LA PRISE DE POSSESSION D^UNE CURE AUTREFOIS
Sous le régime français, quand un prêtre était nommé à un siège épiscopal, à un canonicat, à une cure ou à un bénéfice quelconque, il prenait solennellement possession. Et afin de ne pas perdre mémoire de l'événement, un notaire était appelé et dressait un procès-verbal très détaillé de la cérémonie qu'il déposait dans ses minutes. Les évêques, du moins dans la province de Québec, prennent encore solennellement possession de leur siège épiscopal. Ainsi Mgr Desgly, Mgr Hubert, Mgr Denault, Mgr Plessis, Mgr Panet, Mgr Signay, Mgr Turgeon, Mgr Baillargeon, Mgr Taschereau et Mgr Bégin, successivement évêques et archevêques de Québec, ont pris possession de leur siège épiscopal avec les cérémonies usitées sous le régime français, en présence d'un notaire dûment appelé. Il en est de même des curés de la cathédrale ou basilique de Québec. Les curés Dosque, Hubert, Plessis, Doucet, Signay, Baillargeon, Proulx, Auclair, Faguy, et Laflamme, titulaire actuel, ont pris possession de leur cure avec les cérémonies accoutumées et en présence d'un notaire. Mais partout ailleurs, dans les diflférents diocèses du Canada, il n'y
a maintenant aucune cérémonie spéciale lorsqu'un curé prend possession de sa cure.
En quoi consistait la cérémonie de la prise de possession d'une cure ?
Pour répondre à cette question nous n'avons qu'à consulter l'un quelconque des nombreux actes de prises de possession conservés dans les greffes de nos anciens notaires. Nous avons sous les yeux l'acte de prise de possession de la cure de Québec par M. Récher, le dernier curé de Québec sous le régime français, dressé par le notaire Boucault, le 4 novembre 1749. Citons :
" L'an mil sept cent quarante neuf, le quatrième jour de novembre, onze heures du matin, en la présence de nous notaire royal en la prévosté de Québec y résident soussignés et de Mrs François Lamiq, Prestre, vicaire de Québec, et Antoine Morand, prestre et vicaire de la paroisse de St- Joseph de la Pointe de Lévy, de présent en cette ville, et de M. Jean Henry Bouron, praticien, demeurant en cette dite ville, Monsieur Me Jean-Félix Récher, prestre du diocèse de Rouen, l'un des directeurs du Séminaire de cette ville, pourvu de la cure de Québec érigée sous le titre de l'invocation de la Ste-Famille vaccante par le décès de Mr Charles Plante, prestre, ancien chanoine de la catédrale de cette ville, dernier titulaire et possesseur paisible de la d. cure, suivant les lettres de nomination et présentation de Mes-
sieurs les supérieur et directeurs du séminaire des Missions Etrangères établi en cette ville et auxquels appartient seul le droit de présenter et nommer à la d. cure, à cause de l'union qui a été faite au d. séminaire et en conséquence du titre qui en a été accordé par Monseigneur l'Illustrissime et Révérendissime Henry-Marie Dubreuil de Pontbriand, évesque de Québec, en datte du trois du présent mois, à nous représenté, le tout duement scellé et en bonne forme, en vertu tant des d. lettres de nomination et présentation que du d. titre délivré par Monseigneur l'évesque a été mis par Mr Christophe Delalane, prestre, docteur en théologie, directeur du séminaire des d. Missions Etrangères de Paris et supérieur du séminaire des d. Missions de cette ville et grand'vicaire de mon d. seigneur l'évesque de Québec, demeurant au d. séminaire, et pour ce présent, en la possession corporelle, réelle et actuelle de la d. cure de ses droits, appartenances et dépendances, par la libre entrée en la d. église, prise d'eau bénite, prières à Dieu faites devant l'autel de la Ste-Famille, touché du pulpitre des fonds baptismaux, de la chaire de prêcher, son des cloches, exhibition et lectures des d. lettres de présentation et nomination et du d. titre de monseigneur l'évesque rendue à mon d. sieur Récher et a déclaré mon dit sieur Récher qu'il n'a point baisé et touché le grand autel par déférance pour Monseigneur l'évesque de
Québec, qui a témoigné ne le voulloir pas, sauf cependant que cela puisse tirer à conséquence pour ses droits ni ceux de mes d. sieurs du séminaire, déclare de plus qu'il y a dans le titre des clauses et des restrictions préjudiciables aux droits du Séminaire contre lesquelles mes dits sieur supérieur et curé protestent au nom du d. séminaire en tant que de besoin, se réservant de se faire instaler dans la place affectée au curé dans le chœur par Messieurs les chanoines de la cathédrale de cette d. ville, desquelles déclaration et protestation nous notaire susdit avons donné acte.
'' Laquelle prise de possession a été lue à haute voix par nous notaires présents les d. témoins et à laquelle personne en s'est opposé dont acte requis et octroyé en la d. église les jour et an susdits présence que dit est, les jour et an susdits."
Les quelques douzaines d'actes de prise de possession qu'il nous a été donné de lire racontent le cérémonial usité dans ces circonstances et il est le même que relate l'acte que nous venons de citer. On a donc ici une idée à peu près exacte d'une prise de possession de cure autrefois.