et tué un nombre considérable d’enfants, parmi lesquels beaucoup de garçons. Il fut condamné et mourut sur le bûcher en 1440. Il est particulièrement intéressant de constater que Gilles de Laval soutenait qu’il avait été amené à ces atrocités par la lecture de Suétone qui, comme on sait, a décrit la perversion sexuelle des empereurs romains.

Je veux encore citer ici un cas relatif à un homme atteint de perversion sexuelle. Ce cas est très curieux dans son genre, il a occupé beaucoup de personnages officiels, et c’est grâce à leur obligeance que j’en ai eu connaissance. D’après les débats du procès qui eut lieu, on ne peut dire s’il s’agit seulement d’une mauvaise plaisanterie, ou si l’on est vraiment en présence d'une perversion morbide. Quoi qu’il en soit, le cas est très intéressant.

11 s’agit d’un monsieur A, atteint de perversion sexuelle, qui, vivant à l'étranger, avait engagé un domestique B sans le connaître. A fit louer une villa en province et y envoya son domestique, tandis que lui-même restait à l’étranger et lui donnait par lettres ses instructions sur la façon dont il devait recevoir un certain C et le forcer à se prêter à la pédéra.slie, C devait, d'après une lettre de A à 15, se rendre à la villa, porteur d’une lettre de A, et 15 devait faire avec C ce que lui

Digilized by.

in

dirait A. Les instructions envoyées par A à B sont empreintes d'un tel cynisme, que si l'on ne connaissait pas la fin de l'histoire, on pourrait prendre A pour un malfaiteur des plus dangereux. Je donne plus bas les instructions en question, dans lesquelles J’ai traduit en latin les expressions particulièrement obscènes et impossibles à transcrire telles quelles dans un livre. Ces instructions sont adressées par A, uraniste, à B, également uraniste, qui devait forcer C à se prêter à la pédérastie.

Le premier soir où tu auras le bonheur de le surprendre volant les cuillers d'argent', tu fermeras les portes, et lui diras que tu le feras mettre en prison comme un vulgaire voleur. Tu lui diras alors que tu as reçu de moi les lettres qu'il m'avait écrites (et que tu auras déjà brûlées auparavant) et que tu les remettras à la police.

Il sera pris d'une peur atroce et se jettera à tes pieds pour implorer grâce.

■Mors tu lui diras que tu ne le dénonceras pas, mais à la condition qu’il devienne ton esclave, sans être payé, et la meretrix, pour le temps que tu voudras.

S’il consent, tu le dompteras le soir même de cet entretien. Tu lui retireras sa veste et lui attacheras les mains derrière le dos comme à un forçat. Tu ôteras ensuite ses chaussures et ses bas, et ne lui laisseras pour tout costume que son pantalon et sa chemise.

< C. devait donc en apparence être forcé, de cette façon, I se prêter à tous les mauvais traitements ; v. le passage ultérieur où il est dit que C. tara seulement le choix entre resclavage et 1a dénonciation & la police.

178 l’inveksios sexuelle

Tu appelleras tous tes collègues qui habitent la maison. Vous vous mettrez confortablement à table et boirez un petit tonneau de bière que je voas enverrai pour ce même soir, et vous fumerez des cigares que je vous ferai parvenir en même temps.

Lorsque vous serez bien à votre aise, et vestem detrahitii et facitis quæ vullis. 11 sera forcé de vous laver les pieds et vous pouvez semen ejaculare in os smon, vel dvhet oscula dore uatibus vcslris, si cela vous amuse. Vous pouvez vous livrer sur ce garçon aux choses les plus énormes ; il se prêtera à toutes vos fantaisies.

Pour la nuit, on lui mettra des fers au cou et aux pieds, car s'il arrive à s’échapper, c'en est fait de ton pouvoir.

Comme couche, il aura une botte de paille et une vieille couverture : pas de lit.

Tous les soirs il vous lavera à tous les pieds, ce qui est très agréable pendant les chaleurs de l’été.

S’il pleuvait, on lui donnerait des sabots alla qu’il ne prenne pas froid.

Tous les matins tu le feras raser et lui donneras pour cela 10 pfeimings.

11 ne devra prendre la parole que lorsqu’on l’interrogera.

Dioilized bv ta

l'lweiision sexuelle

Lorsque tu auras à sortir, ou qu’il n’y aura personne à la maison, lu lui remettras les fers pour être sur qu’il ne so sauvera pas ni ne fera de sottises.

Quand tu le battras, tu le feras à la fa(;on russe. Tu prendras une échelle que tu mettras contre un mur, puis tu t’attacheras, les pieds en bas, les mains par dessus la tète, au.x barreaux de l’échelle. Ensuite delrahii et vestem {Dénudas eum si vis).

Le corps sera attaché par une corde. Tu prendras ensuite un knout et tu lui en donneras quelques coups sur notes denudalas. Ne le bats jamais de toutes tes forces, car c’est un garçon faible et il soulTrira atrocement là où un homme vigoureux ne sentirait rien.

Chaque fois qu'il ne t’écoutera pas, tu le battras de verges.

Il doit faire tous les ouvrages de la maison.

Maintenant je te décrirai certains plaisirs qu’on ne connaît qu’en Russie et en Turquie.

§ lia.

Les plaisirs en question sont un peu communs, mais quand, comme toi, on possède un garçon auquel on peut faire faire tout, il ne faut pas s’en priver.

Ici, en Russie, il faut payer pour cela un argent fou ; toi, homme heureux, tu l’auras pour rien.

l’iNVEBSION SEXIELIB

Dénudas te tpsum cumque. Deinde collocas te in veiitrem alterque pedes tuos lingua lambere débet, præcipue inter digitos et plant am, longiim tempus ; si erectionem habes, decwnbis eo modo ut alter una manu membrum tuuni altéra, que testiculos tuos fringat ; eodem tempore nates tuas lambere debet linguamque immittere in anum tam profunde quam potest, quoad ejaculationem seminis habes, Id est pulcherrimum quod habere possis.

Dénudas eum ejusque manus illigas post tergum ligasque quoque pedes ; collocas eum in dorsum, faciem superiorem, membrum in ejus os immittis ; si semen tuum ejaculatur, ei non lice t exspuere semen ; potius membrum tuum in a lterius ore manet quoad devoravit ultimam guttam. Simplici modo ad hune finem pervenire potes, bene tenendo nlierius eaput, si semen ejaculatur ; ita debet devorare utrum velil aitnou. C’est le procédé turc.

Quand il aura tout appris, tu m'écriras ; je viendrai alors en personne, et si tout va bien, je te ferai cadeau de 500 marks.

Ce à quoi je tiens le plus, c’est que lingua lambere possit atque in ejus os semen ejaculetur, dum semen non exspuit. H faudra lire tous les jours mes instructions afin de ne rien oublier.

Dans ces instructions tu trouveras tout ce que tu auras à faire avec ton esclave, et je te demande, dans ton propre iiitéièt, d exéjuter à la lettre tous mes ordres.

1,'lNVEnSlOK SEXUELLB

§ Ifi

Comme nourriture tu lui donneras beaucoup de lait, du pain noir, de l’eau, des œufs, des légumes, des choux, des navets, des pois, des pommes de terre. Il n’aura de la viande que le dimanche.

Tous les dimanches il sera libre de 10 heures du matin à midi, et il pourra sortir. 11 pourra alors remettre ses bas et ses bottes. Jamais dans la semaine. Mais s'il ne rentre pas à midi sonnant, U sera battu de verges.

Tu lui apprendras donc les choses suivantes;

1“ Cultiver le jardin et les champs.

2“ Brosser les habits et cirer les chaussures.

3“ Nettoyer l’escalier.

4® Dormir la nuit avec les fers (des fers au cou et des fers aux pieds).

5° Laver les pieds à son maître.

6® Ut in os semen injicialur alque semai dcvorct.

7® Pedes natcsqne larnbere.

Tu sais que je tiendrai parole; liens par conséquent la tienne et fais tout ce que je te dis.

Tous les doux jours tu m’écriras une lettre détaillée, de plusieurs pages, pour me dire ce que tu fais avec ton esclave, et où tu en es de son instruction. C’est ton esclave qui portera la lettre à la poste et la fera recommander ; il t’en remettra le reçu. Je désire surtout qu’il sache que tu m’écris afin yu’il voie bien que tout se fait d’apres mes ordres.

LlNVmSlON SEXL’ELLS

liOi'squ’il vous servira le soir à la maison, vestum detrahen dcbcl. A la maison, en véritable esclave, il doit marcher tout nu et garder tout au plus sa chemise.

Pour, ne rien oublier, tu reliras tous les soirs mes instructions.

Héponds-moi de suite pour me dire si tu te sens capable d'exécuter consciencieusement et à la lettre toutes mes instructions.

Je le livre donc mon ancien domestique, en punition de tous les tours qu’il m'a joués. Tous ses elTets, à l’exception du pantalon, de la chemise et des panloulles, t’appartiennent ; de même l'argent comptant que tu trouveras sur lui.

Je te permets de faire avec lui tout ce que tu voudras, tout ce qui te passera par la tète.

Il a le choix, ou bien de faire tout ce que tu lui ordonneras, et sans être payé ; ou bien être dénoncé à la police.

Pour le moment, tu es son seul maître.

Je viendrai moi-mème le 21 .Vont. J’altends tes lettres tous les mercredis et samedis.

Telles sont les instructions données par à B afin de contraindre (i à la pédérastie.

Comme le lui avait dit A, B loua une villa où il attendit l’arrivée de G. C devait apporter une lettre de et B devait aussitôt retenir le porteur de la lettre. En effet, B reçut un

jour, à la villa, la visite de C, porteur d’une lettre (le A. C parvint toutefois à s’échapper aussitôt et B no put exécuter les ordres de A.

Mais le fait le plus curieux do l'adaire, c’est que, peu de temps après, les autorités mises au courant purent établir que A et C n’étaient qu’une seule et même personne. A voulait donc que B le maltraitât lui-mème, c’est-à-dire le forçât luimème à s’adonner à la pédérastie.

Doit-on admettre qu’il s'agissait là d’une simple plaisanterie, comme A le soutint pendant l'instruction, ou de tendances masochistes greffées sur une pen'ersion sexuelle 7 La fuite de A au moment où B, commençait à appliquer sérieusement les instructions reçues, ne constitue pas une preuve contre la prévention de masochisme, car A a pu ne pas trouver à son goût la personnalité de B qu'il ne connaissait pas auparavant. 11 est aussi possible que, malgré ses tendances masochistes, A ait eu peur, au dernier moment, devant les mauvais traitements qui l’attendaient. 11 me parait impossible de voir dans des préparatifs aussi bien combinés une simple plaisanterie. Et si l’on n’accepte l’idée de masochisme, toute cette histoire doit être attribuée à une sorte d'irresponsabilité complète de A, âgé à ce moment de 3ü ans.

Nous venons d’étudier, parmi les perversions sexuelles se rattachant à l'inversion du sens génital, le fétichisme, le masochisme et le sadisme. 11 nous reste maintenant à dire quelques mots de certaines perversions qu’on rencontre du reste aussi bien chez les hétéro que chez les homo-sexucls.

l'inversion sexuelle

De même qu’il se trouve des hommes hétéro-sexuels qui s» sentent attirés, non pas vers la femme faite, mais vers la petite fille impubère, de même on rencontre des uranistes qui recherchent non pas l'homme, mais le petit garçon. Nous avons déjà dit que ce phénomène était particulièrement fréquent dans l'ancienne Grèce, comme le montre, du reste, un certain passage du banquet de Platon où Pausanias demande une loi contre-' l'amour pour les garçons. Dans une affaire qui passa devant les tribunaux d'Amiens en 18ü6, il était question d'un homme qui attirait de jeunes garçons et se livrait sur eux à des actions obscènes. Cette affaire a été publiée eu détail par Tardieu *.

Il ne faudrait pas croire que, dans tous les cas d'inversion sexuelle, il existe une sorte de répugnance à entretenir les rapports avec de jeunes garçons. 11 existe des uranistes adultes qui se sentent attirés vers des individus du sexe masculin n’aj-ant pas leur puberté, et dépourvus de barbe. On constate très souvent que, dès leur enfance, les uranistes se sentent attirés vers leurs camarades, c’est-à-dire vers des enfants, des garçons. Chez les homosexuels ce phénomène existe aussi, seulement il est beaucoup plus rare.

Un fait analogue à cet amour des uranistes pour les garçons se rencontre quelquefois chez des femmes qui entretiennent des rapports avec des garçons encore très jeunes. Anjel • a publié un cas de ce genre

Tarnowsky cite le cas d'un homme de 2G ans, psychopathe

1 D’autrea caa analo^es aont rapportés dan» le traité do miMectno légale de Casper-Liman. Quelques-uns de ces cas aont entachés de sadisme, qu'on rciicontro plus souvent dans les rapports e&U'a homme adulte et eniauts qu'entre uranistes aduUeti.

* Arch. f. Psychiatrie, 1884. xv.

• Les cas do femmes adultes entretenant des rapports avec des garçons très jeunes sont encore assez fréquents. Tardieu a pu réunir 10 de ces observations, dont quelques-unes de Vecergie et de Camper. 11 s'agit près*

l'inversion sexuelle

au plus haut degré, qui pratiquait la pédérastie avec un garçon de 2 ans. L’observation est de S. \V. Mierzejewski.

A ce penchant pour les jeunes garçons il faut opposer les cas de passiou pour les vieillards à barbe blanche. Je connais un cas de ce genre qui se rapporte à un jeune avocat. Au point de vue de la dégénérescence psychique, Tarnowsky considère cette passion pour le vieillard comme de très mauvais augure. Je ne crois pourtant pas que cette sorte d’inversion sexuelle puisse servir a mesurer le degré de la dégénérescence psychique.

Parmi les autres perversions qu’on rencontre chez les uranistes, je puis encore citer l'excitation provoquée par les statues. Certains uranistes vont jusqu'à embrasser les statues d’hommes qui leur plaisent. Un malade exprimait à V. Kraflt- Ebing son mécontentement au sujet des feuilles de vignes qui, chez les statues d’hommes, remplacent les organes génitaux Athénée raconte l’histoire d’un grec qui, s’étant amouraché de la statue de Gupidon, accomplit sur elle l’acte sexuel.

Le viol des cadavres (la nécrophilie) n’est pas limité exclusivement aux cadavres d’un autre sexe. Du reste, pour V. Krafft-Ebing ce phénomène est do nature sadique. On connaît d’ailleurs le cas publié par S. Michéa.en 1849, d'un sergent, du nom de Bertrand, qui couvrait les cadavres de baisers, les caressait, les embrassait et les violait linalemcnt ; d'autres fois, il coupait le cadavre en morceaux et se masturbait en les regardant. Bertrand accomplissait aussi bien ces actes avec des cadavres des deux sexes.

n existe encore d'autres perversions qui sont du domaine de l’inversion sexuelle. Je connais un uraniste qui n’exige pas

que toujours de garçons de 5 à 13 ans et de femmes de 18 à 30 ans, le pîus souvent des domestiques. Mais, dans un eus de Casper, il s'agit d'une lui-ie qui ahii^tait de son fUa, ûgé de 0 ans.

t Une remarque absolument identique me fut faite par un autre uraniste.

LLWEnSIOS SEXUELLE

que son compagnon lui touche les organes génitaux : il se contente d'une excitation générale du sens du tact. Il se fait frotter par son compagnon le corps, la peau du front et de la nuque : cela lui suflit pour entrer en érection et avoir une éjaculation. Cette excitation sexuelle par irritation tactile s'observe aussi dans les rapports bétéro-sexuels.

L'inverse a souvent lieu, c'est-à-dire que l’excitation d'une partie du corps d'un uraniste provoque chez l'autre l'éjaculation. On m'a raconté le cas d'un homme qui entrait eu érection, et arrivait à éjaculer, lorsqu'il léchait l'intérieur de l'oreille d'un autre homme.

Je terminerai ici le chapitre des phénomènes de perversion observés dans les cas d'inversion sexuelle. Le sujet est loin d’être épuisé ; pour en faire une étude complète, il faudrait écrire tout un livre et tenir compte de l'individualité de chaque malade et des particularités de sa perv'ersion.

Il aurait été intéressant d'en faire une étude comparative suivant les époques. Les livres relatifs à l’histoire de l'amour sont muets sur ce sujet. Je crois pourtant que, dans des époques dilTérentes, la perversion sexuelle a varié dans certaines limites, et cette supposition me parait pouvoir se baser sur les changements fréquents de la mode. J’ai déjà étudié plus haut l'influence du costume sur l'instinct sexuel. Les changements de mode doivent donc exercer une influence sur ce phénomène ; ainsi, si nous prenons pour exemple un fétichiste de la bottine, il faut bien admettre que le fétichiste moderne n’est pas excité par la même bottine que celui du siècle der-

lYweiikiox sexuelle 187

nier. L’influence de la mode sur l'instinct sexuel et, plus encore, l'influence de l’instinct sur la mode, me parait liors do doute *. 11 est démontré aujourd’hui que les nouvelles modes sont imposées souvent par le demi-monde, et nos danies ne font aucune opposition pour les adopter. II. Schullzedit (Les Folies de la Mode) dit ceci : « C’est un fuit démontré qu’un grand nombre de modes nouvelles, les jupes, les garnitures, les chapeau.x fantastiques, etc., nous viennent des célébrités du demimonde parisien, et n’en acquièrent pus moins lu vigueur d'une loi draconienne. 11 est notoire que le beau-monde parisien connaît cette source, mais cela ne l’empèche pas de prendre pour modèle les femmes du demi-monde, qui font la loi ».

* On trouvera des matériaux précieux rolatifs au (étichisme du costume dans la nouvelle (2“*) édition des « Neue Forschungen aiif dern Oebiet der Hijchopatbia sexualis » par v. Krafft-’Ebing^ 1891. Celte édition a paru quand mon livre était déjà sous presse*

l’hermapbbodisme psycho-sexuel

Nous avons d<5jà vu qu'il existe des hommes qui sont attirés tantôt vers l'homme tantôt vers la femme. Casper avait déjà parlé de ces individus qui ont des rapports tantôt avec des hommes tantôt avec des femmes, et il attribuait ce phénomène à une sorte de dégoût pour les femmes survenant chez des hommes qui en ont abusé. Il ne connaissait évidemment pas les cas dans lesquels la prédisposition morbide à l’hermaphrodisme ps}'chique existe dès le début et se manifeste, suivant les circonstances, sous forme de désir sexuel tantôt pour l'homme, tantôt pour la femme. 11 parait du reste que, dans l’antiquité, et principalement dans l'ancienne Grèce, riiermaphrodisme psychique existait déjà.

V. Kraiït-Ebing, qui a cherché à classer les divers degrés d’inversion sexuelle congénitale, a établi les formes suivantes ; 1® L’hermaphrodisme psychosexuel dans lequel , avec une prédominance marquée des tendances homosexuelles, on trouve des traces de tendances hétérosexuelles. 2“ L'homosexualité ; toute tendance vers l'autre sexe est absente, et le penchant, sexuel ne porte que sur les individus du inêine sexe. 3“ L’elTéminalion, dans laquelle tout le côté

Digi’.i.: -

l’inversion sexuelle

psychique de l'individa subit une déviation en rapport avec son inversion sexuelle. 4* L’androgynie, dans laquelle il existe même une tranformation physique en rapport avec l’inversion sexuelle. — Cette division de V. KralTt-Ebing est très pratique, et il est certain qu'un très grand nombre de cas d’inversion sexuelle peuvent être rangés dans l’une ou l’autre de ces catégories. Toutefois, on peut quelquefois rencontrer des difücultés de classement, ce qui n’a rien de surprenant. C’est ainsi que, dans certains cas d’elTémination très accusée, j’ai vu des hommes, dont toute la façon d’ètre et d’agir rappelait celle de la femme, avoir par moment des rapports avec des femmes et y trouver une satisfaction complète. Les cas de ce genre rentrent donc en même temps dans les groupes 1 et 3.

Je voudrais toutefois élargir davantage cette notion de rher^ maphrodisme psychosexuel. Je connais notamment une série de cas où le penchant hétérosexuel prédomine d'une façon très nette et où, pourtant, les individus sont pris de temps en temps de désirs homosexuels. Ces individus devraient compter parmi les hermaphrodites psychosexucls, bien que ’V. Krafft-Ebing admette que, dans ces cas, le penchant hétérosexuel ne se trouve qu’à l'état rudimentaire. Dans tous les cas, je crois qu’en raison de la quantité des cas de transition, il ne faudrait pas exclure de l’hermaphrodisme psychosexuel les cas dans esquels le penchant alternatif pour l’homme et la femme ne dure que peu de temps ou s’étend sur toute une période de la

l'ixversion sexuelle

On comprend facilement que l’inversion sexuelle ne se sépare pas de la vie sexuelle normale d'une façon bien nette, comme par un fossé infranchissable. Comme partout, on trouve ici des cas intermédiaires allant d'une simple trace d’amour homosexuel jusqu’à l’uranisme le plus accusé.

Cliez un individu, par exemple, on trouvera le désir passager de toucher simplement l’homme qui lui est sympathique. Ce désir, une fois satisfait, disparait immédiatement, pour ne plus j.amais reparaître.

Un autre individu éprouvera un penchant très vif pour un homme et sera saisi d’inversion sexuelle chaque fois qu'il le verra, tandis que, à part cela, il sera tout à fait normal au point de vue sexuel.

Un troisième ressent déjà une excitation sexuelle non seulement à la vue de tel ou tel individu, mais aussi à la vue d’hommes rentrant dans une catégorie déterminée, hommes vigoureux à cheveux blonds, par exemple ; et quand il ne se trouve pas en présence d’un homme de cette catégorie, ses sensations sexuelles restent normales. Un homme, qui a été en proie à cette forme d’inversion sexuelle, m’a décrit sou état de la façon suivante :

« Mon mal consistait en ce que j’étais continuellement

lancé des sensations féminines au.x sensations masculines, et inversement. Le corps d’un homme exerçait sur moi une influence irrésistible et surexcitait mon imagination,mais en même temps j’éprouvais le désir passionné d’embrasser une femme. Pendant mon enfance, j’étais déjà excité par la beauté de l’homme et de la femme. Depuis l’àge de 7 ans, je me Suis adonné à une masturbation effrénée en pensant, pendant l’acte, à des hommes. Par deux fois je suis parvenu à m’échapper de cet enfer; maintenant cela ne m’èst plus possible. Mon imagination maladive me fait considérer comme particulièrement désirables les hommes blonds, vigoureux, en pleine santé. Cet

l’invkrsios sexlelle

état m'est très pénible, mais je ne puis pas y résister. Ce qui me fait surtout perdre la tète, ce sont les cuisses et les hanches des hommes ; de même un pénis très volumineux »

L'homme en question est aujourd'hui entièrement guéri de son penchant homosexuel. 11 est en tout cas curieux de voir que les hommes bruns lui étaient indifférents et qu'il n'était excité que par une tète blonde « vraiment germanique ».

Un autre encore pourra présenter un égal penchant tanlèt pour le sexe masculin, tantôt pour le sexe féminin, qu'il s'agisse des blonds ou des bruns, des blondes ou des brunes.

11 existe encore d’autres variétés où l'inversion sexuelle prédomine, le penchant hétérosexuel n’apparaissant qu 'accidentellement. Quelquefois, comme le fait observer V. Krafft- Ebing, ce penchant ne se manifeste que dans les rêves e* joue un rôle tout à fait secondaire dans la vie ordinaire.

On peut trouver, dans la vie de certains uranistes à inversion sexuelle typique, de courts épisodes où ils se sont sentis attirés vers une femme. Je connais le cas d’un uraniste endurci qui, dans un bal masqué, avait rencontré une jeune fille vers laquelle il se sentit attiré : il eut avec elle des rapports sexuels. Mais, après l’acte, il fut pris d'un tel dégoût, qu’il s’enfuit pour ne plus jamais la rencontrer. Dans un autre cas, un uraniste fut pris d’une passion violente pour une jeune lille et crut pouvoir la satisfaire par un rapprochement sexuel; seulement, par suite de la différence des conditions sociales, il ne parvint jamais au but. Les faits de ce genre ne sont pas très rares dans la vie des uranistes.

Quelques-uns sont convaincus de rinulililô des rapports avec la femme. Quand ils ont un penchant passager pour les femmes, ils préfèrent attendre patiemment le retour de leurs goûts homosexuels. Tel est le cas d’un nommé X. X a pratiqué souvent le coït avec des femmes et il y trouvait pleine et entière satisfaction ; pourtant, i! ne croit nas pouvoir se débar-

rasser à jamais de l’amour pour les hommes car, à la simple vue d'un homme qui lui est sympathique, il se manifeste chez lui une excitation génitale. X affirme qu'il ne tentera plus d'avoir des rapports hétérosexuels, quand même il se sentirait attiré vers la femme.

D’autres, au contraire, cherchent à utiliser ces périodes pour avoir des rapports avec des femmes.

Dans certains cas on est obligé d’admettre que le penchant homosexuel survient d’une façon périodique, fait sur lequel Tarnowsky insiste d’une façon toute particulière. Tarnowsky compare cet état à la dipsomanie, pour cette raison que, dans les deux cas, il existe une conscience de l’impossibilité de toute résistance. Tarnowsky cite également des cas très intéressants d’individus à inversion sexuelle périodique, qui savent d’avance à quel moment ils seront pris de leurs accès ; les malades en question prennent alors des arrangements pour que tout se passe en secret et échappe à leur entourage.

V. Krafft-Ebing croit que les hermaphrodites psychosexuels ne sont pas très rares. Comme ces hommes sont souvent mariés et ne manifestent que par moment de 1a froideur à leurs femmes, leur conduite ne parait pas suspecte. Je connais personnellement plusieurs de ces hermaphrodites, qui ont des rapports tantôt avec leur femme, tantôt avec des hommes.

Chez un grand nombre d’hermaphrodites, le sexe de l’individu vers lequel ils se sententsexuellenient attirés ne joue en général aucun rôle. Ils ont un penchant pour un certain type, et le sexe du type n’est, pour eux, d’aucune importance. Ce qui joue le rôle principal dans leur passion, c’est la lèle de l’individu, les uns aimant une tète blonde avec des cheveux coupés court, d’autres des traits fins, etc., abstraction faite de ce que la tète appartient à un homme ou à une femme. Cei tains uranistes ne sont excités que par des femmes à l’aspect

LINVEnSIO.N SEXUELLE 193

masculin, par des femmes, par exemple, qui portent les cheveux courts.

J’ai remarqué qu'un certain degré d’hermaphrodisme se rencontre assez souvent avant le développement complet des organes génitaux. On sait du reste que le penchant de certains garçons pour d’autres a décidément un caractère sexuel et qu’après la puberté ce penchant disparaît de plus en plus. Ce qui prouve l’existence d’un penchant sexuel avant la puberté, c’est que ces garçons ont souvent des érections quand ils jouent avec leurs camarades et les embrassent. Cet hermaphrodisme psycbosexuel avant la puberté me parait particulièrement fréquent dans les cas d’inversion sexuelle. Un de mes malades, fétichiste de la bottine, dont l’histoire se trouve publiée en détail dans la dernière édition de la P.tychopalkia sexualis de V. Kralft-Ebing, fut pris de ce fétichisme pendant son enfance. Enfant, il voulait toujours embrasser les bottines de son professeur, couvrait de baisers les bottines de ses camarades ; vers la même époque il éprouva une passion pour les bottines d’une petite fille. Après la puberté, ce penchant devint hétérosexuel en ce sens que son fétichisme ne portait que sur des bottines de femmes, de femmes du monde en particulier.

Niemeyer ' insiste aussi sur la passion que certains garçons

i A. H. Niemeyer, Grundsætze der Erziehung und des Unterrichts. 3 Bde. IX Aud. Halle, 1834-1S35. Ce livre, qui envisage les phénomènes sexuels au point de vue pédagogique, mérite d'élre cité. L'auteur étudie celte question

l'inversion sexlelle

Éprouvent pour d'autres, cette passion n'étant pas sans analogie avec l'amour. D'après lui, c'est le réveil de l'instinct génital qui se fourvoie et ne trouve pas sou chemin.

Quand l'instinct génital est inverti, cette inversion peut se manifester avec une intensité plus ou moins grande. Parmi les hétérosexuels, tel ou tel individu éprouvera un penchant sexuel |ilus ou moins violent : il en est de même chez les homosexuels, mais chez ces derniers, les hyperesthésies ou les exagérations de ce penchant paraissent plus fréquentes.

L'aversion pour tel ou tel sexe peut aussi varier beaucoup comme intensité, et, depuis la simple antipathie sexuelle, jusqu’à l'horreur la plus intense, on peut trouver de nombreux intermédiaires (V. Krafft-Ebing).

Si l'on se rapporte à un cas publié par Westphal, il existerait une forme incomplète d’inversion sexuelle, en ce sens que l’homme très efféminé et ayant du goût pour les costumes de femme, est sexuellement attiré vers la femme. Cet état peut survenir périodiquement. L'n malade de Westphal qui présentait cette forme, disait que lorsqu'il arrive à triompher de son penchant, il est pris d’accès d'angoisse qui ne disparaissent que quand sa passion est satisfaite. Ce malade qui niait avoir des rapports avec des hommes, présentait, dans sa vie ordinaire, une effémination complète. Il jouait les rôles de femmes dans une troupe de comédiens et adorait s’occuper d’ouvrages de dames.

Westphal insiste avec raison sur les difficultés qu’on éprouve à comprendre ces malades. 11 arrive souvent que les

tans fausse pt^danterîe. La vérité ne loi parait être ni dans l’ignorance dans laquelle on tient les enfants pour tout ce qui sc rapporte à l’instinct sexuel, ni dans l’enseignement trop complet, surtout quand ü s’agit de faire disparaître chez les enfants les mauvaises habitudes, yiemeyer cite Qutnrt^iVn et Rousseau pour prévenir les maîtres du mauvais effet que peuvent avoir les punitions corporelles. Gtons encore, à propos de Rousseau, Tétude de Moebius sur la maladie de J. J. Rousseau,

LlNVEnSIOS SEXUELLE

hommes s’habillent en femme pour pouvoir plus commodément commettre des vols et mettre la police sur une fausse piste. Ce point était à envisager dans le cas cité par W’cstphal, car son malade avait en effet commis antérieurement une série de vols. Westphal arriva pourtant à se convaincre que son malade avait un désir morbide du s'habiller en femme.

TIOLOGIE

Les causes de l’inversion sexuelle sont nonabreuses et différent avec chaque auteur. Casper divisait les malades en deux groupes, l'un dans lequel le penchant pour le même sexe était congénital, et l'autre dans lequel il était acquis, par suite d'abus de coït avec la femme, abus provoquant une sorte de dégoût Nous verrons plus loin que ces idées de Casper sont encon partagées aujourd'hui entièrement ou en partie par un grant nombre d’auteurs. C'est ainsi qu'à côté des deux groupes de Casper, Gley ' admet l’existence d’un troisième dans lequel l'inversion sexuelle est dû à ce que l'acte accompli d'abord par curiosité malsaine devient plus tard une habitude. Tarnowsky accepte d'une façon générale la division do Casper, mais fait en même temps rentrer dans le second groupe les cas d’inversion sexuelle due à la mauvaise éducation, au mauvais exemple, à certaines maladies mentales. Mantegazza ne s’étend pas beaucoup sur l’étiologie de l’inversion sexuelle dans son étude anthropologique et historique des rapports sexuels chez l’homme. Pour lui l’origine de toutes les per-

Revue philosophique, 1864. Vol. XVII, p. 66. GUÿ. Let &b«rratioos de |*instinct sexuel, d'après les travaux récents.

l'lnversion sexuelle

versions sexuelles peut être ramenée à deux causes ; la difficulté de pratiquer le coït à l’état normal et le désir de se procurer un nouveau plaisir. V. Krallt-Ebing distingue aussi l’inversion sexuelle acquise de la congénitale. 11 croit que certaines causes (que nous énumérons plus loin), et principalement l'abus sexuel et l’onanisme, peuvent, plus tard, provoquer l’inversion sexuelle chez un individu normal. Ces causes interviendraient surtout avec efficacité à l’époque du développement des organes génitaux, opinion partagée également par Tarnowsky. Contrairement à l’inversion sexuelle acquise, l’inversion congénitale est entachée de perversion dès le début, sans qu’il ait existé auparavant un penchant pour la femme.

Pourtant la plupart des cas d’inversion se.xuelle considérés comme acquis ne me paraissent pas bien probants. Il n’est guère possible d’entrer dans des considérations générales pour soutenir que, dans la plupart de ces cas, l’inversion sexuelle existait déjà à l’état latent, pendant l’enfance. La classification consciencieuse de V. Krallt-Ebing ne renferme que très peu de cas de perversion acquise, et je suis convaincu que même ceux-là ne sont pas à l’abri de toute objection, en ce sens que la perx'ersion sexuelle y précède plutôt le penchant hétérosexuel.

Ainsi, l’observation 72 de cet auteur ne prouve nullement l’existence de l’inversion sexuelle acquise ni sa différenciation de l’hermaphrodisme psychique. Le malade en question, que V. Kratît-Ebing considère comme un cas d’inversion sexuelle acquise, pratiquait à l'àge de 12 ans, par conséquent avant d’aller avec des femmes, la masturbation mutuelle avec son frère. Pendant la masturbation, à laquelle il s’adonna pendant longtemps, il se figurait être une danseuse et avoir des rapports avec un officier. Quand le malade restait longtemps sans se masturber, il désirait avoir des rapports avec des femmes ; mais ce fait est plutôt en faveur de l’hermaphrodisme psycho-

sexuel, bien que les rêves érotiques du malade aient toujours porté sur des femmes.

Les idées singulières de ce malade pendant qu'il se masturbait ont précédé chez lui les désirs hétérosexuels, et ces idées portaient très nettement un caractère d'homosexualité.

L’autre observation de V. Krafft-Ebing, l’observ. 73, n’est pas non plus à l’abri de toute objection, car on trouve dans l'histoire de ce malade, pendant l’époque de son développement, des phénomènes très nets d’hermaphrodisme ps)-chosexuel. 11 existe notamment dans sa vie une période pendant laquelle il se sentait également attiré vers la femme et vers l’homme, avec cette particularité que ses désirs sexuels avaient pour objet les individus non pubères. Plus tard cet homme présenta exclusivement de l’inversion sexuelle qui, peut-être, n'était pas encore très nette, en ce sens qu’il n’éprouvait pas de l’horreur pour la femme et que son aversion pour le sexe féminin n’était pas absolue. Ce malade pouvait n’ètre en somme qu’un hermaphrodite • psychique.

Une autre obser\'ation de V. Krafft-Ebing (observ. 71) donne un exemple plus net d’inversion sexuelle acquise. Le malade en question, dont les désirs sexuels étaient très vifs, cherchait d'abord à les satisfaire dans des maisons publiques ; plus tard il remarqua que, bien que la vue d’une femme nue l’excitât beaucoup, il n'avait pas d’orgasme ni d’érection, même lorsque la femme cherchait à la provoquer par la masturbation. Comme le malade, en quittant la maison publique, éprouvait toujours de l’excitation sexuelle, le fait ne peut s’expliquer qu’en admettant qu'il s’agissait là d’un cas d'instinct

> Toute la diff^i'ence s'explique par ce fait que r. Krafft-Ebing comprend moins largement que moi riiermuphrodibme psycho-sexuel (v. p. 151). et o'est pour cela que ces diÛereots cas sont pour lui des cas d'inversion sexuelle t oquise.

LIN VERSION SEXUELLE 199

sexuel normal avec impuissance neurasthénique consécutive à la masturbation.

11 me parait pourtant, — et c’est là une remarque tout à fait générale ‘ — , qu’une sensation voluptueuse insuffisante pendant l’acte sexuel doit être dans un grand nombre de cas attribuée directement à l’inversion sexuelle. Je connais notamment des hommes qui, avec un penchant peu net pour la femme, n’avaient pas de sensations voluptueuses pendant le coït, malgré l’érection et l’éjaculation ; par contre celte sensation était des plus intenses quand ils pratiquaient un acte sexuel avec un homme pour lequel ils avaient un penchant d’hermaphrodite psycho-sexuel.

Je crois donc, après toutes ces considérations, qu’un grand nombre de cas d’inversion sexuelle acquise doivent être considérés comme résultant de l’hermaphrodisme psycho-sexuel. Je ne nie pas qu’on ne puisse rencontrer de temps en temps des cas d’inversion sexuelle où, après l’existence d'un penchant exclusif pour la femme, il survienne des tendances et des désirs homosexuels. Mais je crois en même temps qu’il s’agit ici essentiellement d’une division clinique, et que les cas purs d’inversion sexuelle acquise sont excessivement rares. Presque tous les chercheurs sont d’accord sur ce point. Je trouve qu’en somme il existe peu d’auteurs • qui considèrent l'inversion sexuelle acquise comme un phénomène habituel.

Pour éviter toute confusion, disons encore une fois qu’il faut considérer comme acquis les cas dans lesquels le penchant pour l’homme fut précédé de celui pour la femme. A proprement

* Cette remarque ne se rapporte pas au cas que je viens de citer.

- Je ne puis citer ici les auteurs qui, sans avoir la moindre notion de l’inversion sexuelle, en parlent pourtant. C'est citez eux qu'on trouve des exprès* sions dans lo genre de celles-ci : « aberration, const^quonce d'une vie débauchée, vices sans nom, ordures, etc. » La plupart de ces travaux sont écrits, non pas au point de vue clinique, mais dans un but de uioralisation. lu ne peuvent par conséquent trouver place ici.

parler, on devrait considérer tous les cas d'inversion sexuelle comme acquis, puisque dans certaines conditions, quand elle se manifeste à l'àge de 8 ans, il n'y a pas de raison pour la considérer plutôt comme congénitale que comme acquise. Dans le même sens la perversion sexuelle acquise est excessivement rare. Je trouve que ce sont seulement les auteurs qui ont très peu d'observations, qui considèrent la perversion congénitale comme très rare. Un criminaliste eminent qui s'est Iieaucoup occupé de cette question m’a dit que, pour lui, chez la plupart des pédérastes et des uranistes, la perversion date de l’enlance, et qu'il s’agit dans l’espèce d’une prédisposition congénitale.

Même en admettant qu’il se rencontre, de temps à autres, des cas bien nets d'inversion sexuelle acquise, presque tous les auteurs sont d'accord pour dire que les causes étiologiques sont les mêmes pour l'inversion congénitale et pour l'inversion acquise. Nous pouvons les caractériser par le mot de surcharge nerveuse ou psychique, autrement dit de dégénérescence du système nerveux central. Morel, qui avait introduit ce mol de dégénérescence, et Legrand du Saulle, admettent que la dégénérescence se manifeste sous des formes plus graves chez les descendants que chez les ascendants. Par conséquent, lorsque chez les ascendants on trouve une forme légère do dégénérescence du système nerveux central, l'hystérie, par exemple, on peut rencontrer chez les descendants des troubles psychiques graves.

Ce qui est certain, c’est que dans tous les cas d'inversion sexuelle, (lu'il s'agisse de perversion acquise ou de perversion

l'inversion sexuelle

C0Dg;énitaIe, on trouve une hérédité très chargée. V. Krafft- Ebing, Habou, Charcot, .Magnan, Blunienstock, Kowolewsky, Bourncville, Raoult, Gley, Tarnowsky, et un grand nombre d’autres auteurs, sont tous d’accord sur ce point. Seul Westphal ne se prononce pas sur la question de savoir s’il s'agit, ou non, d’un état neuro ou psycho-pathique provoqué par l’hérédité nerveuse très chargée. La distinction ne manque pas d’intérêt clinique, mais au point de vue étiologique elle joue un rôle secondaire, puisque nous savons que la dégénérescence s’observe dans les maladies nerveuses pures comme dans les alTections psychiques, et que toutes les deux ont des rapports avec l'hérédité nerveuse.

Quand on étudie la question de la dégénérescence du système nerveux, il faut, à côté des maladies nerveuses et mentales bien connues, placer encore un certain nombre d’autres causes intervenant dans l’hérédité nerveuse. Telles sont l’alcoolisme, le suicide, les mariages consanguins. Dans le cas décrit par Magnan et Charcot, l’élément étiologique est constitué par la grande différence d’dge entre le père et la mère, dillérenco qui était de 31 ans. L’hérédité nerveuse peut, dans certains cas ne se manifester que sous forme d’excentricités, d’exaltation religieuse, etc. Je connais plusieurs cas de mariages consanguins où le père d’un enfant uraniste était un viveur dans toute l’acception du mot, célèbre par ses succès auprès des femmes. V. Kralft-Ebing dit connaître des cas où l’inversion sexuelle existait à un très faible degré parmi les ascendants.

Parmi les causes de tare psychique, Tarnowsky compte encore la syphilis. Cet auteur cite plusieurs cas à l'appui de son opinion, mais les observations ne me paraissent pas assez probantes pour établir le rôle étiologique de la syphilis, surtout si l’on considère la grande extension de cette affection. La grande importance que Tarnowsky attribue au point de vue de l’hérédité nerveuse aux alTections graves des parents pen-

dont OU peu de temps avant la conception, comme le typhus, la pneumonie, l'anémie, le surmenage, etc., ne me parait pas fondée et n’a pas de rapport avec l’inversion sexuelle.

Un rôle à part, dans l’hérédité nerveuse, doit être attribué à l’atavisme ; on pourra trouver le père et la mère bien portants, mais en poussant plus loin les investigations, on découvrira chez les grands parents une alTection nerveuse ou psychique.

V. Krafft-Ebing cite encore d’autres faits qui viennent à l’appui de sa théorie de l’hérédité neuro ou psycho-pathique : !• le fait de l'apparition précoce de la vie sexuelle dans les cas d’inversion sexuelle ; 2“ le caractère exagéré que prend dans cette maladie le côté psychique de l’amour ; 3° la fréquenc* très grande de névroses, de l’hystérie, de la neurasthénie, etc. , dans certains cas on trouve, à côté d’une intelligence très peu développée, un talent remarquable pour la musique, la poésie, etc. ; enfin, dans certains cas, les troubles d'équilibre psychique sont a.sscz lointains pour se transformer en maladie mentale passagère ou chronique. Il est certain que, dans la plupart des cas, on peut constater d’autres troubles nerveux ou psychiques. Citons à cette occasion un historique intéressant : quelques-uns des empereurs romains, présentant l’inversion sexuelle, étaient des dégénérés atteints d’alloctions psychiques'. Aujourd’hui encore on peut observer, dans bic-n des cas, un trouble psychique ; c’est ainsi que, dans un des ras cités par Westphal, il existait de la folie circulaire, et dans un autre de l’idiotie. Dans le cas de Gock et dans plusieurs autres on observe des états mélancoliques. J’ai constaté moimême, chez un homosexuel, des idées de persécution. Je reviendrai plus loin sur les cas d'inversion sexuelle compliqués d’épilepsie, de paralysie progressive, et de démence.

I V, Wiedemester, der Cdsarnahusinn d-r jutiseti Claadîschca tmperatoren familie, Ilannover, 1875.

ji. J ■

l’inversion sexuelle 203

II est évident que l’hérédité psycho ou neuro-palliique n’épuise pas la question de l’étiologie de la perversion sexuelle. Il existe encore un grand nombre de points difiieiles à expliquer. Un peut se demander, par exemple, pourquoi tous les dégénérés ne présentent pas d’inversion sexuelle ; il faut admettre, comme explication, que, chez les dégénérés atteints d’inversion sexuelle, l'instinct sexuel présente le locus minoris res'islenliæ. De même que, chez les dégénérés, l’hérédité se manifestera, pour l’un, sous forme do folie de la persécution, pour un autre sous forme d’épilepsie, de môme chez l’uraniste la dégénérescence pourra prendre la forme de la perversion sexuelle. Ce que nous ne savons pas, c'est pourquoi chez l’un la dégénérescence se manifeste par l’épilepsie, et chez un autre par l'inversion sexuelle ; pas plus que nous no savons, deux individus ayant pris froid, pourquoi l’un n’a qu’un rhume de cerveau et l’autre un rhumatisme articulaire.

11 est donc certain, comme nous l'avons vu, qu’un grand nombre d’uranistes descendent do familles possédant une hérédité névropathique. Mais il est très difficile d’avoir des renseignements précis sur ce point, car il arrive souvent que l'hérédité névropathique existe dans de nombreux cas où l’on no parvient pas à la découvrir. Quand on interroge ces malades sur l’alcoolisme ou les maladies mentales de leurs parents, on n’en obtient pas toujours de réponses satisfaisantes, car le malade cherche à les tenir secrètes, lorsqu’il les connaît ; et souvent il ne les connaît pas, en réalité. Toutefois, je dois dire qu’on ne peut pas démontrer que dans tous les cas d'inversion sexuelle chez l’homme, il existe une hérédité névropathique. 11 faut encore compter avec la tendance actuelle de certains auteurs, qui élargissent considérablement le domaine de l'hérédité nerveuse, et qui la découvrent ainsi dans presque tous les cas d’alTections psychiques ou mentales.

L mVERSION SEXUELLE

IS'ous avons dit que la prédisposition à l'inversion sexuelle était presque toujours congénitale. Cependant, il faut admettre l'existence de causes occasionnelles qui favorisent l’éclosion de la perversion sexuelle, comme dans l'inversion acquise. Jlème dans les cas où l’inversion sexuelle peut être suivie dès l’enfance, nous ne pouvons trouver qu'une prédisposition morbide, de sorte qu'il est impossible de nier que l’éclosion de cette perversion ne soit quelquefois provoquée par une cause extérieure. Chez un enfant, cette cause peut être l'attouchement purement accidentel des organes génitaux par un homme ; et l’affection morbide se développe alors par une association fatale entre le souvenir de cet attouchement et la représentation mentale de cet homme.

Il est donc impossible de tracer une limite rigoureuse entre les cas congénitaux proprement dits, et ceux où la perversion sexuelle se manifeste à l’occasion d’une cause accidentelle.

Hammond rapporte l’histoire d’un individu atteint d’inversion sexuelle sous fornu! de pédérastie, passion à laquelle il fut amené pour avoir regardé, étant enfant, deux chiens accouplés. Le jeune garçon pensa que cela se faisait par l’anus. Pour imiter l’acte en question, il s’introduisit un crayon dans le rectum et éprouva simultanément de la douleur et une autre sensation fort agréable.

Devons-nous dire que, chez ce garçon qui plus tard devint un pédéraste passif, la perversion sexuelle s'est déclarée à la suite de la scène à laquelle il avait assisté? Nous ne le pensons pas, car comment expliquer cette sensation voluptueuse qu’il éprouva en s’introduisant le craj'on dans le rectum et qui le conduisit à répéter la même expérience? Il est certain qu’une autre cause occasionnelle quelconque aurait suffi pour provoquer chez cet individu, qui n’a jamais éprouvé de penchant piiur la femme, l’inversion sexuelle et la tendance à la pédérastie passive. Un enfant, un homme dans un état normal,

Oîgilizid by ÇjOOg

pourrait tous les jours s'introduire un crayon dans le rectum sans que pour cela, il se déclare chez lui une perversion sexuelle.

Je ne veux pourtant pas dire que les causes occasionnelles n'aient en elles-mêmes aucune importance. Ainsi, il est probable que dans les cas d'hermaphrodisme psycho-sexuel, c'est une cause occasionnelle qui déterminera la direction que prendra la vie sexuelle de l'individu, du moins pour un certain temps. .Mais nous devons admettre que dans tous ces cas l'inversion sexuelle préexiste chez l'individu, pour ainsi dire à l'état latent, et ne se réveille qu'ii l’occasion d'une rencontre avec un homme sympathique. Seulement il ne faut pas confondre le moment où l'individu commence à avoir conscience de son inversion sexuelle, avec le moment où cette inversion se déclare.

Si nous admettons que des causes occasionnelles peuvent favoriser l’éclosion de la perversion sexuelle, comme ces causes sont extrêmement nombreuses, on ne peut guère espérer prévenir l'éclosion de la prédisposition morbide par des mesures prophylactiques. Il est certain, en effet, que l'inversion sexuelle ne peut être provoquée systématiquement par de mauvaises habitudes. En admettant même que les mauvais exemples, la curiosité malsaine, puissent jouer un certain rôle dans cette question, il est difficile de croire, avec Tarnowsky, que nous pouvons, par une prophylaxie bien comprise, empêcher dans un grand nombre de cas ‘ le développement de l’inversion sexuelle chez des individus prédisposés.

Ce qui me parait très possible, c’est que, dans le cas d'une prédisposition à l’inversion sexuelle, les causes occasionnelles neuvent jouer un certain rôle sur la façon dont sera satisfait

I Néanmoins il faut essayer tout ce qu'on peut pour combattre le développement du penoliant sexuel. Nous reviendrons sur ce point il l'occasion du traitr«ent.

ÜËXL'ELLE

l'inslincl géiiilal. Mais, d'un autre côté il faut dire, qu'ici encore, comme nous l’avons déjà vu, il existe une prédisposition pour tel ou tel acte sexuel, pour la pédérastie passive par exemple. Autrement, il m’est impossible de m’expliquer pourquoi il existe des individus qui dès le début ne sont satisfaits que par la pédérastie passive.

Si nous admetlons le rôle des causes occasionnelles, encore ne faudrait-il pas confondre celles qui conduisent à la réalisation d’un acte de perversion avec celles qui provoquent l’éclosion du penchant à la perversion. Quand un homme, depuis longtemps en proie à l’inversion sexuelle, trouve une occasion de satisfaire sa passion avec un autre homme, il ne faudrait pas cependant considérer cette rencontre comme la cause occasionnelle qui a fait éclore le penchant. C’est là une erreur que l’on commet fréquemment '.

Voici un exemple qui montre bien ce qu’il faut entendre par une cause occasionnelle, chez un individu prédisposé.

Il s'agit d’un individu qui, jusqu'alors absolument normal au point de vue sexuel, en ce sens qu’il n'avait eu de rapports qu'avec des femmes, étant allé à Paris, y fit la connai.ssance d’une personne qui lui demanda de l’accompagner chez elle. Il accéda à cette proposition, et très excité, il voulut passer la nuit avec elle. La jeune personne se déshabilla, et l'homme découvrit avec stupéfaction que celle qu’il avait suivie était un homme habillé en femme. Dans des conditions normales, la seule idée d’un rapport avec l’homme aurait suffi pour rejeter au loin tout contact physique. Mais ici il n’en fut rien ; l’homme se laissa masturber par l’autre, et à partir de ce moment, devint la proie d'une inversion sexuelle des plus nettes.

l'inversion sexuelle

Dans CO qui suit, je veux étudier une série de causes occasionnolles qui, dans certaines conditions, favorisent l'éclosion de la perversion sexuelle. Je ferai toutefois obsen’er dès le début que je ne considère pas comme démontrées la plupart de ces données, car nous ne possédons pas un nombre d'observations sufüsant pour établir la valeur réelle et indiscutable de ces causes. 11 semble que chaque auteur se borne à reproduire les observations d'un autre, sans rien ajouter qui lui soit personnel.

En première ligne il faut mentionner ici la contagion morale et le mauvais exemple. Tarnowsky leur attribue une importance toute particulière, et admet qu'un garçon atteint d'inversion sexuelle et élevé dans un pensionnat, peut propager cette affection tout autour do lui. Pour lui, le jeune homme accomplira l'acte en évoquant d'abord l'image d'une femme. Mais lorqu'il aura, pendant un temps suffisamment long, pratiqué la pédérastie ' decettefaçon, c'est-à-dire en ayant toujours devant les yeux l'image de la femme, toute sa vie sexuelle prendra peu à peu une fausse direction ; il finira par habitude par devenir uraniste et trouver sa satisfaction exclusivement dans la pédérastie.

On ne peutentrainer que ceux qui sont disposés à se laisser entraîner. Comme l'accomplissement de l'acte sexuel n'est dû qu’à la sensation voluptueuse qu'il provoque, il est évident que l'acte en question ne sera accompli que par celui qui y trouvera des sensations voluptueuses. De jeunes garçons pourront bien s'adonner à la masturbation mutuelle , mais

t Chez cet auteur, dont le trarail est très remarquable, on ne sait s*ü comprend la pédérastie dans notre sens, comme inimissio menibri in annm viri ou comme un acte sexuel général dans les cas d'inversion sexuelle. De même la séparation entre l'acte et le penchant perverti n'est pas chez lui très nette ; il arrive notamment souvent qu'un jeune homme, dans son état normal, se laisse masturber par un autre sans que pour oela se déclare oft •e développe la perversion sexuelle.

l’dîversion sexüelle

aussitôt que le jeune homme aura connu la femme, c'est auprès d'elle seule qu’il trouvera son plaisir, et les rapports avec des hommes lui deviendront impossibles. Je connais plusieurs cas de ce genre où la masturbation mutuelle pratiquée pendant l'enfance n'était jamais arrivée à provoquer l'inversion sexuelle.

Tarnowsky admet que le désir d’imiter une personne déterminée, la curiosité malsaine, la recherche de plaisirs nouveaux, peuvent pousser des individus de caractère- faible à pratiquer des actes anormaux et à s’y habituer, sans qu’il existe chez eux un penchant inné.

Coflignon attribue les grands progrès accomplis par la pédérastie dans ces derniers temps aux relations plus étroites qui se sont établies entre l’Europe d’une part, l’.\sie et l’Afrique de l’autre ; ce fait serait d’après lui particulièrement vrai pour l’Angleterre. Il croit aussi, sans apporter de preuves à l’appui, que l’uranisme a pris également depuis quelques années une extension considérable en Allemagne.

S'il est vrai que la pédérastie se développe par le mauvais exemple, on ne pourra nier que la littérature ne joue un certain rôle étiologique dans cette propagation. Il est certain que la littérature spéciale, qui s’occupe do cas de perversion sexuelle, a pris depuis quelque temps une extension considérable.

Avec Coflignon, Tarnowsky est d’avis que, dans la propagation de la pédérastie', la masturbation mutuelle dans les

1 Le rUe aelif de la contasion morale dans l’apparition de la perversion ieiu<>Ue n>st, jusqu’à présent, qu'une simple hypothèse théorique. Quoi qu'il en soit, l’influence de l'imitation dans les symptômes nerveux n'est pas O négliger et Vortœnder rappelle que Ideîer et Alibert supposaient l'existence, chez riiomme, d'un instinct spécial de rimitalion. On admet depuis longtemps {Esquirol, Orlander et autres) qu’un grand nombre de crimes sont dus à l’imilation. Il également certain que les symptômes de troubles psychiques et de névroses peuvent survenir de la même façon. Aussi

écoles, les pensionnats et les prisons, joue un rôle très considérable. Théoriquement, on peut en effet admettre que la répétition de l'excitation produite par l’onanisme mutuel puisse conduire à l'inversion sexuelle, seulement les observations relatives à ce point sont encore très peu nombreuses, de sorte qu’il est actuellement impossible de résoudre la question dans l’un ou l'autre sens. Lorsque nous constatons après coup de l’inversion sexuelle chez un individu qui avait pratiqué précédemment la masturbation mutuelle avec des garçons, il ne faut pas en conclure, à la légère, que c'est la masturbation qui a amené chez cet individu l’inversion sexuelle ; le plus souvent l’inversion existait chez lui antérieurement. 11 faut aussi se dire que la masturbation mutuelle est tellement répandue dans certains milieux ', que si plus tard il en sort un uraniste, ce n’est pas une raison sufQsante pour établir entre la masturbation et l’uranisme une relation de cause à effet.

Chevalier, Krauss, Appert*, Tarnowsky et d’autres, comp-

Bovühut (< D« la contagion nerreuse ») a-t-il proposé de ne pas révéler ce fait au public; c’est encore dans lem^me sens que se sont prononces Moreau fils, Rombesion ei autres, principalement pour ce qui est de la contagion morale dans le suicide. Je suis convaincu qu’accidentellement l’esprit d'imitation peut conduire À essayer un acte sexuel contra nature, mais je doute que l'imitation puisse faire naître la perversion sexuelle chez un individu normal. Pour un grand nombre de phénomènes dus à l’imitation, on trouve, même chez l’individu psychiquement normal, un terrain préparé : la misère dans le suicide, la cupidité dans le crime et l’assassinat, la prédisposition hystérique dans les convulsions. Chez l’homme normal, ce terrain favorable au développement de l’inversion sexuelle n’est pas préparé. L’hommo apporte avec lui en naissant le penchant hétérosexuel, et ce penchant o« peut être déraciné par la simple imitation.

* J'ai vu sévir une épidémie de cette espèce dans une école de Berlin où la masturbation mutuelle avait été introduite et pratiquée sans vergogne par un élève, aujourd’hui acteur bien connu. Bien que je connaisse les noms d’un très grand nombre d’uranistes berlinois, aucun d'entre eux ne figure parmi les anciens élèves de cette école, autant que je sache. Au contraire, je connais beaucoup d’élèves de cette même école qui aujourd'hui sont absolument normaux au point de vue sexuel.

s Cité par Krauss.

lent parmi le« causes de l'inversion sexuelle la privation de rapports sexuels avec lu femme. La perversion sexuelle s’observerait chaque fois que des hommes se trouvent réunis, et longtemps privés de femmes. Cette forme n’aurait, d’après Chevalier et Ulriclis, qu’un caractère passager, et disparaîtrait pour faire place à l’instinct sexuel normal, lorsque les conditions extérieures viennent à se modifier. Chevalier cite sous ce rapport les armées, les équipages des navires, les prisons, les pensionnats, les hôpitaux, etc. Tarnowsky, qui attribue une si grande importance à la contagion morale, est obligé de convenir qu’il faut ordinairement le concours d’un grand nombre de circonstances pour que la pédérastie prenne une extension considérable dans les pensionnats, etc.

L’inversion .sexuelle s'observerait également chez les animaux, quand les mâles sont privés de femelles.

Peut-être faut-il attribuer à la séparation rigoureuse des sexes, parmi les enfants, une certaine influence sur le développement ultérieur de l’inversion sexuelle. Certains auteurs admettent notamment que c'est la séparation rigoureuse établie entre les individus des deux sexes, au moment de la puberté, qui pousse l’instinct sexuel des jeunes garçons à l’amour entre hommes.

Je ne saurais cependant résoudre cette question d’une façon définitive. Si nous voulions en avoir une solution nette et précise, il faudrait que nous pui.ssions prouver que les individus à inversion sexuelle ont été, d’une façon particnlièreinenl rigoureuse, séparés de l’autre sexe, à l’époque de la puberté, et je n'ai jamais pu faire cette observation. D’un autre côté, pour élucider cette même question, il faudrait prouver encore que les garçons qui n’ont pas été séparés des filles, à l’époque de la puberté, ne sont pas devenus uranistes ou sont moins sujets à l’inversion sexuelle que les garçons élevés dans des conditions opposées. 11 serait intéressant de

savoirs!, en Amérique, où les rapports entre les garçons et les filles sont plus libres, l’inversion sexuelle est moins fréquente que dans d’autres pays. En effet, d’après II. T. Finck, en Amérique où les garçons et les filles sont élevés dans les mêmes écoles, la séparation des sexes est beaucoup plus rare que chez nous, qui retardons autant que possible le moment où le jeune homme sera admis dans la société des femmes.

La séparation des sexes y est si peu rigoureuse, que, d’après Finck, dans les écoles de l’Ouest, chaque fillette a son « beau », un garçon de 14 à 17 ans, sans qu’il en résulte jamais des conséquences fâcheuses. Il serait donc très important de savoir si en Amérique l'inversion sexuelle est moins fréquente qu’ailleurs.

Les moralistes qui prêchent la séparation rigoureuse et aussi prolongée que possible des sexes, pendant l’enfance et la jeunesse, devraient se demander s’ils ne favorisent pas le développement de l’inversion sexuelle. Un monsieur que je connais, hermaphrodite psychosexuel, attribue sa perversion se.xuelle exclusivement à l’éducation qu’il a reçue. 11 me disait que l’instinct génital s’était développé chez lui de très bonne heure ; mais, comme il était entièrement privé de toute société féminine, ses désirs se portèrent vers l'homme ; plus tard la femme put l’exciter de temps en temps, mais il n’en conserva pas moins son goût pour les hommes.

Parmi les causes qui contribuèrent au développement considérable de la pédérastie en Grèce, E. Meier mentionne, lui aussi, la séparation rigoureuse des sexes. Le plus souvent, la femme restait toute la journée à l’écart de l’homme. Do plus, par suite do l’éducation que les femmes recevaient à cette époque, il était impossible que l’homme trouvât dans sa femme une satisfaction complète et un appui moral, comme c’est presque toujours le cas à notre époque. C’est pourtoutes ces raisons que, d’après Meier, les hommes se tournèrent

l'inversion sexuelle

vers les garçons, vers lesquels ils se sentaient du reste attirés par un lien tout spirituel.

Celte séparation rigoureuse des sexes est aussi considérée comme la cause de la fréquence de la pédérastie parmi les mulsumans.

Parmi les causes de l’inversion sexuelle, Chevallier et un grand nombre d'autres auteurs citent la crainte d'une maladie contagieuse dans les rapports avec la femme, et la crainte d’une grossesse de la femme. Dans la même catégorie de faits rentrerait encore la crainte de l’impuissance sexuelle vis-à-vis de la femme. Je trouve pourtant que les faits sur lesquels s’appuient ces considérations sont insuffisants. 11 existe notamment certaines observations qui passent d’un livre dans un autre, sans qu’on se donne la peine de les contrôler. Chevallier rapporte un cas cité par E. Hoffman ‘ auquel un pédéraste criminel avait déclaré que, s il évitait les rapports normaux, c’était par crainte de voir la femme devenir enceinte, et que ce danger n’cxisle pas dans les rapports avec des garçons. 11 ne faudrait pourtant pas attribuer trop de valeur à l’affirmation d’un accusé. Je ne veux pas nier que les causes dont on vient de parler ne puissent quelquelois jouer un rôle étiologique; mais le cas ne doit pas se rencontrer fréquemment, car il me parait impossible qu’un homme, s’il n’y est pas poussé par des tendances sexuelles morbides, puisse trouver sa satisfaction dans des rapports avec un autre homme, quelles que soient les raisons qui le fassent renoncer aux rapporU normaux avec des femmes.

La fréquence de la pédérastie dans le clergé catholique est attribuée par quelques-uns, et par E. Ilolfman entre autres, au célibat et à la crainte des conséquences possibles d’un

1 s. /{. r. Uo/fmann. Leseb. Gerichtlicheii Modicin. IV AuB. V,'i^n und Leipzig l'ariicto • Wdt'taslio . du mütnc auteur, daos £u.

leuburgs Real. Eiicjdopddie der genannten Heilkundo. Il Aufl.

L'lNV£nSIOX SEXUELLE

rapport avec des femmes. Je crois pourtant que le fait doit être compris d'une autre façon. La vocation pour un état qui comporte le célibat se déclare plutôt parmi les personnes chez lesquelles le penchant pour la femme est, dès le début, très peu développé ou même nul ; mais l'absence complète de 'e penchant marche de pair, la plupart du temps, avec l'inversion sexuelle.

Tarnowsky admet encore que l'inversion sexuelle peut se développer encore chez des individus qui en font un métier. Pour gagner de l'argent, des hommes normaux s’adressent & des hommes atteints d’inversion sexuelle, et deviennent plus tard la proie de la maladie ; autrement dit, dans ce cas l'inversion sexuelle est artificielle et pour ainsi dire cherchée ; pourtant aucun auteur no donne la limite précise qui sépare l'accomplissement d’un acte contre nature de la perversion meme de l'instinct sexuel. 11 me parait douteux que la pratique seule puisse provoquer l’inversion sexuelle chez des individus normaux.

Toutefois, je rejette d’une façon absolue l’opinion de Moreau', d’après lequel la masturbation serait la cause de l’inversion du penchant sexuel. C'est une conception absolument fau.sse, qui confond la cause avecreiret. Si un grand nombre d'uranistes so masturbent, c’est faute de ne pouvoir satisfaire autrement leur instinct génital.

Si je ne considère pas la masturbation comme la cause de l’uranisme, j’admets pourtant que, dans certaines conditions, elle peut favoriser le développement de l'inversion sexuelle. Le fait qu'au début de son évolution sexuelle, l'uraniste en se masturbant ne pense qu'aux hommes, aggrave l’inversion sexuelle en ce sens que les désirs sexuels s'associent chez lui de plus en plus à l'idée des hommes. Aussi arrive-t-il que la

* Paul Moreau (de Tours). Les aberratioDS du sens génésique. lil* édit Pans, iSS3.

214 l'inveksion ses,uelu:

niaslurbalion, pratiquée dans ces conditions, aboutit à l'inipuissaiicc cnvere la femme et rejette davantage l'individu vers rhomine.

V. Krafft-Ebing et L. Casper ' insistent sur l'influence malsaine de la masturbation sur les individus atteints d’invprsioa sexuelle ou présentant une prédisposition morbide à cette maladie. Ils admettent que la masturbation détruit le penchant esthétique, idéal, pur, que l'homme éprouve pour la femme.

Un certain nombre d'auteurs attribuent à la vie débauchée, à l’abus du coït normal, le même rôle étiologique qu a la masturbation. Coffignon, qui se rattache à celte opinion, dit notamment que c’est principalement dans les milieux aisés que ces causes interviennent dans le développement de l’inversion sexuelle. Je ne crois pas que ce soit vrai, et je n'admets pas que les débauchés, dans le simple but de trouver de nouveaux plaisirs, s’adonnent il la pédérastie aussi souvent ■ qu'on le dit.

Même au point de vue théorique, il m’est impossible de trouver une relation entre les excès du coït avec la femme et le développement du penchant pour l'homme. Comment, en effet, un homme qui éprouve de l’aversion sexuelle pour un autre homme se trouverait-il un jour attiré vers lui, pour la seule raison qu'il a abusé de la femme? C’est aussi impossible que de voir un individu rassasié de pâtisseries et de gâteaux se j)rendre un jour de passion pour la boue et les ordures qu'on jette dans la rue.

Si l’abus des femmes condui.sait réellement à la pédérastie, il faudrait admettre, au même titre, que l’amour homo-sexuel longtemps pratiqué devrait aussi amener, par dégoût, le retour du penchant pour la femme. Malheureusement il n’en est rien, et je ne connais pas un seul cas de ce genre.

• L* Camper, Impotentia et steriUtas virilis. München, ISCO.

l’inversion sexuelle 215

Slark compte parmi les causes delà pédérastie une diminution de l'intensité de la sensation voluptueuse procurée par le coït, en ce sens que, la contraction du sphincter de la vulve devenant insuflisante pour donner la sensation complète, l'homme la cherche dans la contraction plus vigoureuse du sphincter anal. Mantegazza considère aussi comme la cause de la pédérastie le désir éprouvé par quelques-uns de sentir leur membre circumclusum au plus haut degré, ce qui fait qu’ils préfèrent l'anus étroit au vagin plus large. Si tel était le cas, ce désir nous expliquerait en même temps la pædicatio mulieris, id est inimissio membri in anum feminæ. Ce qui reste inexplicable, c'est comment cette pratique peut donner lieu à la pédérastie viri vel piteri.

D’après Stark, il faudrait tenir compte encore du « haut goût » pour l'anus. Peut-être, si certains individus recherchent en effet ce genre de satisfaction, s’agit-il non seulement d'inversion sexuelle, mais aussi d’une perversion spéciale rappelant la coprophagie.

Tarnowsky est encore d’avis que certains individus atteints d’hyperesthésie du sens génital peuvent être conduits à la pédérastie active. Quand ces individus se trouvent dans l'impossibilité de pratiquer le coït normal, ils se masturbent ou s’adressent à un pédéraste passil. Je crois que cet auteur va an peu trop loin, car il faudrait admettre chez un grand nombre ' de ces individus l’existence, non seulement de l’hyporestliésie du sens génital, mais aussi d’une perversion

* Bien entendu, je ne nie pas que le fait pui!«se ae produire sans qu*il soit qa>'»lion de perversion ; mais dans ces cas il ne s'agit pas de perversion dans le sens d- v. Krafft-Ebing ou le mien, mais de perversité (v. p. 5). Quand le sens génital est excité k un tel point, il peut arriver bien dos choses. Dans un procès qui eut lieu dans une petite ville de rAllemapne du Sud, l'accusé ivait dit que, s’il avait pratiqué la sodomie avec une chèvre, c'est qu’il était •rèe excité et n’avait rien d'autre pour se satisfaire.

l'inversion sexuelle

sexuelle, si en cfîet cos individus peuvent pratiquer la pédérastie au moment de la surexcitation génitale.

Gley insiste tout particulièrement sur l'influence qu'exercent certaines jouissances. Il croit que pour la satisfaction sexuelle on recherche sans cesse de nouvelles excitations. Par suite de l'habitude, il se développe un état anormal, celui de l’inversion sexuelle, en particulier lorsque la nouvelle excitation recherchée par l'individu se trouve être un rapport sexuel avec des hommes. Tarnowsky admet aussi — et la supposition est très plausible — que plus les jeunes gens ont des rapports avec des garçons, plus l'inversion sexuelle se développe facilement ’. Je crois devoir dire ici encore une fois que je ne nie pas la possibilité de ce fait, mais que nous manquons absolument de matériaux permettant de l'établir d'une façon délinitive.

Je viens de citer un certain nombre de causes étiologiques qui en apparence peuvent conduire à l’invei'sion sexuelle. J'ai ' déjà dit que, sans nier leur rôle, il ne faudrait pourtant pas leur attribuer une trop grande importance. Si l’on avait établi une distinction entre la perversion et la perversité, distinction déjà posée par KralTt-Ebing, on aurait évité un grand nombre d’erreurs. Ce qui pour certains auteurs prouve l'état de perversion, ne constitue en réalité qu'un acte de per%'ersité.

Disons enfin, pour être complet, qu’il n’existe pas de relation entre l’hermaphrodisme ph)'sique et l’inversion sexuelle, (iley admet pourtant celte relation, et comme Chevalier, il établit un groupe particulier où l’inversion sexuelle est provoquée par l’hermaphrodisme physique. A Tappui de cette

1 Que Ton compare ce fait avec l'opinion d’après laquelle l'abus de la teoime peut conduire è l’inversion sexuelle t C'est l’absence de tout esprit critique qui a fait attribuer à l’inversion les causes les plus contradic* toires.

opinion il cite un cas remarquable public par Magitot en 1881. 11 s'agit d'un individu qui, à l'examen, fut reconnu pour homme, mais dont les organes génitaux ressemblaient tellement à ceux d'une femme qu'à la naissance il fut déclaré et inscrit comme étant du sexe féminin. Cet individu se maria dans la suite avec un homme et eut avec lui des rapports sexuels ; mais en même temps U entretenait des rapports avec des femmes. C'est ce cas qui a servi à Gley pour établir le groupe dont il est question. Je crois pourtant qu’avant d'établir un nouveau groupe étiologique, il aurait été nécessaire d'étudier en détail le côté psychique de la vie sexuelle des individus qu'on y fait rentrer, afin de bien déterminer s'il s'agissait chez eux d'un penchant déclaré pour l'homme, ou d'une simple indilTércnce.

11 en est de même du cas publié par Tourtual * en 18jfi et où il est question également d'hermaphrodisme physique. Une personne était mariée légalement à un homme. Le mari pratiquait souvent le coït avec cette personne, mais sans jamais y trouver de satisfaction. Après avoir consulté un grand nombre de gens, il se décida à soumettre sa femme à un examen officiel, qui démontra qu'elle était hermaphrodite avec prédominance du type masculin. Le mari arrivait bien à introduire son membre, mais pas assez profondément. Le mariage fut finalement annulé. Mais ce qui était curieux, c'est que l'hermaphrodite prétendait éprouver un penchant pour les hommes. 11 faut donc admettre que chez cet hermaphrodite homme il existait en même temps de l'inversion sexuelle sous forme de tendances homosexuelles. Toutefois, en lisant attentivement cette observation, j’arrive à la conviction qu’en réalité cet hermaphrodite n’avait pas de penchants pour l'homme, mais qu’il le prétendait sans doute pour empêcher, de celle fagon.

‘ Vierteljahrsfchr. f. geriohtl. nnd Off^ntt. M«die. 1856. Ed. X.

l'inversion sexcelle

l’annulation de son mariage, qui Ini assurait sa position.

Je me rallaclie donc entièrement à l'opinion de V. Kraffl- Kbing qui no trouve aucun rapport entre riiermaplirodisme physique et l’uranisme.

Du reste, Tardieu avait déjà fait observer que, dans l'iurmaphrodisme physique, les facultés psychiques et morales et la sphère des sensations ne subissent pas l’inlluence de la malformation sexuelle organique.

Il existe une série de maladies dans lesquelles, d’après un grand nombre d’auteurs, on trouverait fréquemment de l'inversion sexuelle. L'épilepsie viendrait sous ce rapport en première ligne. D’après Tarnow.sky, la perversion sexuelle serait très fréquente dans l’épilepsie, et cet auteur établit même un groupe morbide particulier basé sur les rapports entre l’épilepsie et la perversion sexuelle. Tarnowsky croit même que chez quelques malades l’apparition de l’inversion sexuelle doit être considérée comme l'équivalent de l'épilepsie, et que dans ■ ce sens on est autorisé à parler d’une pédérastie épileptique.

Il cite à l’appui le cas d’un homme qui n’avait eu de rapports qu'avec des femmes et n'avait jamais présenté de perversion sexuelle ; un jour, dans un accès d’épilepsie, et se trouvant sous l'iiillucnce de boissons alcooliques, il viola un garçon de 1 i ans. Il ne se souvenait de rien, et plus tard on n'observa plus chez lui aucun symptôme de perversion sexuelle.

Dans la démence sénile on constate souvent de la pédérastie sénile, ainsi nommée par Tarnowsky ; l’aberration de l'instinct génital constituerait même dans certains cas le symp-

l’i.NVEBSION SEXt'ELLE

tôme pn'dominant. Celte forme débuterait souvent, d'après lui, par l’emploi d'expressions grossières dans les conversations portant sur les rapports sexuels, surtout lorsque la conversation a lieu avec un garçon. Ces vieillards enseignent ordinairement aux garçons le rôle passif de la pédérastie, mais dans d'autres cas c’est le malade qui préfère jouer le rôle passif et il exige alors du garçon le rôle actif. A la longue, la pédérastie sénile peut pousser le malade au viol. Le diagnostic peut rester longtemps incertain, surtout quand les troubles de l’intelligence font défaut, ce qui fait que le malade passe souvent pour un criminel. Dans la démence sénile on observerait encore du sadisme compliqué d’inversion sexuelle, en ce sens que les mauvais traitements infligés aux garçons excitent l’instinct sexuel du malade.

L’inversion sexuelle apparaîtrait quelquefois dans la paralysie générale, à une époque où le diagnostic de cette maladie n’est pas encore possible (V. Krafft-Ebingl. D’après Tarowsky, le cas doit être considéré comme suspect, quand l’individu parle ouvertement de sa vie sexuelle et ne s’en cache nullement. Pour cet auteur, ces individus ne prendraient aucune mesure pour ne pas être découverts, ce qui doit faire penser à une affection psychique.

Chevalier admet aussi l’existence d’une pédérastie paralytique, dans les débuts de la paralysie générale, dans la démence sénile et dans un certain nombre d’autres affections cérébrales où l’inversion sexuelle n’apparait que d’une façon passagère. Dans ces cas, quand il s’agit d’une manifestation passagère, on constate une véritable impulsion à laquelle le malade ne peut résister.

Il m’est impossible d’étudier ici en détail les autres affections mentales dans lesquelles on rencontre le phénomène de l’homosexualité. Le lecteur que la question intéresse trouvera tous les détails dans la Psychopalhia sexualis de V. Krafft-Ebing.

L LNYEnSION SEXUELX£

Dans un intérêt purement historique je crois devoir citer ici une série de causes auxquelles E. Meier attribue le développement de la pédérastie en Grèce. 11 pense notamment, et cette opinion est partagée par un grand nombre d'auteurs, que la tendance des anciens Grecs à former entre eux de petites coteries, eut pour effet de favoriser le développement de l’amour uraniste. Dans les pays où ces associations entre hommes étaient mal vues par les autorités, la pédérastie, d’après Meier, n’a pu devenir aussi populaire que dans d’au très Etats. La pédérastie, nous dit-il, aurait été moins fréquente ' à Athènes qu’ailleurs, et ce fait doit être attribué à la puissance que les tyrans exerçaient dans cette ville ; ils cherchaient notamment à combattre ces associations qu’ils redoutaient pour leur pouvoir.

On insiste aussi sur le rôle étiologique de la gymnastique qui donnait aux jeunes gens une vigueur et une, beauté dont l’attrait était autrement puissant que celui des corps affaiblis et mal développés des garçons dans les pays où la gymnastique n’était pas en honneur. Certains auteurs, Cicéron et Plutarque entre autres, disent encore que, dans les gymnases*, les hommes se trouvaient en contact trop intime les uns avec les autres, et que cette intimité n’était pas sans favoriser la pédérastie.

En Dorie, et à Sparte en particulier, la pédérastie était encore favorisée par la Constitution particulière à ce pays. Comme les enfants étaient retirés à leurs parents à l’âge de 7 ans, il se forma bientôt une sorte de collège, et l’on donna à ces garçons unhoinine adulte, non seulement conuuo

* D'autres auleurs, comme nous l'avons vn dans Thistorique, disent I« contraire.

= liamdohr ne pense pas que les gymnotes aient joué un rôle aussi consi* d>‘iable dans le développement de la pédérastie en Grèce, Il cite en particulier le phénomène de l'amour lesbien parmi les lemmes, phénomène qui n's aucun rapport avec la gymnastique.

Digitizoc bv

l'lnversion sexuelle

ami et compagnon, mais aussi comme directeur chargé do veiller à leur éducation. Cette privation des soins de la famille et cette intimité avec un homme adulte étranger, auraient aussi favorisé le développement de la pédérastie.

Meier cite enfin l’amour des études qui, chez les jeunes gens, aurait favorisé la pédérastie sous une forme plus noble. Les garçons se sentaient attirés vers leur maître, et comme celui-ci n’était pas payé, il s’établissait entre eux une intimité d’une nature élevée, qui ne ressemblait en rien à celle qu’on trouve aujourd'hui entre maître et élcvo.

Digilized by Googlc

ETLDE THÉORIQUE

Pour compléter le chapitre précédent, et jeter une nouvelle lumière sur cotte question de l'étiologie, nous allons rappeler ici quelques théories émises par certains observateurs à propos de l'inversion sexuelle. Dans le Banquet Je Platon, Aristophane, en .se raillant, explique l'inversion sexuelle par le mythe suivant : au début auraient existé sur la terre trois sexes : le sexe masculin, le sexe féminin et un troisième sexe désigné sous le nom d’homme-fcmme (aiidrogyne). A cette même époque les hommes et les femmes n’étaient pas conformés comme ils le sont aujourd'hui : ils avaient chacun quatre jambes, deux faces, deux organes génitaux, etc. Lorsque ces hommes se révoltèrent contre les dieux, .Jupiter décida de les rendre plus faibles, et pour cela il divisa chaque individu en deux parties égales : un homme fournil deux hommes, une femme donna deux femmes, et chaque androgyne fournil un homme et une femme. Mais alors chaque moitié se mil à la recherche de sa seconde moitié. Les hommes qui autrefois avaient fait partie d'un androgyne, cherchèrent une moitié féminine; d'où l'amour pour la femme Par

L INVEnSlON SEXUELLE

contre les hommes qui faisaient partie d’un ancien homme complet cherchèrent à s’unir aux hommes ; d’où l'amour entre hommes. C’est de cette façon qu'Aristophane prétendait expliquer l’inversion sexuelle.

Farménide, célèbre philosophe de l'antiquité, aurait aussi essayé, d'après Yirey, de donner une explication de l'amour uraniste, dans son livre -isi TfiisMc. Suivant lui, quand le sperme des parents se mélange intimement pendant l'acte sexuel, il donne naissance à des corps normaux. Mais, dans le cas contraire, quand les liquides ne se mélangent pas intimement, il vient au monde des êtres qui plus tard cherchent CO qui leur manque, c'est-à-dire des personnes du même se.xe, et c’est ainsi (jue les hommes efféminés chercheront des hommes etc. (Virey).

A cette occasion, je désire rapporter ici une explication qui m'a été communiquée par un uraniste, homme très distingué d’ailleurs, et qui, d'après lui, serait répandue dans sou milieu. D'après cette explication, l’origine do l'inversion sexuelle serait due à l'inlluence que la femme, pendant la grossesse', exerce sur le fœtus. Voici en quoi consisterait cette influence. Si pendant la grossesse la femme est très excitée et recherche passionnément l’homme, surtout au moment où chez le fœtus se forment les organes génitaux, il peut arriver que le garçon, on venant au monde, ait conservé ce goùl pour l'homme.

i Un malade de V. Krafft-Ebin^ a donné une explication analogue ; il pivenüait que son pdre avait voulu faire une fille, et que. par suite de co désir, le fcetu« de sexe masculin eut les idées d'une fille et plus tard devint I3 proie de l'inversion sexuelle.

On a souvent insisté sur le rûle des impressions des femmes enceintes sur les dispositions ultérieures de renfant. Les faits observés sont assez nom- Jireux. et se trouvent dans les ouvrages suivanU : A. Liébault, Du sommeil, Paris; FrarUves, Influences maternelles, 1802; Lucas, Traité de l'u rédité, Paris, 1^50. — Liébault cite les faits suivants : Victot' Hugo aurait dit qu'il devait son talent poétique à ce que su mère avait fai pendant qu'elle

Ramdohr a essayé aussi d’expliquer les tendances homosexuelles. Mais ses explications sont très embarrassées et ne présentent rien de saillant ni d’original.

Anotre époque, Mantegazza a établi une théorie très singulière. Il admet que la perversion de l’instinct génital est provoquée par une anomalie dans le trajet anatomique des nerfs. Ainsi, chez les pédérastes passifs, les nerfs normalement destinés aux organes génitaux se terminent dans la muqueuse rectale et anale, et par suite les sensations voluptueuses ne peuvent être provoquées chez eux que par une excitation du rectum. Cette théorie fut, avec raison, combattue par V. Krafft-Ebing. D'abord elle n’explique, somme toute, que la pédérastie passive, infiniment plus rare que la pédérastie active ; ensuite l'explication qu’elle donne de la pédérastie passive est elle-même peu satisfaisante.

En effet, ce qui excite le pédéraste passif, c’est le membrum virile ; ejus immissio in rectum lui procure une satisfactioc sexuelle. Immissio digilorum vel aliarum rerum ne donna cette satisfaction qu’à la condition que le pédéraste ait devant lui la représentation mentale d’un homme. Cette représentation est la conditio sine qua non de la jouissance, et Mantegazza la néglige complètement. Du reste, si les frictions exercées dans le rectum ‘ provoquent l’orgasme, il est inutile de chercher l’explication de ce phénomène dans une anomalie du trajet nerveux. 11 y a tout d’abord des hommes qui ont des sensations voluptueuses par d’autres excitations des nerfs périphériques : attouchement de la peau du dos, des pieds, du

le portait dans son sein, un long Toyage dans des pays exceptionnellement beaux. Le fils de Stnart ne pouvait voir une épée hors de son fourrean

sans se trouver mal ; ce phénomène serait dfi à ce que Bûiio, l'amant de la reine, fut poignardé sous les yeux de Marie Stuart h une époque où elle était enceinte.

• Un uraniste m'a dit, du reste, que Vimmissio pro/unda membri in rec* tum n'a presque jamais lieu, et que l'orifice anal est ù peine dépassé.

l'invehsion SëXL'ëLLB

front. Devons-nous aussi admettre dans ce cas que ce sont les nerfs du pénis qui ont leur terminaison sous la peau du front? Le siège de la sensation de volupté, s'il peut être question ici d’une sensation générale, se trouve in membrum du pédéraste passif ; seulement il semble que l’acte sexuel ne puisse aboutir que par voie réHexe partie du rectum.

Puisque nous reconnaissons comme insuffisante la théorie qui attribue l’inversion sexuelle à une anomalie nerveuse périphérique, nous sommes amené à chercher du côté d’un processus psychique une explication à l’aberration du sens génital. Comme les organes génitaux proprement dits fonctionnent dans ces cas d’une façon normale, il est impossible d’y chercher le siège de la maladie. Ce qui est troublé dans l’inversion de l'instinct génital, c’est l’action de l’esprit sur le sens génital. ’Or, toutes les représentations mentales qui réveillent l’instinct génital agissent comme excitants des organes génitaux. A l’état normal le sens génital de l’Lomme est excité par la représentation mentale de la femme ; chez l’uraniste, l’excitation est provoquée par l’idée de l’homme. Chez lui l’influence des idées sur le penchant sexuel se trouve, par conséquent, dévoyée. Nous sommes ainsi amené à placer le siège de l’inversion sexuelle à l’en<lroit où les idées réveillent l’instinct sexuel, c’est-à-dire, d’après les données modernes, dans le système nerveux central et plus particulièrement dans le cerveau.

Le fait reste le même, que l’idée qui réveille l’instinct sexuel ait son origine dans une perception momentanée des sens, ou qu’elle provienne d’une évocation mentale, d’un jeu de l’iina-

l’lWKBSIOX SEXl'ELUC

ginalion. Dans les deux cas, le processus a sou point de départ dans le cerveau, dans l'écorce cérébrale plus particulièrement quand il s'agit d'un état conscient.

Deux auteurs fran(;ais, .Magnan et Gley, se sont engagés, à la suite d'Ulrichs, assez loin dans cette voie pour pouvoirpar- 1er de cerveau féminin, à propos d'uranistes ; d'après eux, le cerveau de ces malades, quoique pourvu de tous les attributs du sexe masculin, présenterait des caractères essentiellement féminins, ce qui expliquerait, en même temps que tous les phénomènes do leur elTémination, leur inversion sexuelle.

V. Kralîl-Ebing, s'appuyant sur une autopsie absolument négative sur ce point, rejette cette théorie.

D'autres autopsies d'uranistes, celle faite par Recklinghausen par e.xemple, n'ont révélé, dans le cerveau, rien d'anormal qui puisse e.xpliquer l'inversion sexuelle du malade.

Je ne crois pas, pour ma part, que la question relative aux caractères féminins du cerveau chez les uranistes puisse être, à l’heure actuelle, délinitivement tranchée

Si nous admettons que la cause de l'inversion sexuelle réside dans le cerveau sans accepter que le cerveau présente dans ces cas le type féminin, il nous faut encore préciser davantage le siège de la maladie, la localiser plus étroitement. Cette question est particulièrement importante quand la modification porte exclusivement sur l’instinct génital et laisse intacts les autres phénomènes. Si je soulève ce point, c'est qu'on commet

* C«it« qaeation eU d’auUnt plas di(^ci!e à rësoadre qae la didérence entre U cerveaa de rüoJDtae cl celai de la femme nVst pas absolue, mais plutôt relative, en ce st'ns que nous n'uvoas sous ce rapport que des moyeunt-s baséeH sur rexamT*n d’un errand nombre de cerveaux des deux sexes. D'après S^hwalbe ^Lebrbuc.i der Neurologie), 1<> diamètre ant*ro-postê rieur du cerveau e&t de iO mm. environ plut grand ciiex ruomuie quci chez la femme ; suivant bischofl. le cerveau de l'homme pèse en moyenne 1302 grammes, celui de U femae 1244.

L INVenSION SEXUELLE

souvent des erreurs quand il s’agit de la théorie des localisations cérébrales et que, d’un autre coté, nous possédons déjà quelques notions sur la localisation de l’instinct génital.

Nous ne savons rien de précis sur le siège anatomique de l’inversion sexuelle. .Nous pouvons toutefois supposer qu’il existe dans l’écorce cérébrale des cellules ganglionnaires jouant un rôle considérable dans les sensations sexuelles, sans qu’on puisse dire rien de précis sur leur siège. V. Krallt-Ebing croit que la sphère génitale se trouve située dans l’écorce cérébrale, aux environs de la sphère olfactive. D’après Ferrier, le centre olfactif se trouve dans le gyrus uncinatus, d’après Zuckerkaude dans la corne d’Ammon ; V. Krafft-Ebing admet ce voisinage, en se basant sur les rapports étroits qui existent entre le sens olfactif et le^sens génital, et que personne ne pourra nier.

V. Krafft-Ebing cite à l’appui de cette hypothèse un travail d’ Althaus * qui insiste sur les rapports étroits qui unissent le sens olfactif et le sens génital chez les animaux. Le savant professeur viennois rapporte aussi un grand nombre d’exemples coniirinant l’existence des mêmes rapports chez l’homme. 11 cite à ce propos l’influence excitante de certaines fleurs remarquée déjà par Cloquet, puis plusieurs cas d’amour violent chez des hommes qui ont perçu une odeur particulière chez la femme, le cas de Henri IV, roi de France, entre autres ’.

* Ârchiv. f. Psvehiatrie, XII, Ueft I. AUbaus Beitrâçe zur Pliyziologie und Pathologie der Olfactorius.

* On dit aussi de Henri III, roi de France, qu'il fut pris d'une passion violente pour Marie de Clèves pour s'étre un jour essuyé avec la chemise trempée de sueur de cette dame. Noos avons vu plus haut que Henri III passait avec raison pour uraniste. Quand bien même cette histoire de Marie de CUves serait vraie, elle n'infirmerait en rien les tendances uranistes de ce roi, puisque nous savons que des passions passagères pour la femme s'observent chez les homosexuels. Ou reste, je me méfie beaucoup de ces histoires. Ce rapport entre l’éclosion d'une passion violente et le fait de s’étre essuyé

L IN\c

. XUELLE

Cependant, je ne crois pas que cette théorie soit fondée. D'abord, nous n’avons pas le droit de conclure du voisinage anatomique des deux centres à leur parenté fonctionnelle ; ensuite, s’il est impossible de nier les rapports entre la perception de certaines odeurs et l’excitation du sens génital, il ne faut pas oublier qu’il existe un grand nombre d'odeurs qui n’ont aucune influence sur lui, ce qui conduirait à admettre que c’est seulement le centre de certaines perceptions olfactives, qui se trouverait à côté du centre génital. En troisième lieu, la parenté entre la perception olfactive et l'instinct sexuel n’est pas plus proche que celle de l'instinct sexuel et des autres perceptions externes, telles que les perceptions tactiles ou auditives, etc. L’aspect d’une jolie femme qui nous plait peut nous exciter au moins aussi fort que l’odeur qui se dégage d’elle ; le contact de ses seins, par exemple, est certainement plus propre à nous exciter que la perception de l’odeur qui se dégage de sa peau. En un mot, nous serions ainsi amené à admettre le voisinage du centre génital avec le centre visuel ou tactile. Or, cette conclusion me parait erronnée pour les raisons que je viens de donner. Enfin on peut se demander s’il existe réellement un centre autonome pour les perceptions sexuelles ou si celles-ci siègent dans des zones nombreuses disséminées sur toute la surface de l’écorce cérébrale.

Je suis donc d'avis qu’à l’heure actuelle la localisation ' de

la figure avec une chemise couverte de sueur a pu fort bien être inventé •pri's coup. U Kunîl de considérer les fantaisies qu'on rencontre chez les hommes, dans tout ce qui se rapporte à Tamour, pour comprendre art'C quelle facilité on commet des erreurs, surtout quand il s'agit d'un phénomène estraordinaira comme celui de la passion subite de Henri III. par exemple. Je no serais pas éloigné de croire que cette histoire a été inventée de toutes pièces pour cacher autant que possible les tendances uranistes de Henri 111.

i II n'y a pas lieu de s'étonner de ce que Oall, Spurzbeim et un grand nom* re de leurs élèves aient cherché à préciser d'une façon nette le siège céré-

l'inversioa sexuelle est encore aussi difllcile à établir que celle de l’instinct hétérosexuel.

Une théorie très particulière est celle de G. Jœger Elle correspond en tous points à l'idée que se fait cet auteur du sens olfactif et de son importance.

Pour l'uraniste, toute la femme, la poitrine et le tronc en particulier, dégagent une odeur antipathique, de sorte qu'il lui est impossible de trouver auprès d'elle la satisfaction de son sens génital. Par contre, les éléments psychiques des homosexuels sont en harmonie avec ceux d’autres hommes. Celte théorie de Jœger est fondée sur ce fait très réel, que l'odeur de la femme a quelque chose qui répugne à l'uraniste. Seulement Jœger a oublié de démontrer que le penchant sexuel était provoqué par le sens olfactif seul. Or, nous avons vu plus haut que le sens génital avait également des rapports avec d’autres sens, ceux de la vue ou de l’ouïe, par exemple.

V. Kraflt-Ebing a essayé d’expliquer l’inversion sexuelle en partant de données étiologiques. 11 admet que l’inversion sexuelle congénitale se transmet par voie d'hérédité. La distinction rigoureuse qu’il établit entre l’inversion sexuelle

bral de l’instinct sexuel. Ils. le plaçaient dans le cervelet et admettaient qu'on pouvait juger de la puissance du sens g<5nésique d'après les dimensions du cervelet des individus, prises par rapport à la dUlance des deux apopbjses mastoldea. Pour Spurzheiin il n’était pas de localisation qui pût se déter> miner avec plus de précision que celle de l’instinct de la reproductioD. George Combe (A System of Phrcnology) a placé le siège de l’instinct sexnei au milieu du cervelet, sans toutefois apporter la moindre preuve h l’appui. Spurzheim conseillait aux gens ay.tnt le cervelet très développé de ne pas choisir un état comportant le célibat.

> O. Jœger. Entdeckung der Seele, 111 Aufl. 1 fid. Leipzig, 1884.

230 l'inversion sexuelle

acquise et l'inversion congénitale ne me parait pas imiispensablc pour conürmer la théorie. Je pense que le penchant morbide pour les individus du même sexe avait peutêtre été acquis par un ascendant, et s'est tr.uisinis ensuite aux descendants chez lesquels on le retrouve à l'étal congénital. L’inversion sexuelle se rencontrant en effet cliez des individus qui sont loin d'être impuissants, la théorie de V. Krafft-Ebing mérite d'être prise en considération. lüUe est naturellement basée sur les idées de Darwin qui, autant que je sache, ne parle nulle part, dans ses œuvres, d'inversion sexuelle ou de phénomènes analogues. L’hypothèse de V. Krafft-Ebing n’en est pas moins d'accord avec les théories de Darwin'. «Je connais, dit Darwin, des cas authentiques de propension au vol et au mensonge, dans des familles même très haut placées. Le vol est un délit assez rare dans les classes aisées, nous ne pouvons, dès lors, considérer comme une simple coïncidence l'cxislcnce de cette tendance chez deux ou trois membres de la même fumillc ». Il est certain qu'on peut faire le même raisonnement au sujet de l'inversion sexuelle.

Certaines observations peuvent servir de preuve à l'appui de la théorie de V, Krat1t-Ebing. Cet auteur rapporte, par exemple, l'hisloirc d’un jeune homme atteint d’inversion sexuelle, qui soutenait que son père était uraniste comme lui. Un autre malade avait dit à V. Krafft-Ebing que son père avait eu un goût très prononcé pour les domestiques beaux et bien faits.

Monsieur .\.N., dont il a été question dans la prêlace, m’écrit ce qui suit : a J'ai pris dans la bibliothèque de feu mon père un grand nombre de livres. Mon père avait l’iiabilude de faire en marge des pages des remarques, et celles-ci, —

* Ch. Darwin. Die Abistammung drs Menschen und die geschlechlliche Zuciitwahl ; trad. de l’anglais par J. V. Carus, lit Aull, Stuttgart, 1875, 1 Bd. S. 159.

LINVEHSinN SEXUELLE

j’en fus vivement frappe, — se rapportaient presque toujours à des passages où il était question d'inversion sexuelle. Mon père a eu cinq enfants en peu de temps; il n'était donc pas impuissant, et je ne prétends pas soutenir qu'il fut atteint d’inversion sexuelle. Mais je soupçonne fort un de mes proches parents d'avoir été atteint de cette maladie, et c’est là, je pense, la raison pour laquelle mon père s’intéressait tant à cette question.

Les cas rapportés parlmcas ' présentent un intérêt tout particulier : il y est question de l'hérédité dans la pédérastie. Un cuisinier, homme très habile dans son métier, avait pour la femme une passion poussée jusqu’au délire, et en même temps un penchant pour la pédérastie ; son fils naturel, qui vivait loin de son père et ne le connaissait pas, présentait la même passion pour les deux sexes.

Disons enfin que la maladie des Scythes passait, d’après Hérodote, pour héréditaire.

D’autres preuves, venant à l’appui du rôle de l’hérédité dans l'inversion sexuelle, sont fournies par l’existence de cette maladie chez des parents consanguins, ou son développement simultané chez deux frères. Je connais deux frères atteints d’inversion sexuelle ; un autre cas analogue m’a été communiqué par une personne digne de foi.

Deux autres uranistes ont chacun un frère présentant une anesthésie sexuelle complète. Parfois, on trouve aussi, chez les sœurs de ces malades, une indiirérencc et une froideur singulières vis-à-vis des hommages des hommes. Dans un cas de V. Krafit-Ehing, la sœur du malade n’éprouvait aucun penchant pour les hommes et était, par contre, amoureuse de quelques-unes de ses amies.

On cunuait également des cas où d'autres perversions

1 P. Kticas. Traité physiologique et philosophique de l'hérédité naturelle* Paris, iSôO

l'inversion sexuelle

sexuelles morbides existaient chez plusieurs membres de la même famille. Le sadiste dont j’ai communiqué l'histoire à Krafft-Ebing qui la publia, avait un frère qui présentait très nettement les mêmes tendances sadistes. Tandis que l’un aimait à battre la femme jusqu'à la faire crier de douleur, le second avait pour passion d’éjaculer sur la ligure de la femme, et il éprouvait un vif sentiment de satisfaction lorsque cet acte la faisait pleurer. V. Krafft-Ebing possède aussi un cas de transmission héréditaire des tendances sadistes. Le malade en question est pris d’excitation génitale quand il voit tuer des poules ; son père avait la singulière passion de serrer violemment avec des cordes les mains de jeunes femmes ou de jeunes filles*.

Ribot qui attribue une si grande importance à l'hérédité, insiste sur la transmission héréditaire des anomalies sexuelles et en cite un grand nombre d’exemples, entre autres celui du pape Alexandre VI ’ et de ses enfants.

Après cette étude des théories relatives à l’inllucnce de l’hérédité, il me reste à dire quelques mots d’une théorie opposée, celle de Schopenhauer dont il a déjà été question dans la partie historique. Pour cet auteur, l'uranisme, comme tout autre phénomène de la nature, a un but déterminé. Cette opinion fut, avec raison, combattue dans un travail ‘

* Dans la seconde édit, de ses « Xeue Forschungen » V. KraÉTl-Kbin;; rapporte i*histoire d‘un teticiiiste de la bottine dont le frétée et un autre parent présentaient la même perversion sexuelle. Je connais inoi-mèmeun casdefeli* chistne de la bottine, et j’ai tout lieu de croire que le même phénomène morbide existe atusi chez les frères de mon malade.

* Th. Ribot. Die Erblichkcit, trad. en allemand par O. Hotzon. Leipzig, lbî6.

Le pape s’appelait Roderigo Borgia et descendait, par sa mère, de la cé* iebre famille des Borgia dont il prit plus lard le nom. Comme cardinal et pape, .VIexandre fut célèbre par sa vie débauchée; de scs enlants les plus connus sont César et Lucrèce Borgia.

* Psyché. Zeitsch. f. die Kennlnisse des raenschl. Seelon-und Geislesleb^n, von L. Xoack 111 Band. Leipzig, tSCO. Le chapitre consacré à cette question

consacré à l'élude critique des œuvres de Schopcnliauer. L’existence de l’amour homosexuel h toutes les époques est, pour Scliopenliauer, la preuve que ce phénomène découle de la nature humaine. 11 cite ensuite l’opinion d’Aristote pour qui les hommes, passé l’àge de cinquante ans, ne peuvent procréer que des enfants faibles et renoncent, de ce fait, à la reproduction.

Afin d'aider à la conservation do l'espèce et d’empêcher la procréation d'individus misérables, le penchant hétéro sexuel se transforme à cet âge, d'après Schopenhauer, en penchant homosexuel. Dans cette théorie, un premier point est tout d’abord faux, c’est que les hommes de cinquante ans ne puissent plus produire d'enfants vigoureux. Mais l'erreur principale réside dans celte hypothèse do l’apparition constante des tendances homosexuelles chez les vieillards. .\ous avons vu, en elTet, que ces tendances, lorsqu’elles existent chez les vieillards, datent déjà de l’enfance. Fuis, quand elles apparaissent vers cinquante ans ou plus tard, leur existence, loin d’être normale, doit être considérée plutôt comme le signe d’une alTeclion cérébrale qui débute.

Le point de départ de la théorie émise deruièremenl par Gyurkovechky est aussi faux que celui de l’hypothèse de Schopenhauer. Gyurkovechky admet que, dans dos conditions physiologiques normales, le goût disparait lorsqu’on avance en âge. L'homme devient alors moins délicat et il peut avoir des rapports avec des personnes qu’il n’aurait pas voulu approcher auparavant. Cet abaissement, cette disparition physiologique du goût, préparent, pour cet auteur, le terrain sur lequel pourra se développer peu à peu l’inversion sexuelle. Dans ce groupe Gyukovecky place les in-

«St intitulé :« Die Meistor Weibefeind und Frauenlob. » Le tou de Toqvrage^ qui va jusqu'à accuser Schopenhauer de pédérastie, est des plus blâmables, malgré les idées très justes développées par l'auteur.

l'inversion sexuelle

dividus qui, après avoir mené une existence normale pendant de longues années, deviennent sur le tard des pédérastes, des exhibitionnistes, etc.

A la suite do toutes ces considérations, je désire exposer d’une façon très générale comment je m’explique théoriquement l’inversion sexuelle. La plupart des théories ont le défaut de ne pas envisager l’analogie qui existe entre l’instinct sexuel et les autres fonctions.

Pour comprendre le penchant homosexuel, il faut considérer l’instinct génital non pas comme un phénomène à part parmi les autres fonctions, mais bien plutôt comme une fonction psychique. En tout cas, les inodilications morbides de l’instinct génital nous paraîtront moins incompréhensibles, si nous admettons que presque toutes les autres fonc tions psychiques ou physiques peuvent être susceptibles de modifications analogues. Si, dans l’espèce, les anomalies nous frappent si fort, c’est que, chez la plupart des individus possédant les attributs du sexe masculin il existe un penchant sexuel pour la femme. Mais il ne faut pas se laisser induire en erreur par la fréquence et la régularité avec lesquelles s’observe ce phénomène. Au point de vue téléologique, c'està-dire au point de vue de la reproduction de l’espèce, nous devons considérer comme naturel le penchant que l’homme

1 Partes génitales, sive testes hominlbas et feminis aterus, propensionem ad Tcnerem excitare nequeunt. Nain in pucris veneris stimulus semiDÎs secrelioni sœpe antccedit. Piures ennuchi, quamquani teslibiis prieati, banc inclinai. onem conservant. Sunt etium fojLUinæ quæ, sino utero nalæ, hune Btimuluiu raanit'estant (Spui*zheim).

normal éprouve pour la femme ; il n’en reste pas moins vrai que, dans certaines conditions pathologiques, les organes ne remplissent pas le but qui leur est assigné. Les dents sont destinées à broyer les aliments et pourtant il y a des hommes qui n’ont pas de dents ou qui en ont très peu. Le foie a pour fonction de sécréter de labile qui est déversée dans l’intestin, mais dans certaines affections du foie ou des voies biliaires la bile n’est pas sécrétée et n’arrive pas dans l’intestin.

La faim a pour but de rappeler à l'organisme qu’il lui faut des aliments. On trouve pourtant des états pathologiques où la sensation de faim fait défaut, bien que l’estomac reste normal. 11 en est de même de l’absence du penchant sexuel pour la femme chez l'homme possédant des organes génitaux normaux. Ainsi que nous l’avons dit, nous ne pouvons guère établir un rapport entre les organes génitaux de l’homme et son penchant pour la femme qu’au point de vue téléologique. Autrement, on ne voit pas pour quelle raison l’homme se sentirait poussé vers un rapprochement avec la femme, puisque l’éjaculation du sperme peut être obtenue de tout autre façon. Il serait plutôt étonnant que l’instinct génital ne présentât pas les mêmes anomalies morbides que les autres fonctions du corps et de l’àme. Ni son importance particulière ni son rôle social ne doivent nous faire considérer l’instinct sexuel comme un phénomène àjiart.

Si les phénomènes d’inversion sexuelle nous paraissent frappants entre tous, c’est qu’au point de vue social peu de troubles psychiques jouent un rôle aussi important que les aberrations de l’instinct génital. Cet instinct, dans tous les pays civilisés, est resté caché comme derrière un voile. L’espèce de mystère qui l’entoure est cause de l’impression toute spéciale que produisent sur nous les anomalies en ([uestion, lorsqu’elles surgissent au grand jour. Ceci s’explique encore et surtout par ce fait que l’instinct sexuel est une fonction

l’inversion sexuelle

psychique qui exige le concours d'un autre individu et acquiert ainsi une ituporlance sociale particulière. Mais, au point de vue physiologique, les anomalies de l’instinct génital ne diffèrent en rien des anomalies de la fonction de nutrition. Si, au point de vue social, on n'attribue pas une grande importance à ces dernières anomalies, c'est que l'accomplissement régulier de la fonction n'exige pas, dans ce cas, le concours d’un autre individu.

.\p rès toutes ces considérations, il est inutile d'entrer dans l’étude théorique détaillée de certaines autres manifestations, bien que l’inversion sexuelle, d’après Westphal, ne reste pas .strictement limitée à la sphère génitale. Los phénomènes d’effémination sont également très importants. Je dirai seulement que l’effémination peut être envisagée de deux façons : ou bien les fonctions psychiques d’un individu se modifient par suite d’un penchant homosexuel, ou bien l'elTémination est congénitale au même litre que l’inversion sexuelle ellemême. Si nous considérons l'elTémination comme secondaire, nous trouverons une certaine analogie, dans celte hypothèse, avec ce qui se passe consécutivement à la castration ; ici, à la suite d’une mutilation locale, le sens génital s’éteint et les phénomènes d’effémination, la voix de femme, etc., apparaissent un certain temps après l'opération.

Digitize;

DIAGNC8T1G

Le diagnostic de l’inversion sexuelle peut présenter des diflicultés de toute nature, si simple qu’il paraisse au premier abord. Une première cause d’erreur réside dans ce fait qu’il est très difficile d’obtenir des confidences sincères et complètes de la part du malade. IVombre do gens considèrent encore la blennorrhagie ou la syphilis comme une tare et redoutent à ce titre d’en faire l’aveu ; il est certainement encore plus difficile d’obtenir des malades l’aveu de la masturbation, par exemple, et bien moins encore de l’inversion sexuelle qui, tout-à-fait indépendante de la volonté, ne peut cependant être considérée comme un vice. C’est par un sentiment de fausse honte que le malade s’efforce de cacher sa vie sexuelle et d’en avouer le moins possible les particularités. Aussi me suis-je fait une règle d'interroger en détail tous les malades chez lesquels je soupi;onne une anomalie de la vie génitale. Un grand nombre de ces malades continuent néanmoins à cacher la vérité et à répondre négativement aux questions qui leur sont posées. S'ils avouent leur impuissance en présence de la femme, ils se gardent de dire que la cause, — comme c’est souvent le cas, — eu est l’inversion sexuelle. Qu’ils soient retenus par

L ISVERSION SEXIEI.LE

un senliinent do fausse pudeur ou qu'ils veuillent se tromper eu.x-uiémes sur la j^ravilé de leur état, ou bien encore que les t)H '.-,lions soient mal posées par le médecin, ce sont là autant de raisons pour que les malades gardent le silence sur leur vio sexuelle. A toutes ces raisons il faut ajouter encore celleci : c’est le peu ' de conliance que le malade a dans la discrétion du médecin, lorsqu'il s'agit d’une question d'ordre aussi intiiu(‘.

La plupart des uranistes sont du reste d’avis qu’il n’y a rien à faire contre leur anomalie sexuelle, et ils croient inutile de consulter le médecin.

Il existe pourtant des moyens qui permettent au médecin d’élucider le point qui l’intéresse. Four faire disparaitre ce sentiment de fausse honte, il peut commencer par as.surer que I

le phénomène en question est morbide, qu’il peut se présenter !

chez tout le monde, qu’il est absurde de rendre un homme i

responsable d'une maladie. Mais le moyen le plus sur pour empêcher le malade de s’illusionner sur sa situation, c’est de poser des questions nettes et précises. Il est bon aussi, pour faciliter les aveux du malade, de lui citer quelques exemples de perversion sexuelle. Dans les cas d'inversion sexuelle très manifeste, le malade ne peut guère se tromper si on lui demauile par exemple : « Sentez-vous ou avez-vous jamais senti un penchant pour l'homme? » ou bien encore : « Le penchant que vous avez pour riiumme est-il plus grand que celui que vous éprouvez pour la femme?» Souvent le médecin obtiendra ainsi des réponses qui lui révéleront l’existence I

d’une aberration du sens génital. Le médecin qui voit beaucoup de malades sera surpris d’obtenir une réponse nette à des questions précises, tandis que par des questions générales

' r)’«pr»'s certains uranistes, c'est la cause principale et beaucoup crai- !

(le voir rimlisorêtion d'i médecin 3tnea<;r des poursuites judiciaire) |

WcAlpiial iHait aussi de cet avis. i

l’i:nversion sexuelle 239

il n'avait réussi à provoquer chez les mêmes personnes aucun aveu.

l’n autre moyen d’arriver à connaître la vérité consiste à interroger les malades sur leurs rêves. Un fait très iinjiortant, qui ressort Je la lecture de la plupart des observations, c'est que les rêves érotiques portent sur le môme sujet que l'instinct siLVuel à l’état de veille. Un homme atteint d’inversion sexuelle rêve à des hommes et ces rêves s’accompagnent chez lui de pollutions nocturnes. Le fétichiste rêve aux objets qu’il adore à l’état de veille. 11 existe toutefois des exceptions à cette règle. Un uraniste pour qui, à l’état de veille, la femme n’avait aucun attrait, eut, à plusieurs reprises, des pollutions en rêvant à un acte sexuel accompli avec une femme. Slais dans la plupart des cas ses rêves portaient sur des actes sexuels accomplis avec des hommes.

A part ces exceptions il est aujourd’hui établi que les individus atteints de perversion sexuelle ont des rêves en rapport avec leurs dispositions morbides. On comprend alors qu’en interrogeant le malade sur ses rêves, on puisse obtenir des renseignements très précieux, d’autant plus que les malades seront moins gênés d’avouer leurs rêves que les faits se rapportant à 1a réalité de leur vie sexuelle. 11 me parait donc Indiqué de commencer l’interrogatoire par des questions relatives aux rêves, puis do passer à celles qui concernent la vie sexuelle réelle de l'individu. Quelles que soient les questions adressées au malade, le médecin ne doit pas se contenter de réponses générales ou manquant do précision, qui pourraient le faire passer à côté de la vérité.

1 II arrive souvent que lorsque, par suite d’nn Irailement psychique rationnel, la perversion n’exÎHte plus chez le malade 11 l'état de veille, les réveS érotiques continuent à porter sur des hommes. Par contre, le I)' Max Ch. Dessoir m'a cité un cas dans lequel un individu, qui plus lard preeenta de la perversion sexuelle, rétait toujours ât des fouîmes.

l'inversion SEXl'ELLE

L'expéiience joue, à cet égard, un rôle considérable, et un observateur expérimenté peut faire le diagnostic en toute certitude sans soumettre le malade à un interrogatoire très détaillé. Dans certains cas, nous l'avons déjà dit, il est facile de reconnaître un uraniste, mais d’autres fois, loin de se faire instantanément, le diagnostic exige une observation assez longue. Les uranistes qui prétendent se reconnaître à première vue croient que c'est là une particularité, une sorte de sympathie indépendante de nos organes des sens ; mais ce fait est faux et cette reconnaissance instantanée n’est qu’une légende qui a cours dans les milieux uranistes.

Il n’en est pas moins vrai qu'il existe certains signes grâce auxquels on peut reconnaître, presqu'à coup sur, qu'on se trouve en présence d'un uraniste sans le soumettre à un interrogatoire détaillé. Les anciens n'ignoraient pas l’existence chez les uranistes de ces signes extérieurs, et chez Aristote, l’cdémon, Lucain et Aristophane, on trouve des passages ' relatifs à leur démarche, leur voix, leur regard. J’ai déjà parlé, dans le chapitre 111, de l’importance de ces spnptùmes en général et en particulier, de l’attitude et des mouvements de l'uraniste.

Pour reconnaître l’uraniste, il faut une certaine habitude, que des individus normaux, ayant eu affaire à des uranistes, peuvent acquérir assez facilement. Les employés et les agents de la police m’ont déclaré reconnaître à première vue les uranistes et se tromper rarement.

J’ai déjà étudié le regard de l’uraniste, qui selon eux joue un si grand rôle pour se reconnaître mutuellement, et j’ai montré qu’il ne présentait rien de m)’stérieux.

11 faut par conséquent accepter avec la plus grande réserve l’assertion des uranistes qui aflirment se reconnaître à pre-

< V. Casper-Limaa, llandbuch d. gerichtlich. Mod. VU AuS. Berlin, ISSt. Bd. 1, S. 109.

2il

mière vue. Celte prétention de se reconnaitre dans tous les pays du monde, à la ville et à la campagne, ne me parait pas fondée *.

Je connais deux uranistes berlinois qui, séparément, se sont ouverts à moi ; ils avaient vécu longtemps ensemble dans le même milieu, et aucun d’eux ne soupçonnait que l'autre fût un uraniste. Tous les deux m’ont pourtant affirmé savoir reconnaître les uranistes avec une certitude mathématique et à première vue. On ne saurait donc trop se mettre en garde contre ces diagnostics si rapides. On m'a cité, en effet, le cas d’un jeune homme de 20 ans, très efféminé, qui, au point de vue se.xuel, est absolument normal. Je ne connais pas ce cas dans scs détails, mais ce qu’on m'a raconté de cet homme prouve d’une façon certaine qu’il possède un sens génital normal ; pourtant il passe pour uraniste, car chez lui l’effémination est extrême et toutes ses attitudes, tous ses mouvements des mains, du corps, de la tête, rappellent la femme*.

Si l'on veut faire le diagnostic de l’inversion sexuelle par l’étude des mouvements, il faut choisir 1e moment où l’individu se laisse aller, où il ne se sache pas observé. Un des si-

1 Dansune autobiographies bion connue d*un uraniste, publiée par Casper. l’uraniste dit ceci : « La nature prévoyante nous a heureusement donné ud instinct particulier qui nous réunit dans une sorte de confraternité ; nous nous retrouvons de suite ; il suflit à peine d'un regard rapide comme un« commotion électrique, et qui ne m'a jamais trompé.... $ur le Righi, à Fa* lerme, au Louvre, en Écosse, h Saint-Pétersbourg et même à Barcelone, i'ai trouvé des gens que je ne connaissais pas et qui une seconde après étaient liés à moi comme moi à eux •. On dit également d’autres perversions sexuelles que les individus qui en sont atteints se reconnaissent très rapidement. C'est le cas do l'individu à tendances hétérosexuelles qui pratiquaitle « colt idéal * V. KrafTt-Ebing cite aussi le cas d'un fétichiste qui s'attribuait également cette faculté.

< Ce degré d'effémination peut se rencontrer chez des hommes normaux à penchant hétérosexuel. Il existe des individus qui facientes eoïtum succum^ bere volunt dum femina superincumbit Ulrichs a même publié le cas intéressant d'un individu de ce genre qui ne trouvait de satisfaction qu’aprè un semblant de viol que lui faisait subir la f/cmme

gnes les plus iniportaïUs est celui qui me fut indiqué par Monsieur iV. A'. ; quand l’uraniste ne se croit pas observé, il regarde de préférence in eam directionem ubi mcmbrum virile est, præserlim cum vestes solnrn membrum non fonnam membri obtegunt. iWN. attribue à ce geste spécial une importance toute particulière.

11 existe du reste des uranistes, peu nombreux à la vérité, qui avouent n’avoir jaimys été reconnus par d’autres uranistes et ne pouvoir les reconnaitre à première vue.

D’autres, par contre, aflirment qu’ils savent reconnaître l'uraniste au simple examen de sa photographie. J’ai fait, à ce sujet, une série d’expériences avec des photographies que je montrais à des uranistes. Les résultats furent très contradictoires : pourtant les photographies de deux grands hommes, universellement connus, furent indiquées par presque tous les uranistes comme représentant des uranistes.

J’ai pu observer que tes uranistes considèrent comme étant des leurs les hommes qui, sur leurs photographies, ont le regard fortement oblique. J’attribue ce fait à ce que les uranistes considèrent comme homosexuels les individus qui, en les croisant dans la rue, leur jettent un regard oblique.

Je crois devoir insister maintenant sur la fréquence des erreurs dans le diagnostic de l’inversion sexuelle. Dans un cas de gonorrhée chez, un homosexuel, Westphal crut devoir rejeter, cl à tort, tout soupçon d’uranisme. La gonorrhée s'observe en effet chez les uranistes, et j’ai vu cette affection chez un individu qui avait exclusivement des rapports avec des homm (Ict individu entretenait des rapports avec un homme qui

l’inversion sexuelle

avait été iofecté lui-méine par uii autre. Il fut contaminé à son tour, membrum siium puiieiis juxla mcmbrum alleriiis. De plus, l'infection peut se produire très facilement chez les hermaphrodites psycho-sexuels qui de temps en temps ont des rapports avec la femme. Les hommes mariés, et même ceux qui ont des enfants, peuvent néanmoins présenter de l’inversion sexuelle. Tout d’abord on peut se trouver en présence d’hermaphrodites psycho-sexuels; d’autre pari, l’érection ét l’éjaculation dans le vagin de la femme peut être obtenue par certains artilices, la représentation mentale do l’homme par exemple. Je crois donc qu’il est possible aux uranistes d’avoir des enfants et que les soupçons portés sur l’inlidélité de leur femme ne sont pas toujours fondés. Il existe même des uranistes qui pensent pouvoir se débarrasser de leur passion par l’amour des enfants et qui font tous leurs efforts pour y parvenir. La polenlia coewidi et generandi doit être rigoureusement différenciée de l'instinct génital normal. Pour admettre un instinct génital normal, il ne suflit pas que l’individu puisse pratiquer le coït ; il faut encore qu’il éprouve un penchant pour cet acte sexuel. Quand un individu atteint d’inversion sexuelle arrive à pratiquer le coït avec la femme, il n'est pas encore pour cela guéri de sa maladie, comme le croient un grand nombre de médecins.

V. Krafft-Ehing insiste sur les diflicullés que peut présenter le diagnostic de l’hermaphrodisme psychique (|u’on confond souvent avec l’inversion sexuelle acquise dans laquelle il peut persister des traces de l’ancien instinct sexuel normal. Non seulement j’admets ces diflicullés, mais je crois même

2ii l'iNVIÎRSION SEXl'ELLE

^ que dans l'inversion acquise il s'agit d'hermaphrodisme psycho-sexuel et que c’est seulement au point de vue théorique et au point de vue clinique qu'il est important de différencier les deux formes. Quelquefois cette différenciation pourra présenter des difficultés d'autant plus considérables que, dans un grand nombre de cas décrits sous le nom d'inversion acquise, avec conservation de traces de penchant hétérosexuel, l'origine de la perversion peut être suivie, en remontant jusqu'aux années d'enfance. On devra toutefois essayer toujours de faire le diagnostic différentiel de l’hermaphrodisme congénital et de l'hermaphrodisme acquis. V. Krafft-Ebing insiste également sur la nécessité d'un diagnostic différentiel de l'inversion sexuelle congénitale et de l'inversion acquise. Ce diagnostic est basé sur la présence ou l'absence du penchant hétérosexuel avant l’apparition de l’inversion du sens génital.

Il est inutile d'insister sur le diagnostic différentiel de l'inversion sexuelle et de certaines autres affections qui, du reste, peuvent diflicilement être confondues avec celle-ci. Je veux citer à ce propos un cas qui m'est connu. Il s'agit d’un homme qui est souvent très excité par la vue de garçons de 10 il 12 ans ; il a des érections, mais il lui est absolument impossible d'avoir des rapports sexuels avec des hommes. Le malade en question pense que l’excitation est provoquée chei lui par les traits féminins des garçons qui, par une association d’idées, lui rappellent la femme. Dans ces conditions, le cas doit être considéré comme se rapportant à une hyperesthésie du sens génital, mais nullement à l'inversion sexuelle

f y. Krafit-Ebing, £tv«c t^minghaus, fail rentrer dans l’hyperesthésia mor. bide tous les ca» dans lesquels se manifeste une excitation génitale à l’aspect de personnes ou d'ob‘eU indilICM'ents au pointde vue sexuel. Cette opinion est très juste, seulement l’excitation doit avoir pour but Taccomplissement du colt normal, car autrement il s’uitirail d’une perversion, c’est-à*dire d’une aflfectioa non-seulement quantitative, mais aussi qualitative, de Tinstinct sexuel.

l’invehsion sexcelle

L’inversion sexuelle doit aussi être rigoureusement séparée des affections psychiques ' dans lesquelles un aliéné croit être une femme, s’habille en femme, et veut avoir des rapports avec des hommes.

* La seconde édition de ■ Neue Forscbunpren » de V. KralTl-Ebinfr a paru lorsque mon livre était déjà sous presse. Le savant professeur viennois étudie en détail la question des métamorphoses génitales et indique les formes de transition entre l'inversion sexuelle simple et ces troubles mentaux. Peutêtre pourrait-on comparer ces faits aux hallucinations et aux obsessions; ces dernières comportent la conscience de leur nature morbide, ou en tout cas le désir de les voir disparaître, tandis que la conscience de la nature morbide des hallucinations fait défaut. De même nous voyons dans maints cas d'inversion sexuelle persister l'envie de guérir, car le penchant est reconnu par le malade, sinon comme morbide, du moins comme anormal ; au contraire, les métamorphoses génitales sont une forme particulière de paranoïa, et forcément inconscientes. Dans son livre V. Krafll ICbing cite une observation (IG* obs.) qui, pour lui, constitue un type de transition entre les deux formes précédentes. Il s'agit d’un médecin qui. toutes les 4 semainf>s, éprouve pendant 5 jours tous les phénomènes psychiques et physiques des règles, saut l'hémorrhagie; il a le sentiment de posséder des organes génitaux féminins. V. Kraiïl'Ebing désigne les cas de ce genre sous le nom dVrtratio, et sous celui de de/eminatio le processus analogue observé chez la lemme. Quand le phénomène en question s’accuse davantage chez l'homme, celui-ci arrive à croire qu*il est devenu une femme, et nous avons alors affaire à une (orme de paranoïa, à la transmutatio sexus paranofea. L'observation 18 de V. Krafft-Kbing, dans laquelle le malade proteste quand on l'appelle • monsieur », en disant qu'il est une femme, etc., nous donne un exemple de cette (orme. L'observation 19 est analogue: il s'agit d’un homme qui croit être la comtesse V. A l'autopsie de cet individu, Schiile ne trouva, à l’examen microscopique, aucune modification caractéristique du cerveau. D'autres observations du même genre ont été recueillies par Arndt, Sérieux et t!lsquirol. Un fait analogue est relaté par Blumensloch dans l’article c Inversion sexuelle » de la Healencyclopédle d'Eulenburg : il s’agit d'un hoimuo qui, quelques années auparavant, avait voulu fonder une religion en Gallicie, et qui était persuadé qu’il accoucherait de deux jumeaux. \ l'occasion do ces faits, V. KrafTt-Kbing étudie la folie dite des Scythes, considérée à tort par Ma randon comme une forme de folie (paranoïa) et qui, pour lui, n'est autre chose que l’éQ'éminMion.

2iG

L INVERSlOîi SEXUELLE

La question de savoir si l'inversion sexuelle est ou n’est pas un pliénomène morbide est plus facile à élucider lorsqu’on se reporte aux cas d'inversion sexuelle pure, avec absence de tout penchant pour la femme. Nous devons nous demander alors si l'absence de tout désir sexuel de la femme est un phénomène pathologique.

Hammond pense qu'il existe très certainement des hommes normaux qui n’ont jamais eu de désirs sexuels. Cette affirmation est un peu personnelle et arbitraire, en ce sens qu'on peut aussi soutenir qti’une personne qui n'a jamais éprouvé de désirs sexuels est loin d’être normale. Je crois en effet que la notion de santé, d’état normal, implique l'existence des facteurs psychiques et physiques nécessaires à la conservation de l'individu et de l’espèce. Nous ne considérons certainement pas comme bien portantes les personnes dont les fonctions physiques et psychiques sont insuffisantes pour l’entretien de la vie. Quand une personne ne peut plus prendre d’aliments, c’est là un phénomène qui nous apparaît comme morbide, pour la raison bien simple que les fonctions de nutrition sont nécessaires à la conservation do l’individu.

En admettant avec Lauer ' que le rôle de l’individu en bonne santé est de perpétuer l'espèce, pendant la durée de sa vie, nous devons considérer comme malade tout homme qui est incapable de contribuer à la propagation de l'espèce. L’impuissance suffirait déjà à elle seule pour faire classer l'individu dans un groupe pathologicjue, pourvu, bien entendu, qu'il soit d’un Age où la reproduction est normalement possible.

D’après cela, nous ne pourrions donc pas qualifier de morbide l'absence du penchant sexuel normal, puisque, en son absence, la reproduction est encore possible. Il arrive en effet que les uranistes qui ont un penchant exclusif pour l'homme

* G. A. Lauer. Gesundheit, Kranklieit, Tod. Berlin, .865,

l’iXVERSION SEXliaLE

eatreticnnent néanmoins des rapports avec des femmes et pratiquent le coït normal, soit pour des raisons d’ordre social, soit dans le but d’avoir des enfants. Nous devons cependant considérer comme morbide l’absence de désirs hétérosexuels, même lorsque la possibilité de pratiquer le coït normal subsiste.

Cherchons à élucider ce point par une analogie, car c’est ainsi que nous arriverons à bien établir ce que nous entendons par les termes de « sain c et de « morbide ».

Nous avons déjà dit plus haut que la conservation do l’espèce est pour nous une fonction de l’individu sain au même titre que sa propre conservation. En suivant cet ordre d’idées, nous voyons que l’apport à l’organisme des substances nutritives est nécessaire à la conservation de l’être et que le besoin de l’alimentation se manifeste chez lui sous forme d’un phénomène physiologique qui est l’appétit. Quand l’appétit fait entièrement défaut, il s’agit déjà d’un phénomène morbide, que l’organisme reçoive ou non la quantité d’aliments qui lui est nécessaire.

En poursuivant plus loin cette analogie entre l’appétit et les désirs sexuels, nous trouvons que l'existence du penchant sexuel est une condition essentielle pour permettre de dire d’un individu qu’il est normal, bien portant, et nous sommes amené à considérer comme pathologiques les cas dans lesquels ce penchant fait défaut. Le fait morbide n’en subsiste pas moins, quand le penchant se.xuel normal se trouve ou non remplacé par un penchant homosexuel. Toutes ces considérations sur la possibilité d’accomplir le coït en l’absence de désirs hétérosexuels n’ont rien à voir avec les cas d’inversion sexuelle où l’impossibilité du coït est la conséquence de l’horreur de la femme. Il s’agit alors très manifestement d’impuissance morbide.

il existerait en apparence une raison qui permettrait de

L INVERSION SEXl ELI.E

ne pas considérer l’inversion sexuelle comme morbide. On sait qu'un grand nombre d’uranistes éprouvent, pendant l’accomplissement de l’acte homosexuel, le même bien-être que les hommes normaux pendant le coït. Par contre, quand l'uraniste, pour arriver à pratiquer le coït avec la femme, use de certains artifices tels que la représentation mentale d’un homme par exemple, l’acte sexuel, comme le fait remarquer V. Krallt-Ebing, détermine chez lui une grande fatigue. Le coït forcé et souvent répété peut mémo avoir un retentissement fâcheux sur sa santé, de sorte qu'au point de vue de la conservation de l'individu, les rapports homosexuels entre uranistes sont plutôt indiqués. En somme, il s’agit en l’espèce d’un acte favorable à la conservation de l’individu, mais nuisible à la propagation do l’espèce. En s’en tenant aux termes de ce dilemme, on peut se demander si l’état de furaniste doit être déclaré ou non comme pathologique, puisque l’individu tend en premier lieu à se conserver lui-mcme.

•Mais cette contradiction n’est qu’apparente et repose sur la confusion que l’on établit fréquemment entre le penchant sexuel et l’acte sexuel ; dans la question qui nous occupe, nous n’avons à envisager que le penchant sexuel. L’acte qui résulte du penchant morbide peut fort bien être considéré, dans un cas particulier, comme favorable à la santé. L’ingestion d’aliments épicés peut réveiller l’appétit dans certaines dyspepsies, il n’en est pas moins vrai que la dyspepsie est un phénomène pathologique ‘. De même, un acte basé sur un penchant sexuel morbide peut être favorable à la

* Les anciens médecins attribuaient une importance cxlrAoriiinait*e k cette tendance de l’organisme ù la guérison spontanée. D’après eux, dans certaines maladies, c'est le malade lui-même qui sent lo mieux ce qui peut lui être bon ou nuisible. Cet instinct devrait servira la guérisou do la maladie ; mais il ne saurait être question de cela pour le penchant sexiud des homosexuels. Pour plus de détails, voy. J. J. (Uintlier. Natur und Kunst in Heilung der Krankheiten. Frankfurt, a. M. 1834.

LLNVEnSlON SEXUELLE 249

santé de l’individu, sans que le penchant lui-même devienne pour cela normal.

Par suite, en se représentant le penchant sexuel, non pas comme destiné à la satisfaction de l’individu, mais à la propagation de l’espèce, nous sommes obligé de considérer l’inversion sexuelle comme pathologique et les individus présentant ce phénomène comme des malades.

Si nous admettons que l’existence d’un penchant sexuel normal est la condition sine qua non de l’état de santé, de l'état normal, nous devons nous demander si l’inversion sexuelle est incompatible avec cet état. Les deux questions doivent être rigoureusement séparées l'une de l’autre, car nous voyons qu’il existe des cas d’hermaphrodisme psychosexuel caractérisés par un penchant pour l’homme et pour la femme. Une condition essentielle de l’état normal, le penchant pour la femme, subsiste dans ces cas, et on peut se demander si, à cause de l’existence simultanée d'un penchant homosexuel, on doit néanmoins considérer ces faits comme étant d’ordre pathologique.

La question est difficile à résoudre, et, pour y arriver, il y aurait intérêt, je crois, à établir ici encore une analogie avec ce qui arrive pour l’appétit. Il exi.ste des personnes qui ont un goût particulier pour des substances qui n’entreiit pas normalement dans l’alimentation. C’est le cas des chlorotiques, des hystériques, des femmes enceintes, qui dévorent quelquefois avec appétit de la craie, des morceaux de briques, des grains de café, etc. Nous considérons ces goûts comme pathologiques parce que ces substances ne constituent pas des matériaux qui peuvent servir à l’entretien de l’organisme. De ce que les mêmes personnes ont en même temps do l’appétit pour des aliments nécessaires, comme la viande par exemple, nous n'avons pourtant pas le droit de conclure que leur goût singulier n’est pas pathologiqu“.

L INVERSION SEXCELtE

1K‘S lors, nous devons qualifier aussi de pathologiques les fonctions du système génital qui ne contribuent pas à la conservation de 1 individu et de 1 espèce, condition essentielle de la santé, de 1 état normal. C’est ainsi que nous sommes amené à considérer comme morbide l'inversion sexuelle qui ne sort en rien à la propagation de l’individu.

On a cité encore d’autres raisons qui militent en faveur du caractère patliologique de l’inversion sexuelle ; mais personnellement je pense que ces raisons ne sont pas inattaquables. On ai habitude de dire que l’inversion sexuelle s’obserx'e en général, comme nous l’avons vu au chapitre VII, chez des individus dégénérés qui peuvent présenter en même temps d autres stigmates de dégénérescence du système nerveux central. Cet argument n’est pas à l’abri de toute objection, car il existe des dégénérés chez qui l’inversion sexuelle est le seul symptôme de la dégénérescence. Si nous voulions soutenir que l’inversion sexuelle est un phénomène morbide pour la seule raison que l’individu qui le présente appartient à une famille de dégénérés, nous serions amené. lorsqu’un individu prend plaisir à manger un bifteck ‘, à considérer cet acte comme un signe de dégénérescence, sous prétexte que notre individu est un dégénéré. C’est une faute contre la logique que. de dire ; l’inversion sexuelle se rencontre chez des individus dégénérés, donc elle est un phénomène morbide. Ce raisonnement peut être juste au point de vue théorique et étiologique, mais il n’a pas l’importance qu’on lui attribue quand il s’agit de savoir si tel ou tel phénomène est un phénomène pathologique.

• Au lieu de cet ejeniple. il vaudrait peuMtre mieux choisir uae action ou nn prnchanl ordinairement rare, mais existant chcî l'individu en question. Celte aciion, nous ne devrions pas la considérer comme patliologique.poiir la seule raison qu'elle existe chez un individu dégénéré et qu'elle sobserva Mivméüt chez les individus ëains.

l'invehsios sexuelle

2ol

Il faut aussi avouer que, dans les cas où l’on trouve des signes nets de psychose ou de névrose, nous sommes facilement tentés de considérer l’inversion sexuelle comme un symptôme de l’état morbide. De même, la dyspepsie nous apparaît tantôt à l’état de symptôme isolé, comme maladie essentielle, tantôt comme un symptôme ‘ de la neurasthénie, lorsqu’elle est accompagnée d’autres manifestations de cette dernière. Westphal s’est déjà occupé de cette question, sans toutefois décider si l’inversion sexuelle doit être envisagée comme un symptôme isolé ou comme la manifestation d’uu état névropathique ou psychopathique.

Ce raisonnement’ par analogie nous a conduit h considérer le penchant homosexuel comme un phénomène morbide. Une autre question se pose maintenant. Dans quel groupe do malades convient-il do ranger les individus atteints d’inversion sexuelle? Faut-il, en l’absence d’autres symptômes psychiques graves, faire rentrer l’inversion sexuelle dans le groupe dos maladies nerveuses ou dans celui des affections mentales ? Nous savons que les illusions sensorielles qui ne sont pas reconnues comme telles par le malade sont souvent considé-

1 Od devrait platût coasidêrer le symptôme en lui-môme et «e demAnder s’il doit 4tro classé comme pathologique à cause de son influence sur l'individu ou même sur la propagation de l’espèce. Tout ceci n’est pas en contradiction avec la recherche des antécédents bérédiUires quand il s'agit, en psychiatrie, de faire le diagnostic de la dégêncresceoce. Ce procédé permet de résoudre la question de d ’généresceace mais non pas de décider si tel ou tel symptôme est pathologique.

* Xacs auteurs ne sont pas d'accord sur ce point. W. Sander considère presque toujours ces individus comme atteints d'alTcction psychique, tandis

Digilized by Coogle

rées comme une preuve d’allection mentale. Si nous adoptions le même critérium, c’est-à-dire la conscience de l’étal morbide, pour l’inversion sexuelle, nous serions amené à admettre l’existence d’une psychose chez presque tous les uranistes'. Du moins, je crois qu’il est très rare que l’uraniste considère son penchant comme morbide, et en cela je me sépare de l’opinion de Westpbal. M. NN. dont il fut question dans la préface, est un des rares uranistes que je connaisse, qui considèrent leur état comme pathologique.

Néanmoins, j’hésite à dire que l'existence de l’inversion sexuelle chez un individu sufllse pour qu’on le déclare atteint d’una affection mentale. Et pour démontrer ce point, je ne trouve rien de mieux que de revenir à mon analogie entre l’appétit et le penchant sexuel. Certains auteurs ont comparé avec raison l’amour à la sensation de la faim. Deux sentiments, dit Laurent, agissent avec une impérieuse rigueur sur tout être vivant : la faim, qui a pour but la conservation de l'individu, et l’amour, qui tend à la conservation de l’espèce *. Mais, de même que nous n’avons pas le droit de considérer comme aliéné l’individu qui a un goût particulier pour des aliments anormaux, de même nous ne pouvons envisager l’inversion sexuelle comme une preuve de psychose.

que V. Krallt-Ebing (Lehrbuch der Psychiatrie) ne f.ense pas qu'il i’aglsse toujours d'atTeclion mentale. Il cite certaines personnalités historiques qui sans être des aliénés, a /aienl des hallucinations : Luther qui jeta son encrier à Ia ligure du diable, Socrate qui conversait avec son démon, Alahomet, etc.

^ 11 arrive encore que Tindividu, convaincu de la nature morbide de son penchant, ne peut le vaincre et continue k agir «ous son influence, tandis que les illusions une fois reconnues par Tindividu ne peuvent plus l'iaûuencer.

* V. Kraflt-Ebing met aussi de pair l’instinct de la conservation et celui de la reproduction. « La vie phvsiologique comporte un instinct de conservation et un instinct de reproduction. La vie morbide ne crée pas de nouveaux instincts, comme on l'admet à tort: elle ne peut que diminuer ou exagérer ou pervertir les instincts normaux ».

l’inversion sexuelle 2o2

Du reste, toutes les dilTérences établies entre la névrose et la psychose sont assez arbitraires, et l’un prend pour une névrose ce qu'un autre appelle psychose. De là maintes contradictions au sujet de l'inversion sexuelle, non seulement entre des auteurs diHérents, mais chez le même auteur. Westphal, pour qui l’inversion .sexuelle n’est pas le symptôme d’un étal psychopathique, la compare cependant à la « Moral insanity » qui pour nous est une psychose.

Starck rapproche avec raison l’inversion sexuelle de l’hystérie ou plutôt de certains phénomènes qui se manifestent au cours do l’hystérie. Fl arrive souvent que certaines excitations sensorielles, certaines odeurs par exemple, agréables à l’état normal, provoquent le dégoût chez des femmes hystériques ; et inversement, certaines sensations répugnantes pour l’homme normal sont agréables aux hystériques, le goût de l’asa fœtida, par exemple.

TBAÏTKMEXT

Nous devons à Y. Krafft-Ebing de voir peu à peu disparaître l'inlolérauce des médecins au sujet de l'inversion sexuelle. Grâce à ses recherches et à ses travaux, nous n’en sommes plus tout à fait au laisser-aller de l’ancien temps. Le mépris dont on couvrait l’uraniste, mépris qu’il rencontre encore actuellement chez l'homme qui n’est pas au courant de la (juestion,tend de plus en plus à disparaître. Gyurkovechky dit avec raison que nous autres médecins, nous devons éviter les mensonges de convention et ne pas nous laisser effrayer par les mots propres dans les questions scientifiques, même lorsqu'il s’agit de sujets que le public, aussi bien que les médecins, considère comme délicats. L. Casper fait observer avec justesse que la vie sexuelle dont on dévoile les secrets avec une certaine fausse honte appartient dans ses aberrations au domaine médical. -Mentionnons encore la remanjue que fit Schuh à l'occasion d’une exploration rectale, remarque citée par .Albert'. Pendant cette exploration, plusieurs de ses auditeurs ne purent retenir un mouvement de dégoût qu’ils traduisirent

* E. Albert, « Diagnostik der ebirurgiseben Krankheiten II aufl. Wian, 18'J2.

L INVERSION SEXl'ELLE

par des {gestes de rtipugnance. Schuh leur dit : « Quand j'étais élève en chirurgie, la chirurgie était séparée do la médecine ; les médecins étaient des messieurs convenables, quant aux chirurgiens ils étaient traités en véritables parias. Un docteur en médecine considérait comme au-dessous de sa dignité d'introduire son doigt dans le rectum d'un malade ; on nous appelait alors et on nous commandait do faire cette exploration, puis on nous traitait comme une baguette avec laquelle on s'amuse à remuer les ordures, on nous jetait de côté : mais la chirurgie a grandi, et l’on nous traite avec respect! »

A propos de l’inversion sexuelle ce même sentiment de répugnance est encore répandu, et bon nombre de médecins qui écrivent sur ce sujet croient devoir s'excuser, auprès de leurs lecteurs, d’aborder une telle question. Nous voyons même un auteur tel que Hammond, après avoir rapporté deux cas d’inversion, déclarer qu’il en connaît plusieurs autres, mais que sa plume se refuse à décrire de tels crimes contre la morale' et ja santé. La plume d’un médecin et d’un écrivain consciencieux ne doit pas se refuser à la description de la vérité, et moins que tout autre la plume d’Hammond dans un livre qui traite de l’impuissance.

Pour ce qui est du pronostic de l’inversion sexuelle, il est loin d’être favorable, bien que l’on admette aujourd'hui que cette affection n’est pas absolument incurable comme on le croyait autrefois. Ainsi que nous l’avons déjà dit, l’inversion sexuelle est considérée comme incurable dans le monde uraniste et on trouve en elfet peu de ces malades qui croient à la possibilité d’une guérison*.

< Je considère coiume cnmiiiellGS toutes les actions perverties qui no dt^* coulent pas d’une perversion do l’inslinct seicael. Mais quand cetto perver* aion existe, rob.servaUur impartial a le devoir d’envisager l'acte non pas comme criminel, mais comme morbide.

- Voici CO qu'un uraniste écrit û V. Krafft-Kliing : « On nous considère généralement comme malades et c'est à tort, car s’il y a jour toutes les ma-

Le pronostic dépend d'un grand nombre de circonstances. Ainsi, l’hermaphrodisme psycho-sexuel comporte un pronostic bien plus favorable que l’inversion sexuelle pure. D’un autre coté, le pronostic chez les hermaphrodites dépendra de l’intensité avec laquelle se manifeste chez eux le penchant hétérosexuel pour la femme, et plus ce penchant est accusé, meilleur est le pronostic. Le pronostic dépend ensuite de la durée de l’état morbide ; ainsi, quand l'inversion sexuelle date de loin, elle est enracinée et le pronostic devient moins favorable. Le milieu dans lequel vit le malade exerce également une influence considérable sur le pronostic.

L’amélioration est plus difflcilc à obtenir quand le malade trouve de nombreuses occasions d'avoir avec des hommes des relations sexuelles. Mais le pronostic est très aggravé lorsque l’uraniste est attaché par un amour violent à un autre homme ; dans ce cas le médecin aura de la peine à obtenir le moindre résultat, et d’ailleurs il est rare que l’on ait recours à lui, l’uraniste étant au comble du benheur à condition que son amour soit partagé. Il est évident que la neurasthénie et les affections analogues, qui ne sont pas rares chez les uranistes, rendent le pronostic plus grave. Quant aux autres éléments qui peuvent influer sur le pronostic, je n’en parlerai pas ici, il en a déjà été question dans le chapitre qui traite de l'étiologie.

Nous devons nous demander tout d’abord s’il y a li u d’intei-vemr d’une façon quelconque, de traiter tliérapeutiquemcnt

ladies des médicainenU qui peuvent guérir ou soulager, rien au monde ne débarrassera l'uranislc de ses penchants contre nature *.

l'invehsion sexuelle 257

l’inversion do l’instinct sexuel, et si l'on ne risque pas de faire plus de mal que do bien à l'uraniste, en le traitant.

S'il est confirmé que, chez les homosexuels, la vie psychique toute entière est féminine, si nous trouvons que des l’enfance toutes les pensées de l'uraniste sont portées non vers la femme, mais vers l’homme, la réponse à cette question est loin d'ètre facile ; toute la constitution du sujet s’est accommodée, s'est adaptée aux idées d'inversion sexuelle, de telle sorte qu'on est amené, d’après la nature du sujet, ses sensations et ses sentiments féminins, sa préférence pour les travaux de femme, son horreur des habitudes masculines, à considérer son amour pour l’homme comme naturel, bien plus que ne le serait l’amour qu’il pourrait avoir pour la femme.

.Notre thérapeutique s’efforcerait donc de faire naître chez une nature essentiellement féminine, au point de vue des sentiments et des idées, un penchant qui ne serait pas en harmonie avec les autres dispositions de l’esprit.

En cherchant à faire dévier vers la femme l’instinct sexuel d’un uraniste déclaré, avec effémination, nous produirions simplement chez lui une déséquilibration de la vie psychique. Avons-nous le devoir, ou plutôt avons-nous le droit de faire cela’?

Si nous faisons la tentative de ramener à la normale, dans un cas bien tranché d'effémination, l’instinct sexuel, il me semble indispensable de chercher en même temps à modifier dans un sens plus masculin l’état psychique en général. Théoriquement il ne semble pas impossible, si l’on obtient cette modification de l’instinct sexuel, que toute la nature de l’individu reprenne spontanément le type masculin, bien que la chose paraisse peu probable, après la fin du développement '.

* modification spontanée n’est pas impossible, ainsi que le montre un

cas d’inversion sexuelle acquise, publié par V. KratTUEbing. A vrai dire, ici c’est le contraire qui se produi&it. Le sujet était originellement hétérosexuel ;

l'invkbsion sexuelle

Une autre objection que l’on peut faire au traitement est la suivante. Ne doit-on pas y renoncer, à cause du danger de l'hérédité de la disposition nen'cuse qui n'en subsiste pas moins'? Si l’on se range à l'opinion de V. Krafft-Ebing, qui admet que l'inversion de l'instinct sexuel peut se transmettre du père au fils, si l’on accepte en général l'hérédité des penchants, si l'on juge de plus que les uranistes appartiennent en grande partie au groupe des dégénérés, on ne peut écarter sans un examen préalable cette objection. Même après la disparition de l'inversion sexuelle, il n'en subsiste pas moins la possibilité de l’existence chez les descendants, et à un degré plus accentué, des signes de la dégénérescence. Doit-on, dans ces conditions, rendre aux uranistes la faculté de procréer des descendants? Je crois que le médecin peut faire part de ces réflexions au patient ; mais en réalité le médecin sera toujours forcé de se rendre au désir du malade et d’essayer de guérir un sv’mptùme morbide pénible. Si plus tard le malade doit se marier et avoir des enfants, c’est là une nouvelle question pour la solution de laquelle le médecin peut donner son avis, mais qui ne doit pas l’empècher de combattre comme il en a le devoir une maladie existante.

En dehors de toute analyse théorique, nous serons le plus souvent en réalité obligés de nous comporter diiléremment suivant les circonstances. Bien des uranistes ne se considèrent pas comme des malades et ne demandent pas à être traités : quant à ceux, moins nombreux, qui ont recours au médecin, il faut bien que nous nous en occupions. La perversion

plus tard, à Tùge de 20 ans. se manifesta chez lai la propension à l'amour entre hommes; en même temps apparurent sponUnément les cai'actàres de Tetr'-mination, le penchant à la toilette, la prélérenc© pour les conversations ft^minines, etc. — Les pratiques de la suggestion dans l'hypnose nous apprennent que, du fait de la suggestion, il se forme des associations d'idées secondaires qui se ruUachenl à la suggestion primitive.

LISVERSION’ SEXUELLE 250

sexuelle est pour eux une abomination, qui peut les conduire quelquefois * jusqu’au suicide, et dans ces conditions, en dépit de toute considération tlu orique, nous sommes bien obligés de tenter une intervention thérapeutique destinée ù ramener à la normale la sensation sexuelle.

11 n’y a pas lieu de s’arrêter aux élucubrations enthousiastes auxquelles se livre Hcessli é propos de l’amour entre hommes, qu’il représente comme un bonheur pour l'£tat, et qu’il considère comme la cause de la suprématie qu’avait acquise l’ancienne Grèce dans les arts et les sciences. Il est à peine besoin d’y insister, il s’agit là d'une méprise. 11 est faux d’établir dans ce cas une relation de cause à effet *. Nous ne devons donc pas nous laisser détourner, parles considérations de Hœssli, de l’obligation de combattre l’inversion sexuelle dans la mesure où nous le permettent les progrès de la médecine et de l’hygiène. Je ne crois pas néanmoins que l’on réussisse très vite à guérir complètement l’inversion sexucllo dans le sexe masculin.

La tâche du médecin, en présence d'un cas de cette catégorie, n’est pas toujours identique ; parfois il s’agit de faire disparaître chez le malade les actes auxquels il est poussé par son penchant, mais plus tard on peut penser à modifier et même à supprimer le penchant lui-même. Certains uranistes

* Par exemple de crainte que leur perversion ne vienne à être connue.

* Je dois néanmoins d>'clerer que je trouve tout aussi fausse l’opinion do ceu..x qui voient un rapport causal entre la décadence de la Grèce et l’existence de la pédérastie ; cette dernière existait aussi bien au moment de l’apogée de la Grèce qu’au moment de sa décadence.

se trouvent arrêtés par certaines restrictions sociales, voire légales, dans le libre essor de leur instinct sexuel ; ils demandent quelquefois l’assistance du médecin, surtout si leur penchant sexuel est hyperesthésié, ce qui est précisément le cas chez bien des sujets. Ils ne demandent pas, à vrai dire, à se sentir ramenés et attirés vers la femme ; la majorité des uranistes considèrent une telle modification de leur nature comme absolument impossible, mais ils désirent voir leur penchant homosexuel diminuer*, de façon à n’en être pas continuellement obsédés. L'hyperesthésie de l'instinct sexuel des uranistes peut être combattue par tous les moyens qui sont employés contre l’hyperesthésie du penchant hétérosexuel, à savoir les bromures, l’hydrothérapie, les bains, les influences psychiques, etc. Ces dernières sont très importantes, en particulier la suggestion, la suppression des préoccupations sexuelles, l’application au travail.

Je connais le cas d'un uraniste, homme cultivé, chez qui un amour trompé détermina un violent désespoir, et qui fut amené par une dure obligation de travailler à oublier ses pensées sexuelles ou du moins à s’)' livrer moins fréquemment. Je crois que, dans cette voie, l’on doit pouvoir arriver à un certain résultat, grâce à une éducation systématique de l’uraniste. Il faut lui conseiller de ne jamais se livrer à l'onanisme psychique*, de ne jamais se complaire volontairement

* L»'après M. N.N. Phyperosthésie de rinstinct sexuel cher les uranistes serait la principale raison pour laquelle un si grand nombre d'entre eut passent leur vie à < musarder >• ; ils sont souvent trop obsédés de leurs pen> t/‘es sexuelles pour arriver à se livrer à des occupations régulières. 11 va de soi qu'il J a des exceptions, ici comme ailleurs, 2t cette règle.

* Celte expression d'onanisme intellectuel est Urée de la Biologie de Holland « l'onanisme intellectuel est compatible avec la chasteté corporelle i il consiste en un échauflement, une excitation do l’imagination par des images obscènes et voluptueuses ».

l’inversion sexuelle

à ses pensées, de chercher une diversion dans le travail el l’activité. Si l’on ne réussit pas à faire de l’uraniste un être normal, on n’en arrive pas moins à diminuer le penchant sexuel, à combattre l'hyperesthésie du sens génital, et l’on a rendu ainsi à maint uraniste un immense service.

Un second groupe de malades réclame la transformation directe d’un penchant pervers en un penchant normal. Cette modification ne peut être menée à bien que par un médecin habile, consciencieux et infatigable.'' Il faut d’abord qu’il cherche à obtenir de son malade une confiance sans restriction. Ce dernier ne trouve presque personne, en dehors de ses compagnons d’infortune, qui comprenne son état. Si le médecin lui montre de la sympathie, il ne tardera pas à exercer une influence énorme qui lui échappera au contraire s’il fait voir qu’il n’a pas saisi le caractère de l'alTcction.

La thérapeutique doit avoir en vue non seulement les causes occasionnelles et le symptôme morbide, mais encore la prédisposition. Comme nous savons seulement que l'on retrouve chez presque tous les uranistes une prédisposition nerveuse qui précède souvent l’éclosion de l’inversion sexuelle, nous admettons, ainsi que nous l’avons démontré déjà, que l’uranisme évolue de préférence sur un terrain nerveu.x ; par suite, nous devons mettre en action tous les agents thérapeutiques généraux et spécifiques qui sont employés contre la prédisposition nerveuse. 11 est évident que le traitement doit porter sur toute la constitution de l’individu ; à ce point de vue, une bonne alimentation, un air pur, la g3rmnastiquc,

l'inversion sexuelle

exercent une influence tonique ; in;iis il ne faut pas perJre de vue que ce sont là des moyens d'action accessoires qui ne peuvent qu'aider au traitement.

Au point de vue prophylactique nous devons, sans doute, tenir un grand compte de l'opinion de V. KralTt-libing ' et de Tarnowsky. Ce dernier pense que, surtout dans les cas d'inversion sexuelle peu développée, il suffit de l'entourage du malade pour diriger dans telle ou telle voie l'activité sexuelle. Pour lui, les parents et les éducateurs de la jeunesse doivent se garder de prendre par le côté plaisant les tendances féminines du jeune garçon ; ils doivent se demander, au contraire, s'il n'y a pas sous ces particularités un fonds plus sé- ’ rieux ; et il croit nécessaire, dans ces conditions, de réfréner aussitôt que possible, par des punitions, les tendances de ce genre, afin d'en éviter le développement, en général rapide.

Ces tendances se manife.stcnt entre autres par le plaisir qu'éprouvent certains garçons à se revêtir de vêtements de femmes.

Un malade de Westphal, qui dès l'âge de huit ans prenait les vêtements do sa mère et s'en affublait, était puni sévèrement par cette dernière ; mais je doute que les punitions puissent avoir une action très efficace sur un penchant aussi violent. Tarnowsky croit qu'il est essentiel de se moquer légèrement dès le début de l'enfant, lorsqu'il présente ce goût de la toilette fémiine, et qu'il est possible d'en arrêter le développement '3^ Quant aux causes occasionnelles qui peuvent, dans certains

V. KrafU-Ebing est d'ailleurs loin do rejeter, comme le fait Tarnoxrsiry,

• Taleur eti'mfluence de ces mesurer. Je me range eonif^^'teiDeiit à l'optoion du premier de ces auteurs. Naturellement, v. Krafft-Ebing est d’avis comma oi, que Ton ne doit rien négliger pour combattre la maladie. Mais comme, d’après lui, la majorité des cas sont congénitaux, il en résulte que les mesures prophylactiques n'ont pas de raison d'étre. La non-procréation de teia ividus. voilà pour V. Krafft-Ebing la prophylaxie la plus efficace. Cuantin xd cas d'inversion sexuelle acquise, nu contraire, la prophylaxie a, pour le même auteur, une très grande importance.

L liNVEnSlÛN SEXUELLE

cas, amener l’éclosion de l'inversion sexuelle, en particulier l’onanisme mutuel et la contagion morale, surtout chez l’enfant, elles sont aussi passibles de l’intervention médicale. Presque tout ce que nous pourrions dire à ce propos découle naturellement du chapitre de ce livre qui a trait à l'ctiologie. Il s’agit de savoir s'il n’est pas préférable, en vue d'éviter l'onanisme réciproque, que des personnes âgées instruisent la jeunesse du danger de ces pratiques, plutôt que de le lui laisser ignorer absolument. C’est là un point de la question que je désire traiter en passant. Je sais bien qu'il est très délicat, pour un père comme pour jin maitre^ d'aborder en présence de l'enfant les questions sexuelles. Cependant, si l'on doit réussir à faire disparaître l’inversion de l’instinct sexuel, c'est à la condition de s'y prendre aussi tôt que possible, car celui qui en est atteint rend la guérison d’autant plus difficile qu’il s'habitue davantage au commerce des hommes. Une règle thérapeutique essentielle est donc d'agir le plus tôt possible et de ne pas attendre, par exemple, la trentaine pour essayerd' enrayer l'aiTection. La plupart des uranistes, autant que j'ai pu m'en convaincre en causant avec eux, font peu de cas du traitement prophylactique : il n'en faut pas moins insister sur ce point. 11 est important aussi, d’après Tarnowsky, dans le cas de tendances à l’inversion, d’empéchcr aussi longtemps que possible le passage effectif à l'action sexuelle ; c est là une bonne condition au point de vue du pronostic. Hartmann déclare, ainsi que la plupart de ceux qui se sont occupés du développement de l'instinct sexuel, que le point essentiel consiste à empêcher, autant que possible, l’éclosion précoce de l’inversioii.’Si l'on remarque que la plupart des uranistes ont vu apparaître les premières manifestations de leur affection dans l'enfance, avant 1a puberté, on est amené à se demander si le début précoce du développement génital (avec des idées vagues sur les différences sexuelles entre l'homme et la femme) ne

L INVEnSlON SEXI ELLE

peut faire naître chez le jeune garçon les tendances homosexuelles, grâce à la fréquentation d'enfants du même âge, et être cause peut-être d’une perversion plus durable. — A. H. Niemeycr, se basant sur son expérience personnelle, se prononce catégoriquement contre une séparation trop complète et trop prolongée des sexes ; il ne conseille pas de s’opposer

trop longtemps à l’éclosion de l’amour pour les jeunes filles,

pourvu que les tendances sexuelles’ soient enrayées autant qu’il est possible. L’opinion de Tarnowsky, qui pense que l’éducation et le milieu exercent une influence très grande sur le développement du sens génésique, qu’il évolue ou non d'une façon normale, est diflieile à démontrer, et, en fait, cet auteur n’a pas apporté la preuve de son assertion. Il n’en est pas moins vrai que ces inllucnces extérieures peuvent jouer un certain rôle et que la thérapeutique doit tenir compte des avis émis à ce point de vue.

Je crois qu’il est possible d’arriver quelquefois à un bon résultat, lorsque l’on peut interx'enir de cette façon chez l’enfant. Mais il me semble douteux, comme Tarnowsky croit l’avoir observé, qu’un grand nombre de jeunes gens atteints de perversion sexuelle congénitale aient pu devenir normaux grâce à l’emploi de mesures prophylactiques.

TIn milieu défavorable exerce une iniluence dangereuse sur les individus qui ont une ])rédispnsition à l’inversion sexuelle; Tarnowsky y insiste et pense, en particulier, que dans les établissements d'instruction où de nombreux élèves se trouvent réunis, les sujets prédisposés peuvent être entraînés sur la pente morbide par ceux chez qui existe déjà la perv'orsion sexuelle. Chevalier déclare aussi catégoriquement que certaines institutions, où de nombreux enfants habitent ensemble, se prêtent particulièrement nu dévelo]»pement de l’inversion sexuelle, et que rinternat, tel qu'il existe en France, par exemple, doit, de ce fait seul, être rejeté. Mais il est aussi

tout à fait urgent de soustraire, autant que possible, l’uraniste adulte à la société d'autres uranistes, de façon à éviter pour lui^les occasions de se trouver en contact avec des individus qui éveilleraient chez lui des pensées sexuelles. Sur ce point, le traitement des homosexuels échouera souvent. Je connais des uranistes qui étaient très désireux d’ètre débarrassés de leur affection, mais qui ne pouvaient abandonner la société où Us se trouvaient. Le traitement sera particulièrement difficile dans le cas où l’uraniste éprouve de l'amour pour un autre homme. Comme, dans ce cas, les rapports sont généralement passionnés, qu’ils dominent toute la nature de l’uraniste, il ne faut pas s’étonner de rencontrer ici plus de difriciiltés pour modifier l’instinct sexuel que lorsqu'il s’agit do séparer l’un de l'autre deux hétérosexuels qui s’aiment. C'est une folie de la part des parents ou des amis qui veulent séparer deux, amants, de leur créer des difficultés ; les obstacles, loin de dé terminer une rupture, ne font que les lier plus étroitemen l’un à l’autre.. ■'

Comme il s’agit, naturellement, non seulement d’étouffer chez le malade son penchant à l’amour entre hommes, mais aussi de déterminer chez lui un amour normal de la femme, il ne faudra pas négliger d’autres points d’une importance essentielle. Il sera nécessaire, en particulier, que l’uraniste vive dans la société des femmes et qu’il fréquente une femme qui aura le talent de le charmer et de le captiver par des qualités bien en rapport avec sa propre nature. 'JC

Tarnowsky croit qu’il est possible de faire naître, en forçant à un coït régulier avec la femme, la fonction sexuelle normale chez des individus naturellement prédisposés à l’inversion sexuelle. Toutefois Tarnowsky néglige de nous donner la preuve de ce qu’il avance. Théoriquement, la chose pourrait s’expliquer : mais, lorsqu’il se produit des exemples de ce genre, il est fort probable que nous nous trouvons en présence.

l' INVERSION SEXUELLE

la plupart du temps, de cas d'hermaphrodisme psychique, beaucoup moins rares sans doute qu'on ne le croit généraleroonU

Naturellement, nous devrons éviter en môme temps tout ce qui serait de nature à maintenir l'uraniste dans ses habitudes homosexuelles, par exemple toutes les idées d’ordre sexuel se rapportant à l'homme. Pour atteindre ce but, il faudra lui donner des conseils d’une façon intelligente, et de telle sorte qu’il les accepte ; on n’ira pas lui dire tout simplement qu’il lui faut ne plus penser à l’acte sexuel entre hommes. II est nécessaire, si l’ou donne ce conseil à l'uraniste, de lui montrer en même temps comment il doit s’y prendre pour arriver à écarter ses pensées morbides.

On rencontre généralement chez les uranistes une hyperesthésie extraordinaire de l'instinct génital, et par suite leur esprit, bien plus que celui d'individus sains, est constamment hanté par les pensées sexuelles. Leur idée fixe ne les quitte pas : elle trouble leur sommeil par des rêves érotiques, où les hommes jouent tous les rùles, et au réveil ils la retrouvent aussi tenace. Au milieu même d’occupations dans lesquelles un homme normal s’absorberait complètement, l'uraniste se sent tout à coup ressaisi par l’idée sexuelle et il s'y abandonne, incapable de l'éloigner. Ün dirait que plus le désir du fruit défendu par les lois et les mœurs s’exaspère chez l'uraniste, plus il lui devient difûcile de l'atteindre. — Cependaut le malade, en s'exerçant peu à peu à combattre ses pensées, pourra obtenir un certain résultat. Il faut, dès le dé-

but, essayer de lui faire bien comprendre qu’en exerçant sa volonté, en la fortifiant constamment, il arriverai se défaire sinon entièrement, du moins en grande partie, de son état d’hyperesthésie. 11 devra surtout s'efforcer de fuir les idées homosexuelles et ne jamais s’y complaire volontairement. Je connais un cas d'hermaphrodisme psychique où le malade ne retombait dans son inversion que lorsque, de gailé de cœur, il se laissait entraîner par une occasion quelconque ; par exemple, il rencontrait un homme qui lui plaisait, et il cherchait à se rapprocher de lui. Mais, au contraire, lorsqu'il s'elforçait de se détourner de son penchant, en ayant des rapports avec des femmes qui lui plaisaient, sa perversion disparaissait, souvent au bout de quelques heures.

On aurait tort également de donner à un uraniste le conseil de pratiquer le coït avec la femme, sans lui en expliquer en même temps la raison. L'uraniste proprement dit ne saurait pratiquer ce coït sans en être saisi d’horreur. Beaucoup d'entre eux, qui en ont fait l'essai, ont dù y renoncer à cause du dégoût insurmontable que soulevait chex eux tout contact sexuel avec une femme. J'en connais qui, au moment où la femme se déshabillait, étaient pris d'une telle horreur, à la simple idée du contact qui allait avoir lieu, qu'ils étaient bien aises de pouvoir s’enfuir de l'appartement. Dans ces conditions, si le médecin conseille, sans autre explication, de pratiquer le coït normal, l'uraniste sera en droit de croire qu'il ne se fait aucune idée de son véritable état. Il reviendrait au même, en quelque sorte, de eonseiller à un homme ordinaire de pratiquer l’acte sexuel avec des hommes et non plus avec des femmes. Il y en a pour qui l'érection, auprès de la femme, ' n’est pas possible, car le contact d'un corps féminin les met dans un tel état de malaise que, mémo en pensant ardemment à un homme, ils ne parviennent pas à entrer en érection ; et alors, une des conditions mêmes du coït fait naturellcmcat

l'invehsion sexuelle

défaut. Beaucoup d’uranistes ont tenté la chose, même sans avoir consulté de médecin et, presque toujours, leurs essais sont restés sans résultat. — Ne réussissant pas à pratiquer le coït, ils tombent dans un découragement profond, et finalement se persuadent que leur inversion sexuelle est incurable. Nous avons déjà vu qu'en général l’uraniste n’est jamais bien convaincu qu’il lui soit possible de se débarrasser de son penchant contre nature, et cependant il est de première nécessité d’éviter tout ce qui peut ébranler, chez le malade, la foi dans la guérison.

Si l’on veut guérir l’uraniste, c’est son penchant même qu’il faut combattre et non ses actes contre nature. Il faut chercher, tout d’abord, à remplacer un penchant morbide par un penchant normal ; quant à l’acte normal, on ne doit lui attribuer qu’une impoilauce secondaire. On pourra sans doute faire pratiquer le coït, sans qu’il existe encore de penchant normal ; cej)endant, ce n’est pas le coït lui-même que l’on devra considérer comme le but essentiel. Certainement il pourrait arriver que le coït se trouvât, d’une manière secondaire, parmi les causes favorables à l’éclosion du penchant normal, et ne fût lui-même possible qu’a la condition d’employer des moyens artificiels, comme l'évocation de l’image d’un homme ; mais on aura toujours tort de conseiller à un uraniste les rapports avec la femme, tant qu’il ne paraîtra pas en parfait

état de suivre ce conseil. Chaque insuccès diminuerait d’au-

tant son courage et sa foi dans la guérison. v t.. • • 'r

Il faut aussi ne pas perdre de vue que souvent des uranistes, hermaphrodites au point de vue psychique, ne peuvent pas avoir do rapports avec toutes les femmes quelles qu’elles soient ; une seule parmi toutes aura le don de les exciter'.

^ Od trouve dans l'amour hétérosexuel des cas analogues : il existe des individus qui ne peuvent avoir de rapports qu’avec un certain genre de femmes. Voici ce que dit Furbringer, b propos de ces cas remarquables, à l'article

Ce point devra être pris en sérieuse considération, d'autant plus qu'il a été prouvé par dilTérents auteurs que les échecs répétés, dans l'essai du coït normal, favorisent le penchant à l’inversion. Il est donc à craindre, lorsqu'il s'agit do cet hermaphrodisme psychique dans lequel la possibilité du coït est subordonnée à une femme déterminée ou à une catégorie déterminée de femmes, que le malade n’arrive à aucun résultat lorsque cette condition no sera pas remplie, et qu’il finisse par se rebuter. ^ .,1 •. ,.v : ■ i

En dehors de ce sentiment de découragement et de désespoir qui succède aux échecs dans le co’it, le médecin devra se rappeler que le coït avec la femme donne au véritable uraniste une fatigue extrême ; il en sort épuisé. Xa plupart d'entre eux déclarent que la jouissance et le bien-être résultant de la simple masturbation sont pour eux préférables au coït ; môme lorsque celui-là réussit, il y manque toujours la sensation de volupté normale et l'état de satisfaction qui lui succède. Au contraire, les rapports avec un homme les satisfont entièrement et ils en sortent fortifiés.

La dépression nerveuse qui succède au coït avec la femme, chez l'uraniste, peut atteindre de telles proportions que le médecin, à mon avis, devra se consulter mûrement avant de recommander à son malade des rapports réitérés avec la femme.

Lorsque l’uraniste arrivera à pratiquer le coït, on n'aura

« impuissance » de l'EaCycIopëdie d'EuIenburg, Éd. « Il existe certaine» formes assez rares do riinpaissance, qu’il est difflctle d’expliquer, et qui sont peut-être du domaine de la pervei*ston sexuelle : on y constate un sen* timenl de dégoût pour la femme, sentiment qui empêche toute érection et ne peut s'expliquer ni par une imperfection physique, ni par la présence de choses repoussantes, ni par le manque de beauté de la femme. Quelquefois l’ironie du destin veut que, pour le inari, ce charme fasse précisément défaut chez l’épouse, et que des femmes galantes le possèdent. Ce sont là des cas d’impuissance relative.

pas encore atteint, pour cela, un résultat thérapeutique ; la plupart, au contraire, se détournent avec dégoût de la femme, aussitôt l'acte accompli, et redoutent de s'y livrer une seconde fois, il en est ainsi, du reste, même lorsqu'avaut le coït l'uraniste éprouvait un désir pour la femme. Pourtant il est bien plus fâcheux encore de constater cette horreur pour la femme après le coït, dans les cas ou cet acte a été pratiqué sans désir, au moyen d'arliüces.

Nous avons dit que certains uranistes cherchent à rendre possibles leurs rapports avec la femme, soit par l’ivresse, soit par d'autres moyens, et j’en connais en ellet bon nombre à qui l'usage de l'alcool permet de se livrer au coït ; malgré cela, jamais ils n'arrivent à une complète satisfaction : la sensation de volupté leur fait défaut. D'autres uranistes cherchent à SC procurer l'érection et l'éjaculation, auprès de la femme, en évoquant l'image d'un homme. , . ' ,

Ce n'est pas seulement parce que l'uraniste n'éprouve aucun désir pour la femme, et que par conséquent le coït lui répugne, qu'il lui devient si difficile de suivre le conseil qu'on lui donne de pratiquer cet acte; une autre difficulté réside dans la peine que l'on a à trouver des femmes qui puissent lui convenir. Il est clair qu'aucune honnête femme ne consentira à entretenir des rapports sexuels avec un uraniste ; d'autre part, il serait dangereux de lui amener des prostituées, qui ne réussiraient peut-être qu’à exaspérer le dégoût qu’il ressent déjà pour les autres femmes. Pourtant, si l’on ne trouve pas la femme qui pourra convenir, celle qui saura amener l'uraniste à un penchant normal, il faudra désespérer de le guérir. Je crois que, dans le cas bien connu de V. Schrenk-Notzing ’, l’uraniste dont il s’agit n’aurait pas guéri s'il n’avait rencontré une femme qu’il aima et qu’il

• Wiener Internationale Kliniache Rundschau, 6 Ocl. 1889, n» *0.

l’i-nversion sexuelle

épousa C’est là un cas d'inversion sexuelle, sans doute congénitale, guérie sous l'influence d’une suggestion psychique.

Il va de soi qu’on devra interdire, avant tout, l’onanisme au.x malades atteints d'inversion sexuelle ; la masturbation avec évocation d’images d’hommes est tout particulièrement redoutable, car elle accoutume de plus en plus la nature du malade à son idée morbide. Il n’est guère besoin d’expliquer pourquoi la masturbation, en général, doit être combattue avec soin ; on sait qu’elle est un moyen infaillible d’amener des troubles nerveux et qu’elle recule indéfiniment toute chance de succès dans l'essai du coït normal. : -v - x’

On a songé à traiter, au point do vue psychique, l’inversion sexuelle par la suggestion hypnotique. Cela semblera naturel à tous ceux qui se sont occupés de la suggestion et qui connaissent les nombreux ouvrages de Liébault, Bernheim, Forel, V. Krafîl-Ebing, Obersteiner, Max Dessoir, Sperlinget tant d’autres. Il est indéniable que, dans certaines circonstances, une application patiente et intelligente de la suggestion donnera de bons résultats : les cas cités par V. Krafft-Ebing *, V. Schreck-Nolzing et Ladarae ’ en four-

* Oa oonçoit qn’U est sourent très difficile pour le mëdecio, lorsqu'un uraniste le consulte à propos de son mariage, de donner un avis quelconque. On aurait tort, en effet, de considérer ici le mariage comme le remède uni* verael, ainsi qu'il arrive pour d'autres maladies. Le mari ferait généralement son malheur et celui de sa femme, en se mariant avant d'étre complètement guéri de ses tendances homosexuelles. « Je dois dire, h l'honneur de la femme et h la honte de notre sexe, que dans beaucoup de ménages malheureux, le malheur est l'œuvre du mari », Telle est l'opinion de Most, dans son livre Üeber Liebe und Ehe.t {L’amour et le mariage), 1837. — Je crois que, dans notre cas spécial, le mari aura tout à se reprocher, lorsqu’il se sera jeté dans le mariage à la légère, malgré sa disposition h l’uraniame.

> Internationales Central blatt f. d. PhyuoL u. Pathol, der Harn u. Sexual organe, Tome I, cahier 1 et 2.

* Revue de l'Hypnotisme, 1889-90. Ces cas se trouvent aussi dans la Psjcho* pathia sexualis de V. Krafft-Ebing, Édit., où ils sont rapportés dans tous leurs détails.

l’inversion sexuelle

nissent la preuve. Pour ma part, je puis assurer, d’après mes propres expérience.^, que l'on peut, pourvu qu'il y ail sommeil hypnotique profond, diminuer au mo3’en de la suggeslion post-hypnotique l'inlluence du penchant morbide, chasser en partie celle image constante de l'homme qui hante l’espril du malade, et par suite arriver à rendre plus rare le besoin d’accomplir l’acte sexuel anormal.

J’ai pu de même provoquer par la suggestion l’éclosion d’idées hétérosexuelles. Seulement, il ne faudrait pas s’attendre à obtenir ces résultats du jour au lendemain, et de plus, comme le fait très bien remarquer V. Kralll-Ebing, on n’atteindra de bons résultats que lorsqu’on aura provoqué un sommeil hypnotique profond.;*^

(Ju'on ne s’imagine pas toutefois que, même cette dernière condition étant remplie, il soit facile de suggérer aux malades un penchant sexuel normal ; en général, ceux-ci n’ont recours au médecin que le plus tard possible, alors que leur inclination morbide est déjà tellement enracinée qu’elle domine entièrement la personnalité. Je me rappelle avoir eu à traiter un philologue atteint d’inversion sexuelle. Il était accessible à un sommeil hypnotique profond ; mais, chaque fois que je voulais lui suggérer, pendant cet état, de se rendre, une heure après, auprès d’une femme également suggestionnée, je rencontrais la résistance la plus obstinée. Si je lui expliquais alors qu’il devait s’entretenir avec une femmee que je lui montrais en rêve, j’étais à peu près certain de recevoir la réponse suivante: « Mais il n’en est pas temps encore, ce n’est que dans une heure que je dois rencontrer cette* dame ». (üe subterfuge et d’autres du mémo genre montrent d'une inanicre bien caractéristique que la peur de se trouver en contact avec une femme domino l’uraniste, au point de lui faire chercher tous les moyens possibles pour éviter ce contact, même lorsqu’il est plongé dans le sommeil hypnotique.

Les partisans les plus déclarés do la médication accorderont eux-mémes que le traitement de l’uraniste doit se faire non pas à l'aide de médicaments, niais par des moyens psychiques. Les inclinations et les sentiments ne se combattent pas par l’acide chlorhydrique ou l’aloès ; il faut leur opposer des éléments de nature psychique comme la leur. Aurélien connaissait déjà cette vérité.

On s’est demandé quelquefois si la castration débarrassait l'uraniste de son inversion sexuelle. Meyer répond affirmativement ; Westphal, au contraire, s’élève contre cette opinion. Théoriquement, je ne crois pas que nous puissions en attendre de bons résultats. Un malade vint un jour me demander s’il devait se faire castrer et il faisait dépendre cette grave opération de ma réponse ; je ne pus 1a lui conseiller. Tout récemment, Gustave Jœger a prétendu que ce moyen devrait > être recommandé par l’Etat. Si l’Etat considère comme dangereux pour sa propre sécurité les actes contre nature des uranistes, il ne lui reste qu'à les tuer ou à les castrer le plus vile possible. Au point de vue médical, il sera permis de trouver l'un et l’autre de ces moyens un pou trop héroïques.

J V . T il», v»v'> ttV "vV'^S 'î'

SI

ÉGISLATIOH

La législation relative aux rapports entre hommes a varié aux différentes époques. Chez le peuple juif, la pédérastie était punie de mort. Nous ne savons pas si cette passion était réprimée dans l’ancienne Grèce, ni la peine qu’elle entraînait. D’après Ramdohr, rien ne prouve qu’à Athènes l’amour homosexuel entre citoyens libres tombât directement sous le coup de la loi : au contraire, une loi rendue par Solon et interdisant la pédérastie parmi les esclaves, semble indiquer que la législation ne réprouvait pas cette coutume chez les eitovens.

Toutefois Solon et ses successeurs punissent la séduction, la violence et la cupidité, dans l’amour entre hommes'; il

> Voici ce que dis.iit Eschinc, dans son discours contre Timarqae : « Nous connaissons des vieillards et des jeunes gens qui, dans leur temps, ont êl.* ainiés pour leur beaiiU^ ou que l’on aime aujourd’hui encore ; mais à ceux-là on ne peut reprocher ce que nous reprochons à Timarque. Athéniens t vous connaissez Criton, Periclès et tant d’autres ; c’étaient de grandes beautés, et ils avaient des amants, tous gens pleins de décence et d'honneur. Je ne blâme pas un amour raisonnable, et je ne prétends pas que tous les beaux jeunes gens que nous aimons soient des prostitués ; moi-même, j’avoue avoir écrit des poèmes d'amour et avoir été amoureux. L’amour pour des jeunes

l'invebsion sexuelle 273

faut que l'on prouve que cet amour a toujours été libre de part et d’autre. Le citoyen qui se prostiluait perdait le droit de cité ; celui qui, par viol ou séduction, avait abusé de l’innocence de jeunes garçons, était sévèrement puni (Ramdobr). Disons encore que, chez les anciens Grecs, l’amour entre hommes, dans le peuple, n’était tenu pour méprisable quo lorsqu’il ne présentait aucun élément moral et no comportait que des désirs charnels.

Dans l’ancienne Italie, la pédérastie était considérée comme un crime et punie de mort, à l’égal du crime de haute trahi son (Mommsen, Histoire Romaine).

Chez les Germains, avant l'introduction du Christianisme, les accouplements contre nature étaient comptés parmi les crimes méritant la mort ; on les considérait comme un signe d’abjection et on les punissait de morL Après l’introduction du Christianisme, la pédérastie resta toujours passible d’une peine : l’opinion des juifs prévalut sur celle des Grecs. Le code pénal de Charles V punit la pédérastie de la mort par le bûcher. Mais, en général, la répression se fit de plus en plus douce, chez les peuples modernes, et aujourd’hui, dans certains Ktats, les rapports entre hommes ne tombent même plus sous le coup de la justice, lorsqu'ils ne s’accompagnent pas de circonstances particulières, comme la violence, par exemple. C’est le cas pour la Hollande, l’Italie et la France, d’après V. Lisst Le code .\apoléon avait abrogé toute pénalité i ce su-

garçons beaux et modestes est Tindice d'une &me sociebie et humaine ; mais celui qui vend ses faveurs pour de l'argent, je le tiens pour un homme bas et dt^bauché. Il est honorable d'inspirer un amour d- sintéressé ; mais il est hon« teux de s'en faire une source de richesse. Vovez, di reste, ce que dit la oi : elle dt'fend de parler en public h celui qui a frappé soi fftre ou sa mère, qui a dissipé l'héritage paternel ou qui s'est livré pour de l'argent à un débauché.

* Richard Schroeder. Manuel de l'Hibtoirc du droit a cmand. ^ Leipzig,

Page 1