‹ Les petites choses de notre histoire (volume 2)Chapitre 13 sur 43 · UN PETIT POEME EN PROSE · texte numérisé non relu

UN PETIT POEME EN PROSE

Par ma foi, fait dire Molière à un de ses personnages, il y a plus de quarante ans que je dis de la prose sans que j'en susse rien.

Les notaires de l'ancien régime, eux, savaient qu'ils faisaient de la prose mais ils écrivaient quelquefois dans ce langage usuel des poèmes qui valaient bien des chants rimes.

Que dites-vous, pour n'en citer qu'un cas.

(1) Sur les descendants de M. d'Ailleboust des Musseaux, on peut consulter le beau livre de M. Aegidius Fauteux, La famille d'Ailleboast.

de cette donation "en cas de mort " que recevait le notaire Genaple, de Québec, le 7 mai 1697 ?

Au printemps de cette année 1697, le sieur Outlas, anglais d'origine mais établi depuis plusieurs années dans la Nouvelle- France, avait obtenu des autorités de la colonie la permission de faire une flibuste contre les " ennemis de l'Etat."

Or, le 7 mai 1697, quelques jours avant le départ de l'expédition, cinq des hardis gars qui devaient servir sous les ordres du capitaine Outlas, les nommés François Hazeur dit Lamothe, Adam Bastard dit des Colombiers, Pierre Verdier dit Dragon, soldats, Jean Naquin dit l'Etoile, tailleur d'habits, et André Bonnault, travailleur, priaient maître Genaple de recevoir l'expression de leurs dernières volontés.

Ces braves n'avaient rien mais ils allaient en flibuste à la part et si l'expédition était heureuse, la portion de chacun pouvait valoir la peine. Seulement, les risques de mort étaient nombreux, et ils voulaient prendre leurs précautions.

Aucun d'eux n'était marié et ils n'avaient pas de parents dans la colonie.

Les cinq flibustiers déclaraient donc que si la mort les surprenait dans leur expédition ils donnaient, cédaient et délaissaient à leur ami Pierre Leaumont de Beauregard, bourgeois

de Québec, tout ce qui pourrait leur revenir dans la dite flibuste.

En retour de leur don, ils demandaient à Leaumont de Beauregard de " faire prier pour leur âme ". Ils ajoutaient qu'ils avaient confiance dans leur ami et qu'ils s'en rapportaient à sa " piété, dévotion et reconnaissance."

Que devinrent les cinq flibustiers ? Nous l'ignorons.

Aucun de nos historiens n'a mentionné le voyage de flibuste du capitaine Outlas en 1697.

Toutefois, dans une " Relation de ce qui s'est passé en Canada, en 1696 (plutôt 1697)," nous lisons :

" Le 9 de juin, la frégate du Roi, la Bouffonne leva l'ancre de devant Québec pour aller croiser, commandée par le sieur de La Vallière.

" Il avait pour lieutenant le sieur de Beaubassin, son fils, et pour enseigne le sieur de la Potherie, son autre fils. On mit deux soldats par compagnie tant dans cette frégate que sur un brigantin que commandait le sieur Outlas. anglais habitué depuis longtemps parmi nous qui avait pour lieutenant le sieur de la Pérade."

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