QE
La commission de M. Perrot se lisait comme suit:
‘“ Désirant pourvoir à la charge de gouverneur de l’île de Montréal, vacante par la démission du sieur de Maisonneuve, ci-devant pourvu de la même charge par messieurs de la Compagnie dite de Montréal, à la place desquels est à présent le Séminaire de Saint-Sulpice, et suivant le pouvoir attribué aux seigneurs de Montréal, par les lettres patentes du Roi :
nous, dûment informés de votre bonne vie et mœurs, dé vos talents, capacité, mérite et bonnes qualités avons fait choix de votre personne pour remplir et exercer la charge de gouverneur, de laquelle nous vous avons pourvu et
pourvoyons par ces présentes : espérant que
les habitants de cette île recevront de vos soins et de votre bonne conduite toutes sortes d’avantages et de satisfaction. Enjoignons à nos officiers et à nos justiciables de l’tle de Montréal qu’ils aient à vous recevoir et à vous reconnaître en cette qualité de gouverneur ; sans toutefois que vous puissiez prétendre aucuns gages ni appointements autres que ceux que le pays a accoutumé de donner.“
Perrot jugeant que la commission d’un particulier ne lui donnait pas un caractère qui
1 de Ville-Marie, registre des audiences, 13 juin
convint à un officier du roi, et craignant peut- : être que les services qu'il rendrait dans ce poste ne lui seraient pas comptés, obtint, par la haute influence de l’intendant Talon, oncle de sa femme, le 20 avril 1670, une commission du roi. Il était cependant expressément marqué, dans cette commission, qu'elle avait été donnée sur la nomination de M. de Bretonvilliers.
Le nouveau gouverneur n’arriva à Québec que le 18 août 1670 sur le navire qui ramenait Talon. II monta immédiatement à Montréal.
On connait les difficultés qui s’élèvèrent en 1674 entre M. Perrot et le gouverneur de Frontenac. Celui-ci garda Perrot en prison pendant quelques mois à Québec, puis l’envoya en France. . f 5
Le 10 février 1674, M. de Frontenac donnait la commission suivante à Thomas de La *’iuguère (Lanaudière) :
Les plaintes et les avis que nous avons eus de la mauvaise conduite du sieur Perrot, gouverneur particulier de l’île et de la ville de Montréal, et ses contraventions aux ordres de Sa Majesté et aux nôtres, nous ont obligé de le mander en cette ville et de nous assurer de sa personne. Comme la santé et l’âge du sieur
1 Édouard Richard, Supplément du Rapport du Dr
Brymner sur les Archives canadiennes, p. 53.
Dupuy, major du dit lieu, ne lui permettent pas d’agir avec toute la diligence requise pour faire arrêter et punir les coureurs de bois, et empêcher les autres désordres qui se commettent dans ce gouvernement : nous avons estimé qu'il était nécessaire d'y commettre quelque personne fidèle et agissante, et nous ne pouvons faire un meilleur choix que du sieur LaNauguère, qui, ayant fait paraître dans tous les emplois de guerre qu'il a eus en France et dans ce pays, beaucoup de zèle et d'affection pour le service de Sa Majesté, nous fait prendre une entière confiance en sa fidélité, sa capacité et sa bonne conduite, et nous donne lieu de croire qu’il fera exécuter les ordres du Roi et les nôtres avec soin et vigueur. Nous l’établissons donc commandant dans la ville et l’île de Montréal pendant que le sieur Perrot en sera absent, et jusqu’à ce qu'il en soit autrement ordonné par Sa Majesté ou par nous. Nous lui donnons pouvoir d’assembler, quand il le jugera bon, les officiers, bourgeois, habitants, soldats et milices de ces lieux, de leur faire prendre les armes et de veiller à ce qu'ils en apprennent le maniement, en faisant de temps en temps l’exercice ; comme aussi de terminer à l’amiable, autant qu'il se pourra, les différents des particuliers : e les désordres, les
pilleries, les violences, et principalement les courses et traites dans les bois, sans une permission expresse de nous par écrit ; de poursuivre et de faire arrêter les contrevenants, et de nous les envoyer sous bonne et sûre garde; de changer même de garnison, s’il le trouve à propos ; de casser ceux de qui la fidélité serait suspecte, d'en mettre d’autres à leur place; enfin de faire observer à tous une exacte discipline, et généralement de faire tout ce qu'il croira de meilleur et de plus avantageux pour le service de Sa Majesté, la conservation et la défense du pays, l’augmentation de la colonie, et pour maintenir les habitants de la ville et ceux de l’tle de Montréal en bonne intelligence et en union tant entre eux qu' avec les Sauvages. Nous mandons au sieur Dupuy, major, de faire reconnaître par les officiers et soldats de la garnison le sieur de La Nauguère en qualité de commandant, et ordonnons aux seigneurs, aux juges, aux officiers et aux habitants de toute l'étendue de ce gouvernement qu ils aient pareillement à le reconnaître en cette qualité, et à lui obéir en tout ce qu’il commandera pour le service de Sa Majesté et pour l'exécution de nos ordres.”
i Archives du séminaire de Ville-Marie, 10 février 1 74.
Comme les lettres de commandement données à M. de Lanaudière portaient atteinte au droit que les lettres patentes du roi de 1644 attribuaient aux seigneurs de Montréal de commettre tel capitaine ou gouverneur particulier qu'ils voudraient nommer, ceux-ci protestèrent juridiquement, au commencement de mars 1674, que, sans s’opposer à la commission de ce commandant, elle ne pourrait nuire à leurs droits ni tirer à conséquence.
A son arrivée en France, Perrot fut enfermé trois semaines à la Bastille, et le roi le renvoya ensuite dans son gouvernement de Montréal.
Le 10 avril 1684, Louis-Hector de Callières était nommé gouverneur de Montréal. Il arriva à Montréal dans l’automne de la même année.
M. de Callières conserva ce poste jusqu’au 20 avril 1699, date de sa nomination comme gouverneur de toute la NouvelleFrance.
1 M. de Belmont écrit dans son Histoire du Canada.
1084 M. de Mevlles, intendant, s'en retourne, M. de Champigny vient. Au retour de la guerre arrivèrent les vaisseaux, M. de Caïlières, M. Hénault des Rioux gouverneur de Montréal, et trois capitaines de vaisseaux.” II doit y avoir trans position dans cette dernière phrase. gouverneur de Montréal = devrait venir apres M. de
Chllières. M. Hénault des Rioux n’a jamais été gouverneur de Montréal.
ue —
En 1687, Calli res, qui avait fait partie de l'expédition de M. de Denonville contre les Iroquois, fut remplacé au gouvernement de Montréal par M. Provost, major de Québec.
Le 10 octobre 1698, Frontenac écrit au ministre que Grandpré commande aux Trois-Rivières en absence de Vaudreuil qui lui-même commande à Montréal pendant l'absence de Callières.
Le chevalier de Callières eut pour successeur Philippe de Rigaud, chevalier et plus tard marquis de Vaudreuil. Sa commission est en date du 28 mai 1699. =
En 1704, M. de Vaudreuil succédait à M. de Callières au gouvernement de toute la Nouvelle-France. Il fut remplacé au gouvernement de Montréal, en juin 1704, par Claude de Ramezay, gouverneur des Trois-Rivières. Celui-ci exerça cette charge pendant vingt ans, c'est-à-dire jusqu'à sa mort.,
Ce fut Charles LeMoyne, premier baron de Longueuil, qui succéda à M. de Ramezay comme gouverneur de Montréal. Sa commission est dûtée du 9 septembre. 1726. Mais nous croyons qu'il prit le gouvernement de Montréal aussitôt après la mort de M. de Rarnezay puisque, en octobre 1725, en sa qualité de gouverneur de Montreal (en vertu de l’Ordônnance de Sa Majesté du 28 janvier 1718) il
prenait l'intérim du gouvernement de la Nouvelle-France à cause de la mort de M. de Vaudreuil. II le garda jusqu'au 2 septembre 1726, jour de l'enregistrement à Québec des lettres de M. de Beauharnom comme gouverneur général. II retourna ensuite à Montréal, où il mourut le 7 juin 1729.
Le baron de Longueuil fut remplacé, en 1730, par son beau-frêre, Jean Bouillet de la Chassaigne. Ce dernier mourut à Montréal le 31 janvier 1733.
Montréal eut ensuite pour gouverneur M. :
Josué Boisberthelot de Beaucours mis à la retraite, en 1748, à cause de son grand âge.
Le 15 février 1748, Charles LeMoine, deuxieme baron de Longueuil, était nommé gouverneur de Montréal.
Cette même année 1748, Gaspard d’Adhémar de Lantagnac, major de Montréal, agit comme commandant pendant une absence de M. de Longueuil.
À la mort du gouverneur général de la . Jonquière, en 1752, M. de Longueuil administra la colonie, comme l'avait fait son père, jusqu’à larrivée de M. du Quesne au mois d'août 1752. Il mourut à Montréal le 17 janvier 1755. ©
D'ordinaire, le gouverneur des Trois-Rivières . remplagait celui de Montréal. Lorsque M. de
‘Longueuil mourut, le gouverneur des Trois-
Rivières était Pierre-François de Vaudreu:l,
sieur de Rigaud. Il obtint le poste, mais non
sans difficulté. De fortes représentations fu-
rent faites à la cour. Nous avons une de ces
notes sous les yeux :
„Le gouvernement de Montréal est très important en temps de paix, comme en temps de guerre. II est toujours le centre des négociations et de toutes les correspondances avec les Sauvages. C’est là particulièrement que se font tous les préparatifs pour les operations militaires. Le gouverneur général est obligé A par ces raisons d'y faire un voyage tous les ans; mais lorsqu'il n’y est pas, le gouverneur à particulier se trouve souvent dars le cas de prendre sur le champ son parti pour les objets les plus intéressants. be sieur de Rigaud, qui a de très bonnes qualités, ainsi qu’on l’observe dans un mémoire, n’aurait peut-être pas le temps dé recevoir les instructions et les ordres . du gouverneur général. On pense qu'il est à propos de le laisser dans le gouvernement des Trois-Rivières, dont il a bien rempli jusqu'à présent les objets qui sont simples, et de différer le remplacement de celui de Montréal jusqu'à -
l'année prochaine, afin de donner le temps de choisir un sujet que Sa Majesté puisse y destiner et sur lequel elle puisse même avoir des vues . ö pour le gouvernement général, quand il vien-
n dra à vaquer.“
* Le roi ne voulut pas prendre une décision 2 sans consulter le gouverneur général lui-même. 1 Celui- r déclara que si on nommait un autre 8 que son frère pour gouverneur de Montréal, * il serait forcé de le faire retirer du service en 2 demandant pour lui à Sa Majesté une retraite e honorable avec lo continuation du poste de la se Baie pendant tro! ans.“
as
1 Le 12 juin 1756, le gouverneur général, M.
5 de Vaudreuil, faisait de nouvelles instances auprès du ministre pour faire obtenir le gouver-
1 nement de Montréal à son frère. “II n'y a pas le d'inconvénients à craindre, disait-il, puisque s par les lettres patentes expédiées de l’année 3 dernière, le commandement de la Nouvelleve France est donné au marquis de Montcalm, le 2 arrangement qui est tenu secret, les lettres 1 patentes étant renfermées dans un paquet à dont l’intendant est le dépositaire et qui doit es 5 être ouvert qu en cas de mort du gouverneur là A général actuel.“
72 7 Archives du Canada, Correspondance générale, vol. 2
: An du Canada, Correspondance générale, vol., 101. e. 11.
M. de Rigaud appelé à se prononcer luimeme, répondit que cette place regardait le sieur d’Ailleboust, lieutenant de roi à Montréal, ou le sieur de Longueuil, lieutenant de roi à Québec. Il ajoutait qu’il préférait le second, “ parce qu’il a beaucoup plus d'expérience et de connaissance dans tout ce qui concerne le service de la colonie et qu’il a beaucoup de crédit sur les Sauvages particulièrement sur les Iroquois. Cette réponse était aussi modeste que digne.
La dernière démarche de M. de Vaudreuil n’était pas nécessaire. Le ler mai 1756, M.
de Rigaud avait été nommé gouverneur de 4
- Montréal. II remplit ce poste important à la
satisfaction de tous jusqu’à la fin du régime £ français au Canada. = :
Résumons par un tableau:
1 Paul pe CHoMEDEY DE MAISONNEUVE, .
gouverneur, 1641.
Louis d’Ailleboust, commandant, 1645-46.
Charles-Joseph d’Ailleboust des Musseaux, 1 commandant, 1651-53. : :
Lambert Closse, commandant, 1655-57.
Zacharie Dupuy, commandant, 1662.
1 On a donné Jean- tiste-Nicolas-Rocb de Ramezay 8 comme gouverneur de Montréal. II ne l’a jamais été. 5
Etienne Pezard de la Touche, commandant, 20 juin 1665.
1 Zacharie Dupuy, commandant, 23 octobre à 1665.
— 4 La Fredière, commandant, 1666.
Pierre de Saint-Paul de la Mothe, commane 4 dant, 1669.
e Michel-Sidrac Dugué de Boisbriand, com-
r mandant, 1670.1 a i
> 4 2° FranNçors-Marre PERROT, gouverneur, 13 juin 1669.
il Thomas de LaNauguëre (Lanaudière), com-