‹ Les petites choses de notre histoire (volume 2)Chapitre 12 sur 43 · LE PREMIER JUGE DE MONTREAL · texte numérisé non relu

LE PREMIER JUGE DE MONTREAL

Charles-Joseph d'Ailleboust des Musseaux, était fils de Nicolas d'Ailleboust, sieur de Coulonge, commissaire et garde-marine à Thionville, et de Dorothée de Manthet d'Argentenay, M. Louis d'Ailleboust de Coulonge, qui était venu s'étabHr dans la Nouvelle France en 1643, et qui succéda au gouverneur de Montmagny, était son oncle.

En 1647, M. Louis d'Ailleboust de Coulonge passa en France pour les affaires de la colonie. Il en revint l'année suivante (août 1648) comme gouverneur-général. Il avait décidé son neveu à le suivre dans la Nouvelle- France.

Au printemps de 1649, M. d'Ailleboust des Musseaux fut mis en commandement, par son oncle, du camp volant qui devait protéger Montréal.

M, Dollier de Casson dit à ce sujet :

" Le printemps arrivé, M, d'Ailleboust envoya ici M, des Musseaux, son neveu, avec

40 hommes qu'il commandait sous le nom de camp-volant, afin d'y aider à y repousser les ennemis,ce qui lui fut plus aisé que de les battre, car aussitôt qu'ils entendaient le bruit des rames de ses chaloupes, ils s'enfuyaient avec une telle vitesse, qu'il n'était pas facile de les attraper et de les joindre. Ce renfort encouragea beaucoup les nôtres, aussitôt qu'il parut, à quoi contribua beaucoup le nom et la qualité de celui qui commandait " ( 1 )

A la date du 8 septembre 1650, le Journal des Jésuites nous dit :

" Le 8, arriva le dernier vaisseau où était M. d'Ailleboust le Jeune, mademoiselle Manse, etc."

M. d'Ailleboust serait donc passé en France à l'automne de 1649.

L'habileté et le courage de M. d'Ailleboust des Musseaux engagèrent M. de Maisonneuve à lui oflfrir le gouvernement de Montréal, pendant son absence en Europe de novembre 1651 à septembre 1653. Les Iroquois recommencèrent leurs déprédations presque aussitôt après le départ de M. de Maisonneuve. M. d'Ailleboust des Musseaux, Lambert Closse et la poignée de braves qui les secondaient, se battaient comme des lions, mais que pouvaientils contre le nombre ? M. d'Ailleboust, qui prévoyait qu'il ne pourrait résister longtemps.

(1) Histoire de Montréal, p. 70.

proposa aux Iroquois de conclure la paix. C'est ce qui permit à la petite colonie de résister jusqu'au retour de son fondateur. A l'automne de 1655, M. de Maisonneuve s'embarqua de nouveau pour la France. Cette fois, il se fit accompagner de M. d'Ailleboust des Musseaux. Celui-ci revint dans la Nouvelle-France en août 1657.

M. d'Argenson qui succéda à M. d'Ailleboust dans le gouvernement de la Nouvelle- France avait une grande confiance dans les capacités militaires de M. d'Ailleboust des Musseaux. Il écrivait le 5 septembre 1658 :

" Je souhaiterais que nous eussions autant de trêves avec les Iroquois qu'ils nous obligent souvent à les suivre. Le lendemain de mon arrivée, nous les eûmes sur les bras ; et, trois jours après, je partis avec ce qu'il y a d'habitants capables de pareille course, au nombre de centsoixante. Il est absolument nécessaire que j'aie sous moi deux personnes à qui je laisse le commandement, lorsque je suis obligé de quitter Québec pour tâcher de joindre les ennemis, et même que je puisse envoyer contre eux lorsqu'ils sont en petit nombre. L'un des deux commanderait en mon absence, et je destine pour cela M. d'Ailleboust des Musseaux, l'autre serait pour commander dans le Fort. Un appointement de

mille livres, que je diviserais en deux, suffirait pour cela." (1)

M. d'Ailleboust des Musseaux accepta cette charge honorable mais si pleine de responsabilités.

En 1666, M. de Tracy décidait de porter la guerre chez les Agniers. Il composa son armée de 600 soldats tirés du régiment de Carignan, de 600 habitants du pays et de 100 sauvages Hurons ou Algonquins. Le départ de la petite armée eut lieu au milieu de septembre. Les habitants de Montréal, au nombre de 110, étaient commandés par M. LeMoyne avec M.de Belestre comme lieutenant. M. d'Ailleboust des Musseaux, M. de Hautmesnil et M. de Saint- André se joignirent à l'armée. M. d'Ailleboust ne put aller jusqu'au pays des Iroquois, ayant été mordu en chemin par un ours,ce qui l'obligea de retourner à Montréal.

M. de Maisonneuve avait exercé à Montréal simultanément la charge de gouverneur et celle de juge. En 1666, le Séminaire de Montréal, seigneur de l'île de Montréal, décida d'instituer un juge différent du gouverneur. Le 27 septembre 1666, M. Souart, supérieur du Séminaire, nommait M. d'Ailleboust des Musseaux, juge civil et criminel des seigneurs de l'île de Montréal. Assermenté le 25 janvier 1667, celui-ci joignit dès lors, au titre de

(1> Faillnn, Histoire de la colonie française en Canada, vol., II, p. 381.

lieutenant de la garnison de Montréal qu'il portait, celui de juge des seigneurs. (1)

M. d'Ailleboust des Musseaux garda cette charge jusqu'en 1677. Il semble qu'il cessa d'être juge à cause d'un différend avec les Seigneurs puisque, le 25 août 1677, ceux-ci par ministère d'huissier le remercièrent de ses services et le révoquèrent, nommant à sa place le sieur Jean-Baptiste Migeon de Branssat. M. d'Ailleboust des Musseaux protesta la nomination de son successeur de nullité. L'affaire fut même portée au Conseil Souverain mais celui-ci, après avoir pris connaissance des provisions données au sieur d'Ailleboust par l'abbé Souart qui disaient " pour par luy jouir, tenir et exercer la dite charge tant et si longuement qu'il plaira au supérieur du dit séminaire de Saint-Sulpice," débouta M. d'Ailleboust de son opposition. (2)

Le 12 mai 1678, Louis XIV, par commission signée à Saint-Germain-en-Laye, ordonnait à M. de Frontenac et à l'intendant Duchesneau conjointement avec le Conseil Souverain, d'assembler les vingt principaux et plus anciens habitants du pays pour avoir leur avis sur le commerce de l'eau-de-vie avec les Sauvages.

MM. d'Ailleboust des Musseaux, Dugné

(1) Dollier de Casson, Histoire du Montréal.

(2) Jugements et délibérations du Conseil Supérieur de la Nouvelle-France, vol., II, p. 160.

de Boisbriand, LeBer de Saint-Paul,LeGardeur de Repentigny, Boucher, Sorel, Berthier, Jarret de Verchères, Crevier, Pezard de la Touche, Duplessis-Gatineau.Chorel DorvilHers de Saint-Romain, Robineau de Bécancour et de Portneuf, Charron, de Lestre, de Wallon, Roger des Colombiers, Jolliet, Picoté de Bellestre, Saint-Ours et Saint-Pierre furent choisis pour donner cette consultation.

Le 26 octobre 1678 était le jour fixé pour la réunion.

Pour des raisons que nous ignorons, MM. d'Ailleboust des Musseaux, Boucher et Saint- Pierre ne se rendirent pas à Québec. Le Conseil Souverain les remplaça par les sieurs Cavelier de LaSalle, Bourdon de Dombourg et Pelletier de la Prade.

On sait quel fut le résultat de cette consultation.

Le 7 juin 1680, l'intendant Duchesneau avait promis à M. d'Ailleboust des Musseaux de lui concéder les terres au-dessus de Montréal, au côté du nord, la rivière du Nord comprise, depuis le bas du Long-Sault jusqu'à deux lieues en descendant du côté de Montréal, avec les îles, îlets et battures, sur quatre lieues de profondeur.

Cette concession fut renouvelée par M. de Frontenac, " sous le bon plaisir de sa Majesté", le 15 juin 1682.

M. d'Ailleboust des Musseaux n'était pas

riche M. de Frontenac, qui l'appréciait beaucoup, écrivait au Roi, le 2 novembre 1681 :

" J'espère aussi que Votre Majesté aura quelque égard aux supplications que je lui avais faites pour les sieurs Denis, de Repentigny et d'Ailleboust, qui sont les trois plus considérables familles de gentilshommes du pays, et si nombreuses que sans quelque secours de ses bontés royales, elles sont à la veille de périr et de ne pouvoir plus subsister. Le premier avait eu de l'ancienne Compagnie la charge de maître des eaux et forêts d'ici dont Monsieur Colbert lui avait fait espérer la confirmation de Votre Majesté étant il y a trois ans à Paris où il devint aveugle. Il a un fils âgé de vingt -quatre ans fort sage qui ferait bien cette charge si Votre Majesté avait agréable de l'en gratifier." (1)

Le Roi, se rendant à la demande de M. de Frontenac, accorda une pension de centcinquante livres à M. d'Ailleboust des Musseaux.

Le 10 octobre 1682, le gouverneur de la Barre convoquait à Québec les principaux habitants de la colonie afin de prendre leur avis sur la conduite qu'il y avait à tenir vis-à-vis des Iroquois. A cette assemblée assistaient, outre le gouverneur, Mgr de Laval, l'intendant, le supérieur des Jésuites, M. Dollier, supérieur

(1) Archives du Canada. Correspondance générale, vol. 5.

du séminaire de Montréal, le gouverneur des Trois-Rivières, M. d'Ailleboust, etc., etc. Tous furent d'opinion de demander des secours à Sa Majesté en hommes et en argent.

C'est là le dernier acte public accompli par M. d'Ailleboust des Musseaux.

M. d'Ailleboust décéda à Montréal le 20 novembre 1700.

De son mariage avec Catherine LeGardeur de Repentigny il avait eu quatorze enfants qui furent les souches des importantes familles de Coulonge, d'Argenteuil, de Périgny, de la Madeleine, de Manteht et des Musseaux. (1)

Page 1