SI
* frang v. Lisst, Manuel de droit pénal alleirand !“•« lie., E.Lin, iftf.
l'inversion sexuelle
jol, et coite situation subsista dans quelques Etals Allemands jusqu'à la fondation de l'Empire, époque à laquelle la question fut définitivement tranchée pour toute l'Allemagne. C’est ainsi, par exemple, que les pédérastes n'encouraient aucune punition en Bavière ni dans l'ancien royaume du Hanovre. En Bavière, la justice ne pouvait intervenir que lorsqu’il v avait eu violence, ou que l'on avait amené par séduction des jeunes gens à se livrer à la pédérastie D’après V. Lisst, une commission scientifique de Prusse se déclara autrefois pour l’abrogation des articles établissant une pénalité, dans l’espèce. En revanche, le droit canonique continuait à réprouver les accouplements contre nature. En Allemagne, nous voyons aujourd’hui la loi punir les rapports entre hommes ; cependant elle n’établit, pour les femmes, aucune pénalité de ce genre. Le code pénal autrichien ’, au contraire, poursuit les femmes, en vertu de l’art. t2!l; cependant, il nous semble que le nouveau code autrichien est tombé, avec l’art. 190, dans la même inconséquence que le code allemand.
I.Æ code pénal de l'Empire allemand contient plusieurs paragraphes se rapportant au.v uranistes. Le plus important est
t D’aprôs Camper Liinan. Manuel du médecin légiste, la pédérastie éUit punie de la peine de la détention, en Bavière, par l'art. 2U du Code pénal do 1861. Pourtant Ulriclis disait, en 1867, qu'«en Bavière on ne laissait jamais aboutir les poursuites ». La citation, faite plus haut, d*un passagu de la lé- (;tslation bavaroise, est tirée d’un ouvrage déjà oncien, le Manuel de droit pratique de D. B. Friedreich. 1843.
* Kd. R. V. IloÛniann. Manuel du médecin légiste, Vienne et Leipzig,
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e suivant : « Les accouplements contre nature, entre hommes, ou entre hommes et animaux, sont punis de prison ; ils peuvent entraîner aussi la perte des droits civils » (art. 175).
On peut se demander ici ce qu'il faut entendre par ce terme A' accouplement contre nature. La juridiction, sur ce point, est très étendue et souvent contradictoire '. 11 faut distinjjuer rigoureusement l'accouplement contre nature et les actions obscènes’ entraînant, dans certaines circonstances, les peines édictées par l’art. 176 du Code pénal. Dans les textes des anciennes lois pénales, ce terme d'accouplement contre nature avait une signification encore moins claire que dans le code actuel ; la disposition de l'art. 175 est copiée, pour le fond, sur l'art. 113 de l'ancien code prussien qui n'envisageait guère que la pédérastie. Les considérants qui motivent les dispositions du code allemand expliquent l’art. 175, au point de vue de la sodomie et de la pédérastie, de façon à ce que l'on doive adopter, pour le code allemand, la délinition donnée par l'ancien code prussien.
D’après la jurisprudence des tribunaux, tous les actes sexuels accomplis entre hommes ne doivent pas être rangés parmi les accouplements contre nature ; on ne considère comme tels que les actes présentant une certaine analogie avec le coït naturel *. Cependant il n'est pas nécessaire que membrum in anum immittitur, ni même que le pénis ait été introduit dans une cavité quelconque du corps de l'homme, pour que l'acte tombe sous l'application de l'art 175 *. Par exemple, un arrêt du Tribunal de l'Empire a déclaré que l’action de irotter son membre contre la cuisse d'un homme de-
* A. Daicko, Droit pénal et procès do droit pénal, Berlin, 1830.
■ Arrêt d.i Tribonal de rKmpire, du £4, IV, 18S0.
* Arrêts du Tribunal do THnipire en matière pénale, Touic I, p. 6!>2« ^ Arrêts cxu Tribunal de TKnipire du £3 avril ISSO.
L I.NVEnSlOS SEXUELLE
vait è!re considérée comme analogue au coït', et par conséquent était punissable en vertu de l’art. 17o. 11 n’est pas non plus nécessaire qu'il y ait éjaculation ; un acte peut être punissable avant même qu'il ait provoqué l'orgasme vénérien. Le tribunal a aussi établi la possibilité de ne punir qu'un seul des coupables et d'acquitter l’autre’ ; par exemple lorsque l’acte a été accompli sur un mineur ou sur une personne plongée dans le sommeil.
D’autre part, le tribunal de riümpire a établi, d'une façon décisive, la différence entre les accouplements contre nature et les actes obscènes, différence qu’il avait été déjà question de fixer au moment où fut rédigé l’art. 173. — Ainsi, le jugement d’un tribunal de l™ instance, qui avait puni, en vertu de l' art. 173, un individu qui s’était simplement masturbé aux côtés d’un autre, a été cassé par le tribunal do l'Kmpire, cet acte- devant être considéré selon lui comme une obscénité, mais non comme un accouplement contre nature ’.
La masturbation d'un liomme par un autre et la masturbalion mutuelle, ne sont pas punissables, lorscju’elles ne s'accompagnent pas de circonstances qui rappellent l'acte du coït. Dans ce cas, il est évident que la distinction est assez arbitraire ; c'est le juge qui devra apprécier si telle ou telle circonstance rend l'acte assimilable au coït. D’après Oppenheini’, les simples embrassements, dans l'onanisme mutuel,
' Arrêt du Tribunal de l'Kinpire du 23 avril ISsO.
9 Ju^t'menl du Tribunal de l'Empire du 3 l'év. ISUO.
9 Arivt du Tribunal de TEmpire du 24 avril ISSÜ.
* Code p-inal de l'Empire allemand, commenté par Friedr. Oppenhoff, lie édil.. chez Theodor Oppenbolf, Herlin« 1SS3. D'après cet auteur, il est constant, d'après le jugement du Tribunal de l'Empire du 23 avril ISSO, que l’mimiVjio }yenis in cavum pas nécessaire pour l'application de l’art.
l75. — D’après une édition précédente de ce livre, ainsi que d’uprès Rudolf et Stenglein (Code pénal allemand), le considérant qui avait amené l’appUca- Üon de l'art. 175 était l'immijaio ptnis in ooi'pus vivnm. Le lait est rap* porté par V. KraÜt-Ebing.
l’inversion sexuelle
ne suffisent pas pour que l’acte tombe sous le coup de l’art. 175 ; par contre, le frottement du pénis contre le corps do l’individu est visé par ce même article.
11 est également certain que l’individu qui se prête volontairement à un acte contre nature encourt la même pénalité que son complice, même lorsqu’il n’a pas eu pour but la satis* faction de sa propre passion.
L’application des peines édictées par l’art. 175 peut sembler, en théorie, très simple ; mais en pratique cette application est difficile. Lorsqu’il y a eu immissio membri in anum, la question est simple à résoudre. Elle devient plus compliquée, et c’est le cas le plus fréquent, lorsque membrum appremitur alicui parti corporis allerius. Dans ce cas, l’application delà peine dépendra des frictions qui auront ou non été exercées. Le simple fait que les corps ont été couchés l’un contre l’autre entraîne, ainsi que nous l'avons vu, l’application de la peine. S’il y a eu de plus un frottement, c’est-à-dire un mouvement des deux corps ou de l’un d’eux, l’acte sera passible de l’art. 175 parce qu’il pourra être assimilé au coït.
Qu’on s’imagine maintenant l’accusé tenu de déclarer devant le tribunal s’il a fait ce mouvement ou non. Cette preuve me semble si difficile à établir dans la pratique, que je ne parviens pas à croire qu'elle puisse servir de base à un jugement équitable.
Il n 'est guère possible d’interpréter l’art. 175 comme accordant l’immunité aux rapports entre hommes car dans son esprit cet article de la loi vise précisément ces rapports. Cependant, il n’y a pas, à vrai dire, d’accouplement contre nature, lorsqu’un homme atteint d’inversion sexuelle accomplit l'acte sexuel avec un autre homme. Cet acte est tout aussi naturel que celui qu’accomplira avec une femme l’homme ayant pour la femme un penchant normal.
L’art. 185 du Code pénal a aussi son importance : « Celui
qui, par des actes obscènes, aura provoqué un scandale puhiic, sera puni de deux ans de prison ou d’une amende de cinq cents marcks au maximum. La peine de la prison pourra de plus entraîner la perte des droits civils ». Cet article vise les attouchements auxquels se livrent publiquement les uranistes, sur les parties génitales des hommes, et dans la pratique il a souvent été interprété dans ce sens.
Dans l’art. 180 du Code pénal, il est question des entremetteurs ; O Celui qui par métier ou par cupidité aura par son entremise favorisé la prostitution, ou en aura fourni l’occasion, sera puni d’emprisonneinentcomme entremetteur ».
Le tribunal a reconnu expressément que cet article pouvait recevoir son application à propos des rapports entre hommes. Il a été appliqué, par exemple, contre un individu qui louait une chambre à des pédérastes. L’accusé soutenait, pour sa défense, qu’il ne s’agissait que de rapports entre hommes ; le tribunal n’admit pas cette excuse.
Le Code contient encore d’autres dispositions relatives aux rapports homosexuels et sur lesquelles je n’insisterai pas, parce que leur interprétation ne présente aucune difficulté. Je citerai, entre autres, l’art. 170 qui punit les actes obscènes accomplis sur les mineurs de 14 ans.
Mais il faut nous arrêtera l’art, fil, qui est conçu dans les termes suivants ; « Aucune peine ne sera requise contre celui qui, au moment où il accomplissait un acte répréhensible, se trouvait en état de démence ou était atteint d’un trouble maladif de la volonté capable de le priver de son libre arbitre ».
S’il s’agit, dans ce cas, do maladies psychiques graves, comme la démence paralytique ou bien, et c’est l’opinion de Tarnowsky, si l’on peut considérer la satisfaction du penchant homosexuel comme un équivalent psychique do l’attaque d’épilepsie, il devient évident que les actes qui procurent cette satisfaction n’encourent aucune pénalité.
l'inversion sexuelle
Mais les cas sont relativumcnt rares, où l’on peut assimiler l'inversion sexuelle aux troubles psychiques profonds. Sans doute, de notre temps, presque toutes les autorités médicales compétentes déclarent que l'inversion sexuelle est un cas pathologique ; V. Krafft-Ebing, Tarnowsky, Gley et beaucoup d'autres assurent même que ce phénomène fait toujours ou presque toujours partie d’un compicxus symptomatique, ainsi qu'on le constate généralement chez les dégénérés. Il est en effet indéniable que, dans la plupart des cas, nous trouvons d'autres symptômes de troubles neiweux et psychiques. L’état de santé apparente de l'uraniste ne trompera jamais un médecin'compétenl et ne l’empôchera pas d’admettre l’existence d’autres symptômes. En particulier, il ne considérera pas comme une preuve de santé chez l'uraniste une intelligence normale ou même au-dessus de la moyenne, ni les divers talents qui peuvent orner son esprit.
V. Krafft-Ebing a dit avec raison qu’en général on est toujours en présence de troubles morbides qui, d'après l’interprétation que l’on fait communément de l'art. 31 , n’ont pas le bénéfice do l'immunité. Il est vrai que cet article se prête à une interprétation extraordinairement largo. Nous pouvons ne pas compter l’inversion sexuelle au nombre des troubles morbides de la volonté ; mais rien ne nous empêche de la considérer comme un état de démence, et la démence, d’après l'art. 51, peut être interprétée dans un sens très large. Les commentateurs modernes du Code pénal ne semblent pas disposés à considérer les cas d'inversion sexuelle comme se trouvant directement visés par la loi. Dans l’esprit de la loi, le mot démence signifie seulement un trouble de la conscience. Tant que l’individu aura conscience de sa situation, tant qu'il restera capable de raisonner sur toutes choses, d'envisager les conséquences de ses actions, le médecin légiste se montrera peu disposé à admettre un trouble de la rons-
L INVERSION SEXl'KLLE
cience. Enfin, il faudrait encore savoir si l'article 52 ne doit pas s'a[ipliquer aux cas d'inversion sexuelle : cet article considère comme non coupables les individus qui ont accompli un acte sous l’influence d'une force irrésistible. Nous nous trouvons ici en présence d'une double difticulté ; d'une part, on entendra généralement par ce mot de force irrésistible une force physique, et en elTet, dans l'application qu'on a faite iusqu’à présent du Code, c'est seulement la force ph)'siqae que l'on a considérée ; d'autre part, il serait impossible, lorsqu'il s'agit d'un phénomène psychique, de considérer un penchant intérieur comme une force ', puisque l'idée de force comporte précisément une manifestation extérieure.
Blumenstock ‘ insiste sur la nécessité de vérifier, dans loua les cas d'inversion sexuelle, le degré de responsabilité de l'individu. A son point de vue, celte question devra toujours être posée et résolue, même lorsque les poursuites judiciaires auront pour objet non pas des actes sexuels, mais tout autre acte illégal, car l'inversion sexuelle est elle-même le symptôme d'un dérangement de l'esprit.
11 faut tenir compte encore d'une question qui a été soulevée par Furstner ' ; c'est la simulation dans l'inversion sexuelle. D'après cet auteur, il est a craindre que des individus
( Dq reste les médecins lé^^istes se montrent fort peu disposés à considérer l'instinct génital comme une lorce irrésistible. U est très regrettable que nous ne soyons pas en état de juger de la puissance de cet instinct chet nos semblables. Nous aurions tort, dans le cas présent, de généraliser et de jtrgw des autres par nous-mêmes ; il serait pratique certainemoBi d’admettre, daos le doute, une force irrésistible de l'instinct génital, mais cette considération 86 doit pas nous détourner de la vérité. Casper et plus tard Liman, ont pré> tendu que l'instinct génital n’avait pas le caractère d'uQ penchant irréai^ible, et d'après eux, c'est de tous les penebanU celui que l'on maîtrise le plus facilement.
* V. l’art. Inversion seaoelte. dans l'Eacjclopédie d’Eulenbsrg, édit.
^ Cette question tut soulevée au cours d'une discussion sur l'iaversioa 8'‘~ticUe, dans un congres de psychiatrie, eu ISSi, â propos d'un rapport de
Kim.
l'lnversiün sexuelle
qui se livrent à des actes sexuels contre nature, sachant qu'ils sont passibles de poursuites judiciaires, ue simulent des troubles dont ils ont étudié d'avance les munifestations, les crises épileptiques par exemple, espérant ainsi éviter toute punition. '
Le diagnostic du médecin légiste rencontre de sérieuses difficultés, lorsqu’il y a présomption d'une immissio pénis in aman. Depuis plusieurs siècles, les médecins légistes cherchent des signes qui leur permettent d’établir la preuve de la pédérastie active ou passive. Je suis bien éloigné de vouloir rabaisser leur œuvre, mais il me semble que bien rarement ces chercheurs ont eu l’occasion d'exposer des faits observés par eux-mêmes. Les signes qu’ils indiquent passent généralement du livre de l’un dans celui do l’autre, sans qu’ils disent s’ils ont eu l’occasion de les observer personnellement ou s’ils les ont empruntés à d’autres. S’il en était autrement, la plupart, j’en suis certain, se verraient forcés de convenir que tous les signes que l’on attribue à la pédérastie passive ne se rencontrent que dans un nombre de cas relativement très restreint, et que par conséquent leur absence ne saurait impliquer l’absence de la pédérastie. D’autre part, ces mômes signes se retrouvent souvent chez des individus que ne se sont jamais adonnés ù la pédérastie, de sorte qu’on ne peut légitimement rien conclure de leur présence.
Martial, dans l’antiquité, Paul Zacebias au xvii® siècle, et plus récemment Tardieu, ont dit qu'à la suite de la pédérastie passive, l’anus prenait la forme d’un infundibulum ; Tardieu constate de plus un enfoncement des régions périanales.
une dilatation de l’anus, dont le sphincter se trouve forcé. E. V. Hofmann s’élève contre la valeur diagnostique de ces signes, pour la raison que la forme en entonnoir et le relâchement du sphincter dépendent plutôt de l'état de nutrition de l'individu et de son âge ; de plus, il est hors de doute que des pédérastes passifs avérés présentent souvent un anus absolument normal. J'ai pu le constater moi-niéme dans un procès criminel.
Indépendamment des signes de la pédérastie habituelle, on a indiqué, pour les cas accidentels, des signes révélateurs auxquels on ne doit pas non plus accorder une trop grande valeur. Friedreich établissait son diagnostic sur ce fait, qu'immédiatement après l'acte, l'anus reste béant, et présente des rougeurs, des points tuméfiés et douloureux, quelquefois des fissures sanguinolentes. D'après lui, il faut en même temps examiner la chemise et les effets, car généralement le pédéraste passif a eu, pendant l'acte, une éjaculation soit spontanée, soit amenée par la masturbation.
Quant ,aux signes qui doivent révéler la pédérastie active, Casper Liman et E. V. llofinann no leur accordent aucune valeur. D'après ces auteurs, les déformations du gland décrites par Tardieu n'ont aucune signification au point de vue d'une constatation médico-légale. 11 est à supposer que Tardieu et les auteurs qui ont décrit ces cas ont oublié qu'indépendamment de la pédérastie, la forme du gland présente, suivant les individus, de très grandes différences '.
Dans certains cas, le diagnostic pourrait s'appuyer sur une
t Drouardel est d'avis que les déformations da gland décrites par Tardiem étaient probablement des malfurmations congénitales et que c'est par erreur que Tardieu en a attribué la cause à la pédérastie. Cependant, tout récem* ment, Coutagne a observé chez un pédéraste actif, pris sur le fait, un eilloo circulaire â la limite du premier et du deuxième tiers du gland ; mais v. Hof< man. qui rapporta ce fait, n'a jamais observé de déformations du pénis ou du gland.
V, 'Vnç;
L’iMVSBSiON SEXUELLE 285
afTcction syphilitiqne, peut-être même sur une gonôrrhée du reetum. On pourra aussi constater, dans la bouche, des accidents syphilitiques dus à Vimmissio pmis in os. Un uraniste soigné par V. Krafft-Ebing prétend avoir vu plusieurs cas d’ulcérations syphilitiques de l’anus et des accidents primaires ' do la voûte palatine chez un jeune homme dont d’autres individus abusaient fier os.
Après avoir exposé les articles de la loi se rapportant aux actes sexuels entre hommes et recherché la manière dont le médecin légiste établira son diagnostic, il nous reste à voir si les dispositions actuelles du Code ne pourraient pas être utilement modinées.
On s'étonnera, sans doute, de m’entendre proposer, sinon de supprimer l’art. 173, du moins de le modifier ’, eu ce sens que les rapports homosexuels ne seront plus passibles d’aucune peine. .le comprends qu’il semble osé de parler en faveur d'une classe d’individus parmi lesquels j'ai trouvé les menteurs les plus effrontés qui se puissent rencontrer et qui souvent, par leur repoussante tenue dans la rue et dans les endroits publics, excitent le dégoût des honnêtes gens. Il existe en effet une catégorie d’uranistes qui ne méritent aucune sym-
* Lorsque Gustave Jaeger. dont je dois roconnaitre la compétence dans cette question* dit que « les homosexuels ont une vertu qui est de ne pas propager la syphilis, » il fait Hi une apologie des uranistes, û laquelle ils n'ont aucun droit.
> L'art. 175 punit également la fornication avec les animaux ; cette question ne sera pas étudiée dans ce livre. 11 s'agirait donc, au point de vue des rap« ports homosexuels, d’une simple raodiiication du paragraphe et non d'une suppression totale.
28C l’invcrsiük sexuelle
patine et pour lesquels les peines édictées par le Code sembleront toujours trop douces. Mais ceux-là ne sont pas les seuls.
II faut considérer aussi tous ceux qui cachent avec soin leur état et n’en laissent rien voir à leur entourage. On trouverait, en étudiant leur caractère, bien des arguments plaidant en leur faveur. Ces malheureux, bien dignes de pitié, sont très nombreux et ils ne trouvent, parmi les âmes sensibles, personne qui puisse les plaindre. L'orsque l’un d’eux s’ouvre à vous et vous fait ses conlidences, il est rare qu’on ne modifie pas l’opinion que l’on se faisait des uranistes. C’est en observant ce groupe, qu’on arrive à se convaincre qu’il ne s’agit pas là de désirs vicieux que l’on peut vaincre en empêchant leur satisfaction ; riiiversion sexuelle est bien un penchant pathologique, qui s’empare de tout l’individu, et qui s’y développe plus ou moins'' Il faut donc traiter ces malades avec impartialité. Il ne nous est pas permis d’édicter contre les uranistes dc*s peines injustes, en nous laissant influencer par le caractère odieux de certains d’entre eux. Eu tous cas, le législateur et le médecin ne pourront se rendre compte de la question que lorsqu’ils auront connaissance de ces deux groupes d’uranistes.'* i '- --
Comme ceux qui font partie du groupe honorable ne s'ouvrent que très rarement aux personnes qui ne sont pas ellesmêmes uranistes, on comprend qu’on confonde habituellement avec les individus du demi-monde tous les hommes avant un penchant anormal. C’est justement à cause de ce défaut de jugement, que les uranistes en sont réduits à l'hypocrisic. Que l’on n’oublie pas qu’il existe, aujourd’hui comme par le passé, des uranistes (jui sont des hommes distingués, éminents, d’un caractère élevé ;j’ai déjà cité Winckclmann, Plate n et Muret.
Nous avons le droit de discuter la pénalité encourue pour ce
l'ikvusion sexueixe
que le Code a|>pelle les accouplements contre nature, puisque, dans d'autres pays, cette pénalitd n existe pas. L'anta^onisnoe entre le médecin qui ne considère que le cété clinique et le médecin légiste a été signalé par Tarnowsky. Le médecin légiste ne voit souvent qu'un vice, là où l'autre reconnaît un état psychique morbide. Mais cet antagonisme existe plus profond encore entre la médecine clinique et le Code pénal. La médecine considère comme un penchant sexuel morbide ce que le Code frappe comme un délit ou un crime. Il faut espérer qu'un jour ces contradictions tomberont, grâce au progrès de la science et de l'humanité.
Four toutes ces raisons, il ne me semble nullement déplacé de discuter la question et de rechercher si les dispositions du Code allemand, à l'égard des rapports homosexuels, ne sont pas susceptibles d'une amélioration quelconque. Un uraniste a proposé défaire entrer, pour la moitié, des. uranistes dans la composition des tribunaux chargés de juger les allaircs de cette nature.
Ce ne peut être là qu'une mauvaise plaisanterie. Tant que les accouplements contre nature seront déclarés punissables par les dispositions du Code et par les arrêts du Tribunal de l'Empire, qui s'appuient eux-mèmes sur le Code pénal, la composition des tribunaux sera absolument indilTérente. Nous verrions bientôt les assa.ssins et les voleurs réclamer, comme les uranistes, le droit de juger les voleurs et les assassins, sous un prétexte d'équité.
Les faits nous montrent qu’on ne saurait trop approfondir cette question. Voici, par exemple, le cas d'un homme âgé de 19 ans. q\ii fut exécuté à Paris, pour avoir violé et tué une. petite tille de quatre ans. Je n'en veux retenir qu'une chose, c’est que plusieurs médecins célèbres, Lasègue, Brouardel et Motet, déclarèrent l'accusé entièrement responsable, et que l’arnowsky déplore cet avis, qu’il tient pour « une honte de
l’inversion semelle
la science >> . — Puisque des savants ont pu émettre des opinions aussi contradictoires, il faut bien que l’on m’accorde la nécessité d’uue discussion impartiale de cette question particulière.
Nous allons rechercher maintenant si, au point de vue de la philosophie du droit pénal, on doit appliquer une peine aux actes sexuels accomplis entre hommes.
Nous connaissons trois théories principales du droit pénal ; nous ne nous donnerons pas la peine d'examiner toutes celles qui ont été faites par différents jurisconsultes. Voici quelles sont CCS trois théories : 1° Lu peine a pour but d'empècher le crime en effrayant le criminel; 2° La peine doit racheter le crime, c'est-à-dire établir une compensation du fait accompli ; 3“ La peine doit rendre le criminel meilleur.
D'après la première de ces théories, on punirait les pratitiques uranistes afin d’empècher, par la crainte môme de la punition, les uranistes de s’y livrer. Il existe incontestablement certains cas isolés, où la crainte de la punition pourra empêcher la perpétration d’un acte sexuel ; mais ces cas seront relativement peu fréquents. Les désirs sexuels sont impétueux et cette considération sera généralement impuissante à les réprimer. D’autre part, il est probable que l’individu qui n’aura pas osé accomplir l’acte sexuel avec un autre homme, voudra assouvir son désir par la masturbation. Or l’onanisme présente pour l’individu des inconvénients autrement graves que les rapports sexuels entre hommes. Si l’on remplace ces rapports par la masturbation solitaire, je ne vois pas quel avantage le maintien des bonnes mœurs pourra retirer de
l'i.NVüUSIüN SEXl/ELLB
celte modification. Du reste, pour peu que ce penchant, qui, en lin de compte, fait désirer un autre homme, atteigne quelque vivacité, aucune peine ne pourra être assez forte pour détourner l'uraniste de l'acte homosexuel ; l'exaspération de son désir rend illusoire tout moyen de répression.
11 me semble plus dilGcile encore de fonder la pénalité des accouplements contre nature sur la théorie des compensations. Que doit racheter le coupable? Evidemment, un délit. Mais la notion de délit est toute relative, et nous ne pouvons considérer comme un délit l’acte sexuel de l'uraniste, lorsque nous considérons comme légitime l’acte sexuel ordinaire, accompli par une femme et un homme normal. En général, l'homme accomplit l’acte sexuel avec la femme, non pas dans le L ' conscient d'avoir des enfants, mais pour la satisfaction d'un penchant auquel il ne peut résister. L'uraniste ne fait pas autre chose, et par conséquent son acte sexuel n'est pas délictueux. On n’a donc pas de données solides permettant d’établir la notion rigoureuse de délit. Aussitôt que le penchant a atteint une certaine force, il devient impossible à combattre. Le penchant homosexuel ne peut être ni déterminé par la volonté, ni réprimé par elle. L'individu qui le ressent n’en est donc pas responsable ; V. KralTt-Ebing et tous les auteurs impartiaux le déclarent hautement. Pour ceux qui se rendent un compte exact du la question, la légende du vice et de la débauche amenant ce penchant n’est plus acceptée que pour un nombre très restreint de cas. V. Kralll-Ebing dit que les uranistes sont les enfants déshérités d’une iValure marâtre. 11 peut arriver que certains d’entre eux, grâce à leur force de volonté et à leurs liens sociaux, parviennent à s’abstenir de la pédérastie, ou des autres actes sexuels accomplis entre hommes ; mais toujours ils se rendent compte de leur faiblcs.se et ils ont conscience de l'impossibilité de résister à leur penchant, au-delà d'une certaine limite. J. C. Shaw et
l’invkrsion sexuelle
IS. Ferris en ont donné, en 1883, un exemple typique. L'individu dont il s'agit déclare qu’il s’adresse au médecin parce qu’il croit qu’il n’est plus en état de résister, comme il l’avait fait jusque-là, à la force qui le pousse aux actes homosexuels. Ce malade était âgé de do ans, et il sentait son penchant se développer en lui avec une puissance toujours grandissante.
11 nous reste à examiner la Iroisièine théorie, celle ,qui veut rendre l'homme meilleur. Or personne ne consentira à croire qu’une peine quelconque aura pour effet de délivrer de leur penchant les individus atteints d’inversion sexuelle.
Il est possible qu'on puisse améliorer en les punissant, lorsqu’il ne s’agit que d'un penchant criminel, des individus qui se livrent aux actes homosexuels, poussés non pas par l’inversion sexuelle, mais par une intention purement criminelle. Mais jamais la perte plus ou moins longue de la liberté ne pourra guérir l'uraniste de son penchant. Supposons un uraniste conduit en prison pour un délit quelconque ; il est évident que son emprisonnement ne le délivrera pas de l’uranisme. Je connais plusieurs homosexuels que la satisfaction de leur penchant a menés à la pi-ison ; je n’en connais aucun chez qui cette peine ait supprimé la maladie, ou ait contribué dans la suite à en atténuer les effets. I^e penchant sexuel est impérieux et il subsiste. Je citerai à ce propos le cas d’un malade qui était atteint d’une perversion d’un genre particulier ; l’excitation sexuelle était produite chez lui par la vue de tabliers blancs. Il s’enferma dans un cloître, dans l’espoir de se débarrasser de cet état morbide à force do jeûnes et de prières. Naturellement, il n’obtint aucun résultat ; ce n’est jamais de cette manière que l’on amènera une guérison.
l'inversion sexuelle
Considérons maintenant, l'une après l’autre, les raisons pour lesquelles on voudrait punir les accouplements contre nature. La plus importante semble être l'outrage aux bonnes mœurs. On a prétendu, comme preuve à l'appui, que dans l'ancienne Grèce la pédérastie ne se répandit qu’au moment do la décadence. Cette opinion est erronée : on sait aujourd'hui que les rapports entre hommes existaient déjà aux époques les plus florissantes de la Grèce Antique. Il est impossible d'établir une relation de cause à effet entre la décadence des grecs et leur amour pour les jeunes garçons. Cependant Hœssli va peut-être un peu loin lorsqu'il prétend qu'une des causes de la grandeur de la Grèce a été l'habitude des rapports sexuels des hommes entre eux, et je crois qu'il a tort d'appuyer son opinion sur les idées de Sulzcr, qui a dit que les artistes grecs ne doivent leur grandeur qu'à la libre expansion de tous les penchants de leur âme. On peut se demander si vraiment Sulzer voulait parler de la pédérastie, comme semble le croire Hœssli.
Le coït régulier d’un homme et d’une femme, accompli entre quatre murs, est légitime, et ne constitue pas un outrage aux mœurs ; pourquoi donc l’acte sexuel de l’uraniste, accompli dans les mêmes conditions, les outragerait-il davantage‘?Ce qui pour l'un est moral paraît immoral à un autre, et il est possible que l’acte homosexuel soit taxé d’immoralité pour la seule raison que c’est la minorité qui s'y livre.
On fait encore intervenir, dans cette discussion sur la moralité de l’acte homosexuel, un autre motif qui doit prouver son immoralité, et faire pencher la balance vers la nécessité d'une punition : c'est le mépris et le dégoût que cet acte soulève chez le peuple. Ceci tient à la croyance, généralement rép indue, que l’acte s’accomplit par Yimmissio metnbri in anum ; mais cette croyance est erronée, et nous avons vu
2'.)2 l'inversion sexuelle
que, bien au contraire, ce genre de pédérastie est assez rare parmi les uranistes.
Quoi qu'il en soit, il existe dans les rapports de l'homme avec la femme certaines pratiques aussi repoussantes que les actes sexuc s des hommes entre eux. La pédication, que la loi autorise, et qui n'est autre chose que l'immis.tio membri in aman mnlieris, ne le cède en rien, à ce point de vue. à l’acte du pédéraste. Du reste, la loi permet aussi la coprophagie, qui ne saurait manquer d'exciter la répulsion, je l'espère du moins, de chacun de mes lecteurs. Le coït normal, je le répète, ne présente par lui-même rien d'esthétique, et je crois, si nous n'y étions pas accoutumés par une pratique journalière, que nous ne pourrions nous imaginer un acte plus repoussant
Du moment que les actes homosexuels sont punis par la loi, l’argument tiré du mépris qu'ils soulèvent dans l'opinion publique perd toute sa valeur ; car l'opinion publique se conforme, jusqu’à un certain point, à la manière dont la loi même envisage les choses. D’autre part, parmi les considérations qui ont présidé à la législation de ce point spécial, on a donné, pour motiver la pénalité, le mépris du peuple à l'égard des actes contre nature. Il n’est pas possible d’admettre qu’en abrogeant toute disposition pénale l'opinion publique fasse brusquement volte-face ; un tel revirement ne pourrait se pro-
1 On a beaucoup ^rit sur les rapports de la loi avec le s^ns moral du peuple, et ct*pendant on n'est jamais arrivé k sVnlendre sur ce point. Eil. y. Hartmann traite longuement cette question dans sa Phfiunmenoloÿie du sens moral, Berlin, !87y. « En principe, dil-îl, la loi necons dére aucune action comme morale ou immorale ; les actions deviennent morales ou immorales devant la loi» suivant qu'elles sont permises ou défendues par elle. Ce principe est évidemment trop étroit. L'histoire nous apprend que, t^auf eX' eeption, le sentiment d'équité et de moralité existe chez les peuples avant toute législation écrite ; la légiahition n'est que l’interprèle de ce sentiment, elle ne va jamais à l'encontre. Cependant on no peut nier que la loi. & son our, n't'xerce une certaine influence sur le sens moral des peuples ».
l'inversion sexuelle
duire que d’une manière insensible. Cependant il est probable qu'une modification des dispositions pénales aurait pour effet d’améliorer peu à peu la situation sociale des uranistes.
Il est bien certain que l’uranisme ne sera jamais considéré comme une très belle chose, mais il est fort possible que le profond mépris dont on couvre les malheureux qui souffrent de Cette maladie vienne un jour à disparaître. Il est d’ailleurs facile de constater que, même dans les pays où les actes homosexuels restent impunis, on les tient toujours pour méprisables '. Ce mépris s’est répandu sans doute par suite des rapports internationaux. Cependant je crois que le relèvement de l’uranisme dans l’opinion publique dépend d’une manière absolue de son impunité. En France, les uranistes ne sè| trouvent pas dans une situation sociale inférieure; on les to-/ r ^
1ère comme on les tolérait autrefois au Hanovre, avant 1^ ^ *1*^ ' •'* ' • ”
fondation de l’Empire Allemand, à une époque où ils jouis- ' l«eMvtr -saicnt d’une complète immunité. L’histoire de l’ancienne ow»
Grèce nous prouve d'ailleurs qu’une nation ne court pas le rin danger de péricliter parce que l’amour homosexuel n’y sou- ^ lève pas le mépris du peuple.
La Bible réprouve l’uranisme, mais il ne peut être question de nous conformer pour notre législation actuelle aux commandements de la Bible. Si nous nous engagions dans cette voie dangereuse, nous risquerions fort de soulever des attaques contre bien des points do notre organisation sociale. Les Mormons*, par exemple, citent, pour justifier leur polygamie,
^ Je crois que, pendant longtemps encore, Turaniste restera un objet de mépris, surtout aux yeux des gens d'une éducation intérieur^ L’impuis* sance, certes, n'est pas un crime ; cependant, on reproche aux impuissants leur manque de virilité et on les considère, eux aussi, avec dédain.
* Moi'iU Busch, dans son Histoire des Mormons, rapporte qu'Orson Pratt considère la polygamie comme une institution sainte; la Bible ne l'a jamais prohibée, et dans un grand nombre de passages, elle lui donne au contraire M sanction ; Dieu a voulu que David, qui avait déjà plusieurs femmes, s'adjoignit encore celles de Saül.
l'i.NVERSIUN SKXUtXLK
'différents passades de la Bilile, et en particulier l'histoire d'Abrahani, qui prit une seconde femme parce queSarah restait stérileftes suites fâcheuses des rapports homosexuels et en particulier de la pédérastie, ont été constatées dans un grand nombre d’anciens ouvrages, d'après lesquels les pratiques contre nature auraient pour la santé de graves conséquences. D. Dohm ' a recueilli les opinions de différents auteurs sur ce point spécial, et j'emprunte à son travail les données suivantes.
D'après Nicolaï, les individus qui se livrent à la pédérastie souffrent, en dehors dos maladies locales, d'une faiblesse générale qui atteint surtout les membres inférieurs ; la fonction sexuelle est paralysée. D'après VVildberg, la pédérastie amène la consomption. Henke prétend qu'elle a pour résultat la phtisie et l'hydropisie. Casper *, au contraire, se prononce catégoriquement contre l'opinion de ces auteurs ; à son avis, les pédérastes qu'il connaissait jouissaient presque tous d'une santé parfaitement normale.
II est inexact de croire que la satisfaction du penchant homosexuel soit préjudiciable à la santé. Au contraire, les uranistes auxquels il est impossible de satisfaire leur penchant autrement que par un acte homosexuel, tombent malades lorsqu'ils ne se livrent pas à cet acte qui, à leur point de vue, constitue l'acte normal. Lorsqu’on les force à pratiquer le coït avec la femme, ils restent, la plupart du temps, complètement impuissants ; dans le cas contraire, ils n'en retirent au-
‘ P. Dohrn (Zur Lehre tod der Püderastle). Retue trimestrielle de méde* eioe légale, Berlin, 1SÔ5, vol. Vil). Cet auteur va plus loin : il voit dans l'affaiblissement du systôrne nerveux résultant de la pédérastio, udp cause ds prédisposition à la fièvre typbotde et, dans un rapport ioédico*légal, U attribue aux liahiladet de pédérastie d'uu jeune garvon un décès survenu daua une fièvre typhoïde.
* Voyez la réponse faite par Casper à l’article de Dohrn que nous Tenona de citer.
l'inversion sexeclle 295
cune satisfaction ; le coït les épuise, et sans aucun doute la répétition trop fréquente de cet acte amènerait des troubles dans leur santé. Tous ceux qui ont vu les uranistes de près, m’accorderont qu’ils sont loin de constituer une classe de débilités ; on trouve parmi eux, au contraire, des hommes robustes et de santé vigoureuse. Lorsqu’ils paraissent malades ou nerveux, il est probable que cet état provient d’une abstinence forcée, plutôt que d'excès sexuels. De plus, leur système nerveux se ressent des conditions sociales dans lesquelles ils vivent ; ils se figurent sans cesse que leur penchant a été découvert, et ils supportent avec peine l'injustice du monde, qui les traite en véritables parias de la société. Il est évident que des sentiments de ce genre doivent réagir défavorablement sur la santé générale. Enfin, nous avons vu que très souvent l’uraniste est atteint d’une affection nerveuse congénitale, à laquelle il faut attribuer la plupart des malaises dont il souffre.
Lorsqu’on se trouve par hasard en présence d’un uraniste chez lequel on constate des signes graves d'affection nerveuse ou des troubles psychiques, on aurait tort de les attribuer à la satisfaction de son penchant homosexuel ; ce ne sont que les symptômes spéciaux à la maladie nerveuse dont il est tteint. V. Krafft-Ehing croit qu’on peut trouver, parmi les uranistes, certains sujets capables de réprimer leur penchant, grâce à une très grande délicatesse de sentiments et à une force de volonté exceptionnelle. .Mais le meme auteur signale également le danger que courent ces individus de tomber, par suite d’une abstinence forcée, dans la neurasthénie et les troubles cérébraux. Puisqu’il est démontré que l’abstinence aggrave l’état morbide des uranistes, nous ne pouvons que les engager à se livrer aux actes homosexuels. .Nous avons déjà donné les raisons pour lesquelles on aurait tort de croire qu'en s’abstenant de l’acte homosexuel l’uraniste est amené à pratiquer le coït avec la femme. Tarnowsky est même d’avis que les uranistes
l’iSVEBSION SEXL'ELF.E
qui érhouent dans leurs essais de coït normal tombent fréquemment dans l'hysléric.
11 va de soi que les excès sexuels sont tout aussi préjudiciables à la santé chez l’uraniste que chez l’homme normal. On comprendra aisément que ce pédéraste dont parle Hammond, et qui dans une même nuit renouvela onze fois l’acte contre nature, se trouvât dans un certain état de fatigue et d'épuisement. D’autre part, il n’est pas surprenant que l’uraniste ressente, immédiatement après l’acte homosexuel, un état de bien-être analogue à celui qui succède au coït accompli dans des conditions physiologiques normales.
Puisque les raisons que l’on donne généralement, et que nous avons exposées plus haut, pour justifier les peines édictées contre l’uranisme, ne sont pas de nature à établir cette justification, il faut nous demander s’il n’existe pas d’autres motifs à la répression dos actes sexuels contre nature.
Nous avons vu que certains uranistes ne peuvent avoir de rapports qu’avec des hommes qui n’appartiennent pas à leur monde, et qu’ils ne sont en état de satisfaire leurs besoins sexuels qu’à celte condition. On pourrait dire alors que la peine édictée par la loi aura pour effet d’empêcher l’abaissement moral des hommes normaux, auxquels des rapports avec les uranistes donneraient à la longue une nature d’uraniste. Ce point mérite d’être soigneusement élucidé. Il semble, d’après les données que nous avons actuellement sur cette question, qu’un homme normal adulte qui s'adonne aux pratiques uranistes n’arrive jamais à acquérir, de celte façon, un penchant homosexuel Un tel danger n’est pas à craindre, car les rapports do l’homme normal avec l'uranisle sa
* Oû ourait tort, évidemment, de prendre pour de Tinversion sexuelle l'état dan' lequel m trouve un homme normal qui. après s'étre livré une pre* mière loi* h un uranlêijte par esprit de cupidité, a fini par surmonter, k lâ longue, toit dégoût pour les pratiques liomosexnelle».
borneront généralement à satisfaire ce dernier par la masturbation, et l'accomplissement de cet acte donnera rarement à l'homme normal une excitation sexuelle artificielle. Il est clair que les hommes qui se livrent aux uranistes pour de l'argent, méritent notre mépris au même titre que les prostituées, dont le métier ne contribue guère à élever le caractère. Mais puisque nous admettons la prostitution de la femme, nous n'avons aucune raison de ne pas admettre celle de l'homme ; il n'y a donc pas lieu, pour les législateurs modernes, de réprimer la prostitution masculine. Les lois actuelles ne peuvent que favoriser son expansion, et nous verrons par la suite que la police, malheureusement, n'a sur elle aucun moyen de contrôle efficace.
D'ailleurs, en admettant que ce danger pour l'homme normal de devenir lui-même uraniste en se livrant aux uranistes, existe réellement, et c'est là une hypothèse qu'aucun fait ne vient confirmer, l'objection ne tient plus si l'on considère les rapports des uranistes entre eux. On est alors en droit de se demander si des dispositions légales basées sur cette même hypothèse, n'auraient pas pour effet d'assurer l’impunité à l'uraniste qui satisfait son penchant avec d'autres uranistes, et de frapper celui qui le satisfait avec des hommes normaux, en le punissant soit lui seul, soit eu même temps que son complice.
V. Lisst envisage la question d'une autre façon ; il demande que la loi ne frappe que les individus qui font de la pédérastie un métier, espérant mettre ainsi un frein à la prostitution masculine.
On a dit également qu'en ne mettant aucune entrave aux rapports homosexuels, on favoriserait le développement d'une sorte d'épidémie psychique de l'inversion sexuelle. Je crois ce prétexte mal fondé ; il est peu probable, en effet, qu'un homme jouissant d’un penchant sexuel normal cherche à ac-
l'inversion SKXL'ELLE
complir des actes homosexuels, pour la sei.l • ra sen que ces actes ne sont pas légalement prohibés. S'il eu était ainsi, nous verrions sans doute beaucoup d’hommes noriiiaux se livrer aujourd'hui à l'onanisme mutuel, que la lui ne poursuit pas. (ie sont là des pratiques qu'on ne recherche généralement pas, lorsqu'on n’y est pas poussé par une prédisposition à l'inversion sexuelle. Du reste, on n’a jamais constaté à l'état épiilémique l'inversion sexuelle dans les pays où elle ne tombe pas sous le coup de la loi.
On pourrait dire encore que la loi tient suffisamment compte du penchant des uranistes, en tolérant certains actes homosexuels, comme l'onanisme mutuel par exemple. Mais celle objection est sans valeur : nous avons vu, en effet, que le désir des uranistes se manifeste sous des formes très variées ; il y en a, par exemple, qui ne trouveront une satisfaction que dans Vapplicalio tnembri ad corpus alierius, tandis que l'onanisme mutuel ne les attirera pas plus que la masturbation solitaire.
La législation actuelle manque de logique en plusieurs points. Ainsi, toutes les raisons pour lesquelles on s'élève contre les accouplements contre nature, pourraient également s'appliquer à l'onanisme mutuel que la lui tolère. Les objections tirées de la moralité ou du préjudice causé à la santé, ou d'autres considérations analogues, ont la même valeur à l’égard de tous les actes contre nature quels qu'ils soient. Mon opinion est que, au [loint de vue du législateur, on ne peut élever aucune objection valable, pas plus contre l’onunisuie mutuel que contre les accouplements hors nature.
La législation présente du reste une autre contradiction : en Allemagne, les rapports sexuels des femmes entre elles ne sont exposés à aucune pénalité *, il leur est permis de se livrer à tous les actes sexuels qui leur plaisent. 11 se peut que cette absence de toute pénalité à l'égard des
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l'inversion sexl’elle 299
femmes tienne à ce qu’on n’avait encore aucune donnée sur la nature de leurs rapports sexuels à l’époque où fut mise en vigueur la législation. Il n’en est pas moins vrai qu’actucllement les feiiimes peuvent se livrer impunément à des actes pour lesquels des hommes seraient poursuivis, par exemple lambere liiigud geiiitalia al/eriiis.
Lorsqu'on discute une loi, il est nécessaire de s’assurer si, dans la pratique, son application a donné de bons ou de mauvais résultats. Puisque nous constatons que la loi qui punit les accouplements contre nature a plutôt produit de mauvais elîets, en protégeant la bande des exploiteurs, il est naturel que nous nous demandions si son abrogation ne proliterait pas davantage à la morale, au maintien des bonnes mœurs et au respect do la loi chez le peuple.
Il est évident que l’uraniste devra être poursuivi lorsqu’il aura employé la violence pour forcer son complice à se prêter à l'acte sexuel. Dans bien des cas, l’uraniste aura été entraîné par la force irrésistible de son penchant, de sorte que, dans certaines circonstances, on pourra se trouver en présence d’un phénomène pathologique et non d’un crime. Toutefois, l’acte de violence cause un dommage évident à la victime et à la Société tout aussi bien que le le viol d’une femme, et l’Etal a le devoir de l’empéchcr. Si un individu est poussé au viol par une cause pathologique, par une puissance qu’il est incapable de maîtriser, la Société, pour se défendre, le reléguera dans une maison d’aliénés, au lieu d’une prison. Tout homme qui cause un dommage à la Société doit en être écarté : le malfaiteur est rnis en prison, le fou est enfermé dans un asile.
L I.NVERSIU.N SEXIHÏIXB
La Société aura également le droit de sévir, lorsque l'uraniste aura provoqué un scandale public. Il est défendu d'accomplir publiquement un acte obscène, comme il est défendu à tout homme de faire avec une femme, en public, ce qu'il lui est parfaitement permis de faire en l'absence de témoins.
Lorsqu’un homme adulte se prête librement aux pratiques d’un uraniste, il me parait i ndiqué que la loi ne puisse y mettre opposition. Cependant je crois qu’il est nécessaire que cet hotnme ait dépassé un certain âge et que la loi défende aux uranistes de sastisfaire leur penchant sur de jeunes garçons. Les enfants au-dessous d’un certain âge, IC ou 18 ans par exemple, doivent être tout particulièrement protégés par la loi, parce qu’ils n’ont pas encore lejugement nécessaire pour se conduire eux-mèmes, et que les garçons, avant la puberté, pouvant acquérir l’inversion sexuelle par leurs rapports avec des uranistes, courent aussi 1e danger de se pervertir et de perdre tout sens moral. 11 faut donc que la loi les protège, en édictant en leur faveur, dans tous les cas, une peine contre les uranistes. Quant à l'âge auquel le jeune honuiie échappera à cette tutelle, il sera de 16 ou de 18 ans, ou bien on en pourra choisir un autre ; je ne me prononcerais pas volontiers sur ce dernier point.
Il est un fait impossible à nier ; c’est que les uranistes se comptent par milliers, et que pqr conséquent l’F.tat doit se montrer équitable vis à vis d’eux.’^La satisfaction d'un des penchants les plus impérieux ne peut être mise par la loi .sur le même pied qu'un crime vulgaire. Lorsque j’ai étudié les actes de justice, j’ai pu constater que depuis quelque temps les jugetnents deviennent moins sévères, et que les peines qu’ils appliquent aux accouplements hors nature sont relativement douces ; il m’a semblé, dans tous les cas, que les individus véritablement atteints d’un penchant sexuel morbide étaient traités par les tribunaux avec une certaine bien-
veillance. Mais toute peine, si légère qu’elle soit, a le fâcheux effet (le mettre au ban de la Société la plupart de ceux qu'elle frappe ; souvent il suffit d'une simple enquête judiciaire pour rendre toute relation sociale impossible aux personnes qui s’y trouvent mêlées.
Puisque l'Etat, en frappant les uranistes, a en vue la sauvegarde des bonnes mœurs ; puisque, d'autre part, il est établi que ces hommes ne sont pas coupables, que les actes incriminés sont nécessaires â la satisfaction d'un penchant morbide inhérent à leur nature, il ne reste à l'Etat qu'un seul moyen de répression ; l'internement des uranistes dans une maison d'aliénés. Les prisons sont faites pour les malfaiteurs ; nous ne pouvons plus, à l'heure actuelle, considérer comme tels les individus atteint sd'inversion sexucllo.
J'ai proposé plus haut l’abrogation, ou du moins la modification, de l’art. 17.*) du Go le Pénal, je voudrais également que l'on modinût, dans ce Code, le 6* paragraphe de l’Art. 3(il. En voici la teneur ;
a. Sera punie d’emprisonnement toute femme exerçant la prostitution sous le contrôle de la police, qui aura violé les règlements établis pour la sauvegarde de l’hygiène, de l’ordre public et de la décence ou qui aura exercé la prostitution sans se placer sous ce contrôle ».
Ce paragraphe donne à la police un moyen suffisamment efficace pour maintenir la prostitution féminine ; elle peut empêcher les filles publiques de se tenir dans certaines rocs. Il est fâcheux qu’une disposition analogue n'ait pas été prise vis à vis de la prostitution masculine. Les prostitués exercent
l’invebsuin sexuelle
leur métier en toute liberté, s:uis être inquiétés en aucune façon ni par la police ni par la justice ; ils échappent, à Berlin surtout, à toute surveillance ailininistralive. L'administration reste sans armes contre le demi-monde masculin, précisément parce que l’art, ll.j du Code pénal ne vise que certaines formes de rapports entre hommes. Cet état de choses ne subsisterait pas, si l'art. 3til, parag. 6, s'étendait également aux femmes et aux hommes ; on pourrait par exemple le modiOer ainsi ; c Sera punie d'emprisonnemeat toute personne exerçant la prostitution... etc. ».
Il n’est pas juste de diinnor aux hommes qui se prostituent une liberté que l'on refuse aux filles publiques; il n'est pas juste, non plus, de laisser sous le coup d’une législation étroite et dure l’uraniste qui ch-^rche à satisfaire son penchant sexuel confurméiiienl à sa nature d’uruiiisto.
l’inversion sexuelle chez. l\ femme
Je vais parler maintenant de l'inversion sexuc'le chez la femme, sans toutefois m'étendre sur ce chapitre. Si je lui consacre une place relativement restreinte, en comparaison de celle que j’ai donnée, dans cet ouvrage, à l’étude de l’inversion chez l'homme, ce n’est pas que je considère ce sujet (O lime présentant, au point de vue pratique, une moins grande importance ; mais plusieurs raisons m’ont déterminé à jirocéder ainsi. Tout d’abord, nous possédons beaucoup moins de données sur le phénomène de l’inversion, lorsque nous l'envisageons dans les rapports des femmes entre elles, nous savons très peu de chose sur riiomosexualité des femmes du monde en particulier. Cependant je suis très certain qu’un grand nombre d’entre elles présententcopenchant. En deuxième lieu, il est, dans l'élude de l’inversion chez la femme, beaucoup de points qui deviennent faciles à traiter, lorsqu’on a déjà étudié l'inversion cliez l'homme ; par exemple, le traitement de cette alîectiou, son diagnostic, et bien d'autres encore. Une troisième raison ré-ulte de nos coutumes et de nos usages, qui ne permet lent pa'. .01 femmes d’entrclenirdcs rapports entre elles avec la même fa -ilité que les hommes, de sorte que les consi-
L'iNVEitSlU.N SEXUELIÆ
déralions sociales qui nous ont arrêté à propos des uranistes n'existent plus dans le cas présent. Enlin nous n'aurons pas à parler de la législation, puisqu'on Allemagne le Code pénal ne réprime, en aucune fa^on, les actes homosexuels entre femmes *.
Toutes ces raisons expliqueront suffisamment la brièveté relative avec laquelle je traiterai l’inversion sexuelle chez la femme.
L'existence, chez la femme, d'une perversion sexuelle en tous points semblable à celle que nous constatons chez l'homme, a été démontrée surtout par les travaux récents de V. Kratft-Kbing. Toutefois, dans bien des cas, il ne faudra pas faire dépendre d'un penchant morbide les pratiques quelque peu étranges employées par les femmes. Mantegazza mentionne que certaines dames emploient leur petit chien de luxe à un but sexuel. Pour ma part, j’ai connu une femme mariée qui avait dressé son chien à geni/alia /amiere, jusqu'à ce que complète satisfaction s'ensuive : elle m'avoua ellemême cette habilu<le, craignant d'en avoir contracté une maladie. Je connais une autre femme dont les dispositions sont tout à fait sadii}ues ; le co'it ordinaire ne lui procure aucune jouissance. « Je voudrais, disait-elle, que l'acte sexuel n’exis-
t En Âllema?ne. les rapports homosexuels de U femme sont libres. En Autriche, il en est autroiueat, en vertu de Tari. du Code pénal. Naturellement, si Tjcte s'accompajae de circonstances aggravantes, comme la violonce ou le scandale public, la loi allemande lo poursuivra. Voici, sur ce point, l'opinion do v. Hndmann : « Dans aucun cas les actes sexuels accomplis entre femmes no présentent la même importance que la pédérastie, au point de vue de la moralité et surtout du droit pénal ». Mon avis est différent, car je ce fais pas la même distinction entre les rapports entre hommes ft les rapports entre femmes ; pourquoi les uns seraient-üs plus immoraux que le autres? Je trouve, par exemple, que le Cunniiitiffus des femmes ne doit pas être considéré autrement que Vappressio membvi rtViYf» ad corjm* alteiius Lorsqu'il s’agit d*un penchant morbide, l'immunité me semble indiquée dans l'un et l’autre cas.
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tAt pas et fût remplacé par des morsures que je ferais à mon mari et que mon mari me rendrait ».
On trouve chez la femme toutes sortes de perversions sexuelles ;mais celle qui parait se rencontrer le plus Ircquemment est l'inversion dans laquelle la femme se sent attirée non pas vers l'homme, comme elle devrait l’ètre normalement, mais vers une autre femme. Ce penchant est analogue à celui de l'uraniste, que nous avons déjà étudié en détail. Les femmes à penchant homosexuel ont reçu différentes appellations et je reviendrai plus loin sur quelques unes d'entre elles. Ulrichs les appelle des uranistes, et dit que leur nombre est à peu près le même que celui des uranistes-hommes.
Dans l'antiquité, l’amour entre femmes était très répandu, dit-on, dans l'ile de Lesbos ; on accuse aussi Sapho, la femme poète, de s'y être adonnée. Virey et quelques auteurs tiennent cette accusation pour fondée * ; d'autres au contraire, Moncaut par exemple, prétendent que c’est à tort qu’on a lait à Sapho ce reproche et qu'elle a simplement employé, avec une certaine exagération, le mot d’amour pour celui d'amitié. Je dirai à ce propos que Moncaut, malgré tout le soin que dénote son ouvrage sur l’amour, ne peut être considéré, au point de vue de la perversion sexuelle, comme un critique infaillible, car il parait connaître à peine la question. Il me semble que les poèmes de Sapho parlent en effet de l’amour entre femmes, mais ce n'est pas une raison pour qu’elle n’ait pas
> Cénac Moncaut. Histoire <lo l'amour dans l'antiqnité, Paris, lS6;i. Cctourrage a au pour suite l'IIistoire do l'amour dans les temps modernes. Paris 18<)3.
l'i>i'VERSION SEXUB1.LE
chanté aussi l'amour léj^ilime entre l'honiiue et la femme, et même s’il en était autrement, il ne faillirait pas en conclure que Sapho pratiquât elle-même l'amour entre femmes ; il est probable qu'elle a simplement voulu dépeindre, dans ses poèmes, les tendances des femmes de son époque.
D’après Ploss ', le tribadisme était également fort répandu dans rancicnue Rome, et, d’après cet auteur, il était pratiqué avec des femmes pour\'ues d’un clitoris de dimensions anormales. Ces femmes étaient appelées frictricei ou suhigatriees.
Ploss rapporte que la masturbation mutuelle des femmes est très fréquente en Orient. D’après lui, les femmes qui s'y adonnent arriveraient, au moyen d’une masturbation constante du clitoris, à donner artiticiellement à cet organe des dimensions leur permeltaul de pratiquer le tribadisme. D* tout temps, le tribadisme a été fort répandu en Orient, surtout parmi les peuples arabes. Mantegazza fait observer que les femmes enfermées dans les Harems doivent se livrer fréquemment à cet amour particulier.
Zyro * cite une relation de Pouqueville, en 1805, d’après laquelle les femmes alanguies du Harem du Sultan, qui luimème préférait à l’amour naturel l’amour à la façon des Urées, servaient d’amants à leurs compagnes. Virey nous a ra[iporté d’Orienl des faits du même genre et la poésie orientale renferme de nombreux passages qui les confirment.
Il existe une chanson populaire arabe, dans laquelle un mari se lamente au sujet de sa femme. Kn voici un passage, d’après la traduction de Riickerl :
n Dieu me donna une femme, nraigre comme une solive — etïrontée et voleuse comme la pie et le corbeau — elle aime
I H. Plo^^, Da» Weib in der Natur-und Volkcrkunde, 2* Édit., publié* par le Ü' .Max Barlela. Leipxip, 1S.S7.
' < F. K Zpro, Critique scientifique et pratique du suicide, Berne, 1837.
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les femmes, elle méprise les hommes, — et ne se complaît qu'avec la canaille ».
Ploss rapporte qu’un roi de Siam, ayant appris que ses concubines se livraient entre elles au tribadisme, leur infligea une cruelle punition.
Il dit encore que cette coutume s'étalait au grand jour parmi les femmes allemandes du Moyen âge ; il cite à l’appui de son assertion la liste des punitions infligées par l’Kglise, qui fut dressée à Worms, au xi* siècle, par l’évèque Burchard, et dans laquelle il est parlé des relations sexuelles des femmes entre elles.
On a signalé Jadis, en Angleterre, une série de cas qui ont été recueillis en partie dans un ouvrage de William Tegg. Il s'agissait de femmes qui, pendant longtemps, furent prises pour des hommes, et dont quelques-unes épousèrent même d'autres femmes. Ces faits se passaient, pour la plupart, vers la fin du xviu® siècle. Nous possédons également des observations de Parent Duchâtelet sur l’amour passionné de la femme pour la femme.
Ulrichs nous rapporte toute une série d’anecdotes historiques sur des femmes qui se livraient au tribadisme ; mais leur authenticité n’est pas suflisammcnl prouvée. Cette preuve, du reste, serait difficile à faire. Il cite, par exemple, Calhe.’ine Howard, femme d'Henri VIII d’Angleterre, comme étant uraniste, pour nous servir do sa propre expression, et il croit que c’est à cause do ses habitudes homosexuelles qu’elle fut condamnée à mort*.
L'étude scienlilique de l’inversion sexuelle chez la femme date de quelques années seulement et njius retrouvons ici, parmi les personnes auxquelles nous devons ces premières recherches, les noms que nous avons déjà cités à propos de
1 L’histoire donne pour motif de Texéculion do la reine Catherine ses rapports avec les serviteurs de son grand père.
l'inversion sexuelle
Turanisme : Welsphal et V. Krafft-Ebing, dont les travaux sont les plus importants, puis Chevalier, Cantarano, Sérieux. On trouvera dans la Psychopathia sexualis de V. Krafft- Ebing, que nous avons eu l'occasion de citer plusieurs fois, des renseignements détaillés sur la question.
La littérature nous a fourni, de son côté, de nombreux documents. Chevalier croit qu'en général les romanciers étudient plus volontiers l'amour homosexuel chez la femme que chez l’homme, parce qu’il parait moins repoussant. Quoi qu'il en soit, nous trouvons dans l'école naturaliste, en France, de nombreux romans traitant ce sujet. Déjà Diderot l'avait développé dans sa Religieuse. A notre époque, Zola, dans le roman de Nana, décrit d'une façon très explicite la liaison de l’héroïne avec son amie Satin. Chevalier cite également parmi les romanciers qui se sont emparés de ce thème, Balzac, qui s’est complu dans la peinture de certaines perversions sexuelles. Dans un de ses romans, il nous raconte l’amour d’une femme pour un eunuque ' ; dans la Fille aux yeux d'or, il prend pour sujet l’amour d’une femme pour une femme.
On s’est demandé dans quel monde le tribadisme est le plus répandu. Cette question est très difGcile à élucider, car les femmes parviennent mieux encore que les hommes à tenir secret leur penchant. J'ai voulu m’en rendre compte, autant que possible, pour la ville de Berlin, et je dois en grande partie les résultats que j’ai pu obtenir aux confidences que des femmes, atteintes d’inversion sexuelle, ont bien voulu me
I J'ai donné déjà, dans cct ouïfage, un exemple du même phénomène
l’inversiox sexuelle 309
faire. J'ai eu le bonheur de me trouver également en relation avec quelques habituées des cercles de femmes uranistes, qui ont pu me fournir certains documents
Les rapports sexuels entre femmes peuvent se constater dans plusieurs mondes : par exemple, dans celui des actrices et parmi les servantes de brasserie. Je puis certifier qu'on rencontre aussi des femmes mariées atteintes d'inversion sexuelle, qui, lorsqu'elles en trouvent l'occasion, n'besitent pas à satisfaire leur penchant. Mais c'est surtout parmi les filles publiques que les tribades se trouvent en très grand nombre : je sais de source certaine que 23 0;0 des prostituées de lierlin entretiennent des rapports sexuels avec des femmes.
Lorsque deux de ces femmes vivent ensemble, comme il arrive souvent, dans le même appartement, l'une d'elles seulement est une prostituée : l'autre, en général, reste auprès de son amie sous les dehors d'une femme de chambre ou d'une locataire. Nous verrons plus tard que, dans les rapports des femmes entre elles, le rôle passif et le rôle actif sont souvent très distincts ; les femmes qui les remplissent s'appellent l'une le père, l'autre la mère. Dans le mariage légitime, on accorde que l'homme peut se permettre quelques écarts, tandis que la femme, au contraire, doit lui garder une fidélité absolue ; de môme, dans la liaison de deux femmes, seul le père, c'est-à-dire la femme qui joue le rôle actif, a le droit d'avoir des rapports avec des hommes ».
i J’ai recueilli, en particulier, de piv^cieux détails d’une femme qui, après plu^itiura années de mariage, s’est séparée de son mari pour tie livrer librement à son ptnciiant homosexuel, et qui maintenant vit maritaUment avec «ne autre femme. La plupart de mes recherches dans le domaine de riiomo* ■exualité chez la femme, ont été faites en collaboration avec mon ami le D* Max Dessoir.
^ On m’a dit, d'autre part, que CdUe règle souffre de nombreuses excep«
l’lnvebsion SEXEEI-I.E
Los personnes de qui je liens ces renseigt.emeals n'ont pas pu me dire si, parmi les lilles insoumises, on constaleniit une aussi grande proportion de Iribadcs. Je pense que parmi les jeunes lilles et les femmes du monde on trouverait égaleniont des cas de perversion sexuelle. Pour Coflignon, c'est, après le clan des prostituées, l'aristocratie qui fournirait, à Paris, le plus grand nombre de femmes s'adonnant au tribadisme.
Les femmes qui se livrent à leur penchant homosexuel reçoivent généralement, dans leur cercle, le surnom d'enflées ^ (schwol), que du reste les uranistes se donnent aussi entre eux. Lorsque deux femmes font ménage ensemble, on dit d’elles qu'elles ont contracté un mariage d'enflées, ou une liaison d'enflées. Dans certains cas, on emploie de préférence le mot de Freiindachaftsverhœltniss (liaison entre amies). A Vienne, s'il faut en croire un malade de V. Krafîl-Ebing, elles se donnent entre elles le surnom d’Oncle.
On a aussi appelé ces femmes des tribades ; cependant quelques auteurs réservent le mot de tribadisme à la désignation d'un mode spécial, Ciinmissio cliloridis in vaginam allrrius, cl a[)pcllent tribades les femmes qui se livrent à celte pratique. On se sert encore de l’expression d’Amour Lesbien, en souvenir de l'ilo de Lesbos ; mais ce terme s’ap[)Iique plus particulièrement à Pacte qui amène l'orgasme vénérien lambendo lingua geuilalia. La rnulier lambms s’appelle cunnilingna, et Pacte tout entier cunnilingus ;
lions et que, par exemple, celle des deux femmes qui se distingue par dea âraiitages physiques, qu'elle remplisse du reste le r<Me actif ou le rôle passif, eat souvent une prostituée.
'V oev
l'invkrsion sexuelle
d’ailleurs ce mut s'applique aussi au même acte pratiqué par l'homme sur la femme.
La physionomie et les manières extérieures des tribades ne présentent généralement rien de particulier ; je crois même, d'après les observations que j’ai pu faire, que les femmes dont le visage est couvert de poils comme celui des hommes, ne sont pas pour cela particulièrement prédisposées à l'inversion sexuelle. De même, les parties génitales des tribades n’ont rien d'anormal. Quelquefois, cependant, ces femmes présentent le type masculin assez prononcé', dans leur manière d’être en général et surtout dans les traits du visage.
Quant à l'évolution du penchant homosexuel, elle varie beaucoup suivant les individus. Un grand nombre de tribades restent fort longtemps inconscientes de leur état. L'une d'elles me disait qu'elle s’expliquait sur le tard bien des épisodes de sa jeunesse qui étaient pour elle, auparavant, lettre morte. Llle avait été institutrice pendant assez longtemps et elle se rappelait qu'à l'dge de lli ans, elle aimait à profiter de l'absence des maîtres pour mettre les habits du fils de la maison; elle en éprouvait un sentiment de bien être. Du reste, elle porte actuellement encore des habits d'hommes chaque fois qu’elle peut le faire. Sa mère, c’est-à-dire l'amie qui joue auprès d’elle le rôle passif, le lui a défendu ; d'ailleurs elle évite avec soin tout ce qui pourrait amener un scandale dans la maison, en dépit de la tendresse anormale qu'elle porte à son amie.
.Te connais encore une jeune personne, atteinte d'inversion sexuelle, qui ne s'en rendit compte qu'au bout de plusieurs années. Vers l'àgo de 18 ans, elle écoutait avec étonnement
* V Kratl-liIbiQ^ désigne sous le nom de gjnandrcs, les femmes chez tesquelles Tinversion sexuelle se révéle noo-neulement par le penchant homo> sexuel et )ei autres'pbéflomènev ]>s;rchiques. mais aussi par le squelette, le tvpedn visage, etc.
L INVEnSION SEXUELLE
»es compagnes s’extasier sur le bonheur de connaître un jeune homme, de se laisser embrasser par lui, d’être toujours auprès de lui. Elle n'arrivait pas à s’imaginer quel plaisir les femmes pouvaient y prendre et trouvait la compagnie des jolies femmes bien préférable à celle dos beaux jeunes gens. Elle allait ainsi dans la vie naïve et inconsciente de son état, jusqu’à ce que vers l’âge de 20 ans, la lumière se fit brusquement. Ce fut une amie, dans la chambre de laquelle clic était entrée, qui se chargea de l’initier.
On aurait tort de croire que les femmes homosexuelles se distinguent par certains défauts de leur caractère : au contraire, il en est beaucoup qui ont horreur du mensonge et de tout vice en général.
Dans leur enfance, elles jouent volontiers aux jeux des petits garçons et abandonnent celui de la poupée. Celles qui jouent le rôle du père, aimentà se vêtir d’habits d’hommes ; cependant ce n’est pas là une règle absolue. J’ai vu des tribades qui s’habillaient volontiers en hommes et qui cependant remplissaient le rôle passif vis à vis de leur amie.
On trouve chez elles beaucoup d’habitudes masculines ; certaines d’entre elles fument, non pas la cigarette, que beaucoup de femmes se permettent de temps en temps, mais de forts cigares, et en font même un usage abusif. Une tribade m'a raconté qu’elle avait commencé à fumer à l’àgc de 5 ans de forts cigares qu’elle avait toujours préférés à la cigarette ; jamais elle n'en avait ressenti aucun malaise.
Leurs occupations sont souvent toutes masculines Une
i Lorsque la femme dont le penchant est homosexuel possède en outre le caractère d’un homme, on la désigne sous te nom de Virago, et V. Kra£rt»Kbing appelle cet état la Viraginité. Voici comment il décrit la virago : « Le pen> diant homosexuel se déclar^f chez elle de bonne heure : comme pelitc-fîHe» ses jeux favoris sont ceux des garçons ; elle méprise la poupée et se pas* sionne pour le cheval de bois; elle joue eux soldats et aux brigands. Elle n’aime pas les travaux h l’aiguille, elle y est maladroite. Sa toilette né gligée lui donne l’air d’un gomm. Elle montre plus de dispositions pour lea
LINVEnSION SEXUELLE
malade de W’eslphal avait une vocation pour la construction des niachines. Les travaux de femmes, dans lesquels les uranistes hommes atteignent une grande habileté, n'ont pour les tribades aucun attrait. L’une d’elles me déclarait qu’elle n’avait pu supporter les travaux à l’aiguille et que si, chez elle, elle dirigait le ménage, ce n’était pas pour son plaisir, mais bien parce que, dans ses rapports avec son amie, elle jouait le rôle de la mère.
La manière d’etre des tribades ne prend une allure masculine que lorsqu’elles cessent de se surveiller. Du moment qu'elles se. savent observées, ou bien lorsqu’elles ne sont pas entre elles, elles cherchent à se donner des allures féminines, sous lesquelles elles cachent leur véritable nature. J’en connais chez lesquelles il m’aurait été impossible de découvrir le moindre signe révélant leur penchant sexuel.
Mais il n’en est plus do mémo lorsque la tribade s’abandonne à sa nature ; je me rappelle avoir vu un jour une tribade sous un costume masculin ; une fine moustachu couvrait sa lèvre supérieure. Il était impossible de ne pas la prendre pour un homme, à son allure, à sa manière de porter le cigare aux lèvres, à son mouvement pour saluer et j’y fus moi-mëme trompé. C’était une tribade fort connue à Derlin, et vraiment personne n’aurait pu soupçonner son véritable sexe, à moins de la connaître. Aussi mon étonnement fut-il grand, lorsqu’un magistrat de la justice criminelle, qui con-
•cionces que pour les arts d'agi'ément. Elle s’essaye à fumer et à boire, elle a les parluins et les friandises en horreur. Elle songe avec amertume qu’elle est oéo femme et qu’elle ne connallra ni l’existence libre de l’étudianl, ni la vie do soldat. Elle se livre avec l'ardeur d’une amazone aux sports des jeunea gens; celte àme roascaline« enfermée dams une poitrine de femme, donne caa* rière, dans ces exercices violents, à son courage et à ses sentiments virils. Scs cheveux sont coupés courts, la coupe do sa robe rappelle les vêtements d’hommes ; son plus grand désir serait de prendre complètement le costume masculin. Elle prend pour idéal les femmes de l’iiistoire ou celles de son époque qui ae sont distinguées par leur iuleliigeitce et leur activité ».
311 I.’lN VERSION SEXUELLE
nait biea ce monde particulier, me déclara que c’était une femme.
Les tribades trouvent un grand plaisir à danser, pourvu que ce soit avec une autre femme : elles ne dansent pas volontiers avec un homme.
Leur amour est souvent passionné, comme celui des uranistes. Lorsqu'il est partagé, elles ont atteint le bonheur suprême. Mais la pensée qu’elles ne pourront fonder une famille, à cause de l’antipathie qu’elles éprouvent pour les rapports sexuels avec l’homme, leur est quelquefois très pénible Nous avons vu que cette même pensée troublait aussi les uranistes. Lorsque l’amour de la tribade est contrarié, il peut en résulter pour elle des troubles graves du système nerveux et même la folie furieuse. Virey nous rapporte que Soranus connaissait déjà ce fait : les tribades, dit-il, poursuivent les jeunes filles avec une fureur dont un homme serait à peine capable.
En général, les tribades ne se donnent pas entre elles, comme le font les uranistes, des prénoms masculins : cependant il existe quelques exceptions. Une tribade bien connue, dont je tairai le nom et dont je changerai même le prénom, est appellée c Fritz aux Manchettes » parce qu’elle se montre toujours avec de larges manchettes. Ce nom de Fritz est supposé, c'est à dessein que je ne donne pas le nom véritable, ce qui du reste n’a aucune importance dans la question. Comme les uranistes, les tribades prétendent savoir se reconnaître entre elles rien qu’au regard, à la façon de s’aborder, de se saluer, etc. Un grand nombre d’entre elles me
* D après les confidences qui m'ont été faites, l'horreur du contact masculin est beaucoup moins violente chez les tribades que chez les uranistes qui s'essajent au coU normal. 11 est clair que l'antipathie de la lemm* pour l'homme ne peut avoir, au point de vue du coU, l'importance que présente ranlipathie de Turanisle pour la femme ; car dans ce cas, U faut avant tout que l'èrection paisse être obtenue.
L I.NVEBSION SKXrEU.E
l’ont afriniié. Quant à ce je ne sais quoi qu’elles ont dans le rcfrard et qui leur permet de distinguer, au milieu d’autres femmes, celles qui appartiennent à leur monde, je ne saurais dire en quoi il consiste. D'après les conversations que j’ai eues avec d’autres tribades, il s’agirait là du phénomène que nous avons déjà constaté chez les uranistes ; elles regardent les autres femmes de la même façon qu'un homme regarde une jolie femme dans la rue. Si la personne qu’elles font ainsi fixée leur rend le même coup d’œil, de manière à leur faire entendre que leur attention ne lui a pas été indifférente, le résultat est obtenu. Très souvent ce n’est pas seulement le regard, mais encore l’allure et les manières qui font reconnaître une tribade. Le regard qu’elles se lancent entre elles est chargé de désirs comme ceux qu’échangent les uranistes; mais il ne faudrait pas croire qu’il possède une vertu spéciale.
Certain mouvement des lèvres leur permet également de dévoiler, sans prononcer un mot, la nature particulière de l’acte qu’elles proposent et de faire entendre en variant ce mouvement, si elles y joueront un rôle actif ou passif.
Les tisbades font connaissance de différentes manières, parmi lesquelles il faut citer la voie des annonces ; lorsqu’une femme fait insérer une annonce dans laquelle elle demande une amie, il ne peut y avoir de doute sur ses intentions. Quelquefois, elles trouvent l’occasion de lier connaissance dans la rue.
Le penchant homosexuel présente chez la femme les mêmes particularités que chez l’homme. Une tribade se sentira attirée, par exemple, vers une catégorie de femmes bien déterminée. L’une d’elles m’a déclaré qu’elle ne pouvait satisfaire son penchant qu’auprès de grandes blondes ; le contact des petites brunes lui était insupportable. On en trouve dont la tendresse reste fidèle ; d’autres au contraire, aiment
L I.NVBBSION SEXUELLE
le chan,<;cninnt et cliercUcnttous les jours une nouvelle amie.
Les personnes de qui je tiens ces documents prétendent que certains de ces ménages peuvent rester unis très longtemps; on m'en a cité un qui en était à sa dix-septième année. J’en connais un autre qui dure depuis 7 ans. Dans ce cas, la liaison de deux tribades équivaut, à leurs yeux, aux liens d'un véritable mariage.
Les ménages de tribades sont fréquemment troublés par des scènes de jalousie des batteries, qui se terminent généralement par une réconciliation. Toute contrariété dans leur amour retentit profondément sur ces femmes, au moral comme au physique ; Westphal cite un cas où l’une d'elles en perdit complètement le sommeil et l’appétit. Lorsque leur liaison se brise, elles tombent souvent dans le plus grand désespoir.
De quelle façon les tribades arrivent-elles h la compléta satisfaction de leur sens génital?
Il est un mode ' qui consiste dans l’introduction du clitoris in vaginani alterius, procurant ainsi la jouisssance de part et d’autre. Je ne sais si ce mode est souvent pratiqué : dans tous les cas, il ne constitue pas la règle, si je m’en rapporte à mes informations. Il n’existe pas de clitoris, si monstrueuses que soient ses dimensions, qui permette à une femme d’ac-
< Zola fait une trè^ belle dt^scription de la jalousie de Nana qui menaçait à.' giiler madame Uobert, à propos de Satin : il nous dépeint également la jalousie (l*un amant de Nana qui voulait provoquer Satin en duel.
* Aristophane raille une coutume de Miléaiennea, qui employaient K l'iieta •exusl des pénis arliüciels (Casper Liman'.
complir cet acte : du reste, la juxtaporilion des parties génitales et leur frottement doit suffire pour amener la jouissance à la fois chez les deux femmes. Mantegazza croit que l’habitude des rapports entre femmes a pour résultat l’augmentation de volume du clitoris ; mais il n’en donne pas la preuve et il est permis de mettre en doute son assertion *.
Si j’en crois les informations que j’ai prises, c’est surtout lambendo lingua genilalia que les tribades accomplissent l’acte sexuel. Dans ce cas, la mitlier lambens joue le rôle actif, l’autre le rôle passif. Cohignon croit que les tribades peuvent intervertir les rôles et que le cas est beaucoup moins rare chez elles qu’il ne l'est chez les pédérastes ; je ne sais ce qui se passe à l’aris, mais à Cerlin les rôles restent rigoureusement séparés. Une trihade nommée X. m'a déclaré qu'il n’y avait de jouissance pour elle que si ipsa lambit genilalia allerius, et comme je lui demandais s’il ne lui était pas possible de prendre le rôle passif, en se faisant lambere genilalia propria, elle me répondit qu’elle ne s’en trouverait nullement excitée. Je me rappelle encore qu’elle s’indigna, comme se serait indigné un homme normal, lorsque je lui demandai si elle ne voudrait pas pratiquer le coït avec un homme.
Je connais d’autre part une de ces mères qui n’est jamais parvenue à prendre le rôle actif, c’est-à-dire à lingua lambere genilalia allerius feminæ. L’inversion des rôles leur semblait à toutes deux désagréable et repoussant. Je crois que, dans foules les liaisons de ce genre, on constaterait celte distinction rigoureuse entre te père et la mère. Celte même X. dont je viens de parler, avait déjà eu une liaison antérieure, qu’elle avait rompue parce que son amie voulait
< Forberg croit que ]e clitoris j eut alleialre une Long leur suffisante >»oui ac:omplip Tact * sexuel complet ; mais, dVprèa Casper Limnn, le cas nVurait jamais ôte observt'.
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l'invkrsion sexuklle
qu'elle prit le rôle passif, ce ô quoi elle ne voulut jamais consentir.
Dans d'autres cas, les rôles ne sont pas séparés d'une manière aussi nette. Chacune des femmes remplit à son tour le rôle passif, par exemple, lorsqu'aucune des deux ne trouve son plaisir dans le rôle actif.
Il reste encore bien des côtés obscurs dans la question, et les données que nous possédons sont souvent contradictoires. Une tribade m'a dit, contrairement aux renseignements que j'ai recueillis d'autre part et qui me semblent dignes de foi, qu'à son avis, le rôle actif ne pouvait jamais amener la jouissance cher, celle qui le remplit. Il faut, si nous voulons nous faire une opinion sur ce point, pousser nos investigations de dilTérents cotés, car les faits à constater présentent évidemment de nombreuses variations. L’exemple de deux tribades intervertissant les rôles chacune à leur tour, ne doit pas nous faire dire, en généralisant à tort, que les rôles passif et actif ne sont pas nettement séparés. Je crois, au contraire, que l'on pourra trouver des exemples qui viendront corroborer l'une et l’autre opinion.
L’acte accompli lambendo lingua genitalia allerius femiii« est aussi appelé Saphisme ', du nom do Sapho la femme poète : mais il faut pour cela qu'il soit pratiqué (>ar une femme sur une femme. Cette pratique est très répandue parmi les tribades ; je ne connais qu’un ménage de femmes où elle n'ait lieu que dans de rares occasions; celle qui joue d'ordinaire le rôle actif et dont l’excitabilité génitale est très grande, ne demanderait pas mieux que de s’y livrer, mais la mère, d’un tempérament plus calme, refuse de s'y prêter.
Il est certain que dans beaucoup de cas les femmes attein-
1 Martineau, ûann ses Leçons sur les dr^formalions vulvaires et anales, etc., décrit, s:>iis le no:n de Sap.iisme la forme d’inversion sexuelle dans laquelU una fellat linÿua clitoridem aîteriu*.
L INVEBSION SE.VUKLLK
tes d'inversion sexuelle s'adonnent à l'onanisme. Quelquefois aussi, elles masturbent l'amie qu'elles aiment et lui caressent les parties génitales et les jambes : V. Krafft-Ebing et Westphal en ont vu des exemples. Celles qui se masturbent elles-imèmes évoquent, pendant l'acte, l'image de jeunes filles.
Enfin, il en est un grand nombre qui n'entretiennent de rapports sexuels d'aucune sorte ; quelques-unes en sont empêchées par leur situation sociale ; d'autres se contentent de liaisons platoniques, du genre de celles que nous avons déjà citées à propos des uranistes.
Leurs rêves voluptueux se rapportent toujours aux perversions de l'amour.
Il existe, parmi les femmes atteintes d’inversion sexuelle, un grand nombre de femmes mariées; il semblerait cependant que la plupart d'entre elles ne montrent qu'un penchant très médiocre pour le mariage. Une dame que je connais, à tendances homosexuelles, ne se maria que pour se produire dans le monde comme femme mariée, pour voyager avec sou mari, et pour d'autres raisons du même genre : mais elle se séjjara de son mari au bout de 6 ans. Le mariage ne pouvait lui convenir; elle était obligée, pour sati.sfaire son penchant homosexuel, d'avoir, à l'insu de son mari, des relations avec une tribade. Les tribades ne considèrent le mariage que comme une chose accessoire.
Pourtant, dans certains cas, il existe chez elles le phénomène d'hermaphrodisme psychique que nous avons constaté chez l'uraniste : leurs désirs se portent alternativement sur
l'lwebsion skxueliæ
niotnme et sur la femme. Il pourra donc arriver qu'une femme, qui jusqu'alors n’éprouvait de sentiments d'amoui que pour d'autres femmes, rencontre un jour un homme vers lequel elle se sentira attirée ; elle pourra l’aimer et l'épouser. Toutefois l'amour pour l’homme, chez des femmes dont le penchant homosexuel est bien manifeste, ne sera jamais qu'un épisode passager dans leur vie ; elles se verront reprises au bout d'un certain temps, et avec la même violence, de leur penchant pour la femme. — Le cas s’est produit fréquemment.
Le coït normal ne suffit pas à la satisfaction des besoins sexuels des tribades, j'en connais une qui se fait Ungua genitalia /aniicre par son mari afin d’arriver à la jouissance ; l'imissiü niembri la laisse absolument indilTérente. Le cunnilingus pratiqué par son mari lui est moins désagréable ; parfois même elle y trouve la volupté, et sans qu’il lui soit nécessaire de faire travailler son imagination en pensant à une femme et en évoquant son image. Toutefois, je connais des exemples dans lesquels le cunnilingus d’un homme ne peut donner à la tribade la sensation voluptueuse qu’elle retire du même acte pratiqué par une femme. Une femme de ma connaissance se sépara de son mari, lorsqu’elle eut constaté que les rapports conjugaux ne pouvaient lui donner, quel que fût le mode employé, la satisfaction do ses besoins génitaux.
Mantegazza croit que beaucoup de ménages malheureux, dont la désunion n’a aucune cause apparente, la doivent aux penchants homosexuels de la femme. Cela me parait assez probable, d’autant plus que je sais pertinemment que des femmes mariées entretiennent souvent, i l'insu de leur mari, des relations avec des tribades. Martineau en connaît également des exemples. Duhousset, en 1877, publia un cas d’inversion sexuelle tellement étrange, qu'il est à peine
l’inversion sexuelle
croyable. Il s'agit de deux femmes qui avaient eu des rapports sexuels. L’une d’elles se maria et, après son mariage, reprit sa liaison avec son ancienne amie qui devint enceinte. Il faut donc admettre, si toute cette histoire n’est pas une mystification, que la femme mariée avait, en passant des bras de son mari dans ceux de son amie, transporté sur cette dernière une petite quantité de sperme.
Je ne saurais donner aucun renseignement précis sur les tendances au fétichisme, au masochisme et au sadisme ' des Femmes atteintes d’inversion sexuelle. Certaines femmes, dont l’expérience en la matière ne peut être mise en doute, m'ont dit qu'elles avaient bien entendu parler de ces phénomènes à propos des rapports sexuels entre l’homme et la femme, mais qu’il ne se passait parmi les tribades rien qui pût les rappeler. Tout ce que je sais, c’est que dans une liaison de femmes, celle qui jouait le rôle actif exigeait de l’autre qu’elle portât des habits d’hommes et des culottes courtes.
Nous possédons aussi des cas dans lesquels le penchant à l’inversion sexuelle apparait périodiquement et s'accompagne alors d’autres anomalies psychiques. On sait par exemple que.chez quelques femmes, ce penchant ne se manifeste qu’au moment des règles ; dans l’intervalle, bien que les tendances
On trouve, paralt-iU des femmes à penchuDt homosexuel dont les désirs port>*nt sur les jeunes filles impubères. Tardieu cite le cas d'une femme qui •Tait «U des rapports sexu<fls avec des petites filles de 6 à 11 aas. On connaît également le cas d’une mère qui défiora avec la main sa fille âgée de 10 ans, et qui, pondant de longues années, continua à introduire journellement les doigts dans le vagin et dans l’anus de la jeune fille.
322 l'inversio.n sexlei.lk
sexuelles ne soient jamais absolument normales, la perversion du moins est U'ès peu accusée.
Quant à l’étiologie de l’inversion sexuelle chez la femme, nous devons supposer, comme nous l'avons fait pour l'homme, l’existence d’une prédisposition naturelle. V. Kralft-Ebing distingue ici encore l’inversion congénitale et l’inversion acquise. Il donne comme exemple d’inversion acquise le cas de la célèbre lima S., au sujet de laquelle il fit ses remarquables recherches sur l'hypnotisme *. Celte personne eut d’abord des relations avec un homme qu’elle aimait ; son penchant pour les femmes se manifesta plus tard. Elle prétendait qu’elle avait perdu le pouvoir d’aimer les hommes, parce qu'elle s’élait abandonnée, corps et ime, à l’amour qu’elle avait voué à son cousin : elle pensait qu’après ce grand amour, elle serait incapable d’aimer un autre homme, étant, disait-elle, de celles qui n’aiment qu’une fois dans leur vie. V. Kralft-Ebing, sans s’arrêter à la question de savoir si en etlcl les femmes ne sont pas plutôt disposées à n’aimer qu’une seule fois, ce qui est fort possible, range ce cas parmi les cas d’inversion acquise. Par contre, il cite de très nombreux exemples d'inversion congénitale. L’opinion de AVestphal est que l'inversion sexuelle chez la femme est congénitale.
Très souvent elle apparait dès le plus jeune âge. Westphal cite une de ses malades chez laquelle les premiers phénomènes d’inversion remontent à l’âge de sept ans ; elle avait alors déjà la passion des femmes et elle cherchait, par ses cares.ses et ses badinages, à les pousser à l’onanisme.
Dans bien des cas, on constate que l'inversion se.xuelle chez la femme se manifeste par suite de causes accidentelles *. .Mais je crois que ce que l'on prend souvent pour de
i V. K^atlUKbin^^ Etude expérimentale dans le domaine de rh?pnotisme, î» èdit. Stuttgart, 1889.
^ On donne comme une des causes engendrant l’inversion sexuelle cbex la
L IN'VKMSION SEXUELLE
véritables causes ne sont que les circonstances à l’occasion desquelles la malade donne libre carrière pour la première fois à son penchant homosexuel, ou bien se rend compte d’un état anormal jusqu’alors inconscient. Ce penchant existait à l'état latent, les circonstances extérieures n’on fait que le réveiller. Nous avons vu qu'il en était de même pour les uranistes.
On attribue aussi l’inversion sexuelle chez la femme à un état névropathique héréditaire. Cependant, si je m’en rapporte à mes informations, les faits ne confiiinent pas toujours cette opinion. Du reste, on constate souvent, à coté de l’inversion-
sexuelle, d’autres maladies, telles que la folie circulaire, ob-
ser\'éo par Westphal et l'hysléro-épilepsie, observée par — V. Krafft-Ebing.
Voici un cas qui montre bien comment une circonstance extérieure très secondaire peut amener une femme à se rendre compte de son état anormal. Il s’agit d’une personne X, âgée aujourd'hui de 30 ans; elle fut déOorée à 13 ans par un jeune homme qu’elle ne revit jamais et qui produisit sur elle une impression désagréable ; le souvenir de l'acte sexuel lui était
femme l'habitude prise des rapports homosexuels. Nous avons vti que l'on donne la même cause étiologique à Turanisme. HoQmann, dans son Manuel du Médecin légiste, donne sur ce point quelques éclaircissements. Suivant cetta opinion, le tribadisme deyrait être très répandu dans les prisons et les mai- «uns de détention où l'un envoie les prostituées. Voici ce que dit à ce sujet le Fisciier, un médecin des prisons d'une très grande expérience : « Ainsi que le dit Maver, il arrive souvent que des jeunes filles habituées aux plaisirs sexuels établissent entre elles des liaisons dans la maison même. Leurs passions deviennent très vives, elles &e font tontes les querelles d'amour et de jalousie que pourraient se faire des amants de sexe difiérent >. Andronico fait la même remarque, voy. Arch. d. psych. vol. 111, p. 145. Je crois que la plupart des auteurs établissent ici à tort une relation dp cause à effet : la vérité, c’est que parmi les prostituées, a Berlin du raoins^ il se trouve un très grand nombre de femmes atteintes d'inversion sexuelle, et, lorsqu’elles sont sa prison, leur penchant se dévoile auv yeux de l’observateur, mais cslui-c lurait tort, sans doute, d'attribuer au séjour dans la prison la cause de leur perversion.
l' INVERSION SEXUELLE
également pénible. Plus tard, elle fit la connaissance d'un autre jeune homme dont l’extérieur lui plut et avec lequel elle eut à différentes reprises des rapports, trouvant dans l'acte sexuel une volupté complète. Vers l'âge de 18 ans, après avoir eu des rapports avec plusieurs hommes, elle fit la connaissance d'une jeune fille Y qui s'approcha d’elle, l'embrassa, et lui mit la main sur les seins. Ce dernier attouchement lui procura sur le champ une très vive jouissance, dont elle parle aujourd’hui encore avec exaltation. Elle aimait beaucoup, du reste, les caresses que les femmes ont l'habitude de se faire. Peu de temps après, sa nouvelle amie l’invita à se mettre au lit avec elle, et là Y pratiqua sur X le cunnilingus. Les rôles furent ensuite intervertis, et elles continuèrent à vivre ensemble en prenant tour à tour le rôle actif et passif. A partir de cette époque, X ne trouva plus aucun plaisir dans ses rapports avec des hommes ; elle ne pouvait satisfaire son penchant sexuel que par un acte homosexuel. Elle fît pratiquer sur elle le cunnilingus par des hommes, sans en retirer aucune sensation de volupté. Depuis 8 ans, elle vit avec une amie, auprès de laquelle elle trouve et à laquelle elle donne la satisfaction conjplètede l'instinct génital.
On m’accordera que le contact fortuit avec une femme, l'embrassement de X et de cette jeune fille qui lui était sympathique, pas plus que l'attouchement sur les seins, ne peuvent être considérés comme la cause déterminante de l'inversion sexuelle. Le terrain était préparé et cette circonstance n'a fait que révéler une prédisposition anormale qui, si elle ne s'était pas manifestée alors, aurait sûrement apparu, tôt ou tard, à l'occasion d’un incident analogue. Nous avons vu, en parlant des uranistes, qu'il s’en trouve chez qui l'état homosexuel reste longtemps inconscient, jusqu’à ce qu’un événement quelonque force le malade à se convaincre de la réalité de son peni,aant anormal.
L LNVZHSIO.N SEXUELLE
Nous entendons dire quelquefois, pour expliquer les tendances homosexuelles de la femme ou de l’homme, des choses absolument inexactes. C’est ainsi qu’une tribade attribuait la cause de son état sexuel aux sensations qu’elle trouve dans le cunnilingus et dont l’intensité dépasse tout ce que peut donner le coït normal. 11 n’y a pus lieu de s’étonner de ce qu’une tribade ait perdu le goût du coït normal : nous voyons de même les habitudes d’onanisme détruire, chez l’homme, le penchant au coït et meme la possibilité de le pratiquer. L'explication que me donna cette femme rappelle celle que fournissent Stark et Mantegazza à propos de l’inversion sexuelle chez l’homme. L’un et l’autre semblent oublier que le point essentiel est le penchant qui pousse la tribade vers la femme, au lieu de la pousser vers l’homme : le cunnilingus pratiqué sur elle par un homme ne lui donne qu'un plaisir médiocre et même nul ; pratiqué par une femme, ce même acte lui procurai a plus intense volupté.
Au point de vue médical, ce que nous avons dit de l’uranisme s'applique aussi bien au tribadisme. Le diagnostic présentera naturellement des difficultés plus grandes encore, lorsqu’il s’agira du sexe féminin car les femmes sont encore moins aisées à confesser que les hommes, et elles se décident plus rarement qu’eux à consulter un médecin au sujet d’une perversion sexuelle. Mais, comme cette perversion existe en réalité, le médecin doit être en situation de la traiter aussi bien chez la femme que chez l’homme.
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Le sujet, on le comprend, est toujours très délicat à aborder en présence d'une fenime. Cependant le médecin pourra obtenir des réponses de sa malade, eu causant avec elle seul à seule, comme il le (ait, du reste, lorsqu'il questionne un uraniste. On fera bien, lorsqu’il s'agira d’une femme mariée, d’éloigner toujours le mari, car il est naturel qu’elle ne veuille se confier qu’à un médecin et non à son mari, qui ne peut être que manvais juge dans la question.
Le médecin devra tout d’abord avertir la femme que le seul traitement possible est un traitement psychique. V. KralTt-Ebing a démontré que l'on parvient à affaiblir considérablement le penchant anormal, en emploi’aut la suggestion. Mantegazza, de son c6té, croit que l’on obtiendra facilement la guérison, pourvu qu'elle ait été entreprise |ieu de temps après le mariage, mais que plus tard elle deviendrait impossible. Cette opinion me semble mal fondée. Théoriquement, je ne tiens pas l'inversion se.\uelle pour incurable, cependant je doute fort que la guérison en soit aussi facile.
riK.
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