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si sensiblement, que ses compagnons étaient obligés de le porter comme un enfant, lorsqu'il descendait du canot. 5
Le 17 mai 1675, comme le canot s’approchait d’une rivière, sur le bord de laquelle il y avait une petite éminence, le Père Marquette dit à ses compagnons qu'il était rendu au lieu de son dernier repos, et les pria de le descendre à terre. Ceux-ci voulurent continuer mais le Père insistant, ils le débarquèrent et le couchèrent dans une méchante cabane d’écorce, après avoir allumé un feu pour réchauffer ses membres engourdis.
Lee découvreur du Mississipi avait dit vrai.
Il n’avait plus que pour quelques heures de vie.
Nous laissons maintenant la parole au Père Dablon, qui tenait le récit des derniers moments du Père Marquette de la bouche même des deux Canadiens qui l’avaient assisté.
Le Père étant ainsi couché à peu près comme saint François-Xavier, ce qu'il avait toujours souhaité avec tant de passion, et se voyant seul au milieu de ces forêts, car ses compagnons étaient occupés à débarquer, il eut loisir de répéter tous les actes auxquels il s’était entretenu pendant ces derniers jours.
“Ses chers compagnons s' tant ensuite ap-
prochés de lui tout abattus,il les consola et leur fit espérer que Dieu aurait soin d'eux après sa mort, dans ces pays nouveaux et inconn 8. II leur donna ses dernières instructions, les remercia de toutes les charités qu'ils avaient exercées en son endroit pendant tout le voyage, leur demanda pardon des peines qu'il leur avait données, les chargea de demander pardon aussi de sa part à tous nos Pères et Frères qui sont dans le pays des Outaouais, et voulut bien les disposer à recevoir le sacrement de Pénitence, qu'il leur administra pour la dernière fois. Il leur donna aussi un papier dans lequel il avait écrit toutes ses fautes depuis sa dernière confession pour le mettre entre les mains du Père Supérieur, afin de l’obliger à prier Dieu pour lui plus particulierement. Enfin il leur promit qu'il ne les oublierait point dans le paradis, et comme il était fort compassif, sachant qu’ils étaient bien las par les fatigues des jours précédents, il leur ordonna d’aller prendre un peu de repos, les assurant que son heure n’était pas encore si proche, qu'il les éveillerait quand il serait temps. Comme de fait, deux ou trois heures après, il les appella, étant tout près d’entrer dans l’agonie.
Quand ils furent approchés il les embrassa encore une fois pendant qu’ils fondaient en lar-
mes à ses pieds, puis il leur demanda de l'eau bénite et son reliquaire, et ayant lui-même ôté son crucifix qu'il portait toujours pendu à son col, il le mit entre les mains d’un de ses compagnons, le priant de le tenir toujours vis-à-vis de lui élevé devant ses yeux, et, sentant qu’il ne lui restait que fort peu de tempb à vivre, il fit un dernier effort, joignit les mains, et tenant toujours les yeux doucement attachés à son crucifix, il fit à haute voix sa profession de foi, et remercia la divine majesté de la grande grâce qu'elle lui faisait de mourir dans la Compagnie, d'y mourir missionnaire de Jésus-Christ et surtout d’y mourir comme il l'avait toujours demandé dans une chétive cabane, au milieu des forêts et dans l’abandon de tout secours humain.
Apres cela, il se tût, s'entretenant en luimême avec Dieu. II laissait néanmoins échapper de temps en temps ces mots : Sustinuit anima mea in verbo ejus ou bien ceux-ci: Mater dei memento mei, qui sont les dernières paroles qu'il prononga avant que d' entrer dans l’agonie qui fut très douce et fort tranquille.
Il avait prié ses compagnons de le faire souvenir quand ils le verraient près d’expirer de prononcer souvent les noms de Jésus et de Marie s’il ne le faisait pas de lui-même. Ils n’y manquèrent pas, et lorsqu'ils le crurent près de
passer l’un d'eux cria tout haut Jesus, Maria, ce que le mourant répéta distinctement et plusieurs fois et comme si à ces noms sacrés quelque chose se fut présentée à lui, il leva tout d’un coup les yeux au-dessus de son crucifix, les tenant collés sur cet objet qu’il semblait regarder avec plaisir, et ainsi le visage riant et enflammé, il expira sans aucune convulsion, et avec une douceur qu’on peut appeler un agréable sommeil ! ”’,
Ainsi mourut le 19 mai 1675, le Père Jacques Marquette, découvreur du Mississipi, dans la trente-huitième année de son âge, dont il avait passé vingt-une dans la Compagnie de Jésus.
La traite de l'eau- de- vie avec les Sauvages
Le 12 mai 1678, Louis XIV, par commission signée à Saint-Germain-en-Laye, ordonnait au gouverneur de Frontenac et à l’intendant Duchesneau conjointement avec le Conseil Souverain, d’assembler les vingt principaux et plus anciens habitants du Pays pour avoir leur avis