TUDE THÉORIQUE
Pour compléter le chapitre précédent, et jeter une nouvelle lumière sur cette question de l'étiologie, nous allons rappeler ici quelques théories émises par certains observateurs à propos de l’inversion sexuelle. Dans le Banquet de Platon, Aristophane, en se raillant, explique l’inversion sexuelle par le mythe suivant ; au début auraient existé sur la terre trois sexes : le sexe masculin, le sexe féminin et un troisième sexe désigné sous le nom d’homme-femme (androg}'ne). A cette même époque les hommes et les femmes n’étaient pas conformés comme ils le sont aujourd’hui ; ils avaient chacun quatre jambes, deux faces, deux organes génitaux, etc. Lorsque ces hommes se révoltèrent contre les dieux, Jupiter décida de les rendre plus faibles, et pour cela il divisa rh.aque individu en deux parties égales ; un homme fournit deux hommes, une femme donna deux femmes, et chaque nndrogyne fournit un homme et une femme. Jlais alors chaque moitié se mit à la recherche de sa seconde moitié. Les hommes qui autrefois avaient fait partie d’un androgyne, cherchèrent une moitié féminine; d'où l'amour pour la femme Par
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contre les hommes qui faisaient partie d’un ancien homme complet cherchèrent à s'unir aux hommes ; d'où l'amour entre hommes. C'est de cette façon qu'Aristophane prétendait ex~ pliquer l’inversion sexuelle.
Parménide, célèbre philosophe de l'antiquité, aurait aussi essayé, d'après Virey, de donner une explication de l'amour uraniste, dans son livre ntpi 7Ûn«*«. Suivant lui, quand le sperme des parents sc mélange intimement pendant l'acte sexuel, il donne naissance ù des corps normaux. Mais, dans le cas contraire, quand les liquides ne se mélangent pas intimement, il vient au monde des êtres qui plus tard cherchent ce qui leur manque, c'est-à-dire des personnes du même sexe, et c'est ainsi que les hommes efféminés chercheront des hommes etc. (Virey).
A cette occasion, je désire rapporter ici une explication qui m'a été communiquée par un uraniste, homme très distingué d'ailleurs, et qui, d’après lui, serait répandue dans son milieu. D'après cette explication, l’origine de l'inversion sexuelle serait due à l'influence que la femme, pendant la grossesse', exerce sur le fœtus. Voici en quoi consisterait cette influence. Si pendant la grossesse la femme est très excitée et recherche passionnément l'homme, surtout au moment où chez le fœtus se forment les organes génitaux, il peut arriver que le garçon, en venant au monde, ait conservé ce goût pour l'homme.
1 Un malade de V. Kraffl-F.bing a donné une explication analogue ; il préendait que son père avait voulu faire une fille, et que, par suite de ce déair, le fœtus de sexe masculin eut les idées d’une fille et plus tard devint la proie de l'Inversion sexuelle.
On a souvent insisté sur le r<Me des impressions des femmes enceintes sur les dispositions ultérieures de l'enfant. Les faits observés sont assez nombreux, et se trouvent dans les ouvrages suivants : A. Liéhaulty Du sommeil, iS6t>, Paris; Frariéresy Infitiences maternelles, 1802; Zuea#, Traité de l'rt rédilé, Paris, 1850. — Liébault cite les faits suivants : Victor Hugo aurait dit qu’il devait son talent poétique h ce que sa mère avait fai- pendant qu elle
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Ramdohr & essayé aussi d’expliquer les tendances homosexuelles. Mais ses explications sont très embarrassées et ne présentent rien de saillant ni d'original.
A notre époque, Mantegazza a établi une théorie très singulière. Il admet que la perversion de l'instinct génital est provoquée par une anomalie dans le trajet anatomique des nerfs. Ainsi, chez les pédérastes passifs, les nerfs normalement destinés aux organes génitaux se terminent dans la muqueuse rectale et anale, et par suite les sensations voluptueuses ne peuvent être provoquées chez eux que par une excitation du rectum. Cette théorie fut, avec raison, combattue par V. Krafft-Ebing. D'abord elle n’explique, somme toute, que la pédérastie passive, infiniment plus rare que la pédérastie active ; ensuite l’explication qu’elle donne de la pédérastie passive est elle-même peu satisfaisante.
En effet, ce qui excite le pédéraste passif, c’est le membrttm virile ; ejits immissio in rectum lui procure une satisfaction sexuelle. Immissio digitorum tel aliarum rerum ne donne cette satisfaction qu’à la condition que le pédéraste ait devant lui la représentation mentale d’un homme. Cette représentation est la conditio sine qua non de la jouissance, et Mantegazza la néglige complètement. Du reste, si les frictions exercées dans le rectum ‘ provoquent l'orgasme, il est inutile de chercher l’explication de ce phénomène dans une anomalie du trajet nerveux. 11 y a tout d'abord des hommes qui ont des sensations voluptueuses par d’autres excitations des nerfs périphériques : attouchement de la peau du dos, des pieds, du
U portait dans son sein, un long voyage dans des pays exceptionnellement beaux. Le fils de Marie Stuart ne pouvait voir une épée hors de son fourreau sans se trouver mal ; ce phénomène serait dû û ce que BUsio^ l’amant de la reine, fut poignardé sous les yeux de Marie Stuart à une époque où elle était enceinte.
• Un uraniste m’a dit, du reste, que l’immiJSio pro/uuda fiiei/ibri in rec^ tum n'a presque jamais lieu, et que rorifîce anal est à peine dépassé.
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front. Devons-nous aussi admettre dans ce cas que ce sont les nerfs du pénis qui ont leur terminaison sous la peau du front? Le siège de la sensation do volupté, s’il peut être question ici d'une sensation générale, se trouve in membrum du péd raste passif ; seulement il semble que l'acte sexuel no puisse aboutir que par voie réflexe partie du rectum.
Puisque nous reconnaissons comme insuffisante la théorie qui attribue l’inversion sexuelle à une anomalie nerveuse périphérique, nous sommes amené à chercher du côté d'un processus psychique une explication à l’aberration du sens génital. Comme les organes génitaux proprement dits fonctionnent dans ces cas d’une façon normale, il est impossible d’y chercher le siège de la maladie. Ce qui est troublé dans l'inversion de l'instinct génital, c'est l’action de l’esprit sur le sens génital. Or, toutes les représentations mentales qui réveillent l'instinct génital agissent comme e.xcitants des organes génitaux. A l’état normal le sens génital de l’Lomme est excité par la représentation mentale de la femme ; chez l’uraniste, l’excitation est provoquée par l’idée do l’homme. Chez lui l’influence des idées sur le penchant sexuel se trouve: par conséquent, dévoyée. Nous sommes ainsi amené à placer le siège de l'inversion sexuelle à l’endroit où les idées réveillent l’instinct sexuel, c'est-à-dire, d’après les données modernes, dans le système nerveux central et plus partieufièrement dans le cerveau.
Le fait reste le même, que l’idée qui réveille l’instinct sexuel ait son origine dans une perception momentanée des sens, ou quelle provienne d'une évocation mentale, d’un jen de l’ima-
t’iNVKRSION SKXUELVS
gination. Dans les deux cas, le processus a son point de départ dans le cer\’cau, dans l'écorce cérébrale plus particulièrement quand il s'agit d’un état conscient.
Deux auteurs français, Magnan et Gley, se sont engagés, à la suite d'ülrichs, assez loin dans cette voie pour pouvoirpar- 1er de ccr\'cau féminin, à propos d’uranistes ; d’après eux, le cerveau de ces malades, quoique pourvu de tous les attributs du sexe masculin, présenterait des caractères essentiellement féminins, ce qui expliquerait, en même temps que tous les phénomènes de leur effémination, leur inversion sexuelle.
V. Krafft-Ebing, s’appuyant sur une autopsie absolument négative sur ce point, rejette celte théorie.
D’autres autopsies d’uranistes, celle faite par Recklinghausen par exemple, n’ont révélé, dans le cerveau, rien d'anormal qui puisse expliquer l’inversion sexuelle du malade.
Je ne crois pas, pour ma part, que la question relative aux caractères féminins du cerveau chez les uranistes puisse être, à l’heure actuelle, définitivement tranchée
Si nous admettons que la cause de l’inversion sexuelle réside dans le cerveau sans accepter que le cerveau présente dans ces cas le type féminin, il nous faut encore préciser davantage le siège de la maladie, la localiser plus étroitement. Cette question est particulièrement importante quand la modifîcation porte exclusivement sur l’instinct génital et laisse intacts les autres phénomènes. Si je soulève ce point, c’est qu’on commet
< Cotte (piestion est d'aatant plas dil^ciSe K résoudre qne la didérence entre U cerveau de l'homme et celai de la femme n'est pas absolue, mais plutiH relative, en ce sens que nous n'avons sous ce rapport que des moyennes basées sur l'examen d'un grand nombre de cerveaux des deux sexes. D'après (Lehrbaeh der Neurologie), le diamètre antéro-postérieur du cerveau est de 10 mm. environ plus grand chez rbomiue que chez la femme ; suivant BischoR, le cerveau de l'homme pète en moyenne 13<)2 grammes, celui de la femme 1244.
l’inversion sexuelle
souvent des erreurs quand il s’agit de la théorie des localisations cérébrales et que, d'un autre côté, nous possédons déjà quelques notions sur la localisation de l'instinct génital.
Nous ne savons rien de précis sur le siège anatomique de l'inversion sexuelle. Nous pouvons toutefois supposer qu'il existe dans l'écorce cérébrale des cellules ganglionnaires jouant un rôle considérable dans les sensations sexuelles, sans qu'on puisse dire rien de précis sur leur siège. V. Krallt-Ebing croit que la sphère génitale se trouve située dans l'écorce cérébrale, aux environs de la sphère olfactive. D’après Ferrier, le centre olfactif se trouve dans le gyrus uncinatus, d’apiés Zuckerkaude dans la corne d’Ammon ; V. KrafTt-Ebing admet ce voisinage, en se basant sur les rapports étroits qui existent entre le sens olfactif et le sens génital, et que personne ne pourra nier.
V. Krafft-Ebing cite à l’appui de cette hypothèse un travail d' Althaus * qui insiste sur les rapports étroits qui unissent le sens olfactif et le sens génital chez les animaux. Le savant professeur viennois rapporte aussi un grand nombre d’exemples confirmant l’existence des mêmes rapports chez l’homme. Il cite à ce propos l’intluence excitante de certaines fleurs remarquée déjà par Cloquet, puis plusieurs cas d'amour violent chez des hommes qui ont perçu une odeur particulière chez la femme, le cas de Henri IV, roi de France, entre autres *.
« Archiv. f. Psychiatrie* XII* Heft I. AUhans Beitrftge %nr PhTziologie und Pathologie der OKactorins.
* On dit aussi de Henri III* roi de France, qu'il fut pris d'nne passion vio- Ionie pour Marie de Clèvei pour s’étre un jour essayé avec la chemine trempée de 8üL‘ur de celte dame. Nous avons vu plus haut que Henri ül passait avec raison pour uraniste Quand bien même cette histoire d^ Marie de fMèves serait vraie, elle n'inflrmerait en rien les tendances uranit^tes de ce roi, puisque nous savons que des passions passagères pour la femme s'observent chei les homosexuels. Du rosie, je me méfie beaucoup de oes histoires. Ue rapport entre Téolotion d'uue passion violente et le fait de s'ètre essayé
228 l’in\ c-ftifiuM .hXUKLLE
Cependant, je ne crois pas que celle théorie soit fondée, h'abord, nous n’avons pas le droit de conclure du voisinage anatomique des deux centres à leur parenté fonctionnelle ; ensuite, s'il est impossible de nier les rapports entre la perception de certaines odeurs et l’excitation du sens génital, il ne faut pas oublier qu’il existe un grand nombre d’odeurs qui n'ont aucune inüuence sur lui, ce qui conduirait à admettre que c’est seulement le centre de certaines perceptions olfactives, qui se trouverait à côté du centre génital. En troisième lieu, la parenté entre la perception olfactive et l’instinct sexuel n’est pas plus proche que celle de l'instinct sexuel et des autres perceptions externes, telles que les perceptions tactiles ou auditives, etc. L’aspect d’une jolie femme qui nous plaît peut nous exciter au moins aussi fort que l’odeur qui se dégage d’elle ; le contact de ses seins, par exemple, est certainement plus propre à nous exciter que la perception de l’odeur qui se dégage de sa peau. En un mot, nous serions ainsi amené à admettre le voisinage du centre génital avec le centre visuel ou tactile. Or, celle conclusion me parait erroniiée pour les raisons que je viens de donner. Enfin on peut se demander s’il existe réellement un centre autonome pour les perceptions sexuelles ou si celles-ci siègent dans des zones nombreuses disséminées sur toute la surface de l’écorce cérébrale.
.le suis donc d'avis qu’à l’heure actuelle la localisation ' de
U flgure avec une chemisa couverte de sueur a pu fort bien être inventé apr^8 coup. 11 sufût de considérer les fantaisies qu'on rencontre chez les hommes, dans tout ce qui se rapporte à ramour, pour comprendre avec quelle facilité on commet des erreurs, surtout quand il s'agit d'un phénomène' extraordinaire comme celui de la passion subite de Henri 111, par eaemple. Je ne serais pas éloigné de croire que cette histoire u été inventée de toutes pièces pour cacher autant que possible tes tendances uranistes de Henri lll.
* U n'y a pas lieu de s’étonner de ce que Qall, Spurzheim et un grand nomte de leurs élèves aient cherché è préciser d'une façon nette le siège céré-
-Digitizcc i->C-»OOgIc
L INVERSION SEXUELLE
l’inversion sexuelle est encore aussi diflicile à éliiblir que celle de l'instinct hétérosexuel.
Une théorie très particulière est celle do G. Jœger*. Elle correspond en tous points à l'idée que se fait cet auteur du sens olfactif et de son importance.
Pour l'uraniste, toute la femme, la poitrine et le tronc en particulier, dégagent une odeur antipatliiquc, de sorte qu’il lui est impossible de trouver auprès d'elle la satisfaction de son sens génital. Par contre, les éléments psychiques des homosexuels sont en harmonie avec ceux d’autres hommes. Cette théorie de Joeger est fondée sur ce fait très réel, que l’odeur de la femme a quelque chose qui répugne à l’uraniste. Seulement Jœger a oublié de démontrer que le penchant sexuel était provoqué parle sens olfactif seul. Or, nous avons vu plus haut que le sens génital avait également des rapports avec d’autres sens, ceux de la vue ou de l’ouïe, par exemple.
V. Krafft-Ebing a essayé d’expliquer l’inversion sexuelle en partant de données étiologiques. 11 admet que l’inversion sexuelle congénitale se transmet par voie d’hérédité. La distinction rigoureuse qu’il établit entre l’inversion sexuelle
bral de rînstinct eeiuel. lis le plaçaient dans le cervelet et admettaient qu'oa pouvait juger de la puissance du sens génésique d'après les diinonsions du cervelet des individus, prises par rapport k la distance des deux apophyses mastoldes. Pour Spurzheim il nVlatt pas de localisation qui pût se dèter« miner avec plus de précisiou que celle de Pinstinct de la reproduction. Oeorge Combe (A System of Phrenology) a placé le siège do Pinstincl sexuel au milieu du cervelet, sans toutefois a{>porter la moindre preuve k l'appui. Spui*zheim conseillait aux gens ayent le cervelet très développé de ae pal oboisir un état comportant le célibat, t O. JoBger. Ëntdeckung der Seele, III Aufl. I Bd. Leipzig, 18S4.
l'inversion sexuelle
acquise et Tiaversion congéaitale ne lue parait pas indispensable pour confirmer la théorie. Je pense que le penchant morbide pour les individus du même sexe avait peutêtre été acquis par un ascendant, et s'est tnutsinis ensuite aux descendants chez lesquels on le retrouve à l'état congénital. L'inversion sexuelle se rencontrant en effet chez des individus qui sont loin d'ètre impuissants, la théorie de V. KralTt-Ehing mérite d'ètre prise en considération. Elle est naturellement basée sur les idées de Darwin qui, autant que
sache, ne parle nulle part, dans ses oeuvres, d'inversion sexuelle ou de phénomènes analogues. L'hypothèse de V. Krafft-Ebing n'en est pas moins d'accord avec les théories de Darwin c Je connais, dit Darwin, des cas authentiques de propension au vol et au mensonge, dans des familles même très haut placées. Le vol est un délit assez rare dans les classes aisées, nous ne pouvons, dès lors, considérer comme une simple coïncidence l'existence de cette tendance chez deux ou trois membres de la même famille ». Il est certain qu'on peut faire le même raisonnement au sujet de l’inversion sexuelle.
Certaines observations peuvent servir de preuve à l’appui de la théorie de V, Krafft-Ebing. Cet auteur rapporte, par exemple, l'histoire d'un jeune homme atteint d'inversion sexuelle, qui soutenait que son père était uraniste comme lui. Un autre malade avait dit à V. Krafft-Ebing que son père avait eu un goût très prononcé pour les domestiques beaux et bien faits.
Monsieur N. N., dont il a été question dans la préface, m’écrit ce qui suit : c J'ai pris dans la bibliothèque de feu mon père un grand nombre de livres. Mon père avait l'habilude de faire en marge des pages des remarques, et celles-ci, —
Cb. Darwia. Oie .^Vbslammung; des M«ascbeo uod die geschlechÜiolM Ziichtwahl ; trad. do l'anglais par J. V. Carua, III Autl, Stuttgart, 1875, I Bd. S.
l’invbrsion sexuellk
j’en fus vivement frappé, — se rapportaient presque toujours à des passages où il était question d'inversion sexuelle. Mon père a eu cinq enfants en peu de temps ; il n’était donc pas impuissant, et je ne prétends pas soutenir qu’il fût atteint d'inversion sexuelle. Mais je soupçonne fort un de mes proches parents d’avoir été atteint de cette maladie, et c’est là, je pense, la raison pour laquelle mon père s’intéressait tant à celte question.
Les cas rapportés par Lucas ' présentent un intérêt tout particulier : il y est question de l'hérédité dans la pédérastie. Un cuisinier, homme très habile dans son métier, avait pour la femme une passion poussée jusqu’au délire, et en même temps un penchant pour la pédérastie ; son fils naturel, qui vivait loin de son père et ne le connaissait pas, présentait la même passion pour les deux sexes.
Disons enfin que la maladie des Scythes passait, d’après Hérodote, pour héréditaire.
D’autres preuves, venant à l’appui du rôle de l’hérédité dans l’inversion sexuelle, sont fournies par l’existence de cette maladie chez des parents consanguins, ou son développement siiiiuitané chez deux frères. Je connais deux frères atteints d'inversion sexuelle ; un autre cas analogue m’a été communiqué par une personne digne de foi.
Deux autres uranistes ont chacun un frère présentant une anesthésie sexuelle complète. Parfois, on trouve aussi, chez les soeurs de ces malades, une indifférence et une froideur singulières vis-à-vis des hommages des hommes. Dans un cas de V. Krafft-Kbing, la sœur du malade n’éprouvait aucun penchant pour les hommes cl était, par cunli'e, amoureuse de quelques-unes do ses amies.
On connaît également des cas où d’autres perversions
* P. £ucas. Traité pbysiologiqua et philosophiqua de l'hérédité oaturelle* Paris, lî'ôO
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sexuelles morbides existaient chez plusieurs membres de la meme famille. Le sadiste dont j'ai communiqué l'histoire à V. Krairi-l'.bing qui la publia, avait un frère qui présentait très nettement les mêmes tendances sadistes. Tandis que l'un aimait à battre la femme jusqu'à la faire crier de douleur, le second avait pour passion d'éjaculer sur la figure de la femme, et il éprouvait un vif sentiment de satisfaction lorsque cet acte la faisait pleurer. V. KralTl-Ebing possède aussi un cas de transmission héréditaire des tendances sadistes. Le malade en question est pris d'excitation génitale quand il voit tuer des poules ; son père avait la singulière passion de serrer violemment avec des cordes les mains de jeunes femmes ou de jeunes filles'.
Ribot qui attribue une si grande importance à l'hérédité, insiste sur la transmission héréditaire des anomalies sexuelles et en cite un grand nombre d'exemples, entre autres celui du pape Alexandre VI * et de ses enfants.
Après cette étude des théories relatives à l'influence de l'hérédité, il me reste à dire quelques mots d'une théorie opposée, celle de Schopenhauer dont il a déjà été question dans la partie historique. Pour cet auteur, l'uranisme, comme tout autre phénomène de la nature, a un but déterminé. Cette opinion fut, avec raison, combattue dans un travail *
* Dans la seconde édit, de ses « Neue ForscUungen > V. Ki*afft*Ebing rapporte l*iiisloire d'un l'élichiste de la bottine dont le frt>re et un autre parent présentaient la meme perversion sexuelle. Je connais moi-même un cas de fëticbiiuie de la bottine, et j*ai tout lieu de croire que le même phénomène morbide existe aussi chez les frères de mon malade.
> Ta. Ribot. Die Brblichkeit, trad. en allemand par O. Hotzen. Leipzig, 1S7Ô.
* Le pape s'appelait Roderigo Dorgia et descendait, par sa mère, de la cé* lèbre famille des Borgia dont il prit plus tard le nom. Comme cardinal et pape, Alexandre fut célèbre par sa vie débauchée; de ses entants les plus connus sont César et Lucrèce fiorgia.
* Psyché. Zeitsch. f. die Kennlnisse des menschl. Seelen-und Geistesleben, TOD L. Noack Ht Band. Leipzig, 1860. Le chapitre consacré à cette question
l'inversion sexuelle
consacré à l'élude critique des œuvres de Schopenhauer. L'exislence de l’amour homosexuel à toutes les époques est, pour Schopenhauer, la preuve que ce phénomène découle de la nature humaine. Il cite ensuite l'opinion d'Aristote pour qui les hommes, passé l’àge de cinquante ans, ne peuvent procréer que des enfants faibles et renoncent, de ce fait, à la reproduction.
.\fin d'aider à la conservation de l'espèce et d’empêcher la procréation d’individus misérables, le penchant hétéro sexuel se transforme à cet ége, d’après Schopenhauer, en penchant homosexuel. Dans celle théorie, un premier point est tout d’abord faux, c’est que les hommes de cinquante ans ne puissent plus produire d’enfants vigoureux. Mais l’erreur principale réside dans celle hypothèse do l'ajiparitlon constante des tendances homosexuelles chez les vieillards. Nous avons vu, en effet, que ces tendances, lorsqu'elles existent chez les vieillards, datent déjà de l’enfance. Puis, quand elles apparaissent vers cinquante ans ou plus tard, leur existence, loin d’être normale, doit être considérée plutôt comme le signe d’une affection cérébrale qui débute.
Le point de départ de la théorie émise dernièrement par Gyurkovechky est aussi faux que celui de l’iiypotbèsc do Schopenhauer. Gyurkovechky admet que, dans des conditions physiologiques normales, le goût disparaît lorsqu’on avance en âge. L’homme devient alors moins délicat et il peut avoir des rapports avec des personnes qu’il n’aurait pas voulu approcher auparavant. Cet abaissement, cette disparition physiologique du goût, préparent, pour cet auteur, le terrain sur lequel pourra se développer peu à peu l'inversion sexuelle. Dans ce groupe Gyukovccky place les iu-
est intitulé :« Die Ueister Weibefeind und Krauenlob. » Le toa de l'on* vrage, qui va Jusqu'à accuser Schopeahauer de pédéruslie, est des plus blâmables, malgré les idées très justes développées par l’auteur.
l'inversion sexuelle
dlvidus qui, après avoir mené une existence normale pendant de longues années, deviennent sur le tard des pédérastes, des exhibitionnistes, etc.
A la suite do toutes ces considérations, je désire exposer d'une façon très générale comment je m'explique théoriquement l'inversion sexuelle. La plupart des théories ont le défaut de ne pas envisager l’analogie qui existe entre l’instinct sexuel et les autres fonctions.
Pour comprendre le penchant homosexuel, il faut considérer l’instinct génital non pas comme un phénomène à part parmi les autres fonctions, mais bien plutôt comme une fonction psychique. En fout cas, les moditications morbides de l'instinct génital nous paraîtront moins incompréhensibles, si nous admettons que presque toutes les autres fonc tiens psychiques ou physiques peuvent être susceptibles de modifications analogues. Si, dans l'espèce, les anomalies nous frappent si fort, c'est que, chez la plupart des individus possédant les attributs du sexe masculin >, il existe un penchant sexuel pour la reininc. Mais il ne faut pas se laisser induire en erreur par la fréquence et la régularité avec lesquelles s'observe ce phénomène. Au point de vue téléologique, c’està-dire au point de vue de la reproduction de l'espèce, nous devons considérer comme naturel le penchant que l'homme
1 Partes genita1«8, aÎTe testes hominibas et femtnis utérus, propenaionrm ad Tenerem excitare oequeunt. Nam in pueris veneris tttimulus seininis aecretinni sæpe antecedit. Plures ennuehi, quamquaru teslibiM privati, hane inclinationem consorvant. Sont ettaoi fœminæ qu;e, aiue utero natœ, buoe •limulooi maniiestant (Spurzheim).
l'inversion sexuelle
normal éprouve pour la femme ; il n’en reste pas moins vrai que, dans certaines conditions pathologiques, les organes ne remplissent pas le but qui leur est assigné. Les dents sont destinées à broyer les aliments et pourtant il y a des hommes qui n'ont pas de dents ou qui en ont très peu. Le foie a pour fonction de sécréter de la bile qui est déversée dans l'intestin, mais dans certaines ailections du foie ou des voies biliaires la bile n’est )>as sécrétée et n’arrive pas dans l’intestin.
La faim a pour but de rappeler à l’organisme qu’il lui faut des aliments. On trouve pourtant des états pathologiques où la sensation de faim fait défaut, bien que l'estomac reste normal. Il en est de même de l’absence du penchant sexuel pour la femme chez l’homme possédant des organes génitaux normaux. Ainsi que nous l’avons dit, nous ne pouvons guère établir un rapport entre les organes génitaux de l’homme et son penchant pour la femme qu’au point de vue téléologique. Autrement, on ne voit pas pour quelle raison l’homme se sentirait poussé vers un rapprochement avec la femme, puisque l’éjaculation du sperme peut être obtenue de tout autre façon. Il serait plutôt étonnant que l’instinct génital ne présentât pas les mêmes anomalies morbides que les autres fonctions du corps et de l’àme. Ni son importance particulière ni son rôle social ne doivent nous faire considérer l’instinct sexuel comme un phénomène à part.
Si les phénomènes d’inversion sexuelle nous paraissent frappants entre tous, c’est qu’au point do vue social peu de troubles psychiques jouent un rôle aussi important que les aberrations de l’instinct génital. Cet instinct, dans tous les pa3's civilisés, est resté caché comme derrière un voile. L’espèce de mystère qui l’entoure est cause de l'impression toute spéciale que produisent sur nous les anomalies en question, lorsqu’elles surgissent au grand jour. Ceci s’explique encore et surtout par ce fait que l’instinct sexuel est une fonction
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psychique qui exige le concours d'un autre individu et acquiert ainsi une importance sociale particulière. Mais, au point de vue physiologique, les anomalies de l'instinct génital ne diffèrent en rien des anomalies de la fonction de nutrition. Si, au point de vue social, on n'attribue pas une grande importance à ces dernières anomalies, c'est que l'accomplissement régulier de la fonction n'exige pas, dans c* cas, le concours d’un autre individu.
.\p rès toutes ces considérations, il est inutile d'entrer dans .l’étude théorique détaillée de certaines autres manifestations, bien que l’inversion sexuelle, d’après W’estphal, ne reste pas strictement limitée à la sphère génitale. Les phénomènes d’effémination sont également très importants. Je dirai seulement que l'ciïémination peut être envisagée de deux façons : ou bien les fonctions psychiques d'un individu se modiGent par suite d’un penchant homosexuel, ou bien l'efTémination est congénitale au même titre que l'inversion sexuelle ellemême. Si nous considérons l'elTéinination comme secondaire, nous trouverons une certaine analogie, dans cette hypothèse, avec ce qui se passe consécutivement à la castration ; ici, à la suite d'une mutilation locale, le sens génital s'éteint et les phénomènes d'elTémination, la voix de femme, etc., apparaissent un certain temps après l'opératiout
DIAONjSTIC
Le diagnostic Je l'inversion sexuelle peut présenter des difficultés de toute nature, si simple qu’il paraisse au premier abord. Une première cause d’erreur réside dans ce fait qu’il est trèsdiflieile d’obtenir des confidences sincères et complètes de la part du malade. Nombre de gens considèrent encore la blennorrhagie ou la sj-philis comme une tare et redoutent à ce titre d’en faire l’aveu ; il est certainement encore plus difficile d’obtenir des malades l’aveu de la masturbation, par exemple, et bien moins encore de l’inversion sexuelle qui, tout-à-fait indépendante lie la volonté, ne peut cependant être considérée comme un vice. C'est par un sentiment de fausse honte que le malade s’efforce do cacher sa vie sexuelle et d’en avouer le moins possible les particularités. Aussi me suis-je fait une règle d’interroger en détail tous les malades chez lesquels je soupçonne une anomalie de la vie génitale. Un grand nombre de ces malades continuent néanmoins à cacher la vérité et à répondre négativement aux questions qui leur sont posées. S'ils avouent leur impuissance en présence de la femme, ils se gardent de dire que la cause, — comme c’est souvent le cas, — en est l'inversion sexuelle. Qu'ils soient retenus par
L INVKnSION SEXL'EIXE
un sentiment de fausse pudeur ou qu'ils veuillent se tromper eux-mèmes sur la gravité de leur état, ou bien encore que les questions soient mal posées pur le médecin, ce sont là autant de raisons pour que les malades gardent le silence sur leur vie sexuelle. A toutes ces raisons il faut ajouter encore celleci : c'est le peu ' de confiance que le malade a dans la discrétion du médecin, lorsqu’il s’agit d’une question d’ordre aussi intime.
La plupart des uranistes sont du reste d’avis qu’il n’y a rien à faire contre leur anomalie sexuelle, et ils croient inutile do consulter le médecin.
11 existe pourtant des moyens qui permettent au médecin d’élucider le point qui l’intéresse. Pour faire disparaître ce sentiment de fausse honte, il peut commencer par assurer que le phénomène en question est morbide, qu’il peut se présenter chez tout le monde, qu’il est absurde de rendre un homme responsable d'une maladie. Mais le moyen le plus sûr pour empêcher le malade de s’illusionner sur sa situation, c’est de poser des questions nettes et précises. Il est bon aussi, pour faciliter les aveux du malade, de lui citer quelques exemples de perversion sexuelle. Dans les cas d’inversion sexuelle très manifeste, le malade ne peut guère se tromper si on lui demande par exemple : « Sentez-vous ou avez-vous jamais senti un penchant pour l'homme ? » ou bien encore : « Le penchant que vous avez pour l'homme est-il plus grand que celui que vous éprouvez pour la femme?» Souvent le médecin obtiendra ainsi des réponses qui lui révéleront l'existence d’une aberration du sens génital. Le médecin qui voit beaucoup de malades sera surpris d’obtenir une réponse nette à des questions précises, tandis que par des questions générales
* D'après certains uranistes, c'est U cause pHncipale et beaucoup crai* gnt'nt de voir rindiscrélioii du médecin amener des poursuites judiciaires Westplial était aussi de cet avis.
l’invebsion sexuelle 239
il n'avait réussi à provoquer chez les mêmes personnes aucun aveu.
Un autre moyen d’arriver à connaître la vérité consiste à interroger les malades sur leurs rêves. Un fait très important, qui ressort de la lecture de la plupart des observations, c’est que les rêves érotiques portent sur le même sujet que l’instinct sexuel à l’état de veille. Un homme atteint d’inversion sexuelle rêve à des hommes et ces rêves s'accompagnent chez lui de pollutions nocturnes. Le fétichiste rêve aux objets qu’il adore à l’état de veille. Il existe toutefois des exceptions à cette règle. Un uraniste pour qui, à l'état de veille, la femme n’avait aucun attrait, eut, à plusieurs reprises, des pollutions en rêvant à un acte sexuel accompli avec une femme. Mais dans la plupart des cas ses rêves portaient sur des actes sexuels accomplis avec des hommes.
A part ces exceptions ‘, il est aujourd’hui établi que les individus atteints de perversion sexuelle ont des rêves en rapport avec leurs dispositions morbides. On comprend alors qu’en interrogeant le malade sur ses rêves, on puisse obtenir des renseignements très précieux, d’autant plus que les malades seront moins gênés d'avouer leurs rêves que les faits se rapportant à la réalité de leur vie sexuelle. Il me parait donc indiqué de commencer l’interrogatoire par des questions relatives aux rêves, puis de passer à celles qui concernent la vie sexuelle réelle de l’individu. Quelles que soient les questions adressées au malade, le médecin ne doit pas se contenter de réponses générales ou manquant de précision, qui pourraient le faire passer à côté de la vérité.
< 11 arrive souvent que lorsque, par suite d*un traitement psychique ra* tionnel, la perversion n'existe plus chex le malade à Têtatcle veille, les rêves érotiques continuent à porter sur des hommes. Par contre, le D*" Max Cb. Dessoir m‘a cité un cas dans lequel un individu, qui plus lard présenta de 1a perversion sexuelle, rêvait toujours à des femmes.
L I.NVICnsilUN 8EXI'|:LI.E
L’expélience joue, à cel égard, un rôle considérable, et un observateur expérimenté peut faire le diagnostic en toute certitude sans soumettre le malade à un interrogatoire très détaillé. Dans certains cas, nous l’avons déjà dit, il est facile de reconnaître un uraniste, mais d’autres fois, loin de se faire instantanément, le diagnostic exige une observation assez longue. Les uranistes qui prétendent se reconnaître à première vue croient que c’est là une particularité, une sorte de sympathie indépendante de nos organes des sens ; mais ce fait est faux et cette reconnaissance instantanée n’est qu’une légende qui a cours dans les milieux uranistes.
11 n’en est pas moins vrai qu’il existe certains signes grâce auxquels on peut reconnaître, presqu’à coup sur, qu’on se trouve en présence d’un uraniste sans le soumettre à un interrogatoire détaillé. Les anciens n’ignoraient pas l’existence chez les uranistes de ces signes extérieurs, et chez .Vristote, l'olémon, Lucain et Aristophane, on trouve des passages ' relatifs à leur démarche, leur voix, leur regard. J’ai déjà parlé, dans le chapitre 111, de l’importance de ces symptômes en général et en particulier, de l’attitude et des mouvements de l’uraniste.
Pour reconnaître l’uraniste, il faut une certaine habitude, que des individus normaux, ayant eu affaire à des uranistes, peuvent acquérir assez facilement. Les employés et les agents de la police m’ont déclaré reconnaître à première vue les uranistes et se tromper rarement.
J’ai déjà étudié le regard de l’uraniste, qui selon eux joue un si grand rôle pour se reconnaître mutuellement, et j’ai montré qu’il ne présentait rien de mystérieux.
Il faut par conséquent accepter avec la plus grande réserve l'assertion des uranistes qui aflirment se reconnaître à pre-
< V. Caspei'-Liaun, Ilandbuch d. gericbtlicti. Med. VU Aufl. Berlia, 1881. Bd. I, S. 16ï.
l’invehsion sexuelle
mière vue. Cette prétention de se reconnaitre dans tous les pa)'s du monde, à la ville et à la campagne, ne me parait pas fondée *.
Je connais deux uranistes berlinois qui, séparément, se sont ouverts à moi ; ils avaient vécu longtemps ensemble dans le même milieu, et aucun d’eux ne soupçonnait que l’autre fût un uraniste. Tous les deux m'ont pourtant affirmé savoir reconnaître les uranistes avec une certitude mathématique et à première vue. On ne saurait donc trop se mettre en garde contre ces diagnostics si rapides. On m’a cité, en effet, le cas d’un jeune homme de 20 ans, très efféminé, qui, au point de vue sexuel, est absolument normal. Je ne connais pas ce cas dans ses détails, mais ce qu’on m'a raconté de cet homme prouve d'une façon certaine qu’il possède un sens génital normal ; pourtant il passe pour uraniste, car chez lui l’ellémination est extrême et toutes ses attitudes, tous ses mouvements des mains, du corps, do la tôle, rappellent la femme*.
Si l’on veut faire le diagnostic de l'inversion sexuelle par l’étude des mouvements, il faut choisir le moment où l’individu se laisse aller, où il ne se sache pas ob.servé. Un des si-
1 Dans une autobiographie bien connue d'un uraniste, publiée par Casper. Turaniste dit ceci : « nature prévoyante nous a heureusement donné uo instinct particulier qui nous réunit dans une sorte de confraternité ; nouf nous retrouvons dé suite ; il suflU h peine d’un regard rapide comme un^ commotion électrique, et qui ne m'a jamais trompé.... Sur le Righi, à Palerme, au Louvre, en Écosse, h Saint-Pétersbourg et même à Barcelone, i'ai trouvé des gens que je ne connais^is pas et qui un«< seconde après étaient liés à moi comme moi à eux ». On dit également d'autres perversions sexuelles que les individus qui en sont atteints se reconnaissent très rapidement. C'est le cas de l'individu à tendances hétérosexuelles qui pratiquait le « coït idéal ». V. Krafft-Ebing «le aussi le cas d'un fétichiste qui s’attribuait égalcmefil cette faculté.
* Ce degré d’edémination peut se rencontrer cher. d<-s hommes normaux à penchant hétérosexuel. Il existe des individus qui facientes coïium .fuccum~ bere colunt dum /emina superincumbU UlricUs a même pubUé le cas in* téressant d'un individu de ce genre qui ne trouvait de s&tis action qo'aprè^ un semblant de viol que lui faJeait aubir U femme
L INVERSION SENfEELE
gnes les plus importants est celui qui me fut indiqué pal Monsieur A'. N. : quand l’uraniste ne se croit pas observé, il regarde de préférence i/i eam dircLtionon ubi mcmbrum virile fil, prieserlim ciiin vestes soltim nic/iibriiin non /onnam mcmb-i obtegunt. X.M. attribue à ce geste spécial une iniportince toute particulière.
Il existe du reste des uranistes, peu nombreux à la vérité, (jui avouent n’avoir jamais été reconnus par d’autres uranistes et ne pouvoir les reconnaître à première vue.
D’autres, par contre, affirment qu’ils savent reconnaîtra l’uraniste au simple examen de sa photographie. J’ai fait, à ce sujet, une série d’expériences avec des photographies que je montrais à des uranistes. Les résultats furent très contradictoires ; pourtant les photographies de deux grands hommes, universellement connus, furent indiquées par presque tous les uranistes comme représentant des uranistes.
J’ai pu observer que les uranistes considèrent comme étant des leurs les hommes qui, sur leurs photographies, ont le regard fortement oblique. J’attribue ce fait à ce que les uranistes considèrent comme homosexuels les individus qui, en les croisant dans la rue, leur jettent un regard oblique. *
Je crois devoir insister maintenant sur la fréquence des erreurs dans le diagnostic do l’inversion sexuelle. Dans un cas de, gonorrhée chez un homosexuel, W’estphal crut devoir rejeter, et à fort, tout soupçon d’uranisme. La gonorrhée s’observe en cITet chez les uranistes, et j’ai vu cette affection chez un individuqui avait exclusivement des rapports avec, des luirnni Cet indiv'du entretenait des rapports avec un homme qui
l'lnvebsion sexuelle
avait été infecté lui-mètne par un autre. Il fut contaminé à son tour, membrum suum ponens jiixla memhrum alleriiix. De plus, l'infection peut se produire très facilement chez les hermaphrodites psycho-sexuels qui de temps en temps ont des rapports avec la femme. Les hommes mariés, et même ceux qui ont des enfants, peuvent néanmoins présenter de l’inversion sexuelle. Tout d'abord on peut se trouver en présence d'hermaphrodites psycho-sexuels ; d'autre part, l'érection et l'éjaculation dans le vagin de la femme peut être obtenue par certains artifices, la représentation mentale de l'homme par exemple. Je crois donc qn'il est possible aux uranistes d'avoir des enhmts et que les soupçons portés sur l'infidélité de leur fenuno ne sont pas toujours fondés. Il exista même des uranistes qui pensent pouvoir se débarrasser de leur passion par l’amour des enfants et qui font tous teon efforts pour y parvenir. La paimlia caemndà et fenerandi doit être rigoureusement ddléreaciée de l’instinct génital normal. Pour admettre un instinct génital normal, il ne suffit pas que l'individu puisse pratiquer le coït ; il faut encore qu'il éprouve uu penchant pour cet acte sexnri. Quand un individu atteint d'inversion sexuelle arrive à pratiquer le eoirt avec la femme, il n'est pas encore pour cela guéri de sa maladie, comme le croient ua grand nombre de médecins.
V. Kralll-Rbing insiste sur les difficultés que peut présenter le diagnostic de l’hermaphrodisme psychique qu’on confond souvent avec l'inversion sexuelle acquise dans laquelle il peut [)ftrsister des traces de l’ancien instinct sexuel normal. Non seulement j’admets ces difficultés, mais je crois mémo
244 l'inversion sexuelle
que dans l'inversion acquise il s’agit d'hermaphrodisme psycho-sexuel et que c’est seulement au point de vue théorique et au point de vue clinique qu’il est important de dillérencier les deux formes. Quelquefois celle différenciation pourra présenter des difficultés d’autant plus considérables que, dans un grand nombre de cas décrits sous le nom d’inversion acquise, avec conservation de traces de penchant hétérosexuel, l'origine de la perversion peut être suivie, en remontant jusqu’aux années d’enfance. On devra toutefois essayer toujours de faire le diagnostic dilTcrentiel de l’hermaphrodisme congénital et de l’hermaphrodisme acquis. V. Krafit-Ebing insiste également sur la nécessité d’un diagnostic différentiel de l’inversion sexuelle congénitale et de l’inversion acquise. Ce diagnostic est basé sur la présence ou l’absence du penchant hétérosexuel avant l’apparition de l’inversion du sens génital.
Il est inutile d’insister sur le diagnostic différentiel de l’inversion sexuelle eide certaines autres affections qui, du reste, peuvent difficilement être confondues avec celle-ci. Je veux citer à ce propos un cas qui m’est connu. Il s’agit d’un homme qui est souvent très excité par la vue de garçons de 10 à 12 ans ; il a des érections, mais il lui est absolument impossible d’avoir des rapports sexuels avec des hommes. Le malade en question pense que l’excitation est provoquée chez lui par les traits féminins des garçons qui, par une association d'idéc.s, lui rappellent la femme. Dans ces conditions, le cas doit être considéré comme se rapportant à une hyperesthésie du sens génital, mais nullement à l’inversion sexuelle
• V, Kraflil-Ebing. arec Emminghaus, fait rentrer dans l'h^perefithésie mor« bide tous les cas dans lesquels se uianiTeste une excitation génitale à l’aspect de personnes ou d obiels inUidéronls au point de vue sexuel. Otle opinion est tr^.sjuste, seulement l'excitation doit avoir pour but raccomplissement du coU normal, car autrement il s'agirait d’une perversion, c'esl-à*dire d’une affection noa>st:uleiuenl quantitative, mais aussi qualitative, de l'instinct sexuel.
L INVEHSION SEXUELLE
L’inversion sexuelle doit aussi être rigoureusement séparée des afTections psychiques’ dans lesquelles un aliéné croit être une femme, s’habille en femme, et veut avoir des rapports avec des hommes.
* La seconde édition de « Neue Forsebungen » de V. RrafTl-Ebin^ a para lorsque mon livre était déjà sou« presse. Le savant pi*ofe.«seur viennois étudie en détail la question des métamorphoses génitales et indique les formes de transition entre l’inversion sexuelle simple et ces troubles mentaux. Peutêtre pourrait on comparer ces laits aux hallucinations et aux obsessions; ces dernières comportant la conscience de leur nature morbide, ou en tout cas le désir de les voir disparaître, tandis que la conscience de la nature mo» bide des hallucinations fait délaut. De même nous voyons dans maints cas d’inversion sexuelle persister l’envie de guérir, car le penchant est reconnu par le malade, sinon comme morbide, du moins comme anormal ; au contraire, les métamorphoses génitales sont une forme particulière de paranoïa, et forcément inconscientes. Dans son livre V. Krafft Ebing cite une obser« vation (16* obs.) qui, pour lui, constitue un type de transition entre les deux formes précédentes. 11 s’agit d'un médecin qui, toutes les 4 semaines, éprouve pendant 5 jours tous les phénomènes psychiques et physiques des règles, saut l'hémorrhagie ; il a le sentiment de posséder des organes génitaux féminins. V. KraffUEbing désigne les cas de ce genre sous le nom dVcn'aü'o, et sous celui de defeminatio le processus analogue observé chez la lemine. Quand le phénomène en question s’accuse davantage chez l'homme, celui-ci arrive à croire qu’il est devenu une femme, et nous avons alors affaire à une forme de paranoïa, à la transmutatio aexus paranofea. L*observation IS de V. Krafft-Ebing, dans laquelle le malade proteste quand on l'appelle « monsieur >, en disant qu'il est une femme, etc., nous donne un exemple de cette forme. L’observation iü est analogue : il s'agit d’un homme qui croit être la comtesse V. A l’autopsie de cet individu, Scbüle ne trouva, à l’examen microscopique, aucune modilication caractéristique du cerveau D’autres observations du même genre ont été recueillies par Arndt, Sérieux et Esquirol. Un fait analogue est relaté par Blurnenstoch dans l'article c luversion sexuelle » de la Kealencyclopédio d’Rulenburg : ils’agild’un homme qui, quelques années auparavant, avait voulu fonder une religion en Gallicle, •t qui était persuadé qu'il accoucherait de deux jumeaux. A l’occasion de ces faits, V. Kraffl-Kbiog étudie la folie dite des Scythes, considérée à tort par Marandon comme une forme de loli.^ (paranoïa) et qui, pour lui, n'est autre chose que l'effémicslion.
24C . l.'l.N’VCRSION 8EXUELLB
La question de savoir si l'inversion sexuelle est ou n’esi pas un pliüiioinéne morbide est plus facile à élucider lorsqu'on se reporte aux cas d'inversion sexuelle pure, avec absence de tout penchant pour la femme. Nous devons nous demander alors si l'absence de tout désir sexuel de la femme est un phénomène pathologique.
lluinmond pense qu'il existe très certainement des hommes normaux qui n'ont jamais eu de désirs sexuels. Cette alllrmalion est un peu personnelle et arbitraire, en ce sens qu'on peut aussi soutenir qu’une personne qui n'a jamais éprouvé de désirs sexuels est loin d'être normale. Je crois en effet que la notion de santé, d'état normal, implique l'existence des facteurs [>sychiques et physiques nécessaires à la conservation de l'individu et de l'espèce. Nous ne considérons certainement pas comme bien portantes les personnes dont les fonctions physiques et psychiques sont insuffisantes pour renlretien de la vie. Quand une personne no peut plus prendre d’aliments, c’est là un phénomène qui nous apparaît comme morbide, pour la raison bien simple que les fonctions de nutrition sont nécessaires à la conservation de l’individu.
En admettant avec Lauer ' que le rôle de l'individu en bonne santé est de perpétuer l’espèce, pendant la durée de sa vie, nous devons considérer comme malade tout homme qui est incapable de contribuer à la propagation de l'espèce. L'impuissance suffirait déjà à elle seule pour faire classer l'individu dans un groupe pathologique, pourvu, bien entendu, qu'il soit d’un âge où la reproduction est normalement possible.
D’après cola, nous ne pourrions donc pas qualifier de morbide l'absence du penchant sexuel normal, puisque, en son absence, la reproduction est encore possible. II arrive en effet que les uranistes qui ont un penchant exclusif pour l'honune
* O. A. Lauer. Oesiindheit, Krankheit, Tod. Berlin, .865.
L’iNVEnslON SEXUELLE
entretiennent néanmoins des rapports avec des femmes et pratiquent le coït normal, soit pour des raisons d'ordre social, soit dans le but d’avoir des enfants. Nous devons cependant considérer comme morbide l'absence de désirs hétérosexuels, même lorsque la possibilité de pratiquer le coït normal subsiste.
Cherchons à élucider ce point par une analogie, car c'est ainsi que nous arriverons à bien établir ce que nous entendons par les termes de « sain » et de < morbide ».
Nous avons déjà dit plus haut que la conservation de l'espèce est pour nous une fonction de l’individu sain au même titre que sa propre conservation. En suivant cet ordre d'idées, noms voyons que l’apport à l'organisme des substances nutritives est nécessaire à la conservation de l’ètre et que le besoin de l’alimentation se manifeste chez lui sous forme d’un phénomène physiologique qui est l’appétit. Quand l'appétit fait entièrement défaut, il s’agit déjà d'un phénomène morbide, que l’organisme reçoive on non la quantité d'aliments qui lui est nécessaire.
£n poursuivant plus loin cette analogie entre Tappétitet les désirs sexuels, nous trouvons que l'existence du penchant sexuel est une condition essentielle pour permettre de dire d'un individu qu’il est normal, bien portant, et nous sommes aixkoné à considérer comme pathologiques les cas dans lesquels ce penchant fait défaut. Le fait morbide n'en subsiste pas moins, quand le penchant sexuel normal se trouve ou non remplacé par un penchant homosexuel. Toirtes ces considérations sur la possibilité d’accomplir le coït en l’absence de désirs bétérose.xuels n'ont rien à voir avec les cas d'inversion sexuelle où l'impossibilité du coït est la conséquence de l'horreur de la femme. 11 s’agit alors très manifestement d'impuissance morbide.
Il existerait en apparence une raison qui permettrait de
248 l'inversion sexuelle
ne pas considérer l’inversion sexuelle comme morbide. On sait qu’un grand nombre d’uranistes éprouvent, pendant l’accomplissement de l’acto homosexuel, le même bien-être que les hommes normaux pendant le coït. Par contre, quand l’uranisle, pour arriver à pratiquer le coït avec la femme, use de certains artiGces tels que la représentation mentale d’un homme par exemple, l’acte sexuel, comme le fait remarquer V. Krafft-Ebing, détermine chez lui une grande fatigue. liO coït forcé et souvent répété peut même avoir un retentissement fâcheux sur sa santé, de sorte qu’au point de vue de la conservation de l’individu, les rapports homosexuels entre uranistes sont plutôt indiqués. En somme, il s’agit en l’espèce d’un acte favorable à la conserx’ation de l’individu, mais nuisible à la propagation de l’espèce. En s’en tenant aux termes de ce dilemme, on peut se demander si l’état de l’uraniste doit être déclaré ou non comme pathologique, puisque l’individu tend en premier lieu à se conserver lui-même.
Mais cette contradiction n’est qu'apparente et repose sur la confusion que l’on établit fréquemment entre le penchant sexuel et l'acte sexuel ; dans la question qui nous occupe, nous n’avons à envisager que le penchant sexuel. L’acte qui résulte du penchant morbide peut fort bien être considéré, dans un cas particulier, comme favorable à la santé. L'ingestion d’aliments épicés peut réveiller l’appétit dans certaines dyspepsies, il n’en est pas moins vrai que la dyspepsie est un phénomène pathologique*. De même, un acte basé eur un penchant sexuel morbide peut être favorable à la
* Les anciens médecins attribuaient une importance extraordinaire à cette tendance de l’organisme h la guérison spontanée. D'après eux, dans certaines maladies, c’est le malade lui-métne qui sent le mieux ce qui peut lui être bon ou nuisible. Cet instinct devrait servir à la guérison de la maladie ; mais il ne saurait être question de cela pour le penchant sexuel dos homosexuels. Pour plus de détails, voy. J. J. Günttier. Natur und Kunst in lleiiung der Krankheileo. b'rankfurs, a. M. 1834.
l’inversion sexuelle 249
santé de l’individu, sans que le penchant lui-même devienne pour cela normal.
Par suite, en se représentant le penchant sexuel, non pas comme destiné à la satisfaction de l’individu, mais à la propagation de l’espèce, nous sommes obligé de considérer l’inversion sexuelle comme pathologique et les individus présentant ce phénomène comme des malades.
Si nous admettons que l’existence d’un penchant sexuel normal est la condition sine qua non de l’état de santé, de l’élat normal, nous devons nous demander si l’inversion sexuelle est incompatible avec cet état. Les deux questions doivent être rigoureusement séparées l'une de l’autre, car nous voyons qu’il existe des cas d'hermaphrodisme psychosexuel caractérisés par un penchant pour l’homme et pour la femme. Une condition essentielle de l’état normal, le penchant pour la femme, subsiste dans ces cas, et on peut se demander si, à cause de l’existence simultanée d’un penchant homosexuel, on doit néanmoins considérer ces faits comme étant d’ordre pathologique.
La question est difficile à résoudre, et, pour y arriver, il y aurait intérêt, je crois, à établir ici encore une analogie avec ce qui arrive pour l’appétit. 11 existe des personnes qui ont un goût particulier pour des substances qui n’entrent pas normalement dans l’alimentation. C’est le cas des chlorotiques, des hystériques, des femmes enceintes, qui dévorent quelquefois avec appétit de la craie, des morceaux de briques, des grains do café, etc. Nous considérons ces goûts comme pathologiques parce que ces substances ne coust.tuent pas dos matériaux qui peuvent servir à l’entretien de l’organisme. Do ee que les mêmes personnes ont en même temps de l’appétit pour des aliments nécessaires, comme la viande par exemple, nous n’avons pourtant pas le droit de conclure que leur goût singulier n’est pas pathologiqu ■.
l'invebsion sbxueixb
Dès lors, nous devons qualifier aussi de pathologiques les fom-lions du syslèmc génital qui ne contribuent pas h la conservation de l’individu et de l’espèce, condition essentielle de la santé, de l'état normal. C’est ainsi que nous sommes amené à considérer comme morbide l’inversion se.vuclle qui ne sert en rien à la propagation de l’individu.
Un a cité encore d’autres raisons qui militent en faveur du caractère pathologique de l’inversion sexuelle ; mais personnellement je pense qne ces rakons ne sont pas inattaquables. Un a l’hahitude de dire que l’inversion sexuelle s'observe en général, comme nous l’avons vu au chapitre Vil, chez des individus dégénérés qui peuvent présenter en même temps d’autres stigmates de dégénérescence du système nerveux central. Cot argument n’est pas à l’abri de toute objection, car il existe dos dégénérés chez qui l’inversion sexuelle est le seul symptôme do la dégénérescence. Si nous voulions soutenir que l’inversiou sexuelle est un phénomène morbide pour la seule raison que l'individu qui le présonlc appartient è une famille de dégénérés, nons serions amené, lorsqu’un individu prend pla’isir à mangor un bifteck ', à considérer cet acte comme un signe de dégénéreaoonoo, sous prétexte que notre individu est un dégénéré. C'est une faute contre la logique que de dire : l’inversion sexuelle se rencontre chez des individus dégénérés, donc elle est un pbeuomène morbide. Ce raisouneuicut peut être juste au point de vue théorique et étiologique, mais il n’a pas l’importance qu’on lui attribue quand il s’agit de savoir si tel ou tel pliénomèue est un phénomène pathologique.
• Au lieu de cet exemple, il vaudrait peut.étre mieux choisir nue action ou on pt'nchanl ordinairement rare, mais existant chez l’individu en question. Celle action, nous ne devrions pas la considérer comme pathologique, pour la Mule raison qu’elle existe chez un individu dégénéré et qu'elle s'observa raramsot chez les individus sains.
L INVERSION SEXUELLE
Il faut aussi avouer que, dans les cas où l’on trouve des signes nets de psychose ou de névrose, nous sommes facilement tentés de considérer l’inversion sexuelle comme un symptôme de l'état morbide. De même, la dyspepsie nous apparaît tantôt à l’état de symptôme isolé, comme maladie essentielle, tantôt comme un s}'mptôme ‘ de la neurastliénie, lorsqu’elle est accompagnée d’autres manifestations de celte dernière. Weslphal s’est déjà occupé de oetie question, sans toutefois décider si l’inversion sexuelle doit être envisagée comme un symptôme isolé ou comme la manifestation d'un état névropathique ou psychopathique.
Ce raisonnement' par analogie nous a conduit à considérer le penchant homosexuel comme un phénomène morbide. Une autre question se pose maintenant. Dans quel groupe de malades convient-il de ranger les individus atteints d’inversion sexuelle? Faut-il, en l’absence d’autres symptômes psychiques graves, faire rentrer l'inversion sexuelle dans le grotrpe des maladies nerveuses ou dans celui des affections mentales ? Nous savons que les illusions sensorielles qui ne sont pas reconnues comme telles par le malade *, sont souvent considé-
) Oa derrait plntM ooDsid^rer l« aTinptAme en lui-même et ae demander s’il doit ^tre classé comme pathologique à cause de son influence sur l’iiidi^ vidu ou même sur hi propagation de Teepèoe. Tout oeci n'est pas en contradiction avec la recherche des antécédents héréditaires quand il s’agit, en paychtutrie, de faire le diagnostic de la d^généresconoe. Ce procédé permet de réeoudre la question de d -générescenoe mais non pas de décider si tel ou tel syniptême est pathotogiqne.
* Les auteurs ne sont pas d’accord aur ce point. W. Sander considère presque toujours ces individus comme atteinte d’afleclion psychique, tandis
l'inversion sexuelle
récs coinm# une preuve d’afTection mentale. Si nous adoptions le môme critérium, c’est-à-dire la conscience de l’étal morbide, pour l’inversion sexuelle, nous serions amené à admettre l’existence d’une ps)’chose chez presque tous les uranistes'. Du moins, je crois qu’il est très rare que l’uraniste considère son penchant comme morbide, et en cela je me sépare de l’opinion do Westphal. M. NN. dont il fut question dans la préface, est un des rares uranistes que je connaisse, qui considèrent leur état comme pathologique.
Néanmoins, j’hésite à dire que l'existence de l’inversion sexuelle chez un'individu suflise pour qu’on le déclare atteint d’une affection mentale. Et pour démontrer ce point, je ne trouve rien de mieux que de revenir à mon analogie entre l’appétit et le penchant sexuel. Certains auteurs ont comparé avec raison l’amour à la sensation de la faim. Deux sentiments, dit Laurent, agissent avec une impérieuse rigueur sur tout être vivant ; la faim, qui a pour but la conservation de l'individu, et l’amour, qui tend à la conservation de l'espèce *. Mais, de môme que nous n’avons pas le droit de considérer comme aliéné l’individu qui a un goût particulier pour des aliments anormaux, de môme nous ne pouvons envisager l’inversion sexuelle comme une preuve de psychose.
que V. KrafU-Ebing (Lehrbuch der Psychiatrie) ne pense pas qull •'agisse toujours d'atVection mentale. Il cite certaines personnalité* historiques qui sans être des aliénés, a . aient dc*s hallucinations : Luther qui jeta son encrier à la ligure du diable, Socrate qui conversait avec son démon, Mahomet, etc.
* Il arrive encore que l'individu, convaincu de la nature morbide de son penchant, ne peut le vaincre et continue à agir sous son influence, tandis que les illusions une fois reconnues par l’individu ne peuvent plus l’in* fluencer.
> V. Kraflt-Kbing met aussi de pair l'instinct de la conservation et celui de la reproduction. « La vie physiologique comporte un instinct de conservation et un instinct de reproduction. La vie morbide ne crée pas de nouveaux ins* tincls, comme on l'admet à tort: elle ne peut que diminuer ou exagérer ou pervertir les instincts normaux ».
l'inversion sexuelle
Du reste, toutes les différences établies entre la névrose et la psychose sont assez arbitraires, et l'un prend pour une névrose ce qu’un autre appelle psychose. De là maintes contradictions au sujet de l'inversion sexuelle, non seulement entre des auteurs différents, mais chez le même auteur. Westphal, pour qui l'inversion sexuelle n'est pas le symptôme d'un état psychopathique, la compare cependant à la « Moral insanity » qui pour nous est une psychose.
Slarck rapproche avec raison l'inversion sexuelle de l’hys térie ou plutôt de certains phénomènes qui se manifestent au cours de l'hystérie. Il arrive souvent que certaines excitations sensorielles, certaines odeurs par exemple, agréables à l'étal normal, provoquent le dégoût chez des femmes hystériques ; et inversement, certaines sensations répugnantes pour l'homme normal sont agréables aux hystériques, le goût de i'asa foe ■ tida, par exemple.
Tbattkmest
Xous devons à Y. Krafft-Ebing de voir pea à pen disparaître l'intoiéraace des médecins an sujet de riaversion sexuelle. Grâce à scs recherches et à ses travaux, noas n’en sommes plus tout à fait au laisser-aller de l'ancien temps. Le mépris dont on couvrait l'uraniste, mépris qu'il rencontre encore actuellement chez l'homme qui n’est pas au courant de la question, tend de plus en plus à disparaître. Gyurkovechky dit avec raison que nous autres médecins, nous devons éviter les mensonges de convention et ne pas nous laisser elTraj'er par les mots propres dans les questions scientifiques, même lorsqu'il s'agit de sujets que le public, aussi bien que les médecins, considère comme délicats. L. Casper fait observer avec justesse que la vie sexuelle dont on dévoile les secrets avec une certaine fausse honte appartient dans ses aberrations au domaine médical. Mentionnons encore la remarque que fit Schuh à l'occasion d'une exploration rectale, remarque citée par Albert'. Pendant celle exploration, plusieurs de ses auditeurs ne purent retenir un mouvement do dégoût qu'ils traduisirent
' Ë. Albert, < Diagnostic Uer cliirurgisclien Kiankbeiten H auS. Wian, I3a2.
LINVBR810N SBXCBLLE
par des gestes de répugnance. Schuh leur dit : « Quand j'étais élève en cliirurgie, la chirurgie était séparée de la médecine ; les médecins étaient des messieurs convenables, quant aux chirurgiens ils étaient traités en véritables parias. Un docteur en médecine considérait comme au-dessous de sa dij^nité d'introduire son doigt dans le rectum d'un malade ; on nous appelait alors et on nous commandait de faire celte exploration, puis oa nous traitait comme une baguette avec laquelle on s'amuse & remuer las ordures, on nous jetait de cété : mais la chirurgie a geandi, et l'on nous traite avec respect! n
A propos de l'inversion sexuelle ce Baéme sentiment de répugnance est enenra répandu, et bon nombre de médecins qui écrivent sur ce sujet croient devoir s'excuaerranprès de leurs lecteurs, d'aborder une telle question. Nous voyons même un auteur tel qne Hammond, après avoir rapporté deux cas d'inversion, déclarer qu'il en connaît pdusiecurs antres, mais que sa plume se refuse à décrire de tels crimes contre la morale' et |a santé. La plume d'un médecin et d'un écrivain consciencieux ne doit pas se refuser à la description de la vérité, et moins que tout autre la plume d'IIammond dans un livre qui traàte de l'impuissance.
Pour ce qui est du pronostic de l'inversion sexuelle, il est loin d'èlre (avoraiblcv bien que l'on admette aujourd'hui que celle affection n'est pas absolument incurable comme on le croyait autrefois. Ainsi que nous l’avons déjà dit, l’inversion sexuelle est considérée comme incurable dans le monde uraniste et on trouve en elfet peu de ces malades qui croient à la possibilité d’une guérison*.
* Je considère comme criminelles toutes les actions perveres qui iia dé* coulent pM d'nne perr«r»on de rtnstittot s«niol. Mois quaud c«jttu {Ksi-ver* ston existe, l’observateur impartial a le devoir d’envisager l’uclj n'^u pas comme criminel, mais comme morbide.
* Voici ce qu’nn uraniste écrit h V. Kratn-Eliing : c On nous c» î-fcTO gènéraîemont comme malades et c’est à tort, car s’il y a lour toutes l<’s ma-
L INVERSION SEXUELLE
Le pronostic dépend d’un grand nombre de circonstances. Ainsi, l’hermaphrodisme psycho-sexuel comporte un pronostic bien plus favorable que l’inversion sexuelle pure. D’un autre côté, le pronostic chez les hermaphrodites dépendra de l’intensité a'vec laquelle se manifeste chez eux le penchant hétérosexuel pour la femme, et plus ce penchant est accusé, meilleur est le pronostic. Le pronostic dépend ensuite de la durée de l’état morbide ; ainsi, quand l’inversion sexuelle date de loin, elle est enracinée et le pronostic devient moins favorable. Le milieu dans lequel vit le malade exerce également une influence considérable sur le pronostic.
L’amélioration est plus difficile à obtenir quand le malade trouve de nombreuses occasions d’avoir avec des hommes des relations sexuelles. Mais le pronostic est très aggravé lorsque l’uraniste est attaché par un amour violent à un autre homme ; dans ce cas le médecin aura de la peine à obtenir le moindre résultat, et d’ailleurs il est rare que l’on ait recours à lui, l’uraniste étant au comble du bonheur à condition que son amour soit partagé. Il est évident que la neurasthénie et les affections analogues, qui no sont pas rares chez les uranistes, rendent le pronostic plus grave. Quant aux autres éléments qui peuvent influer sur le pronostic, je n’en parlerai pas ici, il en a déjà été question dans le chapitre qui traite de l’étiologie.
Nous devons nous demander tout d'abord s’il y a lî u d’intervenir d’une façon quelconque, de traiter thérapeutiquement
ladies dtts iti/dicamenls qui peuvent guérir ou soulager, rien au monde ne débarrassera l'uraniste de scs penclianto contre nature ».
l'inversion sexuelle
Tinversion do l’instinct sexuel, et si l’on ne risque pas de faire plus de mal que Je bien à l’uraniste, en le traitant.
S’il est eonlirmô que, chez les homosexuels, la vie psychique toute entière est féminine, si nous trouvons que dès l’enfance toutes les pensées de l’uraniste sont portées non vers la femme, mais vers l’homme, la réponse à cette question est loin d'ètre facile ; toute la constitution du sujet s’est accommodée, s’est adaptée aux idées d’inversion sexuelle, de telle sorte qu’on est amené, d’après la nature du sujet, ses sensations et ses sentiments féminins, sa préférence pour les travaux de femme, son horreur des habitudes masculines, à considérer son amour pour l’homme comme naturel, bien plus que ne le serait l’amour qu’il pourrait avoir pour la femme.
Notre thérapeutique s’efforcerait donc de faire naître chez une nature essentiellement féminine, au point de vue des sentiments et des idées, un penchant qui ne serait pas en harmonie avec les autres dispositions de l’esprit.
En cherchant à faire dévier vers la femme l’instinct sexuel d’un uraniste déclaré, avec effémination, nous produirions simplement chez lui une déséquilibration do la vie psychique. Avons-nous le devoir, ou plutôt avons-nous le droit de faire cela?
Si nous faisons la tentative de ramener à la normale, dans un cas bien tranché d’effémination, l’instinct sexuel, il me semble indispensable de chercher en même temps à modifier dans un sons plus masculin l’éfat psychique en général. Théoriquement il ne semble pas impossible, si l’on obtient cette inodilication de l’instinct sexuel, que toute la nature de l’individu reprenne spontanément le Ij’pe masculin, bien que la chose paraisse peu probable, après la lin du développement '.
* OUe modinootion i>pontanée nVM pas impossible, ainsi que le montre un eu (l*inversion sexuelle acquise, publié par V. Kraffl-Kbin?. A vrai dire, ici eVit le contraire qui se produi&il. Le sujet était orlginellenieut hétérosexuel ;
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Une autre objection que l'on peut faire au traitement est la suivante. IVe doit-on pas y renoncer, a cause du danger de l’hérédité de la disposition nerveuse qui n’en subsiste pas moins? Si l'on se range à l'opinion de V. Krallt-I’2bing, qui admet que l'inversion de l'instinct sexuel peut se transmettre du père au lils, si l'on accepte en général l'hérédité des penchants, si l'on juge de plus que les uranistes appartiennent en grande partie au groupe des dégénérés, ou ne peut écarter sans un e.xamen préalable celle objection. .Même après la disparition de l'inversion sexuelle, il n'en subsiste pas moins la possibilité de l’existence chez les descendants, et à un degré plus accentué, des signes de la dégénérescence. Doit-on, dans ces conditions, rendre aux uranistes la faculté de procréer des descendants? Je crois que le médecin peut faire part de ces réflexions au patient ; mais en réalité le médecin sera toujours forcé de se rendre au désir du malade et d'essayer de guérir un symptôme morbide pénible. Si plus tard le malade doit se marier et avoir des enfants, c'est là une nouvelle question pour la solution de laquelle le médecin peut donner son avis, mais qui ne doit pas l'empêcher de combattre comme il en a le devoir une maladie existante.
Un deliors de toute analyse théorique, nous.serons le plus souvent en réalité obligés de nous comporter dilléremraent suivant les circonstances. Uien des uranistes ne se considèrent pas comme des malades et ne demandent pas à être traités : quant à ceux, moins nombreux, qui ont recours au médecin, il faut bien que nous nous eu occupions. La perversion
plu5 tard, à ràge de 20 an^. se manifesta chez lui la propension k Tamour entre hommes ; eo même temps apparurent spontanément les caractères de refr.'mination, le penchant h la toilette, la préférence pour le«i com*ersaiions féminines, etc. — Les pratiques de la suggestion dans Thypnose nous apprennent que, du fait de la suggestion, il se forme des associatiooa d’idées ae* condaires qui se raUachent à la suggestion rrimitive.
L INVERSION SEXUELLE
sexuelle est pour eux une abomination, qui peut les conduire quelquefois' jusqu'au suicide, et dans ces conditions, en dépit de toute considération théorique, nous sommes bien obligés de tenter une intervention thérapeutique destinée à rameueià la normale la sensation sexuelle.
Il n’y a pas lieu de s’arrêter aux élucubrations enthousiastes auxquelles se livre Hœssli à propos de l'amour entre hommes, qu’il représente comme un bonheur pour l'Etat, et qu’il considère comme la cause de la suprématie qu’avait acquise l’ancienne Grèce dans les arts et les sciences. Il est à peine besoin d’y insister, il s’agit là d'une méprise. Il est faux d’établir dans ce cas une relation de cause à effet*. Nous ne devons donc pas nous laisser détourner, par les considérations de Hœssli, de l’obligation de combattre l’inversion sexuelle dans la mesure où nous le permettent les progrès de la médecine et de l’hygiène. .le ne crois pas néanmoins que l’on réussisse très vite à guérir complètement l'inversion sexuelle dons le sexe masculin.
La l.'iche du médecin, en présence d’un cas de cette catégorie, n’est P as toujours identique ; parfois il s’agit do faire disparaître riiez le malade les actes auxquels il est pous.sé par son prnrliant, mais plus tard on peut penser à modifier et même à supprimer le penchant lui-même. Certains uranistes
* Par exemple de crainte qno If'or perversion no vienne h être connue.
* Je dois n-'anmoins d-’clsrer que je trouve tout aussi faus«e l'opinion de ceux q»ii voient un rapport causal entre la décad''ncp de la Orêce et l'existenre d-i u o'dérastie; ci^Uc d'^rniôre existait aussi bitn au moment de l’apo*
dj ia Grèce qu'au moment de sa décadence.
l’inversion sexuelle
se trouvent arrêtés par certaines restrictions sociales, voire Ic- (,'alos, dans le libre essor de leur instinct sexuel ; ils demandent quelquefois l'assistance du médecin, surtout si leur penchant sexuel est hyperesthésié, ce qui est précisément le cas chez bien des sujets. Ils ne demandent pas, à vrai dire, à se sentir ramenés et attirés vers la femme ; la majorité des uranistes considèrent une telle modification de leur nature comme absolument impossible, mais ils désirent voir leur penchant homosexuel diminuer', de façon à n’en être pas continuellement obsédés. L'hyperesthésie de l’instinct sexuel des uranistes peut être combattue par tous les moyens qui sont employés contre l'hyperesthésie du penchant hétérosexuel, à savoir les bromures, l'hydrothérapie, les bains, les influences psychiques, etc. Ces dernières sont très importantes, en particulier la suggestion, la suppression des préoccupations sexuelles, l'applioation au travail.
Je connais le cas d’un uraniste, homme cultivé, chez qui un amour trompé détermina un violent désespoir, et qui fut amené par une dure obligation de travailler h oublier ses pensées sexuelles ou du moins à s’y livrer moins fréquemment. Je crois que, dans cette voie, l’on doit pouvoir arriver è un certain résultat, grâce à une éducation systématique de l'nraniste. Il faut lui conseiller de ne jamais se livrer à l'onanisme psychique ', de ne jamais se complaire volontairement
I D’après M. N.N. l’hyperesthésie de l'instinot sexuel ches les uranistes aérait la principale raison pour laquelle un si grand nombre d’enti'e eux passent leur vie à « mu.sarder a ; ils sont souvent trop uD^edés de leurs pcn> sècs sexuelles pour arriver ù se livrer à des occupations régulières. 11 va de soi qu’il y a des exceptions, ici comme ailleurs, ii celte règle.
* Cette expression d'onanisme intellectuel est tirée de la Biologie de Hui* Und « l’onanisme intellectuel est compatible avec la chasteté corporelle i il consiste en un éclianflcment, une excilation de l’imagination par des images obscènes cl voluptueuses».
l’inversion sexuelle
à ses pensées, de chercher une diversion dans le travail et l’activité. Si l’on ne réussit pas à faire de l’uraniste un être normal, on n’en arrive pas moins à diminuer le penchant sexuel, à combattre l’hypereslliésie du sens génital, et l’on • rendu ainsi à maint uraniste un immense service.
Un second groupe de malades réclame la transformation directe d’un penchant pervers en un penchant normal. Cette modification ne peut être menée à bien que par un médecin habile, consciencieux et infatigable. Il faut d’abord qu'il cherche à obtenir de son malade une confiance sans restriction. Ce dernier ne trouve presque personne, en dehors de ses compagnons d'infortune, qui comprenne son état. Si le médecin lui montre de la sympathie, il ne tardera pas à exercer une influence énorme qui lui échappera au contraire s’il fait voir qu’il n’a pas saisi le caractère de l'aiTection.
La thérapeutique doit avoir en vue non seulement lea causes occasionnelles et le symptôme morbide, mais encore la prédisposition. Comme nous savons seulement que l’on retrouve chez presque tous les uranistes une prédisposition nerveuse qui précède souvent l’éclosion de l’inversion sexuelle, nous admettons, ainsi que nous l’avons démontré déjà, que l’uranisme évolue de préférence sur un terrain nerveux ; par suite, nous devons mettre on action tous les agants thérapeutiques généraux et spécifiques qui sont employés contre la prédisposition nerveuse. 11 est évident que le traitement doit porter sur toute la constitution de l’individu ; à ce point de vue, une bonne alimentation, un air pur, la gymnastique,
2Ü2 l'invebsiun sexuelle
exercent une influence loni<|ue ; mais il ne faut pas perdre de vue que ce sont là des moyens d'action accessoires qui ne peuvent qu'aider au traitement.
Au point de vue prophylactique nous devons, sans doute, tenir un grand compte de l'opinion de V. Krallt-Ebing ' et de Tarnowsky. Ce dernier pense que, surtout dans les cas d’inversion sexuelle peu développée, il suffit de l'entourage du malade pour diriger dans telle ou telle voie l’activité sexuelle. Pour lui, les parents et les éducateurs de la jeunesse doivent se garder de prendre par le côté plaisant les tendances féminines du jeune garçon ; ils doivent se demander, au contraire, s’il n’y a pas sous ces particularités un fonds plus sérieux ; et il croit nécessaire, dans ces conditions, de réfréner aussitôt que possible, par des punitions, les tendances de ce genre, afin d'en éviter le développement, en général rapide. Ces tendances se manifestent entre autres par le plaisir qu'éprouvent certains garçons à se revétirde vétementsde femmes. Un malade de Westphal, qui dès l’âge de huit ans prenait les vêtements de sa mère et s’en affublait, était puni sévèrement par cette dernière ; mais jo doute que les punitions puissent avoir une action très efficace sur un penchant aussi violent. Tarnowsky croit qu'il est essentiel de se moquer légèrement dès le début de l'enfant, lorsqu’il présente ce goût de la toilelte fémiine, et qu'il est possible d'en arrêter le développement Quant aux causes occasionnelles qui peuvent, dans certains
V. KrafTl-Ebing est d’aillpiirt loin de rojeter, comme le fait Tarnowsky, â valeur et l’aitluence de ce4 mesures. Je mu range coniplC^lemi at à l'opinioD du premier de ces auteurs. Naturellement, v. KralTt'Ebiog est d'avis, comme oi, que Ton ne doit lien négliger pour combattre la maladie. Mais comme, d’après loi, la maiorilé dus cas sont coogémUux, il en résulte que les me* sures prophylactiques n‘oot pas de raison d'étre. La non-procréalion de teU ividus, votlh pour V. Kraffl'Ebing la piophvlaxie la plus etlicace. Quantin sd cas d’inversion sexuelle acquise, nu contraire, la prophylaxie a, pour le même auteur, une très grande importance.
l'lnversio.n sexuelle
cas, amener lYclosion de l’inversion sexuelle, en particulier l'onanisme mutuel et la contagion morale, surtout chez l'enfant, elles sont aussi passibles de l'intervention médicale. Presque tout ce que nous pourrions dire à ce propos découle naturellement du chapitre de ce livre qui a trait à l'étiologie. Il s’agit de savoir s'il n’est pas préférable, en vue d'éviter l'onanisme réciproque, que des personnes âgées instruisent la jeunesse du danger de ces pratiques, plutôt que de le lui laisser ignorer absolument. C'est là un point de la question que je désire traiter en passant. Je sais bien qu'il est très délicat, pour un père comme pour un maître, d’aborder en présence de l’enfant les questions sexuelles. Cependant, si l’on doit réussir à faire disparaître l'inversion de l'instinct sexuel, c’est à la condition de s'y prendre aussi tôt que possible, car celui qui en est atteint rend la guérison d'autant plus diflicile qu’il s’habitue davantage au commerce des hommes. Une règle thérapeutique essentielle est donc d’agir le plus tôt possible et de ne pas attendre, par exemple, la trentaine pour essayer d'enrayer l'alTection. La plupart des uranistes, autant que j'ai pu m’en convaincre en causant avec eux, font peu de cas du traitement prophylactique : il n'en faut pas moins insister sur ce point. 11 est important aussi, d'après Tarnowsky, dans le cas de tendances à l’inversion, d'empécher aussi longtemps que possible le passage effectif à l'action sexuelle; c’est là une bonne condition au point de vue du pronostic. Hartmann déclare, ainsi que la plupart de ceux qui se sont occupés du développement do l’instinct sexuel, que le point essentiel consiste à empêcher, autant que possible, l'éclosion précoce do l’inversion. Si l'on remarque que la plupart des uranistes ont vu apparaître les premières manifestations do leur affection dans l’enfance, avant la puberté, on est amené à se demander si le début précoce du développement génital (avec des idées vagues sur les dillérenccs sexuelles entre l’homme et la femme) ne
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peut faire naître chez le jeune garçon les tendances homosexuelles, grilcc à lu fréquentation d’enfants du môme âge, et être cause peut-être d'une perversion plus durable. — A. H. Nicineyer, se basant sur son expérience personnelle, se prononce catégoriquement contre une séparation trop complète et trop prolongée des sexes ; il ne conseille pas de s’opposer trop longtemps à l'éclosion de l'amour pour les jeunes tilles, pourvu que les tendances sexuelles soient enrayées autant qu'il est possible. L’opinion de Tarnowsky, qui pense que l’éducation et le milieu exercent une influence très grande sur le développement du sens génésique, qu’il évolue ou non d’une façon normale, est dillicile à démontrer, et, en fait, cet auteur n’a pas apporté la preuve de son assertion. Il n’en est pas moins vrai que ces inilucnces extérieures peuvent jouer un certain rôle et que la thérapeutique doit tenir compte des avis émis à ce point de vue.
Je crois qu'il est possible d'arriver quelquefois à un bon résultat, lorsque l’on peut intcr\'enir de cette façon chez l’enfant. Mais il me semble douteux, comme Tarnowsky croit l’avoir observé, qu’un grand nombre de jeunes gens atteints de perversion sexuelle congénitale aient pu devenir normaux grâce à l’emploi de mesures prophylactiques.
Un milieu défavorable exerce une influence dangereuse sur les individus qui ont une prédisposition à l'inversion sexuelle; i Tarnowsky y insiste et pense, en particulier, que dans les établissements d’instruction où do nombreux élèves se trouvent réunis, les sujets prédisposés peuvent être entraînés sur la pente morbide par ceux chez qui existe déjà la perv’ersion sexuelle. Chevalier déclare aussi catégoriquement que certaines institutions, où de nombreux enfants habitent ensemble, se prêtent particulièrement au développement de l’inversion sexuelle, et que l'internat, tel qu'il existe en France, par exemple, doit, de ce fait seul, être rejeté. Mais il est aussi
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tout à fait urgent de soustraire, autant que possible, l’uraniste adulte à la sociélé d'autres uranistes, de façon à éviter pour lui les occasions de se trouver en contact avec des individus qui éveilleraient chez lui des pensées sexuelles. Sur ce point, le traitement des homosexuels échouera souvent. Je connais des uranistes qui étaient très désireux d’ètre débarrassés de leur affection, mais qui ne pouvaient abandonner la société où ils se trouvaient. Le traitement sera particulièrement difficile dans le cas où l'uraniste éprouve de l'amour pour un autre homme. Comme, dans ce cas, les rapports sont généralement passionnés, qu’ils dominent toute la nature de l'uraniste, il ne faut pas s’étonner de rencontrer ici plus de difficultés pour modifier l'instinct sexuel que lorsqu'il s’agit do séparer l'un de l'autre deux hétérosexuels qui s’aiment. C'est une folie de la part des parents ou des amis qui veulent séparer deux amants, de leur créer des difficultés ; les obstacles, loin de dé terminer une rupture, ne font que les lier plus élroitcmen' l’un ù l'autre.
Comme il s'agit, naturellement, non seulement d’étouffer chez le malade son penchant à l'amour entre hommes, mais aussi de déterminer chez lui un amour normal de la femme, il ne faudra pas négliger d'autres points d'une importance essentielle. 11 sera nécessaire, en particulier, que l’uraniste vive dans la société des femmes et qu’il fréquente une femme qui aura le talent de le charmer et de le captiver par des qualités bien en rapport avec sa propre nature.
Tarnowsky croit qu’il est possible de faire naitre, en forçant à un coït régulier avec la femme, la fonction sexuelle normale chez des individus naturellement prédispo.sés à l'inversion sexuelle. Toutefois Tarnowsky néglige de nous donner la preuve de ce qu’il avance. Théoriquement, la chose pourrait s'expliquer : mais, lorsqu'il se produit des exemples de ce genre, il est fort probable que nous nous trouvons en présence.