‹ Les petites choses de notre histoire (volume 2)Chapitre 36 sur 43 · DE GRENADIER A GOUVERNEUR · texte numérisé non relu

DE GRENADIER A GOUVERNEUR

Le capitaine de Bellecombe, officier au régiment d'infanterie Royal-Roussillon, qui fit les dernières campagnes de la Nouvelle-France et fut blessé à la bataille des Plaines d'Abraham, était très estimé par le marquis de Montcalm et le chevalier de Lévis.

A son départ du Canada pour la France, au printemps de 1760, le chevalier de Lévis, qui était très prudent et plutôt chiche de ses recommandations,donna à M.de Bellecombe des lettres d'introduction pour le maréchal de Belle- Isle, les ministres de Cremille et Berryer, la maréchale de Mirepoix,le prince de Beauvau, la marquise de Pompadour, le maréchal de Soubise, etc., etc.

On voit que M. de Lévis était devenu l'ami et le protecteur de M. de Bellecombe et qu'il voulait lui aider à avancer.

M. de Bellecombe avait commencé sa carrière comme simple grenadier.

Il dut sa fortune à un hasard assez singulier. Sa bonne mine et ses moustaches avaient frappé M. de Choiseul, ministre de la marine. Il en parla au roi, qui répondit : — Je le verrai dimanche en passant dans la Galerie.

Dans l'intervalle, M. de Bellecombe, qui avait cru plus décent de se montrer à la Cour sans moustaches, les avait fait couper.

Choiseul, qui l'attendait, fut fort surpris de la métamorphose, mais il le désigna tout de même au roi,qui,pas5ani rapidement,dit : — Où sont donc ses moustaches ? ( 1 )

M. de Bellecombe fut ensuite très bien accueilli à la cour. A la vérité, c'est surtout à la cour que les plus petites causes produisaient les plus grands effets.

Le 1er septembre 1755, Guillaume-Léonard de Bellecombe était fait capitaine dans le régiment d'infanterie Royal-Roussillon.

Il passa dans la Nouvelle-France avec son régiment, sous les (ordres de M. de Montcalm, Tannée suivante.

Blessé à la bataille des Plaines d'Abraham, M. de Bellecombe s'était fait transporter à l'Hôpital-Général. Il se trouva prisonnier de guerre lorsque le général Murray s'empara de cet hôpital. Et c'est Murray qui le renvoya en France.

Les hautes recommandations de M. de

(1) Barras, Mémoires, vol. 1, p. 17.

Lévis ne lui furent pas inutiles puisque,quelques années plus tard, M. de Bellecombe était nommé officier général commandant à l'île de Bourbon.

Puis, en 1777, il remplaçait au gouvernement de Pondichéry le fameux Law de Lauriston. M. de Bellecombe fit beaucoup pour améliorer la colonie. Il répara les fortifications, négocia d'utiles traités avec les chefs indiens, etc. En 1778, attaqué par des forces anglaises de beaucoup supérieures aux siennes, M. de Bellecombe fut forcé de remettre Pondichéry aux Anglais.

En 1780, M. de Bellecombe était nommé gouverneur de l'île Saint-Domingue.

Il termina sa carrière quelques années plus tard, comblé d'honneur et de distinction.

On connaît le proverbe américain : les moustaches sont plutôt inutiles quand elles ne sont pas nuisibles. En voici toujours un qui aurait pu répondre que ses moustaches lui avaient servi à quelque chose.

Page 1