Collection de Manuscrits, vol. ler, p
Le 21 septembre 1692, l'intendant Champigny écrivait au ministre : 5
Nous sommes convenus, Mr le comte ae Frontenac et moi, de payer vingt écus blancs pour chaque prisonnier ennemi qui lui serait amené ; dix écus pour chaque prisonnière et pareille somme pour chaque ennemi tué dont la chevelure serait apportée, ce qui a donné lieu à une augmentation de dépenses fort considérables 1.
Le 4 novembre 1693, MM. de Frontenac et Champigny écrivaient au ministre :
Il nous parait que Sa Majesté ‘désapprouve le règlement que nous avons fait de donner vingt eus pour chaque femme et pareille somme de dix écus pour chaque personne tuée : et elle témoigne désirer que l’on réduise cette gratification à deux écus pour chaque homme, un écu pour chaque femme et autant pour chaque personne tuée. Nous lui obéirons, si elle le souhaite, mais nous croyons être dans l'obligation de lo supplier de considérer que c'est la dépense la plus utile que nous puissions faire, étant le moyen le plus sûr pour la destruction des sauvages Iroquois, et nous trouverions que le Roi aurait bientôt terminé cette guerre s’il avait
Archives du Canada, Correspondance générale, vol. 12.
dépensé 30,000 livres pour la défaite de mille hommes qu'ils sont et autant pour les femmes. Le moyen d'obliger nos sauvages pour un écu ou deux d'aller faire un prisonnier ou tuer un ennemi à 50 ou 100 lieues de la colonie. Cela ne peut pas leur être proposé au lieu que l’espérance de se procurer le moyen de secourir leurs familles, ils sont engagés puissamment par ce motif à faire leurs efforts pour défaire nos ennemis. Ainsi nous supplion
de permettre
tification tant
nécessaire vu q
des sommes con
Nous n’avons pas l.
les moyens d’ core les dépenses es munitions dans onner en paiement comptera à un haut prix 1 émoire du roi au gouverneur de 1695, il est dit:
nt de faire ois ‘ué pour
!, Archives du Canada, Correspondance générale, vol. 13
chaque femme faite prisonnière, non plus que vingt écus pour chaque Iroquois fait prisonnier !”. |
Le 21 août 1704, le gouverneur de la Nouvelle Angleterre, M. Dudley, écrivait au gouverneur de Vaudreuil :
Je fus surpris en arrivant dans ce gouverne-
ment lorsque j’appris que dans la dernière guer-
re la tête des Anglais était mise à prix aux Sauvages et bien payée dans votre gouvernement,
comme si les chrétiens devaient être comptés :
pour des bêtes sauvages, et conformément des-
tinés à la destruction. Je ne crois pas qu aucun
prince chrétien en Europe veuille avouer avoir
donné de pareils ordres à leurs serviteurs éloignés. Quoiqu'il en soit, si la guerre continue,
cela m’obligera d’user d’une méthode avec vo- À tre peuple autre que celle que j'ai envie de pren- :
dre à présent ?.
Le 26 juillet 1747, le gouverneur de Beau- 4 harnois écrivait au gouverneur Shirley, de la Nouvel e-Angleterre, et le félicitait d’avoir fait diminuer les actes d’inhumanités des Sauvages, ‘4
Il ajoutait :
‘ Mais je ne puis vous cacher que les prix À
fixés dans plusieurs gouvernements de la Nou- S
1. Collection de manuscrits, vol. II, p. 426. 2, Collection de manuscrits, vol. III. p. 374.
velle-Angleterre de 51 livres par chevelure, 20 livres par prisonnier, ete., ainsi que je l’ai vu dans des lettres anglaises qui me sont tombées entre les mains, sont des preuves évidentes que tout le monde ne pense pas apparemment aussi chrétiennement que vous là-dessus et j'espère que votre avis prévaudra pour abolir dans ces gouvernements de telles dispositions que tousles princes chrétiens et leurs sujets devraient, comme vous dites, avoir en horreur rs
Est-il vrai que ce sont les Européens, Français ou Anglais, qui ont enseigné ux Sauvages la pratique du scalpe ?
Non. & Tous les Pères Jésuites qui ont parlé du scalpe prennent la peine de nous dire que c’était la coutume des Sauvages d'enlever la chevelure de leurs ennemis morts en coupant en même temps la peau. N ous avons aussi le témoignage de Champlain. Parlant des Sau- Vages avec qui il alla en guerre en 1610 contre
les Iroquois, il crit:
Ces Sauvages escorchèrent les testes de ceux qui étaient morts, ainsi qu'ils ont accoustumé de faire pour trophée de leur victoire, et lés emportent -
. Collection de manuscrits, vol. III. p. 375.
. Les Voyages du Sieur de Ch in, éditi dière, vol. IL, v. 217. . am plain. édition. Laver-
Les Iroquois brulés vifs à Quebec et à Montréal
Sous le régime français, les autorités de la colonie ont-elles permis aux Hurons de brûler leurs prisonniers iroquois sur les places publiques de Québec et de Montréal ?
Oui.
La guerre oblige quelquefois à des représailles cruelles mais nécessaires. Les Iroquois mettaient leurs prisonniers au poteau de torture et leur infligeaient d’horribles tourments. On n’a qu'à lire les martyres des Pères Brébeuf et La- : lement pour en avoir une idée. II n'y avait : qu'un moyen d’arrêter ces barbaries. C'était de faire avaler leur propre médecine aux Iro- 5 quois. Disons à l’honneur de nos gouverneurs français qu’ils eurent recours très peu souvent à ces atrocités. 4
Au mois de février. 1692, le gouverneur de Frontenac donna au capitaine Dorvilliers le 3 commandement d'un parti de 120 Français et de 205 Sauvages pour aller ättaquer les Iroquois : dans leur pays. Après trois jours de marche i M. Dorvilliers fut obligé de revenir sur ses pas, une chaudière d’eau bouillante lui ayant tombé ; eur les pieds. II donna le commandement à -
M. de Beaucour, capitaine réformé. Près de l'île de Tonihata, dans la direction de Cataracoui, le parti tomba sur 50 Iroquois, 24 furent tués et 16 furent faits prisonniers. Les 10 autres s’échappèrent. M. de Beaucour s'en revint triomphant à Québec avec ses prisonniers. M. de Frontenac irrité des déprédations continuelles des Iroquois et voulant d’ailleurs intimider ces féroces guerriers par un exemple ri- 5 goureux condamna deux des prisonniers à etre 2e brûlés vifs. Ne RTE Pareille exécution ne s’était pas encore vue à Québec et on peut croire que la population supplia le gouverneur de lui épargner un tel spectacle. Mais il ne se laissa pas fléchir. Les deux Iroquois furent instruits des mystères de notre religion par les Jésuites et reçurent le baptême. L'un d'eux cependant Evita le abplice en se donnant la mort avec un couteau qu’il trouva dans sa prison. „ Le baron de La Hontan raéonte ainsi le supplice de son malheureux compagnon: + “Quelques jeunes Hurons de Lorette ages de
„ uatorze à quinse ans, vinrent prendre l'autre, et l’amenérent sur le Cap au Diamant où ils
avaient eu la précaution de faire un grand amas
de bois. II courut à la mort avec plus d'indif-
férence que Socrate n’aurait fait, s’il se fut trou- : |
vé en pareil cas. Pendant le supplice, il ne cessa de chanter qu'il était guerrier, brave et intrépide, que le genre de mort le plus cruel ne Pourrait jamais ébranler son courage, qu’il n’y aurait point de tourments capables de lui arracher un cri, que son camarade avait été un poltron de s etre tué lui-même par crainte des tourments, et qu'enfin s’il était brûlé, il avait la consolation d’avoir fait le même traitement à plusieurs Français et Hurons . Tout ce qu'il disait était vrai, surtout à l'égard de son courage et de sa fermeté, car je puis vous jurer avec toute vérité qu’il ne jeta ni larmes, ni soupirs ; au contraire, pendant qu'il souffrait les plus horribles tourments qu'on puisse inventer. et qui durèrent environ l’espace de trois heures, il ne cessa pas un moment de chanter. On lui tint plus d’un quart d'heure la plante des pieds devant deux grosses pierres toutes rouges; on lui fuma le bout des doigts avec des pipes allumées, et on lui tenait les pipes contre la main sans qu'il la retirât ; on lui coupa les jointures les unes après les autres : on lui tordit les nerfs de: jambes et des bras avec une petite verge de fer, et cela d’une manière inexprimable, et qui devait lui causer les plus affreuses douleurs. Enfin, après lui avoir à fait souffrir tout ce qu’on peut imaginer de plus
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horrible, pour comble de cruauté, ces bourreaux lui découvrirent le crâne, et ils M auraient fait tomber peu à peu du sable brûlant si un esclave des Hurons de Lorette n’était survenu fort à propos pour lui décharger sur la tête un grand coup de massue dont il expira. Cela se faisait par ordre de madame l’intendante :, qui eut la compassion d’abréger par là les tourments de ce malheureux. Au reste, toutes ces vives et âpres douleurs ne furent point capables d’interrompre la musique de notre homme, et l’on m'a assuré qu'il chanta jusqu’au dernier mo-
ment. Je dis que l'on m'a assuré, car je n’as- | sistai qu’au commencement de la pièce, et les seuls préludes de cette tragédie me firent tant . d'horreur que je n’en pus soutenir la vue jusqu’au dénouement 8 N
Dans le meme été de 1692, les Iroquoiĩis étaient continuellement dans les environs de | Montréal, saccageant, brûlant les fermes, et faisant souffrir d’horribles tourments aux pauvres Français dont ils s'emparaient. M. Du- Luth, à la tête d’une trentaine de soldats, montés dans trois canots, rencontra sur le lac des Deux-Montagnes quatre canots ennemis de
1. Madame Bochart Champigny avait fait sans succès tqutes les démarches possibles auprès de M. de Frontenac Pour empêcher cet horrible supplice,
sept à huit hommes chacun. Le coup de M.
DuLuth fut si heureux que les Iroquois qui ne furent pas tués furent faits prisonniers.
Les Iroquois furent amenés à Montréal où toute la population et les Sauvages domiciliés demandèrent par droit de représailles qu'ils fussent brûlés. Ils furent attachés au poteau et brûlés les uns après les autres. =
Gédéon de Catalogne qui raconte le fait dit que cet exemple fit changer la conduite des ennemis, puisque, par la suite, quoiqu'ils prissent des Français prisonniers, ils n’en ‘faisaient plus brûler 1. |
Le 3 avril 1696, la population de Montréal assista encore au supplice de quatre Iroquois. Les registres de Montréal nous apprennent qu'ils reçurent le baptême avant d’être attachés au poteau.
Nous trouvons le récit de la mort de ces quatre Iroquois dans une lettre du sieur D. :
Au moment où j'arrivais à Montréal pour la première fois, ce fut par la porte Saint- François. J’y aperçus un homme de mon pays qui venait au-devant de moi pour m’embrasser, ce
qu'il fit, et après quelques compliments il m'apprit qu'il était de notre compagnie. Comme -4