‹ Les petites choses de notre histoire [microforme]Chapitre 4 sur 32 · acte est disparu depuis longtemps · texte numérisé non relu

acte est disparu depuis longtemps

Nous croyons que le seul document signé par Champlain qui existe actuellement en Canada se trouve dans la Bibliothèque municipale de Mohtréal. II vient de la collection d’autographes de M. Philéas Gagnon.

Ce document est ainsi décrit dans le tome

L deuxième de l’ouvrage de M. Philéas Gagnon,

Essai de bibliographie canadienne :.

| Pièes et documents relatifs à la tenure seigneuriale, P. 224

Paris, le 15 mars 1619, étant une quittance mutuelle entre Champlain, Marie Camaret, sa À cousine, et Jacques Hersan, son mari, pour affaire de ces derniers avec Marguerite le Roy, mère de Champlain, 2 pp. in-folio. Signée à deux endroits par Champlain.”

Si nous ne faisons erreur, M. Gagnon avait à acheté cet autographe & la vente des livres ét — autographes de M. Gerald E. Hart, à Boston, en 1890, car il est mentionné comme suit dans- Catalogue of the Hart Collection : :

Champlain, Samuel de... A quittance of land in his native city of Brouage, signed also by Jacques Hersan, Marie Camaret, his wife, and others. Very fine, in perfect condition, and of excessive rarity.“

Descendants de Champlain P

M. Adolphe de Puibusque, un écrivain frangais de mérite, voyageant au Canada il yaune soixantaine d'années, eut une longue conversa- J tion avec la mère G. , qui tenait une modeste. 4 auberge à L’Ancienne-Lorette.

„La mère G. écrit-il, écartant avec fierté l’incognito que lui “infligent son nom et sa profession, nous a confié qu'elle descend en ligne directe du fondateur de Québec. Voici comment cette révélation est venue. On parlait rss sa. ; on aurait parlé d’allumettes chimiques

‘eau Raspail que la transition serait arrivée ni 5 — “ Du café 1 ah ! certes, je sais en faire de bon en le clarifiant avec des œufs"; c'est que, voyez-vous, le père de mon grand-père était is; c’est lui qui a découvert le Canada avec Jacques Cartier.

— “ Vraiment ! et quel était son nom?

— Monsieur de Champlain.

— “ Vous êtes une Champlain ?

Oui, monsieur.

— Je vous en félicite.

— * Etes-vous parente des Champlain, des Trois-Rivières ?

— Non, Dieu merci! ce ne sont pas des vrais Champlain ; nous seuls sommes les bons.

Mais qu’avez-vous fait de vos seigneur ries 8

— “ Je ne sais pas ce que c'est devenu; on avait toutes les terres jusqu'au Saguenay, … trente lieues de front sur la rive nord du Saint- Laurent; il paraît qu’elles ont été prises.

sous forme de généalogie, un plat d'anachronismes un peu trop épicé ; elle a supprimé les cinquante ou soixante ans qui séparent Jacques Cartier de Samuel de Champlain, et elle a introduit l'usage du café quelque trente ou quarante ans avant l’ ue où la marquise de Sévigné le signalait comme une nouvelle mode qui devait bientôt passer avec le goût du théâtre de Racine: En outre, Champlain, pour être le père de son grandpère, aurait dû vivre jusqu'au milieu du dixhuitième siècle, et il est mort en 1635, ce qui lui enlève environ 110 ans de la vie à la Mathusalem qu’elle lui a si libéralement accordée. Bagatelles que ces petites méprises-là.” La mère G. dont parle M. de Puibusque n’est . Pas un cas isolé. Combien en avons-nous rencontré de braves MM. de Champlain qui nous affirmaient avec la plus parfaite bonne foi qu’ils descendaient en ligne directe du fondateur de Québec ! Tous ou presque tous se plaignaient

de ces maudits Anglais qui les en avaient dépossé. | À 4

dés des terres et seigneuries qui avaient appartenu à leur illustre ancêtre !

Avons-nous besoin de dire que le fondateur de Québec n’a pas eu d'enfants. Ilest bien vrai

ER pu

que Sagard parle de madsmoiselle de Champlain que ses Hurons avaient vue à Québec vers 1623. Mais ceux qui ont conclu de ce passage de Sagard que Champlain avait une fille, oubliaient que sous le régime français les femmes de la petite noblesse étaient qualifiées de mademoiselle. C'est donc madame de Champlain que les Hurons avaient vue à Québec vers 1623.

Répétons avec l’abbé Ferland :

Pour nous, descendants de ses compagnons, qu'il regardait comme ses véritables enfants, nous pouvons dire, avec vérité, en changeant un mot à l’épitaphe de l'architecte Wren: Si familiam quæris, circumspice ””, — Si vous cherchez sa famille, regardez autour de vous.

Voyez ces villes populeuses, ces nombreux villages échelonnés sur toute la longueur du grand fleuve, ces campagnes feîtiles et prospères ; | voyez sur les bords du Saint-Laurent ce peuple : laborieux, intelligent et honnête ; voilà l’héritage de Champlain; voila sa véritable famille qui ne pourra s'éteindre et qui transmettra son nom, de génération en génération :.”

Les familles de Champlain que nous avons actuellement dans la province de Québec ne peuvent réclamer aucune parenté avec l'illustre

1 e our Les e de Notre-Dame de ou. p. 8.

Champlain. Elles peuvent cependant vanter avec orgueuil la pureté de leur origine.

Ces familles de Champlain descendent de deux souches différentes.

Les familles de Champlain de la région des Trois-Rivières ont eu pour auteur Etienne Pezard de la Touche. Les de Champlain établis sur la rive droite du bas Saint-Laurent à Rimouski, Sainte-Luce, Pointe- au- Père, etc., ete., descendent de François Volant de Chamblin, capitaine de navire. .

Coïncidence assez curieuse : ni l’un ni l’autre des auteurs des de Champlain canadiens ne

portaient le nom de Champlain. Voyons com- 8 ment ces familles ont adopté le nom de Cham-

plain.

Etienne Pezard de la Touche semble etre arrivé dans la Nouvelle-France en 1664 ou peu avant. En juin 1664, le gouverneur de Mey ordonne à M. de Maisonneuve d'aller le trouver 3 à Québec et il nomme à sa place, comme gouverneur de Montréal et commandant de la gar-

. nison, le sieur de la Touche, capitaine de la garnison des Trois-Rivières.” Le 8 août 1664, M. de Mézy et Mgr de Laval donnent à M. Pezard de la Touche la quantité d'une lieue et demie de terre de front, à prendre sur le grand fleuve Saint-Laurent, depuis la ri- à

— — vière Champlain en montant sur le dit fleuve vers les dits Trois-Rivières sur une lieue de profondeur dans les terres

La plupart des seigneurs canadiens donnaient leur nom à leurs seigneuries. M. de la Touche, probablement par modestie, désigna sa seigneurie sous le nom de Champlain.

M. Pezard de la Touche devint un personnage assez influent dans la colonie. En 1678, il fut un des vingt “ principaux et plus anciens habitants du pays qui furent appelés à donner leur avis sur le commerce au- de - vie avec les Sauvages. Avec quatorac 4 entre eux, il soutint que le commerce de l'eau - de · vie avec les Sauvages était nécessaire au bien de la colonie. Hâtons-nous de dire que ce ne fut pas ce qu'il fit de mieux ! Il cédait tout — 155 ment aux préjugés du temps.

Nous n’avons pas la date exacte de la mort de M. Pezard de la Touche. Il est possible qu’il soit mort au cours d’un voyage en France ou encore dans une expédition guerrière. A tout événement, M. Pezard de la Touche était mort en 1697 puisque le 28 avril de cette année sa veuve se faisait accorder une augmentation de trois lieues de terre, en arrière de sa seigneu-

Insinuations du Conseil Souverain, cahier 2.

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rie de Champlain, par le gouverneur de Frontenac et l’intendant Bochart Champigny.

Les fils de M. de la Touche prirent peu à peu le nom de la seigneurie de leur père. Aujourd’hui, les descendants de Étienne Pezard de la Touche ne sont plus connus que sous le nom de Champlain.

François Volant de Chamblin, le premier ancêtre canadien des de Champlain du bas Saint- Laurent, vint dans la Nouvelle-France quelques années avant la conquête. Il était capitaine de navire. Le 30 janvier 1764, sa veuve, née Claire Jolliet, se remariait avec N icolas-Gaspard Boisseau. Les fils qu'elle avait eus de son premier mariage furent connus sous le nom de Vo- : : iant de Chamblin. Ce nom de Chamblin se transforma bientôt en Champlain. Les fa.

milles de Champlain qui descendent de François Volant de Chamblin se comptent aujourd'hui par centaines.

dt —

Le séjour des Hurons à l’Il d'Orléans =

Après la destruction ou la dispersion de la plus grande partie de la nation huronne, les survivants de cette malheureuse peuplade décidèrent de se rendre à Québec. Le 10 juin 1650, plus de trois cents Hurons quittaient leur pays en compagnie d’un certain nombre de Français et se mettaient en route pour Québec. Le parti français se composait de treize prêtres, quatre frères lais, trente-deux donnés, onze domestiques, quatre jeunes garçons et six soldats.

La caravane entière, à part quelques Hurons qui s'étaient arrêtés aux Trois-Rivières, arriva à Québec le 28 juillet 1650. Les réfugiés se campèrent sous la protection du fort, dans le voisinage immédiat de l’Hôtel-Dieu. Ils restèrent huit mois en cet endroit.

Le 19 mars 1651, les RR. PP. Jésuites louaient de Éléonore de Grandmaison, veuve de François de Chavigny de Berchereau, une par. ie de sa seigneurie (plus tard connue sous le nom de fief Beaulieu) de l’île d'Orléans pour y établir les Hurons.

Six jours plus tard, le 25 mars 1651, le Père Chaumonot, missionnaire des Hurons, prenait

prises de la part de leu

un 2 —

formellement Possession des terres louées de Éléonore de Grandmaison.

Le 29 mars 1651, tous les Hurons campés à Québec depuis le 28 juillet 1650 et les Hurons établis à Sillery se rendaient à l’île d'Orléans. Les Relations des Jésuites disent que les Hurons étaient au nbmbre de 500 ou 600 sur l’tle d’Orléans.

Le 26 septembre 1651, la nouvelle arrivait à Québec que trente-six canots de Hurons, habitants de Ekaenloton, près de l’le Manitouline, étaient en route pour rejoindre les Hurons de l’île d'Orléans. La Relation de 1651. nous

apprend leur arrivée à l’île d'Orléans.

Le 26 avril 1654, la plupart des Hurons qui à différents temps s'étaient établis aux Trois- Rivières se joighaient à leurs compatriotes de l’île d'Orléans.

Le 20 mai 1656, un parti d’Iroquois montés dans quarante canots débarquaient sur Pile d'Orléans et surprenaient les Hurons alors occupés à travailler dans leurs champs. Soixanteonze Hurons furent tués ou faits prisonniers.

Les pauvres Hurons, craignant d’autres surrs cruels ennemis, décinouveau un refuge à

dèrent de chercher de

Québec. Le 4 juillet 1656, toute la colonie se transportait à Québec.

Le séjour des Hurons sur la terre de É'éonore de Grandmaison à l’tle d'Orléans avait duré du 29 mars 1651 au 4 juillet 1656, soit cinq ans, trois mois et quelques jours .

À la Mer du Nord par le Saguenay en 1661 8

Sous le régime frangais la baie d' Hudson était plutôt connue sous le nom de Mer du Nord.

En 1641, le Père de Quen, Jésuite, s'était rendu jusqu’au lac Saint-Jean, Dix ans plus tard, en 1651, le Père Buteux, un autre Jésuite, remontant le Saint-Maurice, avait été chez les Attikamègues, à la hauteur des terres, où la rivière Matawin prend sa source.

Avenir jusqu’à 1661, aucun Français ne s’

tait aventuré plus au nord, par l’intérieur des terres.

Enn 1660, un Algonquin qui s'était rendu jus- 1. Pou nnaître | 10 ä | rons on er consulter le Où

tions. subséquentes des Hu- Huronia du R. P. Jones, S. J.

| | [il

qu’à la baie James et y avait rencontré un bon nombre des gens de sa nation, revint au Saint- Laurent par le Saguenay.

Le voyage de cet Algonquin inspira à deux Jésuites, les Pères Dablon et Druillettes, l’idée de se rendre à la Mer du Nord (baie d' Hudson) par la même voie.

Après en avoir obtenu la permission de leur s 1périeur, les deux Pères laissèrent Québec pour Tadoussac, le 11 mai 1661.

A Tadoussac, les Pères furent arrêtés trois semaines par une sorte de maladie contagieuse qui se déclara parmi les Sauvages. Cette maladie, jusqu'alors inconnue, enlevait la plupart de ceux qui en étaient saisis. Ils expiraient dans des convulsions épouvantables qui les rendaient plus forts que trois ou quatre hommes ensemble lors même qu’ils avaient l’âme sur le bout des lèvres ”’. a

Le mal s'étant un peu relâché, les Pères partirent de Tadoussac pour remonter le Saguenay, le ler juin 1661. L'expédition se composait de quarante canots.

On prit six jours pour franchir la distance entre Tadoussac et Chicoutimi. La maladie ralentissait les avirons des Sauvages.

Les Pères racontent ainsi leur arrivée à Chicoutimi :

Le sixième (jour), nous arrivons de bonne . heure à Chicoutimi, lieu remarquable pour être Je terme de la belle navigation et je commencement des portages, c'est ainsi que nous appelons les lieux où la rapidité et les chutes d’eau obligent les nautonniers de mettre à terre et de porter sur leurs épaules leurs canots et tout l'équipage Pour gagner le dessus du saut.

Nous commençâmes done en ce lieu-ci, de porter réciproquement nos petits vaisseaux, qui nous avaient portés jusqu' alors, et cela près d’une lieue de chemin.” Voyageurs entrèrent ensuite dans une rivière qui les conduisit à un lac fort étroit mais long de neuf lieues, que les Sauvages appelaient lac Long (Kénogami). De Chicoutimi à ce lac les Sauvages avaient portagé six fois. La nuit du neuvième jour fut passée sur le bord de ce lac, à la belle étoile. HA Le lendemain, on continua le voyage. Du | lac Long on passa dans une petite rivière, puis dans une autre un peu plus enflée, : Vint ensuite le lac Saint-Jean dont les Pères disent : N Ee lac est d’un bel aspect, parsemé de quel- } ques fler, vers son embouchure, après lesquelles il étend doucement ses eaux, sur un beau sable, qui le termine tout en rond, tirant un peu sur

l’ovale : il a sept à huit lieues de diamètre. Il paraît comme couronné d'une belle forêt qui met ses rivages à l'ombre, et de quelque côté qu'on le regarde, il fait comme une scène verdoyante et comme un beau théâtre naturel de vingt lieues de tour. Il n’est pas bien profond, vu la quantité ‘de rivières qui s’y dégorgent, et qui le devraient grossir davantage, puisqu'il n’a qu’une décharge, qui fait le fleuve du Saguenay dont il est la source.“ 8

Ici, les Sauvages, charmés de la beauté du

lieu, décidèrent de se reposer sept ou huit jours.

Avant de continuer leur route, les Pères eurent le bonheur de donner le baptême à huit Sauvages. On avait dressé pour ce grand acte une petite chapelle champêtre.

Du lac Saint-Jean, les voyageurs entrèrent dans une rivière que les Pères nommèrent Saint- Sacrement (Chamouchouanne). Elle était coupée par six sauts · qui obligèrent à autant de portages.

Le vingt-troisième jour après le départ de Tadoussac, on rencontra des rapides très dangereux et rudes à passer. Heureusement les eaux étaient basses, ce qui rendit le passage assez facile.

Enfin après avoir passé des lacs, des montagnes, des rivières, des rochers, le vingt-neu- —

vième jour après le départ de Tadoussac, on arrivait à Nebouka, qui se trouvait, à l’estime des Pères, à mi-distance entre Tadoussac et la Mer du Nord.

Nebouka était un lieu célèbre à cause d’une foire qui s’y tenait tous les ans, à laquelle tous les Sauvages d’alentour se rendaient pour leur petit commerce.

Un: soixantaine de Sauvages y attendaient les Fères. Leur arrivée fut saluée par des cris d’allégresse, des chants. des harangues, des coups de fusil. :

A Nebouka, les Pères baptisèrent quelques Sauvages et en confessèren. plusieurs qui avaient déjà reçu le baptême, mais qui étaient dans les bois depuis plusieurs années.

Les Pères apprirent à Nebouka, une nouvelle:

qui les désappointa beaucoup. Les féroces Iro-

quois venaient de détruire la nation des Escurieux et avaient jeté un tel effroi parmi les nations circonvoisines que toutes elles s'étaient dispersées. Les Sauvages qui conduisaient les Pères, épouvantés, craignant d’avoir le même sort, refusèrent d’aller plus loin, et décidèrent de revenir sur leurs pas. Les Pères n’avaient donc d’autre alternative que de les suivre.

Le retour se fit par la même voie. On rencontra les mêmes écueils, on franchit les mêmes sauts et on subit les mêmes misères.

Le 27 juillet 1661, les Pères Dablon et Druillettes étaient de retour à Québec.

Une prétendue attestation du Père Dablo datée de Montréal, le 3 mai 1662, dit que MM. de la Vallière, Guyon-Desprez, Couture et François Pelletier l'accompagnaient dans son voyage de 1661 et qu'ils se rendirent jusqu’à la baie d'Hudson.

Feu J.-Edmond Roy, dans son Histoire de la seigneurie de Lauzon, a prouvé que cette attestation du Père Dablon était une pièce apocryphe fabriquée probablement dans le but d'établir que tes Français avaient pris possession de la baie d'Hudson avant les Anglais.

Nous avons une preuve absolument certaine qu'un des persomnages mentionné ici, LeNeuf de la Vallière, n’a pu faire le voyage de la baie d'Hudson en même temps que les Pères Dablon et Druillettes.

Nous venons de voir que les Pères partirent de Québec le 11 mai 1661 et qu’ils n’y furent de retour que le 27 juillet.

Or, précisément la même année 1661, le gouverneur de Courcelles faisait son célèbre voyage au lac Ontario. Il quitta Lach: ne pour cette

expédition le 3 même mois.

M. LeNeuf de la Vallière était un des officiers qui l’accompagnaient dans ce voyage. Il n’a donc pu faire le voyage du Nord en 1661.

Chose curieuse, ni M. Roy, ni aucun de ceux qui ont nié le voyage de la Vallière, Guyon- Desprez, Couture et François Pelletier au Nord en 1661, n'a mentionné cet épisode de la randonnée de M. de la Vallière au lac Ontario.

C'était pourtant une preuve de premier ordre en faveur de leur thèse.

juin 1661, et y revint le 17 du

Les boucliers des sauvages Canadiens

lain élevée W- Vork, a

L'opinion de Champlain là-dessus est un témoignage de première valeur. C'est un témoin qui a vu.

On sait qu'en 1609 Champlain accompagna ses alliés hurons et algonquins dans une expédition contre leurs ennemis, les Iroquois.

Champlain raconte ainsi le combat qui eut lieu non loin de Saint-Frédéric (Crown Point) :

‘‘ Aussitôt que fusmes à terre, ils commencèrent à courir quelques deux cents pas vers leurs ennemis qui estaient de pied ferme, et n’avaient encore aperçu mes compagnons, qui s’en allèrent dans le bois avec quelques sauvages. Les nôtres commencèrent à m’appeler à grands cris : et pour me donner passage ils s’ouvrirent en deux, et me mis à la tête marchant quelque 20 pas devant, jusqu’à ce que je fusse à quelque 30 pas des ennemis, où aussitôt ils m'apergurent et firent halte en me contemplant, et moi eux. Comme je les vis ébranler pour tirer sur nous, je couehai mon arquebuse en joue, et visai droit à un des trois chefs, et de ce coup il en tomba deux par terre, et un de leurs compagnons qui fut blessé, qui quelque temps après, en mourut, J'avais mis quatre balles dedans mon arquebuse. Comme les nôtres virent ce coup si favorable pour eux, ils commencèrent à jeter de si grands cris qu’on eut pas oul tonner ; et cepen-

dant les flèches ne manquaient de côté et d'autre. Les Iroquois furent fort étonnés, que si Promptement deux hommes avaient été tués, :

bien qu'ils fussent armés d'armes tissues de fil de coton et de bois à l'épreuve de leurs ‘flèches 1. Voilà qui établit bien, est-ce pas, que les uois se servaient d'une espèce de bouclier Pour se protéger contre les flèches de leurs ennemis. 0 N

L'année suivante, en 1610, Champlain accom- Pagna de nouveau les Montagnais et les Algonquins dans une expédition contre les Iroquois.

La rencontre eut lieu le 19 juin, près de la rivière des Iroquois.

‘‘ Cependant, dit Champlain, après avoir fait demie lieue, en traversant la rivière tous les sauvages mirent pied à terre et abandonnant leurs eanots prirent leurs rondaches, arcs, flèches, D massues et épées, qu'ils amanchent aux bouts de

grands bâtons et commencèrent à prendre leur course dans les bois.“ : 8

Champlain ne

boucliers

carte géographique de la avec des gravures sur bois

Tes Voyages du sieur de Champlain, 3 Idem. : = *

eee

de sauvages, de fruits, de légumes, de poissons, etc. du pays. L'une de ces gravures représente très exactement un Montagnais portant son bouclier ou rondache attaché au bras droit.

Voyons maintenant ce que les premiers missionnaires de la Nouvelle-France dit des boucliers des Sauvages.

Le Père Gabriel Sagard, dans son Grand voyage du pays des Hurons (publié en 1632), parlant des armes des Sauvages, écrit :

Pour leurs armes, ils ont la massue et l' are, avec la flèche empennée de plumes d'aigles, comme les meilleures de toutes, et à fuute d'icelles ils en prennent d'autres. Ils y appliquent aussi fort proprement des pierres tranchantes collées au bois, avec une colle de poisson très forte, et de ces flèches ils en emplissent leurs carquois, qui est fait d’une peau de enien passée, qu'ils portent en écharpe. Ils portent aussi de certaines armures et cuirasses, qu'ils appellent aguientor, sur leur dos, et contre les jambes, et autres parties du corps, pour se pouvoir défendre des coups de flèches : car elles sont faites à l’épreuve de ces pierres aigues ; et non toutefois de nos fers de Kébec, quand la flèche qui en est accommodée sort d’un bras raide et puissant comme est celui d’un Sauvage ; ces cuirasses sont faites avec des baguettes

blanches, coupées de mesure, et serrées l’une contre l’autre, tissues et entrelncées de cordelettes, fort durement et proprement, puis la rondache ou pa vois et l'enseigne ou drapeau, ' qui est (pour le moins ceux que j'ai vus) un morceau d'écorce rond, sur lequel les armoiries de leur ville ou province sont dépeintes et attachées au bout d'une longue baguette, comme une cornette de cavalerie.”

Dans la Relation de ce qui s'est passé en la Nouvelle-France en l'année 1633, le Père Jésuite Faul LeJeune, supérieur de la résidence de

Québec, parlant d'un Sauvage montagnais, écrit : 5

Le mesme jour, le Sauvage Manitougache, autrement La Nasse, retournant de la chasse aux ours, s'en vint souper et coucher doucement chez nous. Ayant bien mangé, il commence en riant à frapper doucement son ventre tout nu, disant {a10né6 nikifpoun, en vérité je suis saoul. Voilà comment ils remercient leurs hôtes de la bonne chère qu’on leur a fait. quand ils disent nibiſpoun, je suis saoul, c'est-à-dire qu’on les a bien traités. Il portait avec. soi un fort grand bouclier fort long et fort large; il me couvrait tout le corps aisément et m'allait depuis les pieds jusques à la poitrine ; ils le relèvent et s’en couvrent entièrement : il était fait d'une

— ie neo

En munies

seule pièce de bois de cèdre fort léger ; je ne sais : comme ils peuvent doler une si grande et si large planche avec leurs couteaux ; il était un petit (peu) plié ou courbé pour mieux couvrir le corps, et afin que les coups de flèches ou de massues venant à le fendre, n’emportassent la pièces il: l'avait cousu haut et bas avec de la corde faite de peau ; ils ne portent point ces boucliers au bras, ils passent la corde qui les soutient sur l'épaule droite, abriant le côté gauche; et quand ils ont tiré leur coup, ils ne font que retirer le côté droit pour se mettre à couvert.” 5 Dans la Relation de ce qui s'est passé en la Nouvelle-France en l’année 1637, le Père LeJeune: fait de nouveau allusion aux boucliers des Sau-

vages. Racontant une espèce de panique causée .

chez les Hurons par une troupe d’Iroquois signalée dans le voisinage, il écrit : :

On laisse entrer les Montagnais et les Hu- 5

rons dans le fort ou plutôt dans notre réduit

pour les assurer. Ces pauvres gens s’animent, chacun prend qui une épée, qui un bouclier, qui une hache, qui un couteau, qui une perche: .”

Dans la Relation de ce qui s’est passé en la Nouvelle-France en l’année 164?, le Père Barr; thélemy Vimont raconte une bataille livrée aux 8 5 Iroquois par les Français et les Hurons :

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F. iS 74828

8 que n grand Iroquois portant un panache, dit-

| il, ou une espèce de couronne de poil de cf teint en écarlate, enrichi d’un collier di porceline, s’?-ançant trop, est couché par te: re tou-

| raide 1 srt d'une mousquetade. Un autre re- Fut sept postes dans son bouclier, et bien autant dans son corps. . . L'un d’eux grandement blessc, jette son arquebuse et se sauve, l’autre abansa- masse d' armes; plusieurs quittent

leurs boucliers, trouvant plus d' assurance en

leurs pieds, qu en leurs -rondaches. . ”

/ J Un peu plus loin, le Pere Vimont nous fait

assister à 3 sauvage puis à une représentation de diverses rencontres d'ennemis, homme à homme. Il raconte ainsi cette derière scene:

un poursuivant son ennemi, la hache en mai pour lui porter la mort, à meme temps, A semble la recevoir lui - meme perdant son avanze: il le reprend et après mille feintes, toutes en cadence, terrasse enfin son homme et refourne victorieux. Un autre, dans des mouvents divers, fait son escrime l'épée en imain ; Jui-ci est armé de flèches, son ennemi se pare . > rondache qui le couvre et lui porte un Coup de massue. ”

mont nous fait assister au départ d’une troupe

d'Algonquins qui sen vont porter la guerre chez les Iroquois.

Les uns, dit-il, avaient le visage peint de rouge, les autres de noir, quelques-uns de toutes les couleurs ; ils avaient des épées amanchées en forme de demi-pique, plusieurs avaient des corselets, piqués et entrelacés de petits bâtons, les autres avaient des boucliers faits de bois.

Le 20 septembre 1645, le gouverneur de Montmagny tient une assemblée entre les Français. les Algonquins, les Hurons et les Iroquois pour conclure la paix. II fait des présents à tous.

Le neuvième présent fut fait aux Iroquois.

Le neuvième, nous dit la Relation de ce qui s'est passé en la Nouvelle-France ès-années 1644 et 1645, pour arracher leur bouclier de dessus leur dos où ils le portent ordinairement, l’avançant ou l’éloignant comme ils veulent dans le combat. ” =

Le 19 août 1652, Duplessis-Kerbodot, gouverneur des Trois-Rivières, en faisant la chasse aux Iroquois est tué avec quinz? Français.

Plusieurs Français sont faits prisonniers par ces barbares. Quatre jours plus tard, on va visiter le lieu du combat et l’on trouve un bouclier ircquois sur lequel Normanville avait écrit ces paroles à l’aide d’un charbon : “ Norman-

chez

t de

ons,

ville, Francheville, Poisson, La Palme, Turgot, Chailion, Saint-Germain, Onnejochronnons et Agneekronons. Je n'ay encore perdu qu'un ongle. Normanville, jeune homme adroit et vaillant, qui entendait la langue algonquine et l'iroquoise, avait écrit ces paroles avec un charbon, dit le Relation de 1651-1652, voulant donner à entendre que les sept personnes dont on

voyait les noms étaient prises des Iroquois ap-

pelés Onnejochronnons et Agneekronons, et que l'on ne lui avait fait encore autre mal que de lui ar:acher un ongle.”

Dans le récit de son premier voyage vers le

Nouveau-Mexique en compagnie de Jolliet en

674, le Père Marquette rencontra un village nommé Mitchigamea. Les Sauvages qui l’habitaient vinrent au-devant des Français. “Ils étaient, dit-il, armés d’arcs, de flèches, de hahes, de massues et de boucliers...”

En 1676-1677, le Père Claude Allouez hiverne hez les Illinois. II parle ainsi de ces Sauva-

ges: g

Ces Sauvages sont fiers de leur naturel,

hardis et vaillants. Ils ont guerre avec 7 ou 8 sortes de nations, ils ne se servent pas de fusils

parcequ'ils les trouvent trop embarrassants et

„ Manuscrit dans les archives du collège Sainte-Marie, Montréal. =

trop lents, ils en portent néanmoins quand ils vont contre les nations qui n’en savent pas l’usage pour les épouvanter par le bruit et les mettre en déroute. Ils ne portent ordinairement que la massue, l’arc et le carquois plein de flèches qu'ils décochent si adroitement et si promptement qu’à peine donnent-ils le loisir à ceux qui ont des fusils de coucher en joue. Ils portent aussi un grand bouclier fait de peau de bœuf sauvage à l’épreuve des flèches, dont ils se couvrent tout le corps.

Dans son ouvrage latin De regione et moribus Canadensium seu barbarorum Novae Francie, publié à Rome en 1710, le Père Jésuite Joseph Jouvency, expliquant les méthodes de guerre des Sauvages de la Nouvelle-France, décrit ainsi les boucliers dont ils se servaient :

“ Clypeos conficiunt è ligno dolato, plerumque cedrino ; paulum ad oras incurvos : leves, prælongos et peramplos, ita ut totum corpus protegant. Jam, ne jaculis aut securibus perrumpantur omnino ac dissiliant, eos intus consunt restibus ex animalium corio contextis, quæ totam clypei molem continent connectuntque. Non gestant è brachio suspensos, sed funem ex quo pendent, rejiciunt in humerum

1, Idem.

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