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l'invehsiun sexuelle
la plupart du temps, de cas d'hermaphrodisme psTchi<iue, beaucoup moins rares sans doute qu'on no le croit géncralemeut.
Nalurclleraent, nous devrons éviter en même temps tout ce qui serait de nature à maintenir I uraniste dans ses habitudes homosexuelles, par exemple toutes les idées d’ordre sexuel se rapportant à riiniume. Pour atteindre ce but, il faudra lui donner des conseds d'une façon intelligente, et de telle sorte qu’il les accepte ; on n'ira pas lui dire tout simplement qu’il lui faut ne plus penser à l'acte sexuel entre hommes. Il est nécessaire, si l’on donne ce conseil à l’uraniste, de lui montrer en même temps comment il doit s’y prendre pour arriver à écarter ses pensée.s morbides.
On rencontre généralement chez les uranistes une hyperesthésie extraordinaire de l’instinct génital, et par suite leur esprit, bien plus que celui d’individus sains, est constamment hanté par les pensées sexuelles. Leur idée fixe ne les quitte pas : elle trouble leur sommeil par des rêves érotiques, où les hommes jouent tous les rôles, et au réveil ils la retrouvent aussi tenace. Au milieu même d’occupations dans lesquelles uu homme normal s’absorberait complètement, Turaniste se sent tout à coup ressaisi par l’idée sexuelle et U s'y abandonne, incapable de l’éloigner. On dirait que plus le désir du fruit défendu par les lois et les mœurs s’exaspère chez l’uranislc, plus il lui devient difficile de l’atteindre. — Cepend.iut le malade, en s'exerçant peu à peu à combattre ses pensées, pourra obtenir un certain résultat. 11 faut, dès le dé-
L INV£RSIUN SEXUELLE
but, essayer de lui faire bien comprendre qu’en exerçant sa volonté, en la fortifiant constamment, il arrivera à se défaire sinon entièrement, du moins en grande partie, de son état d'hyperesthésie. Il devra surtout s’efforcer de fuir les idées lioinusexuelles et ne jamais s’y complaire volontairement. Je connais un cas d’hermaphrodisme psychique où le malade ne retombait dans son inversion que lorsque, de gaîté de cœur, il se laissait entraîner par une occasion quelconque ; par exemple, il rencontrait un homme qui lui plaisait, et il cherchait à se rapprocher de lui. Slais, au contraire, lorsqu’il s’efforçait de se détourner de son penchant, en ayant des rapports avec des femmes qui lui plaisaient, sa perversion disparaissait, souvent au bout de quelques heures.
On aurait tort également de donner à un uraniste le conseil de pratiquer le coït avec la femme, sans lui en e.\pliquer en même temps la raison. L’uraniste proprement dit ne saurait pratiquer ce co'it sans en être saisi d’horreur. Beaucoup d’entre eux, qui en ont fait l'essai, ont dû y renoncer à cause du dégoût insurmontable que soulevait chez eux tout contact sexuel avec une femme. J'en connais qui, au moment où la femme se déshabillait, étaient pris d’une telle horreur, à la simple idée du contact qui allait avoir lieu, qu'ils étaient bien aises de pouvoir s’enfuir de l'appartement. Dans ces conditions, si le médecin conseille, sans autre explication, de pratiquer le coït normal, l’uraniste sera en droit de croire qu’il ne se fait aucune idée de son véritable état. Il reviendrait au même, en quelque sorte, de conseiller à un homme ordinaire de pratiquer l’acte sexuel avec des hommes et non plus avec des femmes. Il y en a pour qui l’érection, auprès do la femme, n'est pas possible, car le contact d'un corps féminin les met dans un tel état do malaise i]uc, même en pensant ardemment à un homme, ils ne parviennent pas à entrer en érertion ; et alors, une des conditions mêmes du coït fait natureilument
l’iNVEHSION 8KXIIEU.E
dérjut. neaiicoiip d'uranislcs ont tenlé la r.liose. même sans avoir consulté de médecin et, pres(|ue toujours, leurs essais sont restés sans résultat. — Ne réussissant pas à pratiquer le coït, ils tombent dans un découragement profond, et linalement se persuadent que leur inversion sexuelle est incurable. Nous avons déjà vu qu'en général l'uranisle n’est jamais bien convaincu qu'il lui soit possible de se débarrasser de son penchant contre nature, et cependant il est de première nécessité d'éviter tout ce qui peut ébranler, chez le malade, la foi dans la guérison.
Si l’on veut guérir l'uraniste, c'est son penchant même qu'il faut combattre et non ses actes contre nature. Il faut chercher, tout d'ahord, à remplacer un penchant morbide par un penchant normal ; quant à l'acte normal, on ne doit lui attribuer qu'une importance secondaire. On pourra sans doute faire pratiquer le coït, sans qu'il existe encore de penchant normal : cependant, ce n'est pas le coït lui-mème que l'on devra considérer comme le but essentiel. Certainement il pourrait arriver que le coït se trouvât, d'une manière secondaire, parmi les causes favorables à l'éclosion du penchant normal, et ne fût lui-même possible qu'à la condition d'employer des moyens artificiels, comme l'évocation de l'image d'un homme ; mais on aura toujours tort de conseiller à un uraniste les rapports avec la femme, tant qu'il ne paraîtra pas en parfait état de suivre ce conseil. Chaque insuccès diminuerait d'autant son courage et sa foi dans la guérison.
11 faut aussi ne pas perdre de vue que souvent des uranistes, hermaphrodites au point de vue psj’chique, ne peuvent pas avoir de rapports avec toutes les femmes quelles qu'elles soient ; une seule parmi toutes aura le don do les exciter*.
< On trouve dans l'amour htHérosexuel des cas analogues : il existe desin> dividua qui ne peuvent avoir de rapporte qu'avec un certain genre de femmes. Voici ce que dit Furbringer, b propos de ces cas remarquables, à l'article
l’invebsio.n sexuelle 269
Ce j)oinl devra être pris en sérieuse considération, d'autant plus qu’il a été prouvé par différents auteurs que les échecs répétés, dans l’essai du coït normal, favorisent le penchant à l’inversion. Il est donc à craindre, lorsqu’il s’agit de cet hermaphrodisme psychique dans lequel la possibilité du coït est subordonnée à une femme déterminée ou à une catégorie déterminée de femmes, que le malade n’arrive à aucun résultat lorsque cette condition ne sera pas remplie, et qu’il Unisse par se rebuter.
En dehors do ce sentiment de découragement et do désespoir qui succède aux échecs dans le coït, le médecin devra se rappeler que le coït avec la femme donne au véritable uraniste une fatigue extrême ; il en sort épuisé. La plupart d’entre eux déclarent que la jouissance et le bien-être résultant de la simple masturbation sont pour eux préférables au coït ; même lorsque celui-là réussit, il y manque toujours la sensation de volupté normale et l’état de satisfaction qui lui succède. Au contraire, les rapports avec un homme les satisfont entièrement et ils en sortent fortiliés.
La dépression nerveuse qui succède au coït avec la femme, chez l’uraniste, peut atteindre de telles proportions que lo médecin, à mon avis, devra se consulter mûrement avant de recommander à son malade des rapports réitérés avec la femme.
Lorsque l’uraniste arrivera à pratiquer le coït, on n’aura
« tmpuiâsancd » do l'Ëacyclopédie d'KuIenbarg} Éd. « Il existe ccrtain*'S formes assez rares da l’impuissanc}, qu'il est difficile d’expliquer, et qui »ont peul'élro du domaine do la perversion sexuelle : on y conslato un son* timeiil da dégoût pour la femme, sentiment qui empêche toute érection et ne peut s'expliquer ni par une imperfection physique, ni par la prési nco de choses repoussantes, ni par le manque de beauté de la femme. Quelquefois l’ironie du destin veut que, pour le mari, ce charme fasse précisément défaut chez l’épouse, et que des femmes galantes le possèdent. Ce sont ià des cas d’impuissance relative.
L INVEIISION SEXUELLE
pas encore atteint, pour cela, un résultat thérapeutique ; la plupart, au contraire, se détournent avec dégoût de la femme, aussitôt l’arte accompli, et redoutent de s’y livrer une seconde fois. Il en est ainsi, du reste, même lorsqu avant le coït l’uraniste éprouvait un désir pour la femme. Pourtant il est bien plus fâcheux encore de constater cette horreur pour la femme après le co’it, dans les cas où cet acte a été pratiqué sans désir, au moyen d’artifices.
Nous avons dit (juc certains uranistes cherchent à rendre possibles leurs rapports avec la femme, soit par l'ivresse, soit par d'autres moyens, et j'en connais en effet bon nombre à qui l'usage de l'alcool permet de se livrer au co’it ; malgré cela, jamais ils n'arrivent à une complote satisfaction: la sensation de volupté leur fait défaut. D'autres uranistes cherchent â se procurer l'érection et l'éjaculation, auprès de la femme, en évoquant l'image d'un homme.
Ce n'est pas seulement parce que l’uraniste n’éprouve aucun désir pour la femme, et que par conséquent le co'lt lui répugne, qu’il lui devient si difficile de suivre le conseil qu’on lui donne de pratiquer cet acte; une autre difficulté réside dans la peine que l’on a à trouver des femmes qui puissent lui convenir. Il est clair qu’aucune honnête femme ne consentira à entretenir des rapports sexuels avec un uraniste ; d’autre part, il serait dangereux de lui amener des prostituées, qui ne réussiraient peut-être qu'à exaspéier le dégoût qu'il ressent dé, à pour les autres femmes. Pourtant, si l’on ne trouve p:is la femme qui pourra convenir, celle qui saura amener l'urauisle à un penchant normal, il faudra désespérer de le guérir, .le crois que, dans le cas bien connu de V. Schrenk-Notzing ', ruranisle dont il s’agit n'aurait pas guéri s il n'avait ruucoutré une femme qu'il aima et qu'il
< Wiener Internationale Klinisclie Rundschau, 6 Oct. 18^ÿ, n« 40.
l’iNVERSIU.N SEXIELLE
épousa C’est là un cas d’inversion sexuelle, sans doulo congénitale, guérie sous l’iullueace d'une suggestion psychique.
Il va de soi qu’on devra interdire, avant tout, l’onanisme aux malades atteints d’inversion sexuelle ; la inastnrbulion avec évocation d’images d’hommes est tout particulièrement redoutable, car elle accoutume de plus en plus la nature du malade à son idée morbide. Il n’est guère besoin d’expliquer pourquoi la masturbation, en général, doit être combattue avec soin ; on sait qu’elle est un moyen infaillible d’amener des troubles nerveux et qu’elle recule indéliuiment toute chance de succès dans l’essai du coït normal.
On a songé à traiter, au point de vue psychique, l’inversion sexuelle par la suggestion hypnotique. Cela semblera naturel à tous ceux qui se sont occupés de la suggestion et qui connaissent les nombreux ouvrages do Liébault, Hornheim, Forel, V. Krallt-Ebing, Übersteiner, Max Dessoir, Sperliugel tant d’autres. Il est indéniable que, dans certaines circonstances, une application patiente et intelligente de la suggestion donnera do bons résultats ; les ras cités par V. Kralll-Ebing *, V. Schreclv-.Volzing et Ladamc ’ en four-
* On conçoit qu'il est souvent tris difficile pour le médecin, lorsqu'un uranit^te le consulte h propos de son mariage, de donner un avis quelconque. On aurait tort, en effet, de considtirer ici le mariage comme le rtunède uni* verse!, ainsi qu'il arrive pour d'autivs maladies. Le mari ferait ^«^m^rnlement son malheur et celui de sa femme, en se mariant avant d etre com;j)Mement guC>ri do ses tendances homosexuelles. « Ja dois dire, à l'honneur de la femme et h la honte de notre sexe, que dans beaucoup de m< nages malheu* reux. le malheur est l'oeuvre du mari ». Telle est l'opinion de .Most, dans son livre Ueher Liebe wnd Ehe.^ {L’amour et le martaffe), 1837. — Je crois que, dans noire cas spécial, le mari aura tout à se reprocher, lorsqu'il sc sera jeté dans ie mariage à la légère, malgré sa disposition à Turanisiue.
* Internationales Central btatt f. d. l'ii^siol. u. Pathol, der Ilarn u. Sexual organe. Tome I. cahier 1 et 2.
> Revue de l'Hvpnnlisme. 18^9-90. Ces cas se trouvent aussi dans la Psycho* palhia sexualis du V. KratR'Ebing, Édit., où ils sont rapportés dans tous leurs détails.
L'iNVIiHSION SEXL'lil.LE
nissent la preuve. Pour ma part, je puis assurer, d'après mes propres expériences, que l’on peut, pourvu qu'il y ail sommeil hypnotique profond, diminuer au moyen de la suggestion posl-liypnolique l'inlluence du penchant morbide, chasser en partie cette image constante do l’homme qui hante l’esprit du malade, et par suite arriver à rendre plus rare le besoin d’accomplir l’acte sexuel anormal.
J’ai pu de môme provoquer par la suggestion l’éclosion d’idées hétérosexuelles. Seulement, il ne faudrait pas s’attendre à obtenir ces résultats du jour au lendemain, et de plus, comme le fait très bien remarquer Y. Kralft-llhing, on n’atteindra de bons résultats que lorsqu’on aura provoqué un sommeil hypnotique profond.
Qu’on no s’imagine pas toutefois que, môme cette dernière condition étant remplie, il soit facile de suggérer aux malades un penchant sexuel normal ; en général, ceux-ci n’ont recours au médecin que le plus tard possible, alors que leur inclination morbide est déjà tellement enracinée qu’elle domine entièrement la personnalité. Je me rappelle avoir eu à traiter un philologue atteint d’inversion sexuelle. Il était accessible à un sommeil hypnotique profond ; mais, chaque fois que je voulais lui suggérer, pendant cet état, de se rendre, nue heure après, auprès d’une femme également suggestionnée, je rencontrais la résistance la plus obstinée. Si je lui ex|)liquais alors qu'il devait s’entretenir avec une femmee que je lui montrais en rêve, j’étais à peu près certain de recevoir la réponse suivante : « .Mais il n’en est pas temps encore, ce n’est que dans une heure que je dois rencontrer celte datne ». Ce subterfuge et d’autres du môme genre montrent d’une manière bien caractéristique que la peur de se trouver en contact avec une femme domine l’uraniste, au point de lui faire chercher tous les moyens possibles pour éviter ce contact, même lorsqu’il est plongé dans le sommeil hypnotique.
L IXVEnSlON SEXÜEI.LB
Les partisans les plus déclarés de la médication accorderont eux-mêmes que le traitement de l'uraniste doit so faire non pas à l’aide de médicaments, mais par des moyens psychiques. Les inclinations et les sentiments ne se combattent pas par l’acide chlorhydrique ou l’aloès ; il faut leur opposer des éléments de nature psychique comme la leur. Aurélien connaissait déjà cette vérité.
On s’est demandé quelquefois si la castration débarrassait l’uraniste de son inversion sexuelle. Meyer répond afllrmativement ; Westphal, au contraire, s’élève contre cette opinion. Théoriquement, je ne crois pas que nous puissions en attendre de bons résultats. Un malade vint un jour rao demander s’il devait se faire castrer et il faisait dépendre cette graveopération de ma réponse : je ne pus la lui conseiller. Tout récemment, Gustave Jœgcr a prétendu que ce moyen devrait être recommandé par l’Etal. Si l'Etal considère comme dangereux pour sa propre sécurité les actes contre nature des uranistes, il ne lui reste qu'à les tuer ou à les castrer le plus vite possible. Au point de vue médical, il sera permis do trouver l’un et l’autre do ces moyens un peu trop héroïques.
Al
éoISLATlOIt
].n législation relative aux rapports entre hommes a varié Hux (lilTêrentes époques. Chez le peuple juif, la péiléraslie était punie de mort. Nous ne savons pas si cette passion était réprimée dans l'ancienne Grèce, ni la peine qu’elle entraînait. IVaprès Ilamdohr, rien ne prouve qu'ù Athènes l’amour homosexuel entre citoyens libres tunihût directement sous le coup de la loi : au contraire, une loi rendue par Solon et interdisant la pédérastie parmi les r.sclaves, semble indiquer que la législation ne réprouvait pas cette coutume chez les citoyens.
Toutefois Solon et ses successeurs punissent la séduction, la violence et la cupidité, dans l’amour entre hommes'; il
• Voici ce que disait füschine, dans son discours contre Tiraarque : « Nous conmii-isons des vieillards et des jeunes ^>ens qui, dans leur temps, ont ^té aimes pour leur beautii ou que Ton aime aujourd’hui encore; niuis b ceux là on ne p-?ut reprocher ce que nous reprochons à Timarque. Alhi^mens ! vous connai?8'Z Oiton, Pericl<'*s et tant d'autres ; c'étaient de grandes b ‘autés, et ils avaient des amants, tous gens pleins de décence et d'honneur. Je ne b'ibme pas un amour raisonnable, et je ne prétends pas que tous les beaux jeunes gens que nous aimons soient des pro'-litués ; moi-niéme, j'avoue avoir écrit des poèmes d’amour et avoir été amoureux. L’amour pour des jeunes
l'INVEBSION SEXUKLI.e
faut que l'on prouve que cet amour a toujours été libre de part et d'autre. Le cito)’cn qui se prostituait perdait le droit de cité ; celui qui, par viol ou séduction, avait abusé do l'innoceiicc de jeunes garçons, était sévèrement puni (Ranidohr). Disons encore que, chez les anciens (Irecs, l’amour entre hommes, dans le peuple, n’était tenu pour méprisable que lorsqu’il ne présentait aucun élément moral et no comportait que des désirs charnels.
Dans l'ancienne Italie, la pédérastie était considérée comme un crime et punie do mort, à l’égal du crime de haute trahi' son (Mommsen, Histoire Romaine).
Chez les Germains, avant l’introduction du Christianisme, les accouplements contre nature étaient comptés parmi les crimes méritant la mort ; on les considérait comme un signe d’abjection', et on les punissait do mort. Après l’introduction du Christianisme, la pédérastie resta toujours p ;ssible d’une peine : l’opinion des juifs prévalut sur celle des Grecs. Le code pénal de Charles V punit la pédérastie de la mort par le bûcher. Mais, en général, la répression se fit do plus en plus douce, chez les peuples modernes, et aujourd’hui, dans certains Ctats, les rapports entre hommes ne tombent même plus sous le coup do lu justice, lorsqu'ils ne s’accompagnent pas
de circonstances particulières, comme la violence, par exemple.
C’est le cas pour la Hollande, l’Italie et la France, d’après V. Lisst”. Le code Napoléon avait abtog' toute pénalité àcesu-
garçonü b aux et modestes est l’indice d’une lime sociibie et humaine; mais celui qui send ses lareurs pour de l'argent, je le tiens pour un homme bas et débauou#. Il est honorable d’inspirer un amsur d aintéressé ; m, is il est nontoux de s’en faire une source di richesse. Vosez, d i reste, ce que d l la oi : elle dClend de parler en public h ce ui qui a fia pe eoi. ; é v ou sa mère, qui a dissipé l’hériUge paternel ou qui s’est livré pour de l’arsent à un dé-
bauebé. t • s
I Ilicliard Sehroeder. Manuel de l’ilci-loire dn droit a emand. Leipzig,
« l'rang v. Usst, iluiiucl de droit pfiial alleacnd U.. E i m.
l'iNVERSIüN SEXIELLI
jet, et cotte situation subsista dans quelques Etats Allemands jusqu'il la fondation de l'Empire, époque à laquelle la ques> tion fut délinitivement tranchée pour toute l'Allemagne. C'est ainsi, par exemple, que les pédérastes n'encouraient aucune punition en Bavière ni dans l’ancien royaume du Hanovre. En Bavière, la justice ne pouvait intervenir que lorsqu'il y avait eu violence, ou que l'on avait amené par séduction des jeunes gens à se livrer à la pédérastie D’après V. Lisst, une commission scientifique de Prusse se déclara autrefois pour l'abrogation des articles établissant une pénalité, dans l'espèce. En revanche, le droit canonique continuait à réprouver les accouplements contre nature. En Allemagne, nous voyons aujourd'hui la loi punir les rapports entre hommes ; cependant elle n'établit, pour les femmes, aucune pénalité de ce genre. Le code pénal autrichien *, au contraire, poursuit les femmes, en vertu de l'art. 129; cependant, il nous semble que le nouveau code autrichien est tombé, avec l’art. 190, dans la même inconséquence que le code allemand.
Le code pénal de l’Empire allemand contient plusieurs paragraphes so rapportant aux uranistes. Le plus important est
1 D‘apr^^ Camper Liman, Manuel du mt^doetn légiste, la pédérastie était punie de la peine de la détention, en Bavière, par l’art. 214 du Code pénal de 1861. Pourtant Ulrichs disait, en 1867, qu*« en Bavière on no laissait jamais aboutir les poursuites ». La citation, faite plus haut, d*un passage de la iégislation bavaroise, est tirée d’un ouvrage déjà ancien, le Manuel de droit pratique de D. B. Friedreich. lSi3.
* Kd. K. T. Iloûmann. Manuel du médecin légiste, Vienne et Leipzig,
l’invürsion sexukllk
e suivant : « Les accouplenienls contre nature, entre hommes, ou enlre hommes et animaux, sont punis de prison ; ils peuvent eiiti-nitier aussi la perle des droits civils » (art. 175).
On peiil se demander ici ce qu'il faut entendre par ce terme à'accinijilfinent contre nature. La juridiction, sur ce point, est très élenilue et souvent coniradictoire 11 faut distinguer rigoureusement l'accouplement contre nature et les actions obscènes* entraînant, dans certaines circonstances, les peines édictées par l’art. 176 du Code pénal. Dans les textes des anciennes lois pénales, ce terme d'accouplement contre nature avait une signification encore moins claire que dans le code actuel ; la disposition de l'art. 175 est copiée, pour le fond, Bur l’art. 113 de l'ancien code prussien qui n'envisageait guère que la pédérastie. Les considérants qui motivent les dispositions du code allemand expliquent l’art. 173, au point de vue de la sodomie et de la pédérastie, de façon à ce que l’on doive adopter, pour le code allemand, la définition donnée par l'ancien code prussien.
D'après la jurisprudence des tribunaux, tous les actes sexuels accomplis entre hommes ne doivent pas être rangés parmi les accouplements contre nature ; on ne considère comme tels que les actes présentant une certaine analogie avec le coït naturel*. Cependant il n'est pas nécessaire que membrum in anum immittilur, ni même que le pénis ait été introduit dans une cavité quelconque du corps de riiomme, pour que l’acte tombe sous l’application de l’art 175*. Par exemple, un arrêt du Tribunal de l’Empire a déclaré que l'action de irottcr son membre contre la cuisse d'un homme de-
I A. Da’ckc. Droit pt'nol et procès do droit pi'nat, Eerlio, ISSO. •Arrêt d i Tnb nal do l'rJm ire. du kA, IV, 1S80.
• Arré'.s du Tribunal do i’tümnire **n matiùro pénale, Tome 1, p.
♦ Arrêts du Tribunal de l’Empire du 23 avril 1860.
l’invehsion sexuelle
vail ôlro considérée comme analogue au coU*, et [»ur conséqueut était punissable eu vertu de l'art. 17Ü. Il ii'esl pas non plu.s nécessaire qu'il y ait éjuculatiou : un acte peut cire |)unissable avant même qu’il ait provoqué l'orgasme vénérien. Le tribunal a aussi établi la possibilité de ne punir qu'un seul dcj coupables et d'acquitter l'autre’ ; par exemple lorsque l'a. te a été accompli sur un mineur ou sur une personne plongée dans le sommeil.
D’autre part, le tribunal de l'Empire a établi, d’une façon décisive, la différence entre les accouplements contre nature et les actes obscènes, différence qu’il avait été déjà question de Pixer au moment où fut rédigé l’art. 17a. — Ainsi, le jugement d’un tribunal de l” instance, qui avait puni, en vertu de r art. 175, un individu qui s’était simplement masturbé aux côtés d’un autre, a été cassé par le tribunal de l’Empire, cet acte devant être considéré selon lui comme une obscénité, mais non comme un accouplement contre nature ’.
La masturbation d’un homme par un autre et la masturbation mutuelle, ne sont pas punissables, lorsqu’elles ne s’accompagnent pas de circonstances qui rappellent l’acte du co'it. Dans ce cas, il est évident que la distinction est assez arbitraire ; c'est le juge qui devra apprécier si telle ou telle circonstance rend l’acte .assimilable au coït. D’après Oppenheim ‘, les simples embrasseiueuts, dans l'onanisme mutuel,
' Arr^l du Tribnnal de l'Empire du Î3 avril ISSO.
t du Tribunal deTEtupire du 3 lév. 1890.
• Arrêt du Tribunal de TEmpire du 24 avril 13S0.
* Code P -nal do TEmpire aUeinaod, eouimeiité par Friedr. Oppenhoft. lie êdit., c.irz Theodor Oppenhoff, Brrlin, 1888. D’après cet auteur, U est constant, d’après le jugement du Tribunal de l'Empire du 23 avril 18'^û, qus l'inmii,!f«}o pénis in cavum n’est pas nécessaire pour l'application de l’art. 175. — D’après une édition précédente de ce livre, ainsi que d’après Rudolf «t Stenglein (t!ode pénal allemand), le considérant qui avait amené l'appUcalion de l'art. 175 était Vimmissio psnis sn oorput tivum. Le lait est rap* porté par V. Kradt-Ebing.
L’i.NVEnSlON SEXUELLE
ne suffisent pas pour que l’aclc tombe sous le coup do l’art. 175; par contre, le froUcnicnl du pénis contre le corps do l’individu est visé par ce môme article.
11 est également certain que l’individu qui se prèle volontairement à un acte contre nature encourt la môme pénalité que son cumplice, môme lorsqu’il n’a pas eu pour but la salis' faction de sa propre passion.
L’a[>plication des peines édictées par l’art. 175 peut sembler, en théorie, très simple ; mais en pratique cotte application est difficile. Lorsqu’il y a eu immissio membri in anum, la question est simple à résoudre. Elle devient plus compliquée, et c’est le cas le plus fréquent, lorsque membrum appremilur alicui parti corporis altcrius. Dans ce cas, l’application delà peine dépendra des frictions qui auront ou non été exercées. Le simple fait que les corps ont été couchés l’un contre l'autre entraine, ainsi que nous l’avons vu, l’applicalion de la peine. S’il y a eu do plus un frottement, c’est-à-dire un mouvement des deux corps ou do l’un d’eux, l’acte sera passible de l’art. 175 parce qu’il pourra être assimilé au coït.
Qu’on s’imagine maintenant l’accusé tenu de déclarer devant le tribunal s’il a fait ce mouvement ou non. Cette preuve me semble si difficile à établir dans la pratique, que je ne parviens pas à croire qu’elle puisse servir de base à un jugement équitable.
Il n’est guère possible d’interpréter l’art. 175 comme accordant l’immunité aux rapports entre hommes car dans son esprit cet article de la loi vise précisément ces rapports. Cependant, il n’y a pas, à vrai dire, d’accouplement contre nature, lorsqu’un homme alleiul d’inversion sexuelle accomplit l’acte sexuel avec un autre homme. Cet acte est tout aussi naturel que celui qu’acconqilira avec une femme l'homme ayant pour la femme un penchant normal.
L’art. 185 du Code pénal a aussi sou importance : « Celui
l’invühsios sexuelle
qui, par des actes obscènes, aura provoqué un scandale publie, sera puni de deux ans de prison ou d’une amende de cinq cents mardis au maximum. La peine de la prison pourra de plus entraîner la perte des droits civils ». Cet article vise les attouclicments auxquels se livrent publiquement les uranistes, sur les parties génitales des liomines, et dans la pratique il a souvent été interprété dans ce sens.
Dans l’art. 180 du Code pénal, il est question des entremetteurs : a Celui qui par métier ou par cupidité aura par son entremise favorisé la prostitution, ou en aura fourni l’occasion, sera puni d'emprisonnementcomme entremetteur ».
Le tribunal a reconnu expressément que cet article pouvait recevoir son application à propos des rapports entre hommes. Il a été appliqué, par exemple, contre un individu qui louait une chambre à des pédérastes. L'accusé soutenait, pour sa défense, qu'il ne s’agissait que de rapports entre hommes ; le tribunal n'admit pas cette excuse.
Le Code contient encore d’autres dispositions relatives aux rapports homosexuels et sur lesquelles je n’insisterai pas, parce que leur interprétation ne présente aucune difCculté. Je citerai, entre autres, l’art. 17ti qui punit les actes obscènes accomplis sur les mineurs de 14 ans.
Mais il faut nous arrêter à l’art. 51, qui est conçu dans les termes suivants : « Aucune peine ne sera requise contre celui qui, au moment où il accomplissait un acte répréhensible, se trouvait en état de démence ou était atteint d’un trouble maladif do la volonté capable do le priver de son libre arbitre ».
S’il s’agit, dans ce cas, de maladies psychiques graves, comme la démence paralytique ou bien, et c’est l'opinion de Tarnowsky, si l’on peut considérer la satisfaction du penchant homosexuel comme un équivalent psychique de l’attaque d’épilepsie, il devient évident que les actes qui procurent cette satisfaction n’encourent aucune pénalité.
l’inversion sexuelle
Mais les cas sont relalivoinent rares, où l’on peut assimiler l'inversion sexuelle aux troubles psychiques profonds. Sans doute, de notre temps, presque toutes les autorités médicales compétentes déclarent que l'inversion sexuelle est un cas pathologique ; V. Krafft-Ebing, TarnowsUy, (îley et beaucoup d'autres assurent même que ce phénomène fait toujours ou presque toujours partie d’un coinpiexus symptomatique, ainsi qu'on le constate généralement chez les dégénérés. Il est en effet indéniable que, dans la plupart des cas. nous trouvons d’autres symptùmes de troubles nerveux et psychiques. L’état de santé apparente de l’uraniste ne trompera jamais un médecin compétent et ne l’empèchcra pas d’admettre l’existence d’autres symptômes. En particulier, il ne considérera pas comme une preuve de santé chez l’uraniste une intelligence normale ou même au-dessus de la moyenne, ni les divers talents qui peuvent orner son esprit.
V. Krafft-Ebing a dit avec raison qu’en général on est toujours en présence de troubles morbides qui, d’après l’interprétation que l’on fait communément de l’art. 31, n’ont pas le bénéfice de l'immunité. Il est vrai que cet article se prèle à une interprétation extraordinairement large. .Nous pouvons ne pas compter l'inversion sexuelle au nombre des troubles morbides de la volonté ; mais rien no nous empêche de la considérer comme un état de démence, et la démence, d'après l'art. SI, peut être interprétée dans un sens très large. Les commentateurs modernes du Code pénal ne semblent pas disposés à considérer les cas d'inversion sexuelle comme se trouvant directement visés par la loi. Dans l'esprit de la loi, le mot démence signifie seulement un trouble de la conscience. Tant que l'individu aura conscience do sa situation, tant qu’il restera capable de raisonner sur toutes choses, d’envisager les conséquences de ses actions, le médecin légiste se montrera peu disposé à admettre un trouble de bn cons-
l’iNVKHSIOS SKXmLLH
cicncc. Enfin, il faudrait encore savoir si l’article 52 ne doit pas s’appliijiier aux cas d'inversion sexuelle : cet article considère comme non coupables les individus qui ont accompli un acte sous l'inllucnce d'une force irrésistible. Nous nous trouvons ici en présence d'une double difficulté : d'une part, on entendra généralement par ce mol de force irrésistible une force physique, et en effet, dans l'application qu’on a faite jusqu'à présent du Code, c'est seulement la force physique que l'on a considérée ; d’autre part, il serait impossible, lorsqu'il s’agit d'un phénomène psychique, de considérer un penchant intérieur comme une force puisque l'idée de force comporte précisément une manifestation extérieure.
Blumenstock * insiste sur la nécessité de vérifier, dans tous les cas d'inversion sexuelle, le degré de responsabilité de l’individu. A son ])oint de vue, celle question devra toujours être posée et résolue, même lorsque les poursuites judiciaires auront pour objet non pas des actes sc^xuels, mais tout autre acte illégal, car l'inver.sion sexuelle est elle-même le symptôme d’un dérangement de l’esprit.
Il faut tenir compte encore d’une question qui a été soulevée par Furstner ’ ; c’est la simulation dans l’inversion sexuelle. D’après cet auteur, il est à craindre que des individus
* l)a reste mt^decins U^'istos se monti'ont fort pen disposas h considérer rinslinct p'’nilal comme une torce irrésistible. Il est très re^'rettable que nous ne soyons pas en état do Jluer de la puissance de cet instinct chez nos semblables. Nous aurions tort, dans te cas présent, de généraliser et déjuger dea autres par ftous^mémet ; il rerait pratique certainement d’admettre, dans le doute, une force irrésistible de Tinstinct génital, mais cette considération ne doit pas nous détourner de la vérité. Casper et plus tard Liman, ont prétendu que l’instinct génital n’uvait pas le caractère d'un penchant irrésistible, et d'après eux, c'est de tous les pencaanls celui que l'on luaUrise le plus facilement.
* V. l'art. Inversion seznelîe. dans l’Encyclopédie d'Eulenbarg, édit.
’ Cette qu'-stion lui soulevée au cours d’une discussion sur rinversioa gr- itclle, dans UQ congres de psychiatrie, en ISSl, à propos d'un rapport ds Kirn.
L’INVERSION 8EXLEU.E
qui se livrent à des actes sexuels contre nature, sachant qu'ils sont passiliies de poursuites judiciaires, ne simulent di.'s troubles dont ils ont étudié d’avance les manirestations, les crises épilcptiipies par exemple, espérant ainsi éviter toute punition.
Le diagnostic du médecin légiste rencontre de sérieuses difficultés, lorsqu’il y a présomption d'une immiisio pénis in antim. Depuis plusieurs siècles, les médecins légistes cherchent des signes qui leur permettent d’établir la preuve de la pédérastie active ou passive. Je suis bien éloigné de vouloir rabaisser leur oeuvre, mais il me semble que bien rarement ctis chercheurs ont eu l’occasion d'exposer des faits observés par eux-mémes. Les signes qu’ils indiquent passent généralement du livre de l'un dans celui de l’autre, sans qu’ils disent s’ils ont eu l’occasion de les observer personnellement ou s’ils les ont empruntés à d’autres. S’il on était autrement, la plupart, j’en suis certain, se verraient forcés de convenir que tous les signes que l’on attribue à la pédérastie passive ne se rencontrent que dans un nombre do cas relativement très restreint, et que par conséquent leur absence ne saurait impliquer l’absence de la ]iédérastie. D’autre part, ces mêmes signes se retrouvent souvent chez des individus que ne se sont jamais adonnés à la pédérastie, de sorte qu’on nu peut légitimement rien conclure de leur présence.
Martial, dans l’antiquité, Paul Zacchias au xvii* siècle, et plus récemment Tardieu, ont dit qu’à la suite do la pedt rastie passive, l’anus prenait la forme d'un infundibulum ; Tardieu constate de plus un enfoncement des régions péri.males,
LlNVEnSION SEXUELLE
une dilalalion de l’anus, dont le sphincter se trouve forcé. E. V. Ilofmann s’élève contre la valeur diagnostique de ces signes, pour la raison que la forme en entonnoir et le reldchement du sphincter dépendent plutôt de l’état do nutrition de l’individu et de son âge; de plus, il est hors de doute que de pédérastes passifs avérés présentent souvent un anus absolu ment normal. J’ai pu le constater moi-même dans un procè criminel.
Indépendamment des signes de la pédérastie habituelle, on a indiqué, pour les cas accidentels, des signes révélateurs auxquels on ne doit pas non plus accorder une trop grande valeur. Friedreich établissait son diagnostic sur ce fait, qu’iinmédiatemcnt après l'acte, l’anus reste béant, et présente des rougeurs, des points tuméfiés et douloureux, quelquefois des fissures sanguinolentes. D'après lui, il faut en même temps examiner la chemise et le» elTcts, car généralement le pédéraste passif a eu, pendant l'acte, une éjaculation soit spontanée, soit amenée par la masturbation.
Quant aux signes qui doivent révéler la pédérastie active, Casper Liman et E. V. Ilofinann no leur accordent aucune valeur. D'après ces auteurs, les déformations du gland décrites par Tardieu n’ont aucune signification au point de vue d'une constatation médico-légale. Il est à supposer que Tardieu et les auteurs qui ont décrit ces cas ont oublié qu’indépendamment de la pédérastie, la forme du gland présente, suivant les individus, de très grandes dilTérences '.
Dans certains cas, le diagnostic pourrait s'appuj’er sur une
t Hrouardel est d*aris que le» déformations du gland décrites par Tardieu étai'^nt probablement des malformations congénitales et que c'est par erreur que Tardieu en a attribué la cau»e b la pt d«-rastie. Cependant» tout récemment, Coutagne a observé chez un pédéraste actif, pris sur le fait, un sillon circulaire k la limite du premier et du deuxième tiers du gland ; mais v. Hof* man, qui rapporte ce fait, n'a jamais observé de déformalious du pénis ou du gland.
l'invbbsion sexcellb
afToc.tion syphilitique, peut-être même sur une gonorrhée du rectum. On pourra aussi constater, dans la bouche, des accidents syphilitiques dus à l’immissio pénis in os. Un uraniste soigné par V. Krafft-Ebing prétend avoir vu plusieurs cas d'ulcérations syphilitiques de l’anus et des accidents primaires * do la voûte palatine chez un jeune homme dont d'uulres individus abusaient per os.
Après avoir exposé les articles de la loi se rapportant aux actes sexuels entre hommes et recherché la manière dont le médecin légiste établira son diagnostic, il nous reste à voir si les dispositions actuelles du Code ne pourraient pas être utilement modiliées.
On s’étonnera, sans doute, de m'entendre proposer, sinon de supprimer l’art. 17’î, du moins de le modilier’, en ce sens que les rapports homosexuels no seront plus passibles d’aucune peine. Je comprends qu’il semble osé de parler en faveur d’une classe d’individus parmi lesquels j’ai trouvé les menteurs les plus effrontés qui se puissent rencontrer et qui souvent, par leur repoussante tenue dans la rue et dans les endroits publics, excitent le dégoût des honnêtes gens. 11 existe en effet une catégorie d’uranistes qui ne méritent aucune syni-
* Lorsque Gustavo Jaeger, dont je dois reconnaître la compétence dans cette question, dit que « les homosexuels ont une vertu qui est de ne pas propager la syphilis, » il fait là unti apologie des uranistes, à laquelle ils n'ont aucun droit.
* L'art. 175 punit également la fornication avec les animaux ; cette question ne sera pas étudiée dans ce livre. Il s'a.'irail donc, au point de vue des rapports homosexuels, d'une simple inodiiicatton du paragrophe et non d'une suppression totale.
l'i.nvërsium sexuelle
patine et pour lesquels les peines édictées par le Code sembleront toujours trop douces. Mais ceux-là ne sont pas les seuls.
11 faut considérer aussi tous ceux qui cachent avec soin leur état et n'en laissent rien voir à leur entourage. On tjouverait, en étudiant leur caractère, bien des arguinenis plaidant en leur faveur. Ces malheureux, bien dignes de pitié, sont très nombreux et ils no trouvent, parmi les âmes sensibles, personne qui puisse les plaindre. L'orsijue l’un d'eux s’ouvre à vous et vous fait ses conlidenccs, il est rare qu'on ne modilie pas l’opinion que l’on se faisait des uranistes. C’est en observant CO groupe, qu’on arrive à se convaincre qu’il ne s’agit pas là de désirs vicieux que l’un peut vaincre eu cni[)èi hant leur satisfaction ; l’inversion sexuelle est bien un penchant pathologique, qui s’empare de tout l'individu, et qui s’y développe plus ou moins. Il faut donc traiter ces malades avec impartialité. 11 ne nous est pas permis d'édicter contre les uranistes des peines injustes, en nous laissant inlluencer par le caractère odieux de certains d’entre eux. En tous cas, le législateur et le médecin ne pourront se rendre compte de la question que lorsqu’ils auront connaissance de ces deux groupes d’uranistes.
Comme ceux qui font partie dn groupe honorable ne s’ouvrent que très rarement aux personnes qui ne sont pas ellesmêmes uranistes, on comprend (lu’on confonde habituellement avec les individus du demi-monde tous les hommes ayant un penchant anormal. C’est justement à cause de ce défaut de jugement, que les uranistes en sont réiluits à l’hypocrisie. Que l’on n’oublie pas qu’il existe, aujourd’hui comme par le passé, des uranistes ipii sont des hommes distingués, émin.'nts, d’un caractère élevé :j’ai déjà cité W’inckeimann, l’ialeii et .Muret.
IS'ous avons le droit de discuter la pénalité encourue pour ce
L INVCnSIO.N SE.VUF.LLE
quoie Code appelle les accoupleineuts contre nature, puisque, dans d’autres pays, celle pénalité n’existe pas. L’antagonisme entre le médecin qui ne considère que le côté clinique et le médecin légiste a été signalé par Tarnowsky. Le médecin légiste ne voit souvent qu’un vice, là ou l’autre reconnaît un état psychique morbide. Mais cet antagonisme existe plus profond encore entre la médecine clinique et le Code pénal. La médecine considère comme un penchant sexuel morbide ce que le (îode frappe comme un délit ou un crime. Il faut espérer qu'un jour ces contradictions tomberont, grâce au prugiès de la science et de l'humanité.
Pour toutes ces raisons, il ne me semble nullement déplacé de discuter la question et de rechercher si les dispositions du Code allemand, à l'égard des rapports homosexuels, ne sont pas susceptibles d’une amélioration quelconque. L’n uraniste a proposé de faire entrer, pour la moitié, des uranistes dans la composition des tribunaux chargés de juger les allaires do cette nature.
Ce ne peut être là qu’une mauvaise plaisanterie. Tant quo les accouplements contre nature seront déclarés ])unissablcs par les dispositions du Code et par les arrêts du l'ribunal do l’Empire, qui s'appuient eux-mêmes sur le Code pénal, la composition des tribunaux sera absolument indltîérente. .\ous verrions bientôt les assassins et les voleurs réclamer, comme les uranistes, le droit de juger les voleurs et les assassins, sous un prétexte d'équité.
Les faits nous montrent qu’on ne saurait trop approfondir cette question. Voici, par exemple, le cas d’un homme âgé de 19 ans. qui fut exécuté à Paris, pour avoir violé et tué une petite nile de quatre ans. Je n’en veux retenir qu’une chose, c’est quo plusieurs médecins célèbres, Lasègue, llrouardel et Motet, déclarèrent l’accusé entièrement responsable, et que Tarnowsky déplore cet avis, qu'il lient pour « une honte de
l’invkiision sexuelle
la scionce ». — Puisque des savanis ont pu émettre des opinions aussi contradictoires, il faut bien que l’on m'accorde la nécessité d'uue discussion impartiale do cette question particulière.
Nous allons rechercher maintenant si, au point do vue de la philosophie du droit pénal, on doit appliquer une peine aux actes sexuels accomplis entre hommes.
Nous connaissons trois théories principales du droit pénal ; nous ne nous donnerons pas la peine d'examiner toutes celles qui ont été faites par dilîérents jurisconsultes. Voici quelles sont ces trois théories : 1® l.a peine a pour but d'empêcher le crime en effrayant le criminel; 2“ La peine doit racheter le crime, c’est-à-dire établir une compensation du fait accompli ; 3“ La peine doit rendre le criminel meilleur.
D'après la première de ces théories, on punirait les pratitiques uranistes afin d'empècher, par la crainte même de la punition, les uranistes de s’y livrer. Il existe incontestablement certains cas isolés, où la crainte de la punition pourra empêcher la perpétration d'un acte sexuel; mais ces cas seront relativement peu fréquents. Les désirs sexuels sont impétueux et cette considération sera généralement impuissante à les réprimer. D’autre part, il est probable que l’individu qui n’aura pas osé accomplir l’acte sexuel avec un autre homme, voudra assouvir son désir par la masturbation. Or l’onanisme présente pour l’individu des inconvénients autrement graves que les rapports sexuels entre hommes. Si l'on remplace ces rapports par la masturbation solitaire, je ne vois pas quel avantage le maintien des bonnes mœurs pourra retirer de
l'invep.sion sexcellk
cette modification. Du reste, pour peu que ce penchant, qui, en fin de compte, fait désirer un autre homme, atteigne quelque vivacité, aucune peine ne pourra être assez forte pour détourner l'uraniste de l’acte homosexuel ; l'exaspération de son désir rend illusoire tout moyen de répression.
11 me semble plus difficile encore do fonder la pénalité des accouplements contre nature sur la théorie des compensations. Que doit racheter le coupable? Evidemment, un délit. Mais la notion de délit est toute relative, et nous ne pouvons considérer comme un délit l'acte sexuel de l'uraniste, lorsque nous considérons comme légitime l'acte sexuel ordinaire, accompli par une femme et un homme normal. En général, l’homme accomplit l’acte sexuel avec la femme, non pas dans le L conscient d’avoir des enfants, mais pour la satisfaction d'un penchant auquel il ne peut résister. L’uraniste ne fait pas autre chose, et par conséquent son acte sexuel n’est pas délictueux. On n’a donc pas de données solides permettant d’établir la notion rigoureuse de délit. Aussitôt que le penchant a atteint une certaine force, il devient impossible à combattre. Le penchant homosexuel no peut être ni déterminé par la volonté, ni réprimé par elle. L'individu qui le ressent n’en est donc pas responsable ; V. KraITt-Ebing et tous les auteurs impartiaux le déclarent hautement. Pour ceux qui se rendent un compte exact de la question, la légende du vice et de la débauche amenant ce penchant n’est plus acceptée que pour un nombre très restreint de cas. V. Krafft-Ebing dit que les uranistes sont les enfants déshérités d’une Nature marâtre. 11 peut arriver que certains d’entre eux, grâce à leur force de volonté et à leurs liens sociaux, parviennent à s’abstenir delà pédérastie, ou des autres actes sexuels accomplis entre hommes ; mais toujours ils se rendent compte de leur faiblesse et ils ont conscience de l’impossibilité de i. -i-i-r à leur penchant, au-delà d'une certaine limite. J. C. v et
290 l'invürsion sexuelle
N. Ferris en ont donné, en 1883, un exemple t}'pique. L’individu dont il s'agit déclare qu'il s'adresse au médecin parce qu’il croit qu'il n'est plus en état de résister, comme il l’avait fait jusque-là, à la force qui le pousse aux actes homosexuels. Ce malade était âgé de 33 ans, et il sentait son penchant se développer en lui avec une puissance toujours grandissante.
11 nous reste à examiner la troi.sième théorie, celle qui veut rendre l'homme meilleur. Or personne ne consentira à croire qu'une peine quelconque aura pour effet de délivrer de leur penchant les individus atteints d'inversion sexuelle.
11 est possible qu’on puisse améliorer en les punissant, lorsqu’il ne s'agit que d'un penchant criminel, des individus qui se livrent aux actes homosexuels, poussés non pas par l’inversion sexuelle, mais par une intention purement criminelle. Mais jamais la perte plus ou moins longue de la liberté ne pourra guérir l'uraniste de son penchant. Supposons un uraniste conduit en prison pour un délit quelconque ; il est évident que son emprisonnement ne le délivrera pas de l'uranisme. Je connais plusieurs homosexuels que la satisfaction de l.'ur penchant a menés à la prison ; je n'en connais aucun chez qui cette peine ait supprimé la maladie, ou ait contribué dans la suite à eu atténuer les effets. Le penchant sexuel est impérieux et il subsiste. Je citerai à ce propos le cas d’un malade qui était atteint d'une perversion d'un genre particulier ; l’excitation sexuelle était produite chez lui par la vue de tabliers blancs. Il s'enferma dans un cloître, dans l’espoir de se débarrasser do cet état morbide à force de jeunes et de prières. Naturellement, il n'obti.at aucun résultat : ce n'est jamais de cette manière que l'on amènera une guérison.
l'ixvkrsïon sexuelle 291
Considérons maintenant, l’une après l’autre, les raisons pour lesquelles on voudrait punir les accouplements contre nature. La plus importante semble être l’outrage aux bonnes mœurs. On a prétendu, comme preuve à l’appui, que dans l'an' cienne Grèce la pédérastie ne se répandit qu’au moment do la décadence. Cette opinion est erronée : on sait aujourd’hui que les rapports entre hommes existaient déjà aux époques les plus florissantes de la Grèce Antique. Il est impossible d’établir une relation de cause à effet entre la décadence des grecs et leur amour pour les jeunes garçons. Cependant Ilœssli va peut-être un peu loin lorsqu’il prétend qu’une des causes de la grandeur de la Grèce a été l’habitude des rapporta sexuels des hommes entre eux, et je crois qu'il a tort d'appuj'erson opinion sur les idées de Sulzer, qui a dit que les artistes grecs ne doivent leur grandeur qu’à la libre expansion de tous les penchants de leur àme. On peut se demander si vraiment Suizer voulait parler de la pédérastie, comme semble le croire Ilœssli.
Le coït régulier d’un homme et d’une femme, accompli entre ([ualre murs, est légitime, et ne constitue pas un outrage aux mœurs ; pourquoi donc l’acte sexuel de l’uraniste, accompli dans les mêmes conditions, les outragerait-il davantage?Ce qui pour l’un est moral parait immoral à un autre, et il est possible que l’acte homosexuel soit taxé d’immoralité pour la seule raison que c’est la minorité qui s’y livre.
On fait encore intervenir, dans cette discussion sur la moralité de l’acte homosexuel, un autre motif qui doit prouver son immoralité, et faire pencher la balance vers la nécessité d’une punition : c’est le mépris et le dégoût que cet acte soulève chez le peuple. Ceci tient à la croyance, généralement répandue, que l’acte s’accomplit par Vimmissio meinbri in annni\ mais cette croyance est erronée, et nous avons vu
L'INVEIISION SEXUICLI
que, bien au contraire, ce genre de pédérastie est assez rare parmi les uranistes.
Quoi qu'il en soit, il existe dans les rapports de l'homme avec la femme certaines pratiques aussi repoussantes que les actes sexue s des hommes entre eux. La pédication, que la loi autorise, et qui n'est autre chose que l'iininis.tio membri in anum mulieris, ne le cède en rien, à ce point de vue, à l'acte du pédéraste. Du reste, la loi permet aussi la coprophagie, qui ne saurait manquer d’exciter la répulsion, je l’espère du moins, de chacun de mes lecteurs. Le coït normal, je le répète, ne présente par lui-mèrae rien d’esthétique, et je crois, si nous n’y étions pas accoutumés par une pratique journalière, que nous ne pourrions nous imaginer un acte plus repoussant '.
Du moment que les actes homosexuels sont punis par la loi, l'argument tiré du mépris qu’ils soulèvent dans l’opinion publique perd toute sa valeur ; car l’opinion publique se conforme, jusqu’à un certain point, à la manière dont la loi mémo envisage les choses. D’autre part, parmi les considérations qui ont présidé à la législation de ce point spécial, on a donné, pour motiver la pénalité, le mépris du peuple à l'égard dos actes contre nature. Il n’est pas possible d’admettre qu’en abrogeant toute disposition pénale l'opinion publique fasse brusquement volte-face ; un tel revirement ne pourrait se pro-
< On a beaucoup écrit sur les rapports de la loi avec le sens moral du )ieiiple, et c«*ppndant on n*est jamais arrivé k sVntendre sur ce point. Ed. T. Hartmann traite longuement celle question dans sa Phénoménologie du $ens morale Berlin, 1879. « En principe, diUil, la loi ne considère anenne action comme morale ou immorale ; les actions deviennent morales ou immo> raies devant la loi, suivant qu’elles sont permises ou défendues par elle. Ce principe est évidemment trop étroit. L’histoire nous apprend que, sauf exception, le sentiment d’équité et de moi'alité exi*ïle chez les peuples avant tonte législation écrite ; la législation n'est que l’interprète de ce sentiment, elle ne va jamais h l'encontre. Cependant on ne peut nier que la lot, h son our, n’exürce une certaine influence sur le sens moral des peuples ».
l'inversion sexuelle
(luire que d’une manière insensible. Cependant il est probable qu’une modiQcalion des dispositions pénales aurait pour effet d’améliorer peu à peu la situation sociale des uranistes.
11 est bien certain que l’uranisme ne sera jamais considéré comme une très belle chose, mais il est fort po.ssible que le profond mépris dont on couvre les malbeureu.x qui souffrent de cette maladie vienne un jour à disjiaraitre. 11 est d'ailleurs facile de constater que, môme dans les paj's où les actes ho> mosexucls restent impunis, on les tient toujours pour méprisables *. Ce mépris s’est répandu sans doute par suite dei rapports internationaux. Cependant je crois que le relèvement de l’uranisme dans l’opinion publique dépend d’une maniera absolue de son impunité. En France, les uranistes ne sa trouvent pas dans une situation sociale inférieure; on les tolère comme on les tolérait autrefois au Hanovre, avant la fondation de l’Empire Allemand, ‘à une époque où ils jouissaient d’une complète immunité. L’histoire de l’ancienne Grèce nous prouve d’ailleurs qu’une nation ne court pas le danger de péricliter parce que l’amour homosexuel n’y soulève pas le mépris du peuple.
La Bible réprouve l’uranisme, mais il ne peut être question de nous conformer pour notre législation actuelle aux commandements de la Bible. Si nous nous engagions dans cette voie dangereuse, nous risquerions fort de soulever des attaques contre bien des points de notre organisation sociale. Les .Mormons*, par exemple, citent, pour justifier leur polygamie,
* Je crois que, pendant longUimps encore, l’uraniste l'estera un objet de m-'pris, surtout au.x yeux des gens d’une <!ducation iolriieure. L’impuis* sance, certes, n’est pas un crime ; cependant, on reproobe aux impuissants leur manque de virilité et on les cont&idére, eux aussi, avec d«dain.
* Morilz Busch, dans son Histoire des Mormons, rapporte qu'Or.^on Pratt considère la polygamie comme une institution sainte; la Bible ne l'a jamais prohibée, et dans un grand nombre de passages, elle lui donne au contraire sa sanction : Dieu a voulu que David, qui avait déjà plusieurs femmes, s’adjoignit encore celles de Saiil.
L INVERSION SEXUELLE
'(lifférenls passages de la liible, et en particulier l'histoire (l'Abraham, qui prit une seconde femme parce queSarah restait sté-iile. Les suites fâcheuses des rapports homosexuels et en particulier de la p(5dérastie, ont été constatées dans un grand nombre d’anciens ouvrages, d’après lesquels les pratiques contre nature auraient pour la santé de graves conséquences. D. Dohrn ' a recueilli les opinions de différents auteurs sur ce point spécial, et j'emprunte à son travail les données suivantes.
D'après jVicolaï, les individus qui se livrent à la pédérastie souffrent, en dehors des maladies locales, d'une faiblesse générale qui atteint surtout les membres inférieurs ; la fonction sexuelle est paralysée. D'après Wildberg, la pédérastie amène la consomption, llenko prétend qu'elle a pour résultat la phtisie et rii 3 ’dropisic. Casper au contraire, se prononce catégoriquement contre l'opinion de ces auteurs ; à son avis, les pédérastes qu'il connaissait jouissaient presque tous d'une santé parfaitement nornialc.
Il est inexact de croire que la satisfaction du penchant homosexuel soit préjudiciable à la santé. Au contraire, les uranistes auxquels il est impossible de satisfaire leur penchant autrement que par un acte homosexuel, tombent malades lorsqu'ils ne se livrent pas è cet acte qui, à leur point de vue, constitue l’acte normal. Lorsqu’on les force à pratiquer le colt avec la femme, ils restent, la plupart du temps, complètement impuissants ; dans le cas contraire, ils n'en retirent au-
* F. Dohrn (Zur Lehra ton dor Pûdera^tie). Revue trimestrielle de médeoine lé^'ale, Berlin, 1855. vol. VII). Cet auteur va plus loin : il voit dans l’affaibliss^ment du syst ma nerveux résultant de la pt’déra*«tie, une cause do prédisposition h la fièvre typhoïde et, dans un rapport inédico légal, il tribuo aux habitudes de pédérastie d’un jeune garyon un décès survenu daus une flèvre typhoïde.
* Voyez la réponse faite par Camper k l'article de Dohrn que nous Tenons de citer.
l’invkbsion sexuelle
cune satisfaction ; le coït les épuise, et sans aucun doute la répétition trop fréquente de cet acte amènerait des troubles dans leur santé. Tous ceux qui ont vu les uranistes de près, m’accorderont qu’ils sont loin de constituer une classe de débilités ; on trouve parmi eux, au contraire, des hommes robustes et de santé vigoureuse. Lorsqu’ils paraissent malades ou nerveux, il est probable que cet état provient d’une abstinence forcée, plutôt que d’excès sexuels. De plus, leur système nerveux se ressent dos conditions sociales dans lesquelles ils vivent ; ils se figurent sans cesse que leur penchant a été découvert, et ils supportent avec peine l’injustice du monde, qui les traite en véritables parias de la société. 11 est évident que des sentiments de ce genre doivent réagir défavorablement sur la santé générale. Enlin, nous avons vu que très souvent l’uraniste est atteint d’une affection nerveuse congénitale, à laquelle il faut attribuer la plupart des malaises dont il souffre.
Lorsqu’on se trouve par hasard en présence d'un uraniste chez lequel on constate des signes graves d’affection nerveuse ou des troubles psychiques, on aurait tort de les attribuer à la satisfaction de son penchant homosexuel : ce ne sont que les symptômes spéciaux à la maladie nerveuse dont il est tteint. V. Krafft-Ebing croit qu’on peut trouver, parmi les uranistes, certains sujets capables de réprimer leur penchant, grâce à une très grande délicatesse de sentiments et à une force de volonté exceptionnelle. Mais le même auteur signale également le danger que courent ces individus de tomber, par suite d’une abstinence forcée, dans la neurasthénie et les troubles cérébraux. Puisqu’il est démontré que l’abstinence aggrave l’état morbide des uranistes, nous ne pouvons que les engager à se livrer aux actes homosexuels. Nous avons déjà donné les raisons pour lesquelles on aurait tort de croire qu’en s’abstenant de l’acte homosexuel l'uraniste est amené à pratiquer le coït avec la femme. Tarnowsky est même d’avis que les uranistes
l’unvkrsion sexuelle
qui échouent dans leurs essais de coït normal tombent fréquemment dans riiystérie.
11 va de soi que les excès sexuels sont tout aussi préjudiciables à la santé chez l’uraniste que chez l'homme normal. On comprendra aisément que ce pédéraste dont parle Hammond, et qui dans une même nuit renouvela onze fois l’acte contre nature, se trouvât dans un certain état de fatigue et d’épuisement. D’autre part, il n'est pas surprenant que l'uraniste ressente, immédiatement après l’acte homosexuel, un état de bien-être analogue à celui qui succède au coït accompli dans des conditions physiologiques normales.
Puisque les raisons que l'on donne généralement, et que nous avons exposées plus haut, pour JustiGer les peines édictées contre l'uranisine, ne sont pas de nature à établir cette justification, il faut nous demander s’il n’existe pas d’autres moliTs à la répression des actes sexuels contre nature.
Nous avons vu que certains uranistes no peuvent avoir de rapports qu’avec des hommes qui n’appartiennent pas à leur monde, et qu’ils ne sont en état do satisfaire leurs besoins sexuels qu’à cette condition. On pourrait dire alors que la peine édictée par la loi aura pour effet d’empêcher l’abaissement moral des hommes normaux, auxquels des rapports avec les uranistes donneraient à la longue une nature d’uraniste. Ce point mérite d’être soigneusement élucidé. Il semble, d’après les données que nous avons actuellement sur cette question, qu’un homme normal adulte qui s’adonne aux pratiques uranistes n’arrive jamais à acquérir, de cette façon, un penchant homosexuel *. Un tel danger n’est pas à craindio, caries rapports do l’homme normal avec l’uruuiste sa
• On aurait tort, évidemment, de prendre pour de l'inversion sciuetle l'état dans lequel sa trouve un lionime normal qui, après s'étre livré une première lois a un uraniste par esprit de cupidité, a fini par surmonter, a la longue, tout dégoût pour les pratiques homosezuelles.
l'invehsion sexuelle 297
borneront généralement à satisfaire ce dernier par la masturbation, et racconiplissement de cet acte donnera rarement à l'homme normal une excitation sexuelle artificielle. Il est clair que les hommes qui se livrent aux uranistes pour de l’argent, méritent notre mépris au même titre que les prostituées, dont le métier ne contribue guère à élever le caractère. Mais puisque nous admettons la prostitution de la femme, nous n'avons aucune raison de ne pas admettre celle de l'homme ; il n'y a donc pas lieu, pour les législateurs modernes, de réprimer la prostitution masculine. Les lois actuelles ne peuvent que favoriser son expansion, et nous verrons par la suite que la police, malheureusement, n'a sur elle aucun moyen de contrôle efficace.
D'ailleurs, en admettant que ce danger pour l'homme nor« mal de devenir lui-même uraniste en se livrant aux uranistes, existe réellement, et c'est là une hypothèse qu'aucun fait ne vient confirmer, l'objection ne tient plus si l'on considère les rapports des uranistes entre eux. On est alors en droit de se demander si des dispositions légales basées sur cette môme hypothèse, n'auraient pas pour elTct d’assurer l’impunité à l'uraniste qui satisfait son penchant avec d'autres uranistes, et de frapper celui qui le satisfait avec des hommes normaux, en le punissant soit lui seul, soit en même temps que son complice.
Y. Lisst envisage la question d'une autre façon ; il demande que la loi ne frappe que les individus qui font de la pédérastie un métier, espérant mettre ainsi un frein à la prostitution masculine.
On a dit également qu'en no mettant aucune entrave aux rapports homosexuels, on favoriserait le développement d’une sorte d’épidémie psychique de l'inversion se.xuelle. Je crois ce prétexte mal fondé ; il est peu probable, en effet, qu'un homme jouissant d'un nencliant .sexuel normal cherche à ao
298 l'invebsion sexuelle
complir des actes homosexuels, pour la seule ra son que ces actes ne sont pas légalement prohibés. S'il en était ainsi, nous verrions sans doute beaucoup d’tioinmes normaux se livrer aujourd’hui à l’onanisme mutuel, que la loi ne poursuit pas. (’e sont là des pratiques qu'on ne recherche généralement pas, lorsqu’on n'y est pas poussé par une prédisposition à l'inversion sexuelle. Du reste, on n’a jamais constaté à l’état épidémique l’inversion sexuelle dans les pays où elle ne tombe pas sous le coup de la loi.
On pourrait dire encore que la loi lient suffisamment compte du penchant des uranistes, en tolérant certains actes homosexuels, comme l’onanisme mutuel par exemple. Mais cette objection est sans valeur : nous avons vu, en effet, que le désir des uranistes se manifeste sous des formes très variées ; il y en a, par exemple, qui ne trouveront une satisfaction que dans Vapplicatio memljri ad corpus alterius, tandis que l'onanisme mutuel ne les attirera pas plus que la masturbation solitaire.
La législation actuelle manque de logique en plusieurs points. Ainsi, toutes les raisons pour lesquelles on s’élève contre les accouplements contre nature, pourraient également s’appliquer à l’onanisme mutuel que la loi tolère. Les objections tirées de la moralité ou du préjudice causé à la santé, ou d’autres considérations analogues, ont la même valeur à l’égard de tous les actes contre nature quels qu’ils soient. Mon opinion est que, au point de vue du législateur, on ne peut élever aucune objection valable, pas plus contre l’onanisme mutuel que contre les accouplements hors nature.
La législation présente du reste une autre contradiction : en Allemagne, les rapports sexuels des femmes entre elles ne sont exposés à aucune pénalité ; il leur est permis de se livrer à tous les actes sexuels qui leur plaisent. 11 se peut que cette absence de toute pénalité à l’égard des
l'inversion sexuelle 299
femines tienne à ce qu’on n'uvdit encore aucune donnée sur la nature de leurs rapports sexuels à l'époque où fut mise en vig:ueur la législation. Il n'en est pas moins vrai qu’actuellement les femmes peuvent se livrer impunément à des actes pour lesquels des hommes seraient poursuivis, par exemple lambere liiignd genitalia allerius.
Lorsqu'on discute une loi, il est nécessaire de s'assurer si, dans la prati(,ue, son ajiplication a donné de bons ou de mauvais résultats. Puisque nous constatons que la loi qui punit les accouplements contre nature a plutôt produit de mauvais effets, en protégeant la bande des exploiteurs, il est naturel que nous nous demandions si son abrogation ne profiterait pas davantage à la morale, au maintien des bonnes mœurs et au respect do la loi chez le peuple.
Il est évident que l’uraniste devra être poursuivi lorsqu’il aura employé la violence pour forcer son complice à se prêter à l'acte sexuel. Dans bien des cas,l'uruniste aura été entraîné par la force irrésistible de son penchant, de sorte que, dans certaines circonstances, on pourra se trouver en présence d’un phénomène pathologique et non d’un crime. Toutefois, l’acte de violence cause un dommage évident à la victime et à la Société tout aussi bien que le le viol d'une femme, et l’Etat B le devoir de l'empêcher. Si un individu est poussé au viol par une cause pathologique, par une puissance qu’il est incapable de maîtriser, la Société, pour se défendre, le reléguera dans une maison d'aliénés, au lieu d’une prison. Tout homme qui cause un dommage à la Société doit en être écarté : le malfaiteur est nus en prison, le fou est eniermé dans un asile.
L INVERSION SEXUELLE
La Société aura également le droit de sévir, lorsque l’uraniste aura provoqué un scandale public. Il est défendu d’accomplir publiquement un acte obscène, comme il est défendu à tout homme de faire avec une femme, en public, ce qu’il lui est parfaitement permis de faire en l’absence de témoins.
Lorsqu’un homme adulte se prèle librement aux pratiques d’un uraniste, il me parait i ndiqué que la loi ne puisse y mettre opposition. Cependant je crois qu’il est nécessaire que cet homme ait dépassé un certain âge et que la loi défende aux uranistes de sastisfaire leur penchant sur de jeunes garçons. Les enfants au-dessous d’un certain âge, IG ou 18 ans par exemple, doivent être tout particulièrement protégés par la loi, parce qu’ils n’ont pas encore lejugement nécessaire pour se conduire eux-mémes, et que les garçons, avant la puberté, pouvant acquérir l’inversion sexuelle par leurs rapports avec des uranistes, courent aussi le danger de se pervertir et de perdre tout sens moral. Il faut donc que la loi les protège, en édictant en leur faveur, dans tous les cas, une peine contre les uranistes. Quant à l’àge auquel le jeune homme échappera à cette tutelle. Usera de 16 ou de 18 ans, ou bien on en pourra choisir un autre ; je ne me prononcerais pas volontiers sur ce dernier point.
Il est un fait impossible à nier : c’est que les uranistes se comptent par milliers, et que par conséquent l’Etat doit se montrer équitable vis à vis d’eux. La satisfaction d’un des penchants les plus impérieux ne peut être mise par la loi sur le môme pied qu’un crime vulgaire. Lorsque j'ai étudié les actes de justice, j’ai pu constater que depuis quelque temps les jugements deviennent moins sévères, et que les peines qu’ils appliquent aux accouplements hors nature sont relativenieul douces ; il m’a semblé, dans tous les cas, que les individus véritablement atteints d’un penchant sexuel morbide étaient traités par les tribunaux avec une certaine bieu-
l’inversion sexüeli.b
veillance. Mais toute peine, si légère qu'elle soit, a le fâcheux effet (le mettre au ban de la Sociélé la plupart de ceux qu’elle frappe ; souvent il suffit d’une simple enquête judiciaire pour rendre toute relation sociale impossible aux personnes qui s’y trouvent mêlées.
Puisque l’Etat, en frappant les uranistes, a en vue la sauvegarde des bonnes mœurs ; puisque, d’autre part, il est établi que. ces hommes ne sont pas coupables, que les actes incriminés sont nécessaires à la satisfaction d’un penchant morbide inhérent à leur nature, il ne reste à l'Etat qu’un seul moyen de repression : l’internement des uranistes dans une maison d’aliénés. Les prisons sont faites pour les malfaiteurs ; nous ne pouvons plus, à l’heure actuelle, considérer comme tels les individus atteint sd'inversion sexuelle.
J’ai proposé plus haut l’abrogation, ou du moins la modification, de l’art. 17.’> du Co le Pénal, je voudrais également que l’on modifiât, dans ce Code, le 6* paragraphe de l’Art. 3G1. En voici la teneur :
« Sera punie d’emprisonnement toute femme exerçant la prostitution sous le contrôle de la police, qui aura violé les règlements établis pour la sauvegarde de l’hygiène, de l’ordre public et de la décence ou qui aura exercé la prostitution sans se placer sous ce contrôle ».
Ce paragraphe donne à la police un moyen suffisamment efficace pour maintenir la prostitution féminine ; elle peut empêcher les filles publiques de se tenir dans certaines mes. 11 est fâcheux qu’une disposition analogue n’ait pas été pr!fc vis à vis de la prostitution masculine. Les prostitués exercent
302 l’inversion sexuelle
leur métier en toute liberté, sans être inquiétés en aucune façon ni par la police ni par la justice ; ils échappent, à Berlin surtout, à toute surveillance ailininistrative. L’administration reste sans armes contre le ilemi-monde masculin, précisément parce que l’art, 17-3 du Code pénal ne vise que certaines formes de rapports entre hommes. Cet état de choses ne subsisterait pas, si l’art. 3G1, parag. 6, s’étendait également aux femmes et aux hommes ; on pourrait par exemple le modifier ainsi : c Sera punie d'emprisonnement toute personne exerçant la prostitution... etc. ».
Il n’est pas juste de donner aux hommes qui se prostituent une liberté que l’on refuse aux filles publi(]iies ; il n’est pas juste, non plus, de laisser sous le coup d’une législation étroite et dure l’uraniste qui cherche à satisfaire son penchant sexuel conformément à sa nature d'uranisto.
l'inversion SEXLTLLl CHEZ LA PEMMB
Je vais parler maintenant de l'inversion sexuelle chez la femme, sans toutefois m’étendre sur ce chapitre. Si je lui consacre une place relativement restreinte, eu comparaison do celle que j’ai donnée, dans cet ouvrage, à l’étude do l’inversion chez l’homme, ce n'est pas que je considère ce sujet comme présentant, au point de vue pratique, une moins grande importance ; mais plusieurs raisons m’ont déterminé à procéder ainsi. Tout d'abord, nous possédons beaucoup moins de données sur le phénomène de l’inversion, lorsque nous l’envisageons dans les rapports des femmes entre elles, nous savons très peu de chose sur l’homosexualité des femmes du monde en particulier. Cependant je suis très certain qu’un grand nombre d’entre elles présentent ce penchant. Cn deuxième lieu, il est, dans l’étude de l’inversion chez la femme, beaucoup de points qui deviennent faciles à traiter, lorsqu’on a déjà étudié l’inversion chez l’homme : par exemple, le traitement de cette alTection, son diagnostic, et bien d’autres encore. Une troisième raison résulte de nos coutumes et de nos usages, qui ne permettent pas au femmes d’entretenirdes rapports cntrcelles avec la môme facilité que les hommes, de sorte que les consi-
l'invehsion semeleb
durations sociales qui nous ont arrêté à propos des uranistes n'exislent plus dans le cas présent. Enlin nous n’aurons pas à parler de la législation, puisqu’en Allemagne le Code pénal ne réprime, en aucune fa^on, les actes homosexuels entre femmes *.
Toutes CCS raisons expliqueront suffisamment la brièveté relative avec laquelle je traiterai l’inversion sexuelle chez la femme.
L’existence, chez la femme, d’une perversion sexuelle en tous points semblable à celle que nous constatons chez l’homme, a été démontrée surtout par les travaux récents de V. Kratit-Ebing. Toutefois, dans bien des cas, il ne faudra pas faire dépendre d’un penchant morbide les pratiques quelque peu étranges employées par les femmes. Mantegazza mentionne que certaines dames emploient leur petit chien de luxe à un but sexuel. Pour ma part, j’ai connu une femme mariée qui avait dressé son chien à gcnilalia /amiere, jusqu’à ce que complète satisfaction s’ensuive : elle m’avoua ellemême cette habitude, craignant d’en avoir contracté une maladie. Je connais une autre femme dont les dispositions sont tout à fait sadiques : le coït ordinaire ne lui procure aucune jouissance. « Je voudrais, disait-elle, que l’acte sexuel n’exis-
t Ed Allerna^'ne. les rapports homosexuels de U femme sont libres. Kn Aalriche, il en est autrement, en vertu de Tart. 129 du Code pénal. Naturellement, si Tjcte s’accompa^me do circonstances aggravantes comme la violence ou le scandale public, la loi allemande lo poursuivra. Voici, sur ce point, Topmion de v. Iloflmann : « DaiH aucun castes actes sexuels accomplis entre femmes ne présentent lu même importance que la pédérastie, au point de vue delà moralité et surtout du droit pénal «. Mon avis est dilTérent, car je ne fais pas la même distinction entre les rapports entre honnm*!i rt les rapport* entre femme? ; pourquoi les un* seraient-ils plus immorauv que le autres? Je trouve, par exemple, que le Cunnilingus des femmes n»* «!oit pa.s être considéré autrement que ro^jprr'Mo membri virilis ad corjms alterius Lorsqu'il s'agit d*un penchant morbide, rimmumté me semble indiquée dans l'un et l'autre cas.
L'LNVEnSlON SEXCEI.LE o05
tàt pas et fût remplacé par dos morsures que je ferais à mon mari et que mon mari me rendrait ».
On trouve chez la femme toutes sortes de perversions sexuelles ;mais celle qui parait se rencontrerleplusiréquemmciit est l'inversion dans laquelle la femme se sent attirée non pas vers l'homme, comme elle devrait l'ètre normalement, mais vers une autre femme. Ce penchant est analogue à celui de l'uranisle, que nous avons déjà étudié en détail. Les femmes à penchant homosexuel ont reçu dilTérentes appellations et je reviendrai plus loin sur quelques unes d'entre elles. Ulrichs les appelle des uranistes, et dit que leur nombre est à peu prùs le même que celui des uranistes-hommes.
Dans l'antiquité, l'amour entre femmes était très répandu, dit-on, dans l'ile de Lesbos ; on accuse aussi Sa|)ho, la femme poète, de s'y être adonnée. Virey et quelques auteurs tiennent cette accusation pour fondée * ; d'autres au contraire, .Moncaut par exemple, prétendent que c'est à tort qu’on a lait à Sapho ce reproche et qu'elle a simplement employé, avec une certaine exagération, le mot d’amour pour celui d'amitié. Je dirai à ce propos que Moncaut, malgré tout le soin que dénote son ouvrage sur l’amour, ne peut être considéré, au point de vue de la perversion sexuelle, comme un critique inl’aillible, car il parait connaître à peine la question. Il me semble que les poèmes de Sapho parlent en effet de l’amouv entre femmes, mais ce n'est pas une raison pour qu’elle n'ait pas
1 Cénac Moncaut, Histoire do l’amour dans l’antiquitd, Paris, l-Ci. Cet ouvrage a eu pour suite PHistoire de l’amour dans les temps modernes, r’aria 18 ( 13 .
3nfi l'inversion sexuelle
chanté anssi l'amour légitime entre l'homme et la femme, et même s'il en était autrement, il ne faudrait pas en conclure que Sapho pratiquât elle-même l'amour entre femmes ; il est prubahie qu’elle a simplement voulu dépeindre, dans ses poém'‘s, les tendances des femmes de son époque.
D'après l’ioss ', le tribadisme était également fort répandu dans l'ancienne Rome, et, d'après cet auteur, il était pratiqué avec des femmes pourvues d'un clitoris de dimensions anormales. Ces femmes étaient appelées friclrices ou subigatrices. • Hloss rapporte que la masturbation mutuelle des femmes est très fréquente en Orient. D'après lui, les femmes qui s'y adonnent arriveraient, au moyen d'une roastnrbation constante du clitoris, à donner artilicielleinent â cel organe des dimensions leur permettant de pratiquer le tribadisme. 1)* tout temps, le tribadisme a été fort répandu en Orient, surtout parmi les peuples arabes. Mantegazza fait observer que les femmes enfermées dans les Harems doivent se livrer fréquemment à cet amour particulier.
Zyro ' cite une relation de Pouqneville, en 1805, d'après laquelle les femmes alanguies du Harem du Sultan, qui luimème préférait k l’amour naturel l'amour à la façon des Grecs, servaient d'amants à leurs compagnes. Virey nous a rapporté d'Orient des faits du même genre et la poésie orientale renferme de nombreux passages qui les confirment.
Il existe une chanson populaire arabe, dans laquelle un mari se lamente au sujet de sa femme. En voici un passage, d'après la traduction de Rückert :
« Dieu me donna une femme, maigre comme une solive — elTronlée et voleuse comme la pie et le corbeau — elle aime
I H. Ploss, Das Weib in "dep Natup-und Vdlkerkunde, 2* Édit., pnbhpa pâP la D' Max Bartela. Leipxig, 1SS7.
> F. F. ZyrOf Critique scientinque et pratique du suicide, Bc^rne. 1S37.
LlMVBaglON 8EXUELLK
les femmes, elle méprise les hommes, — et ne se complaît qu'avec la canaille >.
Ploss rapporte qu'un roi de Siam, ayant appris que sea concubines se livraient entre elles au tribadisme, leur iiilligea une cruelle punition.
Il dit encore que cette coutume s'étalait au grninl jour parmi les femmes allemandes du Moyen âge ; il cite à l'appui de son assertion la liste des punitions infligées par l'Fglise, qui fut dressée à Worms, au xi* siècle, par l’évéque Burchard, et dans laquelle il est parlé des relations sexuelles des femmes entre elles.
On a signalé jadis, en Angleterre, une série de cas qui ont été recueillis en partie dans un ouvrage de William Tegg. Il s'agissait de femmes qui.pendant longtemps,fnrent prises pour des hommes, et dont quelques-unes épousèrent même d'antres femmes. Ces faits se passaient, pour la plupart, vers la fin du xvni* siècle. Nous possédons également des observations de Parent Duchâtelet sur l'amour passionné de la femme pour la femme.
Ulrichs nous rapporte toute une série d'anecdotes historiques sur des femmes qui se livraient au tribadisme ; mais loin authenticité n'est pas suflisamment prouvée. Cette preuve, du reste, serait difficile à faire. Il cite, par exemple, Cathe.-ine Howard, femme d'Henri VIII d'Angleterre, comme étant uraniste, pour nous servir de sa propre expression, et il croit que c’est à cause de ses habitudes homosexuelles qu’elle fut condamnée à mort*.
L’étude scientifique de l'inversion sexuelle cher, la femme date de quelques années seulement et nous retrouvons ici, parmi les personnes auxquelles nous devons ces premières recherches, les noms que nous avons déjà cités à propos de
t L'iiistoirô donne pour motif de l'exécution de ia reine Catherine les rapporta arec les serviteurs de son grand père.
L INVERSION SEXUELLE
Turanisme : Welsphal et V. Kralll-Ebing, dont les travaux sont les plus importants, puis Chevalier, Cantarano, Sérieux. On trouvera dans la Psychopathia sexualis de V. Krafft- Ebing, que nous avons eu l’occasion de citer plusieurs fois, des renseignements détaillés sur la question.
La littérature nous a fourni, de son côté, de nombreux documents. Chevalier croit qu'en général les romanciers étudient plus volontiers l’amour homosexuel chez la femme que chez l'homme, parce qu’il parait moins repoussant. Quoi qu’il en soit, nous trouvons dans l’école naturaliste, en France, de nombreux romans traitant ce sujet. Déjà Diderot l’avait développé dans sa Religieuse. A notre époque, Zola, dans le roman de Nana, décrit d’une façon très explicite la liaison de l’héroine avec son amie Satin. Chevalier cite également parmi les romanciers qui se sont emparés de ce thème, Balzac, qui s’est complu dans la peinture de certaines perversions sexuelles. Dans un de ses romans, il nous raconte l’amour d’une femme pour un eunuque ‘ ; dans la Fille aux yeux d’or, il prend pour sujet l’amour d’une femme pour une femme.
On s’est demandé dans quel monde le tribadisme est le plus répandu. Cette question est très difOcile à élucider, car les femmes parviennent mieux encore que les hommes à tenir secret leur penchant. J ai voulu mon rendre compte, autant que possible, pour la ville de Berlin, et je dois en grande partie les résultats que j’ai pu obtenir aux conlidences que des femmes, atteintes d’inversion sexuelle, ont bien voulu me
» J'ai doono déjà, dans cet ouvrage, un exemple du môme phénomène.
L'LN'VliRSlUN SEXUELLE
faire. J'ai eu le bonheur de nie trouver également en relation avec quelques liahiluées des cercles de femmes uranistes, qui ont pu me fournir certains documents
Les rapports sexuels entre femmes peuvent se constater dans plusieurs mondes ; par exemple, dans celui des actrices et parmi les servantes de brasserie. Je puis certilier qu’on rencontre aussi des femmes mariées atteintes d’inversion sexuelle, qui, lorsqu'elles en trouvent l’occasion, n’hésitent pas à satisfaire leur penchant. Mais c’est surtout parmi les filles publiques que les tribades se trouvent en très grand nombre : je sais de source certaine que 23 0/0 des prostituées de Berlin entretiennent des rapports sexuels avec des femmes.
Lorsque deux de ces femmes vivent ensemble, comme il arrive souvent, dans le même appartement, l’une d’elles iculcment est une prostituée : l’autre, en général, reste auprès de son amie sous les dehors d’une femme de chambre ou d’une locataire. Nous verrons plus tard que, dans les rapports des femmes entre elles, le rôle passif et le rôle actif sont souvent très distincts; les femmes qui les remplissent s’appellent l’une le père, l’autre la mère. Dans le mariage légitime, on accorde que l’homme peut se permettre quelques écarts, tandis que la femme, au contraire, doit lui garder une fidélité absolue ; de même, dans la liaison de deux femmes, seul le père, c’est-à-dire la femme qui joue le rôle actif, a le droit d’avoir des rapports avec des hommes >.
‘ J’ai racuoiUi, «n particulier, de précieux détails d’une femme qui. aprèe pluMours années de mariage, s’est séparée de son mari pour se livrer librement à son p< ncUunt homosexuel, et qui maintenant vit mar/fa/rment avec un<^ autre femme. La plupart de mes recherches dans lo domaine de rhomosexualité obex la femme, ont été faites en collaboration avec mon ami le Max Dessoir.
* O lü’tt dit, d'autre iarl, que c.-ile rivie souûrc de nombreuses excep-
'L LNVEaSIO.N SEXUELLE
Les persumics de qui jo liens ces reuscigi eme.ils n'uiit pas pu ir.e dire si, punui les lilles insoumises, on cuuslaterail ijul aussi grande proportion de Iribades. Je pense que paroo les jeunes lilles et les femmes du monde un trouverait égab'Uient des cas de jierversion sexuelle. Pour Cufliguon, c’esi, après le clan des prostituées, l'aristocratie qui fournirait, à Paris, la plus grand nombre de femmes s'adonnant au Iribadi.-me.
Les femmes qui se livrent à leur penchant homosexuel reçoivent généralement, dans leur cercle, le surnom d'enflées (schwul), que du reste les uranistes se donnent aussi entre eux. Lorsque deux femmes font ménage ensemble, on dit d’elles qu'elles ont contracté un mariage d'enflées, on une liai.son d'enflées. Dans certains cas, on emploie de préférence le mot de Freundschaftsverhœllniss (liaison entre amies). A Vienne, s'il faut en croire un malade de V. Krafft-Ebing, elles se donnent entre elles le surnom d'Oncle.
On a aussi appelé ces femmes des tribades ; cependant quelques auteurs rés<>rvent le mot de tribadisme à la désignation d'un mode spécial, fimmissio clitoridis in vaginam alterius, et appellent tribades les femmes qui se livrent à cette pratique. On se sert encore de l'expression d',\monr Lesbien, en souvenir de l'ile de Lesbos ; mais ce terme s’apjilique plus particulièrement à l’acte qui amène l'orgasme véuérien lambendo lingua getiilalia. La mulier lainb-iis s'appelle emmilingtta, et l'acte tout entier cunnilingus ;
tionA et qae, par exemple, ceHe des deux femmes q^ii se distingue par dei aTaiila^ett physiques, qu'elle remplist^e du reste U nMe actif ou le rôle passif, eek souvent nne prostitné*
l'inversion sexuelle 311
d'ailleurs ce mot s'applique aussi au même acte pratiqué par l'homme sur la femme.
La physionomie et les manières extérieures des tribades ne présentent généralement rien de particulier ; je crois même, d’après les observations que j’ai pu faire, que les femmes dont le visage est couvert de poils comme celui des hommes, ne sont pas pour cela particulièrement prédisposées à l’inversion sexuelle. De même, les parties génitales des tribades n’ont rien d’anormal. Quelquefois, cependant, ces femmes présentent le type masculin assez prononcé*, dans leur manière d’ètre en général et surtout dans les traits du visage.
Quant à révolution du penchant homosexuel, elle varie beaucoup suivant les individus. Un grand nombre de tribades restent fort longtemps inconscientes de leur état. L’une d’elles me disait qu’elle s’expliquait sur le tard bien des épisodes de sa jeunesse qui étaient pour elle, auparavant, lettre morte. Klle avait été institutrice pendant assez longtemps et elle se rappelait qu’à l’àge de 16 ans, elle aimait à profiter de l’absence des maîtres pour mettre les habits du fils de la maison; elle en éprouvait un sentiment de bien être. Du reste, elle porte actuellement encore des habits d’hommes chaque fois qu’elle peut le faire. Sa mère, c’est-à-dire l’amie qui joue auprès d’elle le rôle passif, le lui a défendu ; d’ailleurs elle évite avec soin tout ce qui pourrait amerer un scandale dans la maison, en dépit de la tendresse anormale qu’elle porte à son amie.
Je conuais encore une jeune personne, atteinte d'inversion sexuelle, qui ne s’en rendit compte qu'au bout de plusieurs années. Vers l’âge de 18 ans, elle écoutait avec étonnement
* V Kratt^-iilbing^ désigne sous le nom de groandrei, les femmes chef lee* qualles rinTerslon sexuelle se révMe noD>seulement par le penchant homosexuel et les autres phénomènes psjfchiques. mais aussi par le squelette, le t^pe du riaege.eto.
L’iNVEnsm.N SEXUELLB
SCS compacrncs s’cxiasier sur le bonheur do connaître un jeune hoimne, de se laisser embrasser par lui, d'ètre toujours auprès de lui. Elle n'arrivait pas à s’imaginer quel plaisir les femmes pouvaient y prendre et trouvait la compagnie des jolies femmes bien préférable à celle des beaux jeunes gens. Elle allait ainsi dans la vie naïve et inconsciente de son état, jusqu’à ce que vers l’âge de 20 ans, la lumière se fit brusquement. Ce fut une amie, dans la chambre do laquelle elle était entrée, qui se chargea de l’initier.
On aurait tort de croire que les femmes homosexuelles se distinguent par certains défauts de leur caractère : au contraire, il en est beaucoup qui ont horreur du mensonge et de tout vice en général.
Dans leur enfance, elles jouent volontiers aux jeux des petits garçons et abandonnent celui de la poupée. Celles qui jonent le rôle du père, aimentà se vêtir d’habits d’hommes ; cependant ce n'est pas là une règle absolue. J’ai vu des tribades qui s’habillaient volontiers en hommes et qui cependant remplissaient le rôle passif vis à vis de leur amie.
On trouve chez elles beaucoup d’habitudes masculines ; certaines d’entre elles fument, non pas la cigarette, que beaucoup de femmes se permettent de temps en temps, mais de forts cigares, et en font même un usage abusif. Une tribade m’a raconté qu’elle avait commencé à fumer à l’âge de 5 ans de forts cigares qu’elle avait toujours préférés à la cigarette ; jamais elle n’en avait ressenti aucun malaise.
Leurs occupations sont souvent toutes masculines Une
I Lorsque la femme dont le penchant est homosexuel possMe en outre le caractère d'un homme, on la désigne sous le nom de Virago, et V. kratU-Kbing appelle cet état la Viraginité. Voici comment il décrit la virago: « Le penohant homosexuel se déclara chez elle de bonne heure : comuie prtite-lille, •eajeux favoris sont ceux des garçons; elle méprise la poupée et se pas* •ionne pour le cheval de bois; elle joue aux soldats et aux brigands. Elle n'aime pas les travaux à Taiguille, elle y est maladroite. Sa toilette né gligée lui donne l'air d'un gamin. Elle munlre plus de di»i omIious pour lea
l’lnversion sexuelle
malade de Wcslphal avait une vocation pour la construction des machines. Les travaux de femmes, dans lesquels les uranistes hommes atteignent une grande habileté, n’ont pour les tribades aucun attrait. L'une d’elles me déclarait qu’elle n’avait pu supporter les travaux à l’aiguille et que si, chez elle, elle dirigait le ménage, ce n’était pas pour son plaisir, mais bien parce que, dans ses rapports avec son amie, elle jouait le rôle de la mère.
La manière d’ôtre des tribades ne prend une allure masculine que lorsqu’elles cessent do se surveiller. Du moment qu’elles se savent observées, ou bien lorsqu’elles ne sont pas entre elles, elles cherchent à se donner des allures féminines, sous lesquelles elles cachent leur véritable nature. J'en connais chez lesquelles il m’aurait été impossible de découvrir le moindre signe révélant leur penchant sexuel.
Mais il n’en est plus de même lorsque la tribade s’abandonne à sa nature ; je me rappelle avoir vu un jour une tribade sous un costume masculin ; une fine moustache couvrait sa lèvre supérieure. Il était impossible de ne pas la prendre pour un homme, à son allure, à sa manière de porter le cigare aux lèvres, à son mouvement pour saluer et j’y fus moi-môme trompé. C’était une tribade fort connue à Berlin, et vraiment personne n’aurait pu soupçonner son véritable sexe, à moins do la connaître. Aussi mon étonnement fut-il grand, lorsqu’un magistrat de Injustice criminelle, qui con-
•cionces que pour les arts d'agrément. Elle s'essaye à fumer et à boire, elle R les partuins et les friandises en horreur. EUe songe avec amertume qu’elle est née femme et qu'elle ne connaîtra ni l'existence libre de l'étudiant, ni la vie du soldat. Elle se livre avec Tard^’ur d'une amazone aux sports des jeunes gens ; cette ùme masculine, enfermée daos une poitrine de femme, donne car* riôre, dans ces exercices violents, à son courage et à ses sentiments virils. Ses cheveux sont coupés courts, la coupe de sa robe rappelle les vêtements d'hommes ; son plus grand désir serait do prendre complètenienl le costume masculin. Elle prend pour idéal les femmes de Thisloire ou celles de son époque qui ee sont distinguées par leur intelligence et leur activité ».
314 l’lwehsios sexl'ellk
naît bien ce monde particulier, me déclara que c'était une femme.
Les tribades trouvent un grand plaisir à danser, pourvu que ce soit avec une autre femme : elles ne dansent pas volontiers avec un homme.
Leur amour est souvent passionné, comme celui des uranistes. Lorsqu’il est partagé, elles ont atteint le bonheur suprême. Mais la pensée qu’elles ne pourront fonder une famille, à cause de l’antipathie qu’elles éprouvent pour les rapports sexuels avec l’homme, leur est quelquefois très pénible '. Xous avons vu que celte môme pensée troublait aussi les uranistes. Lorsque l’amour de la tribade est contrarié, il peut en résulter pour elle des troubles graves du svstème nerveux et même la folie furieuse. Virey nous rapporte que Soranus connaissait déjà ce fait ; les tribades, dit-il, poursuivent les jeunes filles avec une fureur dont un homme serait à peine capable.
En général, les tribades ne se donnent pas entre elles, comme le font les uranistes, des prénoms masculins : cependant il existe quelques exceptions. Une tribade bien connue, dont je tairai le nom et dont je changerai même le prénom, est appellée « Fritz aux .Manchettes > parce qu’elle se montre toujours avec de larges manchettes. Ce nom de Fritz est supposé, c'est à dessein que je ne donne pas le nom véritable, ce qui du reste n’a aucune importance dans la question. Comme les uranistes, les tribades prétendent savoir se reconnaître entre elles rien qu’au regard, à la façon de s’aborder, de se saluer, etc. Un grand nombre d’entre elles me
I D’iprès les confidences qui m'ont été faites, l’horreur du contact mascu* lin est beaucoup moins Tiolente chez les tribades que chez les uranistes qui s’essayent au coTt normal. Il est clair que l’antipathie de la femme pour l'homme ne peut avoir, au point de vue du colt, l'importance que présente l'antipathie l'araniste pour la femme; car dans ce cas, il faut avant teut que rérection paisse être obtenue.
l'inversion SKXliBI.LR
l’oQt arPirmé. Quant à ce je ne sais quoi qu'elles ont dans le regard et qui leur permet de distinguer, au milieu d'autres femmes, celles qui apparliennent à leur monde, je ne saurais dire en quoi il consiste. D'après les conversations que j'ai eues avec d'autres tribades, il s'agirait là du phénomène que nous avons déjà constaté chez les uranistes ; elles regardent les autres femmes de la même façon qu'un homme regarde une jolie femme dans la rue. Si la personne qu'elles font ainsi fixée leur rend le même coup d'œil, de manière à leur faire entendre que leur attention ne lui a pus été indifférente, le résultat est obtenu. Très souvent ce n'est pas seulement le regard, mais encore l'allure et les manières qui font reconnaître une tribade. Le regard qu'elles se lancent entre elles est chargé de désirs comme ceux qu'échangent les uranistes; mais il ne faudrait pas croire qu'il possède une vertu spéciale.
Certain mouvement des lèvres leur permet également de dévoiler, sans prononcer un mot, la nature particulière de l'acte qu’elles proposent et de faire entendre en variant ce mouvement, si elles y joueront un rôle actif ou passif.
Les tribades font connaissance de différentes manières, parmi lesquelles il faut citer la voie dos annonces ; lor.squ’une femme fait insérer une annonce daus laquelle elle demande une amie, il ne peut y avoir de doute sur ses intentions. Quelquefois, elles trouvent l’occasion de lier connaissance dans la rue.
Le penchant homosexuel présente chez la femme les mêmes particularités que chez l'homme. Une tribade se sentira attirée, par exemple, vers uue catégorie de femmes bien déterminée. L'une d’elles m’a déclaré qu'elle ne pouvait satisfaire son penchant qu'auprès de grandes blondes ; le contact des petites brunes lui était insupportable. On en trouve (inni la tendresse reste fidèle ; d’autres au contraire, aiment
LINVEnSION SEXUELLE
le clianp'cmont et clierchcnl tous les jours une nouvelle amie.
Les personnes de qui je tiens ces documents prétendent que certains de ces ménages peuvent rester unis très longtemps; on m'en a cité un qui en était à sa dix-seplièine année. J'en connais un autre qui dure depuis 7 ans. Dans ce cas, la liaison de doux tribades équivaut, à leurs yeux, aux liens d'un véritable mariage.
Les ménages de tribades sont fréquemment troublés par des scènes de jalousie des batteries, qui se terminent généralement par une réconciliation. Toute contrariété dans leur amour retentit profondément sur ces femmes, au moral comme au physique : Westphal cite un cas où l'une d'elles en perdit complètement le sommeil et l'appétit. Lorsque leur liaison se brise, elles tombent souvent dans le plus grand désespoir.
De quelle façon les tribades arrivent-elles à la complète satisfaction de leur sens génital?
11 est un mode ' qui consiste dans l'introduction du clitoris in vaginam alterius, procurant ainsi la jouisssance de part et d'autre. Je ne sais si ce mode est souvent pratiqué : dans tous les cas, il ne constitue pas la règle, si je m'en rapporte à mes informatiuns. 11 n'existe pas de clitoris, si monstrueuses que soient scs dimensions, qui permette à une femme d'ac-
< Zola fait ane tr&$ belle description do la jaloune de Nana qui menaçait de gifler maiiame Rubort. k propos de Satin : il nous dépeint également la jalousie d'un amant de Nana qui voulait provoquer Satin en duel.
* Arintopiiane raille une coutume de Milésiennea, qui emplojaient k l'acte aeiuel des pénis artificiels (Casper Liman'.
l'inversion sexuelle
coinplir cet acte : du reste, la juxlaposilion des parties génitales et leur frottement doit Euffire pour amener la jouissance à la fois chez les deux femmes. Mantegazza croit que l’habitude des rapports entre femmes a pour résultat l’augmentation de volume du clitoris ; mais il n’en donne pas la preuve et il est permis de mettre en doute ton assertion
Si j’en crois les informations que j’ai prises, c’est surtout lambaido lingua genilalia que les tribades accomplissent l’acte sexuel. Dans ce cas, la mulier lambens joue le rôle actif, l’autre le rôle passif. Cof.ignon croit que les tribades peuvent intervertir les rôles et que le cas est beaucoup moins rare chez elles qu’il ne l’est chez les pédérastes ; je ne sais ce qui se passe à l’aris, mais à Tcrlin les rôles restent rigoureusement séparés. Une trihado nommée X. m’a déclaré qu’il n’y avait de jouissance pour elle que si ipsa lambit genilalia allerius, et comme je lui demandais s’il ne lui était pas possible de prendre le rôle passif, en se faisant lambere genilalia propria, elle me répondit qu’elle ne s’en trouverait nullement excitée. Je me rappelle encore qu’elle s’indigna, comme se serait indigné un homme normal, lorsque je lui demandai si elle ne voudrait pas pratiquer le coït avec un homme.
Je connais d’autre part une de ces mères qui n’est jamais parvenue à prendre le rôle actif, c’est-à-dire à lingua lambere genilalia allerius feminæ. L’inversion des rôles leur semblait à foutes deux désagréable et repoussant. Je crois que, dans toutes les liaisons de ce genre, on constaterait cette distinction rigoureuse entre le père et la mère. Cette même X. dont je viens de parler, avait déjà eu une liaison antérieure, qu’elle avait rompue parce que son amie voulait
* Forberg croit que le clitoris j'eut atleioJre une long leur suffisante poai ac:omplir l'acte sexuel complet ; mats, d*après Casper Liman, le cat; n't.urait jamais été observé.
I, INVKRSION SEXUELLB
qu'elle prit le rôle passif, ce à quoi elle ne voulut jamais consentir.
Dans d'autres cas, les rôles ne sont pas séparés d'une manière aussi nette. Chacune des femmes remplit à son tour le rôle passif, par e.^einple, lorsqu’aucune des deux ne trouve son plaisir dans le rôle actif.
Il reste encore bien des côtés obscurs dans la question, et les données que nous possédons sont souvent contradictoires. Une tribade m'a dit, contrairement aux renseif,Miemenls que j'ai recueillis d'autre part et qui me semblent dignes de foi, qu'à son avis, le rôle actif ne pouvait jamais amener la jouissance chez celle qui le remplit. Il faut, si nous voulons nous faire une opinion sur ce point, pousser nos investigations de différents cotés, car les faits à constater présentent évidemment de nombreuses variations. L’exemple de deux tribades intervertissant les rôles chacune à leur tour, ne doit pas nous faire dire, en généralisant à tort, que les rôles passif et actif ne sont pas nettement séparés. Je crois, au • contraire, que l’on pourra trouver des exemples qui viendront corroborer l’une et l’autre opinion.
L’acte accompli lambcniio linjiin genilalia alterius femitifp est aussi appelé Saphisme ', du nom do Saplio la femme poète; mais il faut pour cela qu’il soit pratiqué par une femme sur une femme. Cette pratique est très répandue parmi les triliades ; je ne connais qu'un ménage de femmes où elle n’ait lieu que dans de rares occasions ; celle qui joue d’ordinaire le rôle actif et dont l'excitabilité génitale est très grande, ne demanderait pas mieux que de s'y livrer, mais la mère, d’un tempérament plus calme, refuse de s'y prêter.
Il est certain que dans beaucoup de cas les femmes attein-
t Martineau, dans ses Leçons sur les déformations vulvaires et anales, etc., déorit, sms le nom de Sapiiistue la forme d’inversion sexuelle dans laquelU uua fellat linffua cUtoridem alterius.
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tes d'inversion sexuelle s'adonnent à l'onanisme. Quelque* fois aussi, elles masturbent l'amie qu'elles aiment et lui caressent les parties génitales et les jambes: V. Krafft-Ebinget W'estphal en ont vu des exemples. Celles qui se masturbent elles-mêmes évoquent, pendant l’acte, l'image de Jeunes filles.
r.ulin, il ën est un grand nombre qui n'entretiennent de rapports sexuels d'aucune sorte ; quelques-unes en sont empêchées par leur situation sociale; d'autres se contentent de liaisons platoniques, du genre de celles que nous avons déjà citées à propos des uranistes.
Leurs rêves voluptueux se rappoKent toujours aux perversions de l'amour.
Il existe, parmi les femmes atteintes dinversion sexuelle, un grand nombre de fenimes niaiiées; il semblerait cependant que la plupart d’entre elles ne montrent qu'un pencliant très médiocre pour le mariage. Une dame que je connais, à tendances homosexuelles, ne se maria que pour se ptoduire dans le inonde comme femme mariée, pour voyage;- avec son mari, et pour d’autres raisons du même genre ; mais elle se sépara de son mari au bout de ti ans. Le mariage ne pouvait lui convenir ; elle était obligt’'e, pour satisfaire son penchant homosexuel, d’avoir, à l'insu de son mari, des relations avec une Iribade. Les tribades ne considèrent le mariage que comme une chose accessoire.
Pourtant, dans certains cas, il existe chez elles le phénomène d'hermaphrodisme psychique que nous avons constaté chez l'uraniste : leurs désirs se portent alternativement sur
l'inveusion sexuellk
riiomme et sur la feinnie. Il pourra donc arriver qu'une feninie, qui jusqu'alors nV-prouvail de sentiments d’amour que pour d'autres femmes, rencontre un jour un homme vers lequel elle se sentira attirée; elle pourra l’aimer et l'épouser. Toutefois l'amour pour l'homme, chez des femmes dont le penchant homosexuel est bien manifeste, ne sera jamais qu'un épisode passager dans leur vie ; elles se verront reprises au bout d’un certain temps, et avec la même violence, de leur penchant pour la femme. — Le cas s’est produit fréquemment.
Le coït normal ne suffit pas à la satisfaction des besoins sexuels des tribades, j’en connais une qui se fait lingiia gnnitalia /amicre par son mari aGn d’arriver à la jouissance ; Vimissio membri la laisse absolument indifférente. Le cunnilingus pratiqué par son mari lui est moins désagréable ; parfois même elle y trouve la volupté, et sans qu’il lui soit nécessaire de faire travailler son imagination en pensant à une femme et en évoquant son image. Toutefois, je connais des exemples dans lesquels le cunnilingus d'un homme ne peut donner à la tribade la sensation voluptueuse qu’elle retire du même acte pratiqué par une femme. Une femme de ma connaissance se sépara de son mari, lorsqu’elle eut constaté que les rapports conjugaux ne pouvaient lui donner, quel que fût le mode employé, la satisfaction de scs besoins génitaux.
Mantegazza croit que beaucoup de ménages malheureux, dont la désunion n’a aucune cause apparente, la doivent aux penchants homosexuels de la femme. Gela me parait assez probable, d’autant plus que je sais pertinemment que des femmes mariées entretiennent souvent, à l’insu de leur mari, des relations avec des tribades. Martineau en connaît également dos exemples. Duhousscl, en 1877, publia un cas d'inversion sexuelle tellement étrange, qu’il est à peine
l’inversio.'» sexuelle
croyable. Il s agit de deux femmes qui avaient eu des rappoi'ts sexuels. L une d elles se maria et, après son mariage, reprit .sa liaison avec son ancienne amie qui devint enceinte. Il faut donc admettre, si toute cette histoire n’est p.as une mystification, que la femme mariée avait, en passant des bras de son mari dans ceux de son amie, transporté sur cette dernière une petite quantité de sperme.
Je ne saurais donner aucun renseignement précis sur les tendances au fétichisme, au masochisme et au sadisme ‘ des femmes atteintes d'inversion se.xuelle. Certaines femmes, dont l’expérience en la matière ne peut être mise en doute, m'ont dit qu’elles avaient bien entendu parler de ces phénomènes à propos des rapports sexuels entre l'homme et la femme, mais qu’il ne se passait parmi les tribades rien qui pût les rappeler. Tout ce que je sais, c’est que dans une liaison de femmes, celle qui jouait le rôle actif exigeait de l’autre qu'elle portât des habits d’hommes et des culottes courtes.
Nous possédons aussi des cas dans lesquels le penchant à l’inversion sexuelle apparait périodiquement et s’accompagne alors d’autres anomalies psychiques. On sait par exemple que, chez quelques femmes, ce penchant ne se manifeste qu’au moment des règles ; dans l’intervalle, bien que les tendances
Od trouva, paraU-il, des femmes à penchant homosexuel dont les désirs portent sur les jf'unes filles impubères. Tardieu cite le cas d’une femm>* qui arait eu des rapports sexuels arec des petit.^s filles de 6 & 11 ans. On conuatt également le cas d’une mère qui déflora avec la main sa fille âgée de tO an«. et qui. pendant de longues années, continua k introduire journelIemr>nt les doigts dans le vagin et dans Tanos de la jeune fille.
Zi
JOO l'invkrsion sexuelle
sexuelles ne soient jamais absolument normales, la perversion du moins est très peu aceusée.
Quant à l’étiologie de l'inversion sexuelle chez la femme,
nous devons supposer, comme nous l'avons fait pour l’homme, l’existence d'une prédisposition naturelle. V. Krallt Lb.ng distingue ici encore l'inversion congénitale et l inversion acquire. 11 donne comme exemple d'inversion acquise le cas de la célèbre lima S., au sujet de laquelle il lit ses remarquables recherches sur l'hypnolisme Cette personne eut d’abord des relations avec un homme quelle aimait; son penchant pour les femmes se manifesta plus lard. Elle prétendait qu’elle avait perdu le pouvoir d’aimer les hommes, parce quelle s’était abandonnée, corps et àme. à l’amour quelle avait voué à son cousin: elle pensait qu’après ce grand amour, elle serait incapable d’aimer un autre homme, étant, disait-elle, de celles qui n’aiment qu’une fois dans leur vie, V. Krallt-Ebing, sans s’arrêter à la question de savoir si en effet les femmes ne sont pas plutôt disposées à n’aimer qu’une seule fois ce qui est fort possible, range ce cas parmi les cas d’inversion acquise. Par contre, il cite de très nombreux exemples d’inversion congéniUle. L’opinion de Westphal est que l’inversion sexuelle chez la femme est congénitale.
Très souvent elle apparaît dès le plus jeune âge. West-
pb il cite une de ses malades chez laquelle les premiers phénomènes d’inversion remontent à l’àge de sept ans ; elle avait alors déjà la passion des femmes et elle cherchait, par «es caresses et ses badinages, à les pousser à l’onanisme.
Dans bien des cas. on constate que l’inversion sexuelle chez la femme se manifeste par suite de causes accidentelles *. Mais je crois que ce que l’on prend souvent pour de
I V Kraffl-Kbing. Ktud« oxp^rimenlale d.a. le dom.ine de rhypnotieme,
LLNVERSION SEXUELLE
véritables causes ne sonique les circonstances à l’occasion desquelles la malade donne libre carrière pour la première fois à son penchant bomosexuel, ou bien se rend compte d'un état anormal jusqu’alors inconscient. Ce penchant existait à l’état latent, les circonstances extérieures n’on fait que le réveiller. Nous avons vu qu'il en était de mémo pour les uranistes.
On attribue aussi l’inversion sexuelle chei la femme à un état névropathique héréditaire. Cependant, si je m’en rapporté à mes informations, les faits ne confirment pas toujours cette opinion. Du reste, on constate souvent, à coté de l’inversion sexuelle, d'autres maladies, telles que la folie circulaire, observ'ée par Westphal et l’hysléro-épilepsie, observée par V. Krafft-Ebing.
Voici un cas qui montre bien comment une circonstance extérieure très secondaire peut amener une femme à se rendre compte de son état anormal. 11 s’agit d’une personne X, âgée aujourd’hui de 30 ans ; elle fut déflorée à 15 ans par un jeune homme qu’elle ne revit jamais et qui produisit sur elle une impression désagréable ; le souvenir de l’acte sexuel lui était
femme rbebitude prise des rapports homosexuels. Nous avons va que l'on donne la môme cause étiologique h l’uranisine. Hoflmann, dans son Manuel du Médecin légiste, donne sur ce point quelques éclaircissements. Suivant celte opinion, le tribadisme devrait être très répandu dans les prisons et les mai* ions de détention ou Ton envoie les prostituées. Voici ce que dit à ce sujet le D** Fischer, un médecin des prisons d'une très grande expérience : < Ainsi que le dit Mayer, il arrive souvent que des jeunes filles habituées aux plaisirs sexuels établissent entre elles des liaisons dans la maison même. Leurs pas* lions deviennent très vives, elles se font toutes les querelles d'amour et de jalousie que poarraient se faire des amants de sexe diflérent ». Andronieo l.nit la même remarque, voy. Arch. d. psycb. vol. 111, p. 145. Je crois qae la plupart des auteurs établissent ici b tort une relation de cause à edet: la vé* rité, c'est que parmi Us prostituées, h Berlin du moins, il se trouve on très grand nombre de femmes atteintes d’inversion sexuelle, et, lorsqu'elles sont en prison, leur penchant se dévoile aus* yeux de l'obiervateur, mais celui*c aurait tort, sans doute, d’attribuer au séjour dans la prison la cause de leur perversion.
l’iîîvebsio.n sexuelle
également pénible. Plus tard, elle Qt la connaissance d’un autre jeune homme dont l'extérieur lui plut et avec lequel elle eut à dilTérentes reprises des rapports, trouvant dans l'acte sexuel une volupté complète. Vers l'âge de 18 ans, après avoir eu des rapports avec plusieurs hommes, elle fit la connaissance d'une jeune fille Y qui s'approcha d'elle, l'embrassa, et lui mit la main sur les seins. Ce dernier attouchement lui procura sur le champ une très vive jouissance, dont elle parle aujourd'hui encore avec exaltation. Elle aimait beaucoup, du reste, les caresses que les femmes ont l'habitude de sc faire. Peu de temps après, sa nouvelle amie l'invita à se mettre au lit avec elle, et là Y pratiqua sur X le cunnilingus. Les rôles furent ensuite intcrx ertis, et elles continuèrent à vivre ensemble en prenant tour à tour le rôle actif et passif. A partir de cette époque, X ne trouva plus aucun plaisir dans ses rapports avec des hommes ; elle ne pouvait satisfaire son penchant sexuel que par un acte homosexuel. Elle lit pratiquer sur elle le cunnilingus par des hommes, sans en retirer aucune sensation de volupté. Depuis S ans, elle vit avec une amie, auprès de laquelle elle trouve et à laquelle elle donne la satisfaction complète de l'instinct génital.
On m'accordera que le contact fortuit avec une femme, l'embrassement de X et de celte jeune fille qui lui était sympathique, pas plus que l'attouchement sur les seins, ne peuvent être considérés comme la cause déterminante de l’inversion sexuelle. Le terrain était préparé et celle circonstance n'a fait que révéler une prédisposition anormale qui, si elle ne s'était pas manifestée alors, aurait sûrement apparu, tôt ou tard, à l’occasion d'un incident analogue. Nous avons vu, en parlant des uranistes, qu’il s’en trouve chez qui l'état homosexuel reste longtemps inconscient, jusqu'à ce qu’un événement quelconque force le malade à se convaincre de la réalité de son pent^ant anormal.
l’inveusiom sexuelle
Nous entendons dire quelquefois, pour expliquer les tendances homosexuelles de la femme ou de l'homme, des choses absolument inexactes. C’est ainsi qu'une Iribade attribuait la cause de son état sexuel aux sensations qu'elle trouve dans le cunnilingus et dont l’intensité dépasse tout ce que peut donner le coït normal. Il n’y a pas lieu de s'étonner de ce qu’une tribade ail perdu le goût du coït normal : nous voyons de même les habitudes d’onanisme détruire, chez l'homme, le penchant au coït et même la possibilité de le pratiquer. L'explication que me donna celte femme rappelle celle que fournissent Stark et Mantegazza à propos de l'inversion sexuelle chez l'homme. L'un et l'autre semblent oublier que le point essentiel est le penchant qui pousse la tribade vers la femme, au lieu de la pousser vers l'homme : le cunnilingus pratiqué sur elle par un homme ne lui donne qu'un plaisir médiocre et même nul ; pratiqué par une femme, ce môme acte lui procurai a plus intense volupté.
Au point do vue médical, ce que nous avons dit de l’uranisme s'applique aussi bien au tribadisme. Le diagnostic présentera naturellement des difficultés plus grandes encore, lorsqu’il s’agira du sexe féminin car les femmes sont encore moins aisées à confesser que les hommes, et elles se décident plus rarement qu’eux à consulter un médecin au sujet d’une perversion sexuelle. Mais, comme celte perversion existe en réalité, le médecin doit être en situation de la traiter aussi bien chez la femme que chez l'homme.
l'lnvehsion sexcellb
Le sujet, on le comprend, est toujours très délicat à aborder en présence d'une femme. Cependant le médecin pourra obtenir des réponses de sa malade, en causant avec elle seul à seule, comme il le fait, du reste, lorsqu'il questionne un uraniste. On fera bien, lorsqu’il s’agira d'une femme mariée, d'éloigner toujours le mari, car il est naturel qu'elle ne veuille se confier qu'à un médecin et non à son mari, qui ne peut être que mauvais juge dans la question.
Le médecin devra tout d'abord avertir la femme que le seul traitement possible est un traitement psychique. V, Krafft-Ebing a démontré que l'on parvient à affaiblir considérablement le penchant anormal, en employant la suggestion. Mantegazza, de sou côté, croit que l'on obtiendra facilement la guérison, pourvu qu'elle ait été entreprise peu de temps après le mariage, mais que plus tard elle deviendrait impossible. Cette opinion me semble mal fondée. Théoriquement, je ne tiens pas l’inversion sc.xuclle pour incurable, cependant je doute fort que la guérison eu soit aussi facile.