LE FILS DE LEMOYNE DE SAINTE-HELENE
Jacques LeMoyne de Sainte-Hélène, né à Montréal le 16 avril 1659, deuxième fils de Charles LeMoyne, premier seigneur de Longueuil, fut le véritable héros du siège de Québec en 1690.
Frontenac avait dit au parlementaire de Phips qui le sommait de se rendre qu'il lui répondrait par la bouche de ses canons. Lorsque Phips s'avisa de faire avancer ses vaisseaux, afin de bombarder la ville, les quelques canons qui se trouvaient à Québec se mirent à vomir leur mitraille sur les vaisseaux anglais. C'est LeMoyne de Sainte-Hélène, tireur émérite, qui pointait la plupart de ces canons et chaque coup portait. Le premier coup tiré abattit le pavillon du vaisseau amiral. Dès le lendemain, Phips fut obligé de retirer ses vaisseaux car ils auraient été coulés.
Dans l'après-midi du 20 octobre 1690, les troupes anglaises de débarquement tentèrent une attaque vers la rivière Saint-Charles. Un détachement de volontaires commandés par les frères LeMoyne de Longueuil et LeMoyne de Sainte-Hélène leur tint tête. L'escarmouche fut longue et opiniâtre, mais les Anglais furent repoussés.
C'est au cours de cette attaque que LeMoyne de Sainte-Hélène eut la jambe cassée par une balle. Transporté à THôtel-Dieu, il y décéda le 3 décembre 1690. Il fut enterré le lendemain dans le cimetière de cet hôpital.
" Monsieur de Sainte-Hélène, dit le Père de Charlevoix, fut regretté de toute la colonie, qui perdit en lui un des plus aimables cavaliers et un des plus braves hommes qu'elle ait jamais eus. Les Sauvages d'Onontagué qui affectionnaient d'une manière particulière la famille LeMoyne et qui l'avaient adoptée, envoyèrent, suivant un usage de leur nation, un collier de porcelaine pour pleurer la mort de Sainte- Hélène. Ils firent accompagner celui qu'ils nommèrent pour cette cérémonie par deux femmes du village de la Montagne, qu'ils retenaient prisonnières et auxquelles ils rendirent la liberté en cette occasion." (1)
Marié depuis six ans, M. LeMoyne de Sainte-Hélène avait eu deux enfants.
Un troisième, une fille, naquit trois mois après la mort de son père.
Le fils du héros du siège de Québec, Jacques LeMoyne de Sainte-Hélène, naquit à Montréal le 26 janvier 1690. Il ne connut donc pas son père puisqu'il n'avait pas encore onze mois lors de son glorieux trépas.
Mgr Tanguay fait mourir le jeune Jacques
(1) Histoire de la Nouvelle-France.
LeMovne de Sainte-Hélène à Québec, le 3 août 1705/(1)
Mgr Tanguay s'est trompé. Comme dans bien d'autres cas, notre généalogiste a trop supposé ici. L'acte de sépulture sur lequel il s'appuie, signé par le curé de Québec, dit :
" Le 3e jour du mois d'aoust 1705 a esté inhumé dans l'église paroissiale de Nostre- Dame de Québec par moy soussigné prestre curé de Québec le sr Jacques de Chateillé (peut-être Chastulé), âgé de seize ans ou environ, après avoir reçu les sacrements de pénitence, viatique et extrême onction, et ont assisté à son inhumation un grand nombre de personnes avec Mr de Beauharnois, intendant en tout ce païs, et Mr de Beauville, tous les deux cousins germains du défunt."
Le texte même de cet acte de sépulture nous donne la preuve que le jeune de Chateillé ou de Chastulé inhumé à Québec, le 3 août 1705 n'était pas un LeMoyne de Châteauguay ni un LeMoyne de Sainte-lHélène. En effet, les LeMoyne n'avaient aucune parenté avec M. de Beauharnois et l'acte dit formellement que le défunt était le cousin-germain de l'intendant et de son frère, M. de Beauville.
La vérité est que Jacques LeMoyne de Sainte-Hélène fils embrassa la carrière de la marine et fut protégé par ses oncles, MM.
(1) Dictionnaire généalosrique, vol. 1, p. 380.
LeMoyne de Sérigny et LeMoyne de Bienville. Après le départ de M. de Sérigny pour la France, le jeune marin alla rejoindre son oncle de Bienville en Louisiane.
Celui-ci malgré les soins dont il Tentoura et les dépenses qu'il fit en sa faveur, ne put réussir à en faire un bon sujet.
Dans une lettre qu'il écrivait à son frère, le baron de Longueuil, le 2 octobre 1713, M. de Bienville se plaint amèrement de son neveu.
" A l'égard des remarques que
vous me dites que St. Ellainne doit retirer sur cette somme de douze mille livres je lui en tiendrai compte, il me doit considérablement. C'est une bien mauvaise tête qui dépence beaucoup ; on ne luy peut rien confié, il en crapule beaucoup ; je l'ay gardé icy depuis et luy ait donné le commandement des petis brigantin que le roy entretien dans ce pays ; il a 600 Ib. par an et son valet passe. Ly'ordonnateur est de mes intimes amis ; nous demeurons ensemble, je lui ai fait écrire au ministre bien avantageusement de St-Ellainne ; il lui continue la mesme paye que je luy fesay donné. Le dernier voyage que j 'envoyé St-Ellainne à la V'aracruce, il a dépensé plus de cinq mille livres en neuf mois de temps ; quand je luy en demande compte, il me dit pour tout raison qu'il a acheté six beaux chevaux fort cher, qui lui sont mort, que le reste ce n'est pas sa faute, que son pilote l'a solicité à régalé d'autres pilotes et
capiteniies des matelots, enfain plusieurs raisons pareille. Je vous avoue que peu s'en est fallu que je ne lais envoyé à mon frère de Sérigny, qui me l'a envoyé. Il me ruinera si il continue, il boit et fume beaucoup ; c'est assurément la seulle de la famille. Il ne s'attache à rien, il vien cependant de me bien promettre que il serait désormais ménagé ; il part pour la Havanne pour nous chercher du blé-d'Inde pour la garnison qui est réduite à courir les bois." (1)
Si le jeune LeMoyne de Sainte-Hélène n'avait eu sur la conscience d'autres fautes que de fumer beaucoup nous serions vraiment tenté de croire que son oncle était un peu trop sévère pour lui, mais il avait bien d'autres défauts plus graves.
Toutefois, LeMoyne de Sainte-Hélène du s'amender puisque, deux années plus tard, en 1715, son oncle lui obtint une expectative d'enseigne à la Louisiane.
L'enseigne de Sainte-Hélène fut tué en juillet 1715 par les Sauvages avant même d'apprendre sa promotion.
Bénard de la Harpe raconte le triste événement dans son Journal historique de l'établissement des Français à la Louisiane :
"Dans le mois de Juillet 1715, une pirogue conduite par des Alibamons, arriva au port
(1) .Todoin et Vincent, Histoire de Longneuil et de I» famille de Longueuil, p. 124.
(Mobiie) avec un Canadien et un Anglais ; ils rapportèrent que plusieurs des tribus sauvages de la Caroline étaient tombées sur les Anglais dans leurs villages et les avaient massacrés, y compris ceux de Port-Royal. Cette révolte a coûté aux Anglais environ 800 pertes de vie. M. de Sainte-Hélène se tenait à ce moment dans la cabane de l'un des Chicachas avec plusieurs Anglais. Comme un des chefs allait lui dire de se mettre à l'écart et de ne rien craindre, deux jeunes Sauvages qui s'étaient glissés dans la cabane, le virent et le prenant pour un Anglais, le tuèrent à bout portant. Il fut vivement regretté de toute la colonie." (1)