‹ Les petites choses de notre histoire [microforme]Chapitre 8 sur 32 · Relation des Jésuites · texte numérisé non relu

Relation des Jésuites

sur le commerce de l'eau-de - vie avec les Sauvages.

MM. d'Ailleboust de Musseaux, Dugué dé Boisbriand, LeBer de Saint-Paul, LeGardeur de Repentigny, Boucher, Saurel, Berthier, Jarret de Verchères, Crevier, Pezard de la Touche, Duplessis-Gatineau, Chorel Dorvilliers de Saint Romain, Robineau de Bécancour et de Portneuf, Charron, de Lestre de Wallon, Roger des Columbiers, Jolliet, Picoté de Bellestre, Saint- Ours et Saint-Pierre furent choisis pour donner cette consultation.

Le 26 octobre 1678, jour fixé pour la réunion, MM. Boucher, d'Ailleboust de Musseaux et Saint-Pierre ne s'étant pas rendus à Québec, quoiqu’avertis de s’y trouver, le Conseil Souverain les remplaça par les sieurs Cavulier de la Salle, Bourdon de Dombourg et Pelletier de la Prade.

Malheureusement, la plupart de ceux qui avaient été choisis étaient intéressés dans le peruicieux commerce de l’eau-de-vie. Quinze parmi eux soutinrent que la traite de l’eau-devie avec les Sauvages étaient absolument nécessaire au bien de la colonie. MM. LeBer de Saint-Paul, Duplessis-Gatineau, de Lestre de Wallon, Jolliet et Bourdon de Dombourg agi-

rent comme des hommes de caractère et se prononcèrent contre la traite avec les Sauvages :.

M. de La Tour, dans ses Mémoires sur la vie de Mgr de Laval, signale comme un coup de la veugeance divine la mort funeste ou violente

des vingt citoyens qui prirent part à cette délibération importante.

M. de La Tour a-t-il dit vrai ?

Laffirmation de l’abbé de La Tour n'est pas toute vraie. Ainsi MM. Duguè de Boisbriand.

Saurel, Duplessis-Gatineau, Chorel-Dorvilliers de St-Romain, Robineau de Bécancour, Claude Charron, de Lestre de Wallon, Roger des Colombiers moururent paisiblement dans leurs

lits, “* donnant toutes les marques d’une piété singulière, après avoir reçu tous les sacrements Quant aux autres citoyens qui prirent part à la délibération du 26 octobre 1678 le fait de ne pas trouver leurs actes de sépulture dans nos registres généralement bien tenus nous permet de

présumer qu’ils moururent à la guerre, dansles bois ou à l'étranger.

Le jeu de crosse nous vient-il des Sauvages P,

Le jeu de crosse si en vogue aujourd’hui dans tout le Canada et qui est devenu le jeu national par excellence, nous vient-il réellement des Sauvages? Cartier et Champlain, dans leurs récits de voyages, et les Pères Jésuites, dans leurs touchantes Relations, parlent-ils de ce jeu et. disent-ils comment les Sauvages le pratiquaient ?

Cartier ne parle pas du jeu de crosse dans le récit de ses voyages au Canada. Champlain, pareillement, ne mentionne Pas ce jeu des Sauvages dans ses divers ouvrages, Mais les Pères Jésuites, à différentes pages des Relations, parlent du jeu de crosse.

Dès 1636, le Père LeJeune écrivait :

De trois sortes de jeux qui sont particulièrement en usage parmi ces peuples, savoir de crosse, de plat et de Paille, les deux premiers

sont tout à fait, disent-ils, souverains pour la santé.

Cela n'est-il pas digne de compassion ? Voilà un pauvre malade qui a le feu dans le corps, et l’âme sur le bout des lèvres, et un misérable sorcier lui ordonnera Pour tout remède refrigé- .

1, Relation, 1636.

ratif un jeu de crosse ; ou le malade même aura songé, qu'il faut qu'il meure, ou que tout le pays crosse pour sa santé et en même temps s’il a tant soit peu de crédit, vous verrez dans un beau champ village contre village, à qui crossera le mieux et parient l’un contre l’autre, pour s’animer davantage, les robes de castor et les colliers de porcelaine. Quelquefois aussi un de ces jongleurs dira que tout le pays est malade et qu’il demande un jeu de crosse pour sa guérison ; il ne faut pas en dire davantage, cela se publie incontinent partout et tous les capitaines de chaque village donnent ordre que toute la jeunesse fasse son devoir en ce point autrement quelque grand malheur accueillerait . tout le pays

Le Père Jésuite Lafitau, dans les pages / qu il consacre aux jeux des Sauvages, décrit ainsi le jeu de crosse :

La seconde espèce de sphéristique des cd. Là vages est le jeu de crosse. Les règles en sont absolument les mêmes que celles de l’Episcyre, | dont Pollux (livre XI, chap. 7, seq. 104) fait : cette description: Les joueurs se partagent selon leur nombre, et se distribuent en deux : bandes autant égales qu'il se peut. Ils tirent !

ensuite au milieu du terrain une ligne qu’on appelle o x u s q 8, sur. laquelle on met la balle. Ils tirent de la même manière derrière chacune des deux bandes, deux autres lignes éloignées pour servir de terme. Ceux que le sort a choisi poussent les premiers la balle vers le parti opposé, qui fait de son côté tous ses efforts pour la renvoyer d’où elle vient, La partie dure ainsi jusqu’à ce que.les uns ou les autres aient conduit leurs adversaires au terme, ou à la ligne qu’ils devaient défendre ”.

La seule différence qu'il peut y avoir entre le jeu de crosse et l’Episcyre, ou l’Harpastum, c'est qu’au premier Pour pousser in balle, on se sert de bâtons recourbés, au bout desquels plusieurs Sauvages ont des manières de raquettes, au lieu qu'il ne parait pas qu’on se servit des uns ou des autres dans le second ; Car, à exception des brassards dont on usait pour jouer au ballon, nous ne trouvons nulle trace d’aucun instrument que les aneiens aient employé dans leur Sphéristique. II semble néanmoins qu'on peut l'inférer, non seulement de l’antiquité du jeu de crosse, qu'il n’est pas possible que les anciens n'aient connu, puisqu'il est aujourd’hui aussi répandu dans l’Europe jusqu'aux extrémités de la Lapponie, qu’il l’est dans toute l’Amérique depuis le Nord jusqu’au Chili; mais

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on peut encore le conclure de la description qu’en fait Pollux, puisqu'elle porte qu’on y mettait la balle à terre sur le Scyros, ou la ligne du milieu, et de l’épithète de Poudreux que Martial (livre 14, ep. 48) donne à l’Harpastum toutes les fois qu'il en parle, aussi bien que de celle d’Arenäria, qui se trouve dans S. Isidore de Seville (livre 18, chap. 65), ce qui nous signifie que cette balle roulait toujours dans la poussière. Les Mingreliens jouent ce jeu-là à cheval‘ et la description qu’en fait l’auteur italien de la Relation de la Colchide, est très jolie.

Dans sa vingt-deuxième lettre à la duchesse de Lesdiguières, datée de la Rivière Saint-Joseph le 16 août 1721, le Jésuite Charlevoix parle ainsi du jeu de crosse chez les Sauvages :

Les Miamis ont encore deux jeux, dont le premier se nomme le jeu de crosse. On y joue avec une balle et des bâtons, recourbés et terminés par une espèce dé raquette. On dresse deux poteaux, qui servent de bornes, et qui sont éloignés l’un de l’autre, à proportion du nombre de joueurs. Par exemple s'ils sont quatre-vingt, il y a entre les poteaux une demie-lieue de distance. Les joueurs sont partagés en deux bandes, qui ont chacun leur poteau,

. Mœurs des Sauvages Amériquains, t. II, p. 356.

et il s’agit de faire aller la balle, jusqu’à ce ui de la partie adverse, sans qu'elle tombe à terre, et sans qu'elle soit touchée avec la main; car si l’un ou l’autre arrive, on perd la partie, à moins que celui qui a fait la faute, ne la répare, en faisant aller la balle d'un seul trait, au but, ce qui est souvent impossible. Ces Sauvages sont si adroits à prendre la balle avec leurs crosses, que quelquefois ces parties durent plusieurs jours de suite 1

Les Iroquois sur les galères

Sous l’ancienne monarchie française, la peine la plus ignominieuse après la mort était la condamnation aux galères. 5

La galère, on le sait, était un bâtiment long, ras d’eau,de peu de Calaison,naviguant à la voile mais surtout à la rame. Comme la galère n’a.

vait pas de tillac, un coup de mer l’emplissait d'eau. Combien de milliers de pauvres galé-

ns furent noyés ainsi dans ces bâtiments de, Construction si primitive !

1. Journal d'un voyage dans l'Amérique Septentrionale, vol. III,. p. 319.

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On a beaucoup épilogué sur la cruauté et la trahison du gouverneur de Denonville et de l’intendant Champigny qui, en 1687, envoyèrent un certain nombre d’Iroquois en France pour

servir sur les galères. On oubliait qu’en agis-

sant ainsi MM. de Denonville et Champigny ne faisaient qu’exécuter les ordres de Louis XIV.

Le 31 juillet 1684, le grand roi écrivait au gouverneur de la Barre :

Comme il importe au bien de mon service de diminuer autant qu'il se pourra le nombre des Iroquois, et que d’ailleurs ces sauvages qui sont forts et robustes serviront utilement sur mes galères, je veux que vous fassiez tout ce qui sera possible pour en faire un grand nombre prisonniers de guerre, et que vous les fassiez embarquer par toutes les occasions qui.se présenteront pour les faire passer en France!

Le gouverneur de la Barre ne put envoyer d’Iroquois en France pour une bonne raison.

C’est que sous son administration tes barbares furent les maîtres du pays. Loin de tomber entre les mains des Français, c’étaient eux qui presque chaque semaine faisaient des captif et les amenaient dans leur pays. 4

Avec le marquis de Denonville, successeur de

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