‹ Les petites choses de notre histoire [microforme]Chapitre 28 sur 32 · I. mandant, 10 février · texte numérisé non relu

I. mandant, 10 février

le

1 3° Louis-Hecror pr CaLLières, la neur, 10 avril 1684. = 4 Françuis Provost, commandant, 1687.

‘4 Philippe de Rigaud, marquis de Vaudreuil, 7 commandant, 1698. . .

E, 4° Prups pe RIGAUD, MARQUIS DE Vau- DREUIL, gouverneur, 28 mai 1699. 8 4 5° Craunn bn Raux; Ar, gouverneur, juin X, 1 1704. 5 x :

à 6° Cranzes Le Movxe, PREMIER BARON DE 4 Loxounun, gouverreur, 9 septembre 1726.

3 7° Jrax Boviicer bn La Cnass gou- . à M verneur, 1730. à

! Perrot n’arrivs à Montréal qu’en août 1670.

gouver-

8° Josué BoisserTHeLoT pp BEAucouRs,

gouverneur, 1733.

9° Cmarzes LEMOYNE, DEUXIÈME BARON pe Loncueuiz, gouverneur, 15 février 1748.

Gaspard d’Adhémar de Lantagnac, com-

mandant, 1748.

10° PreRre-FRANÇOIS DE V AUDREUIL, SIEUR

pe Rio Au, gouverneur, ler mai 1756.

Le pilote Raby |

Les relations du siège de Québec en 1759 vantent l’habileté des marins de la flotte de Saunders qui avec leurs gros vaisseaux remontèrent le Saint-Laurent sans toucher fond nulle part. Les auteurs de ces relations ignoraien probablenient que l’escadre anglaise avait des pilotes canadiens pour la diriger.

Les faits et gestes du sieur de Vitré sont connus. Ceux du pilote Raby le sont moin

Nous lisons dans un journal attribué Townshend, à la date du 16 juin 1759 :

„1 must here observe that we might hav come to gobd anchorage. The evening before

vidt. on ye. 15th as there is good anchorage upon ye. Southern Coast in most places from the Port Matane quite to the Isle au Bic, which was about 13 or 14 leagues from us but the admiral had sent his pilot one de Vitri (who was most accustomed to and best knew ye southern coast) with Mr Durell and had kept one Raby, whose principal knowledge was ye Channel to ye. N: East of Anticosti, and ye. River higher than that Island, but as we had other Pilots in ye Fleet, and Mr Durels early entreprise required one of ye. best Pilots. The sending De Vitri with that squadron was undoubtedly right: If Raby was found to fail the Admiral was not without rescourse, if Mr Durel wanted a good Pilot, he could not have got one afterwards, at least not until some French prise had chancd to furnish him with one or until he could have surprised one on ye Isle of Coudre.” N

Ce pilote Raby était né en 1702, probable.

ment en France, du mariage de Mathieu Raby ou Araby et de Françoise Morin. C'est en 1703 que son père vint s'établir à Québec puisque nous le voyons faire baptiser une fille ici à l’automne de cette année. |

Augustin Raby.ne manqua pas de demander une récompense au gouvernement anglais

pour avoir conduit sa flotte jusqu’à Québec.

Le 10 avril 1762, il adressait la supplique suivante au gouverneur Murray :

“ À Son Excellence Jacques Murray, Écuyer, gouverneur de Québec, etc., etc., etc.

“ Supplie très humblement le nommé Augustin Raby ci-devant Navigateur et Pilote de La Rivière St-Laurent, et a l'honneur de vous représenter qu’il a eu le bonheur de conduire heureusement et à bon port, l’armement formidable qui a fait la conquête de ce Pays. Le Suppliant ose représenter à Son Excellence que nonobstant. qu'il a été payé comme Pilote dans cette Escadre, il se trouve à présent dans l'indigence. Sa maison ayant été brûlée, ses meubles pillés, et n’osant se rendre en France ou, selon toutes les apparences, on luy feroit un mauvais party, à cause des Services qu'il s :

rendus à Sa Majesté Britannique. 8

“ Le Suppliant implore la protection de Son Excellence et la prie d’intercéder pour lu auprès des Puissances, afin qu'il puisse obtenir. quelque dédommagement de ses pertes, se mettre dans la voye de faire subsister 36 famille et sera le suppliant prêt en tous lieux, et à toute heure de rendre à Sa Majesté Bri-

ss DT

tannique les services qui pourront dépendre de luy.

„A Québec, ce 10 d’avril 1762.

A. Raby.”

Dans sa lettre du 7 juin 1762 au comte d'Egremont, un des secrétaires d'Etat de Sa Majesté, Murray écrivait :

Give me leave to introduce jo your Lordship, a memorial of Monsieur Rabi, the Principal Pilot of our Fleet in 1759, who had the misfortune after doing us so considerable a service, to see his house burn before his eyes. He has never received anything for his services, but his Pay as Pilot, for the time he was in the fleet. Both sir Charles Saunders and Genéral Wolfe had made him great Promises, but the- absence of the former, and death of the latter, have hitherto prevented him receiving the benefit he expected from these promises, tho'I am persuaded, they both had the best intentions for him. Possibly he did not act much from inclination, but he can never return to France, and it would be a discouragement to others, if his services were forgot or neglect

Nous n’avons pu nous assurer si l'appui du gouverneur Murray valut la récompense promise au pilote Raby.

Il mourut à Québec le 19 an 1782.

Un de ses fils, Augustin-Jérôme Raby, fut nommé, le 31 mars 1797, surintendant des pilote du port de Québec. Il représenta la basse-ville de Québec, de 1796 à 1800, puis la haute-ville, de 1800 à 1804, à la Chambre d'Assemblée. II décéda à Québec le 23 septembre 1822. Le fils de ce dernier fut curé de Beaumont de 1838 à 1843.

Le combat de l'Atalante à la Pointe-aux-Trembles

Dans son Voyage en Angleterre et en France, notre historien national, François-Xavier Garneau, parlant de son aïeul, Jacques Garneau, brave cultivateur de Saint-Augustin de Portneuf, écrit :

Mon vieil aleul, courbé par l’âge, assis sur la galerie de sa longue maison blanche, perchée au sommet de la butte qui domine la vieille église de Saint-Augustin, nous montrait de sa main tremblante le théâtre du combat de Atalante contre plusieurs vaisseaux anglais,

combat dont il avait été témoin dans son enfance. Il aimait à raconter comment plusieurs de ses oncles avaient péri dans les luttes héroïques de cette époque, et à nous rappeler le nom des lieux où s'étaient livrés une partie des glorieux combats restés dans son souvenir.”

Dans son Histoire du Canada, Garneau se contente de signaler ce glorieux combat de l’Atalante dont son aïeul l’entretenait avec tant d’attendrissement. Notre autre historien, l’abbé Ferland, dans son Cours d' histoire du Canada, raconte lui aussi, en quelques lignes, le combat de la faible Atalante contre deux puissants vaisseaux anglais. En fait, la bataille navale de la Pointe-aux-Trembles ne fut qu'un épisode, malgré l’héroïlsme de Vauquelain, dans la lutte qui se termina par la perte du Canada. Ce n’est pas par ingratitude que la grande histoire ne s'arrête pas à ces glorieux faits d'armes. Elle s'occupe surtout des grands événements, des batailles qui changent la destinée d’un pays. On comprend qu’elle ne peut qu’effleurer les milliers de hauts faits dont notre épopée nationale est remplie.

Le ler juin 1759, dit Jean-Claude Panet, dans son Journal du siège de Québec, arriva l’Atalante, frégate armée à Rochefort, avec la frégate la Pomone, de Brest, et les flûtes la

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chargés de munitions de guerre. Le 8 juin, Atalante, commandée par M. Vauquelain, et la Pie, commandée par M. de la Saussaye, montèrent à Batiscan. Pendant toute la durée du siège de Québec, l’Atalante, la Marie, la Pie et le Duc de Fronsac restèrent ancrés dans la rivière Richelieu. Les marins de ces vaisseaux vinrent faire le service de l'artillerie de la ville assiégée. —

Ces vaisseaux aidèrent considérablement M.

de Lévis à prendre sa glorieuse revanche de Sainte-Foy. Ils trancportèrent les munitions de l’armée à quelques lieues de Québec d'où on les porta par terre à Sainte-Foy.

Après la bataille de Sainte-Foy, la petite flotte française se tint dans les environs de Québec, afin d’opérer des reconnaissances au profit de M. de Lévis. = l Le 15 mai 1760, deux navires de guerre anglais, le Vanguard et la Diana, arrivaient devant Québec. Avec le Porcupine, qui avait hiverné à Québec, et une couple d’autres

vaisseaux de moindre tonnage. l’arrivée du,

Vanguard et de la Diana donnaient une grande supériorité à la flotte anglaise. M. de Lévis envoya immédiatement avertir M. Vauquelain de remonter le fleuve avec ses frégates

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Marie et la Pie. Ces quatre vaisseaux étaient ‘

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et ses transports. Malheureusement, une tempete empêcha l'officier de faire parvenir à temps le message à Vauquelain.

Laissons la parole à M. Faucher de Saint- Maurice qui met tant de chaleur dans son récit lorsqu'il s’agit de gloritier * France et tout ce qui lui touche :

Le 16 mai 1760, au point du jour, un vaisseau de ligne et deux frégates anglaises appareillèrent et se trouvèrent dans un clin d'œil sur nos frégates. Elles prirent chasse. La Pomone s’échoue à Sillery. Vauquelain signale alors aux petits bâtiments de s'échouer à l'entrée de la rivière du Cap-Rouge, et luimême appuyé par la brise, va en faire autant à la Pointe-aux-Trembles.

La, pendant deux heures, par le plus beau temps du monde, lorsque les feuilles s’ouvraient au printemps et que le soleil fait verdoyer la campagne, Vauquelain supporte le feu des deux frégates anglaises, leur rendant coups pour coups. Mais ses munitions s’épuisent. L’Atalante est désemparée ; les boulets trouent ses œuvres vives, les débris des mâts jonchent le pont, et il ne lui reste plus que son mât d’artimon. Vauquelain y grimpe, cloue son pavillon au tronçon du mât, fait mettre dans les chaloupes les hommes qui sont encore en état de

HE se battre, leur ordonne d'aller rejoindre le

ee général de Lévis, puis lui, morne, le cœur gros,

4 le visage noir de poudre, il vient se coucher au milieu de ses blessés, au pied du drapeau.

D pleure. Tous ses officiers sont tués, son équipage est décimé : il ne lui res’ pas une

- seule gargousse dans la sainte barbe, et l’Anglais tire toujours sur l Atalante

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= La mer, cette tombe glorieuse et silencieuse du marin, ne vint pas sur Vauquelain.

Le pavillon fleurdelysé continuait toujours à flotter à l’artimon brisé de l' Atalante, et le Leostoff et la Diana tiraient toujours. Enfin lee Anglais se décident à aborder ce mystérieux vaisseau, qui brûle par l’avant.' Pas un mou- ö vement ne se fait à bord du navire français:

on n'entend que les erépi: ments de la flamme qui fait lentement son œuvre. Les Anglais + grimpent à l’abordage. Ils aperçoivent Vauquelain en grande tenue et sans épée ; il l’avait jetée dans le Saint-Laurent pour éviter de la 8 rendre. Le commandant de l' Atalante était i assis au milieu de ses blessés, au pied du pavillon. — Pourquoi n'amenes- vous pas vos couleurs, lui demande l'officier anglais?

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— * Si j'avais eu plus de poudre, je causerais encore avec vous, Monsieur, lui répond fièrement Vauquelain. Quant à mon drapeau, si vous voulez le prendre, vous n'avez qu'à monter le déclouer. Mon devoir de Français est non pas de l’amener, mais de faire p'uener ceux des ennemis de mon pays.

‘“ L'officier qui venait d’amrsiuer Daun fit alors embarguer Vauquels.n de #3 nière, envoya mettre ; terre l:; der monta lui-même déclouer le »: villo: % Fang.

“La frégate française n'avait que seize canons, le vaisseau anglais en portuit quarar et le combat qu’il eut à soutenir av: ‘‘.i’clante fut si rude qu’il sombra le lendemain. Qutre le Leostoff, capitaine Deane, Vauquelain ce jourlà avait eu maille à découdre avec le Vanguard, commodore Swanton, et la Diana, capitaine Schomberg.

Le commodore Swanton reçut Vauquelain,

à Qu‘bec, en héros.— Je suis tellement émerveillé de votre défense, lui dit ce brave officier, que je vous prie de me demander sans contrainte, ce qui peut vous être le plus agréable. Vauquelain lui répondit : — Ce que je priserais par-dessus tout, commodore, c'est ma liberté et la permission de rentrer en France.

Et les documents anglais de l'époque ajoutent :

“L’amiral considérait si grandement cet officier, qu’il donna l’ordre d’armer de suite un navire pour le mener en Europe, avec ordre au capitaine d’obéir à Vauquelain et de le débarquer dans le port français qu'il lui plairait. II lui laissait de plus le choix à faire parmi les Français qu'il désirait voir rapatrier avec lui, sur ce vaisseau.” 5

M. de Berryer était alors ministre de la marine en France. Voyons comment il reçut le héros. =

A la duchesse de Mortemart, protectrice de Vauquelain, qui lui racontait ses prouesses et lui ‘demandait une promotion pour lui, il répondit : 5

Je sais que M. Vauquelain a servi le roi avec un zèle et un courage extraordinaires.

C'est un héros, mais ce n’est pas un noble, et j'ai une foule de fils de famille qui attendent après des promotions. M. Vauquelain appartenait autrefois à la marine marchande, je lui conseille d’y retourner.”

L'histoire a justement flétri ce ministre aussi incapable que bête.

Les drapeaux de Levis ont-ils été brulés à l’Ile Sainte-Hélène p

On parle, dans le moment, d'élever sur l’île Sainte-Hélène un monument au chevalier de Lévis brûlant ses drapeaux.

Louis Fréchette, dans un des plus beaux poèmes de sa Légende d’un peuple, nous fait. assister, sur l'historique île Sainte-Hélène, par un soir humide et triste de l’automne de 1760, à une scène vraiment sublime. Le gouverneur de Vaudreuil, obligé de remettre le pays aux Anglais, ordonne à M. de Lévis de mettre bas les armes. Le chevalier de Lévis pour éviter à ses héroïques soldats une humiliation non méritée fait allumer un grand brasier et tour à tour les régiments français viennent y jeter leurs dra-

La poésie, fille de l'imagination, s'éloigne souvent de la vérité. Les drapeaux des régiments de Lévis ont-ils été brûlés sur l'île Sainte- Hélène ?

Après sa glorieuse mais inutile victoire de Sainte-Foy, lorsqu'il vit que la mère-patrie

abandonnait la Nouvelle-France, Lévis se replia sur Montréal. ;

Dans la nuit du 6 septembre 1760, une assemblée fut tenue chez le marquis de Vaudreuil. Les principaux officiers de l’armée étaient présents. :

Amherst s’avançait avec une armée de quinze mille hommes, Murray avait sous ses ordres quatre mille hommes et l’armée du lac Champlain forte de dix mille joindre à ces dixheures d’avis.

Çais contre dix

étaient épuisées, les

Pas encourageante.

Bigot lut un mémoire sur la situation de la colonie et soumit à l’assemblée un projet de capitulation rédigé par lui. Tous pensèrent comme Bigot, qu'il était préférable d'obtenir une capitulation avantageuse que de faire une défense opiniâtre qui ne dffférei sit que de quel. ques jours la perte de la colonie. Bougainville fut envoyé auprès de Amherst pour proposer une suspension d' armes d'un mois. Celui-ci

refusa et donna six heures à Vaudreuil pour en venir à une détermination. N

On envoya à Amherst le projet de capitulation préparé par Bigot.

Le premier article de ce projet se lisait comme suit : : = „Vingt-quatre heures après la signature, le général anglais fera prendre, par les troupes de Sa Majesté Britannique, possession des portes de la ville de Montréal et la garnison anglaise ne pourra y entrer qu'après l'évacuation des troupes françaises.”

Amherst écrivit à la marge:

“ Toute lu garnison de Montréal doit mettre.

bas les armes et ne servira point pendant la présente guerre.

‘ Immédiatement après la signature de la présente, les troupes du roi prendront possession des portes et posteront les gardes nécessaires pour maintenir le bon ordre dans la ville.”

Presque tous les autres articles furent accor-

Cet article était humiliant. M. de Bougainville fut envoyé pour faire des représ 1tations à Amherst, qui ne voulut rien entendre. Dans la nuit, on envoya M. de la Pause pour lui de-

mander d’ajouter à cet article “ que l’armée.

pourrait servir en Europe. Amherst demeura inflexible.

C'est alors que M. de Lévis présenta le mé- : moire suivant à M. de Vaudreuil : .

Aujourd'hui, 6 septembre,

M. le marquis de Vaudreuil, gouverneurgénéral de la N ouvelle-France, nous ayant communiqué les articles de la capitulation qu'il a proposée au général anglais pour la reddition du Canada et les réponses à ses lettres, et ayant lu dans les dites réponses que ce général exige pour dernière résolution que les troupes mettent bas les armes et ne serviront point pendant tout le cours de la présente guerre, nous avons cru devoir lui représenter, en notre nom et en celui des officiers principaux et autres des troupes de terre, que cet article de la capitulation ne peut être plus contraire au service du Roi et à l’honneur de ses armes, Puisqu'il prive l’état du service que pourraient lui rendre, pendant tout le cours de la présente guerre, huit bataillons de troupes de terre et deux de celle de la marine, lesquelles ont servi avec courage et distinction, service dont l’État ne serait pas privé si les troupes étoient prisonnières de guerre et même prises à discrétion. 5

En conséquence, nous demandons à M. de Vaudreuil de rompre présentement tout pour-

parler avec le général anglais et de se déterminer à la plus rigoureuse défense dont notre position actuelle puisse être susceptible.

Nous occupons la ville de Montréal qui quoique très mauvaise et hors d’état de soutenir un siège, est à l’abri d’un coup. de main et ne peut être prise sans CANON. Il seroit inou] de se soumettre à des conditions si dures et humiliantes pour les troupes sans être canonnés.

« D'ailleurs, il reste encore assez de munitions pour soutenir un combat, si l'ennemi voujait nous attaquer l’épée à la main, et pour en livrer un, si M. de Vaudreuil veut tenter la fortune, quoique avec des forces extrêmement disproportionnées et peu d’espoir de réussir.

Si M. le marquis de Vaudreuil, par des vues politiques, se croit obligé de rendre présentement le colonie aux Anglais, nous lui demandons la liberté de nous retirer avec les troupes dans Ine Sainte-Hélène, pour y soutenir en notre nom l’honneur des armes du Roi, résolus de nous exposer à toutes sortes d’extrémités plutôt que de subir des conditions qui nous y paraissent si contraires.

“Je prie M. le marduis de Vaudreuil de mettre sa réponse par écrit au bas du présent mémoire,

(Signé) Le chevalier de Lévis.”

— in laphanrnte en diéggtramens ere

M. de Vaudreuil répondit au mémoire du chevalier de Lévis par les lignes suivantes:

“ Attendu que l'intérêt de la colonie ne nous permet pas de refuser les conditions proposées

par le général anglais, lesquelles sont avanta-

geuses au pays dont le sort m'est confié, j’ordonne à M. le chevalier de Lévis de se conformer à la présente capitulation et faire mettre bas les armex aux troupes. À Montréal, le 8 septembre 1760.

(Signé) Vaupeeuiz ”.

C’est sur la réception de l’ordre formel de M. de Vaudreuil que le chevalier de Lévis donna instruction aux différents régiments de brûler œurs drapeaux. Il note lui-même le fait dans son journal, à la date du 8 septembre 1760:

M. le chevalier de Lévis voyant avec douur que rien ne pouvait faire changer la déter- -aination de M. le marquis de Vaudreuil, vou-

lant épargner aux troupes une partie de l’humi.

liation qu’elles allaient subir, leur ordonna de brûler leurs drapeaux pour se soustraire à la dure condition de les remettre aux ennemis ?” .

Hubert LaRue, dans son Histoire populaire du Canada, et M. Auguste Achintre, dans L Ile

Journal des campagnes du chevalier de Lévis, p. 308.

Sainte-Hélène, son passé, son présent, son avenir, disent expressément que l’autodafé ordonné par M. de Lévis eut lieu sur Pille Sainte-Hélène. Rien dans le Journal, les lettres et rapports du chevalier de Lévis et les relations du temps n’indiquent que la chose se soit passée sur l’île Sainte-Hélène.

À la date du 8 septembre 1760 il n’y avait que cents hommes sur l'ile Sainte-Hélène.

Le reste de l’armée était campé un peu partout . sur l'île de Montréal. Il est donc plus que probable que chaque régiment ou bataillon fit brûler ses drapeaux où il se trouvait campé.

Quelques-uns des drapeaux des régiments français échappèrent même à la destruction le 11 septembre 1760, le général Amherst écrivait au colonel Haldimand. à qui il avait donné le commandement de Montréal, que les drapeaux français qu'on avait vus récemment devaient être livrés. M. de Vaudreuil, ajoutait-il, sera averti qu'il faut les trouver, si non, tous les baggages seront visités :. 5 Labbé Ferland dit à ce sujet:

“ En prenant possession de Montréal, le coonel Haldimand demanda les drapeaux des régiments français, ainsi que les drapeaux britanni-

I Collection Haldimand, vol. 1er, p. 7.

ques tombés entre leurs mains dans le cours de la guerre. Ils refusèrent de rendre les premiers, déclarant que, quoique chaque régiment eut apporté son drapeau en venant de France, ils les avaient trouvés incommodes et de peu ” d'utilité dans un pays couvert de bois, et les avaient détruits, Cette réponse fut comauniquée au marquis de Vaudreuil et au chevalier de Lévis, qui, sur leur honneur, déclarèrent qu’elle était vraie, et qui, ensuite, firent remettre les deux drapeaux anglais pris au commencement de la-guerre à Chouaguen, sur les régiments de Pepperel et de Shirley 1, :

Si les drapeaux des régiments français avaient été brûlés sur l’tle Sainte-Hélène, devant toute l’armée, MM. de Vaudreuil et de Lévis n auraient certainement pu faire la déclaration mentionnée par l’abbé Ferland. |

L'épisode de Lévis brûlant ses drapeaux sur Teile Sainte-Hélène est beau, grand, sublime même, mais ce n’est qu’une légende.

Ce qui est vrai, c’est que le chevalier dé Lévis demanda à M. de Vaudreuil de se retirer avec les troupes dans l'ile Sainte-Hélène, “pour y soutenir l’honneur des armes du Roi”. C'est sur le refus de M. de Vaudreuil de se rendre à

Cours d histoire du Canada, vol. II. p. 606.

cette demande que les drapeaux furent brûlés. Ces deux événements arrivés presque en même temps ont probablement donné naissance à la légende des drapeaux brûlés sur l'île Suinte- Hélène.

de ses régiments pour ne pas les rendre aux Anglais. Ces deux gestes méritent bien d'être comméméorés par le bronze. Pourquoi la statue ne s'élèverait-elle pas à File Sainte-Hélène plutôt qu'ailleurs ?

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